Précédemment : Les paladins ont laissé leurs familles à New Altéa, sauf pour les mères de Hunk et de Lance, qui ont rejoint l'équipage du château-vaisseau avec Thace et plusieurs douzaines de New-Altéens. Le lien adjuvant que Karen partage avec le lion vert lui permet à elle ainsi qu'à Pidge de sentir vaguement la présence de l'autre.

Voltron a décidé que sa prochaine cible serait Olkarion, actuellement sous occupation galra. Pidge et Ryner sont partis en mission de reconnaissance, laissant du temps à tuer aux autres paladins. Allura a trouvé Edi, une enfant galra, en train d'essayer de se lier au lion noir, tandis que Keith et Matt se sont résolus à partager le bayard rouge en se le passant en plein combat, ce pour quoi ils ont commencé à s'entraîner.

Pendant ce temps, Lance a organisé une journée spa pour détendre l'atmosphère entre les Bleus et s'attaquer aux divers fantômes qui les hantent. Tous ont fini par pénétrer dans le plan astral, aussi connu sous le nom du Cœur des Lions. Nyma n'a pas réussi à y entrer totalement, mais ça n'a pas empêché Blue de créer de nouveaux postes dans son cockpit pour chacun de ses paladins.

Avertissement pour ce chapitre : il y a une brève scène de violence policière. Passez à partir de « Il y eut de l'agitation dans la rue » jusqu'au prochain changement de scène.


Chapitre 9

Les bois inanimés

Olkarion était aussi belle que dans les souvenirs de Ryner. Les tons émeraude de la forêt dans laquelle elle avait passé les huit dernières années de sa vie à combattre les Galras bec et ongles pour récupérer du territoire, l'imposante chaîne de montagnes connue sous le nom de Grande vertèbre qui divisait le continent en deux, la mer turquoise qui brillait à l'horizon, là où commençait la Cité… À l'aube de l'ère électronique, quand les Olkaris vivaient principalement à Vivasi, les Bois vivants, quelques âmes courageuses avaient traversé la Grande vertèbre pour s'installer dans la plaine, qu'on appelait les Terres mortes. Des douzaines de cités-états avaient vu le jour et, en un millénaire, elles avaient recouvert les Terres mortes et avaient fusionné pour former une seule mégalopole, appelée Inanimasi, les Bois inanimés, qui abritait la quasi-totalité de la population olkari.

Les tours de la circonscription du Capitole emplirent Ryner de nostalgie. Elle vivait autrefois dans un district résidentiel du coin, passant ses jours à mener une équipe de chercheurs. Elle avait l'impression que toute une vie s'était écoulée depuis la dernière fois qu'elle avait pris les transports pour aller bosser, se servant de son cube personnel pour écouter les derniers podcasts d'ingénieurs.

C'était la belle époque. Ryner n'avait plus repensé à sa vieille routine depuis si longtemps que son mal du pays la prit par surprise, formant une boule dans sa gorge tandis que Pidge rapprochait Green de la cime des arbres de la forêt qui bordait le littoral nord, où les montagnes se faisaient plus rares et quelques villes isolées vivaient de leurs récoltes. Les Olkaris du coin pêchaient dans la mer, minaient les collines pour du minerai qu'ils envoyaient à Inanimasi pour sa transformation ou s'occupaient de bosquets cultivés non pas pour servir de défenses ou de surveillance, mais pour optimiser la production de nourriture.

Les grands-parents de Ryner avaient vécu dans une ville comme celles-ci, bien avant sa naissance. Ils avaient ensuite rejoint la Cité à la recherche de travail. Qu'aurait été sa vie s'ils ne l'avaient pas fait ? Serait-elle toujours dans le nord, à garder la tête basse et prier pour que les Galras ne s'intéressent jamais à son foyer ? Aurait-elle appris le retour de Voltron ?

Pidge gigota sur son siège, vérifiant nerveusement le camouflage de Green pour la troisième fois en dix minutes. Les émotions de Ryner devaient avoir encore une fois fuité dans le lien.

— Pardon, dit-elle, rassemblant les derniers vestiges de son calme pour en faire une façade à l'avant de son esprit.

Pidge haussa les épaules sans quitter le tableau de bord des yeux et lui envoya une vague de compassion. Elle était de retour chez elle, ce qu'iel comprenait très bien, même s'iel ne se serait jamais attendu à ressentir de la nostalgie pour une jungle infectée de moustiques.

Ryner rit, se rappelant de la première visite des paladins et du mécontentement de Pidge d'avoir dû se cantonner à la forêt sans pouvoir s'aventurer dans la Cité. Au moins, iel commençait à s'habituer aux jardins de Ryner au château-vaisseau, donc iel verrait peut-être les choses d'un autre œil cette fois-ci.

Pidge s'esclaffa.

Avec amusement, Green imprégna le lien d'odeurs de pins, d'eau croupie et de fleurs tropicales que Ryner avait déjà vues autrefois, au sud de sa base d'opérations. Pidge fit semblant de s'étouffer, mais son impression dans le lien n'était pas aussi dégoûtée qu'iel le prétendait. Ryner inspira ces odeurs, y cherchant une signification plus profonde. Green s'était plus ou moins adaptée à ses pilotes, se contraignant aux mots quand elle voulait communiquer des idées plus complexes, mais Ryner essayait d'apprendre sa langue.

De ce qu'elle savait des autres lions, Ryner avait compris que Green était la plus flexible dans son langage et celle qui le variait le plus. Là où les autres se limitaient surtout à des images, des mots et, dans le cas de Yellow, une chanson, Green se laissait souvent aller à quelque chose qui s'approchait d'odeurs : une langue puissante dans le monde de la nature, certainement, mais difficile à déchiffrer pour un humain ou un Olkari.

Green s'égaya en remarquant ce que Ryner tentait de faire, se plongeant plus profondément dans le lien, là où la communication non-verbale était plus simple. Des odeurs enveloppèrent Ryner, cherchant à se faire comprendre. L'arôme des fleurs sauvages, le musc d'une terre riche et d'un tapis de feuilles mortes, recouverts du piquant du sang frais. La guerre s'était déplacée dans la forêt, des petits groupes comme celui de Ryner se rebellant contre l'occupation galra.

Green passa à des odeurs de métal chaud et d'ordures, projetant sa confusion comme pour lui demander pourquoi ils allaient à Inanimasi au lieu d'aller retrouver le groupe de Ryner.

La présence de Zarkon est plus forte dans la Cité, expliqua Ryner. Elle voulut le traduire dans la langue de Green, mais c'était comme essayer de composer une musique dans un style qu'elle venait de découvrir. Nous n'avons jamais réussi à établir le contact avec ceux que nous avons laissés là-bas. Si nous voulons des informations sur leurs défenses, nous allons devoir les rassembler nous-mêmes.

Green acquiesça et vira vers le sud, du côté ouest des montagnes, survolant sans se faire remarquer les derniers kilomètres de plaines jusqu'aux bordures de la Cité. Il n'y avait aucune hésitation dans ses gestes : elle faisait assez confiance en ses paladins pour se plier à leur volonté. Elle était simplement curieuse. Voltron allait souvent du côté des combats, alors quand ils déviaient de ce chemin, Green voulait comprendre pourquoi.

Ils firent un premier passage au-dessus de la Cité, volant doucement avec beaucoup de hauteur. Pidge surveillait l'état du camouflage ainsi que les relevés de communication pour s'assurer qu'ils n'avaient pas été détectés, tandis que Ryner lançait diverses analyses. Green regroupait les résultats et faisait de temps à autre un commentaire quand elle trouvait une donnée qui s'éloignait des attentes de Ryner : une moins forte proportion de signatures biologiques galras, surtout concentrées au niveau des pôles administratifs, beaucoup plus d'armes stockées et moins dans les rues… De la radio ne s'élevaient que des bavardages sans importance et les voix provenant des fréquences militaires parlaient tout autant karii que galran.

— On a pas l'impression qu'ils sont sous occupation, marmonna Pidge, bouillant de malaise même s'iel n'en laissait rien paraître.

Green s'était posée à l'autre bout de la chaîne de montagnes, bien au sud du Capitole, pour recharger son dispositif de camouflage. Les relevés préliminaires étaient affichés à l'écran, avec les enregistrements visuels que Green avait pris.

— Il y a des patrouilles de gardes dans les rues, dit Ryner en indiquant l'une d'entre elles.

Il s'agissait de deux officiers galras, les mains posées sur leurs pistolets à la taille. Elle en remarqua une autre à quelques pâtés de maisons de là et sa bouche s'assécha.

Pidge se pencha dessus, les yeux plissés.

— Ce sont… des Olkaris ?

Des Olkaris en uniforme impérial.

C'était le désespoir, se dit Ryner. Le désespoir qui poussait son peuple à coopérer avec l'Empire Galra. Le désespoir et peut-être de l'opportunisme. Deux éléments inévitables dans n'importe quel grand groupe de personnes. Cela ne représentait pas Inanimasi dans son ensemble. Une résistance s'y trouvait huit ans plus tôt, quand Ryner et son groupe avaient été chassés. Le roi Lubos avait résisté et il continuerait de le faire tant qu'il le faudrait. Olkarion était forte, son peuple fier. Ils avaient enduré des situations bien plus difficiles que celles-ci.

— Tu as entendu quelque chose à la radio ? demanda Ryner, même si elle connaissait déjà la réponse.

À l'intérieur du lion vert, il y avait peu de secrets qu'ils sauraient se garder.

Pidge hésita quand même.

— Que des conversations sans importance, dit-iel. Il va nous falloir plus d'informations si on veut tirer des conclusions.

Mais les Olkaris semblaient bénéficier de conditions bien plus favorables que Ryner ne l'avait anticipé.

— Que Lubos nous vienne en aide, marmonna-t-elle. On va devoir faire un autre tour avant de se retirer pour contacter le château. Je veux voir le quartier industriel de plus près.

— Et on peut faire un deuxième relevé de quintessence au passage. Ça nous fera une base pour chercher les zones sensibles.

Ryner acquiesça.

Elle savait que ça n'allait pas être facile. Dix ans s'étaient écoulés depuis que les Galras avaient envahi sa planète. Huit ans depuis qu'ils avaient pris Inanimasi. Les Galras avaient eu le temps de bien enfoncer leurs griffes, mais elle avait continué à se battre. Des milliers d'Olkaris avaient continué à se battre après avoir fui la Cité. Des centaines avaient perdu la vie, des cellules entières avaient été rayées de la carte par des raids galras. Le peu qui leur parvenait de l'autre côté des montagnes les encourageait. Ils avaient cru avoir le soutien du reste de leur peuple.

Depuis des années, ils se préparaient à lancer un assaut de masse sur Inanimasi. Les cellules de la forêt avaient amassé des armes, entraîné des soldats et œuvré sans relâche pour établir des contacts avec la Cité. Ryner s'était imaginé un soulèvement massif, un raz-de-marée d'Olkaris en colère repoussant les Galras d'un coup puissant. Elle savait que des Olkaris perdraient la vie au combat. Au fond d'elle, elle se doutait peut-être même que certains des siens se rangeraient du côté des Galras, mais ça ne lui avait jamais paru réel.

Elle n'avait jamais osé imaginer qu'elle faisait partie d'une minorité.

Pidge effleura doucement son esprit du sien, sa compassion un peu maladroite mais sincère, et Ryner sourit.

— Ils ne sont peut-être pas complètement d'accord avec ce qui se passe, dit Pidge. On ne sait pas quels mensonges ou menaces les Galras ont utilisé pour les soumettre.

— C'est vrai.

Ryner tendit le bras pour effacer de l'écran les résultats du scan tandis que l'indicateur du camouflage virait au vert.

— Ça ne sert à rien de tirer des conclusions hâtives sans avoir toutes les informations à notre disposition.

— Exactement.

Pidge laissa reposer ses pieds par terre et prit les contrôles.

— Prête pour un deuxième tour ?

Ryner acquiesça, arrêtant de penser à la bataille à venir. La vue de l'extérieur se brouilla un instant quand le camouflage se réactiva, puis ils décollèrent, Green rassemblant plus de données sur la Cité en faisant des tours au-dessus du district ouvrier du sud. Pidge continua de surveiller les relevés de communication, compilant des listes de fréquences et de codes tout en marquant sur la carte les émetteurs et les récepteurs.

La journée de travail touchait à sa fin quand ils s'approchèrent des usines, du monde se déversant dans les rues. Ryner ferma les yeux, s'en remettant à la perspective de Green pour chercher des signes de mécontentement. Elle ne pensait pas que ça l'aurait apaisée de voir son peuple souffrir sous l'oppression, mais la facilité avec laquelle ils discutaient et riaient, leurs sourires éclatants et les vêtements propres et neufs qu'ils portaient, les groupes qui se dirigeaient vers des cafés en plein air, les Olkaris qui semblaient s'ennuyer en chargeant des fusils, des grenades et d'autres appareils moins communs dans des navettes galras… tout ceci lui retourna l'estomac.

Ce n'était pas un peuple réduit à l'esclavage. C'était un peuple qui prospérait sous le règne de l'Empire Galra.

— Ce n'est pas censé se passer comme ça, murmura Ryner, s'apercevant un peu tard qu'elle avait écarté les mains de Pidge pour les diriger vers le prochain bloc d'usines.

C'était exactement pareil : des ouvriers enjoués, un commerce florissant, des armes données aux Galras sans rechigner.

Quand elle trouva enfin des indices de la loi martiale à laquelle elle s'attendait, cela lui fit encore plus froid dans le dos que l'image qu'elle s'était faite de son peuple en haillons d'esclaves.

Une jeune olkari gardait une allée dans laquelle son ami, tenant un chiffon à sa bouche, faisait un graffiti sur le mur. Pidge ralentit pour que Ryner puisse observer la paire. C'était difficile à cette distance de distinguer ce que le graffiti représentait, mais elle reconnut le sigle de l'Empire Galra au cœur du dessin.

Il y eut de l'agitation dans la rue. La fille qui faisait le guet rentra dans l'allée et fit un signe à son ami, qui s'interrompit. L'instant d'après, une patrouille de gardes se sépara de la foule du soir et la fille se mit à courir. Elle prit son ami par le poignet et il lâcha sa bombe de peinture dans leur fuite. Une autre paire de gardes apparut devant eux, leur barrant la route. Les quatre gardes étaient olkaris.

Le garçon recula, jetant un regard aux autres gardes par-dessus son épaule. La fille fit apparaître un gant novus (une arme malléable dont Ryner s'était inspirée pour construire ses amplificateurs organiques) et le glissa à sa main, adoptant une position défensive.

Le combat ne dura pas longtemps. La fille parvint à neutraliser le premier garde en changeant son novus en pistolet et lui tirant dessus avant que les autres aient le temps de réagir. Mais un autre garde lui arracha le garçon et le jeta par terre. La fille se retourna en entendant son cri et un garde en profita pour lui porter un coup à la tête. Elle s'écrasa brutalement, son novus se mettant à briller alors qu'elle cherchait à lui redonner forme.

Un garde plaqua son poignet à terre avec son pied, broyant métal et os, et avant que la fille ne puisse s'en remettre, une botte vint à la rencontre de son ventre.

Pidge poussa un cri horrifié alors que le passage à tabac se poursuivait, les deux jeunes se repliant sur eux-mêmes pour protéger ce qu'ils pouvaient des coups vicieux qui n'avaient pas l'air de vouloir s'arrêter. L'effroi de Ryner était plus voilé et elle tendit le bras pour empêcher Pidge d'intervenir.

— On ne peut pas faire ça, dit-elle, la fureur de Pidge lui rongeant l'estomac. On ne peut pas leur indiquer notre présence.

Ils ne s'en allèrent pas pour autant. Tressaillant à chaque coup, ils restèrent et observèrent la scène jusqu'à ce que les gardes se lassent de leur petit jeu et forcent les jeunes à se relever, en sang et boiteux. Pidge avait envie de les arrêter, Ryner le savait, mais iel comprenait aussi que ce n'était pas possible. L'élément de surprise était leur seul avantage dans ce combat. Le gâcher maintenant pour sauver deux vies en coûterait bien d'autres sur le long terme.

Cela ne rendait pas le spectacle plus facile à regarder. Les deux jeunes furent menottés et accompagnés jusqu'à un engin de transport. Des douzaines d'Olkaris les observèrent en silence prendre la route du district judiciaire le plus proche, sans qu'aucun ne cherche à intervenir. Ils marmonnèrent simplement quelques jurons dans leur barbe et reprirent leur chemin.

C'était une occurrence normale à Inanimasi.

Green commença à suivre le transporteur, menée par la rage de Pidge. Ryner les recentra sur un objectif plus sûr.

— On a vu tout ce qu'il y avait à voir ici, Pidge, dit-elle, lui tirant les mains pour arrêter la dérive de Green. Allons retrouver mon groupe. Le plus vite on contactera les autres, le plus vite on pourra arranger les choses.

Pidge acquiesça, bien qu'à contrecœur, et les dirigea vers l'est, vers le col montagneux qui les ramènerait à Vivasi et aux menaces plus familières qui rôdaient sous les arbres.


Le groupe de Ryner s'était déplacé depuis son départ.

Ça ne la surprenait pas : les cellules de la forêt étaient faites pour être nomades, et même quand tout allait bien, elles alternaient entre trois camps semi-permanents selon un planning aléatoire. Tout ce dont ils avaient besoin – armes, défenses, abris, provisions – était transportable, sauf les Bosquets en eux-mêmes, si bien que les graines et les amplificateurs étaient leur première priorité en cas d'évacuation.

Tout ce qu'elle savait de ce mode de vie semi-nomade, Ryner l'avait appris des Vivaskaris : une coalition de nations qui vivaient et travaillaient dans l'énorme région de Vivasi. Quand les Inanimaskaris s'étaient établis dans les Terres mortes pour commencer à travailler le métal et à construire la Cité, les Vivaskaris étaient restés derrière, améliorant leur maîtrise des anciens arts.

Ryner n'avait rencontré qu'une poignée de Vivaskaris depuis sa fuite d'Inanimasi, car même si quelques groupes isolés étaient venus en aide aux rebelles inanimaskaris, leur coalition se tenait à l'écart. Et qui pouvait leur en vouloir ? Bien que les Vivaskaris fournissaient de grandes quantités de nourriture, de médicaments et de matières premières à la Cité, ils étaient toujours restés en retrait. À l'arrivée des Galras, ils avaient abandonné à leur sort ceux qu'ils considéraient comme des sauvages qui vivaient de l'autre côté de la montagne. Zarkon ne s'intéressait qu'aux armes et aux autres technologies qui lui serviraient pour la guerre.

Il était tout à fait logique de faire profil bas en espérant que les Galras se contentent du reste du continent. À la place des Vivaskaris, Ryner aurait certainement fait la même chose.

Avec les scanners de Green, plus puissants que ceux bâtis à partir de bois et de pulpe par Ryner et son groupe, elle pouvait voir les rassemblements d'Olkaris qui parsemaient le côté est du continent. Il y avait plus de Vivaskaris que Ryner ne l'avait cru et ils s'étaient rapprochés plus que jamais des camps d'Inanimaskaris, dont le camouflage maladroit détonait comme de la mauvaise herbe au milieu de la voûte forestière.

L'espoir faisait battre le cœur de Ryner tandis que Pidge les faisait survoler à basse altitude la région que son groupe fréquentait avant l'attaque du robeast. Le camouflage était sur le point de lâcher à nouveau, mais ça n'inquiétait pas Ryner. Elle émettait le signal de son groupe en se servant de spores spécifiquement encryptées depuis qu'ils avaient quitté la montagne et, tôt ou tard, quelqu'un y répondrait.

— Va vraiment falloir que tu m'apprennes à faire ça, dit Pidge en lui jetant un coup d'œil.

Ryner était plongée dans l'interface spéciale qu'elle avait inventée le jour de leur première rencontre. À l'époque, elle avait tout improvisé, mais Green avait aussitôt adopté l'amplificateur et avait intégré le bois et les vignes à son installation, les renforçant avec du métal et des conduits. Ce qui ressemblait auparavant à une imitation bancale d'un noyau de novus était désormais quelque chose qui leur ressemblait tous les trois, quelque chose d'indéniablement unique et de bien supérieur à tout amplificateur que Ryner avait déjà utilisé avant.

Ryner maintint la composition de ses spores cryptées dans son esprit, les transférant à Green par le lien et laissant l'amplificateur lâcher un nouveau signal dans la forêt.

— Tu as continué ton entraînement avec le casque que je t'ai donné ? demanda-t-elle à Pidge, qui hésita.

— Euh… Un peu ?

Avec un petit rire, Ryner fit remonter un souvenir de Pidge en train d'ignorer la petite parcelle de terre dans le jardin de Ryner, se servant plutôt de l'amplificateur pour raffiner le système de ciblage de Rover. Le petit drone était actuellement au fond du cockpit, en train de charger dans un petit nid.

— Tu as du talent pour parler au métal ; ce que tu appelles de la technopathie. Je ne le nierai pas. Mais parler aux plantes fait aussi partie des arts olkaris.

Pidge plissa les yeux, essayant peut-être de déterminer si Ryner ne se moquait pas d'iel. Mais avant qu'iel ne puisse arriver à une conclusion, les courants de quintessence dans la forêt se mirent à changer. Ryner le sentit dans l'amplificateur et ses antennes frémirent dans son casque. Green fit la traduction pour Pidge, même s'iel avait déjà remarqué la soudaine distraction de Ryner et s'était penché·e sur l'écran pour observer la forêt.

— Ton groupe ? fit-iel.

Ryner hocha la tête. Rien n'avait changé sous le couvert des arbres, mais le pic de quintessence contenait les coordonnées du nouveau camp de son groupe, que Ryner relaya à Pidge. Green les aida à les convertir en données altéennes et vira dans la direction indiquée. Le camouflage s'effaça alors qu'ils s'approchaient d'un endroit quelconque où un canyon coupait la forêt en deux. Il y avait une rivière au fond du canyon, mais Pidge s'arrêta près du haut de la crevasse et glissa Green dans une caverne bien dissimulée.

Deux gardes olkaris sortirent de l'ombre, lances pointées en avant. Ryner les reconnut : il s'agissait de Zori et Joska, deux recrues parmi les plus jeunes. Ryner avait appris en personne à Joska comment donner forme à la forêt et elle portait désormais un gant dont la gemme brillait en préparation au combat. La mousse qui recouvrait les murs de la cave se cristallisa, des couches se soulevant comme les écailles d'un lézard, avant de soudainement reprendre son apparence normale quand Joska reconnut le lion vert.

À côté d'elle, Zori l'observait, bouche bée, tenant mollement sa lance. Il était encore en formation quand Ryner était partie, si bien que ça lui faisait drôle de le voir de garde, même dans une caverne comme celle-ci qui voyait très peu d'agitation.

Zori et Joska se mirent au garde-à-vous quand Ryner sortit du lion, Pidge après elle.

— Doyenne Ryner ! s'écria Zori avec un grand sourire.

Il gigota, manquant de briser l'étiquette, mais se rattrapa au dernier moment.

Ryner sourit.

— C'est bon de vous revoir, dit-elle en retirant son casque, leur adressant un signe de tête.

Zori attendit juste le temps de paraître respectueux, puis fit un bond en avant. Il semblait tiraillé entre accueillir Ryner correctement et inspecter le lion vert, et quand elle lui fit signe d'y aller, son regard s'éclaira.

Pidge l'observa s'éloigner, haussant un sourcil quand il s'arrêta devant Green et cria doucement dans ses mains.

— Un gars comme je les aime, marmonna-t-iel.

Joska soupira, s'approchant avec une main plaquée contre sa poitrine.

— Pardonnez-le, Doyenne. Il a toujours cette tendance à s'extasier devant l'ancienne technologie.

— L'ancienne technologie ? releva Pidge.

— L'électronique, expliqua Joska. Zori fait partie de ceux qui n'arrivent pas à s'habituer à la vie de ce côté-là de la Grande vertèbre.

— Je comprends parfaitement.

Pidge jeta un œil à Zori, puis haussa les épaules.

— Et sinon, on va remonter à la surface, ou vous vivez dans les cavernes, maintenant ?

— On a un Bosquet à la surface, dit Joska en indiquant une échelle dans un creux du mur. Mais on est en train de consolider nos défenses souterraines.

Elle s'interrompit quand son gantelet vira au bleu, indiquant la réception d'un message.

— Excusez-moi, Doyenne– ah…

Ryner leva la main.

— Je vous en prie, appelez-moi Ryner. Je ne suis plus votre doyenne.

Joska en sembla gênée, mais elle acquiesça.

— D'accord. Ryner, donc, um– la doyenne Aransha a demandé à vous voir. Elle a hâte de savoir ce qui amène les paladins verts de Voltron à Olkarion.

— Bien entendu. Pidge ?

— Je suis obligé·e d'assister à cette réunion ? demanda Pidge en sentant la question de Ryner. Parce que sinon, je peux contacter le château. Pour faire bouger les choses ?

Ryner acquiesça et Pidge retourna à Green, s'arrêtant un instant pour parler à Zori, qui s'intéressait aux capteurs sensoriels qu'iel avait installés sur le ventre du lion. Zori l'écouta, fasciné, tandis que Pidge se lançait dans une tirade poétique sur les merveilles de la technologie, ce qui fit secouer la tête de Ryner. Elle allait devoir s'assurer que ces deux-là sortiraient prendre l'air à un moment donné, parce qu'ils seraient capables de rester dans ces caves toute la journée.

Mais ça pouvait attendre. Avec un signe de tête à Joska, Ryner lui entama le pas en direction de la salle de conférence d'Aransha.


Il ne lui fallut que dix minutes pour relater à Shiro ce qu'ils avaient découvert. Pidge gagna cinq minutes de plus à la fin, parce qu'après leur discussion, iel n'aurait plus d'excuse pour ne pas sortir du lion vert et se sociabiliser.

Ce n'était pas que les Olkaris n'étaient pas sympas, bien au contraire. En plus, ils partageaient cette même obsession de la technologie, alors en essayant bien, Pidge pourrait trouver quelqu'un à qui parler. Mais iel avait fait beaucoup d'efforts ces derniers temps, entre les gens à sauver, les politiciens à convaincre, les réfugiés à réconforter et les nouveaux coéquipiers à sympathiser. Sans parler de la pression que lui mettait sa mère tous les jours.

Tout allait mieux maintenant – mille fois mieux. Sa mère n'était plus qu'une distante présence vaguement encourageante qu'il était facile d'ignorer et iel n'avait plus à craindre de tomber à tout moment sur quelqu'un qui lui répéterait encore et encore qu'il fallait laisser les adultes se charger du combat.

Rien que d'y repenser, la gorge de Pidge se serra et la voix de Shiro s'éteignit au beau milieu d'un plan d'approche : il parlait d'amener les autres lions et de chercher un endroit où cacher le château dans un système stellaire proche, mais Pidge ne l'écoutait pas vraiment.

— Tout va bien ?

— Ça va, répondit Pidge d'un ton sec. (Iel grimaça.) Pardon. Je suis juste… fatigué·e.

C'était une piètre excuse, mais Shiro ne dit rien. Pidge se demanda s'il avait remarqué qu'iel flanchait. Ce n'était pas à cause de sa mère, plus vraiment, mais ces disputes avaient mis Pidge sur la paille. Iel se sentait lessivé·e, sur le point de fondre en larmes pour le moindre truc, même pour un problème déjà réglé. Iel détestait se retrouver dans cet état.

— Tu bosses sur quoi, en ce moment ? demanda Shiro.

Pidge leva la tête avec une grimace devant ce geste. Iel aurait dû le savoir. Le lien de Voltron permettait aux paladins d'avoir une petite idée des pensées des autres et pour quelqu'un comme Shiro, qui était de nature quelqu'un d'observateur, c'était presque comme s'il pouvait lire dans son esprit.

Parce que Pidge n'avait pas envie de sortir du lion vert. Iel ne pouvait pas se forcer à sourire et échanger des banalités avec le groupe de Ryner. Iel savait qu'elle l'avait laissé·e contacter le château pour qu'iel se prépare à se sociabiliser dans la soirée, mais iel ne s'en sentait pas capable. Iel n'avait pas envie d'y aller. Son énergie était très limitée ces derniers jours et il fallait qu'iel l'emploie en premier à la libération d'Olkarion, puis à la planification et la préparation de la marche à suivre. Faire face à des étrangers, idéalement, ne figurait pas sur la liste des priorités.

Mais Shiro avait des choses à faire de son côté. Autant Pidge appréciait son offre tacite de rester encore quelques minutes sans avoir à sortir voir du monde, autant iel ne pouvait pas accepter.

Haussant les épaules, iel s'étira et laissa ses pieds reposer au sol.

— Je fais encore quelques modifs sur Green. Je t'en parlerai quand tu seras là.

Le coin de la bouche de Shiro se releva.

— Très bien. À tout à l'heure, alors.

— Salut.

Pidge se pencha pour couper la communication, puis s'affaissa. Iel tendit son esprit vers Green pour qu'elle affiche les relevés des capteurs GPT. Il ne lui fallut qu'un instant pour confirmer ce que le garde avait dit plus tôt : les gens étaient surtout rassemblés dans les cavernes et seule une poignée d'entre eux se trouvaient dans le Bosquet.

Donc, direction le Bosquet.

Pidge prit son ordinateur portable, le nouveau casque qu'iel avait acheté sur Terre et une poignée de stim-toys, puis sortit du lion vert. L'autre garde (Zero… ? Non, Zomi… ? Bref) était toujours devant, officiellement pour garder l'entrée des cavernes, mais il ne faisait que regarder le lion vert. Il s'égaya en voyant Pidge descendre la rampe et lui fit coucou avec enthousiasme.

Les mains de Pidge étaient pleines, ce qui lui épargna d'avoir à répondre au geste, et iel marmonna quelques formules de politesse en passant devant lui, gardant la tête basse, le regard vissé sur le dernier barreau de l'échelle.

Iel s'interrompit un moment devant celle-ci, fourrant rapidement toutes ses affaires dans son sac d'ordinateur avant de l'accrocher à son épaule, se libérant les mains pour pouvoir monter. Le regard du garde olkari lui transperçait le crâne, mais il ne chercha pas à l'arrêter et Pidge ne chercha pas à lui expliquer pourquoi iel s'en allait comme ça.

Une fois dehors, iel respira un peu mieux. C'était peut-être grâce au fait qu'il n'y avait que deux Olkaris en vue, ni l'un ni l'autre ne semblant s'intéresser à l'humain qui venait d'apparaître. C'était peut-être aussi à cause de Ryner, qui était entrée dans sa tête et l'avait laissé·e avec une affection inexplicable pour tout ce qui était vert et spongieux.

En tout cas, Pidge fit craquer sa nuque, adressa un signe de tête aux gardes en patrouille et alla se trouver un endroit tranquille et isolé où se cacher pour quelques heures.

Une fois qu'iel trouva un coin prometteur, iel enfila son casque, monta le son et ouvrit le dossier qui contenait tout ce qu'iel savait au sujet de son père. Le dossier grossissait peu à peu, se remplissant de fichiers que les recherches de Pidge avaient notés comme sources d'informations potentielles.

Iel entama la tâche longue et pénible de trier les données sans pertinence et de mettre le reste de côté pour un examen futur, ignorant les pas qui passaient de temps à autre dans le coin de sa vision, derrière un écran de feuilles de fougères bleutées luxuriantes.

Pidge aurait avancé plus vite s'iel savait ce qu'iel cherchait, mais iel avançait en tâtonnant. Sa première analyse de données s'était faite sur une simple recherche de mots-clés ; pas si simple que ça avec deux douzaines de mots-clés à tester, allant de « humain » à « projet Balméra » en passant par la désignation impériale de la Terre et le numéro d'identification de prisonnier de son père. Du moins, son numéro le plus probable. Celui de Shiro était 117-9875 et celui de Matt, 118-9875. Keith avait confirmé que 9875 était l'année de leur capture, selon le calendrier impérial, donc il y avait de grandes chances que les trois premiers chiffres de l'identification de Sam soient 116 ou 119.

Aucun des deux n'apparaissait nulle part dans les fichiers de Pidge. Ce n'était pas surprenant. Iel n'avait pas beaucoup de données sur les prisonniers, à part pour ceux qui correspondaient à COEUR et à ses deux projets affiliés, le projet Balméra et le projet Robeast. Iel n'avait aucun compte-rendu sur la capture du Perséphone ni sur l'endroit où on avait envoyé son équipage juste après.

La plupart des autres documents balisés se révélèrent tout aussi inutiles. Il y avait plein de références à Shiro et à Matt, mais rien qui se rapporte à son père. Rien qui n'indique qu'un prisonnier intéressant avait été envoyé dans un autre laboratoire de COEUR quelque part dans l'univers.

Il était plus que probable que les vaisseaux, les laboratoires et les bases d'où venaient les données de Pidge n'étaient simplement pas en lien avec ce que Zarkon avait fait de son père. Iel n'avait peut-être pas les bons mots-clés, ou alors les données intéressantes étaient formulées exprès de façon trop vague pour que la recherche d'informations soit efficace.

Il était aussi possible que quelqu'un ait effacé toute référence au commandant Samuel Holt. Si quelqu'un avait fait le lien entre Pidge, Matt et le dernier membre de l'équipage du Perséphone, il serait logique qu'il ait fait tout en son pouvoir pour empêcher Pidge de découvrir ce qui lui était arrivé.

Ça n'allait pas empêcher Pidge d'inspecter tous les indicateurs relevés dans son ensemble de données. Quelque part là-dedans se trouvait un indice et iel s'en voudrait de le manquer parce qu'iel était fatigué·e et que ses yeux s'asséchaient à force de fixer l'écran de son ordinateur depuis… depuis combien de temps ?

Iel regarda l'heure (iel était là depuis près de trois heures), grogna et se frotta les yeux. Quand iel les rouvrit, Keith se trouvait devant iel, les oreilles dressées par la curiosité.

Pidge glapit, manquant de renverser son ordinateur. En essayant de le retenir, iel se frappa le coude contre le tronc d'arbre derrière iel et poussa un juron. Se frottant le coude, iel retira son casque et fusilla Keith du regard.

— On ne t'a jamais dit de ne pas prendre les gens par surprise ?

— On m'a plutôt appris le contraire, dit Keith en s'installant devant iel, les jambes croisées, ses genoux touchant presque ceux de Pidge.

Pidge le regarda d'un air blasé.

— Eh ben, ça se fait pas. Qu'est-ce que tu fais là ?

— Je te cherchais… ? (Keith fronça les sourcils.) Ryner nous a dit qu'elle ne t'avait pas vu·e depuis votre arrivée. Matt ne voulait pas la croire quand elle nous a assurés que tu allais bien.

— Alors il t'a demandé de me ramener ?

Keith haussa les épaules.

— Non. Je me suis dit que je te trouverai là où il y a le moins de monde.

— Oh.

Pidge se détendit, comprenant soudainement où Keith voulait en venir.

— Toi aussi, tu veux te couper du monde.

— Non ?

— Mais bien sûr.

Pidge tapota le sol à côté d'iel, se décalant pour lui faire de la place. Keith resta sans bouger un moment, puis se déplaça, tapotant ses genoux tout en observant le petit coin d'ombre que Pidge avait revendiqué.

Il se suça la lèvre.

— Tu t'es trouvé un chouette endroit.

Pidge grogna.

Keith pivota, son regard se posant sur son écran d'ordinateur. Iel résista à l'envie de le lui cacher.

— Tu cherches ton père ? demanda Keith.

— Ouais.

— Tu… Tu as trouvé quelque chose ?

— Pas encore.

Pidge sauvegarda son travail et ferma le fichier, le regard figé sur la barre de tâches.

— J'ai vraiment pas envie d'en parler, là, d'accord ?

Keith leva les mains. À sa décharge, il lâcha aussitôt l'affaire et Pidge se força à se détendre. Le silence retomba et Pidge passa distraitement d'un projet à un autre, écrivit quelques lignes de codes, éplucha quelques jeux abrutissants qu'iel avait installés…

Après un moment, Keith sortit la dague de sa mère et se mit à jouer avec, faisant tourner la lame d'un côté et de l'autre, visiblement fasciné par la lumière qui se reflétait dessus. Pidge se laissa captiver aussi un petit peu, d'ailleurs, et iel se força à détourner le regard, cherchant la girouette qu'iel avait fourrée dans sa poche : ce n'était qu'une boucle de chanvre à laquelle étaient accrochés des rondelles et des écrous de tailles diverses, espacés par des nœuds, mais elle était malléable et sa texture était agréable.

— Tu as toujours la dague de ta mère, commença Pidge.

— Je n'ai pas envie d'en parler.

— D'accord.

Pidge fit tourner la girouette dans sa main, caressant du pouce le coin d'un gros écrou hexagonal. Son regard tomba à nouveau sur la dague de Keith.

— Hé, Keith ?

— Mm ?

— J'avais une question à te poser.

Keith cessa de faire bouger sa dague et lui jeta un coup d'œil. Pidge tenta de lever la tête pour rencontrer son regard, mais le geste fut avorté presque aussitôt entamé.

— Ok, fit prudemment Keith. Qu'est-ce qu'il y a ?

Pidge enroula le chanvre autour de sa main et fit rouler un écrou papillon entre son pouce et son index.

— Est-ce que les Galras savent ce qu'est l'autisme ?

Keith pencha la tête de côté.

L'autisme… ?

Il prononça le mot soigneusement, les sourcils froncés.

— Je ne crois pas que ça se traduise. En tout cas, c'est la première fois que j'en entends parler.

— Évidemment, ironisa Pidge. Enfin, il doit y avoir des psychologues quelque part dans l'Empire, non ? Des professionnels de la santé mentale ? Des conseillers ?

Keith posa sa dague sur ses genoux et gratta un bout de cuir qui commençait à se détacher de la poignée.

— Oui, un truc du genre.

Il marqua une pause, se tournant légèrement vers iel.

— Pourquoi ?

— Par curiosité.

Iel en resta là, de nouvelles questions lui envahissant l'esprit plus iel y réfléchissait. Qu'est-ce qui entrait dans le champ psychologique de l'Empire Galra ? Pidge imaginait que les soldats de Zarkon souffraient de stress post-traumatique autant que les soldats humains, à moins que ça ne soit pas quelque chose qui puisse arriver à un Galra, ce qui soulevait tout un tas d'autres questions. L'Empire Galra ne semblait pas être le genre d'endroit où on pouvait s'ouvrir sur, disons, des problèmes de dépression, mais qu'est-ce que ça voulait dire, au final ? Que les gens étaient doués pour le cacher ? Que ceux qui avaient des problèmes de santé mentale étaient mis de côté pour que Zarkon n'ait pas besoin de penser à eux ? Quelles étaient les similarités entre la chimie cérébrale – et même l'anatomie – des Galras et des humains ?

Keith serra ses jambes contre lui, interrompant le fil de pensées de Pidge.

— On les appelle des examinateurs, dit-il. Tu dois passer leurs tests avant de pouvoir te soumettre à ton Rite de passage.

— Ton Rite de passage ?

Keith se crispa.

— C'est… la façon de faire nos preuves, si tu veux. Ça fait partie du processus d'enrôlement pour les soldats et c'est une sorte d'examen final après l'entraînement.

Pidge n'aimait pas ça du tout, mais Keith tenait sa dague comme s'il s'apprêtait à bondir à tout moment.

— Et donc… quoi ? Ces examinateurs doivent vous autoriser à entrer en service ?

— En gros. S'ils te donnent un bon score, tu peux recevoir des missions spéciales, mais l'important, c'est qu'ils ne te déclarent pas incompétent ou déviant.

— Ça m'a l'air d'un système psychiatrique bien pourri, mais je t'en prie, continue.

Keith haussa les épaules.

— Il n'y a pas grand-chose de plus à dire. Ils te posent un tas de questions et te donnent un score basé sur plusieurs critères. Intelligence, loyauté, agression, résistance.

— Euh, ils entendent quoi par résistance ?

— Ta façon de gérer la pression. On te fait résoudre des problèmes dans plein de conditions différentes.

Il se gratta la nuque, ses oreilles s'inclinant vers l'arrière.

— J'ai un peu mémorisé les réponses des autres tests, sinon je… j'aurais certainement échoué, pour être honnête. J'ai failli rater le test de résistance.

Pidge tritura un nœud entre ses doigts.

— Il se passe quoi, si t'échoues ?

— Tu es renvoyé de l'armée.

Keith tapota sa lame avec ses griffes.

— Je me suis toujours dit que ceux qui échouaient s'en tiraient pas trop mal, mais j'imagine que ça te met à l'écart, de rater l'armée. Je sais qu'il y a des gens qui préféreraient mourir lors de leur Rite de passage que de louper leur évaluation préliminaire.

Pidge grogna, faisant de son mieux pour y traduire tout son dégoût. Iel ne s'attendait pas à ce que l'armée galra soit un modèle en matière de gestion de la santé mentale, mais iel s'était quand même attendu·e, eh bien… à quelque chose.

— Pour tout te dire, je ne sais pas du tout à quoi ressemble la vie en dehors de l'armée.

Keith se mordilla la lèvre si longuement que Pidge crut qu'il allait se mettre à saigner.

— Qu'est-ce que… qu'est-ce que c'est, l'autisme ?

Pidge poussa un long soupir, s'appuyant sur ses mains.

— C'est difficile à expliquer, parce que c'est différent pour tout le monde. Pour moi, c'est surtout des difficultés sensorielles et avec les interactions sociales.

— Pour toi ?

Keith leva le nez, les lèvres entrouvertes, regardant Pidge avec attention.

Iel se détourna aussitôt, ne pouvant pas supporter le contact visuel. Une fois que son regard se posa sur une petite pousse à ses pieds, iel finit par identifier le soulagement dans le ton de sa voix. Oh. Eh ben, quiznak. Vu l'intolérance des psychologues galras, il s'attendait certainement à être accusé de quelque chose.

Pidge se tourna à nouveau vers lui avec un sourire désolé.

— Ouais, pardon. J'aurais dû commencer par ça. Je suis autiste et… je sais pas. Je crois que j'espérais un peu que ce soit un truc qu'on a en commun. Le prends pas mal, mais parfois, tu as l'air aussi perdu que moi quand tu parles à des gens.

— Euh.

Keith fronça les sourcils, le regard rivé sur le buisson en face de lui. Il battit de l'oreille.

— Faut dire que j'ai pas beaucoup d'expérience en matière de culture humaine.

— Et tu vas me dire que tu ne t'es jamais senti comme si tu étais en décalage par rapport aux autres, dans l'armée galra ?

Keith en resta bouche bée et Pidge l'entendit presque ravaler un « non » automatique.

— Je me disais juste que c'était…

Il laissa sa phrase en suspens avec un vague geste de la main et Pidge reposa son menton sur son genou.

— Tu t'es dit que c'était toi qui étais bizarre ? supposa-t-iel, souriant quand Keith se tourna brusquement vers iel. Bah, c'est pas moi qui vais dire que je suis normal·e – la normalité, c'est surfait de toute manière – mais peut-être que nos bizarreries ont un truc en commun. Si jamais tu veux en parler.

Keith hocha la tête, traçant distraitement le fil de sa lame avec son doigt.

— Je crois que… ça me plairait bien.

Pidge sourit et se mit à taper des pieds, l'excitation s'emparant d'iel. Ses doigts s'emmêlèrent avec la boucle de chanvre et iel sourit davantage ; certainement un peu trop, puisque Keith avait seulement accepté d'en parler, mais il répondit timidement à son sourire. Il semblait sincèrement intéressé par ce que Pidge avait à dire, alors iel tapota son ordinateur de sa main libre tout en cherchant par où commencer.

Son regard tomba sur la dague de Keith et iel se sentit soudainement inspiré·e.

— Ok, fit-iel. Alors il y a ce truc qu'on appelle le stimming.

— Le stimming.

— Ouais, dit Pidge. Autrement dit « comportement auto-stimulant », mais personne n'a le temps de dire tout ça. En gros, c'est une gestuelle qui te calme, t'amuse ou qui te fait du bien en général.

Iel tira sur sa boucle de chanvre et fit tournoyer quelques rondelles sous le regard de Keith.

— Moi, j'aime bien les stims tactiles. Manipuler des objets, apprécier des textures, des trucs du genre. Mais il y a aussi des stims visuels, auditifs, vestibulaires…

Iel se força à s'arrêter là avant de partir dans une logorrhée.

Keith avait les sourcils froncés.

— Et… à quoi ça sert ?

— C'est pas vraiment une question de si ça sert ou non. Enfin, d'accord, y a des stims qu'on fait quand on est en train de saturer. Ça nous permet de nous calmer, de relâcher la tension ou autre, mais… Pourquoi les neurotypiques écoutent de la musique, vont se promener ou prennent leur téléphone pour appeler un ami juste comme ça ? Parfois, c'est dans un but bien précis, mais en général, c'est juste parce qu'ils en ont envie, pas vrai ?

— Je vois…

Avec un son pensif, Keith porta une main à sa bouche pour se ronger un ongle.

— Mais je ne fais pas ça.

Pidge haussa un sourcil.

— Je ne le fais pas. Je… (Keith fronça les sourcils.) Si ?

— Un peu quand même.

Pidge fit un geste vers la dague sur ses genoux.

— Ta façon de jouer avec ta dague ? Tu regardes les reflets de la lumière dessus, non ?

Keith se mordit l'ongle et ses oreilles s'inclinèrent vers l'arrière. La seconde d'après, elles se redressèrent et il laissa sa main retomber.

— Attends, c'est un truc qui se fait ? Les reflets… Quand je… Je ne suis pas le seul à faire ça ?

Pidge lui tapota le bras avec un sourire.

— Non, tu n'es pas le seul.

— Wow.

Pidge pencha la tête de côté, observant le pincement de ses sourcils et la courbe de ses oreilles. Il se débattait avec quelque chose, essayant de digérer l'information. Pidge avait reçu son diagnostic au collège, mais iel se souvenait bien de cette impression que son monde avait changé d'axe. Purée, jusqu'au moment où iel avait quitté la Terre, iel faisait encore de nouvelles connexions, ses discussions avec ses tantes remettant en contexte tout ce qu'iel pensait être des trucs qu'iel était seul·e à faire.

— Y a pas que ça, hein ? dit Pidge. Y a d'autres trucs, mais les gens t'ont dit que c'était bizarre ou t'ont forcé à arrêter.

Keith se tourna vers iel avec de grands yeux.

— Je… ouais, je… Ça gênait.

— Ouais, fit Pidge avec une grimace. T'es pas le seul a qui on a dit ça.

Iel pivota, agitant le bras jusqu'à trouver son sac d'ordinateur, qu'iel vida aussitôt devant eux. Un chargeur, quelques clés USB et plus d'une douzaine de stim-toys s'éparpillèrent sur le lit de feuilles mortes et Keith se pencha dessus, intrigué.

— Nous, déclara Pidge, allons te refaire découvrir les merveilles du stimming.


— Cet endroit est…

Lance leva les yeux pour regarder les branches d'arbres où pendaient d'étranges capsules. Nyma n'en avait jamais vu avant et elle n'était pas sûre d'apprécier se retrouver avec des trucs de deux fois sa taille qui pendouillaient au-dessus d'elle.

— Cet endroit est génial, voilà ce qu'il est, compléta Hunk avec emphase.

Lance adressa un regard à Nyma dans le dos de Hunk, ce qui la fit ricaner. Hunk était étrangement sur la défensive dès qu'il s'agissait de cette planète, alors qu'il n'y avait mis les pieds qu'une fois auparavant. Apparemment, la dernière visite des paladins avait été brève et ils n'avaient pas tous visité le campement olkari. Hunk avait insisté pour que tout le monde ait cette chance, si bien que sans Val, Matt, Meri et Allura qui devaient parler aux soigneurs olkaris de la magie locale, Nyma s'était retrouvée malgré elle dans l'équipe de recherche.

L'équipe « de recherche » qui semblait avoir complètement oublié qu'elle était censée retrouver Pidge et Keith. Nyma aurait bien fait un commentaire, mais elle s'en fichait un peu, en vérité. Shiro et Ryner triaient les informations que les Verts avaient collectées ce matin, avec Aransha, la nouvelle doyenne du groupe d'Olkaris. Ils ne feraient un point stratégique que plus tard dans la soirée et, au plus tôt, ils seraient prêts à agir le lendemain matin.

— C'est flippant, dit Lance. C'est quoi ça, des fœtus de machine ?

Shay rentra la tête dans ses épaules avec un petit rire et Hunk frappa le bras de Lance, ce qui le fit trébucher.

— Quoi ? Dis-moi que j'ai tort.

— Ce sont– (Hunk souffla en plissant le nez.) Des prototypes.

— C'est une forêt enceinte de bébés machines et c'est flippant, rétorqua Lance.

Nyma leva les yeux au ciel tandis que Hunk émettait des suppositions sur le contenu des capsules. De ce que Nyma en comprit, les Olkaris faisaient pousser la plupart de leurs armes et de leurs véhicules et, apparemment, Pidge avait fait éclore un hoverbike la dernière fois.

Shay était à l'arrière des deux garçons, le regard fixé sur les capsules au-dessus de leur tête. Nyma se laissa retomber à son niveau, essayant d'adopter un air indifférent.

— À ton avis, iel est venu·e faire quoi ici, Pidge ? Iel me donne pas l'impression d'être du genre à apprécier la nature.

— Ryner a dit qu'iel a pris son ordinateur portable, non ? (Shay pencha la tête, faisant tinter ses boucles d'oreilles contre sa carapace.) Iel doit travailler sur un programme ou parcourir ses dossiers.

Nyma hocha la tête, la bouche pâteuse.

— Ouais, je… c'est ce que je me disais aussi.

S'humidifiant les lèvres, elle croisa les bras.

— Iel cherche quoi, tu crois ? Des informations sur les défenses d'Olkarion ?

— Ça m'étonnerait, dit Hunk, apparaissant soudain aux côtés de Shay.

Nyma se crispa, fusillant le sol du regard.

— Les endroits qu'on a visités n'avaient aucun rapport avec Olkarion, alors iel n'a pas dû collecter d'informations à son sujet. Ce qu'iel a surtout, c'est des registres de prisonniers.

— Alors iel cherche son père, dit Nyma, ignorant résolument le regard de Lance qui lui trouait le crâne. Ça se comprend.

Hunk se tapota le menton, ne remarquant visiblement pas que Shay s'était rapprochée de Nyma, semblant à deux doigts de fondre en larmes. Nyma s'éloigna brusquement avec un regard noir à son attention. Elle ne voulait pas de sa pitié ni d'un câlin ou d'une autre connerie du même genre.

— Le truc, dit Hunk, c'est que je sais pas s'iel peut le trouver avec les informations qu'iel a. On va devoir frapper au bon endroit pour trouver des renseignements sur lui en particulier, mais pour ça, on a besoin d'une piste, ce qui va certainement être une question de chance. L'univers est grand. Essayer d'y trouver une personne, c'est comme essayer de trouver une aiguille dans une botte de foin.

Lance se frappa le front, ce qui tira Hunk de ses réflexions. Son regard passa de Lance à Nyma, puis à Shay, qui posa une main sur son bras avec un air compatissant.

— Oh. (Le regard de Hunk se posa à nouveau sur Nyma, qui le soutint avec défi.) On parle de Rolo.

— Hunk ! s'exclama Lance.

Hunk eut le bon sens de paraître embarrassé, même si ça ne suffit pas à apaiser la tempête de culpabilité et de chagrin qui ravageait Nyma. Hunk n'en démordit pas pour autant :

— Tu veux que je demande à Pidge de chercher des indices sur Rolo pendant qu'iel cherche son père ?

Nyma le regarda de travers.

— Tu m'as entendu te demander de l'aide ? répondit-elle avec hargne.

— Du calme, dit Shay. Nous ne voulions pas te vexer.

Lance s'approcha et pressa son épaule contre celle de Nyma. Elle sentit vaguement un grondement rassurant de Blue, sa vibration passant du corps de Lance au sien. Il lui sourit, une touche de tristesse dans les yeux.

— On a tous envie de trouver Rolo, Nyma. On fera tout ce qu'on peut pour t'aider. Je suis sûr que ça ne dérangera pas Pidge de rester à l'affût d'une mention à lui, surtout si on l'aide à chercher le commandant Holt. C'est à ça que ça sert, la famille.

Nyma émit un son dérisoire pour couvrir la boule qui se formait dans sa gorge. Elle dut faire une pirouette pour éviter l'étreinte d'ours de Hunk, mais étrangement, elle apprécia cette démonstration de compassion. Ça ne lui sortait plus autant par les yeux qu'au début de son voyage avec cette bande de héros de pacotille. En fait, c'était… réconfortant. De savoir qu'ils s'en souciaient. Qu'elle avait une famille, en quelque sorte, même si c'était super cucul à dire.

Ils finirent par trouver Keith et Pidge blottis au milieu d'un fourré, entourés de camelote en tout genre. Pidge faisait tournoyer une chaîne entre ses doigts tandis que Keith étirait un truc fibreux et élastique d'un air concentré. Il le lâcha sitôt qu'il remarqua les autres, puis jura et s'en empara de nouveau, maintenant tout maculé de terre, avec un regard désolé à Pidge.

— J'en ai plein d'autres au château, dit-iel. T'en fais pas.

Pour une raison quelconque, Hunk et Lance eurent l'air absolument ravis du tableau qui se présentait à eux. Hunk s'y plongea en demandant à peine la permission. Il s'empara d'un cylindre transparent rempli de paillettes et d'huile, sourit à pleines dents et l'agita en direction de Lance.

Lance ne tenait pas en place, tel un enfant devant une pile de cadeaux, mais au moins, il attendit le feu vert de Pidge avant de revendiquer un système de formes interconnectées pour jouer avec.

Doucement, Keith se déplia de sa posture crispée et défensive. Il jeta un œil à Pidge, qui lui fit un grand sourire.

— T'as intérêt à choisir ce que tu veux avant qu'ils prennent tout, chuchota-t-iel d'un ton conspirateur.

Keith fourra une sorte de tissu déchiré dans sa poche, hésita, puis prit également un disque vert tout plat. Il répondit timidement au sourire de Pidge.

— J'ai raté un épisode, dit Nyma en croisant les bras.

Elle jeta un œil à Shay, qui semblait tout aussi perdue.

Pidge rangea son ordinateur dans son sac et se leva, dépoussiérant son armure.

— T'inquiète. Shiro nous appelle ?

— Pas encore, dit Lance, la langue au coin de sa bouche alors qu'il continuait à jouer avec le… puzzle ? Mais comme Matt pensait que ça prendrait du temps de vous retrouver, on s'est dit qu'on allait s'y prendre tôt.

— On va parler stratégie plus tard dans la soirée, dit Hunk.

— Je m'en doutais. (Pidge poussa un soupir dramatique.) D'accord, laissez-moi enfiler mon masque d'extraversion.

Keith ricana. Il resta près de Pidge alors qu'ils retournaient tous à l'échelle et Nyma les observa, cherchant à comprendre ce qui les prenaient. Elle ne savait pas du tout ce qu'ils faisaient tous les deux, mais visiblement, ça avait été un moment précieux pour eux.

Nyma se dit qu'elle allait devoir faire l'effort d'apprendre à connaître Pidge si elle comptait lui demander de l'aide.

Ouais, se dit-elle tandis que Pidge sortait une sorte de boîte qui émit un buzz, ce qui fit frémir l'oreille de Keith. Iel fit un son interrogateur et Keith pencha la tête, lui prit la boîte et la ralluma. Ça va être plus facile à dire qu'à faire.


— Il se passe quelque chose d'étrange, ici, dit Shiro.

Matt jeta un œil à Allura, puis à Shiro. Ryner et Aransha avaient quitté la salle de conférence depuis longtemps, mais Shiro semblait toujours bloquer sur les informations rapportées par les paladins verts.

Matt le comprenait très bien. Il avait passé l'heure précédente à parler aux docteurs des cristaux qui poussaient dans son corps et des arts olkaris. Allura avait espéré que les Olkaris puissent lui offrir des conseils sur la manipulation de quintessence. Et il aurait peut-être pu en tirer quelque chose s'il n'avait pas été si préoccupé par la situation de la planète.

— Je suis d'accord, dit-il en s'asseyant sur la table, près du coude de Shiro. Tu pensais à un truc en particulier, ou… ?

Shiro soupira, retenant sa tête avec sa main.

— C'est juste que… j'essaie de comprendre. Il y avait une poignée de personnes qui travaillaient avec les Galras sur Terre et la plupart ne faisaient que suivre les ordres. Ce n'est pas comme ici, où toute une planète adhère au règne de Zarkon.

— Zarkon a redécouvert ta planète il y a moins de trois ans, dit Allura, faisant pivoter une chaise pour s'asseoir face à Shiro. Il est présent sur celle-ci depuis près de dix ans.

— Je sais, dit Shiro, mais j'ai l'impression qu'on rate un truc. Où sont les prisons qui détiennent les rebelles ? Où sont les Galras ? Ces gens ont l'air de se gouverner seuls et de le faire volontairement.

— Zarkon a besoin de leur coopération, dit Matt. S'il est là, c'est pour leur technopathie, non ? Il ne peut pas tout simplement leur dérober ça et les laisser périr. S'il les met en colère, c'est fichu pour lui.

Allura acquiesça, se tapotant la lèvre.

— Il garde ses moyens de pression pour le moment où il n'aura plus le choix, parce qu'il sait qu'ensuite, ils ne lui offriront plus jamais de l'aide. Ou du moins, pas autant qu'il n'en a besoin.

Shiro pâlit et sa voix s'enroua.

— Ils seraient donc alliés ? Vous pensez sérieusement qu'ils ont forgé une alliance avec l'Empire ?

— Pourquoi ? (Matt fronça les sourcils, caressant le bras de Shiro.) Tu crois qu'ils agissent sous la contrainte ? Qu'ils subissent une pression politique, économique ou un truc du genre ?

— Ou peut-être qu'on leur ment ?

Shiro poussa un gros soupir en s'affaissant.

— Je ne sais pas. Je ne veux pas partir du principe que ces gens sont nos ennemis s'il s'avère qu'ils sont en réalité des victimes, eux aussi.

Il y avait quelque chose de vulnérable dans la voix de Shiro qui lui crispa les épaules, et Matt interrompit le mouvement de sa main. Il fut frappé par le fait que ça ne faisait pas si longtemps que ça que Shiro avait été forcé de se battre contre eux. Ça remontait à un mois environ et Shiro avait passé la plupart de son temps depuis à s'occuper des affaires avec l'ONU, puis avec New Altéa, endossant bien trop de responsabilités pour une seule personne.

Matt se souvenait de ce premier jour, quand Shiro semblait sur le point de s'effondrer. Il se souvenait de sa culpabilité, de sa peur. Du cauchemar qui l'avait réveillé au milieu de la nuit, le forçant à se lever pour aller vérifier que les autres allaient bien avant de pouvoir se détendre assez pour se rendormir.

Ils n'en avaient pas beaucoup reparlé depuis. Retourner sur Terre avait bien aidé, et la présence d'Akira encore plus. Shiro souriait plus qu'avant et Akira avait le don de le faire dévier de ses pensées sombres d'un simple commentaire nonchalant.

Ça ne voulait pas forcément dire que Shiro se remettait de son traumatisme récent. Ça pouvait très bien vouloir dire qu'il l'avait simplement enfoui plus profondément que jamais.

Matt pencha la tête de côté, dévisageant Shiro.

— On continue la reconnaissance, alors ?

Shiro inspira, semblant y trouver de la force. Il se redressa et Matt aurait presque pu croire qu'il avait repris pied.

— Ouais.

Shiro attrapa un cube sur la table et appuya sur un côté. Une carte de la ville apparut dans les airs.

— Aransha et son groupe ne sont pas prêts à se battre. Ryner a suggéré de prendre la journée de demain pour faire un tour en ville à pied. Les Olkaris vont nous fournir des déguisements et Ryner peut nous indiquer les endroits les plus intéressants.

— Très bien, dit Allura, repliant ses mains sur ses genoux d'un air songeur. Ça me paraît raisonnable. Trouvons qui tire vraiment les ficelles avant d'agir.

Il y avait un certain tranchant dans sa voix qui fit rougir Shiro.

— Je suis vraiment si transparent que ça ?

Se penchant en avant, Allura posa une main sur celle de Shiro.

— Pour Matt et moi ? Je crois que la seule personne à qui tu pourrais le cacher encore moins, c'est Akira.

— On est tous sur la même longueur d'ondes, Takashi, dit Matt avec un sourire pour Allura. On est là pour libérer Olkarion, pas pour punir un peuple qui fait simplement de son mieux pour survivre.

— Je sais.

Shiro se passa une main dans les cheveux, le regard perdu dans le vide.

— C'est juste que… c'est un point sensible pour moi. J'ai peur de perdre mon objectivité.

Allura fronça les sourcils.

— Tu ne te crois pas capable de prendre une décision difficile si ces Olkaris sont vraiment loyaux à Zarkon ?

Les lèvres de Shiro tiquèrent et il secoua la tête.

— Prendre une décision difficile ? Allura, tu sais comment j'étais dans l'Arène. Tu as vu ce que j'ai fait. Tuer l'ennemi ? C'est le choix le plus facile. J'ai peur de l'avoir rendu trop facile.

— Shiro…

Il secoua la tête.

— Non. Je ne vais pas me mentir. Quand je suis dos au mur, je me bats. Ce n'est peut-être pas celui que je voulais être, mais c'est celui que je suis devenu.

Il expira, rencontrant le regard d'Allura, et Matt eut l'impression d'assister à un conflit de volontés.

— Tout ce que je te demande, c'est de m'arrêter si je vais trop loin.

— Je n'aurai pas à le faire, dit-elle, la mâchoire serrée avec obstination.

— Je t'en prie, Allura. Pour ma tranquillité d'esprit.

Elle souffla, mais l'inquiétude dans son regard fora un trou dans l'estomac de Matt. Ce n'était pas une facette de Shiro qu'il voyait souvent : anxieux, hanté, effrayé. Elle avait peut-être toujours été là, dissimulée derrière une fine couche d'assurance. Ou peut-être que Shiro se permettait enfin de montrer ses doutes, du moins devant eux.

Il voulait apaiser ces doutes, mais il ne savait pas comment. Il ne savait qu'une fraction de ce que Shiro avait vu et fait, ce que le dernier coup d'Haggar avait fait remonter dans son esprit. Elle avait fait de lui une arme, d'abord par la peur, puis par le contrôle absolu, et Matt ne pouvait qu'imaginer ce que ça pouvait causer à son image de soi.

— Tu sais qu'on te laissera jamais dépasser les bornes, dit Matt en lui prenant le poignet. Allura a raison : on n'en arrivera pas là, mais au cas où, on te fera la remarque.

Shiro acquiesça avec un soupir soulagé.

— Merci.

— Y a pas de quoi, dit Matt, passant son bras autour de ses épaules.

Son regard trouva Allura, qui avait l'air aussi troublée que Matt, malgré le petit sourire qu'elle lui offrit.

— Tu sais qu'on est là pour toi, Takashi. Tu pourras toujours compter sur nous.

— Je sais, dit Shiro en serrant doucement le poignet de Matt. Et ça va passer. C'est juste que… je ne me sens pas moi-même, ces derniers temps. Je vais bien, s'empressa-t-il d'ajouter, empêchant Allura de répliquer. Ça ira. J'ai juste besoin d'un peu de temps.

Il sourit avec un optimisme visant à dissimuler sa douleur et le cœur de Matt se serra. Avec un soupir, il posa sa tête sur celle de Shiro et l'étreignit plus fort.

— Prends tout le temps que tu voudras.


Inanimasi était une ville d'une taille absolument hallucinante. En grandissant, Ryner avait très peu pensé au monde en dehors de sa propre circonscription. Toutes les circonscriptions échangeaient entre elles, bien sûr. Elles obéissaient toutes aux lois établies par le roi Lubos et le Capitole. Il était possible de voyager d'une circonscription à une autre et certaines se targuaient d'attractions qu'on ne trouvait nulle part ailleurs, comme des musées, des parcs à thème ou des jardins renommés. Mais chaque circonscription était faite pour se suffire à elle-même.

Pour un enfant, une circonscription paraissait aussi grande que l'univers.

En grandissant, l'horizon de Ryner s'était étendu. Elle avait visité d'autres circonscriptions pour le travail ou pour le plaisir. Elle s'était servie du réseau pour rencontrer des amis et des collègues qui vivaient bien plus loin, que ce soit en bord de mer ou dans les collines du nord, mais elle n'avait toujours qu'une vague idée de ce qu'il y avait en dehors du centre-sud d'Inanimasi.

Elle se souvenait de sa fuite dans la forêt avec clarté, non seulement parce qu'elle avait dû abandonner tout ce qu'elle avait toujours connu, mais aussi parce que ce fut à ce moment-là qu'elle découvrit vraiment pour la première fois la taille de sa planète. Tandis qu'elle et les rebelles montaient à bord de vaisseaux volés et prenaient la voie des airs, la Cité s'était étendue à leurs pieds, tout en métal se reflétant à perte de vue. Des tours et des pyramides s'élevaient par grappes au cœur des districts les plus denses et chaque espace était comblé par des blocs résidentiels de basse altitude.

Quatre-vingt-dix pour cent de la population mondiale vivaient dans la Cité ; près de quatre milliards de personnes, tous gardant la tête rentrée dans les épaules, joignant les deux bouts, faisant de leur mieux pour vivre leur vie alors que l'ombre de Zarkon s'étendait de plus en plus sur la ville.

Ryner se souvenait du choc qu'elle avait ressenti face à l'ampleur de la Cité, qu'on ne pouvait tout simplement pas imaginer avec des nombres sur une page, et elle se souvenait du passage au-dessus de la Grande vertèbre et la découverte de Vivasi, dix fois plus large encore que la ville. Une étendue infinie, lui avait-il paru. Une mer sans fin de vert et de bleu, sans la moindre ligne de transit pour rendre les immenses distances un peu moins intimidantes.

La forêt était un endroit parfait pour disparaître.

Et voilà qu'elle se tenait à nouveau au bord de la Cité, le cœur dans la gorge. C'était une jungle d'un genre différent, qui demandait un genre de discrétion différent. À Vivasi, il était possible de marcher pendant des semaines sans croiser qui que ce soit. Les groupes rebelles survivaient par le seul pari que tant qu'ils dissimulaient leur présence électronique, Zarkon ne trouverait jamais leurs campements.

À Inanimasi, il était impossible d'échapper aux regards, mais on pouvait se cacher dans le chaos de milliards de personnes vaquant à leurs occupations. L'ennemi pouvait vous voir, mais il fallait faire en sorte de ne pas les laisser se rendre compte de votre importance.

Aransha avait continué de surveiller la Cité en l'absence de Ryner et rien ne semblait avoir changé depuis son départ. Il y avait peu de vols qui quittaient la planète, mais quelques vaisseaux visitaient toujours les ports spatiaux. Des vaisseaux galras, surtout, avec quelques commerçants qui possédaient un permis. Le système de transit fonctionnait toujours, lui aussi, si bien que ce n'était pas si rare de voir passer des étrangers dans les circonscriptions.

Meri et Allura avaient pris une apparence olkari pour la mission de reconnaissance et, comme pas mal d'étrangers vivaient dans la Cité au moment de l'invasion de Zarkon, Keith, Nyma et Shay allaient pouvoir déambuler sans attirer trop l'attention, tant qu'ils portaient les vêtements olkaris fournis par Aransha et ne formaient pas un groupe trop évident.

Les humains étaient plus reconnaissables, mais avec un peu de chance, ils pourraient éviter de se faire remarquer en gardant leurs capuches et en se tenant à carreau.

La circonscription du Capitole se trouvait à deux districts des collines, l'énorme ziggourat du palais de Lubos visible même à cette distance. C'était leur destination. Les scanners indiquaient la plus forte concentration galra au cœur du Capitole, qui était la circonscription la plus influente et la plus peuplée de la Cité. Quoi qu'il se passe à Olkarion, les habitants du Capitole seraient au courant.

Ils avaient décidé de voyager en trois petits groupes pour éviter d'attirer l'attention. Allura et Keith, avec Matt et Shiro en renforts, allaient essayer de trouver un centre de commande galra d'où extraire des informations. Lance et les autres Bleus iraient dans une zone commerciale pour parler aux gens ordinaires.

Et Ryner mènerait Pidge, Hunk et Shay jusqu'au laboratoire dans lequel elle travaillait auparavant.

Elle redoutait ce qu'elle allait trouver, que ce soit parce que ça avait beaucoup changé par rapport à ses souvenirs ou au contraire pas du tout, mais ça ne servait à rien de retarder l'échéance. Elle guida son équipe jusqu'aux circuits frontaliers, où ils se servirent des laissez-passer commerciaux qu'Aransha avait falsifiés pour monter à bord d'un transit en direction du Capitole.

Pidge et Hunk gardèrent leur capuche alors qu'ils s'enfonçaient dans la ville, passant devant des flux d'Olkaris qui s'empressaient d'aller au travail, au centre commercial, à l'école. Pidge détonnait un peu, les Olkaris étant généralement plus grands que les humains tandis qu'iel était de plus petite taille que la moyenne de son espèce. Ryner resta près d'iel, espérant passer pour une grand-mère avec son petit-enfant aux yeux des curieux.

Ils ne croisèrent qu'une patrouille sur le chemin menant à la station de transit, et le trafic piétonnier était assez dense pour y passer inaperçus.

La sécurité à la station était un peu plus rigoureuse, mais ils avaient fait en sorte de venir à l'heure de pointe et Ryner poussa Pidge à accélérer en offrant un sourire contrit à un contrôleur et un regard affolé à la grande horloge. Elle jeta un œil par-dessus son épaule et vit que Hunk et Shay avaient réussi à passer le point de contrôle, malgré les regards un peu circonspects des gardes.

Heureusement que les autres groupes avaient pris des stations différentes. Un humain était une curiosité en soi ; tout un groupe aurait certainement soulevé des questions.

— Et une étape de faite, marmonna Pidge tandis qu'ils s'installaient tous les quatre à une table à l'intérieur du transit. Espérons que le reste se passe aussi bien.

Hunk renifla et se frotta les tempes.

— Évite ce genre de remarque, Pidge. C'est déjà assez stressant comme ça.

— Tu as pris un Ativan ?

Hunk sortit un petit tube de la poche intérieure de sa cape et le secoua.

— J'ai pris du rab au cas où.

Pidge acquiesça.

— Tu vois ? Tout ira bien. Et puis, ce n'est pas comme si on allait se frotter à la police du coin. On va voir des chercheurs ! On va certainement parler pendant des heures et presque rater le train du retour.

Shay eut un faible rire et Ryner se força à sourire, bien que son attention se portait sans cesse à sa fenêtre. Des bâtiments argentés filaient en dessous d'eux, formant un flou de lumière et d'ombre. Les lignes longues distances comme celle-ci offraient aux passagers un peu plus de confort que les lignes locales ; ça pouvait prendre des heures de passer d'un bout à l'autre de la ville. Le Capitole n'était qu'à une demi-heure par la ligne express et Ryner les fit descendre au cinquième arrêt, dans le district universitaire.

— Par ici, dit-elle. Et gardez la tête basse.

En tout et pour tout, Pidge suivit les instructions de Ryner une trentaine de secondes avant de commencer à tourner la tête dans tous les sens, regardant chaque bibliothèque, laboratoire et salle de cours.

— Ryner, t'étais prof ?

Ryner plissa les lèvres.

— Oui, même si j'étais plus intéressée par mes recherches que par mes cours. C'était plus facile d'obtenir des fonds en rendant service à l'université.

— C'était quoi, ton domaine ? La botanique ? L'agriculture ? La médecine ?

— La production d'armes, déclara Ryner.

Elle était consciente du silence soudain derrière elle, mais elle ne ralentit pas. Elle avait fait beaucoup de choses à l'époque qu'elle regrettait à présent. Les armes qu'elle avait inventées, elles étaient censées défendre son peuple de l'assaut à venir. Avec d'autres ingénieurs, spécialisés surtout dans le domaine de la défense, ils formaient une sorte de secte révolutionnaire. Nombre d'entre eux avaient suivi Ryner dans sa fuite dans la forêt. Davantage avaient perdu la vie durant les premiers jours de la guerre.

Ryner espérait simplement que Zarkon n'avait pas remplacé tout le monde par ses loyaux serviteurs.

Des étudiants grouillaient dans le campus tandis que Ryner empruntait des passages familiers jusqu'au laboratoire où se trouvait autrefois son bureau. Il était encore tôt, si bien que peu de cours avaient commencé, mais l'université était aussi affairée que jamais et la mer d'étudiants leur offrit le camouflage parfait pour se glisser dans le centre de recherche. Une fois la porte close derrière eux, ils plongèrent dans un silence lugubre. La luminosité semblait faible par rapport au soleil qui se levait et Ryner marqua une pause le temps que ses yeux s'y ajustent.

— Maintenant, faisons-nous discrets, dit Ryner, indiquant à ses compagnons d'avancer. Et soyez prêts à vous cacher. Ce sera difficile d'expliquer notre présence si la mauvaise personne nous trouve.

Les autres hochèrent la tête et formèrent une ligne, Pidge gardant un œil sur son scanner GPT et Shay une main sur le mur. Ce n'était pas exactement comme dans les cavernes d'un Balméra, mais les architectes olkaris infusaient de la quintessence dans leurs bâtiments. Ryner ne savait pas ce qu'un étranger saurait tirer de ces flux, mais le moindre avertissement supplémentaire serait le bienvenu.

Pidge siffla et Ryner se crispa, mais il était trop tard pour s'enfuir. Une porte s'ouvrit devant eux et Ryner se retrouva nez à nez avec une Olkari à la peau dorée, les yeux bleus écarquillés par la surprise. Elle portait les robes blanches des chercheurs, l'épingle en or à son épaule indiquant son statut.

Ain-wa. Elle avait vingt ans de moins que Ryner et elles n'avaient jamais été particulièrement proches. Ain-wa travaillait sur les noyaux d'énergie et avait toujours été un peu condescendante envers ceux qui s'occupaient de projets plus « court-termistes » et de « portée limitée ».

Ryner mit la main dans sa cape pour prendre son gantelet et son pistolet, prête à s'occuper de cet obstacle, mais Ain-wa fit un pas en arrière, sa mâchoire se décrochant.

— Ryner ? siffla-t-elle. Qu'est-ce que– ?

Elle s'interrompit, jetant un regard affolé au couloir, avant de prendre Ryner par le poignet et de l'attirer dans son bureau encombré. Le bureau était connecté à un laboratoire et Ain-wa fonça vers la porte, assombrissant la vitre avant de pivoter et d'agiter le bras à l'attention des autres paladins.

— Entrez ! ordonna-t-elle. Avant qu'ils ne vous voient !

— Ils ? fit Pidge, poussant un glapissement quand Hunk lui poussa le dos.

Shay ferma la porte derrière eux et Ain-wa obscurcit sa vitre également, non sans un dernier regard pour l'extérieur.

— C'est qui, « ils » ? reprit Pidge.

— Les veilleurs, dit Ain-wa. Les prophètes du Culte de Lubos.