JE SUIS AUSSI SUR WATTPAD
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¤¤¤¤ - Chapitre 5 - ¤¤¤¤
=== Le Nain Tracassin ===
Il faisait nuit noire quand le bateau jeta l'ancre comme prévu derrière les récifs. Et alors qu'ils avaient douté de pouvoir rester discrets bien longtemps à cause du chemin visible tracé dans la glace, ils furent tous agréablement surpris de voir la banquise se refermer derrière eux, comme s'il n'y avait jamais rien eu… Apparemment, Draco avait suffisamment repris confiance en lui et savait mieux contrôler sa magie. Cette constatation était à la fois rassurante pour la suite des événements, et terrifiante par rapport à la puissance que représentait un tel pouvoir. Mieux valait avoir le blond comme allié…
Cependant, l'attention de tous n'était plus sur la glace, mais focalisée sur la silhouette sombre et majestueuse qui se découpait dans les bourrasques de neige. Une ombre gigantesque aux allures fantomatiques, imposante et terrifiante.
Arendelle d'Avalon.
Perchée au sommet d'une falaise battue par les vents, se dressait une épaisse muraille aux énormes blocs de calcaire, au milieu de laquelle les hautes tours de guet aux toits pointus se dessinaient, prêtes à percer le ciel. Le blizzard soufflait fort, et ils distinguaient à peine quelques lumières, çà et là, seuls signes d'une quelconque vie en ces lieux abandonnés par les dieux. Et autour de la paroi rocheuse, au-dessus des flots, plusieurs grandes arches taillées à même la roche par des mains humaines, au-dessus desquelles brûlaient deux énormes brasiers. La reine expliqua aux marins qu'il s'agissait de postes de surveillance avancés, et qu'ils devaient par là même s'attendre à des attaques. En temps de paix, ces voûtes servaient également de guide pour les navires cherchant à rentrer au port, à l'instar des phares.
« Diantre, pesta Blaise en observant les créneaux en haut de la muraille à l'aide de sa longue-vue. On voit que dalle avec ces rafales ! Impossible de savoir combien de gardes patrouillent ! Il va vous falloir avancer à l'aveugle.
- Je serai vos yeux, affirma avec confiance Galahad, ayant revêtu une tenue légère et noire pour la mission.
- Êtes-vous sûr de vouloir partir seul en éclaireur ? demanda pour la énième fois Lancelot, se sentant étrangement réticent.
- Ne vous inquiétez pas, père. Vous m'avez aussi bien formé à l'art du camouflage qu'à celui de l'épée. Je ne jetterai pas le discrédit sur notre famille. »
« Ah oui, j'avais oublié qu'il était mon fils… » pensa Neville.
« Et puis, je me dois de regagner la confiance de la reine après l'avoir si injustement traité. Il en va de mon honneur de chevalier.
- N'en faites pas trop, le sermonna Arthur, soucieux du bien-être de ses hommes. Ne prenez pas de risque inutile, votre mort n'arrangera personne.
- À vos ordres, Sire. »
Un garçon d'une dizaine d'années arriva alors, serrant le nœud de sa ceinture en tissu cachou dans laquelle était glissé un petit poignard. Il portait un foulard tout aussi sombre, d'où dépassaient quelques mèches de cheveux roux carotte, et son adorable frimousse ronde était constellée de tâches de son. Il avait l'air renfrogné du gamin voulant passer pour un grand.
« Et voici le petit Amin, notre mousse, sourit Sinbad en frottant la tête de l'enfant qui bougonna d'avoir à renouer son couvre-chef. C'est lui qui va se faufiler dans les égouts pour vous ouvrir la porte des patrouilleurs, dans la tour Ouest.
- Si jeune ? s'étonna Tristan, déconcerté. Sire, nous ne pouvons tolérer qu'un jouvenceau prenne de tels risques !
- Avez-vous une autre idée ? grimaça Harry, pas plus heureux que lui. Il est le seul à être d'assez petite taille pour s'introduire dans la bouche d'évacuation… Et la voie qu'il doit nous ouvrir ne se déverrouille que de l'intérieur…
- Ne vous en faites pas, Majesté, fit Blaise en articulant le titre de manière outrancière. C'est un petit futé. Ce margoulin m'a obligé à l'engager en se glissant incognito sur mon bâtiment. Il a volé notre nourriture sans jamais se faire prendre, et n'est sorti qu'après plusieurs jours de navigation. J'avais plus trop le choix : j'allais tout de même pas faire demi-tour, des avis de recherche à mon nom circulaient déjà dans sa ville.
- Je s'rai rev'nu quand même, grommela l'enfant, l'air boudeur. On met pas l'grand 'Min au rancart ! Foi d'calife !
- Bien dit, fiston ! rit le mulâtre en re-frottant le crâne du garçon, qui re-grogna et remit à nouveau son foulard. Vous morfondez pas pour lui : il sait se débrouiller mieux que personne. À tous les coups, c'est même lui qui va vous sauver les miches ! »
Personne ne fût convaincu…
Perceval aida la reine à enfiler une grande cape sombre à capuchon, afin de cacher ses cheveux clairs. Il avait été convenu qu'il serait celui qui l'accompagnerait tout le long de la mission, lui servant de garde-du-corps. En réalité, il ne leur avait pas laissé le choix : soit il restait avec lui, soit il le suivrait de très près, et Arthur n'était pas assez stupide pour argumenter avec un homme amoureux.
« Fais attention à toi… »
Anna, la mine inquiète, aida sa sœur-frère à passer le bastingage pour descendre le long de la coque du bateau. Ce dernier lui serra les doigts une dernière fois, lui offrant un sourire de confiance qu'il ne ressentait pourtant pas. Puis, il se laissa glisser sur la corde, avant d'être réceptionné par son chevalier attitré. Harry suivit juste après, retrouvant son binôme, Caradoc.
Galahad fut le premier à courir au milieu de la banquise pour rejoindre la cache la plus proche… sans incident. Il fit signe à Amin de le suivre, et ils passèrent ainsi de rochers en rochers, jusqu'à atteindre le bas de la falaise… C'était trop facile. Draco ne put s'empêcher d'avoir un mauvais pressentiment. Il observa attentivement les arches, mais ne vit aucun mouvement…
Vint le tour de Tristan et Lancelot, accompagnés de trois pirates. Puis, Harry et Caradoc, avec deux autres marins. Elsa et Perceval, en duo. Et enfin, Girflet et Gauvin en compagnie de trois derniers matelots. Les flibustiers avaient été choisis spécifiquement pour leur talent acrobatique dans les gréements : c'étaient eux qui allaient escalader la muraille pour fixer les cordes de chanvre à l'aide de dégaines et de coinceurs, afin de permettre aux autres de grimper.
Avant que le quatrième des cinq groupes ne se mette en mouvement, Amin avait déjà atteint la petite bouche d'évacuation… et redescendit précipitamment. Mais que faisait-il ? Galahad était presque arrivé aux créneaux ! Si le garçon tardait à lui ouvrir, le chevalier se retrouverait coincé et devrait probablement se battre contre des gardes, au risque de faire sonner l'alarme ! Draco pesta et alla vite rejoindre Potter un peu plus loin devant, surprenant Perceval qui courut à sa suite.
« Qu'est-ce que tu fous ?! s'emporta le Gryffondor, oubliant un instant le parlé d'époque. Tu vas tout faire foirer si tu te précip…
- Regarde ! » coupa le blond en montrant la silhouette d'Amin qui revenait vers eux.
Il n'eut pas besoin d'en dire plus, et les deux anciens ennemis s'éloignèrent précipitamment de leur groupe sans se concerter. Caradoc dut retenir Perceval, prêt à s'élancer aussi, et l'obligea à suivre le plan avec les trois pirates qui les accompagnaient. Visiblement, il y avait une re-formation des troupes, et cela ne plut pas beaucoup au soupirant de la reine… L'enfant, voyant qu'on le rejoignait, préféra rester dissimulé derrière l'arche la plus proche de la falaise pour les attendre…
« Y a une grille ! expliqua succinctement le rouquin sur un ton de reproche. Z'avez pas bagouiner d'ça !
- Une grille ?
- Oh merde… lâcha Elsa, se prenant la tête entre les doigts.
- Quoi ?
- J'sais pas déboucler la lourde, moi ! J'patine encore avec les agobilles ! Et pis j'ai pas pris !
- Comment ça, une grille ? Malfoy ? Tu n'as jamais parlé de ça !
- J'ai oublié…
- Comment t'as pu oublier un truc pareil ?!
- Je n'ai pas encore toute ma mémoire, je te rappelle ! siffla le blond, sur les nerfs. C'est déjà une chance que j'ai pu me souvenir de tout le reste ! Elsa a fait placer ces barreaux l'an dernier, parce qu'elle avait remarqué, à juste titre, qu'on pouvait aisément s'introduire dans la forteresse par cette voie. C'était une faiblesse dans les défenses du château, elle ne pouvait pas laisser passer ça.
- C'est bien beau mais on fait comment ?! Galahad est déjà là-haut ! Plus il attend devant la porte, plus il a de chance de se faire repérer !
- Oh et puis merde ! »
Draco s'élança vers la falaise, et entendit vaguement Potter jurer et le suivre. Amin avait laissé pendre sa corde d'escalade, et le blond se mit à grimper. C'était la première fois qu'il s'adonnait à un tel exercice, qui se révéla bien plus compliqué qu'il aurait cru… Le brun arriva trop tard à son niveau : le sorcier était déjà trop haut pour qu'il puisse l'obliger à descendre.
Il eut plusieurs exclamations horrifiées en voyant Malfoy glisser contre la paroi, des sueurs froides coulant dans son dos, et se positionna de façon à pouvoir amortir sa chute si jamais il lâchait prise. Et finalement, après avoir dérapé une cinquième fois, la reine en eut assez : il utilisa ses pouvoirs de glace pour arrimer solidement ses pieds contre la roche, et évolua plus facilement, un pas après l'autre… Certes, sa couche de givre s'étendait beaucoup plus loin qu'il ne le souhaitait, et il avait parfois du mal à décoller ses semelles, mais le système fonctionnait. Il ne se posa pas plus de questions, ni ne douta de ses capacités tout du long…
Jusqu'à atteindre la fameuse ouverture. Effectivement, la grille était solide, et les barreaux bien trop étroits pour que l'enfant puisse passer… Elsa avait un peu trop bien fait les choses et payait le prix de son perfectionnisme. C'était déprimant… Cependant, le cadenas pouvait être la solution. L'observant quelques secondes, il remarqua qu'il était bien entretenu : ses gens prenaient très à cœur ses ordres, et veillaient à ce qu'ils soient respectés consciencieusement. Elle voulait que cette entrée soit protégée, ils faisaient en sorte qu'elle le soit toujours… mais pas pour elle.
Fermant les yeux, en équilibre sur sa corde, Draco se concentra… Tout mécanisme avait une fragilité, et il allait s'en servir. Il gela l'intérieur du verrou, et brisa magiquement sa glace de suite après… Rien… Il renouvela son processus… Toujours rien. Le lourd objet de métal était à présent recouvert de verglas, et les doigts du blond paraissaient encore plus blancs sous cette mince couche qui craquait à chacun de ses mouvements. La grille était également glacée, et du gel s'étendait sur la paroi rocheuse… Comme d'habitude, il ne savait pas concentrer sa magie sur un point précis, et celle-ci partait dans tous les sens à chaque utilisation… Cependant, il ne se laissa pas abattre : cela devait fonctionner, il n'avait pas le choix ! Il tenta une quatrième fois… Un crac significatif retentit, et il tira d'un coup sec : l'anse s'ouvrit.
Le blond retint difficilement son cri de joie, et se laissa fièrement glisser le long du câble. Il atterrit lestement sur le sol, et annonça la disparition de l'obstacle dans un sourire désarmant.
« Z'êtes trop chenu, s'extasia Amin, admiratif.
- Tu es inconscient ! s'emporta le brun, furieux. Tu aurais pu tomber cent fois ! Ça te coûtait quoi d'attendre que je t'aide à grimper ?!
- J'ai réussi ! grogna Malfoy. Pourquoi tu m'engueules, Potter ?! On va pouvoir sauver ton précieux chevalier !
- Z'êtes vraiment hannetonnés, vous deux… J'vous ai à la chouette ! Bayez pas aux corneilles, on s'carapate ! »
Ils n'avaient pas très bien compris le sens de ces métaphores animalières, qui semblaient être mises bout à bout sans aucune logique, mais l'idée générale fût entendue. Le rouquin sauta prestement sur le cordage et se hissa à une vitesse impressionnante, sans doute aidé par le reste de glace sur la paroi, lui offrant des prises faciles. Les deux adultes ne restèrent pas pour observer la suite, et longèrent le plus rapidement possible la falaise pour retrouver l'endroit où ils devaient escalader.
Le groupe de Girflet et Gauvin, censé fermer la marche, se trouvaient déjà à mi-chemin sur la muraille. Harry choisit la corde qui lui sembla la plus sûre, et la mit d'office entre les mains de la reine. Pour lui, il prit le câble le plus proche et se mit à grimper de façon à rester juste en dessous du blond, prêt à le rattraper au cas où… Ce qui se révéla inutile, son acolyte ayant acquis une technique personnelle lui permettant de s'élever sans problème : au contraire, mieux valait ne pas rester trop proche, au risque de lui aussi se faire geler les pieds.
Mais l'ascension était longue, et l'épuisement se faisait sentir. Le Gryffondor changea de tactique, et rejoignait régulièrement le Serpentard pour le soutenir, et lui permettre de reposer ses bras douloureux. Visiblement, Elsa avait moins l'habitude de l'exercice physique qu'Arthur, et ce dernier remercia silencieusement l'entraînement martial du chef de guerre : il était à peine essoufflé, alors que Harry aurait eu les biceps et les mains en feu ! Il fronça cependant les sourcils en voyant les paumes délicates de la reine devenues rouge vif.
Finalement, ce fût bien après le reste de l'équipe qu'ils arrivèrent au sommet… Vide. Les bourrasques fouettaient leurs cheveux et leurs vêtements, et ils se dépêchèrent vers une paroi pour s'abriter.
« Ce n'est pas normal… fit le roi, méfiant. Il devrait au moins y avoir un garde assommé…
- Cela confirme mes soupçons, souffla Malfoy, en nage et les mains tremblantes. Les arches n'étaient pas surveillées, sinon l'alerte aurait déjà été donnée. Nous étions peut-être discrets, mais pas invisibles ! Je m'attendais à recevoir des flèches…
- C'est vrai… C'était la partie la plus hasardeuse du plan. Même si on a voulu prévoir des groupes différents pour envahir les voûtes ou porter assistance aux autres en difficulté, il y avait peu de chance qu'on puisse arriver jusqu'ici sans que l'alarme ne retentisse. Lancelot et Tristan auraient dû être obligés de combattre sur ce chemin de ronde pour nous permettre d'entrer. Et Girflet et Gauvin auraient dû prendre le relais. C'était prévu… Mais alors pourquoi il n'y a personne ?!
- Dans tous les cas, Amin a réussi : la porte est ouverte. Si aucun n'est resté, crois-tu qu'ils ont préféré sécuriser la voie plus en amont ?
- Ils doivent penser comme nous, et prédire un piège plus loin, confirma Potter. J'ai l'impression que nous sommes attendus. »
Avant toute chose, le brun prit un peu de neige et l'étala sur la peau brûlante du blond qui siffla de douleur… mais se laissa faire. Il n'avait rien pour le soigner, et choisit plutôt de masser ses doigts pour soulager ses articulations, puis déchira un morceau de cape à l'aide d'un couteau afin d'improviser un bandage. C'était mieux que rien, et permettrait d'éviter d'aggraver les blessures. Idiot qu'il était, Blaise avait peaufiner ses riches atours sans penser aux besoins réels de la mission… Et n'ayant jamais pratiqué l'alpinisme, ni Draco ni lui n'avait songé à se procurer des gants ! Il se sentait stupide… Après coup, cela lui paraissait pourtant évident ! Heureusement, la pratique militaire du roi lui avait rendu la peau des mains épaisse et calleuse.
Une fois fait, Harry dégaina Excalibur et s'avança vers l'entrée de la tour de guet, sur ses gardes. Là non plus : rien. Les bougies n'étaient même pas allumées, et un miroir gisait au sol, comme si les lieux avaient été désertés… Pourtant, depuis le navire, ils avaient vu de la lumière à travers certaines ouvertures… Alors où se trouvaient les personnes vivant en ces lieux ? La forteresse n'avait-elle donc plus aucune protection ? N'importe qui aurait pu venir l'envahir ? Depuis combien de temps ?
Draco déglutit en ayant cette même pensée, pétrifié d'effroi : il aurait préféré se battre pour reprendre ses terres, et non constater la vacuité de sa demeure. C'était comme rentrer chez soi après une longue absence, et trouver la porte ouverte, les meubles renversés et les fenêtres brisées…
De plus en plus suspicieux, ils descendirent les escaliers, longèrent les couloirs… Le brun se mit même à ouvrir certaines portes au hasard pour vérifier les différentes pièces… Vides. Il n'y avait pas âme qui vive en ces lieux… Et toujours aucun signe de ses chevaliers ! Il trouvait de plus en plus étrange qu'aucun d'entre eux ne l'attende sur le chemin pour lui faire un résumé de la situation, ou même juste vérifier qu'ils étaient arrivés sans anicroche. Surtout Perceval, transi d'amour pour la reine ! Il ne comprenait plus rien, et son mauvais pressentiment augmentait à chaque seconde.
Ils arrivèrent finalement sur la place centrale du château… déserte. En temps normal, même en pleine nuit, des soldats auraient dû se réchauffer près d'un feu, attendant la relève, des serviteurs auraient dû aller ici et là pour répondre aux demandes des nobles de la Cour, des écuyers auraient dû entretenir les chevaux des écuries… Il n'y avait personne. Pas même ses hommes. Ni les pirates…
« Ce palais est abandonné… annonça Harry, sur le ton de l'évidence.
- Et le pont-levis est toujours fermé, fit remarquer Draco en s'accrochant au bras du roi, les doigts crispés d'inquiétude. Amin et Galahad auraient déjà dû s'en occuper pour faire entrer Blaise et le reste de tes chevaliers… Et nous n'avons pas entendu les canons du navire non plus…
- Il leur est arrivé quelque chose… Ouvrons les portes nous-même : Zabini doit attendre de l'autre côté, et s'il s'est produit un malheur, nous allons avoir besoin de tous les renforts possibles. »
Le blond opina derechef, et se dirigea vers le mécanisme de droite, Potter prenant celui de gauche. Regardant autour de lui, il se mit à prier pour le bien-être de son peuple. Il espérait qu'ils soient tout simplement partis après sa fuite, et qu'ils se trouvaient quelque part, dehors, vivants et en sécurité. Si jamais le gouverneur leur avait fait le moindre mal… il ne répondrait plus de rien.
Actionnant les manivelles en même temps, ils abaissèrent petit à petit le pont-levis, Draco grimaçant à cause de ses mains douloureuses. De l'autre côté, ils entendirent des épées être dégainées et des chuchotements inquiets. Effectivement, le plan initial visait à d'abord canonner la muraille pour attirer l'attention et le gros des troupes ailleurs, pour ensuite faire pénétrer chevaliers et pirates plus facilement. Hors, le silence environnant était oppressant, et le grincement strident des épaisses chaînes en mouvement avait des allures de chant funèbre…
Érec et Claudin furent les premiers à franchir prudemment les planches de bois, et soupirèrent de soulagement en voyant Arthur et Elsa, sains et saufs. Sinbad s'avança bien après le reste des guerriers, l'air intrigué, suivi par quarante de ses pirates dubitatifs.
« Sire, où sont nos amis ? demanda Érec à son roi. Quel maléfice s'est-il donc produit ?
- T'as laissé tomber ton galant ? plaisanta le capitaine en arrivant près de Draco, dans une vaine tentative pour masquer son insécurité grandissante. T'aurais pu trouver mieux qu'un Gryffon, mais je conçois que l'autre devait être lourd au bout d'un moment.
- Ils ont disparu, fit sombrement Potter, n'appréciant pas beaucoup l'humour du métis. Nous n'avons rencontré aucune résistance. Cet endroit est abandonné.
- Comment est-ce possible ? souffla Yvain, les yeux emplis d'effroi.
- Sorcière ! interpella Claudin, en colère. Est-ce de votre fait ?! Serait-ce une conséquence de votre malédiction ?! Avez-vous sciemment décidé de nous entraîner dans votre piège ?!
- Il suffit ! l'arrêta Arthur, furieux. La reine n'a rien à voir avec tout ça ! Il est tout aussi perdu que nous, et s'inquiète en plus pour ses gens ! Comment vous sentiriez-vous si nous retrouvions Camelot dans le même état ? Alors reprenez-vous immédiatement, et n'oubliez pas que vous vous adressez à une personne royale ! »
Son emportement eut plus que l'effet escompté, et même les pirates reculèrent, craignant son courroux. L'ire de Potter avait toujours été impressionnante, de par son charisme naturel et son statut de héros national. Elle l'était d'autant plus qu'il était à présent adulte, roi et commandant d'un peloton de chevaliers aguerris. Draco ne savait plus où se mettre, à la fois intimidé malgré lui par son ancien ennemi, et mortifié d'imaginer que Claudin avait peut-être raison… Et s'il était à l'origine du problème ? Et si tout ceci était un effet secondaire de sa malédiction d'hiver involontaire ? Il ne se le pardonnerait jamais… Avait-il tué ses serviteurs ? Ses gardes ? Sa Cour ? Avait-il…
« Arrête, grommela Blaise en lui agrippant le bras. Toi aussi tu dois te reprendre. On n'a pas besoin que tu déprimes, mais que tu agisses. Alors ? C'est chez toi ici. On fait quoi ? Où on va ? »
Harry s'avança vivement vers le blond, prit son menton entre ses doigts pour lever son visage vers lui et plonger dans ses yeux. Les deux Serpentards étaient interloqués, se demandant quelle mouche l'avait piqué, mais le Gryffondor n'en avait cure.
À force d'observer les iris mouvants de Malfoy, il commençait à bien les connaître. Et en entendant les paroles du flibustier, il avait redouté un malheur… Et ses doutes se confirmèrent : une longue fissure était apparue dans l'argent, brisant d'autres éclats et scindant la partie du miroir auparavant refermée. Était-ce le signe d'un manque de confiance en soi ? Le sorcier allait-il pouvoir se resservir de sa magie aussi facilement que cette nuit ? Et pourquoi ressentait-il un tel malaise en voyant ces cassures ? Pourquoi est-il à ce point certain qu'il s'agissait du signe avant-coureur d'un cataclysme ?
« Tu fous quoi, Potter ? cracha Blaise en le repoussant. Pourquoi tu le regardes comme ça ? Il a pas besoin que tu lui fasses la morale ! La situation est déjà assez difficile comme ça !
- Ce n'est pas ça, grimaça le brun, frustré par sa propre impuissance. Mais ce n'est pas le moment : Sinbad a raison, Reine Elsa. Nous sommes vos invités, dans l'enceinte de votre palais : où souhaitez-vous que nous poursuivions les recherches ? »
Draco le regardait, indécis… Et Harry comprit qu'il était en train de paniquer. À cet instant, il cachait merveilleusement bien ses émotions, et le brun ne s'en serait jamais douté s'il n'avait pas appris à décrypter le blond pendant des années. Malfoy était incapable de gérer le stress.
« N'oubliez pas, "Reine des Neiges" : votre volonté est loi. Nous sommes sur vos terres. Ordonnez, nous obéirons. »
Au moment de libérer le navire de la glace, ces mots avaient semblé fonctionner… Il espérait qu'ils soient aussi efficaces dans les circonstances actuelles. Ou peut-être était-ce une autre de ses phrases ?
« La Salle du Trône, fit la reine après s'être raclée la gorge pour rendre sa voix plus sûre. Nous devons débusquer ce traître de Kay, c'est lui qui pourra nous expliquer ce qu'il s'est produit. Fouillons également les quartiers royaux… Tous les endroits où il serait susceptible de se terrer.
- Séparons-nous, approuva Arthur. Je vais avec la reine vers la Salle du Trône, et nous explorerons les alentours si nous ne trouvons rien. Seigneurs Claudin et Gliglois, vous vous chargerez de la Salle du Conseil. D'après les plans, il semble me souvenir que la Grande Bibliothèque n'est pas loin. Seigneurs Érec et Yvain, vous vous occuperez de la Chapelle et des jardins. Capitaine Sinbad, prenez le gros de vos hommes et allez inspecter les chambres, à commencer par la Suite Royale. Nous prendrons chacun cinq de vos pirates pour nous aider. Cela vous sied-il, ma reine ? »
Le blond hocha fébrilement la tête, honteux de ne pas avoir su donner d'instructions aussi précises. Potter avait repris le commandement, et il le faisait bien. Comme il s'y attendait : c'était lui le vrai roi. Draco n'en avait pas la carrure… Il se sentait indigne de son royaume…
Zabini grinça des dents mais s'exécuta. Il répartit ses marins, choisissant les plus dociles pour aller avec son ami, et les plus récalcitrants pour les chevaliers : il espérait donner une leçon à ce misérable Claudin qui avait osé faire douter son cher petit prince ! Dommage qu'il ne puisse faire de même avec le Gryffondor, il aurait aimé accompagner le blond à sa place. Malgré tout, il savait le "Survivant" trop honorable pour négliger la souveraine, et n'avait pas peur pour sa sécurité : cela lui faisait mal de l'avouer, même intérieurement, mais il savait qu'avec lui, son meilleur ami était entre de bonnes mains.
Dès l'organisation mise en place, ils ne perdirent pas une seconde, se souhaitèrent rapidement "bonne chance", et pénétrèrent dans le palais…
Si Harry n'avait pas été en mission, il aurait pris le temps de s'extasier sur tout ce qu'il voyait. Ce château n'avait rien à voir avec Poudlard, et respirait la richesse, l'opulence et la noblesse. Le hall d'entrée était titanesque : le sol damier en marbre, les murs tapissés d'élégantes formes géométriques, décorés de centaines de tableaux aux riches cadres dorés, le plafond à charpente apparente en bois peint… Un lustre monumental scintillait dans l'obscurité, et de sublimes psychés gigantesques étaient accrochées à divers endroits stratégiques pour sublimer l'éclat des lieux… D'énormes colonnes blanches, sculptées de lierres, présentaient un escalier colossal en pierre recouvert du traditionnel tapis rouge, épais et moelleux.
Malfoy, contrairement à lui, ne marqua aucun temps d'arrêt et le prit par la main pour le guider vers une immense arche dorée. Il semblait… blasé. Non, ce n'était pas tout à fait vrai. Il était simplement chez lui… Il voyait ces merveilles tous les jours, arpentait ces longs corridors faits d'or et d'ivoire matins et soirs, posait les yeux sur ces œuvres d'art à chacun de ses pas… C'était sa maison. Et quelque part, elle lui ressemblait. Il s'intégrait même un peu trop bien au paysage, comme si "Draco Malfoy" n'avait jamais réellement existé.
Ils traversèrent une fabuleuse galerie démesurée, dont un côté n'était composé que de fenêtres allant jusqu'au plafond sculpté de dorures et peint de divers tableaux oniriques, et l'autre paroi, intégralement faite en miroirs lisses et soignés. Le parquet était un assemblage de fines lames de bois, dont la marqueterie dessinait de somptueux motifs géométriques et rosaces complexes… À intervalles parfaitement réguliers, d'imposants chandeliers en or. Au-dessus d'eux, des dizaines de lustres en cristal… À couper le souffle !
Même le Roi Arthur, au fond de lui, était impressionné. Il était déjà venu, il y avait plusieurs années de cela, quand les parents d'Elsa et Anna étaient encore les monarques du Royaume. Pourtant, il savait qu'il s'extasierait toujours devant tant de beautés.
Cependant, l'intérêt de la reine était fixé plus loin, de l'autre côté d'une lourde porte à double-battant, véritable bijou architectural : l'accès vers la Salle du Trône. Et il s'y dirigeait avec une impatience grandissante. Les pirates qui les accompagnaient avaient depuis longtemps ralenti le pas pour contempler les lieux… et chercher des biens transportables à piller.
Quand tout à coup, une silhouette émergea de derrière un passage secret et se précipita sur eux. Harry bénit ses réflexes, tirant Draco derrière lui pour le protéger, Excalibur brandit. Cela arrêta l'homme… non armé.
« Vous êtes enfin là ! s'exclama-t-il, autant soulagé qu'agacé. Six jours que je vous attends !
- Smith ?! s'écrièrent Gryffondor et Serpentard en reconnaissant leur camarade Poufsouffle.
- Tu es donc bien présent aussi, Potter ! Merlin soit loué ! J'avais peur de devoir traiter avec ce serpent tout seul ! Sortez-moi de là ! Ce type me rend fou ! »
Zacharias Smith s'agitait dans tous les sens, fébrile, ne leur laissant à aucun moment l'occasion de lui poser des questions. Il était richement vêtu d'une veste blazer cobalt, dotée d'épaulettes à franges dorées et double boutonnage en or. Une lavandière pourpre avec épingle en saphir décorait son col, il portait des gants en soie blanche, un pantalon bleu marine près du corps, et de hautes bottes en cuir noir… Il avait l'allure du militaire haut-gradé en costume traditionnel, prêt pour la parade…
Les doigts de Draco se crispèrent brutalement autour de ceux de Harry, qui se tourna vers lui : une rage féroce montait lentement dans ses yeux, dont l'argent en fusion semblait flamboyer.
« Kay… » gronda-t-il, la voix dangereusement profonde.
Le Poufsouffle se tut en plein milieu d'une phrase, poussant un faible couinement suraiguë. Il était terrifié, certainement depuis le début, et cherchait à le cacher avec un flot ininterrompu de paroles, comme si cela pouvait faire oublier sa trahison.
Il glissa petit à petit un pied en arrière, mains levées en signe de défense… Le Serpentard se pencha lentement en avant… En une fraction de seconde, le brun comprit ce qui allait se produire, et encore une fois, dut faire preuve d'une grande rapidité : il ceintura la reine, et attrapa le col de l'usurpateur qu'il manqua d'étrangler en le jetant au sol. D'un pied, il le maintint à terre et le menaça d'Excalibur, tout en retenant Elsa qui voulait l'étriper.
« Sale ordure ! hurla Malfoy en furie. Salaud ! Comment as-tu osé faire une chose pareille ?! Tu ne mérites pas de vivre ! Ma sœur ! Ta femme ! Comment as-tu pu la frapper ?!
- Ce n'était pas moi ! se défendit Zacharias, terrorisé. C'était Kay, mon personnage ! Mais je ne suis pas lui ! Je ne me souviens même pas de tout !
- Enfoiré ! Tu t'en es vanté devant moi ! Tu m'as provoqué ! Tu savais que ma magie allait exploser ! Toute cette glace ! Cet hiver ! Cette désolation ! Tu l'as voulu !
- Non ! Je voulais que tu dégages ! lâcha Smith, sa peur devenant colère. Tu es un monstre ! Tu ne mérites pas de régner sur le puissant Royaume d'Avalon ! Je ne cherchais pas le pouvoir pour moi, je voulais juste que tu disparaisses ! Et j'avais réussi ! Tu avais enfin débarrassé le plancher pour t'exiler loin, très loin, dans un endroit désertique déprimant, comme toutes les méchantes sorcières des contes de fée : tu étais à ta place, là-bas ! Je t'avais même envoyé les habituels chevaliers pour te tuer ! Et j'aurais eu la paix ! Avalon aurait été sauvé de toi ! De ta monstruosité ! C'était parfait ! Et j'ai repris la gouvernance en attendant de trouver un vrai roi, digne du trône ! Je… ! Enfin, je veux dire… Kay… Kay a fait tout ça… »
La lame d'Excalibur s'approcha de la peau tendre du cou au point de faire perler un peu de sang… Il n'avait jamais apprécié ce garçon aux cheveux couleur beurre, et l'aimait de moins en moins. En plus, il avait eu l'outrecuidance d'avouer s'être servi de lui, le Roi Arthur, pour parvenir à ses fins ? Il avait du mal à se convaincre que lui trancher la gorge n'était pas une bonne idée…
Le plus alarmant, cependant, fut de sentir la reine cesser de se débattre. Il avait la tête basse, les lèvres mordues au point de les blesser, les épaules voûtées, les mains crispées sur le bras de Potter qui le retenait toujours…
« Ha ! poursuivit Zacharias, légèrement ragaillardi par l'absence de réponse. Il n'empêche : c'est un signe ! Pourquoi n'ai-je pas deviné plus tôt ? Le monstre Elsa n'est autre que le mangemort Draco Malfoy ! C'est la preuve que j'avais raison depuis le début ! Tu es le méchant de l'histoire ! C'était tellement évident ! Te fais pas avoir, Potter ! C'est toi le héros, je ne fais que te guider ! Je suis sûr que tu ferais un très bon roi pour Avalon ! Tu…
- Un mot de plus, et je cesse de me retenir, gronda Harry, plus furieux que jamais, Excalibur brillant ardemment en réponse. Le seul monstre que je vois ici, c'est toi. Alors tu ferais mieux de supplier la reine à genoux pour qu'elle t'épargne, si tu ne veux pas que les "gentils" s'occupent de ton cas.
- Qu… ? Quoi ?! Comment ça ?! Mais c'est Malfoy ! Vous vous êtes toujours battus ! Vous vous détestez !
- Plus maintenant. Nous sommes alliés. »
Draco releva le visage, surpris. Le regard de Potter était franc, ancré dans celui halluciné de Smith : il ne mentait pas. Il ne lui semblait pourtant pas qu'ils formaient une alliance… Il se voyait plutôt comme… une "œuvre de charité" pour le brun. Ou, au mieux, "l'objet clef" d'une aventure digne de la Légende Arthurienne.
« Je ne peux pas le croire ! s'insurgea Zacharias. Le "gentil" et le "méchant" qui… C'est… contre-nature ! C'est… Oh puis zut… lâcha-t-il finalement en se laissant retomber au sol, las. Peu importe. De toute façon, ça n'a plus d'intérêt. Tout est fini, maintenant.
- Que veux-tu dire ? s'inquiéta Draco. Comment ça "tout est fini" ?! Où sont mes gens ?! Qu'est-il arrivé au palais ? Et la cité ?
- Il veut te voir… soupira Kay. Il se souvient de tout, lui. Ce sale serpent ! Vous êtes tous pareils !
- Qui ?!
- Le Nain Tracassin. Enfin, c'est comme ça qu'il dit s'appeler… Il m'a demandé de venir te chercher. Il t'attend dans la Salle du Trône. »
[===]
Blaise n'avait pas le cœur à priver ses hommes de richesses. Surtout lorsqu'elles se trouvaient partout autour d'eux : peintures, tapisseries, chandeliers, horloges, statuettes, vases… Tout était splendide ! Draco n'allait pas lui en vouloir de le voler un peu : après tout, ils l'avaient grandement aidé pour la reconquête de son Royaume, c'était un juste retour des choses… Et puis par Poséidon ! On ne pouvait pas demander à des pirates de fouiller un palais royal sans prendre le risque qu'ils se servent au passage ! C'était de la logique pure ! S'il avait cru le contraire, c'était que son nouveau statut de reine l'avait rendu profondément stupide !
« Boss ! Mirez ça ! »
Ils se trouvaient dans l'anti-chambre royale, et ses marins s'en donnaient à cœur joie. Haroun lui montrait le sublime buste en marbre d'une femme ressemblant beaucoup à Draco… Il lorgnait dessus, des étoiles plein les yeux, et s'apprêtait à s'en emparer.
« Laisse ça, lui ordonna-t-il tout à coup, sans savoir pourquoi. C'est trop lourd, et on a déjà pas mal de bibelots.
- Mais boss…
- Laisse, je t'ai dit. T'inquiète pas, on a encore beaucoup d'autres chambres à visiter. »
La mort dans l'âme, Haroun obtempéra et partit retrouver ses compagnons de l'autre côté du mur. Mais par mesure de précaution, Blaise préféra prendre la petite sculpture avec lui… Vu son expression, il se doutait que son matelot finirait par faire discrètement demi-tour pour la subtiliser. Ce qui était incompréhensible, puisqu'elle était loin d'être l'objet le plus cher des environs.
Intrigué, Zabini observa le visage blanc et le léger sourire sur les lèvres lisses… Merlin ! Elle ressemblait vraiment beaucoup à Draco ! Le vieux briscard était de ceux qui avaient eu un "coup de foudre" pour la beauté blonde, une fois revêtue d'atours plus dignes de son rang. Jamais on avait vu pirate plus respectueux et dévoué. Peut-être avait-il voulu prendre ceci comme souvenir ? Pourtant, ce n'était pas Elsa qui était représentée… Alors sa mère ?
« Chef ! appela un autre pirate. Y a un truc pas net !
- Qu'y a-t-il ? s'enquit le capitaine en rejoignant l'homme dans l'autre pièce.
- Y a un truc qui brille bizarre.
- Tout brille ici » soupira Blaise.
Il se figea sur le seuil. Ses marins regardaient attentivement une lueur dans le miroir d'une coiffeuse, s'approchant dangereusement de la surface froide. En examinant la chambre, le mulâtre ne voyait rien de semblable… La lumière venait "de l'intérieur" ! Ce qui était impossible !
« Reculez ! commanda-t-il, affolé.
- Pourquoi, Cap'taine ? demanda un autre homme, obnubilé par l'éclat. On dirait du rif…
- C'est de la magie ! C'est pas bon pour nous, ça ! On connait pas ! Arrière ! »
Mais personne n'obéit. Pire : en se retournant, il vit d'autres de ses hommes observer un phénomène similaire sur d'autres psychés. Et tous étaient fascinés ! L'un d'entre eux approcha sa main…
« Non ! »
[===]
Lancelot se réveilla en sursaut. Il se trouvait assis dans un large fauteuil moelleux en velours bordeaux, en haut des marches d'un piédestal. Sous ses pieds, un épais tapis vermeil en soie, composé de magnifiques motifs floraux… À sa gauche, une autre assise, plus riche et imposante, bleu roi et or… Autour de lui, de lourdes tentures pourpres traînaient sur le sol… Le plafond était exceptionnellement haut, en bois peint et charpente apparente… D'énormes et titanesques lustres composés de plusieurs cercles d'or et de milliers de perles en cristal, portant des vingtaines de bougies chacun… Des colonnes en marbre blanc, entourée de lierre en or et incrustées de diamants… En hauteur, de grands vitraux dessinant des rosaces de mille couleurs, rendus ternes et sombres par la nuit… Sur les murs, moult tapisseries et tableaux dignes des plus grands peintres de la Renaissance, mis en valeur par d'épais cadres dorés de style baroque… Devant lui, des bancs en pierre blanche, alignés de chaque côté d'une longue allée… Si longue qu'elle se perdait dans l'obscurité.
Il était seul…
Perdu, il réfléchit à ses derniers souvenirs… Comment s'était-il retrouvé ici ? Où étaient les autres chevaliers ? Il se rappelait seulement d'être entré dans la tour de guet, et avoir vu… Qu'est-ce que c'était ? Une flamme ? Ses confrères et les pirates la regardaient étrangement… comme hypnotisés.
Soudain, toutes les bougies s'enflammèrent, les unes après les autres, illuminant l'immense salle qui se mit à scintiller de ses richesses ainsi sublimées. Et au bout, une lourde et épaisse porte à double-battants en bois clair et ferronnerie d'or s'ouvrit dans un craquement sinistre… Neville sauta sur ses jambes et dégaina son épée, prêt au combat…
« Harry ? Malfoy ?
- Neville !
- Et Smith ?! hoqueta Londubat, choqué. Qu'est-ce que tu fais là ? Et où est-ce qu'on est ?!
- C'est la Salle du Trône, crétin, siffla Zacharias, énervé par la situation. Tu ne sais même plus où tu mets les pieds ?
- Où étais-tu passé ?! s'enquit Potter, hésitant entre rejoindre son ami ou frapper Kay qu'il tenait toujours en joue pour l'empêcher de s'enfuir. Comment es-tu arrivé ici ? Et où sont tous les autres ?
- Je ne sais pas… médita intensément Lancelot et s'approchant d'eux. On venait de pénétrer la forteresse avec Tristan : il n'y avait personne, et Galahad était déjà parti. On a vu que vous aviez brisé les rangs pour rejoindre le petit Amin, alors on a décidé d'attendre Caradoc et Perceval afin d'en savoir plus. Ils ne nous ont pas appris grand-chose, et Perceval était vraiment en colère. Il voulait retrouver la reine pour reformer les groupes. Et puis, on a entendu un pirate pousser un cri. On est allé voir… C'était une lumière. Dans un miroir… Ensuite, c'est le flou total.
- Un miroir ?
- Il y avait un miroir brisé… hésita Draco, suspicieux. Dans la tour de guet. On aurait dit qu'il était tombé au sol…
- Quand on l'a vu, il était intact. En y réfléchissant, c'est un peu étrange comme objet, dans une salle des gardes…
- Nous étions les derniers et nous n'avons vu personne, fit Harry en s'arrêtant près de Neville, au milieu de l'allée centrale. Était-ce de la magie ? Cela vous aurait… quoi ? Transporté dans un endroit quelconque du palais ? Doit-on fouiller toutes les pièces pour les retrouver ?
- Tu oublies que nous ne sommes pas seuls, protesta Malfoy, regardant nerveusement autour de lui. Smith a parlé de quelqu'un… Le "Nain Tracassin".
- Bien vu. »
Tous sursautèrent et se tournèrent vers l'endroit d'où semblait provenir la nouvelle voix. Le roi avait brusquement relâché la surveillance de son prisonnier pour pointer son arme vers l'inconnu, et Zacharias en profita pour s'éclipser un peu plus loin… avant d'être brutalement projeté sur un banc. Le mouvement attira le regard de tous, et ils observèrent le Poufsouffle se débattre en vain. Il était cloué à la pierre, sans pourtant rien de visible pour le retenir. De la magie !
De plus en plus inquiets, ils cherchèrent le responsable du regard, se rapprochant les uns des autres. Draco le sentait : c'était très puissant ! Il ne pourrait jamais rivaliser… Harry colla son dos contre le blond, et lui agrippa le poignet pour le maintenir près de lui. De cette manière, il pouvait s'assurer de sa présence tout en continuant à scruter les environs…
« Qui va là ?! Montrez-vous ! »
Un rire s'éleva, résonnant tout autour d'eux… Harry serra plus fort les doigts autour de la main de la reine, le rapprochant plus encore de lui. Dans sa tête, son instinct protecteur s'éveillait et sonnait l'alerte. Si ses souvenirs des contes étaient bons, ils allaient enfin affronter le véritable méchant de l'histoire. Et apparemment, il s'agissait d'un "méchant sorcier"... Il espérait seulement qu'il n'aurait pas le mauvais goût de se métamorphoser en dragon…
« Alors je ne me suis pas trompé. C'est bel et bien toi, "Arthur", rit la voix. Mais après tout, pourquoi aurais-je douté : qui d'autre que Saint Potter pour représenter le plus grand des héros. Et puis, je ne me trompe jamais. C'en est même lassant.
- Tu nous connais ? s'enquit le blond en tournant le visage dans toutes les directions, cherchant encore et toujours l'origine de cette voix qu'il avait l'impression de reconnaître. Qui es-tu ?
- Oh, on me donne bien des noms… Le Nain Tracassin… Bibamboulor… Barbichu… Grigrigredinmenufretin… Mirlikovir… Gargouilligouilla… Myrmidon… Tromalin… Vircocolire…
- Quels sont ces noms ridicules ? grimaça Neville en se plaçant de l'autre côté de Malfoy. Ce sont juste des sons mis bout à bout.
- Tout à fait. C'est pour ça que je préfère Tracassin, même si je n'ai rien d'un nain. »
Soudainement, un nuage de fumée noire se forma vers les trônes, et un homme apparut en exécutant une parfaite révérence. Il était beau, élancé, richement vêtu d'un pourpoint en velours noir et pantalon de costume moderne tout aussi sombre, les cheveux bruns ramené négligemment en arrière, le visage souriant, et possédait de surprenant yeux mauves.
« Theo ?! s'exclama Draco, stupéfait, un sourire de pure joie éclairant son visage.
- Heureux de te revoir, mon très cher ami. La royauté te sied à merveille. Même si, comme d'habitude, tu fais n'importe quoi. Tu as de l'or au bout des doigts, mais tu ne sais jamais quoi en faire, et tu finis par t'enfoncer dans les Ténèbres. C'est tellement plus facile ! »
Le blond amorça un pas pour s'approcher de son ami, mais fut retenu par Potter, méfiant. Quelque chose n'allait pas, il en avait conscience. Theo ne semblait pas dans son état normal, un grain de folie dansait dans son regard améthyste… Ce qui était tout aussi étrange : le Serpentard avait les iris bronze dans le vrai monde, le violet n'apparaissant que par reflets. Cependant, il ne pouvait pas croire que l'un de ses plus proches amis pourrait lui faire le moindre mal. C'était impossible ! Inimaginable !
« Alors c'est ici que tu as atterri ? fit-il en désespoir de cause. Pourquoi n'es-tu pas venu à nous ? Pourquoi toute cette mise en scène ?
- Que serait un conte sans quelques coups de théâtre ? minauda Theo avant de s'affaler sur le trône principal. Je me dois de coller un minimum à mon personnage. Et je suis l'énigme. L'inattendu. Le sournois. L'inexplicable. Pour certains, je suis un faiseur de miracles. Pour d'autres, le Ténébreux.
- Tu ne peux pas être plus clair ? s'emporta Harry, de plus en plus à cran. Parle ! Qu'est-ce que tu veux ?! Qu'attends-tu de nous ?!
- Droit au but, rit franchement Tracassin en se tapant sur les cuisses. Le héros typique. Du pur Potter ! Cela ne te suffisait pas d'avoir sauvé la belle, prisonnière en haut de sa tour ? Tu ne pouvais pas te contenter de la ramener dans ton château ? "Et ils vécurent heureux, et eurent beaucoup d'enfants"... Quoi que… Peut-être pas. Pas pour vous.
- Mais qu'est-ce qu'il raconte… bredouilla Neville, ne sachant plus quoi penser.
- Voilà ! s'insurgea Zacharias sur son banc. Vous comprenez mieux, maintenant ?! Et c'est comme ça tout le temps ! J'en peux plus de ce type !
- Tiens ? Je t'avais presque oublié, toi… sourit Theo en penchant la tête de côté, le doigt sur les lèvres. Que vais-je faire de toi ?... J'ai une idée ! Ma Douce Reine ! s'exclama-t-il en se levant d'un bond, exécutant un nouveau salut obséquieux. Que souhaitez-vous faire de cet immonde ver-de-terre ? Je peux l'éviscérer. L'écarteler. Le dépecer. Le démembrer… Ou plus simplement, le faire disparaître ? Comme s'il n'avait jamais existé… Tentant, n'est-ce pas ?
- Ne l'écoute pas ! s'écria Smith, apeuré, se tournant vers Draco. Il essaie de t'avoir ! C'est comme ça qu'il fait ! Il t'appâte avec des tas de promesses, les trucs que tu désires le plus au monde et que tu n'imaginais même pas vouloir, et après c'est trop tard ! Une fois que tu dis "oui", il te tient !
- Tu prêtes attention à cet être abject ? Dois-je te rappeler qu'il est à l'origine de tous tes maux ? Il a osé frapper ton adorable sœur. Il t'a manqué de respect. A convoité ta place. Te traite de monstre. Intrigue dans ton dos… Et tu devrais en plus satisfaire ses demandes ?
- Tais-toi, démon ! » hurla Kay, terrifié.
Draco était perdu… L'homme devant lui n'était pas Theo… Ou bien si ? Il ne savait plus. Le garçon solitaire qu'il connaissait ne s'était jamais ouvert à personne avant de le rencontrer. Il avait été sombre et taciturne, ne parlant pas plus que nécessaire. En intégrant leur groupe d'amis, il s'était mis à sourire et à rire avec eux. Ils étaient devenus la famille qu'ils avaient rêvé avoir. Et entre fils de mangemorts, cela signifiait beaucoup…
« Tu as toujours aimé les devinettes, mais je ne pensais pas que c'était à ce point, tenta le blond sur le ton de la plaisanterie. Tu veux nous mener quelque part, j'ignore encore où… Tout le reste n'est que de la poudre aux yeux, continua-t-il, plus sombre. Tu te fiches de ce que je veux de ce… déchet de l'humanité. Avec les pouvoirs que tu sembles avoir, tu pourrais en faire ce que tu veux… Mais tu préfères t'amuser. Tout ceci est un jeu pour toi.
- Ô délicieuse reine… Toujours à réfléchir sans agir. Toujours à penser qu'elle n'a pas d'importance. Toujours à oublier que… "sa volonté est loi", finit Tracassin en regardant Potter d'un air mauvais. Elle est pourtant tout autant le problème que la solution. La question que la réponse. Elle est l'origine de toutes quêtes, et l'objectif de toutes recherches. À la fois Genèse et Néant. Naissance et mort. Elle est le Saint Graal des croyants… Le prince qui se croit dragon.
- Tu m'énerves ! Où sont mes chevaliers ?! hurla Harry, à bout de patience. Qu'as-tu fait de ce Royaume ?! Qu'était cette "lumière dans le miroir" ?! Arrête de tourner autour du pot et réponds !
- Quel empêcheur de tourner en rond… soupira théâtralement Theo. Puisque tu insistes : tes hommes sont là, autour de toi. Je n'ai rien fait à ce pays, je l'ai juste… "mis en pause". Et la lumière n'est qu'un guide. Es-tu satisfait ? »
Arthur serra le pommeau de son épée à s'en briser les doigts, furieux. Tout ce cirque ne l'amusait pas du tout ! Il allait charger, tant pis pour les questions ! Il allait…
La main de Draco se posa sur la lame d'Excalibur, et celle-ci perdit subitement de son éclat. Une fine couche de gel envahit lentement l'acier, éteignant les flammes magiques qui s'en échappaient. Harry allait s'époumoner de rage quand il s'arrêta net : ses pieds étaient cloués au sol, emprisonnés dans de la glace ! À côté de lui, Neville se trouvait dans la même situation. Malfoy les avait piégés ! Il l'appela, furibond, exigeant des explications… Mais n'obtint aucune réponse. Le pire fût de voir la lueur de satisfaction danser dans les yeux zinzolin, et le sourire mesquin du mage noir.
Le blond s'avança dans l'allée, ignorant Potter, et s'approcha avec méfiance de celui qu'il considérait encore comme son ami. Il ne pouvait pas permettre aux deux Gryffondors téméraires de foncer tête baissée sur Theo. Il ne tolérerait pas qu'ils puissent lui faire le moindre mal. Et en observant les faits de manière plus objective, c'était plutôt le Nain Tracassin qui risquait de leur faire amèrement regretter leur hardiesse. L'attaquer de front aurait été d'une stupidité légendaire : ce n'était pas un combat pour des lions, mais pour des serpents. Et la reine craignait de ne pas être à la hauteur… Ce sorcier était très puissant… Trop. Draco pouvait sentir une magie sombre et dévorante tourbillonner autour de cet homme au regard fou. C'était terrifiant !
« Ils sont de l'autre côté du miroir, n'est-ce pas ?
- Bonne réponse ! s'exclama le mage noir en sautillant sur place, ravi. Belle et intelligente : un cocktail explosif ! Dommage que tu n'aies aucun caractère, tu aurais pu dominer le monde.
- Mon peuple aussi se trouve là-bas ? demanda la reine, ignorant l'insulte. Pourquoi les avoir enfermés ? Et comment les en sortir ?
- Tututu ! chantonna Theo en faisant "non" du doigt, main sur la hanche en une position grotesque. Tu ne joues pas le jeu. Il faut que tu devines, c'est plus drôle ! Alors ? Qu'en conclues-tu ?
- Je dirais… C'est comme si tu avais arrêté le temps… En attendant quelque chose… Mon retour ?
- Le beau prince qui vient libérer son pays de la malédiction, réveillant son peuple d'un sommeil profond. Un grand classique ! J'adore ! C'est poétique, tu ne trouves pas ?
- Cela ressemble plutôt à une prise d'otages… grimaça Draco, craintif.
- Bien joué ! siffla Tracassin, faussement admiratif. C'est qu'elle a oublié d'être bête, la petite poupée. J'ai bien fait d'aller voir ce misérable Kay en premier, ça aurait été beaucoup moins divertissant de jouer avec toi dès le début. Mais bon… Ce n'est pas un hasard : je le savais. Je sais toujours tout… C'est épuisant, à la longue.
- J'en étais sûr ! bondit Zacharias, pointant un doigt accusateur sur le mage noir. Tu n'as jamais eu l'intention d'exaucer mes vœux ! Tout ce que tu veux, c'est la reine !
- Tais-toi, vermine. »
D'un simple mouvement de poignet, Theo étrangla Smith à distance, le soulevant au-dessus du sol. Harry et Neville se débattirent pour aller le sauver, criant au sorcier maléfique d'arrêter. Draco était pétrifié, incapable de réagir… Puis, après quelques interminables secondes, Kay s'écroula au sol. Il toussa et cracha, reprenant de grandes bouffées d'air sifflantes. Il se redressa, les traits tordus par la rage et ouvrit grand la mâchoire… Mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Pendant qu'il hoquetait encore de surprise, Tracassin esquissa un large geste du bras, la mine sombre et le regard dur. Puis, tout se figea. Zacharias était statufié dans une posture comique, à mi-chemin entre la terreur et l'indignation. Potter avait le bras levé, comme pour porter assistance ou protester, paralysé en plein mouvement. Londubat était penché, l'épée plantée dans la glace afin de la briser, cloué dans l'effort. Même les flammes des bougies étaient immobiles. Plus aucun léger courant d'air. Plus aucun chatoiement d'étoile derrière les vitraux… Rien. Le temps était suspendu.
« Bien ! s'exclama Theo en tapant des mains. Maintenant que les choses sérieuses vont commencer, nous avions besoin d'un peu d'intimité. Nos affaires ne regardent que nous, ils n'ont pas à participer. »
Elsa couina quand Tracassin apparut soudain à quelques centimètres devant lui dans une fumerolle noire. De près, ses yeux semblaient encore plus fous, et son sourire vide encore plus cruel.
« N'aie pas peur, jolie petite reine, murmura-t-il en se penchant vers lui, frôlant ses cheveux du bout des doigts. Aurais-tu oublié que je suis ton ami ? Me crois-tu capable de te faire du mal ?
- Je ne te reconnais pas, souffla Draco, tétanisé par la peur. Ce n'est pas toi, Theo. Tu n'es pas quelqu'un de mauvais.
- Je le serai devenu sans vous, sourit-il tristement, replaçant une mèche derrière l'oreille en une caresse légère. Regarde-moi… C'est ce qu'une vie de solitude et de rejets aurait fait de moi. Toi, Blaise, Pansy, Millicent, Grégory… Vous m'avez tous sauvé de ce destin funeste. De toute cette folie… Mais le Nain Tracassin, lui, n'a pas eu cette chance. Il n'a pas connu le bonheur d'aimer et d'être aimé sans condition. Il ne sait pas ce qu'est l'Amour. Le vrai. Cet amour que vous m'avez donné, que je ressens à chaque fois que je vous vois… qui pourrait me rendre coupable des pires atrocités si cela pouvait vous faire sourire un peu plus…
- Mais tu n'es pas lui ! Tu es Theo ! Mon ami ! Mon frère !
- Ô petit prince au cœur trop tendre… Tu as voulu jouer au méchant et tu t'y es brûlé les ailes. Ce n'était pas un rôle pour toi. Mais moi, j'ai toujours su qui tu es vraiment, au fond de toi : la plus belle de toutes les reines. Si royale. Si majestueuse. Si maline. Et pourtant si naïve. Tu veux te montrer fort, alors que tu es fragile. Tu te brises au moindre coup de vent, telle une poupée de cristal au visage parfait. Et tu es incapable de te relever seul… Tu n'as aucune volonté. Tu es la clef déverrouillant toutes les portes, mais tu n'ouvres rien… Ce n'est pas de ta faute. Tu n'es juste pas fait pour la vie…
- Tu veux que je meurs ? hoqueta le blond, sidéré. C'est ça que tu attends de moi ?
- Et comme d'habitude, tu ne comprends rien quand cela te concerne, soupira le mage noir en se reculant, las. Tu es tellement frustrant. Theo a toujours eu envie de te donner des baffes, tu sais ? Tracassin, lui, va plutôt jouer à un autre jeu avec toi. Parce que tu l'amuses. Une petite souris qui se débat pour ne pas se noyer.
- Tu n'es pas Tracassin !
- Dans cet univers, si. Je me souviens de tout, tu sais ? Et l'histoire de mon personnage se mélange avec celle de Theodore Nott. À qui était ce père violent et cette forêt enchantée ? Qui a vu cette belle jeune femme et sait filer la paille en or ? Qui a tant appris qu'il peut lancer les sortilèges les plus noirs qui puissent exister ? Dans ce monde comme dans l'autre, je vois les mêmes visages et la même soif. Ce même désir d'acquérir et de conquérir. La quête du pouvoir a rythmé nos deux vies… La grande différence, c'est vous. Alors tant que je parviens encore à me rappeler de Theo, et en souvenir de notre amitié, je vais te faire un cadeau : je te rends ton peuple et tous ceux qui t'ont accompagné dans ta quête, en échange d'une simple mèche de tes cheveux. »
Draco resta interdit, fronçant les sourcils. C'était cela, l'objet de la rançon ? C'était tout ce que le Nain Tracassin voulait de lui ? Ses "cheveux" ?!
« Cela ressemble plus à un marché qu'à un cadeau, fit-il cependant remarquer.
- Tu apprendras à tes dépends que le puissant Grigrigredinmenufretin a l'habitude de paiements bien plus conséquents. Tout a un prix, ma douce. Je pourrais te demander la lune pour ce que je te propose. Et tu me la donnerais.
- J'en conviens… hésita le blond, sceptique. Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que tu te moques de moi. Quel mauvais tour cherches-tu à me jouer ?
- C'est à prendre ou à laisser. Et l'offre expire dans… trente secondes.
- Tu n'es pas sérieux ?!
- Vingt-sept… Vingt-six… Vingt-cinq…
- D'accord ! D'accord ! Très bien !... J'accepte. »
Un sourire féroce apparut sur le beau visage du mage noir, et ses yeux lilas tournèrent au fushia. La reine frissonna d'appréhension, des sueurs froides glaçant son dos. C'était une mauvaise idée… Il avait fait une erreur… Pourquoi avait-il l'impression d'avoir fait un pacte avec le diable ?
D'un geste vif qui le fit sursauter, Tracassin sortit une lame dissimulée dans sa manche, et l'approcha dangereusement du visage d'Elsa, tétanisé. Avec révérence, son autre main vint se glisser dans la mèche blonde, et coula tout doucement sur la longueur… avant de la couper d'un mouvement sec.
Draco tressaillit un instant, conscient qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Le mal était fait… s'il y avait "mal". Il n'avait pas conscience des conséquences de sa décision, et cette incertitude était le plus terrifiant. Une joie malsaine déformait les traits de Theo, qui porta les cheveux platine à ses lèvres.
« Marché conclu. Considère ton peuple libre de se geler dans ton Hiver Éternel. J'en ai fini avec toi… pour le moment. »
En un claquement de doigts, il fit disparaître la mèche, et souffla toutes les bougies de la salle.
Harry bondit, interloqué : en un clignement de paupière, l'obscurité était revenue, et Draco et Theo semblaient s'être téléportés quelque part… il ne voyait pas où. Surpris, il remarqua également que la glace à ses pieds avait disparu, de même que sur la lame de son épée. Mais pas pour Neville. Celui-ci était figé dans une posture étrange, comme en plein mouvement…
Il s'apprêtait à le toucher pour prendre son pouls quand le rire de Tracassin résonna une fois de plus autour de lui. Il brandit Excalibur, à nouveau flamboyante, et commença à s'avancer pour débusquer le Ténébreux… qui se matérialisa devant lui dans un souffle de fumée noire.
« À ton tour, » lui sourit-il.
Arthur ne prit pas la peine de répondre et l'attaqua directement. Mais le fourbe s'évapora pour réapparaître derrière lui.
« Allons, un peu de tenue ! Ce n'est pas ainsi qu'est censé se comporter un… »
Il ne lui laissa pas le temps de finir et asséna un autre coup d'épée… dans le vide.
« Vous faites la paire, tous les deux, soupira la voix du mage noir au loin, dans l'obscurité. Le premier réfléchit sans agir. Le second agit sans réfléchir. C'est pitoyable…
- Viens m'affronter, démon !
- Tu n'as pas encore compris que c'est inutile ? Je ne suis pas comme Voldemort. Nous n'utilisons pas les mêmes armes. Tu ne peux pas faire de magie, ici, et les lames ne peuvent m'atteindre. Même enchantées.
- Où est Malfoy ?! Qu'as-tu fait de lui ?
- Il va bien, râla Theo. Vous croyiez vraiment que je pourrais lui faire du mal ? Il est comme un frère pour moi, jamais je ne pourrais toucher un seul de ses cheveux !... Enfin… En l'occurrence, si. Mais pas dans le sens métaphorique du terme.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Que veux-tu ? Je ne jouerai pas avec toi ! Libère mes hommes immédiatement !
- Oh que si, tu vas jouer. Parce que je ne vais pas te laisser le choix. Crois-tu vraiment qu'à l'heure où nous parlons, notre douce Reine des Neiges est capable de lever sa malédiction ? »
La remarque fit mouche… Il se souvenait très bien du manque de confiance du blond, et de ses yeux emplis de brisures… La mort dans l'âme, Harry baissa Excalibur, les dents serrées.
« Parce que toi, tu peux, peut-être ?
- Bien sûr que non ! répondit Theo en réapparaissant devant lui, les mains dans les poches et l'air dédaigneux. Je suis certes puissant, je dois me plier à certaines règles pour user de mes pouvoirs. La magie a un prix, et je ne suis pas de ceux qui paient.
- Alors c'est à moi de payer ? gronda le roi, menaçant.
- Tout à fait.
- Pourquoi moi ? Pourquoi n'as-tu pas demandé ça à ton ami ? Il est le principal concerné… À moins que ce soit trop lourd à porter pour lui, et tu veux le lui épargner ? Par contre, moi… le Gryffondor, ce n'est pas un problème.
- Il y a de cela, fit Tracassin en se regardant les ongles, les lèvres boudeuses. Mais pas que…
- Que veux-tu ? Énonce clairement ton prix.
- Tu ne veux plus savoir pourquoi c'est à toi que je fais cette offre ? rit franchement le mage, surpris.
- J'imagine que Malfoy n'a pas ce que tu souhaites… Mais moi, si.
- Bravo… Tu sais donc utiliser ton cerveau de temps en temps ? Je suis épaté… Même si la raison n'est pas tout à fait celle-ci non plus… Disons plutôt que tu ne possèdes pas encore le bien que je convoite, mais tu l'auras dans un futur plus ou moins proche.
- Je n'aime pas les devinettes… Et je ne suis pas de nature patiente…
- Tout doux, lionceau. Inutile de miauler. En plus, la quête que je te propose d'accomplir te plaira beaucoup ! En fait, tu l'as même déjà commencée.
- On est sur une "quête", maintenant ? grogna Harry, de plus en plus à cran. Ton prix augmente, sorcier. Et je devrais l'accepter pour délivrer un pays qui n'est pas le mien ? Alors que tu retiens mes hommes contre leur gré ?
- Ne te fais plus de mouron pour eux, Draco les a déjà libérés. Nous avons fait un petit marché, lui et moi…
- Comment ?! hurla le roi en pointant sa lame sur la gorge de Theo. Qu'as-tu fait, démon ?! Qu'as-tu donc réussi à lui extorquer ?!
- C'est entre lui et moi, tu n'as pas ton mot à dire, souffla Tracassin sans se dégager, exaspéré. Et au risque de me répéter : je ne ferai jamais rien qui pourrait nuire à mon ami, alors cesse de t'agiter. Au contraire, sois heureux : tes chevaliers sont sains et saufs, et vous n'avez plus qu'à vous soucier du sort d'Avalon. Retour à la case départ, en somme.
- Dis-moi tout de suite ce que tu as osé lui subtiliser ! grinça Arthur, rouge de fureur. Rends-le lui ! C'est avec moi que tu dois faire un pacte !
- Comme c'est mignon ! Le roi veut protéger sa reine ! Oh mais… Oups ! La place est déjà prise, non ? Que va donc devenir cette pauvre Guenièvre délaissée ? Remarque, je te comprends : Draco est magnifique. Une parfaite poupée de porcelaine, prête à jouer avec le premier qui voudra bien d'elle. Dépêche-toi, la concurrence est rude.
- Entends-tu tes mots ? Avec un ami comme toi, plus besoin d'ennemi ! Tu lui fais du chantage ! Tu parles de lui comme d'un jouet !
- Mais c'est ce qu'il est et a toujours été : un artefact. Très beau et très puissant, certes. Mais un outil malgré tout. Ne te trompe pas : je l'aime plus que ma vie, tout comme j'aime Blaise ou Pansy. Je n'en demeure pas moins conscient de sa réelle condition. »
Harry regardait ce fou et se demandait pourquoi il l'écoutait encore. La manière dont il décrivait Malfoy l'horripilait ! Comment pouvait-il affirmer si sincèrement l'aimer alors qu'il le traitait de cette façon ?! Lui-même, pourtant son ancien ennemi, avait plus de considération pour lui !
« Et nous savons tous deux qu'un bien sans volonté propre, même sublime et précieux, ne sert à rien s'il n'est pas convenablement manipulé, sourit férocement Tracassin en appuyant sur la pointe de son épée, noircissant sa lame. Comme Excalibur demeure inutile sans le bras de son monarque pour la brandir, ajouta-t-il en s'approchant, penchant la tête de manière anormale. Draco est comme elle l'était : planté dans son rocher, attendant que son roi veuille bien prendre la peine de l'utiliser.
- Tu es cinglé ! cracha Arthur, retirant précipitamment son arme pour en inspecter le tranchant : elle était redevenue immaculée…
- Peut-être… Mais je suis également lucide. Sans toi, mon ami serait toujours perché en haut de sa montagne à pleurer toutes les larmes de son corps, incapable de franchir les portes qu'il a lui-même érigées. Pathétique… Et même si on peut tirer partie d'une œuvre d'art, il est plus lucratif de négocier avec celui qui la possède. Ce qui nous ramène à notre négociation, petit roi.
- Malfoy ne m'appartient pas ! Et il n'est pas un objet !
- C'est toi que je veux, dit Theo, son regard rubis totalement fou braqué sur lui. C'est toi que j'attendais. Et tu es à point. Maintenant que tu as toutes les cartes en main, je te laisse choisir. Soit je disparais, Draco ne me reverra plus jamais dans ce monde, je vous laisserai vaquer à vos occupations. Toi, Elsa, Sinbad, Lancelot, tes chevaliers, les pirates, et le peuple d'Avalon… Et la malédiction ne sera jamais levée. Ce pays sombrera dans son Hiver Éternel. Il n'y aura plus jamais de paradis sur terre, de richesses, ou de récoltes fructueuses. Notre douce reine ne trouvera jamais la paix. Des guerres se déclencheront. Le sang coulera. Des nations tomberont… La famine. La misère. Les maladies… »
Le Roi Arthur trembla pour la première fois : il disait vrai. Avalon était le centre de cet univers, il le savait. Une terre si fertile qu'elle nourrissait les populations de nombreux royaumes. Si riche qu'elle était le centre de tous les commerces. Si imposante qu'elle dictait sa loi sur de nombreux états… Et son pays… Son propre pays dépendait de son bon fonctionnement. Le Royaume de Logres offrait sa puissance militaire et ses ressources diplomatiques pour bénéficier de son rayonnement. À eux deux, ils formaient l'alliance la plus influente et la plus soudée au monde. Ils gouvernaient ensemble sur la sphère dirigeante… Mais si l'un d'eux tombait…
Et tout à coup, il se souvint. Harry savait pourquoi le roi était venu à Avalon… Dans sa quête du Graal, il avait entendu la rumeur d'un mal ayant récemment envahi l'Île Fortunée. Et il avait accouru. Conscient du drame qu'un tel cataclysme pourrait engendrer. Puis, le désespoir. La glace. Le néant… Tout était perdu. Il voyait déjà la Géhenne se produire sous ses yeux. La fin des Temps Heureux… Et enfin, l'espoir. Le gouverneur Kay affirmant que tout redeviendrait comme avant s'ils tuaient la "Reine des Neiges"... À ce moment-là, il ne savait pas qui elle était et s'en moquait si sa mort signifiait le retour de l'harmonie. Cela n'avait plus été une quête pour le roi… Mais de la survie. Sans l'arrivée de Harry à sa place et sa perte de mémoire, il n'aurait pas hésité une seconde à lui trancher la tête dès que la porte du palais de glace s'était ouverte… Il n'aurait jamais su qu'elle était Elsa…
Le tableau dépeint par Tracassin était exactement celui que le Roi Arthur avait prédit en voyant la malédiction s'abattre sur Avalon. Tout lui sembla tout à coup si vrai. Et le drame humain, politique et écologique devint plus concret… Harry en eut le souffle coupé. Le scénario catastrophe était enclenché. Le monde dépendait de Draco et de sa capacité à maîtriser ses pouvoirs… Son sentiment d'urgence en voyant ses yeux brisés et en apprenant qui il était prenait enfin forme. Et cela était terrifiant ! Quelque part, il comprenait Kay… et le haïssait à la fois. Tout était de sa faute ! Et il avait également soulevé un réel problème… Une fragilité… Une magie de Glace si conséquente ne devait pas exister. Pas pour conserver un monde en paix !
« Soit… ? fit-il d'une voix blanche, terrorisé.
- Soit je redonne à cette contrée son faste habituel, sourit Tracassin, d'une amabilité horripilante. L'hiver ne sera plus. Le printemps reviendra. Les fleurs s'ouvriront. Les blés germeront. L'or s'échangera. Les traités se signeront. Les plus pauvres mangeront à leur faim, les plus riches s'enrichiront encore… La vie reprendra son cours. Mais seulement pour un temps. Le temps nécessaire à la reine afin de contrôler ses pouvoirs : je te donne dix mois pour cela. Passé ce délai, si elle ne le peut toujours pas, si elle n'a pas encore réussi à acquérir sa propre volonté, à s'émanciper en tant qu'objet pour gagner sa propre existence… L'Hiver Éternel reviendra. Plus dur, plus fort, plus impitoyable qu'avant.
- Tu avais promis de régler le problème ! s'insurgea le roi. Ce n'est pas une solution !
- Je n'ai rien promis. Cette magie est celle de la reine, elle ne m'appartient pas. Je ne peux pas la défaire, seulement l'influer. Tout ce que je peux vous offrir, c'est du temps. Et il s'agit du bien le plus précieux de l'univers. Es-tu prêt à y renoncer ?
- Non ! s'exclama Harry, horrifié. Attends… Je… Très bien, lâcha-t-il finalement, les nerfs à vif. Tu as gagné. Parle. Quel est ton prix… Je paierai… »
Il le voyait jubiler. Et il était terrassé. Il n'avait pas vu les conséquences. Il avait oublié l'ampleur du désastre. Et pourtant… Il ne pouvait pas se résigner à la solution la plus simple. La plus logique…
Tuer Draco.
Non, il ne pouvait pas ! Il était la reine ! L'héritière légitime ! Et même sans cela… Il ne pouvait pas s'y résoudre… S'il y avait une chance… S'il y avait un moyen…
« Répare le miroir, annonça Tracassin, les iris rouge sang.
- Quoi ?
- Répare le miroir brisé. Redonne-lui son lustre d'antan. Terminées, tes recherches du Graal. Il est à présent ta seule et unique quête. Chacune de tes décisions, chacun de tes pas, n'aura d'autre but que de reformer la psyché. Son reflet répondra à tous tes désirs. Il sera le bonheur. La vie. L'éternité. Mais tu ne pourras pas le toucher. Tu le contempleras sans jamais pouvoir en jouir. Tu renonceras à son éclat, ou tu mourras en essayant. Tel est mon prix. Tel sera ton sacrifice. L'acceptes-tu ? »
Un froid glacial s'insinua en Harry. Ses membres se mirent à trembler, ses articulations se rigidifièrent… Il lui sembla qu'une partie de son âme s'échappait… Et pourtant… Pour son Royaume.
« J'accepte. »
Tout ne fut plus que ténèbres. Un rire résonnait dans sa tête. Et devant ses yeux, un sourire aux dents blanches se moquait de lui.
[===]
Lancelot se réveilla une seconde fois en sursaut. Mais cette fois-ci, il se trouvait bel et bien au même endroit qu'auparavant : la Salle du Trône, au centre de l'allée. Harry se trouvait près de lui, endormi sur le sol. En un mouvement, il vérifia que son roi était toujours en vie… et soupira de soulagement. Au loin, Draco sommeillait sur le trône principal, et la lumière du jour commençait à poindre à travers les vitraux… Que s'était-il passé ? Il avait tenté de briser la glace de la Reine des Neiges qui l'immobilisait, et…
« Bien dormi ? »
Neville bondit sur ses jambes et dégaina, près à en découdre. Theo se trouvait sur un banc, attendant sagement son éveil.
« Les Gryffondors… fit-il, fatigué. Toujours prompts au combat sans jamais se poser les bonnes questions.
- Qu'est-ce que vous leur avez fait ? Que s'est-il passé ?
- Ils vont bien… soupira-t-il. C'est fou, vous me prenez vraiment pour un monstre ! Nous avons simplement discuté un peu. C'est vrai que j'aurais pu installer Potter plus confortablement sur l'un des trônes, à côté de Draco… Mais ce type m'énerve. Au réveil, j'aimerai bien qu'il ait un torticolis.
- Discuté de quoi ? Pourquoi m'avoir endormi ? continua de questionner Neville en repositionnant précautionneusement la tête de Harry.
- Tu ne devrais pas plutôt demander pourquoi je te réveille ? sourit Tracassin en le regardant faire, battant tranquillement du pied, jambes croisées. Tu croyais que je t'avais amené dans la Salle du Trône pour dormir ? J'aurais pu te laisser de l'autre côté du miroir, avec les autres…
- Vous voulez parler avec moi aussi ? interrogea-t-il, perplexe. Pourquoi ?
- Parce que j'y ai un intérêt…
- Je ne suis que le chevalier de mon roi… hésita Londubat, curieux de savoir quelle utilité il pourrait avoir pour cet être vicieux.
- Pas vraiment, justement. C'est ce qui te rend plaisant. Aurais-tu oublié la plus grande traîtrise de ta Légende ? Lancelot le pécheur, le vassal qui trompa son roi… Risible, n'est-ce pas ?
- Je ne le ferai pas, assura Neville, déterminé.
- Oh que si, rit Theo. On n'échappe pas à son destin. Tu es déjà transi d'amour pour la belle Reine Guenièvre, tu l'as juste… "momentanément oublié". Cela reviendra bien avant que tu la revois : tu te languiras d'elle, tu deviendras fou de désir… Et tu fauteras. Ce sera plus fort que toi. Surtout que votre passion est réciproque : comment lutter quand on sait l'extase si proche, à portée de main ? Et le roi… Le cœur du roi est ailleurs. Ils ne se sont unis que pour de la politique, tu le sais. Leur mariage royal est sans amour, triste et fade. Et tu verras ta reine si malheureuse… Tu sais que son bonheur se trouve dans tes bras. Pourquoi le lui refuser ?
- Vous êtes démoniaque…
- C'est toi le fautif ! s'indigna le mage noir. Je ne suis pour rien dans ta trahison, je n'énonce que des vérités. Au contraire, je suis là pour te proposer une nouvelle alternative à ton histoire. Une version où tu serais moins coupable et plus heureux. Tenté ? »
C'était trop beau pour être vrai… Neville n'aurait pas dû être intéressé : après tout, il ne se trouvait dans ce monde que pour un an, il pouvait bien résister à la tentation de la chair d'ici son retour à Poudlard ! Et pourtant… Lancelot était attiré par cette proposition comme un papillon vers la lumière, quitte à brûler vif. Du Lac était prêt à tout pour sa reine, bien plus que pour son roi… Londubat sentait sa résolution diminuer… Il ne pouvait pas s'opposer à l'amour brûlant du chevalier. L'attrait était trop fort.
« Qu'est-ce que vous proposez ? grimaça le Gryffondor, frustré mais résigné.
- Un divorce, fit Tracassin en jouant avec une mèche de cheveux blonds sortie de nulle part. Simple. Efficace… Cela arrangera tout le monde : toi, le roi, la reine… Léodagan risque de ronchonner un peu, mais si sa fille garde son titre, il n'opposera aucune résistance. En plus, tu deviendras roi du Royaume de Logres à la mort d'Arthur. Sacré bonus, pas vrai ?
- Et comment comptez-vous accomplir ce miracle ? La légende est claire : cela n'arrivera jamais. Je serai pris sur le fait par le roi et j'irai me réfugier dans un autre pays… C'est Mordred, le fils d'Arthur et de la sorcière Morgane, qui tentera de s'emparer du trône en l'épousant.
- Serais-tu devenu devin ? s'amusa le mage noir, se caressant le visage avec la mèche. Je croyais que c'était moi, l'extralucide ? Le futur est un tissage extrêmement complexe, fait de hasards et de fatalités… Certaines choses sont immuables, dit-il en regardant les fins cheveux blonds, avant de reporter son attention sur son interlocuteur. D'autres le sont un peu moins… Il suffit parfois de tirer sur le bon fil pour dérouler un tout autre motif. Et je sais lequel.
- Vous moqueriez-vous de moi ? Vous pouvez voir l'avenir et influencer le destin ? Êtes-vous un dieu ?
- J'aimerai beaucoup, je n'aurai plus besoin de négocier avec des idiots comme toi si c'était le cas. Je prendrai Draco et Blaise sous mon bras, et les éloignerai de votre stupide épopée. Mais non, je suis obligé de perdre mon temps à essayer de te convaincre d'être heureux pour conclure notre marché. Affligeant, non ? Quel est donc ton souci ? Pourquoi hésites-tu encore ?
- C'est juste… trop idyllique. Comment pourrais-je y croire ? Quelle preuve pouvez-vous m'apporter pour montrer que ce rêve impossible pourrait devenir réalité ? Un roi ne divorce pas !
- Il s'agit donc d'un manque de foi… De la part d'un chevalier en quête du Saint Graal, quel paradoxe ! Décevant… Soit. Je suis peut-être allé trop vite. Tu n'es pas encore confronté au problème dans l'immédiat. Tu crois avoir la force de résister, imbécile que tu es… J'attendrai. Réfléchis bien à ma proposition, je reviendrai lorsque tu seras au bord du gouffre. La conversation sera nettement plus intéressante.
- Mais… Vous ne m'avez pas informé de ce que je devrais donner en échange ? Comment puis-je y réfléchir si je ne connais pas la nature exacte de cette… "transaction" ?
- Oh, je ne dévoile mon prix qu'aux personnes prêtes à le payer. Et toi, tu n'es pas assez désespéré. Cependant, je me dois de te rappeler que plus les jours passent, plus il sera difficile de tirer le bon fil dans la trame de l'Histoire afin de t'offrir ta fin heureuse. Si tu attends le dernier moment, ma proposition risque d'être légèrement différente… Alors ne tarde pas trop. Quand tu changeras d'avis, il te suffira de dire "Tracassin" trois fois devant un miroir. J'apparaitrai. Mais prends garde : je n'aime pas beaucoup être appelé pour rien, je peux faire payer très cher mes déplacements. »
Theo sauta sur ses jambes et s'étira longuement à la manière d'un chat. Il caressa une dernière fois la mèche de cheveux blonds, la rangea dans sa poche, et s'évapora dans un nuage noir. Neville resta pantois quelques instants… Il n'était pas certain de comprendre ce qui venait de se produire. Quand Harry se mit à bouger.
Une caresse sur sa joue réveilla Draco qui papillonna des yeux… et sursauta. Theo se trouvait à genoux devant lui, un sourire radieux sur le visage. Ses yeux étaient redevenus mauves.
« As-tu passé une bonne nuit, ma jolie poupée ? lui chuchota-t-il. Parce qu'aujourd'hui sera long et fatiguant pour toi. Après tout, ce n'est pas tous les jours que le peuple d'Avalon fête le retour de sa reine bien-aimée. »
Le blond était perdu… Depuis quand dormait-il ? Comment s'était-il retrouvé assis sur son trône ? Il se souvenait seulement du marché qu'ils avaient passé, puis… plus rien. Il aurait souhaité poser des dizaines de questions, mais aucune ne parvenait à se formuler dans son esprit. Il pouvait seulement voir le regard lilas devant lui… Un regard qu'il reconnaissait. Cette douceur, cet air attendri… Le même que posait Theo sur Blaise quand il faisait l'idiot, sur Pansy quand elle grondait quelqu'un, sur Millicent quand elle rougissait d'embarras, sur Grégory quand il proposait des bonbons… Il voyait enfin son ami dans cet inquiétant personnage.
« Je ne vais pas pouvoir rester. Mais je voulais te dire au revoir… N'ais crainte, nous nous reverrons. Quand tu seras rongé par le désespoir, quand tu n'auras plus personne vers qui te tourner, je viendrais pour te secourir. Considères-moi comme ta "marraine la bonne fée". »
Il n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, Tracassin déposa un baiser sur son front, et disparut dans une volute de fumée noire. Il aurait voulu le retenir, le garder près de lui… Il aurait aimé qu'il les accompagne, qu'il l'aide à lever la malédiction… Une boule se forma dans sa gorge, et il se mit à rire nerveusement. Une "marraine la bonne fée" ? Lui ? La comparaison était grotesque ! Et que lui, vienne le sauver, était également risible : lui demanderait-il un œil ou sa langue, la prochaine fois ? Qu'avait-il prévu de faire de ses cheveux ? Quel intérêt ? Et pourquoi tout ce cirque, finalement ? Venir à Arendelle, enlever la population, les chevaliers et les pirates… pour rançonner une mèche ? Il la lui aurait donné avec plaisir s'il le lui avait demandé ! Alors pourquoi ?!
« Malfoy ! »
Harry et Neville se précipitaient vers lui, l'air inquiet. Draco n'eut pas le temps de les rassurer que son attention fut attirée par Zacharias, tentant discrètement de s'éclipser. Il lui cria de s'arrêter, le faisant se mettre à courir. Heureusement, Arthur et Lancelot furent plus rapides, et réussirent à l'immobiliser au sol.
Le blond les rejoignit, sa colère augmentant à chaque pas. Quelques bribes de souvenirs remontaient, plus douloureux les uns que les autres : ce type était une ordure de la pire espèce ! Il était loin d'en avoir fini avec lui.
« Cesse de geindre, Kay ! lui cracha-t-il d'une voix pleine de mépris. Croyais-tu sincèrement pouvoir t'enfuir ? Je t'aurais fait poursuivre par tous les royaumes des alentours pour haute trahison ! Tu n'auras plus de répit ! Et il est temps que tu paies !
- Je suis ton beau-frère ! contra Smith, durement relevé par Lancelot. J'aurais forcément un traitement de faveur ! Je fais partie de la famille royale !
- Plus maintenant : par ma voix, je déclare ton mariage nul et non avenu ! Et j'ai bien assez de preuves pour justifier cette décision.
- Tu peux faire ça ? gémit faiblement le prisonnier, terrifié.
- Je vais me gêner ! Je suis la Reine d'Avalon ! J'ai le pouvoir de défaire les unions célébrées sous ma tutelle, dans mon Royaume ! Je savais que c'était une erreur, j'aurais dû m'écouter au lieu de me laisser convaincre par Anna et ta déférence mielleuse ! C'est terminé ! J'attendrai l'avis de mes ministres avant de décider de ton sort, mais pour le moment, j'ai des questions. Comment as-tu rencontré le Nain Tracassin ? Depuis combien de temps complotes-tu dans mon dos ? Parle ! »
Zacharias se recroquevilla, bredouillant des phrases sans queue ni tête. Il cherchait toujours un moyen de s'en sortir, de repousser le moment fatidique, de trouver un argument ou une parade quelconque pour éviter la peine capitale : il n'avait pas encore abandonné. Cela enragea Arthur.
Celui-ci ne s'était pas encore remis de sa conversation avec le mage noir, de son brusque réveil et de la peur qui l'avait saisi en voyant le démon si proche de la reine. Il n'avait pas eu le temps de le confronter qu'il avait déjà disparu, et sa frustration était à son comble. Ne tenant plus, il cogna violemment la mâchoire de Kay, et lui tira les cheveux pour relever son visage.
« Quel odieux marché as-tu passé avec lui ? » lui demanda-t-il en grinçant des dents.
Une lumière brilla un instant dans les yeux du captif, et il se mit à rire… Le rire d'un fou qui n'avait plus rien à perdre.
« Ça y est, je me souviens, pouffa-t-il. J'en avais marre de ma famille de petits bourgeois marchands méprisables. J'avais beaucoup plus d'ambition que ces crétins ! Je voulais entrer dans les hautes sphères, et je savais que j'y arriverai ! Et puis, cet homme est venu de nulle part et m'a proposé un échange : épouser la sœur de la reine contre le premier enfant qu'elle portera.
- Quoi ?! s'écria Elsa, soudain très pâle.
- Et ça a fonctionné ! Je ne sais pas comment il a fait pour qu'elle tombe amoureuse de moi, ou pour taire tes réticences, mais j'ai eu ce que je voulais alors je m'en moquais ! Et puis j'ai fini par voir qui tu es vraiment : un monstre ! cracha-t-il avec une hargne teintée de folie. Une sorcière plus froide que la mort, possédant un pouvoir si terrible qu'il pourrait détruire ce pays ! Je ne pouvais pas le tolérer ! Alors j'ai rappelé Tracassin. Tu devais disparaître ! Tu ne méritais pas d'être reine !
- Qu'est-ce que tu lui as proposé ? exigea de savoir Harry, une colère glacée dans les yeux.
- Il a promis de la faire partir ! hurla Zacharias. Je devais juste lui donner l'accès à tous les miroirs du château ! Qu'est-ce que j'en avais à foutre ! Évidemment que j'ai dit "oui" ! Il m'a expliqué ce que je devais faire : frapper ma femme et provoquer la reine, il se chargerait du reste. Mais il s'est bien gardé de me préciser qu'elle lancerait sa malédiction d'Hiver Éternel ! C'était exactement ce que je voulais éviter ! Je me suis retrouvé à la tête d'un pays en proie au chaos !
« Et puis vous êtes arrivés. Clinquant dans vos armures, chevauchant de magnifiques destriers, et complètement paniqués à l'idée qu'Avalon ne puisse plus fournir votre pitoyable Royaume de Logres de toutes ses denrées et richesses, sales parasites ! Mais vous étiez armés et prêts à tout pour régler le problème : c'était parfait ! C'était vous qui iriez tuer la reine ! »
Harry dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas égorger cette pourriture. Cela n'avait donc pas été le fait du Nain Tracassin : c'était Kay seul qui s'était servi de leur détresse et de leur bonne-volonté pour les manipuler !
« Si seulement vous aviez fait votre putain de job ! Le Roi Arthur, incapable de tuer une femme maléfique : c'est lamentable ! Évidemment, je me suis bien gardé de vous dire qui elle est vraiment. La dernière fois qu'Arthur a vu Elsa, ils étaient encore gamins. Il y avait peu de chance que vous vous reconnaissiez.
« Et puis je me suis réveillé en Zacharias, dans ce palais glacé, avec des tas de gens qui me demandaient quoi faire… Je ne comprenais rien ! Je me suis enfermé dans une chambre et j'ai barricadé la porte. Ça toquait, ça chouinait, ça suppliait… Rien à faire ! Je ne savais même pas où j'étais !
« Et Tracassin est apparu devant moi. Je l'ai reconnu : un connard de Serpentard ! Je ne savais pas par où il était passé ! Il m'a juste demandé si je voulais avoir la paix. En échange, je devais attendre dans la forteresse que Harry Potter et une "jolie blonde" arrivent, et les amener à lui, dans la Salle du Trône. Pourquoi j'aurais dit "non", alors qu'il m'annonçait la venue prochaine de Potter ! À ce moment-là, je ne savais pas que tu avais changé de camp. Sale traître ! Il est beau le héros qui pactise avec l'ennemi !
- Et toi, tu pactises avec le diable ! s'époumona Harry, hors de lui. Tout est de ta faute ! C'est à cause de ta stupide avidité et de tous les marchés que tu as passé avec Tracassin qu'on en est là ! Tu as fait entrer ce prince des Ténèbres au cœur du pouvoir royal d'Avalon, et tu oses rejeter la faute sur nous ?! C'est toi qui lui as donné l'autorisation d'ensorceler les miroirs pour faire disparaître toutes personnes vivantes en ces lieux ! Tu en as même fait le souhait ! C'est toi qui lui as demandé de chasser la reine légitime en sachant très bien la puissance de son pouvoir, et tu as cru qu'elle partirait sans poser de problème ?! Es-tu débile ?!
- La magie de Tracassin est plus redoutable : il aurait pu l'en empêcher !
- Il n'est pas ton "génie de la lampe", espèce de demeuré ! Il s'est servi de toi, retournant tes vœux pour en tirer profit, usant de tes paiements pour grappiller encore plus ! Et toi, tu continuais à accepter des marchés sans prendre le temps de réfléchir aux conséquences ?!
- Tu peux parler, le balafré ! Ose prétendre que tu n'as pas fait un pacte avec lui, toi aussi ! Vas-y, raconte-nous ! De quoi avez-vous "discuté" ? »
Harry aurait voulu répondre, mais sa voix resta coincée dans sa gorge… Il ne pouvait pas mentir. Et il ne pouvait pas non plus dire la vérité. Comment leur expliquer qu'il devait juste "réparer un miroir" ? Il retint de justesse un regard vers Draco.
« Je nous ai gagné dix mois pour lever la malédiction, décida-t-il de dire.
- Comment ?! s'exclama le blond.
- En attendant, le printemps est de retour. Cela permettra aux paysans de semer les champs et aux marchandises de circuler cette année. Espérons que ces quelques jours glaciaires n'aient pas causé trop de dégâts…
- Potter… Tu n'avais pas à payer pour moi. C'était à moi de…
- Non. J'ai grand intérêt à la bonne marche de ton royaume. Je ne vais pas prétendre avoir fait preuve d'altruisme alors que j'ai agi pour mon propre profit. Mais toi, tu dois absolument trouver un moyen de contrôler ton foutu pouvoir, ou tout cela n'aura servi à rien ! Dans dix mois, ton hiver reviendra, encore plus fort, et il te faudra être prêt. D'ici là, je ne compte pas te lâcher d'une semelle : à nous deux, on trouvera bien un moyen de canaliser ta magie. J'ai misé gros sur toi, ne me fais pas le regretter. »
Interloqué, Draco hésita un instant et déglutit, avant de hocher résolument la tête. Le Gryffondor avait raison, il devait faire des efforts. Il en avait assez que ce soit toujours aux autres d'agir ou de payer pour ses erreurs. Il devait assumer sa part de responsabilité… même si cela le terrorisait !
« Harry… fit Neville, soupçonneux. Qu'as-tu offert à Tracassin en échange…
- Rien qui puisse vous intéresser. Je dois juste faire quelque chose qui devait de toute façon être fait. Il n'y a donc pas à s'inquiéter.
- Rien n'est aussi simple avec ce renard… Tu le sais.
- Au cas où tu ne l'aurais pas encore compris, il y avait plus urgent. Je devais parer au plus pressé. Nous aurons largement le temps de réfléchir aux conséquences de ce pacte le moment venu.
- Tu parles ! ricana Zacharias, empli d'une joie mesquine. J'avais raison ! Toi non plus tu n'as pas pu résister : t'es comme tout le monde ! Ça veut donner des leçons, mais ça fait pareil !
- J'ai été obligé de réparer le mal que tu as causé ! Mes motivations sont loin d'être aussi égoïstes que les tiennes !
- Ne te cherche pas d'excuses, le prétendu héros. Tu as juste choisi la solution de facilité : il t'a fait une proposition alléchante et tu as accepté sans réfléchir aux autres options. Parce que c'était plus simple, plus rapide, plus efficace… T'es comme moi ! Tu… »
Soudain, les lèvres de Zacharias bleuirent et se gercèrent en plein mouvement, les faisant craquer et saigner. Toujours prisonnier de Lancelot, il couina de peur, quelques larmes de douleur apparaissant au coin de ses paupières.
« Un mot de plus et je te gèle la langue, menaça la reine de toute sa hauteur. Depuis quand un criminel aurait-il le droit de donner son avis ? Le Roi Arthur vient de sauver mon royaume, alors que tu n'as fait que le détruire. T'entendre avoir l'audace de te comparer à lui est au-delà du supportable. Si tu veux parler, il va d'abord falloir te déchirer les lèvres. Que ça t'apprenne à peser tes propos en présence de personnes royales ! »
Harry était sidéré… C'était à la fois cruel et délicieusement sadique pour un bavard vantard comme Smith. Et il ne pouvait s'empêcher de trouver la torture amusante. Quelque part, il retrouvait un peu le Draco qu'il avait connu à Poudlard. Avec l'âge, ce qu'il aurait jugé comme étant "méchant" auparavant, lui apparaissait à présent plus adapté, voire même nécessaire… Et s'il était un peu plus honnête avec lui-même, il admettrait que cette satisfaction l'empêchait surtout de reconnaître une certaine vérité dans les propos de Kay…
« Et toi ? s'enquit Potter en se tournant vers le blond. Nott m'a dit que tu avais libéré tous ceux qui avaient été emprisonnés de "l'autre côté du miroir"… Qu'as-tu eu à céder pour cela ?
- Et bien… c'est assez comique. Il ne m'a demandé qu'une simple mèche de cheveux. »
Arthur fronça les sourcils, pas du tout amusé : il avait une vague idée de ce qu'un sorcier maléfique pouvait accomplir avec une partie du corps de quelqu'un… Rien que dans leur monde, cela permettait de prendre l'apparence de la personne grâce au polynectar… Alors dans un univers de Contes et Légendes, il fallait s'attendre à tout. Malfoy n'aurait jamais dû accepter ! C'était beaucoup trop dangereux ! Ils auraient trouvé un autre moyen ! Il…
Il n'était pas en position de lui faire la leçon… Le roi grinça des dents, frustré. Il n'avait pas été meilleur. Kay avait raison : il avait cédé à la facilité. Il aurait dû miser sur Draco et croire en lui pour lever la malédiction… ou au moins l'amenuir. Peut-être aurait-il été obligé d'envoyer des renforts de son royaume pour épauler Avalon, le temps que l'île puisse se relever de son hiver… Cela aurait été long et difficile, il y aurait eu des drames… Il aurait fallu négocier avec les autres pays, signer des traités, céder du pouvoir… Mais il l'aurait fait. Il aurait tout tenté.
Harry croisa le regard d'argent, et vit de nouvelles brisures… très nombreuses. Trop. Sa gorge se serra, une boule dans le ventre. Il savait ce qu'était le miroir brisé que Tracassin lui avait enjoint de réparer. Pacte ou non, il avait déjà saisi l'urgence de le restaurer. Restait à savoir comment…
Il allait parler quand les portes s'ouvrirent brusquement.
[===]
Blaise sauta sur ses jambes dès qu'il ouvrit les yeux. Ses pirates avaient touché la lumière dans le reflet ! Il y avait eu un flash et… Il regarda autour de lui, perdu… Il était seul dans la chambre, et le jour était en train de se lever. Il avait donc dormi toute la nuit ! Et… quelque chose n'allait pas. Intrigué, il s'approcha de la fenêtre… et hoqueta.
Dehors, le ciel était un magnifique dégradé d'or, de roses, de violets, d'oranges, de rouges, de bleus… Quelques étoiles scintillaient encore dans l'indigo, et une dizaine de fins nuages blancs reflétait la lumière du soleil qui se révélait paresseusement. De grands chênes et saules agitaient leurs feuillages dans le vent, et de grandes étendues d'herbes émeraude se découpaient au milieu de longues allées blanches, de bosquets fleuris, de sculptures en argent et de fontaines chatoyantes. Les jardins royaux étaient magnifiques, des oiseaux chantaient et jouaient dans les airs, un écureuil sauta d'une branche à l'autre…
« Salut à toi, pirate. »
Sinbad bondit et manqua de tomber en se retournant, le cœur au bord des lèvres. L'homme qu'il vit sur le seuil, lui offrant un immense sourire sincère, ne l'aida pas à se remettre.
« Theo ?! » s'étrangla-t-il, yeux exorbités.
Il ne se posa aucune question et se précipita vers son ami pour le prendre dans ses bras et le faire tournoyer en riant aux éclats, comme il l'avait fait avec Draco moins de deux jours auparavant. Il était tellement heureux de le voir ! Et même s'il savait le taciturne peu enclin aux élans affectifs, il ne s'étonna pas de le voir se laisser aller : des retrouvailles devaient se faire correctement !
« Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il enfin après une dernière embrassade. Wow, t'as des yeux magnifiques ici ! Violet ? C'est moins bizarre que l'argent de Draco, mais ça te va bien. Je suis jaloux ! Moi aussi j'aurais voulu avoir des iris… je sais pas… jaune ? Ça serait classe !
- Toujours aussi idiot, à ce que je vois, se moqua Nott, se dégageant poliment de l'étreinte.
- Draco est ici aussi, tu l'as croisé ? Tu vas voir, il est encore plus beau que dans le vrai monde ! Et devine quoi : il est "reine" ! Tu te rends compte ?! Ça lui va trop bien ! Oh ! Et y a Potter aussi… Je m'en serais bien passé, mais il faut reconnaître qu'il sait se montrer utile, alors…
- Blaise, le coupa Theo. Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, je devrais déjà être parti. Mais il me fallait te parler avant…
- Ah bon ? Comment ça ? Qu'est-ce que tu fais là, au fait ? Et… Qui t'es, ici ?
- Vous allez rester dans ce palais quelque temps. Tes pirates ne seront pas contents, ils voudront reprendre la mer et retrouver un style de vie qui leur correspond mieux que le faste de la Cour Royale. Mais tu leur tiendras tête. Tu trouveras les arguments. Utilise la menace si besoin, ou laisse-les s'en aller sans toi. Car le moment venu, Draco et Potter partiront. Et il est primordial que tu les accompagnes. Tu les suivras sur mer comme sur terre, tu vivras de folles épopées en leur compagnie, trouveras des trésors incroyables, rencontreras toute sorte de personnes, seras le témoin d'histoires mémorables… Mais surtout, tu les protégeras.
- Je comprends pas ce que tu…
- Tu les protégeras tous les deux, insista Theo, le fixant avec une intensité que Blaise ne lui avait jamais vue, ses yeux se teintant lentement de rubis. La Reine Elsa comme le Roi Arthur. Tu iras jusqu'à risquer ta vie pour eux, même si cela t'oblige à abandonner ce à quoi tu tiens le plus. Tu le feras. Et jamais… jamais tu n'interféreras entre eux. »
Zabini recula d'un pas en l'écoutant, un étrange sentiment au creux du ventre. Il ne savait pas d'où lui venait la certitude que chaque parole de son ami était vraie, et cela lui plaisait d'autant moins. Les sourcils de plus en plus froncés, il sentait qu'il ne pouvait pas demander d'explications. Quelque chose l'en empêchait…
« Et un jour, ta présence ne sera plus requise. Tu sauras reconnaître l'instant quand tu y seras confronté. Alors tu devras les quitter. Que tu le veuilles ou non, qu'importe tout ce à quoi tu auras dû renoncer pour eux. Mais ne t'en fais pas : si tu fais exactement ce que je te dis, tu ne seras pas seul. Parce qu'en sacrifiant ta propre aventure au profit de la leur, en restant simple spectateur de leur légende, je t'offre l'assurance de rencontrer celle pour qui ton cœur battra. »
La créature qui ressemblait à son ami s'approcha de lui, les yeux de plus en plus rouge, un étrange sourire sur les lèvres. Un frisson lui secoua le dos, et il sentit son ventre se tordre.
« Mille fois tu auras envie de les laisser ou de rester près d'eux, mille fois tu ressentiras le besoin de te mettre entre eux, mille fois tu souhaiteras privilégier l'un au détriment de l'autre… Tu ne devras pas céder. Il te faudra garder ton rang et demeurer leur ombre, avant de partir au bon moment. Tu pourras prendre le rôle de guide, de conducteur, de garde-du-corps, de confident, de complice, de partenaire, ou même d'amant, mais jamais tu ne devras revêtir les habits du personnage principal. »
Soudain, il comprit le sentiment étrange qui remontait dans sa gorge : la peur. Une vraie terreur, comme celle face à un prédateur bien plus puissant. Et il sut que Theo n'était pas devenu n'importe quel protagoniste. Il n'était pas de ceux qu'on pouvait se permettre de prendre à la légère, au risque de ne plus jamais en avoir l'occasion.
« Mais ce que je t'accorde en échange, c'est une fin heureuse. Celle que Sinbad ne connaîtra jamais. Oh, tu seras riche. Quelle que soit la direction que tu prendras, ta route sera toujours pavée d'or. Cependant, elle est aussi jonchée de cadavres. Ton équipage finira par mourir, que cela soit par une tempête, un monstre, la faim ou la soif. Tu seras l'éternel survivant. Seul. Accumulant des richesses dont tu ne sauras plus que faire. Condamné sans cesse à reprendre la mer et à revivre un énième naufrage. Je te donne l'opportunité de briser ce cycle, tout en aidant un ami. Car sans toi, Draco et Potter échoueront. Et tu ne veux pas connaître les conséquences d'une telle déconvenue. »
Blaise déglutit, incapable d'émettre un son. À force de reculer, il était à présent acculé contre un mur, le visage de Theo à quelques centimètres du sien. Cependant, celui-ci finit par s'éloigner, le laissant reprendre une respiration presque normale, et pencha la tête sur le côté, amusé par son effroi. Cette chose n'était pas son ami ! Jamais celui-ci ne se serait comporté ainsi !
« Quelle est ta décision ? demanda subitement le démon, faisant sursauter le pirate apeuré. Quel destin souhaites-tu suivre ? La solitude et les naufrages ? Ou bien le second rôle et la fin heureuse ?
- À t'entendre, j'ai pas vraiment le choix, fit le capitaine, la voix rauque. Et puis, c'est quoi ton délire ? Pourquoi tu me dis tout ça ? Pourquoi tu me demandes une réponse tout de suite ?
- Oh ! s'exclama Nott, faussement stupéfait. Tu n'as toujours pas compris ? C'est un marché que je te propose, voyons. Je te donne la chance de convoler un jour avec ton âme sœur, contre ta vie de premier rôle dans ta propre histoire. Je pensais que c'était clair.
- Et t'y gagnes quoi ? C'est quoi ton intérêt, là-dedans ? T'es pas le genre à faire les choses pour rien…
- C'est vrai… Mais cela ne te regarde pas. En tant qu'ami, j'ai fait l'effort d'être le plus franc possible… J'aurais pu enjoliver les faits, passer sous silence les difficultés et les sacrifices auxquels tu seras confronté… J'ai voulu être honnête.
- Tu parles ! T'as rien expliqué du tout !
- Si cela ne te plait pas, je ne peux rien y faire, soupira théâtralement Nott. Tant pis. Ce pauvre Draco va devoir se débrouiller tout seul… Je ne sais pas comment il va faire…
- J'ai pas dit ça !
- Alors tu acceptes ? »
Il y avait un piège, c'était certain !... Malgré tout, Blaise ne pouvait pas se résoudre à abandonner Draco. Il l'avait déjà fait une première fois, dans le vrai monde, il ne pouvait pas lui refaire le coup une seconde fois… Pas en sachant que cela le desservirait. Car quelque part, il savait que Theo ne mentait pas : sans lui, le blond ne s'en sortirait pas. Il devait se rattraper, il lui devait bien ça…
Ainsi donc, il allait devoir dire "adieu" à sa propre aventure ? Il n'allait plus vivre les contes de "Sinbad, la Légende des Sept Mers" ? Il allait s'enfermer dans l'épopée de la "Reine des Neiges et du Roi Arthur" ?... En y réfléchissant : où était le problème ? Il voulait vivre des péripéties rocambolesques pendant un an, qu'importe de quel conte elles étaient issues. Et c'était exactement ce qu'il allait faire. Vu de cette façon, son renoncement ne semblait plus si douloureux.
« Okay, fit-il simplement en haussant les épaules.
- Vraiment ? s'étonna Theo, incrédule.
- Ouais. Pourquoi cette tête ? Tu voulais pas que je dise "oui" ?
- Si… Mais je pensais devoir te travailler un peu plus… Tu as toujours été si égoïste.
- Tu te fous de moi ?! Tu… ! grogna le pirate avant de subitement se calmer. Non en fait… Je préfère ça. Ça te ressemble plus que ton putain de monologue flippant. T'es sacrément dérangé comme type, tu sais ? T'as toujours eu un grain, mais là… T'es quoi au juste ? Un démon ? Je t'ai vendu mon âme ? Je viens de pactiser avec le diable et je suis pas au courant ?
- Quelque chose comme ça… minauda Theo dans un sourire machiavélique. Tu regrettes ?
- Non… Pas quand ça peut aider un ami. Et franchement, je pense pas perdre au change quand on sait qu'on vivra qu'un an dans ce monde. Ça serait différent si c'était vraiment ma vie.
- Tu penses ?
- Ouais… Peut-être… Enfin, je crois…
- Maintenant que je te vois à travers les yeux de mon personnage, je comprends mieux pourquoi il est agréable de parler avec toi : tu es si simple et naïf.
- Hey !
- Je me suis toujours demandé pourquoi tu n'avais pas atterri à Gryffondor… J'ai toujours été le plus Serpentard d'entre nous, mais tu es celui qui s'en éloigne le plus. Même Potter est plus serpent que toi.
- T'as fini de m'insulter ?! T'es vraiment trop bizarre… Un coup tu joues au "prince des Ténèbres", et juste après tu redeviens mon pote chiant… Sérieusement, comment ça marche ton truc ? Tu te nourris de mes "avenirs possibles" ? Tu "manges" le potentiel des personnages des histoires ?
- Ça y est, je me souviens pourquoi tu es à Serpentard, finalement. J'ai été ravi de discuter avec toi, mais il est temps pour moi de partir. On se reverra. À très vite !
- Attends ! »
Trop tard : Blaise tendit le bras pour retenir son ami, mais ne rencontra qu'une fumée noire. Il s'était volatilisé. Il n'eut pas le temps de pester qu'un grognement le fit à nouveau sursauter. Ses pirates étaient soudainement réapparus dans la chambre, et étaient en train de se réveiller.
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Une foule de courtisans et serviteurs se déversèrent dans la Salle du Trône, l'air hagard. En tête de cet étrange cortège, la Grande Chambellan de la reine : la duchesse de Monmouth, une petite femme brune d'une quarantaine d'année, simplement vêtue d'un tailleur en tweed aux couleurs d'Arendelle, de lourdes boucles en or pendant sur ses oreilles, et un collier de perles autour du cou. Celle-ci les arrêta tous en tendant les bras, le visage surpris.
« Majesté ! s'écria-t-elle en s'agenouillant, vite imitée par tout le reste des suivants. Vous êtes revenue pour nous sauver !
- Gerda ? fit Draco, toujours étonné de se souvenir d'une personne qu'il n'avait pourtant jamais vu.
- Sire ! »
Les chevaliers d'Arthur, Tristan et Galahad en tête, dépassèrent le peuple d'Avalon pour se précipiter vers le roi et Lancelot afin de s'enquérir de leur santé. Perceval s'arrêta près du blond, mais n'osa pas lui adresser la parole devant toute sa Cour, ignorant les us et coutumes de ce pays… Mais dans son regard, son soulagement de voir "celle" qu'il aimait en vie et en bonne santé était plus que visible. Et derrière la multitude à genoux, cinq pirates regardaient autour d'eux, perdus.
« Relevez-vous, ordonna la reine en s'approchant de ses gens. Nous avons beaucoup à parler. Mais avant tout, j'aimerai savoir pourquoi vous avez laissé cet être infâme prendre le commandement de mon Royaume. »
Pointant un doigt accusateur sur Kay, toujours aux mains de Lancelot, Elsa s'avança, digne et fier. Il tentait de maîtriser sa voix sans y parvenir, laissant filtrer sa colère. Gerda de Monmouth se recroquevilla légèrement, et se remit debout en exécutant une révérence.
« Je vous supplie de me pardonner, ma reine. Lorsque nous nous sommes rendus compte qu'une terrible tempête de neige s'était abattue sur le pays, nous vous avons fait chercher dans tout le château. Jusqu'à ce que le Duc Kay de Glastonbury nous apprenne… que vous vous étiez enfuie. Il a… également proféré des accusations contre vous… Nous ne pouvions y prêter foi ! Aucun d'entre nous ! Je vous conjure de me croire, votre Altesse !
- Poursuivez…
- Alors nous avons tenté de trouver votre sœur, la Princesse Anna… Mais le Duc Kay nous a informés qu'elle avait également disparu !... En l'absence des deux seuls membres de la famille royale par lien de sang, le Duc de Glastonbury devenait, par alliance, le suivant dans l'ordre de succession. Par conséquent, et selon la loi, nous lui devions obéissance en votre nom jusqu'à votre retour ou celui de la Princesse.
- Fâcheux… grimaça Draco qui se souvint brutalement de cela : il aurait dû connaître la réponse avant de poser la question. Quelle regrettable faille dans ma législation, il me faudra corriger ceci le plus tôt possible. En attendant, veuillez mettre aux fers ce traître que je ne puis plus appeler mon "beau-frère". Patienter dans une de nos cellules ne lui fera pas de mal, nous prendrons le temps de le juger dans un tribunal un autre jour.
- Avec grand plaisir, votre Majesté. »
Gerda se tourna vers deux gardes en souriant, et ceux-ci accoururent à son simple geste de main. Visiblement, la femme avait très peu apprécié ces derniers jours où Zacharias s'était improvisé régent, et elle se délectait de sa destitution, comme savourant une douce vengeance. Les soldats prirent sans ménagement les bras de Smith qui gesticulait en hurlant son indignation. D'un signe de tête, ils remercièrent Lancelot pour avoir gardé le prisonnier, et partirent vers une petite porte dissimulée en traînant leur victime, le cognant "par mégarde" contre le chambranle. Eux non plus ne semblaient pas beaucoup aimer l'homme.
« Maintenant que cela est fait, je profite de votre présence à tous pour vous présenter nos invités de marque : le Roi Arthur du Royaume de Loegrie, et douze de ses célèbres Chevaliers de la Table Ronde. Malgré notre rencontre quelque peu… "chaotique", ils m'ont soutenu et m'ont aidé à reprendre mon trône sans demander de contrepartie. Je leur dois ma vie, et celle de ma jeune sœur, la Princesse Anna. Qu'ils soient traités avec encore plus de respect que l'exige leur rang.
- Naturellement, votre Majesté. Énide ! Iseut ! appela la duchesse en se retournant vers deux belles femmes blondes qui se précipitèrent vers elle, prêtes à obéir. Allez sur le champ prévenir le Majordome Royal et la Grande Gouvernante pour qu'ils préparent nos meilleures chambres.
- Qu'ils en apprêtent en quantité, interrompit la reine. D'autres hôtes, plus singuliers, sont à accueillir avec toute la déférence et la distinction que nous puissions offrir. Eux aussi m'ont épaulé et ont activement participé à la sauvegarde de notre nation. Et malgré leur condition… "modeste", j'entends qu'ils soient traités avec les égards dûs à des Protecteurs du Royaume. Il s'agit du Capitaine Sinbad et de son équipage. Je vois que certains d'entre eux sont présents… Approchez, messieurs. N'ayez crainte. »
Les cinq pirates spectateurs, ceux qui étaient censés aider Harry et Draco à chercher Kay dans la Salle du Trône, se regardèrent avec hésitation, mal-à-l'aise d'être soudainement le centre de l'attention. Ils se dirigèrent cependant vers le blond, à la fois curieux et craintifs.
« Je sais que je ne suis en rien votre souveraine, et ne peut donc vous commander, mais auriez-vous l'obligeance de bien vouloir partir en quête de votre capitaine et de vos camarades ? Ils se trouvent certainement quelque part dans le palais. Et il faudrait dépêcher une chaloupe pour prévenir Anna, le Seigneur Bohort, Ysengrin et vos amis restés sur la goélette. Ils doivent s'inquiéter de ne pas avoir eu de nos nouvelles, et je n'ai pas envie d'avoir à réparer ma muraille d'enceinte s'il leur prend l'envie de la canonner, comme cela était initialement prévu. Et, de grâce, ajouta-t-il en chuchotant. Sur le chemin, déposez donc discrètement ces objets que vous avez tenté de me subtiliser. Je les vois sous vos vêtements. Vous allez être grassement récompensés pour vos actions. Inutile de me prendre davantage. »
Les forbans s'inclinèrent maladroitement, nerveux, et repartirent à toute vitesse dans les couloirs. Le blond sourit, amusé : il ne s'était pas attendu à autre chose de leur part. Après tout, ils restaient des pirates avant tout.
« Lady de Monmouth, poursuivit-il, faisant se retourner vers lui la Grande Chambellan, qui avait suivi les voleurs du regard avec de grands yeux étonnés. Vous avez donc compris qu'il nous faut préparer un bateau pour ces hommes. De même qu'une place sur les quais pour leur bâtiment, et de quoi décharger leurs effets, qui comprennent entre autres des chevaux et une carriole. La Princesse se trouve sur ce navire, veillez à ce qu'elle soit bien accueillie. Et faites hisser la bannière royale à côté d'un drapeau blanc en haut des murailles Ouest : s'ils ne saisissent pas le message, Anna saura les éclairer. Ils seront rassurés.
- Oui, ma reine, fit Gerda en s'inclinant, avant de pivoter à nouveau vers la foule. Fergus ! Va à la capitainerie du port, et explique-leur la situation. Que tout soit prêt à leur arrivée.
- Oui madame ! fit le dénommé Fergus avant de courir.
- Pardon, Duchesse, appela timidement l'une des femmes blondes précédemment appelées. Combien de chambres doivent-elles être arrangées ?
- Toutes, répondit Draco à sa place. J'ai conscience de vous en demander beaucoup, particulièrement avec tout le travail que vous avez déjà à accomplir après ces derniers jours… "tumultueux". Je compte m'entretenir avec le Capitaine Sinbad de ce que ses marins préfèreront, peut-être seront-ils plus à l'aise dans une auberge. Cependant, en attendant d'en savoir plus, nous devons pourvoir à les loger tous.
- À vos ordres, Majesté, répondirent les deux jeunes femmes avant de s'éloigner.
- Je vois que certains de mes Ministres manquent à l'appel. Allez donc les quérir, et dites-leur que je les attends dans la Salle du Conseil. Il nous faut parler de ce qu'il s'est produit, et de ce que nous devons organiser au plus vite afin de refaire briller ce Royaume. Notre peuple et de nombreuses nations dépendent de notre rayonnement, il est plus qu'urgent de gérer cette crise.
- Bien, Votre Grâce, s'inclina la Duchesse de Monmouth. Pellinor ! Ulfin ! Faites passer le message. Qu'ils répondent tous présents d'ici deux heures.
- À vos ordres, Duchesse ! scandèrent les deux hommes avant de s'éloigner précipitamment.
- Allez donc, poursuivit la reine. Je ne vous retiens plus. Vous avez tous beaucoup à faire.
- Votre Majesté, si je puis me permettre… hésita la Grande Chambellan en l'observant, pendant que toute la Cour s'inclinait bien bas et s'éloignait, tous ravis du retour de leur reine.
- Qu'y a-t-il, Gerda ?
- Si vous avez terminé, j'aimerai suggérer à son Altesse Royale de… revêtir une tenue plus appropriée. »
Draco ouvrit de grands yeux étonnés avant de se regarder : il avait oublié qu'il portait encore les vêtements prêtés par Blaise. Après cette nuit mouvementée, il était un peu débraillé, et sa coiffure ne tenait plus très bien… D'après ses quelques souvenirs, et le style vestimentaire des gens face à lui, il devenait évident que ses atours n'étaient pas de ceux qu'Elsa mettait habituellement.
« Vos bijoux sont magnifiques, tenta inutilement d'expliquer la femme. Et ces habits sont, sans conteste, de riche facture. Ils vous mettent, en plus, merveilleusement bien en valeur. Cependant… ils ne sont pas d'ici. Et une reine, devant ses Ministres et son peuple, se doit de montrer son appartenance à son Royaume.
- N'en dites pas plus, lui accorda la monarque, gêné. Vous avez raison. C'était donc pour cela que vous avez ordonné à mes Ministres de ne se présenter que dans deux heures. Finement joué. Prévenez mes dames de compagnie. Et également mes femmes de chambre : je vais avoir besoin d'un bon bain. »
La Duchesse obtempéra, radieuse, et le blond se tourna avec hésitation vers Harry.
Celui-ci l'avait regardé donner ses ordres, les bras croisés et un large sourire aux lèvres : Draco commençait enfin à prendre ses marques en tant que souveraine ! Il ne saurait pas bien expliquer pourquoi, mais ce constat l'enchantait ! L'avenir d'Avalon était assuré ! Mais voyant son embarras, il marcha à sa rencontre. Et tout en vérifiant que personne ne puisse les entendre, la suzeraine le rejoignit.
« Est-ce que j'ai oublié quelque chose ? lui demanda-t-il, inquiet.
- Tu as été parfait, le rassura le brun, dont le sourire ne quittait plus son visage.
- Je n'arrêtais pas de réfléchir à tous les sujets que je devais aborder, geignit Malfoy en se massant les tempes. Il y a encore tellement à faire, ma tête va exploser… Mais je ne pouvais tout de même pas avouer devant ma Cour que je suis le responsable de ce blizzard, et qu'en plus, je me suis lâchement enfui. N'est-ce pas ?
- Ils n'ont pas à le savoir pour le moment. Ce dont ils ont besoin, c'est d'un meneur. Et tu remplis ce rôle à merveille. Il suffit de voir leurs regards plein d'espoir posés sur toi pour comprendre que tu es un bon monarque. Tous étaient aux anges, heureux du retour de leur reine, et sont repartis avec l'assurance que tout allait rentrer en ordre. Et de ce que je viens de voir, ils ont raison. On dirait que tu as fait ça toute ta vie !
- "Elsa" a fait ça toute sa vie, souligna le Serpentard en triturant ses doigts. Mais moi…
- Tu vas être formidable, coupa Arthur en prenant ses mains pour qu'il arrête de les malmener. "Elsa" n'est pas une étrangère : elle est toi. Et elle est une excellente reine, donc toi aussi. Alors arrête de douter et agis comme tu viens de le faire. Tout va bien se passer. Et n'oublies pas…
- "Ma volonté est loi" ? proposa Draco d'un air malicieux.
- Exactement. »
Et dans le miroir, une longue fissure disparaissait.
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NOTE DE L'AUTEUR
J'ai bien mis 3 ou 4 jours pour écrire les dialogues de Tracassin ! Chacune de ses interventions sont pensées et calculées en rapport avec la suite, dont la trame est bien ancrée dans mon esprit. En fait, tous les mots-clés sont donnés, et peut-être que certains vont tiquer sur certaines phrases ou certains mots qui annoncent la teneur de ce qui se prépare. Évidemment, je me suis très largement inspirée de la série "Once Upon A Time", ce qui est loin d'être un mystère vu le titre ou la teneur de l'histoire. Et Mr Gold est, à mon avis, le MEILLEUR personnage de la série ! J'ai tellement adoré les mélanges qui ont été faits dans celle-ci que j'ai voulu apporter ma propre version avec "Harry Potter". Mais ce n'est pas ma seule inspiration : je dois une partie du personnage à mon compagnon, Maître de Jeu dans des Jeux de Rôle sur table, qui ne lira jamais cette histoire à cause de certains événements qui ont tendance à l'agacer. Du coup, je ne vais pas m'étendre là-dessus, juste le mentionner.
Autre chose : le Duc Kay est ÉVIDEMMENT Hans dans le dessin animé Disney "La Reine des Neiges". Mais j'ai délibérément choisi de ne pas l'appeler ainsi pour préférer un lien avec le véritable conte. Si certains l'ont déjà lu, ils reconnaîtront aussi le personnage de Gerda. Car Kay et Gerda sont les enfants de cette histoire originale (Kay est le petit garçon que la reine enlève, et Gerda est son amie qui parcourt le monde pour le retrouver - en soit, pas vraiment de lien avec le conte hormis leurs noms).
Pour tous les autres noms, je me suis référée à Avalon et la Légende Arthurienne. Glastonbury, Monmouth, Énide et Iseut (évidemment - d'ailleurs, leurs moitiés sont présentes), Fergus, Pellinor, Ulfin… Même des figurants qu'on ne reverra (peut-être) jamais n'ont pas été choisis au hasard. Merci Wikipédia. Et je vous laisse imaginer le temps que j'ai mis à écrire en faisant toutes ces recherches en parallèle. (Je vais peut-être faire une liste détaillée de tous les noms utilisés lors du prochain chapitre)
J'ai ADORE écrire l'introduction avec l'invasion d'Avalon et la tactique qu'ils ont employée. Bon, je suis pas une stratège militaire, et c'est complètement foireux, mais j'ai essayé de faire en sorte que ça tienne à peu près la route… Même si je me dis qu'ils sont franchement débiles : il y avait aucune chance que ça réussisse s'il y avait eu des gardes…
Pour toutes les descriptions d'Avalon et Arendelle, je me suis basée sur une illustration d'Avalon (pour les arches le long de la côte, servant de phare et de postes avancés), le château d'Arendelle dans Disney, et le château de Versailles. Je vois vraiment l'extérieur de la forteresse comme une cité médiévale, mais l'intérieur comme un palais de la Renaissance, avec des boiseries peintes typiquement nordiques. Notamment, le long couloir magnifique que Harry et Draco traversent, et là où ils rencontrent Kay alias Zacharias, c'est évidemment la Galerie des Glaces (un peu remaniée). D'ailleurs, pour les jardins, imaginaient Versailles aussi, avec d'autres jardins botaniques. Je crois que le fait d'avoir travaillé un an sur une série d'animation ("Belfort et Lupin") avec un chien vivant à Versailles au temps de Louis XIV m'a beaucoup influencée. J'espère que certains la verront, ce sera vraiment très joli quand ça sortira en fin d'année.
Je ne vois pas quoi dire d'autre… Je ne veux pas m'appesantir sur les discours de Tracassin pour ne pas trop en dire, mais je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez (si on me demande)... Je répondrais au mieux si j'en ai l'occasion. Le chapitre porte vraiment bien son titre, vu que Tracassin tient un rôle SUPRA important… et pour longtemps. On voit encore Draco évoluer aussi, et il commence à prendre son rôle de monarque enfin en main. Ce qui va beaucoup le définir, vous verrez.
Ah oui ! Ça peut paraître bizarre, mais je fais exprès de parler de Draco en mélangeant le masculin et le féminin… Et c'est super étrange à écrire (je dois souvent me corriger). IL est REINE… cette phrase montre tout le parallèle et le paradoxe de son genre. Et selon le point de vue de la personne ou les gens avec qui les protagonistes parlent, il sera mentionné comme homme ou comme femme. Et comme parfois je dis pour Harry "le roi", alors pour Draco, je dis aussi parfois "la reine" dans la narration. Mais je conjugue toujours au masculin, même après la mention de "reine" ou "Elsa". Ce ne sont pas des fautes. Je fais exprès.
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Voilà, j'ai fini :) Je vous dis donc à la semaine prochaine !
Ashu
