Pour le plus grand Bien … il doit disparaître
Garrick Ollivander avait le visage fermé mais ce n'était pas à cause des membres du conseil international magique qui le fusillaient du regard. S'ils lui en voulaient, c'était parce qu'ils étaient que spectateurs du procès du siècle et c'était à cause de lui. Non, si l'artisan était aussi concentré, c'était parce qu'il devait lutter pour ne pas se faire balayer par la fureur de la Magie.
Si l'attaque de Poudlard avait fait les gorges chaudes des journaux du monde entier, ce n'était pas pour autant que les détails de la bataille avaient été révélés aux médias. Tous les défenseurs du château n'avaient fait aucun cadeau à leurs adversaires et ce fut après plusieurs heures d'affrontement que Minerva McGonagall, Pomona Sprout, Filius Flitwick et Severus Snape purent neutraliser Albus Dumbledore. Prenant soin de l'immobiliser pour ne lui laisser aucune chance de s'enfuir, ils l'avaient d'abord transféré dans les cellules de l'école où il avait reçu les soins minimums. Ensuite, après un peu de repos, Garrick avait révélé ses liens avec le conseil international magique – et par la même occasion son identité réelle, ce qui avait choqué Severus qui ne s'était rendu compte de rien – et leur avait proposé de le garder jusqu'à ce qu'un tribunal exceptionnel soit rassemblé pour juger de ses crimes. Les directeurs de maison ne s'attendaient toutefois pas à faire face quelques jours plus tard aux êtres magiques les plus puissants de la planète, sorciers compris.
A la disparition de Voldemort, si la Senestre avait concédé qu'on pouvait se contenter d'une annonce dans les journaux, elle était consciente qu'il faudrait beaucoup plus pour que l'œuvre de Dumbledore, y compris les exactions de Voldemort, soit totalement anéantie. Elle avait donc convenu d'invoquer un rituel magique réservé aux crimes les plus horribles, le Jugement de Magia, qui laissait assez peu de marge d'interprétation.
Garrick, qui avait exhumé le rituel des bibliothèques des mages, s'attendait à ce que le conseil international magique soit forcé de se réunir et que seule la vérité imposée par la Magie permettrait de lever le voile sur les actes de Dumbledore.
Certainement pas à ce que le Conseil Magique, instance suprême du monde magique, soit convoqué.
La dernière fois qu'il avait été convoqué était pour instaurer le statut du Secret, séparant strictement le monde magique de son homologue non magique, poussé par l'expansion du christianisme à travers le monde qui avait caché une chasse insidieuse des êtres magiques. Le mage connaissait les risques qu'il encourait avec ce rituel mais le résultat avait été plus que surprenant.
Pour toute personne vivant parmi les non magiques, il avait été surprenant que le Conseil Magique se soit réuni sous les ordres de la Magie à La Mecque, en pleine péninsule arabique. Levant les yeux au ciel, Garrick avait rappelé à toutes les personnes conviées à suivre le Jugement que tous les lieux de pèlerinage à travers la planète restaient des points de concentration magique malgré leur changement de « destination ». La magie étant ce qu'elle est, l'assemblée n'était pas gênée par le rassemblement des fidèles musulmans au-dessus de leurs têtes. En revanche, les vagues de magie furieuse déstabilisaient tous les êtres suffisamment sensibles pour les ressentir et ce n'était pas une partie de plaisir de résister. Même Ric, à ses côtés, ne faisait pas le fier même s'il n'en montrait rien.
-Toi et tes grandes idées, ronchonna Ragnok, tout aussi maltraité que ses camarades.
-Comment est-ce que j'aurais pu savoir que Magia elle-même voudrait avoir le fin mot de l'histoire ? siffla Garrick. Cela fait des siècles qu'elle ne s'est pas manifestée avec autant de force et même les sanctuaires magiques sont étonnés.
-Peu importe, coupa Laze. Ce que nous devons comprendre, c'est que les crimes de Dumbledore étaient suffisamment graves pour que Magia se sente en danger. A tort ou à raison, la lumière sera faite ici.
Ne pouvant contester cette vérité implacable, tous se turent.
A leurs côtés, Harry et Kali observaient les alentours. Cette dernière lui avait expliqué que le rituel trouvé par Garrick existait également dans la dimension des elfes et qu'elle avait toujours cru qu'il s'agissait d'un mythe. En tant qu'elfe, on apprenait dès le berceau que la Magie ne pouvait être invoquée que pour des cas extrêmes et en tant que shaman, qu'il ne fallait surtout pas le faire sauf si on était prêt à sacrifier sa vie présente et dans l'au-delà. Les rares qui s'y étaient risqués sans tenir compte de cette exigence servaient d'exemple encore à ce jour.
-Je suis surprise, avoua Kali.
-Pourquoi ? demanda Harry. Parce qu'il y a des êtres magiques que tu ne connaissais pas ?
-Aussi, concéda Kali. En fait, je suis étonnée qu'il y ait autant de magie ambiante. Tu y es sûrement habitué mais sur les terres où tu vis, elle est assez faible et dans les rares lieux que j'aie pu visiter dans cette dimension, elle n'est pas beaucoup plus élevée, plus saine, c'est vrai, mais elle reste plus basse que dans ma dimension.
Harry hocha la tête. A leur retour dans cette dimension, la shaman s'était déjà prononcé sur cette différence qui avait rapidement impacté sa maîtrise de la magie. Même si depuis, elle avait pris son parti, elle restait inquiète à propos de la magie ambiante basse de la dimension des humains.
Kali observa les lieux. Grâce au rituel du Jugement, ils avaient été aménagés en amphithéâtre de style romain et les gradins étaient pleins à craquer. Si l'arène était actuellement complètement dégagée, le premier rang, constitué de loges privées empêchant quiconque de voir qui s'y trouvait, luisaient tellement de magie qu'elle était visible à l'œil nu.
-Pourquoi est-ce que nous ne pouvons pas voir le premier rang ? demanda Harry avant que Kali n'ait pu formuler sa question
-C'est là que sont installés les membres du Conseil Magique, expliqua Garrick. Leur identité n'est connue que d'eux et de Magia, le commun des mortels n'a pas besoin de le savoir. C'est une mesure qui a été prise lors de l'avant-dernière convocation du Conseil, quand Magia a autorisé certains peuples à quitter cette dimension il y a environ deux mille ans car ils étaient persécutés. La session avait duré des mois et quand le jugement a commencé à basculer en faveur des victimes, les « harceleurs » ont commencé à éliminer ceux en faveur de cette décision à coups d'accidents fortuits. Le Conseil a été renouvelé six fois avant que Magia se matérialise pour rendre son jugement complet. Depuis, personne ne sait qui appartient au Conseil mais leurs décisions fait force de loi.
-Je n'ose imaginer dans quel état était ces imbéciles, fit Laze.
-C'est simple, ricana Garrick. Ce sont les animaux non magiques les plus braconnés au monde. En plus, puisqu'ils sont maudits par Magia, ils seront toujours en voie d'extinction mais ils ne disparaîtront jamais.
-Ah ouais, quand même … commenta Harry.
Ils ne purent continuer la conversation puisque soudain, une silhouette apparut dans l'arène.
-Bonjour à tous, fit la silhouette dans un silence assourdissant. Le Jugement de Magia a été invoqué et en réponse, le Conseil Magique a été convoqué en ces lieux pour juger le sorcier Albus Dumbledore. Voici le déroulement du procès. Vous allez assister au déroulé de la vie de l'accusé puis il y aura une suspension de séance de trois jours où les membres du Conseil Magique pourront étudier plus en détail ce visionnage dont ils auront une copie. Ensuite, l'accusé sera interrogé, pourra se défendre et justifier ses actes. A l'issue d'une période de réflexion de sept jours, le verdict sera rendu et les sanctions annoncées. Nous vous rappelons que tout comportement dangereux à l'encontre de n'importe lequel d'entre nous aura pour conséquence un renvoi immédiat et une sanction irrévocable. Vous êtes ici car vous êtes liés de près ou de loin à l'accusé, que ce soit de manière positive ou négative, et que toute décision prise à son encontre aura des conséquences sur vous. En tant qu'invités, vous n'aurez aucune influence sur les décisions qui seront prises ici à l'encontre de l'accusé. Toute tentative de corruption ou de pression sera également sanctionnée. Je vous remercie de votre attention.
-Au moins, ça c'est dit, marmonna Garrick. Mais il y aura toujours quelques imbéciles pour croire que leur avis est primordial et qu'il doit être suivi.
L'amphithéâtre s'assombrit et une sphère apparut au-dessus d'un lit sur lequel se trouvait un Albus Dumbledore tel qu'il aurait dû être sans des décennies de manipulations reposait.
-Que le spectacle commence … souffla Garrick.
§§§§§
Flash-Back
Le combat avait été rapide, personne ne s'en était étonné.
Après une nuit sereine et reposante, Randrian Eutaryn avait été conduit dans l'arène de combat par le seigneur du clan Eutaryn, son descendant Miyato et sa fille Galadria, qui l'attendaient dans le pavillon mis à sa disposition à sa plus grande surprise. Au courant de la véritable identité d'Eutar, comme le reste de la famille, ils avaient été les seuls à accepter d'assister au duel d'honneur qu'il avait demandé. Si Miyato s'était contenté de commenter sèchement sa désapprobation sur ses actes depuis que le clan Agni avait dû décliner ses fiançailles avec Ric, et plus particulièrement ces six dernières lunes, Galadria ne fut pas aussi mesurée. Puisque leur lien de parenté était désormais connu de tous, leur famille avait été placée sur le ban de la société et toutes leurs alliances avaient été suspendues le temps de le retrouver et de le traduire devant la justice. Agacé par ce manque flagrant de respect, Radrian avait voulu la faire taire mais il s'était avéré que la jeune elfe de cent trente-cinq lunes était une puissante shaman télékinésiste qui le figea en un clignement d'œil avant de continuer à lui cracher ses quatre vérités. Comprenant que s'il la laissait faire, sa fille allait au minimum arracher les yeux de son aïeul, Miyato les avait séparés et avait préparé Randrian pour son duel. Au zénith le lendemain, ce dernier se retrouva face à Ric Agni qui, quand le début du duel fut annoncé, ne lui laissa aucun cadeau. Puisque vingt-quatre heures ne suffisaient pas pour soigner correctement les dégâts dus à une évasion et au passage d'une dimension à l'autre, sans compter la magie ambiante qui n'était clairement pas régénérative, il succomba à la première attaque de son adversaire et eut le temps d'entendre le gong final annonçant sa défaite avant de sombrer dans le néant.
Fin Flash-Back
… mais Randrian Eutaryn n'était pas mort.
Il avait eu la surprise de se réveiller dans le lit qu'il avait occupé la veille de son duel, Miyato à son chevet. Ce dernier lui avait expliqué entre deux soins que le serment du duel avait été modifié de telle façon que l'affrontement devait prendre fin quand le coup fatal était porté et non quand l'un des adversaires mourrait. Son descendant ne cacha pas que sa survie n'était pas un coup de chance mais bien une volonté de ses adversaires qu'il ne puisse pas s'échapper dans la mort. Maintenu dans le coma pour soigner la majorité de ses blessures depuis maintenant deux lunes, on l'en avait sorti puisque les soins les plus lourds étaient terminés.
-J'imagine que Miyato t'a expliqué la situation … fit une voix bien connue.
Randrian s'était endormi peu après le dîner mais le changement dans l'atmosphère de sa chambre l'avait réveillé, aux aguets. La voix lui permit de reconnaître Ric Agni installé dans un fauteuil près de l'une des fenêtres. Il se redressa doucement, encore sujet à des courbatures intenses, puis manipula son lit à l'aide de la « téklémomande » pour se trouver en position semi-assise.
-Les grandes lignes, croassa Randrian d'une voix éraillée. Que le serment de duel avait été modifié pour qu'il ne se termine pas avec ma mort.
-Exact, confirma Ric. Tu te demandes sûrement le but de cette manœuvre.
Randrian se contenta d'hocher la tête.
-Principalement la vengeance, répondit une nouvelle voix.
Randrian sursauta violemment. Il ne s'était même pas rendu compte que Salazar Serpentard se trouvait dans la pièce ! Ce dernier, notant sa stupéfaction, eut un sourire railleur.
-J'ai perdu mille ans de ma vie à cause de toi, tu ne pensais quand même pas que j'allais laisser une bête histoire d'honneur m'empêcher de me venger ? railla Laze. Pour ta gouverne, je suis à l'origine du changement du serment, j'avais besoin de toi vivant.
-Pourquoi ? lâcha Randrian
-Je te l'ai dit, principalement par vengeance, répéta Laze. Mais j'ai eu l'occasion d'apprendre tout ce que tu avais fait pendant ce temps et il semblerait que je ne sois pas le seul à qui tu doives rendre des comptes.
-Bien que les elfes sachent déjà tous les crimes dont tu es responsable ainsi que ta véritable identité, poursuivit Ric, il y a un point sur lequel tout le monde s'interroge : pourquoi est-ce que tu en es venu à mettre notre monde à feu et à sang ? En kidnappant Laze, tu as pu te venger de moi donc pourquoi continuer ?
Randrian grimaça. On demandait ni plus ni moins que la raison profonde de tout ce fiasco et le sous-entendu était clair : on ne croyait pas que sa soif de pouvoir en était la raison. Il préféra garder le silence.
Ric soupira.
-Tu ne te rends pas compte dans quelle situation tu te trouves, n'est-ce pas ? fit Ric
Randrian lui jeta un regard interrogatif.
-Au-delà du duel d'honneur, la magie considère que tu as une dette de vie envers Ric car il a retenu sa main au moment du coup final, annonça Laze avec un sourire machiavélique, tel un chat devant un bol de crème. L'honneur du clan Eutaryn a été restauré à la fin du duel mais pour régler la dette de vie, Miyato a accepté en ton nom que tu la règles en personne. Cela veut dire que désormais, tu appartiens à Ric et au clan Agni.
-Pardon ? fit Randrian, épouvanté
-En changeant de nom, tu as renoncé à la tête de ton clan, rappela doucereusement Ric. Ton âge fait peut-être de toi le membre le plus ancien mais certainement pas le plus important, encore plus avec ce qu'on a découvert sur toi ces dernières lunes. Miyato est déjà reparti vers notre dimension pour déclarer que l'honneur du clan Eutaryn est désormais entièrement lavé. Tu n'es désormais plus rien, si ce n'est une possession du clan Agni.
Randrian s'avachit sur son lit, défait. Même si la situation plaisait à Laze, une question demeurait toujours en suspens.
-Pourquoi avoir mis à feu et à sang le peuple elfique ? répéta Laze. Je ne repartirai pas sans cette réponse et souviens-toi qu'en acceptant le lien d'âme-sœur, ce qui est à Ric est à moi, donc je peux directement exiger de toi la réponse si tu ne coopères pas.
-Laze ! s'indigna Ric
-On n'attaque pas un ennemi qui a capitulé, c'est ça ? cracha Laze. Mais tu oublies, amour, que je ne suis PAS elfe !
Ric ne put retenir un sourire railleur. Si Laze avait du mal avec la violence naturelle des elfes, il pouvait se montrer extrêmement vicieux quand un sujet lui tenait à cœur, presqu'autant qu'un elfe. L'alité sentit la menace sous-jacente – en même temps, on parlait de l'humain qu'il avait kidnappé et isolé pendant des milliers de lunes et qui, depuis sa libération, avait envie de se venger, il l'avait déjà dit plusieurs fois – et pesa rapidement le pour et le contre avant de capituler.
-J'ai … consulté un prophète, avoua Randrian.
Les sourcils du couple se haussèrent, clairement surpris. Voir et déchiffrer les voiles du Temps étaient un art à prendre avec beaucoup de précaution, qu'importe la dimension. Le plus surprenant, c'était qu'un elfe comme Randrian Eutaryn croie sans réserve à une prédiction au mieux nébuleuse. Cela ressemblait un peu trop au conte que Dumbledore avait inventé pour expliquer pour quelle raison Voldemort avait attaqué les Potter …
-Je venais d'apprendre nos fiançailles, avoua Randrian, poussé par la magie de soumission. Je voulais savoir si cette union pouvait apporter le prestige que je cherchais.
-C'est compréhensible, avoua Laze du bout des lèvres.
Au début de sa relation avec Ric, le sorcier avait compris que son prétendant était également né dans les hautes sphères de son peuple et surtout, que lui-même ne déméritait pas sa place. Pendant sa captivité, il lui était arrivé de se demander si un jour, il pourrait se tenir fièrement aux côtés de son compagnon.
-Le prophète m'a annoncé que lorsque nos clans s'uniraient, ce serait l'âge d'or des elfes, souffla Randrian. Alors quand tu as annulé nos fiançailles … j'ai explosé. Je voulais être celui qui amènerait les elfes à leur apogée, prouver que finalement, je n'avais pas besoin de toi pour que la prophétie se réalise …
-Tout en sachant que même si tu l'as traduite comme cela, il se peut que la prophétie ait dit tout autre chose, intervint Ric. Ce qui est plus que certain puisque je doute qu'elle ait pu se mettre en travers des âmes-sœurs.
Randrian serra les dents. Il avait eu le temps de se faire confirmer cette information avant de changer de dimension, ce qui avait permis à l'idée qu'il aurait pu se tromper de s'infiltrer dans ses pensées.
-Donc, si je dois résumer tout ce bordel, tout cela n'était qu'une histoire de prophétie foireuse et d'égo froissé ? fit Laze. Et moi qui pensait que les elfes n'avaient pas les mêmes travers que les sorciers …
Ric explosa de rire sous le regard surpris de Randrian.
