! ATTENTION ! 2 Scènes de lemon dans le chapitre ! Si vous ne voulez pas la lire, je la signale par des - 333 - au début et à la fin.
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- Harry Potter = Le Roi Arthur Pendragon = Royaume de Logres (ou Loegrie) - Capitale Camelot
- Draco Malfoy = La Reine Elsa Camlann = La Reine des Neiges = Royaume d'Avalon (ou Royaume d'Été / l'Île Fortunée) - Capitale Arendelle
- Neville Londubat = Le Chevalier Lancelot Du Lac (origine inconnue) = vassal et bras droit du Roi Arthur (amoureux de la Reine Guenièvre)
- Blaise Zabini = Le Capitaine Sinbad (originaire d'Arabia) = Pirate devenu Corsaire au service d'Avalon et de la Reine Elsa (à bord de la goélette "Djinn's Revenge")
- Eddie Carmichael = Le Vaillant Petit Tailleur = Le "Chat Botté" = Le Marquis de Carabas = Kristoff Sturlusson = Maître Espion au service de la Reine d'Avalon
Chevaliers de la Table Ronde : Perceval (amoureux de la Reine) / Galahad (fils de Lancelot) / Tristan / Érec / Caradoc / Bohort / Yvain / Gauvain / Gliglois / Girflet / Claudin
Pirates (nommés dans l'histoire) : Hindbad (quartier-maître et second du capitaine) / Haroun / Amin (jeune mousse d'une dizaine d'années)
Nobles d'Avalon (nommés dans l'histoire) : la Princesse Anna Camlann (sœur de la reine) / la Duchesse Gerda de Monmouth (Grande Chambellan) / Iseut et Énide (Dames d'Honneur de la Reine) / Ysengrin = Remus Lupin (loup-garou qui se maîtrise, camelot du pays Fabliau, accueilli à Arendelle par la Reine)
Vus précédemment : Theodore Nott = le Nain Tracassin / Zacharias Smith = Kay (anciennement Duc de Glastonbury et ex-époux de la Princesse Anna)
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¤¤¤¤ - Chapitre 7 - ¤¤¤¤
=== Songe d'une Nuit d'Été ===
« Il en est hors de question, Sire ! »
Harry soupira… Il s'était attendu à cette réaction et avait longuement préparé son discours en conséquence… Peine perdue. Ses chevaliers étaient têtus, et refusaient de le laisser partir sans eux. Pourtant, il était resté ferme dans ses propos, ne souhaitant pas leur faire croire qu'il avaient le choix. Et puis, il était le roi, que diable ! Ils lui devaient obéissance !
« Nous nous opposons catégoriquement à cette odieuse machination ! »
Apparemment, être leur souverain n'avait plus aucune importance lorsque ses seigneurs étaient en colère… Et ils fulminaient face à lui, prêts à s'étouffer dans leur indignation. Arthur avait l'impression d'avoir frappé leur petit chien sous leurs yeux outrés. Cela devenait ridicule.
« Messieurs, je ne vous demande pas votre autorisa…
- Nous avons juré de vous protéger sur notre honneur, Majesté ! coupa Galahad, rouge de fureur. Vous ne pouvez nous demander de renier notre serment !
- Je ne vous d…
- Et vous partez avec un pirate, en plus ?! s'exclama Girflet, le visage pourpre. Pourquoi aurait-il l'insigne honneur de vous accompagner, et nous non ?! Nous marchons sur la tête !
- Et avec la reine ! poursuivit Caradoc, d'une jolie teinte capucine. Comment pouvez-vous permettre de laisser la monarque d'Avalon quitter son pays sans la protection de chevaliers ! Avec un équipage de forbans, par-dessus le marché !
- Calmez-v…
- C'est un scandale ! s'emporta Bohort, pourtant habituellement le plus serein d'entre tous. Que va dire le peuple en apprenant une telle infamie ?! Et nos camarades restés au pays ! Je ne pourrais point me présenter devant eux à nouveau !
- Je vous en prie, mon auguste oncle, tenta désespérément Gauvain en faisant appel à leur lien familial. Vous ne pouvez consentir à ce que nous subissions un tel déshonneur. Nous sommes vos plus fidèles chevaliers ! Les fiers frères de votre Table Ronde ! Pourquoi nous rejeter ainsi ? »
Potter aurait aimé lui répondre, mais fût interrompu par une autre récrimination d'Yvain avant d'avoir pu proférer le moindre son. Ils finirent par tous parler en même temps, entre crise de nerfs, plaintes, protestations, réclamations, suppliques, révoltes… Seuls Lancelot, Perceval, Érec et Tristan se tinrent coi. Le premier pour une raison évidente. Le deuxième à cause du choc, comme pouvait en témoigner sa pâleur inquiétante. Et les deux derniers, parce qu'ils étaient très heureux de demeurer sur l'Île Fortunée auprès de leurs belles, et n'avaient donc rien à redire sur la décision de leur roi.
Il était tard le soir, le Gryffondor avait attendu le dernier moment avant d'avoir cette conversation avec ses soldats. Cela lui faisait de la peine de les quitter, mais ses nombreux souvenirs avec eux appartenaient à Arthur Pendragon, il ne se sentait pas légitime de les chérir autant en sachant qu'il était un autre… ou presque. Alors il avait profité de cette ultime semaine pour discourir avec chacun d'entre eux et apprendre à mieux les connaître en tant que Harry Potter.
Il avait été touché par la sensibilité de Bohort. Galvanisé par l'intrépidité de Caradoc. Rasséréné par la prévenance de Tristan. Honoré par la droiture de Girflet. Ému par la candeur de Perceval. Flatté par la confiance de Galahad. Amusé par les plaisanteries d'Érec. Impressionné par les exploits de Claudin. Attendri par l'amour de Gauvain. Ébahi par l'abnégation de Gliglois. Et épaté par la solidarité d'Yvain. Cependant, il ne pouvait leur demander de sacrifier la quête de leur vie, le Graal, pour respecter un marché qu'il avait passé avec celui qu'il considérait comme l'incarnation de Satan en personne… Ni Arthur, ni Harry ne le désiraient.
Et s'il leur avait parlé plus tôt, chacun d'entre eux aurait passé son temps à vouloir le convaincre de changer d'avis, au lieu de profiter de la quiétude d'Arendelle. Tous avaient pourtant bien mérité ce moment de repos si délectable. Et il prenait fin ce soir.
Après avoir officialisé le nouveau contrat d'alliance entre leurs deux nations, Malfoy et lui s'étaient attelés à le mettre en pratique, à le fortifier et à le diffuser aux plus de dignitaires possibles. Cela en avait surpris plus d'un, et Harry avait grincé des dents à de nombreuses reprises, contraint d'apparaître à chaque cocktail, réception, dîner, bal, négociations ou conseils aux côtés de la souveraine. Et puisqu'il n'était pas sur ses terres, mais sur celles du blond, il se devait de ne pas trop intervenir et tenir son rôle de soutien indéfectible… Toujours présent, jamais envahissant, sans pour autant passer pour un simple garde-du-corps ou un vassal… Cela avait été bien plus compliqué que prévu, ses moments de loisirs étaient devenus fort rares, mais il avait réussi. Et il avait été amplement récompensé par les regards reconnaissants de la monarque.
Cela avait calmé sa frustration envers lui après leur longue nuit blanche : le Serpentard avait fait honneur à sa maison en se montrant intraitable sur chaque ligne, chaque mot de leur traité, jusqu'aux moindres détails. Épuisé autant moralement que physiquement, le brun avait dû capituler sur de nombreux points. Y compris le prix des céréales, dont le misérable rabais lui restait en travers de la gorge… Malgré tout, il avait eu ce qu'il voulait : leurs deux Royaumes étaient plus soudés qu'une moule sur son rocher, autant dans la bonne fortune que dans l'adversité. Et ni l'un ni l'autre ne pourraient rompre facilement leur union, sans risquer une guerre ouverte aux conséquences dramatiques. L'avenir et la prospérité de Loegrie était assurée, et il comptait bien défendre la Sainte Terre d'Avalon au même titre que la sienne. Ses deux nouveaux ambassadeurs allaient y veiller, conscients de l'importance capitale de cette coalition et de leur nouvelle fonction.
Une fois tous ces détails réglés, il avait donc été nécessaire de faire circuler l'information au plus vite, afin de calmer les ardeurs belliqueuses de certains dirigeants qui convoitaient avec un peu trop d'avidité les richesses du Royaume d'Été. Ils espéraient qu'ainsi, les complots seraient plus lents et plus difficiles à ourdir, laissant à Anna le temps de prendre ses marques pour la régence.
La souveraine l'avait d'ailleurs convié de temps en temps à leur séance d'apprentissage, afin de compléter au mieux sa formation. Avec deux types de gestion différents, deux points de vue, et en prenant en compte la position et les points forts du Royaume de Logres, la jeune rousse pouvait avoir une vision plus globale des Affaires d'État. Et Arthur avait vu une autre facette de l'adolescente : alors qu'il la prenait pour une fille naïve et étourdie, ce qui avait été loin de le rassurer de prime abord, il avait découvert une femme vive et réfléchie, capable de comprendre les tenants et les aboutissants de chaque ligne sur les comptes ou les contrats. Malfoy avait eu raison de la choisir : elle était pleine de surprises.
Il avait aussi eu le malheur de rencontrer le vieil Archiduc Évalac. L'ancien conseiller du précédent roi, le père d'Elsa et Anna, était un homme âgé, aigri mais sage, au parlé souvent tranchant, diffusant sa science si richement que Harry se réveillait parfois en pleine nuit en réalisant le quadruple sens d'un de ses phrasés. Il avait senti des sueurs froides couler dans son dos lorsque ce patriarche avait sous-entendu que le roi n'était qu'un profiteur, usant d'une excessive déférence pour faire passer des insultes à la fois originales et imagées. Car effectivement, sans l'obligation d'une gouvernance tenue par la petite sœur inexpérimentée, jamais Loegrie n'aurait pu forcer Avalon à s'enchaîner de la sorte. Et après avoir copieusement et poliment harpaillé Arthur, il avait complimenté la reine à l'excès pour avoir si bien rédigé leur pacte. Ce qui conforta Harry dans l'idée que Draco avait sucé jusqu'à la mœlle tout ce qu'il pouvait tirer de lui dans cet accord… C'était de bonne guerre : grâce à ses propres entourloupes, il avait pu bénéficier des talents de Malfoy en pourparler, lors des négociations commerciales avec le Huaxia. Malgré un arrière-goût amer, il avait eu ce qu'il désirait : au final, Loegrie en sortait grandement enrichie. « Je vous ai bien formé », avait ajouté Évalac, le regard fier d'un père posé sur son enfant. Avec cet homme à la droite de la régente, nul doute que l'Île Fortunée continuerait à prospérer.
Le seul bémol de cette dernière semaine fût son incapacité à assister aux réunions de la reine avec son maître espion, le "Chat Botté", alias le "Tailleur", alias Kristoff Sturlusson, alias Eddie Carmichael. Il avait conscience de ne pas être légitime dans ces conversations, leurs nations n'étant pas devenues un seul et même Empire malgré leur accouplement. Les affaires privées du Royaume d'Été se devaient de le rester, et son pays ne pouvait que bénéficier ou subir les conséquences de ses intrigues, pas y participer. Cela n'empêcha pas Potter d'en être extrêmement frustré. Le seul détail dont on avait daigné l'informer était la présence d'un corbeau albinos, nommé Hugin, qui les accompagnerait dans leur périple.
« Mes amis, je vous en prie ! intervint tout à coup Neville, dépassé par les événements. Vous oubliez que j'accompagne le roi, et il est également fin bretteur ! De plus, nous nous rendons chez nous, au Royaume de Logres ! Pourquoi cette querelle ?
- Vous souhaitez nous défaire de l'honneur de défendre notre roi, et vous nous posez la question ? s'offusqua Claudin. Vous préparez votre départ de demain pour une grande quête, et nous ne sommes pas conviés ! J'estime avoir le droit de me sentir offensé !
- Et le Graal ? répondit froidement Harry, rendu à cran après toutes ces plaintes. N'est-ce plus une "quête" assez "grande" pour vous ? »
La réflexion amena enfin le silence dans le petit salon de réception des appartements d'Arthur. Il n'avait pas souhaité en arriver là, mais ils ne lui avaient pas laissé le choix. Tant pis : il allait jouer son atout jusqu'au bout ! Pour une fois qu'il pouvait en placer une…
« Je suis votre roi. J'estime par là même pouvoir disposer de votre respect et de votre obéissance sans avoir à justifier mes décisions. Si cela ne vous convient plus, je vous accorde le droit de renier vos serments et d'aller chercher un souverain plus apte à répondre à vos attentes. Car apparemment, la mission de la Coupe Sainte n'est plus à votre goût. Je vous ai fait chevaliers et assemblés dans ce but. Si vous n'en avez plus que faire, je ne vous retiens pas : je ne m'encombrerais point de Seigneurs orgueilleux, plaçant leurs fiertés au-dessus du sacré.
- Sire… hésita Girflet, mal à l'aise. Ce n'est pas ce que…
- Il suffit ! coupa le monarque, les écrasant de son autorité. J'en ai assez de ces enfantillages ! J'ai décidé que vous deviez poursuivre sans moi, et vous le ferez ! Je n'ai pas à subir vos caprices et votre sensibilité bafouée ! Pour le bien du Royaume de Logres, et parce que je suis le souverain de ces terres, j'ai des obligations qui, parfois, me tiennent éloigné de notre objectif ultime. Mais il est hors de question que cela devienne un prétexte pour cesser toutes recherches ! Il s'agit de votre mission que je vous ai confiée ! Si elle ne vous convient plus, si mes ordres ne satisfont plus votre arrogance, je ne vous retiens pas ! Je pensais avoir affaire à des hommes fidèles et honnêtes, capables de mettre leur vanité terrestre de côté pour accéder à une élévation céleste. Visiblement, je me suis fourvoyé. Honte à moi d'avoir cru en vous ! »
L'effet fût immédiat. Tous se mirent à genoux, le teint blafard d'avoir tant déplu à leur roi. Ils étaient blessés, soumis, honteux, et même désespérés d'avoir perdu l'amour de leur Seigneur. À cette seconde, ils étaient capables du pire pour retrouver ses faveurs, et le restant de "Harry Potter" en Arthur en était mortifié. Il n'avait jamais voulu cela. Et pourtant, il était forcé de constater que le pouvoir et les responsabilités monarchiques le contraignaient à des astreintes bien éloignées de ses idéaux…
« Relevez-vous, fit-il, plus doux. Il me plaît de noter que votre foi n'est point aussi faible que vous l'avez laissé paraître. Je comprends vos réticences, et je les entends. Il n'en demeure pas moins que la situation exige notre séparation. J'accompagnerai la Reine Elsa Camlann jusqu'au Royaume de Logres avec le Seigneur Du Lac, sans vous. Je vous laisse libre choix de votre destination ou de vos organisations. Allez au gré des rumeurs et de vos investigations, suivez vos instincts et vos illuminations. Et envoyez vos missives à Camelot, où la Reine Guenièvre saura me les faire parvenir. Mais si vous possédez une information capitale, une donnée si sensible qu'elle pourrait influer sur la situation politique, alors transférez-la sans tarder à Arendelle également. De là, un héraut particulier pourra me transmettre le message avec bien plus de promptitude. La Reine Elsa et moi-même pourront réagir en conséquence.
« Seigneurs Tristan et Érec, je n'ai point d'autres recommandations à vous soumettre que celles déjà si souvent évoquées. Les avenirs de Loegrie et d'Avalon dépendent de vos savoir-faire. J'ai confiance en vous.
« Partez donc, mes amis. Profitez de ces derniers moments paisibles, assistez aux célébrations de cette nuit, pleine de joie et d'allégresse, avant de retourner au dur labeur de notre quête sacrée. Mes prières vous accompagnent. J'attendrai de vos nouvelles avec grande impatience. »
Il ne pouvait pas clôre le débat plus poliment. Il était fatigué et souhaitait bénéficier d'une dernière nuit paisible dans le confort royal d'Arendelle avant le grand départ. De plus, il n'avait jamais aimé les adieux déchirants… Harry le déplorait, mais il n'avait plus rien à dire à ses hommes…
Le cœur lourd et pourtant rassurés par ces dernières paroles, chacun des fiers Chevaliers de la Table Ronde s'inclina devant leur monarque, renouvelant leurs vœux de fidélité à sa personne. Les excuses pour leur comportement étaient inutiles, et ne feraient que jeter un voile d'opprobre sur leurs derniers instants ensemble. Le roi apprécia cette attention. Il écouta et répondit à chaque serment, les acceptant et les remerciant avec un étrange plaisir. Ce sentiment supérieur propre aux souverains que Harry Potter avait en horreur était pourtant un délice pour la gloriole froissée d'Arthur Pendragon. Il ne put que s'y plier, de plus en plus conscient de l'arrogance royale qu'il cachait en lui…
Lorsque vint le tour de Perceval, celui-ci resta en retrait… Tous les autres chevaliers étaient partis, et il attendit que Bohort franchisse le seuil pour se tourner vers Lancelot, encore présent. Neville se leva alors de son fauteuil, imita ses confrères en prêtant de nouveau allégeance avec un peu moins d'emphase, et quitta la pièce… Avant de refermer la porte, Londubat jeta un regard méfiant au jeune soldat, puis à son ami. Dans ses yeux, il y avait une mise en garde que Potter ne comprenait pas… Et enfin, ils furent seuls.
« Majesté ! s'exclama Perceval en tombant à genoux, la voix tremblante et le visage pâle. Je vous supplie de reconsidérer ma position : laissez-moi vous accompagner ! Je ne peux souffrir d'être séparé de ma reine ! Cela me tuerait ! »
La mâchoire de Harry en tomba. Comment était-ce possible ? Comprenait-il bien ?... Ainsi donc, Neville avait eu raison depuis le début : le galant n'avait jamais pu se faire une raison et abandonner son amour pour Elsa ! Ce constat le sidéra, le rendant incapable de réagir. Il y avait cru. Ce malheureux prétendant s'était pourtant tenu éloigné de l'objet de ses pensées durant de nombreuses semaines ! Et Malfoy n'étant pas le genre de personne à taire ses opinions bien longtemps, le Gryffondor avait pensé qu'il l'avait sèchement éconduit. Ce n'était donc pas le cas ?...
Soudain, les conséquences d'un tel entêtement le fit pâlir d'effroi… Comme tous ceux de la Table Ronde, Perceval était un chevalier important et renommé, un fier parangon du Royaume de Logres. Ses agissements pouvaient autant glorifier qu'entacher la réputation de sa nation. Et il n'était que Seigneur… Pas roi, ni prince, ou même duc : un chevalier sans terre ! Un roturier adoubé par Arthur, qui avait vu en lui la grandeur et les vertus tant recherchées pour la quête du Graal. Et il se permettait de courtiser la Reine d'Avalon ?!
C'était une catastrophe… Si la rumeur se propageait, tous ses efforts pour lier Loegrie au Royaume d'Été pouvaient sérieusement être éprouvés. Elsa et ses Ministres seraient en droit d'exiger réparation. Sans parler de la honte qui rejaillirait sur son pays : un amoureux éconduit, se croyant le droit de viser l'astre lunaire malgré la bassesse de sa condition… Il entendait déjà les rires moqueurs de certains nobles, toujours prompts à tirer parti des faiblesses d'autrui…
Malgré tout… La poitrine de Harry se serra. Il ne s'agissait pas d'un simple béguin. L'homme qui se tenait devant lui, à genoux et suppliant, était éperdument amoureux. Sa souffrance était visible, marquant chaque pli de son visage et courbant son échine. Il ne pouvait pas lui en vouloir de continuer à espérer : ce pauvre soupirant était incapable de s'arracher le cœur pour ne plus rien ressentir… Si encore il ne s'était agit que d'un attrait physique, et qu'Elsa avait accepté de partager sa couche avec lui… Arthur savait que les mœurs d'Avalon n'étaient pas les mêmes que celles de Loegrie : la reine avait parfaitement le droit de satisfaire ses pulsions avec qui elle souhaitait, tant qu'elle n'était pas mariée, qu'il n'y avait pas d'attache, et qu'elle prenait garde à ne pas en subir les conséquences… Cependant, il n'était pas question de cela : les sentiments de Perceval étaient sincères, et la souveraine n'avait jamais donné son accord pour quoi que ce soit…
« Je jure sur mon honneur de tenir ma place ! continua à prêcher le soldat désespéré. Je serai plus invisible que son ombre, plus transparent que l'air qu'elle respire ! J'ai conscience de mon outrecuidance, ma position ne me permet point de ne serait-ce que la regarder. Mais je ne puis plus me passer de sa lumière ! Je suis incapable d'être loin d'elle, j'en mourrais ! Je vous supplie à genoux, Majesté… Par pitié ! Accordez-moi l'insigne honneur de jouir de sa présence. Permettez-moi de devenir son défenseur ! Je donnerai ma vie pour préserver la sienne ! Vous ne trouverez meilleur champion pour elle ! »
Afin d'appuyer son harangue, Perceval alla jusqu'à plier le buste jusqu'au sol, à deux doigts de s'écraser par terre. Le restant de "Harry Potter" en lui était consterné face à la grandiloquence du chevalier… Là encore, Neville l'avait prévenu : on ne prend pas l'"amour courtois" de la Légende Arthurienne à la légère… Il avait pitié de cet homme… et également de Malfoy : c'était lui qui subissait l'empressement de cet amoureux transi. Dans d'autres circonstances, il aurait ri du blond et se serait délecté en le voyant empêtré par la sollicitude excessive de son galant intempestif. Qui, en plus, parlait encore de lui comme étant une femme.
« Devrais-je m'attendre à vous voir prochainement changer d'allégeance ? » fit Arthur, incapable de retenir un sourire moqueur en imaginant la réaction du Serpentard s'il s'était trouvé là.
Le chevalier releva vivement le visage, choqué.
« Jamais, Votre Altesse ! hoqueta-t-il, outré. Vous demeurez et resterez mon roi jusqu'à ma mort ! Je… !
- Me voilà rassuré, le coupa-t-il, satisfait. Relevez-vous, mon ami. Il ne me plaît point de vous voir vous avilir ainsi. Le mal dont vous souffrez est terrifiant, mais malheureusement commun : une peine de cœur.
- Sire… !
- J'en ai assez entendu, l'interrompit-il encore. J'ai compris vos sentiments, Chevalier, et je les déplore. Ceci est un moment très difficile pour vous, mais il passera.
- Je… !
- Il passera ! insista Harry, braquant un regard perçant dans celui de son vassal contrit. Ce dont vous avez le plus besoin actuellement est de prendre de la distance. Votre amour n'a aucun avenir, et vous le savez. Il est même dangereux. Dois-je vous en expliquer les multiples raisons ?
- Non, Sire… gémit le soldat, foudroyé.
- Bien. Vous allez donc sagement m'obéir, et épuiser toute votre énergie dans la recherche du Graal. Cela vous aidera à faire taire votre chagrin et ne pourra que vous rendre plus ardent à la tâche. Je ne puis vous contraindre à l'oubli total de votre affection, cela n'est clairement pas en votre pouvoir. Cependant, je vous oblige à la mesure. Tenez votre rang, Chevalier ! Vous êtes membre de ma Table Ronde, mon brave combattant, si fier de ses prouesses et si plein de promesses. Je ne tolérerai plus un seul manquement à mon égard sous prétexte d'une tendresse inappropriée envers la monarque d'un autre pays ! Redressez la tête, gardez le silence, et obéissez à mes ordres. Si j'ai vent d'un seul racontar vous concernant, vous et la reine, je vous déchois de votre titre et vous condamne à l'exil sur l'instant ! Suis-je assez clair ? »
Intérieurement, Harry se sentait autant crucifié que le laissait paraître Perceval. Le jeune seigneur hocha la tête, incapable d'émettre le moindre son, le corps tendu à l'extrême. Il ne put que saluer son monarque à la manière d'un homme lige, marquant ainsi son intention de demeurer à son service envers et contre tout, et tourna les talons.
Le Gryffondor expira longuement après son départ, geignant et s'affalant dans son fauteuil, tout en frottant des deux mains son visage crispé. Il détestait s'être montré si dur ! Ses paroles avaient été cruelles, et ses menaces excessives par rapport à la supplication respectueuse et excusable de ce soupirant déçu. Il n'avait fait qu'ajouter à sa peine…
Pourtant, il ne regrettait rien : il ne lui avait pas laissé le choix ! Il aurait adoré pouvoir lui taper dans le dos et le consoler, ou même aller parler à Malfoy pour lui "arranger le coup", comme le ferait un "vrai pote"… Mais voilà : il n'était pas son ami ! Il était son roi, bordel ! Et le blond n'était plus seulement l'insupportable fils de riche orgueilleux qu'il avait connu. Il était la putain de Reine d'Avalon !
Harry était irrité… Et étrangement, cela n'était pas uniquement à cause de sa position. Savoir son chevalier si passionnément épris l'agaçait. Il était son vassal ! Et le Serpentard était à deux doigts de le lui voler pour… quoi ? Parce qu'il était devenu magnifique ? Parce que cette vingtaine de jours passés avec lui, avait révélé une personnalité attachante ? Un mélange de forces et de faiblesses captivant, donnant envie de le protéger tout en le redoutant… Il ne se souvenait que trop bien des brisures dans ses yeux, de ses larmes le jour de leurs retrouvailles, de sa terreur à l'idée de ne pas être à la hauteur, de la puissance de sa magie quand il arrivait à la contrôler, de sa surprise en y parvenant… ou de son sourire après…
Oui… Harry pouvait comprendre pourquoi Perceval lui avait offert son cœur. Et cela l'énervait d'autant plus !
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Draco se prit la tête entre les mains, ravagé par la peur et l'indécision. Il avait assisté à la fête de son peuple et allumé le brasier rituel de leur célébration païenne, comme de coutume. Cela avait été une distraction bienvenue : le spectacle des feux s'embrasant à la nuit tombée, autant dans les champs que dans les collines avoisinantes, avait été superbe. Ses gens dansant et chantant avait été un régal pour ses yeux et ses oreilles. Tout ce bonheur, si vite après l'épreuve de la malédiction, l'avait comblé, et la population avait largement exprimé sa joie de voir leur reine bien-aimée se mêler à eux. Pourtant, même en n'ayant bu qu'un verre ou deux par politesse, entouré de ses ministres et de sa Cour en effervescence, il avait senti la traîtrise du breuvage sucré. Sa tête commençant à tourner avait été un prétexte parfait pour retourner au palais, particulièrement en sachant qu'il devait appareiller tôt le lendemain, et il s'était éclipsé peu avant minuit sans paraître discourtois.
Et de retour dans sa chambre, il se morfondait… Il avait fini de contrôler ses valises faites par ses serviteurs depuis un bon moment déjà, mais ne pouvait s'empêcher de les rouvrir afin de retirer ou ajouter un élément. Il n'avait pas besoin de cette tenue d'apparat, ils partaient à l'aventure !... Mais ils allaient passer dans différents Royaumes et seraient reçus à la Cour alors… Blaise avait déjà chargé son navire de diverses victuailles, ces fruits seraient de trop !... Mais s'il n'avait pas pensé à prendre ceux-ci ?... Il avait déjà une brosse, pas besoin d'un peigne… Mais il avait besoin de tout le matériel nécessaire afin de prendre soin de cette bien trop longue chevelure… Ces vêtements de voyage étaient confortables, pourtant ils ne pourraient pas le protéger s'il y avait un combat… Mais s'il n'en trouvait pas d'autres ?
Son esprit divaguait dans toutes les directions. Il tournait en rond, incapable de s'arrêter, conscient que ces frivolités cachaient un dilemme bien plus sérieux : avait-il fait le bon choix ? Avait-il raison de quitter Avalon ? Pouvait-il laisser sa sœur gérer le Royaume ? Était-elle prête ? Allait-elle s'en sortir ? Et s'il arrivait malheur pendant son absence ? Il ne se le pardonnerait jamais !
Perdu, des larmes lui montaient aux yeux de frustration. Il était trop tard pour changer d'avis, tout était prêt pour leur départ ! Que penseraient ses gens s'il décidait brutalement de faire marche arrière ? Après de tels préparatifs ? Ils diraient qu'il était inconstant… et ils auraient raison.
Tout le pays était au courant pour son voyage, pensant qu'il était contraint à une "tournée diplomatique"... Du point de vue de Draco, ils étaient loin d'être crédibles. Certes, le célèbre Grand Roi Arthur et son bras droit et meilleur chevalier Lancelot Du Lac l'accompagnaient. Cependant, il allait surtout être en compagnie d'une bande de pirates, même s'ils étaient devenus ses corsaires… Il n'aurait jamais pensé que cela allait suffire à amadouer son peuple. Et pourtant…
Tout ceci avait été le fruit d'une longue réflexion entre Potter, Blaise, Londubat, le "Chat Botté", Anna, Évalac et lui-même. Allaient-ils s'enfuir discrètement à la faveur de la nuit, prétextant une indisposition de la reine pour couvrir son absence ? Ou allaient-ils partir en plein jour, au vu et au su de tous ? Finalement, ce fût le vieux conseiller qui ne leur laissa pas le choix : cacher l'absence de la reine légitime durant une si longue période serait une corvée de chaque instant : entre surveiller les commérages de la moindre femme de chambre ou chasser les fouineurs sceptiques déambulant dans le château… Sans parler du poids des décisions de la jeune régente, toujours remise en question, en attente d'une rémission de la reine, ou même ignorée pour demander à ce que quelqu'un aille directement voir la souveraine "alitée"... Non, cela ne pouvait pas être gérable. Et puisqu'Elsa devait se rendre au Royaume de Logres en compagnie de son roi, pourquoi ne pas user du récent traité d'alliance… ou "traité de dépendance", comme aimait l'appeler Évalac, pour prétexter un voyage politique ? Cela leur avait semblé être une bonne idée… Mais Draco doutait encore.
Il n'avait bénéficié que d'une semaine après que Blaise l'eût convaincu de plier bagages. Seulement sept jours pour former Anna, mettre en place la nouvelle alliance Avalon-Loegrie, recevoir les dignitaires étrangers, introduire les deux nouveaux Ambassadeurs du Royaume de Logres, organiser ses dernières Affaires d'État, préparer et annoncer son déplacement, ou se mettre au point avec le "Chat Botté"...
Eddie était venu le trouver entre deux réunions, la bouche en cœur, et lui avait conté tout son périple… Du moins, ce dont il se souvenait. Il se trouvait non loin lorsque la malédiction d'hiver s'était déclenchée, et était venu sur l'île afin d'apporter son aide, inquiet, quand il fût aspiré de l'"autre côté du miroir". Personne ne lui avait expliqué ce qu'il s'était réellement produit. Et après d'intenses réflexions, le blond avait décidé de lui révéler toute la vérité : l'implication du Nain Tracassin, sa véritable identité en tant que Théodore Nott, l'un de ses meilleurs amis Serpentards, le marché passé avec lui qui lui avait coûté une mèche de cheveux, et celui contracté par Potter… Ce fût ce dernier détail qui l'avait convaincu de tout dévoiler. Car comment convaincre son précieux maître espion de la nécessité d'un tel "périple initiatique" si celui-ci n'en saisissait pas l'urgence ?
L'hiver était toujours là, près à revenir dans un peu plus de neuf mois à présent, s'il n'était pas capable de l'arrêter par ses propres moyens… Et Elsa n'avait jamais été pleinement apte à contrôler sa Glace, la restreignant seulement en s'empêchant de ressentir des émotions trop fortes. Ce qui avait permis à Kay, alias Zacharias Smith, d'en profiter en la manipulant pour aboutir au résultat qu'ils connaissaient… Ils ne pouvaient pas continuer ainsi. La situation était alarmante, il devenait vital qu'il apprenne à utiliser correctement ses pouvoirs. Le "Chat Botté" était d'accord, et l'avait même pressé d'avancer son appareillage le plus tôt possible. Ils avaient déjà perdu trop de temps.
Ils avaient convenus que Hugin viendrait avec eux. Il était le corbeau que Draco avait toujours eu l'habitude de côtoyer, puisque c'était sur sa patte qu'il attachait ses messages depuis dix ans. Munin savait le retrouver sans problème, qu'importe où il se trouvait dans le monde, et pourrait transporter jusqu'à eux les missives d'Avalon. Et Kristoff avait délicatement arraché une plume du charognard blanc, après lui avoir demandé l'autorisation, afin de la confier à la souveraine : ainsi, Hugin pourrait rejoindre la reine après avoir délivrer les billets à Arendelle, même si celle-ci s'était déplacée entre temps.
De même, il lui avait confié Ratatosk. Le blond avait été perplexe en voyant le rongeur ricaner en couinant, tout en fouillant dans les plumes du digne et fier Hugin, outré par ses manières. Cependant, le tailleur avait affirmé que ses talents de chapardeur empoisonneur seraient bien plus utiles à la monarque durant son expédition qu'à lui-même, bien implanté dans la Cour du château.
Car le "Marquis de Carabas" allait demeurer près d'Anna. Il souhaitait infiltrer les nobles du palais afin d'être au cœur des intrigues et de pouvoir la prévenir en avance de la moindre manigance, tout en poursuivant sa correspondance avec ses divers agents de part le monde. De plus, il commençait à créer un réseau dans la cité, et recevait déjà quelques informations sur l'humeur populaire. C'était ainsi qu'il lui avait confirmé l'opinion favorable au sujet de la tournée. Ses gens étaient tristes, mais vénéraient leur reine au point de croire tout ce qu'elle leur annonçait. Cela s'ajouta à la peine de Draco de devoir leur mentir… Malgré tout, il était rassuré qu'Eddie soit présent pour protéger sa sœur.
Pour ce qui était de celle-ci, la Grande Chambellan Gerda de Monmouth s'était montrée enchantée à la perspective de gérer et enseigner les mondanités à la plus jeune des Camlann. Elle avait déjà contacté une foultitude de stylistes et chausseurs afin de lui confectionner une garde-de-robe digne de sa nouvelle fonction. Elle réfléchissait à la vaisselle d'un potentiel souper lorsque le blond l'avait quitté la dernière fois, apaisé par son professionnalisme et son sens du détail.
Évalac, en l'occurrence, était moyennement satisfait. Il avait conscience qu'un enseignement d'une semaine ne pouvait pas faire de miracle, mais avait ouvertement reproché à Elsa de ne pas avoir commencé plus tôt. La mort dans l'âme, la reine ne pouvait qu'acquiescer : il n'avait que trop tardé à plonger Anna dans le labyrinthe des intrigues politiques, ayant désiré la préserver de cette folie destructrice en portant tout sur ses seules épaules. Il aurait dû se rendre à l'évidence : elle était la Princesse du Royaume d'Avalon, elle ne pouvait pas être épargnée. Il était plus que temps qu'elle endosse son rôle décidé par sa naissance, même si cela devait engendrer plus de mal que de bien…
Mais heureusement, son adorable petite sœur était plus solide qu'elle le laissait paraître. Draco ne revenait toujours pas de la vitesse avec laquelle l'adolescente enregistrait les données et pouvait les décrypter. Naturellement, elle avait encore des difficultés à saisir les doubles effets ou les réactions en chaîne, mais c'était un bon début. Même Évalac n'avait pas été trop critique, ce qui était très encourageant.
La jeune rousse avait beaucoup de mal à accepter le départ d'Elsa. Parfois, tard dans la nuit, elle venait se glisser dans son lit pour le serrer dans ses bras. Ce qui avait de temps en temps fait fuir le concupiscent Blaise, repartant en catimini par la fenêtre, la queue entre les jambes. Le blond la prenait alors contre lui, et ils se racontaient leur enfance ou leur journée. Les sujets abordés n'avaient pas d'importance, ils cherchaient simplement à apprécier la présence de l'autre avant de ne plus le pouvoir.
Elle avait été enchantée de rencontrer ce fameux tailleur dont elle avait tant entendu parler. Et fût stupéfaite d'apprendre son véritable rôle, autant par le passé que pour son futur proche. Draco lui avait tout expliqué, et il avait fallu plusieurs jours à l'adolescente avant de pouvoir agir et converser normalement avec le Serdaigle. Le blond avait mis son embarras sur le compte de cette annonce, puis s'était peu à peu demandé si autre chose ne venait pas perturber sa sœur…
Malheureusement, il n'eut pas le temps d'élucider ce mystère. Le jour de l'embarquement arrivait, et il se demandait encore s'il n'avait pas oublié quelque chose… Tout était arrivé si vite ! Il regrettait presque le désœuvrement de "Draco", face à la montagne d'obligations d'"Elsa". La reine en avait l'habitude, mais lui, devait jongler entre ses véritables souvenirs et la mémoire de la monarque surmenée. Et le Serpentard se demandait encore si son personnage de conte aurait réellement accepté de partir s'il n'était pas venu mettre le bazar dans sa vie en prenant sa place. Dans ces moments-là, il aurait préféré oublier totalement qui il était afin de prendre des décisions plus honnêtes…
Quand on toqua à la porte.
Intrigué, il imagina avoir omis un détail. Ni Blaise ni Anna ne frappaient avant d'entrer. Cela ne pouvait donc qu'être Évalac ou Gerda… ou un servant lui annonçant un problème ? La goélette avait coulé ? Les pirates s'étaient mutinés ? Le peuple protestait contre son exode et manifestait dans les rues ? Ses nobles montaient un Coup d'État ? Encore un ?! Draco se secoua la tête pour chasser ses idées noires, conscient de sa folie passagère. Il inspira un grand coup, et se leva pour aller ouvrir…
« Seigneur Perceval ? s'étonna-t-il, interloqué. Que se passe-t-il ? Votre roi aurait-il un souci ? Un inconvénient de dernière minute ? »
Le chevalier ne répondit pas. Il semblait nerveux, ce qui alarma plus encore le blond à l'imagination fertile. Était-ce si grave que cela ?! Un malheur s'était-il produit ?! Puis finalement, le regard fuyant, l'homme tendit ses mains et lui présenta…
Une hellébore ?
« J'ai conscience que je ne le devrais pas, hésita-t-il, bouleversé. Je désobéis à mon roi, à mes principes, à mon honneur, à mes serments… Mais je ne sais quand je pourrais revoir votre aimable figure, si belle et pure, même si vous demeurerez pour toujours dans mon esprit… Je ne puis faire autrement… Je me devais, cette fois, de vous offrir mon présent en main propre… Votre temps est précieux, et je vous le vole. Pourtant, je vous supplie de bien vouloir souffrir de ma présence. Pardonnez à votre humble serviteur son égoïsme, et accordez-lui juste quelques secondes à contempler votre splendeur. C'est tout ce que je puis espérer. C'est tout ce que je puis demander, même si je n'en ai point le droit… Acceptez cette misérable fleur, si loin d'égaler votre éclat, juste une dernière fois… »
De quoi parlait-il ?! Le blond était perdu… Son esprit avait encore du mal à quitter ses angoisses pour se concentrer sur la situation actuelle. Que venait faire Perceval devant sa porte ?! Ils n'avaient plus conversé depuis que la reine l'avait sèchement repoussé il y avait trois semaines de cela, en refusant sa promesse de le protéger, le soir de leur rencontre avec le loup-garou Ysengrin… Il se souvenait encore de la différence de traitement et de considération entre Arthur et lui, aux yeux du soldat. Ce qui avait salement froissé son orgueil…
Comprenait-il bien ce que le chevalier était en train de lui clamer ? Draco avait cru que ce fier et honnête soldat avait tourné la page, ne l'ayant plus vu rôder autour de lui… Cependant, ses mots ne pouvaient provenir que d'un homme toujours épris. Du moins, le croyait-il ? Aurait-il mal interprété ? Et que venaient faire Potter ou ses "serments" dans cette affaire ?
« Vous partez demain, et je ne puis vous accompagner, poursuivit le chevalier, une douleur dans la voix. J'ai tout tenté. J'aurai pu devenir votre gardien. Personne n'aurait pu vous atteindre, et je serais demeuré dans l'obscurité, prenant garde à ne jamais vous incommoder par ma présence… Vous auriez fini par oublier mon existence, et n'auriez eu à craindre aucune offensive à l'encontre de votre personne. J'aurai tout fait pour vous… Cependant, mon roi me l'a interdit. Je ne sais pourquoi, car il n'aurait alors plus été contraint de veiller à votre protection, et serait resté centré sur ses devoirs de monarque… Peut-être me pense-t-il sot, et croit que mon amour pour vous pourrait entacher vos relations politiques… Il ne comprend pas que je sais me montrer discret. J'ai conscience des problèmes que mon attachement envers vous pourrait engendrer. La preuve en est que nul n'a jamais eu vent de mes présents pour vous. Nul ne sait que je les dépose tous les soirs devant votre porte. »
Le blond ne savait plus quoi penser… Mais de quoi parlait-il ?! Visiblement, il ne s'agissait pas de la fleur qu'il avait accroché dans ses cheveux, lors de leur voyage dans la montagne. Et pourquoi cet air si douloureux ?... Alors cela n'avait pas été une attirance passagère dûe à son apparence féminine ? Imaginer que cet homme avait finalement continué à l'aimer à ce point, sans jamais rien tenter de peur de le… "déranger" ? Le cœur de Draco se serra.
« Je ne sais comment vous percevez mes attentions, continua le soldat, de plus en plus tendu par sa souffrance et l'absence de réaction de la reine. Vous n'avez jamais fait montre d'accord ou désaccord… Pas un signe… Alors… Je me suis pris à espérer… Espérer que peut-être… Mais je ne le dois point. J'ai conscience que ceci est pure folie de ma part. Et je me sermonne tous les jours pour ma bêtise. Je vous supplie de pardonner ma hardiesse, je ne pouvais vous voir appareiller demain sans avoir posé une dernière fois mes yeux sur vous. Sans vous avoir parlé… Sans savoir si vous… Alors me voici… Misérable et impertinent… Déposant mon cœur à vos pieds… Et je… »
Draco ne tint plus. Sans réfléchir, il s'approcha du guerrier, et se hissa pour déposer un baiser sur ses lèvres.
C'était stupide. C'était inconscient. C'était du délire ! Mais il ne pouvait pas agir autrement. Il y avait trop d'amour et de peine dans les yeux de ce chevalier si noble et brave. Il ne pouvait plus le supporter. Ses tourments le touchaient tant que le blond souffrait avec lui, l'affliction le piquant jusqu'au bout des doigts. Il aurait tant voulu partager ses sentiments. Cet homme était beau, jeune, fort, charmant, gentil, intelligent, courageux, sincère, fidèle… Il avait tout pour lui, hormis sa condition modeste. Il méritait le bonheur !... Mais il ne le trouverait pas dans ses bras.
Alors que Malfoy allait s'éloigner, une main agrippa ses cheveux, et une autre pressa ses reins. Perceval le tira contre lui pour approfondir le baiser. Sa langue passa aussitôt la barrière de ses lèvres, et envahit désespérément sa bouche, engageant un ballet fougueux dont lui seul avait le contrôle. Draco se trouva prisonnier de ses bras, incapable autant de le repousser que de participer à l'échange. La barbe brune râpait son menton, ses mains étaient bloquées contre son torse musclé, le bas de son ventre collé au désir de plus en plus présent du militaire. L'odeur musquée inonda ses poumons, le souffle chaud et erratique frappait sa joue…
Qu'est-ce qu'il venait de faire ?! Il était évident que son soupirant réagirait ainsi ! C'était cruel de sa part : il ne l'aimait pas et se permettait de jouer avec son cœur ? Le Serpentard s'invectiva vertement en pensées, embarrassé par son comportement…
Malgré tout, il se sentait honoré d'être l'objet d'une telle passion. Il était enivré par l'ardeur de ce puissant chevalier et par la flamme qu'il mettait dans cette étreinte. C'était… grisant. Il avait toujours aimé le coït et la sensation d'être sailli par la virilité d'un homme. Et celui-ci correspondait en tout point à ses goûts : grand, fort, plaisant à regarder, à la fois respectueux de ses envies et agressif dans le feu de l'action… Il avait envie de lui ! Si seulement il n'y avait pas eu de sentiments, tout aurait été parfait… De plus, il avait besoin d'oublier ses inquiétudes et ses soucis en se laissant aller. Il voulait profiter de ce moment, de ce désir brûlant qui coulait lentement dans ses veines…
« Pourquoi pas… » se dit-il finalement. Draco réussit à dégager ses mains pour agripper le col de son assaillant et le tirer dans sa chambre. Immédiatement, encouragé par l'invitation, Perceval le poussa contre la porte en la refermant, et se mit à lui caresser tout le corps avec fougue, imprimant durement ses doigts dans la chair. Le haut en soie du blond fût soulevé et tiré, sur le point de se déchirer. La ceinture de son pantalon fût élargie pour laisser passer une main aventureuse qui empoigna son fessier. Le blond leva une jambe, frottant les hanches contre celles de son séduisant offenseur. Il était de plus en plus excité !
Le guerrier quitta ses lèvres à regrets, et attaqua la peau tendre de son cou, mordant et suçant tout ce qui était à portée de ses dents. Les poils rêches de l'homme l'irritaient délicieusement, raclant son épiderme sensible, le faisant frissonner de volupté. Putain que c'était bon !
Mais il devait faire quelque chose… Il devait mettre à profit la liberté retrouvée de sa bouche pour… il ne savait plus quoi… Son cerveau s'embrumait sous les vapeurs de la luxure… Il n'arrivait plus à réfléchir… Découvrir de nouvelles sensations en expérimentant un autre homme que Blaise avait toujours été troublant. C'était comme retrouver les joies lubriques après une longue période d'abstinence. Comme lorsqu'il avait recouché avec le pirate, le soir de leurs retrouvailles. La jouissance en était décuplée !
Soudain, il parvint à fouetter sa volonté et empoigna le visage de son tourmenteur pour le relever. Draco planta ses yeux d'argent dans ceux noisette et brumeux de Perceval. Ils avaient le visage rougi par l'exaltation et la respiration saccadée…
« Je ne peux vous offrir que cette nuit, asséna la reine comme une sentence, et le chevalier retrouva brusquement sa conscience. Vous ne pouvez nous accompagner lors de notre voyage. Vous ne pouvez désobéir à votre roi. Et nous ne pourrons jamais avoir un avenir ensemble… Cependant, je puis vous faire présent de mon corps. À la faveur de cette seule lune pleine de magie, vous pouvez disposer de moi et me faire subir tous les supplices que vous désirez. Je me donne à vous. Entièrement et totalement. Jusqu'au lever du soleil, je ne serai plus qu'Elsa. Votre Elsa. »
Il savait qu'il aurait dû lui dire avant de l'embrasser… Il était impensable que Perceval fasse finalement demi-tour, sous prétexte que ces conditions ne lui convenaient pas. C'était trop tard, Draco l'avait déjà bien chauffé… Mais il désirait si ardemment sentir cet homme en lui ! Il le voulait !
« Ce cadeau sera une douleur amère aux premiers rayons du soleil… continua-t-il, le regard insistant. Mais le temps finira par la transformer en un doux souvenir. Celui de ces instants où je vous ai appartenu. Où j'étais dans vos bras et n'étais qu'à vous seul. Quelques heures hors du temps, des obligations, des principes, des serments, des parjures, des conditions sociales, de la loi, de la morale… Un aperçu d'une autre réalité. De ce que nous aurions pu être si vous n'étiez pas le chevalier du Roi Arthur, et moi, la souveraine d'Avalon… Sous ce ciel étoilé, je deviendrai pour vous ce que vous voulez que je sois. Je vous vouerai un amour passionné, vous noierai de mes étreintes et de mes baisers… Je vous abandonnerai mon être et me soumettrai à votre désir brûlant… Puis, lorsque le monde s'éveillera à nouveau, nous retournerons à nos servitudes. Nous redeviendrons ce que nous sommes, et tairons à jamais cet égarement. Nous le garderons comme un secret connu de nous seuls, et chérirons cette ivresse précieuse car unique… »
Le soldat ferma les paupières, affligé par sa peine… Le blond se morigéna : il aurait mieux fait de se taire et de se contenter de prendre son pied ! Certes, cela n'aurait pas été correct de quitter ce pauvre homme après une nuit de folie sans le prévenir au préalable, mais…
Puis, le brun prit délicatement sa main fine et la posa tout contre ses lèvres… Il baisa sa paume… tendrement… Lorsqu'il rouvrit les yeux, son regard était doux, intense… et décidé.
« Je n'aurais jamais pu en espérer autant. »
- 333 -
Avec révérence, le brun se pencha et l'embrassa. Ce n'était pas un baiser enragé comme l'instant d'avant. C'était suave, langoureux… Il y mit tous ses sentiments, et le cœur de Draco s'accéléra : il ne se sentait pas légitime de recevoir autant de dévouement. Un malaise le prit à la gorge, lui donnant envie d'hurler. Cependant, il se laissa faire. Il devait respecter sa promesse et lui donner cette nuit d'amour que le chevalier appelait de tous ses vœux. Qu'importait si tout était faux. Alors soit : il allait lui offrir la plus belle illusion de toute sa vie.
Draco enroula ses bras autour de son cou, répondant à son attachement avec la même sensibilité. D'un geste plein d'adoration, Perceval glissa ses mains le long de son corps, et le souleva pour le porter dans ses bras, à la manière d'une princesse de conte de fée… Leurs lèvres se détachèrent, et ils plongèrent l'un dans le regard de l'autre, fébriles et conscients de l'acte qu'ils s'apprêtaient à commettre… Mais pas pour les mêmes raisons.
Pas à pas, le chevalier gagna le lit où il déposa précautionneusement celui qui allait devenir son amant. Le blond était loin d'être serein en voyant avec quelle vénération cet homme le regardait, et fit tout son possible pour cacher sa nervosité : lui aussi comptait bien profiter de cette nuit.
Leur lent baiser reprit, le blond dardant sa langue pour jouer avec la sienne, et le guerrier s'allongea sur sa reine. Les caresses étaient chastes, douces et tendres. Les doigts glissaient dans les cheveux, les peaux frémissaient sous un frôlement, les respirations étaient calmes… Avait-il décidé de prendre tout son temps ? Pourquoi pas, après tout ? Malfoy prit son mal en patience, avide de retrouver l'homme passionné de tout à l'heure, et se délecta des aimables attentions…
Quand au bout d'un moment, une réalisation lui vint à l'esprit…
« Seigneur Perceval ? chuchota-t-il, regrettant de devoir briser l'instant. Avez-vous déjà… goûté aux "plaisirs charnels" ? »
La gêne du soldat était visible : il déglutit en se mordant la lèvre, le regard fuyant. Oh bordel !
« Pardonnez ma maladresse… hésita-t-il d'un air emprunté. Je n'ai jamais trouvé d'occasion pour connaître les… délices licencieux… Mes devoirs de chevaliers me tiennent bien éloigné du péché de luxure.
- Je croyais que le problème viendrait plutôt de mon genre…
- Je ne saurais faire de différence… Enfin si… Je veux dire… C'est seulement que je…
- Ne prenez point ce visage contrit, sourit le blond en caressant la ride qui se creusait entre les deux sourcils, amusé malgré lui de son embarras. Il n'y a aucun mal à avouer son ignorance. Ma tâche sera donc de vous déniaiser. N'ayez crainte : la nuit est encore jeune, vous aurez tout le temps d'assaillir mon corps après avoir appris à le faire, ajouta-t-il en approchant son visage, effleurant sa bouche. Mais pour cette première fois, laissez-moi vous guider. »
Il le mordit avant de le lécher, et engouffra la langue dans sa bouche. De ses mains, il commença à déboutonner la chemise de son soupirant en caressant chaque partie découverte. Il était temps d'accélérer le mouvement ! Il aurait quand même pu le prévenir de son inexpérience ! Son comportement ne l'avait pas du tout laissé présager. Et après avoir eu un tel aperçu de la fougue que pouvait avoir cet innocent, il était de plus en plus pressé d'en découvrir tous les talents !
En bon élève, Perceval entreprit lui aussi de retirer le vêtement du blond. Celui-ci l'y aida en interrompant leur baiser pour passer l'habit par-dessus sa tête et le jeter au loin, avant de reprendre son activité plus au sud. Son excitation grimpa d'un cran en sentant du bout des doigts la virilité compressée dans son carcan, et descendre la fermeture éclair sans lui faire mal devint plus difficile. Le chevalier se redressa pour le faire à sa place, et Draco en profita pour s'asseoir aussi, tout en retirant son bas. Dès que l'étape sensible fût passée, il poussa l'homme sur le dos, et s'appliqua à torturer son torse musclé, à présent nu.
Il lécha, mordit, suça, embrassa, caressa… parfois durement, parfois sensuellement… récoltant de doux gémissements et spasmes de plaisir. Et lorsqu'il s'attaqua aux tétons durs, le sexe du guerrier pointait déjà si haut que son caleçon menaçait de craquer, tendu à l'extrême. Malfoy pouvait le sentir s'humidifier du liquide pré-séminal, le frôlant de son ventre, et il sourit de satisfaction. Blaise avait toujours adoré mener la danse, et même si cela était loin de déplaire au blond, il appréciait de constater qu'il était encore capable d'enflammer son partenaire.
Perceval se tendait, au supplice. Il savait qu'il ne devait pas trop torturer l'homme, au risque de le terminer avant de réellement commencer la partie. Son ingénuité le rendait susceptible d'être précoce, il ne voulait pas prendre de risque. Alors il cessa ses flatteries et glissa le long du corps musclé. Et dans le mouvement, il en profita pour descendre le sous-vêtement devenu trop encombrant, libérant le prisonnier frémissant.
D'une belle taille, sans être trop imposant, d'une jolie teinte amarante, parsemé de veines palpitantes, et gouttant d'un fluide blanchâtre : à point ! Il lapa l'émanation, s'attirant un cri de surprise, et goûta sa saveur sur son palais… avant de sucer le gland.
Perceval couina, ébahi de voir sa reine agir ainsi : il ne s'était visiblement pas attendu à un tel traitement. Draco prit son temps, attentif aux réactions de son amant pour adapter ses mouvements de succion. Il souhaitait lui faire découvrir tous les plaisirs, qu'il comprenne que l'acte n'était pas seulement quelques va-et-vient frénétiques. D'une main, il enserra la verge et glissa ses lèvres de plus en plus loin, imprimant une masturbation au même rythme qu'il montait et descendait. Et de son autre main, il alla se préparer pour une future intrusion…
Il n'eut pas besoin de beaucoup travailler avant que le pénis sursaute dans sa bouche et expulse tout son désir, un profond râle de plaisir résonnant dans la chambre. Là encore, il s'évertua à démontrer toute son habileté en demeurant au plus profond, avalant la semence au fur et à mesure qu'elle jaillissait pour ne pas s'étouffer. Ce n'était pas la partie qu'il aimait le plus, mais savait par expérience que la sensation était excellente pour celui qui donnait, la déglutition stimulant plus encore le membre qui explosait déjà d'extase, prolongeant l'éjaculation jusqu'à son extrême limite.
Une fois fait, ravi par les tremblements post-orgasmiques du bienheureux comblé, le blond glissa lentement ses lèvres le long du phallus pour en extraire les dernières gouttes d'euphorie. Sans laisser le temps au guerrier de reprendre pied, il grimpa sur ses hanches et s'installa au-dessus du sexe mis à mal, toujours tumescent. Il positionna celui-ci devant son entrée quand les yeux de Perceval se posèrent sur lui. Ses pupilles étaient encore voilées, mais une étincelle de conscience s'alluma dans son regard. Il y avait de la stupeur et de l'attente. Un remerciement. De l'admiration. Et de l'inquiétude. Il avait peur de lui faire mal. Draco ne s'y attarda pas, et amorça une lente pénétration…
Basculant la tête en arrière, il se concentra sur ses sensations, attentif aux prémices d'une douleur ou d'un délice. C'était à son tour d'être gâté, et le moment de la première intrusion était son préféré. Sentir ses chairs s'écarter pour accueillir un pénis gorgé de sang était un instant de pure félicité. Plus encore quand celui-ci reprenait de la vigueur, comme actuellement. Occultant totalement l'homme qu'il exploitait, il n'arrêta pas une seule fois sa progression, et gémit arrivé au bout. Ça y était. Il était intégralement en lui. Et c'était si bon !
Soudain, deux bras puissants s'enroulèrent autour de lui et le renversèrent sur le matelas. Des lèvres voraces s'attaquèrent aux siennes et une langue se mit à le ravager. La barbe gratta à nouveau son menton, le torse robuste et couvert de transpiration se colla au sien, et il sentit ses hanches soulevées par les jambes athlétiques. Perceval ne pouvait plus se retenir. Enfin ! Celui qui l'avait tant excité contre sa porte était revenu, plus passionné et ardent qu'avant. Et Draco ne put que se noyer dans le plaisir.
De violents coups de hanches faisaient sauter son corps, maintenu par les membres qui emprisonnaient sa taille. Les sens en alerte, il percevait le frottement des draps dans son dos, celui du pectoral en sueur contre sa poitrine, des cuisses fermes derrière les siennes… et surtout, du délicieux pénis qui le ramonait avec force. Il n'avait plus que faire de cette bouche avide léchant à présent son cou, et la ramena vers son visage pour un baiser torride, afin que l'invasion soit totale.
Peu à peu, il perdit conscience de son environnement. Il se rendit à peine compte qu'il le griffait ou criait sa joie entre deux coups de langue. Il se perdait dans cette petite mort si exquise, celle qui donnait réellement l'impression d'être vivant. Il n'y avait plus de doute, d'inquiétude, de devoir, de danger… Juste le pilonnement d'un sexe en lui, déclenchant des spasmes incontrôlables et des réactions automatiques de pure luxure : exactement ce qu'il cherchait. Son partenaire n'avait pas l'expérience de Blaise, il ne connaissait pas aussi bien son corps, il n'avait pas encore appris à stimuler ses points névralgiques ou l'art d'une fornication réussie, mais cette maladresse passionnée possédait un charme certain qui lui faisait redécouvrir l'émoi de l'initiation.
Ses muscles surtout ! Merlin ! Ce guerrier pourrait le briser d'une simple contraction de biceps malvenue ! Son amant habituel n'avait pas une carrure aussi développée, et savoir que l'actuel pourrait le blesser sans le vouloir, et faire de lui tout ce qu'il souhaitait, décuplait son ivresse. Il avait l'impression d'être une poupée malléable dans ses bras. Un jouet sans volonté ni responsabilité. Et à ce moment précis, c'était justement ce dont il avait besoin !
Et l'orgasme vint. Libérateur. Son esprit devint blanc, tout son être se crispa à s'en déchirer. Sa respiration se coupa, son cœur s'arrêta, son anus se contracta, son sexe convulsa…. Comme à chaque fois. Ces effets purement physiques étaient salvateurs. Ils lui donnaient le choc d'une remise à zéro, un redémarrage de son système interne. Une expérience de mort et de renaissance.
Puis l'affaissement. L'essoufflement. La remise en route de son esprit, à la manière d'un réveil après une très longue nuit de sommeil profond… Le corps ankylosé suite à un exercice intense, la respiration laborieuse après une apnée prolongée… La vue revint… Les couleurs. Les circonstances. Pourquoi il était là. Ce qu'il s'était passé.
« Pour un novice, vous vous en sortez vraiment très bien » sourit-il, repu et engourdi.
Il ne mentait pas. Perceval avait été à la hauteur de ses attentes et s'était révélé très doué pour un débutant : il lui avait fourni exactement ce qu'il désirait. Cependant, jamais il ne lui aurait avoué que n'importe quel homme aurait convenu… Galahad ou Tristan étaient tout aussi charmants et bien bâtis. S'ils lui avaient fait les mêmes avances, il aurait cédé de la même manière. Mais il devait se rappeler que sa proposition de départ était une promesse d'amour. Factice et charnel, certes, et seulement pour une nuit. Toutefois pleine d'affection pour lui. Alors il se tairait… Avec une pointe de culpabilité dont il se soucierait plus tard.
« Pardonnez-moi, haleta le chevalier, tremblant, le visage dans son cou. Je n'ai pas pu… Je me suis montré si brutal… Naïf que je suis, j'ai cru pouvoir dompter cette bête en moi, et pourtant… Je supplie votre indulgence, et prie de ne point vous avoir trop blessé… Et…
- Pourquoi cette contrition ? sourit Draco en l'obligeant à relever la tête pour qu'il constate son approbation. J'ai aimé cette sauvagerie. Et à présent que l'animal est rassasié, nous avons encore de nombreuses heures devant nous pour la tendresse. Laissez-moi amadouer cette "bête", qu'elle récupère de sa hardiesse, et puisse me revenir avec plus de quiétude mais non moins de passion. »
Parce que Malfoy n'avait pas l'intention de s'arrêter là. S'il devait subir la folle dévotion de ce fervent galant, il comptait bien en tirer profit une seconde fois… ou plus ! Et leur récente activité lui avait prouvé que cela valait le coup.
Rassuré, Perceval l'embrassa langoureusement. Il y avait un remerciement désespéré dans ce geste plein de grâce. Ses caresses promettaient des heures à s'excuser pour sa frénésie. Le blond décida de ne plus réfléchir et de se laisser bercer par son amour. Il ne s'en sentait pas digne, mais préféra enfermer cette honte au plus profond de son esprit, et profiter pleinement de sa prévenance.
- 333 -
Le chevalier se retira lentement, et enleva le pantalon qu'il portait encore avant de revenir choyer sa reine. Tous deux nus, il les enveloppa sous la couverture et reprit ses baisers. Ses doigts s'évertuaient à cajoler chaque centimètre de son corps, effleurant sa peau, adulant ses courbes et ses creux, prenant tout son temps pour enfin le découvrir. Ses lèvres parcourraient son être, soucieuses d'estomper toutes traces de sa furie passée. Ses paumes calleuses de bretteur aguerri sur son épiderme délicat le faisaient frissonner d'une autre sorte de délice.
Draco avait l'impression d'être l'objet le plus précieux au monde dans ses bras. Toute cette dévotion était flatteuse et lui permettait de complètement se relâcher. Il n'avait pas eu conscience d'être à ce point stressé. Chacun de ces égards soulageait un muscle qu'il n'avait pas eu conscience de crisper, ou détendait un nerf dont il avait oublié l'existence… Finalement, ce traitement était bien loin du calvaire auquel il s'était attendu. Malfoy retrouvait le plaisir d'être dorloté, de s'abandonner totalement à des mains respectueuses et bienveillantes. C'était… étrange. Et nouveau.
Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il s'était senti aimé. Trop habitué à la rudesse, il avait oublié le bonheur de la douceur, et cet homme lui en offrait en abondance. Il retint difficilement un gémissement d'émoi, saturé par cet amour dont il ressentait toute la profondeur. Pour la première fois, ce n'était pas le désir qui le faisait suffoquer. Son cœur se mit à battre plus fort, une douce chaleur se répandait dans ses membres…
Petit à petit, Perceval réveillait quelque chose en lui. Une émotion qu'il avait emprisonné il y avait très longtemps, persuadé qu'il était de ne pas y avoir droit. Il avait totalement occulté son existence. Trop sûr de lui, il n'avait jamais pensé qu'elle pourrait réapparaître. C'était trop… C'était dangereux… Peut-être que…
Non… Il ne devait pas… Il ne devait pas succomber à l'amour du chevalier.
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Blaise pesta. Il était arrivé trop tard ! Pris par les derniers préparatifs pour leur départ, la nuit était déjà bien avancée quand il avait enfin pu se glisser sur le balcon de Draco… Quelle surprise de découvrir que sa couche était déjà occupée ! Et par qui d'autre que le soupirant numéro un de la reine en personne ! Il n'eut pas besoin de réfléchir trop longtemps pour comprendre ce qu'il s'était passé. L'amoureux déçu, désespéré à l'idée de ne plus revoir sa belle, s'était pris d'un élan de courage en allant déclarer sa flamme. Et son blondinet charitable eut assez pitié pour lui accorder ses faveurs en écartant les cuisses. Plutôt généreux de sa part.
Malgré sa frustration, le pirate sourit : connaissant le savoir-faire de son plan cul régulier, le chevalier allait vivre la meilleure baise de sa vie, l'extrait qu'il avait surpris entre les rideaux à moitié fermés étant assez explicite. Tant pis. Après tout, il pouvait bien lui céder sa place une nuit, il aurait largement le temps d'assouvir ses pulsions durant le voyage. Mais pour ce gentil nigaud, c'était la dernière occasion de tringler sa reine, il pouvait bien lui accorder ça. Il était même content que ce benêt puisse enfin se décrasser un peu le gland. Et s'il ramonait bien Draco, comme cela avait l'air d'être le cas, ce dernier pourrait aussi y trouver son compte. Ce n'était pas plus mal : son ami avait besoin de se faire fourrer par un autre homme de temps en temps, il n'en apprécierait que plus ses coups de boutoir. Lui-même allait bien répandre son foutre ailleurs.
Tout de même, il ne s'était pas attendu à ça… Certes, Draco était loin d'être puritain, il n'était pourtant pas aussi libertin que lui. Blaise pensait d'ailleurs être son seul véritable amant, même si le blond avait probablement dû goûter à d'autres chairs une fois ou deux. Cependant, il fallait toujours lui faire de sacrées avances pour enfin avoir l'honneur de se glisser entre ses longues jambes. Jamais ce beau prince ne ferait le premier pas. Et le chevalier étant si chaste et vertueux, il lui avait semblé impossible qu'ils finissent un jour dans le même lit… Joli retournement de situation !
Désœuvré et dépité d'avoir loupé le coche pour une dernière culbute dans des draps royaux, Sinbad se fit une raison et préféra rejoindre ses pirates à la maison close d'Arendelle. Qui sait ? Après s'être vautré dans la luxure avec une gourgandine, peut-être se sentirait-il d'humeur généreuse et paierait à ses hommes leur nuit d'amour ? Il se devait bien de les remercier pour avoir attendu si longtemps son bon-vouloir sur terre, alors qu'ils auraient tout simplement pu partir sans lui. Une forme de mutinerie sans violence, en quelque sorte…
Fier de cette décision, il enfila son caban sur son torse nu, et quitta sa chambre. Finalement, il allait pouvoir tester la jouvencelle qu'il avait repéré la veille… Ou le bel éphèbe, peut-être ?
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Neville avait suivi Perceval quand celui-ci avait quitté les appartements du monarque. Il l'avait vu entrer dans sa chambre et en ressortir presqu'aussitôt. Et sans surprise, il s'était dirigé vers les quartiers royaux… Le Gryffondor se doutait de la teneur de la conversation qu'il avait eu avec Arthur, et avait parfaitement compris que cet incorrigible romantique serait incapable de privilégier son amour pour le roi au détriment de celui pour la reine.
Il avait longuement hésité à savoir s'il devait interrompre son collègue, et avait pensé qu'il déposerait juste son habituel présent… Et puis en le voyant toquer, il avait été paniqué… Puis, curieux : comment le blond allait-il réagir ? Sûrement le rejeter. Cela aurait fait mal au galant sur l'instant, mais aurait été pour le mieux.
La stupeur avait été de voir Malfoy embrasser le chevalier… et celui-ci lui répondre comme si sa vie en dépendait. Et puis le blond l'attirer à l'intérieur… Et la porte qui avait claqué… Londubat en était resté tétanisé, foudroyé par le choc. Malfoy et Perceval ?! Carrément ?! Les imaginer ensemble était… impensable ! Il ne pouvait pas, c'était impossible.
Harry ne devait jamais l'apprendre ! Si cette histoire parvenait à ses oreilles… Il n'osait pas imaginer les conséquences. Déjà parce que Perceval était son homme lige, un fier parangon de la vertu, et son préféré parmi ses hommes, à cause ou grâce à sa candeur naturelle. Mais aussi car Neville avait vu la façon dont le roi commençait à regarder le beau blond.
D'accord, Malfoy était magnifique en "Reine des Neiges". Pourtant, il était sûrement moins hypnotisant dans la vraie vie : après tout, son personnage était réputé ensorcelant, d'après les dires de son ami, il était normal d'avoir affaire à une beauté, malgré sa vraie nature. Cependant, même en sachant cela, le monarque n'avait pas pu s'empêcher de peu à peu succomber à son charme. C'était compréhensible : ils passaient beaucoup de temps ensemble à parler de sujets politiques, et une certaine amitié avait commencé à naître entre eux. Et Lancelot avait fini par remarquer cette étincelle s'allumer dans les yeux d'Arthur à chaque fois que la reine entrait dans son champ de vision…
Neville ramassa l'hellébore, à moitié écrasée sous la porte. C'était mauvais. Très mauvais ! Comment toute cette histoire allait-elle se terminer ? Mal, certainement. Harry n'allait pas beaucoup apprécier que son soldat ait osé toucher à la perle qu'il protégeait.
Puis, soudain, alors qu'il se trouvait encore devant l'entrée des appartements de la reine, plongé dans ses inquiétudes, il entendit Malfoy parler. Il colla son oreille sur le panneau, attentif… et rougit. C'était tellement indécent ! Et si cruel ! Lui offrir le plaisir charnel pour une seule nuit ? Et Perceval devrait ensuite lui dire "adieu" sans broncher ?
Tout à coup, Lancelot pensa à Guenièvre… Il avait déjà vécu pareille situation et y avait répondu favorablement de tout son être. Lui aussi n'était qu'un simple chevalier convoitant les douceurs interdites de sa reine. Lui aussi n'était qu'un misérable soupirant chérissant un astre inatteignable. Un simple baiser de sa part pouvait lui faire renier jusqu'à son nom, et un instant dans ses bras avait été pour lui le plus grand bonheur de toute sa vie…
Oui, il avait déjà fauté. Il s'en souvenait à présent. Il avait jeté son honneur, ses principes, sa vertu, ses devoirs… et avec joie. Jamais il n'avait regretté, même lorsqu'il devait se tenir face à son roi, son meilleur ami, et le regarder droit dans les yeux alors qu'il l'avait trahi. Et il chérissait encore les réminiscences de ces heures à se perdre dans la chaleur de sa souveraine. Il était impatient de retrouver son sourire. De revoir ses yeux briller en croisant son regard… Et de retrouver discrètement sa couche lorsqu'Arthur s'intéressait à d'autres femmes. De déguster à nouveau ce corps voluptueux, si accueillant… si plein d'amour.
Il comprenait Perceval : il ne pouvait pas résister, c'était inenvisageable. Mais au moins, Guenièvre l'aimait aussi en retour, ce qu'il ne pensait pas être le cas du blond. Pour Lancelot, c'était peut-être encore plus douloureux et dangereux, et réchauffait pourtant son cœur malgré la distance. Et même en ne partageant pas son affection, il ne pouvait que reconnaître le beau cadeau que lui faisait Malfoy. En toute objectivité, il était très rude, et certainement pas la meilleure solution… Malgré tout, les souvenirs que Perceval garderait demeureraient pour toujours un baume à son cœur meurtri.
Neville s'éloigna, la poitrine oppressée. Que son compagnon se délecte de sa nuit. Il prierait avec lui que le soleil ne se lève jamais. Et lui aussi protégerait leur secret.
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Eddie était ivre. Il venait de passer la soirée avec les pirates dans la taverne, heureux de pouvoir partager un dernier moment de gaillardise avant leur départ. Ils avaient été déchaînés, et l'avaient accueilli comme un frère !
Depuis qu'il œuvrait officiellement avec leur très "cher" et "adoré" Capitaine Sinbad "bien-aimé", les marins n'avaient plus peur de se repaître de ses nombreuses histoires rocambolesques. La petite entourloupe de Ratatosk, qui avait tout de même versé un puissant somnifère dans la boisson de l'un des leurs, n'était plus qu'un lointain souvenir. Ce pardon si simple, rapide et facile lui réchauffait encore le cœur, et il regrettait de les voir déjà partir…
Ysengrin l'avait accompagné, et quand il fût question de poursuivre les réjouissances au bordel, les deux avaient précipité leur retour au palais. Les forbans s'étaient moqués d'eux, les qualifiant de "puceaux", de "prudes n'ayant jamais connu la joie de tremper son biscuit dans la chaleur d'une tendre caverne humide", ou d'autres qualificatifs très imagés fort peu glorieux. Le vieux camelot, surtout. Son abstinence, malgré son âge avancé, les avait longuement occupés à rire de son soi-disant "vœu de chasteté". Et au milieu de ces railleries, ils avaient également tenté de le rassurer : qu'il n'était pas si vieux que ça, qu'il avait encore bonne mine et belle santé, qu'il avait toutes ses dents…
« Z'avez b'soin d'vous dégourdir l'anchois, m'sieur ! avait rit Hindbad, le visage rouge et le regard vaseux. C'pas bon d'laisser passer la plume par l'bec ! Z'avez encore d'beaux restes pour un barbon !
- Vrai ! s'était exclamé Haroun en levant brusquement sa chope bien haut, renversant la moitié de son breuvage. Faites pas l'arcasien ! Décanillez pas et v'nez donc ! Je connais une bagasse, elle s'ra bien jouasse d'vous mettre l'grappin d'ssus ! Z'avez pas oublié comment on patine, hein ?
- Tu baragouines, s'pèce d'ballot ! avait grogné un troisième pirate, l'alcool mauvais. T'as pas compris qu'c'est un bande-à-l'aise ? L'est pas comme l'cap'taine ! Et pis j'suis sûr qu'c'est qu'un grigou !
- Ah, l'cap'taine, avait soupiré un quatrième, plus jeune et l'œil humide. Y a pas plus lapin qu'lui ! Un vrai vert-galant ! J'sais pas comment qu'y fait. L'a belle gueule, mais l'a un truc ! J'veux qu'y m'affranchisse !
- Ça y est, voilà l'petiot qu'est r'parti compter fleurette sur l'cap'taine… avait repris Hindbad, amusé. Un putain d'toqué, j'vous l'dis ! Prêtez pas l'esgourde à ces pinioufs, m'sieur. Et v'nez avec nous ! L'appareilleuse vous trouvera bien une baronne parfaite pour vous ! »
Le marchand n'avait fait que répondre par un sourire sibyllin, et ils eurent beau tout tenter, l'itinérant ne céda pas. Les flibustiers avaient vite cherché à reporter leur harangue sur Carmichael, mais celui-ci s'était déjà faufilé comme une anguille vers la sortie, peu enclin à subir les commentaires grivois de ces soulards.
Ils se trouvaient à présent dans les rues de la ville, marchant silencieusement vers leurs pénates, appréciant la tiédeur de cette fin de printemps. Au fil des jours, l'air se réchauffait de plus en plus, annonçant un bel été ardent. Mais Kristoff se souvenait de la douceur du climat d'Avalon, où les sécheresses étaient rares, et savait qu'il n'aurait pas trop à souffrir de la véhémence du soleil. De beaux jours se profilaient, et il se demandait s'il serait convenable pour un marquis d'aller faire trempette dans la mer, un de ces jours…
« C'est la nuit de la Saint-Jean, ce soir, signala mystérieusement Ysengrin, les yeux vers le ciel étoilé.
- Ah ? fit Eddie, ne sachant pas quoi répondre devant cette affirmation. Et oui, c'est déjà l'été.
- Le peuple s'est rendu en bordure de la cité pour alimenter de grands feux de joie et danser autour, sourit le camelot en tournant son attention vers lui. C'est un spectacle magnifique, j'aimerai y retourner. Désirez-vous m'y accompagner ? »
Le tailleur hésita… L'heure était tardive, il commençait à fatiguer et souhaitait voir une dernière fois Ratatosk et Hugin avant leur départ. Ses deux compagnons allaient lui manquer, même s'il les savait entre de bonnes mains. Cependant, il n'avait pas pu y assister plus tôt, et n'avait jamais participé à cette fête païenne, que cela soit en tant qu'Eddie ou Kristoff. Cela valait bien un peu de sommeil en moins.
« Avec plaisir. »
Ils firent demi-tour et progressèrent vers l'imposante Porte Nord, l'une des trois sorties des murailles d'enceinte. Ils ne voyaient pas encore les remparts que Carmichael distinguait déjà les lueurs des brasiers au-dessus des toits. Les feux devaient être immenses ! Impatient, il pressa le pas, heureux que le vieux camelot lui ait rappelé cette célébration. Il en avait entendu parler, dans le passé. Cette tradition était accomplie un peu partout dans cet univers de contes, mais également dans le vrai monde, autant par les sorciers que les moldus. Chaque région avait son propre rite, toujours en lien avec le feu, les "nied fyr". Et Kristoff se rappela soudainement que le plus impressionnant de tous était justement celui d'Arendelle !
Ysengrin rit avec indulgence de la hâte soudaine de ce jeune fringant, et le regarda le distancer sans chercher à le rattraper. La musique et les chants emplissaient de plus en plus l'air de la ville à mesure qu'ils avançaient, des rires se répercutaient entre les maisons à colombages, des cris d'allégresse retentissaient, et les crépitements d'une fournaise vrombissaient dans le ciel, présageant des bûchers d'une taille jamais égalée. Le "Chat Botté" n'attendit pas, et tourna à l'angle pour rejoindre la Grand Rue principale. Il se figea.
Là, loin devant lui, à travers le gigantesque portail Nord ouvert, il eut l'impression de voir la paisible vallée en proie à un incendie. Une foule de paysans, nobles, badauds, bourgeois, marchands, courtisans, artisans, soldats, gentilshommes, malfrats, chevaliers, ministres, serviteurs, dansaient et festoyaient ensemble. Il n'y avait plus d'étiquette ou de séparation entre les classes sociales. Un duc tournoyait avec une prostituée en une gigue endiablée. Un mendiant remplissait généreusement le verre d'une comtesse joviale. Un garde riait à gorge déployée en trinquant avec son général. Trois servantes chantaient en chœur avec deux dames de la Cour. Un jeune page déposait un baiser sur la joue d'une rougissante nanti. Un vieil érudit débattait avec un cordonnier et son jeune apprenti. Un baron ivre donnait l'accolade à un roturier hilare… Eddie n'en revenait pas.
Jamais il n'aurait cru pouvoir assister un jour à pareille scène. Il n'aurait pas été moins surpris de voir des mangemorts se saouler avec des membres de l'Ordre du Phénix, en plein milieu d'un champ de bataille. Et un peu partout, des feux de joie flamboyaient au milieu de la plaine, si haut qu'ils semblaient vouloir toucher la voûte céleste. Les collines et montagnes alentour étaient constellées de brasiers illuminant les divers chemins de randonnées, et une file ininterrompue de marcheurs les sillonnaient en portant des torches, formant le dessin d'un serpent géant dévalant les pentes abruptes.
« Saisissant, n'est-ce pas ? »
Le jeune tailleur se tourna d'un bond vers le camelot qu'il n'avait pas entendu arriver derrière lui. Le vieil homme arborait le visage bienveillant d'un grand-père faisant découvrir les merveilles de la vie à son petit-fils, et l'invita d'un geste gracieux à se joindre aux festivités. Le cœur battant, le Marquis de Carabas s'exécuta, à la fois inquiet et stimulé, comme s'apprêtant à entrer dans une autre dimension.
Cependant, alors qu'il allait s'engouffrer au milieu de la multitude, Ysengrin le retint par le bras et le tira un peu à l'écart. Il récupéra deux bouteilles sur un comptoir et l'amena vers l'une des petites estrades délaissées, place stratégique permettant de profiter de ce tableau onirique.
« Il est dangereux d'entrer dans la folie de la Saint-Jean sans y avoir été convenablement préparé, lui expliqua-t-il en lui tendant l'un des deux breuvages. Je ne crois pas que vous soyez prêt pour cela, vous risquerez d'y laisser des plumes.
- Que voulez-vous dire ? s'enquit Eddie en reniflant l'alcool inconnu, suspicieux. C'est juste une grande fête, non ?
- Certains ignorants le pensent, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent piégés dans le tourbillon de cette nuit païenne. Ne vous laissez pas mystifier : ce qui se déroule sous vos yeux est une très ancienne magie, dont l'origine millénaire a été depuis longtemps oubliée. Les nied fyr repoussent le mauvais œil et les malédictions, et apportent fécondité à la terre et aux unions conjugales. Jusqu'au lever du soleil, les démons se terrent dans leur tanière, et les récents épousés s'adonnent aux plaisirs fertiles en espérant un heureux événement.
- Cela m'a l'air sans danger… hésita le "Chat Botté" en goûtant sa boisson du bout des lèvres : du délicieux hydromel ! Pourquoi tant de craintes ?
- Il s'agit également de la nuit de tous les interdits, sourit le camelot d'un air espiègle. Pour quelques heures seulement, le Grand Sage Céleste ferme les yeux sur les péchés de ses ouailles, Dame Nature s'endort en laissant ses enfants sans surveillance, et le Paladin de la Vertu détourne le regard pour ne point assister à la débauche de son peuple si faible. À l'abri de l'obscurité, tout est alors permis. L'impossible devient possible et l'impensable s'accomplit. Les chemins contraires se rejoignent. Les plus hauts s'abaissent, et les plus bas s'élèvent. Les anges ripaillent avec les diables. Les saints trinquent avec les corrompus. Les chastes s'accouplent aux dépravés. Les nobles se lient aux miséreux. Les amours et amitiés d'une nuit se forment. Et les amants maudits se retrouvent pour leur seule danse de l'année. »
Kristoff éloigna lentement le goulot de sa bouche au fur et à mesure des explications, sidéré. L'image de la belle Anna se dessina dans son esprit, mais il la chassa avec toute la force de sa volonté. Il n'avait pas le droit ! Même dans ces circonstances, cela ne pouvait pas devenir réalité ! Cela serait bien trop… immoral.
« Notre belle reine elle-même est descendue de son palais pour se mêler au peuple, poursuivit Ysengrin en observant la masse s'enjailler, le sourire clément. Elle a embrasé le premier feu dès les derniers rayons du soleil éteint, activant la magie qui s'est déployée partout dans son Royaume. Par ce geste, elle a donné son autorisation à tout acte indécent, tant que celui-ci vise à répandre la joie et l'allégresse.
- Donc la violence est toujours proscrite ? souffla le Serdaigle, soulagé de ne pas avoir à assister à des crimes horribles sans pouvoir intervenir.
- Naturellement ! fit le vieil homme, étonné d'une telle pensée. Je vous l'ai dit : le mauvais œil ne peut se poser sur le Royaume aussi longtemps que les brasiers brûleront et que la magie inondera ces contrées. Aucune vile félonie, sacrilège ou horreur abjecte ne peut être accompli. Ils peuvent être pensés, mais jamais réalisés. Cela fait partie du sortilège. Des farces, des boutades, des luttes sans conséquence… Pas de combat mortel, de mauvaise plaisanterie, ou d'avilissement.
- Alors pourquoi me déconseiller d'y participer ? Je n'aurais à souffrir de rien…
- Car la mémoire demeure, même après l'apparition du jour, et les blessures de l'âme sont les plus difficiles à soigner. Il faut avoir pleinement conscience de ses actes, même sans la tutelle de la loi, de la morale ou de notre aimable souveraine. Il est des gens qui oublient parfois l'importance d'une règle, et n'en saisissent l'intention qu'une fois l'erreur commise. Ils n'ont alors plus d'autre choix que d'en pleurer… Et la jeunesse est malheureusement plus susceptible de se laisser aveugler.
- Élégante manière de me rappeler votre sagesse et ma bêtise… grommela Eddie, qui se croyait pourtant rusé et réfléchi.
- Vous êtes loin d'être un sot, rit Ysengrin. Dès notre première rencontre, j'ai su que vous étiez une personne vive et intelligente qui gagne à être connue. Cependant, même le plus avisé des renards se laisse abuser par les affres de son cœur. Et j'ai vu une flamme bien connue et très dangereuse s'animer dans vos yeux lorsqu'une certaine jeune et jolie jouvencelle apparaît devant vous. »
Carmichael manqua de s'étouffer avec son hydromel et fût pris d'une quinte de toux. Celle-là, il ne l'avait pas vu venir ! Il rougit violemment, honteux d'être si transparent… Si le maudit pirate l'avait remarqué, il était naturel que le vieux camelot aussi !... Il espérait seulement que Malfoy, trop occupé par ses multiples obligations, n'ait pas encore su lire en lui… Dans le cas contraire, il ne donnait pas cher de sa peau.
« Il n'est pas en mon pouvoir de vous dissuader de quoi que ce soit, ajouta le loup-garou. Je n'ai aucun droit sur cette jeune fille et n'en ai pas plus sur vous, même si je vous considère tous deux comme mes pupilles. Chacun à votre manière êtes plus que compétents dans votre travail, assidus à la tâche, et conscients de l'immense responsabilité qui pèse si lourd sur vos frêles épaules. Et pourtant, vous en portez admirablement le poids, la tête haute, et deviendrez certainement les faiseurs de miracles qui vont illuminer ce pays. De cela, je n'ai aucun doute.
« Cependant, cela ne fait que vous rendre plus vulnérables aux pièges de la tendresse, et je ne puis souffrir de vous voir subir la peine qui ne manquera pas de déchirer vos cœurs. Pardonnez l'orgueil que confère mon âge, mais je me sens le devoir d'être votre professeur de la vie. Si cela avait été possible, je vous aurais conseillé l'éloignement… Pourtant, je ne peux que vous supplier de ne point céder à la tentation. Surtout pas cette nuit. La douleur qui s'en suivrait vous affligerait plus que vous ne pourrez le supporter. Vous ne possédez pas encore la force et le discernement nécessaires pour vous relever d'un si beau rêve. »
Les phalanges de Kristoff blanchirent tant il serrait sa bouteille. Ses dents se plantèrent dans sa lèvre, ses muscles se crispèrent… Le Remus Lupin de cet univers n'avait pas idée d'à quel point il avait misé juste. Car Eddie était conscient de ne pouvoir bénéficier de ce conte de fée qu'une seule année… Et Anna n'était pas une personne du vrai monde.
Il baissa la tête, désespéré. C'était un cauchemar. Il était tombé amoureux d'une illusion. Ici, elle était une princesse inaccessible pour un vil roturier comme lui. Et dans la réalité, elle n'existait même pas ! Il ne pouvait pas y avoir de fin heureuse pour lui, qu'importait la dimension dans laquelle il se trouvait…
« Vous ne me côtoyez que depuis une semaine et vous vous permettez de dicter mes décisions et mon avenir ? répliqua-t-il, plein de morgue.
- Je ne voulais pas vous…
- Je ne suis plus un enfant sur lequel les adultes doivent veiller. J'entends vos propos. Je comprends vos nobles intentions, et ne peux qu'en reconnaître la justesse. Je vous remercie pour vos mises en garde et votre instruction sur la magie de cette nuit. Cependant, je demeure libre de faire mes propres choix. »
Il se leva et lui rendit l'alcool, l'air sombre et déterminé.
« Je vous souhaite une bonne nuit. »
Sur ces mots, il s'en alla sans se retourner. Il ne vit pas le regard peiné d'Ysengrin, ni n'entendit sa promesse de soutien inconditionnel faite du bout des lèvres. Le cœur battant, le tailleur se mêla à la foule dansante, à la recherche d'une longue chevelure rousse et de grands yeux plus vifs que le printemps… Si pour toute sa vie, pendant une année entière, une seule nuit pouvait lui offrir la chance de goûter au bonheur, il la saisirait ! Il ne savait même pas si ses sentiments étaient partagés, et priait de toute son âme le fameux "Grand Sage Céleste" du camelot que cela soit le cas.
Et son premier vœu s'exhaussa. Devant lui, la jolie princesse tournoyait au son des violons et des flûtes de pan, entourée d'autres valseurs et d'admirateurs qui frappaient des mains en rythme. Elle était semblable à une fée couronnée de fleurs des champs, sa longue robe coquelicot voltigeant autour de ses pieds nus sautillants, révélant ses jupons d'or et faisant scintiller la richesse du satin. Ses longs cheveux détachés étaient semblables à une traînée de feu, se collant parfois à son visage rieur aux joues rosies par l'effort et aux innombrables tâches de rousseur.
Eddie était conquis. Comment ne pas tomber sous le charme d'une telle apparition chimérique ? S'il n'était pas déjà épris, il le serait devenu face à ce spectacle.
Il resta en retrait quelques instants, savourant le moment. Son sang pulsait à ses oreilles et ses mains tremblaient tant il était nerveux. Qu'était-il en train de faire ?! Pris de doutes, il ferma les yeux… Il n'avait qu'un peu plus de onze mois à rester près d'elle, et c'était sa seule opportunité pour l'approcher et la courtiser… Peut-être allait-elle le repousser ? Pourrait-elle alors continuer à travailler avec lui en sachant ses sentiments ? Et lui ? En serait-il capable ?... Pourtant, sa volonté se raffermit : s'il n'essayait pas, il le regretterait toute sa vie.
Inspirant longuement pour prendre courage, il alla à sa rencontre et attrapa ses doigts délicats. Anna s'immobilisa, surprise. Dans ses prunelles vert prairie, il lut de l'étonnement, puis une légère appréhension en le reconnaissant… et de la timidité. Elle rougit d'embarras, mais lui sourit et ne se dégagea de sa prise légère. Elle le pouvait si elle le souhaitait, il prit bien garde de lui en laisser l'occasion.
Ravi, la poitrine de plus en plus compressée d'émotion, il s'inclina largement avec un ample mouvement de bras, comme l'invitant à danser avec lui. La princesse rit de cette scène pleine de galanterie, et fit une gracieuse révérence protocolaire en réponse : elle acceptait ! Eddie aurait pu en pleurer de joie s'il n'avait pas déjà les zygomatiques en feu tant son sourire était grand.
Délicatement, il vint poser une main sur sa taille, et entrelaça leurs doigts de l'autre. Et plongés l'un dans les yeux de l'autre, ils improvisèrent une valse joyeuse, plus intéressés par leur plaisir d'être ensemble que par les pas et le maintien réglementaires. Et autour d'eux, le monde s'estompa…
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Harry prit le temps de boire un verre sur son balcon en contemplant les feux de la Saint-Jean brûler au loin. Les brasiers étaient si grands que les flammes parvenaient à dépasser les murailles d'enceinte. Il devait faire une chaleur infernale là-bas… Les rires et les chants parvenaient même jusqu'à lui, et il sourit en pensant à toute cette joie que le peuple devait vivre. Il n'allait pas y avoir beaucoup de monde pour saluer le départ de leur reine, le lendemain.
Encore un peu agacé par sa récente conversation avec Perceval, et par la nécessité de passer une bonne nuit de sommeil avant leur départ, il regrettait de ne pouvoir se joindre aux festivités. Lui aussi aurait aimé se mêler à la population pour boire et manger avec eux. Mais en voyant Malfoy quitter les réjouissances peu avant minuit, se montrant le plus raisonnable, il avait dû se faire une raison. Et puisque ses hommes l'avaient suivi, peu enclins aux grivoiseries qui ne manqueraient pas d'avoir lieu, Arthur avait saisi l'occasion pour les réunir et leur apprendre qu'ils ne l'accompagneraient pas.
Le Gryffondor soupira, las. Puisqu'il s'était privé de la fête, autant tirer profit de son comportement pondéré et aller se coucher. Les rêves finiraient bien par calmer son irritation envers son chevalier.
Résolu, il se leva et alla se changer. Il aimait tant sentir ces draps de soie sur sa peau nue et la souplesse du matelas royal aussi moelleux qu'un nuage… Tout ce luxe allait lui manquer. Certes, il le retrouverait à Camelot, mais ce ne serait pas la même chose : là-bas, il avait ses devoirs de monarque, et il n'était pas pressé de s'y replonger… Les vacances étaient finies… Il retira sa veste et la jeta dans sa valise ouverte. Malfoy ne lui en voudrait pas d'emporter quelques-uns de ses costumes. Ils étaient si confortables qu'il se voyait mal s'en passer. Peut-être pourrait-il lancer une nouvelle mode, une fois de retour en Loegrie ?
Encore perdu dans ses réflexions, déboutonnant sa chemise bleu de prusse, il sursauta en entendant cogner à sa porte. Intrigué par cette visite tardive, il alla ouvrir, sur ses gardes…
Une femme. Sublime. La peau laiteuse à l'aspect plus doux que le velours, lisse et sans imperfection. De longs cheveux blonds comme les blés, ondulant sur ses épaules graciles jusqu'à ses reins, les mèches caressant son beau visage ovale. De grands yeux saphirs bordés de longs cils noirs, brillant d'espièglerie et de promesses inavouables. De belles lèvres pulpeuses, rouges et sensuelles, esquissant un léger sourire malicieux qui creusait une petite fossette sur sa joue ronde… Elle portait un manteau blanc lunaire qui ne laissait rien deviner de son corps, deux mains fines aux ongles vernis de rouge en dépassaient et maintenaient les pans de l'habit fermé. Il s'arrêtait au milieu de ses minces mollets crémeux, et ses petits pieds fuselés étaient courbés par de riches sandales d'argent au talon vertigineux.
"Sensuelle" était le mot. "Désirable" était tout ce à quoi pouvait penser Harry, dont l'esprit était subitement envahi d'incontrôlables images licencieuses. L'air et la posture aguicheurs de cette créature de rêve ne l'aidaient pas à calmer sa libido si soudainement fouettée.
« Bonsoir, Majesté, fit-elle d'une voix plus claire que le cristal.
- Je peux vous aider ? demanda bêtement Potter d'une voix légèrement rauque.
- Je l'espère, minauda-t-elle en se déhanchant en un geste calculé. Il m'a été rapporté que vous passiez votre dernière nuit au palais en solitaire. Cela me semblait pourtant impensable. Pas alors qu'une fête si magique bat son plein partout dans le Royaume. Mais je suis forcée de constater que tout est vrai.
- Et vous souhaitez me tenir compagnie ? interrogea-t-il en haussant les sourcils, douché par sa méfiance grandissante.
- Vous ne pouvez passer à côté de la célèbre fête de la Saint-Jean d'Arendelle ! Notre pays ne pourrait souffrir de laisser repartir un roi de votre importance sans qu'il n'en profite ! Notre bien-aimée reine est de cet avis. Et dans son infinie bonté, elle a donc pensé qu'il serait plus juste de faire venir les divertissements jusqu'à vous.
- C'est la Reine Elsa qui vous envoie ? s'étonna-t-il, de plus en plus circonspect : il voyait mal Malfoy ordonner une chose pareille.
- Quoi de plus naturel que de vous faire goûter aux spécialités d'Avalon ? Vous ne pensiez tout de même pas quitter nos contrées sans en avoir apprécié toutes ses saveurs ? Je me ferai une joie de vous initier aux délices de notre si belle nation. »
Sur ces mots, elle laissa glisser sa mante le long de ses bras, la laissant chuter sur le sol…
Elle était totalement nue. Ses courbes féminines étaient parfaites. Ses seins opulents bien ronds et fermes. Son ventre plat. Sa taille délicate. Ses bras gracieux. Ses hanches larges et charnues. Sa fente recouverte d'un fin duvet blond et bouclé. Ses jambes longues et sveltes…
Harry déglutit. Il n'arrivait pas à quitter ce corps divin du regard, le désir gorgeant de sang son membre inférieur… Ses pensées s'embrouillèrent, parasitées par des dessins très explicites de ce qu'il s'apprêtait à faire… Parce qu'il ne pouvait pas résister à cette tentatrice. Il ne le voulait pas !
« J'aimerai également savourer tous les talents que peut proposer Loegrie, susurra-t-elle en s'approchant d'un pas, les yeux brûlants. La magie de cette nuit est la seule à me donner droit à cet honneur. Et je suis sûre que le roi de ce Royaume est à la hauteur de sa réputation si avantageuse… »
De ses longs doigts délicats, elle caressa le renflement dans son pantalon, ses épaisses lèvres luisantes à quelques millimètres des siennes. C'était plus qu'il ne pouvait en supporter.
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Harry attrapa l'arrière de sa tête et écrasa sa bouche sur la sienne. Sa langue s'engouffra d'autorité afin d'abuser de sa consœur, dégustant sa salive sucrée et sa lippe cerise. Sa main partit agripper son fessier ferme et le malaxa en tirant la séductrice contre lui. Elle était délicieuse, splendide, incomparable. Son corps souple fondait contre le sien, ses fins bras blancs s'enroulèrent autour de son cou, et elle répondit passionnément au baiser. Son parfum floral capiteux lui montait à la tête, obscurcissant encore plus son esprit. Il glissa sa paume le long de la chevelure blonde, caressant l'épaule, l'omoplate, le long de la colonne vertébrale, les hanches…
Sans rompre l'échange ni se décoller d'elle, il fit entrer la femme et claqua la porte d'un coup de pied. Mais alors qu'il s'apprêtait à la plaquer contre un mur, celle-ci s'éloigna et ouvrit sa chemise d'un coup sec, faisant sauter les derniers boutons restés fermés. Elle sourit en se léchant les lèvres, griffant son torse musclé, ne s'arrêtant qu'en arrivant au téton qu'elle frôla. Le brun siffla, serrant les mâchoires. Elle mordit son pectoral au point de laisser des marques, récoltant un gémissement de sa victime. Harry la tira par le cuir chevelu pour lui relever le visage, maltraita ses lèvres de ses incisives avant de les lécher. Le ton de la soirée était donné : ce sera donc du sexe agressif. Ce n'était pas ce qu'il préférait, mais pourquoi pas.
Il avança pour la faire reculer, malmenant sa bouche de sa langue et ses dents. Elle ne se laissa pas manipuler et le mordait sans ménagement tout en retirant ce qu'il restait de sa chemise, l'obligeant parfois à faire un pas en arrière. Ce petit jeu était plaisant, et Potter la laissa parfois remporter quelques batailles : il refusait de la contraindre en usant de sa force, et préférait s'amuser de cette bataille sans réel perdant ni vainqueur. Elle aussi, d'ailleurs, le laissait gagner du terrain sans trop de répondant, consciente que cela leur permettait d'atteindre les divans plus rapidement. Cependant, elle marqua chacune de ses "défaites" par une griffure bien sentie dans son dos, son torse ou ses flancs. Cette femme était une vraie tigresse !
Une fois à distance raisonnable, Harry la souleva du sol en attrapant ses cuisses et la jeta sur le canapé moelleux. Il avait hésité avec la table basse en marbre mais craignait de lui faire mal. Souci que, elle, n'avait pas : alors qu'il profitait de cette distance pour déboutonner son pantalon, elle approcha ses jambes pour en passer une derrière ses genoux, le faisant plier et chuter sur le sol. Sa tête passa dangereusement près du coin du meuble, et son crâne cogna durement le sol.
Sonné, le Gryffondor se rendit à peine compte qu'elle l'enfourchait et prenait son pénis à peine libéré à pleine main. Il feula comme un animal à ce contact, enfonçant ses doigts sur ses cuisses au point d'en laisser des contusions.
« Les rumeurs étaient vraies, souffla la prédatrice en serrant légèrement son étreinte, ce qui entraîna un grognement rauque du supplicié. Non seulement la nature vous a gâté, mais votre galanterie vous empêche de lâcher la bride de votre bête intérieure. »
Elle se pencha et donna un coup de langue vif sur son gland violacé et suintant déjà de son liquide visqueux. En même temps, elle fit lentement glisser ses ongles longs sur ses flancs, les plantant durement une fois arrivés à l'os iliaque. Harry grogna, resserrant sa prise sur ses jambes laiteuses.
« Vous êtes à ma merci, et pourtant vous ne tentez rien, murmura-t-elle, l'air sournois. Je pourrais vous blesser plus sérieusement. Alors pourquoi ne pas renverser la situation ? Vous le pouvez assurément…
- Peut-être suis-je dans l'attente d'un acte de votre part ? gronda le brun, le souffle court et les yeux plissés comme une menace. Une fois fait, soyez assurée que je me chargerai de prendre la suite.
- Autoritaire, frémit-elle en lapant une nouvelle fois son urètre tout en contractant encore ses doigts autour de sa verge turgescente, le faisant siffler. J'aime ça. Peut-être devrais-je vous faire patienter encore un peu, afin d'attiser votre sauvagerie. Vous demeurez bien trop sage pour moi. Laissez donc libre court à vos pulsions. Soyez violent. Je ne tolère pas les coups mais supporte très bien un peu de douleur.
- Moi non, répliqua Arthur le regard dur en attrapant ses hanches, prêt à la soulever. Et j'ai peu de patience. Soit vous me sucez tout de suite, soit je vous renverse pour vous faire passer l'envie de m'émasculer.
- Tentant. Mais je me dois de plier devant mon roi. »
D'un coup, elle engouffra sa pine. Entièrement et totalement, ses lèvres touchant scrotum et poils pubiens. Harry poussa un râle de plaisir. La sensation du sang circulant à nouveau dans son sexe, associé à la chaleur humide de sa bouche était un pur régal ! Et sa lipe charnue, si douce autour de son membre maltraité, faisait trembler tout son être. Soucieuse de son bonheur, elle alla jusqu'à darder une langue mutine pour taquiner ses testicules. Il se cambra, et son champ de vision s'étrécit.
S'appliquant à la tâche, sa main droite anciennement tortionnaire le masturba au rythme de ses succions, et la gauche palpa ses bourses. De temps en temps, la fourbe râclait ses dents sur son frein pour le faire rauquer. Sa dextérité ne laissait pas de place au doute : elle le faisait exprès ! Mais Potter ne protesta, trop heureux du traitement. C'était l'une des meilleures pipes de sa vie !
Alors qu'il était sur le point de jouir, il tira sa tête en arrière au moment où elle était au plus haut, et la fit rouler sur le dos. Elle sembla stupéfaite, et devint ébahie quand il leva son bassin à la verticale pour dévorer sa vulve. Si elle était descendue au sud pour son plaisir, il lui devait bien la même attention. La cyprine n'était pas son mets favori, mais le goût de son liquide pré-éjaculatoire n'était probablement pas mieux.
Le cou cassé, le corps en l'air, la femme cria son plaisir en sentant la langue du brun stimuler son clitoris. Ses jambes entourèrent ses épaules pour le maintenir contre son vagin, et lèvres contre lèvres, Harry mit toute son expérience à profit. Après Ginny, il avait couché avec plusieurs femmes aux envies et sensations différentes, et avait appris à être attentif à leurs réactions pour mieux les satisfaire. Les quelques hommes qu'il avait testé n'étaient pas moins variés, même si être lui-même un mâle amenait de gros avantages. Alors il pensait savoir reconnaître quand une conquête préférait une attention soutenue de son bouton sensible, ou une excitation plus en profondeur. Et avec celle-ci, la première option semblait provoquer des cris plus intenses.
Après avoir passé autant de temps sur son con que la blonde sur son phallus, il laissa glisser son corps à mi-chemin du sol, ne le retenant en suspension que par une jambe qu'il gardait sur son épaule. Là, il présenta sa queue devant son entrée largement lubrifiée, et amorça la pénétration.
C'était si chaud. Si humide. Et sa récente sollicitation orale avait rendu ses lèvres gonflées et palpitantes. Un délice ! Il entra entièrement avant d'amorcer un lent va-et-vient… et après deux fois seulement, il accéléra brutalement la cadence.
Bras sur le sol au-dessus de sa tête, la chevelure désordonnée étalée sur le parquet, la femme se laissa totalement faire. Harry était agenouillé, une main tenant la jambe près de son cou, et l'autre maintenant le bassin à bonne hauteur. Il n'y avait pas de caresse ou d'affection, leur corps ne se touchant qu'au minimum, juste des coups de boutoir de plus en plus frénétiques. Le Gryffondor la pilonnait sans merci, plus attentif à son propre plaisir qu'au sien. Puisqu'elle avait dit aimer lorsque c'était dur, il n'allait pas se retenir. Et les cris qu'il percevait au travers de son cerveau embrumé lui confirmaient qu'elle appréciait le traitement. Elle sembla même jouir avant lui.
Et alors qu'il se sentait au bord de l'explosion, il se retira vivement et se déversa sur son ventre dans un profond râle rauque et sonore.
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Draco jouit à s'en écorcher la voix. Il tirait sur les oreillers et les draps, manquant de les déchirer, perdu entre la douleur, l'extase et la consomption. Perceval venait de lui faire l'amour. Ce n'avait pas été de la "fornication", ou un "coït", ou de la "baise"… Non : il lui avait fait l'amour. Des larmes roulaient sur ses joues, ses poumons étaient en feu, sa peau frémissait, ses membres tremblaient… Même s'ils n'avaient plus d'éjaculation, le plaisir ressenti durant leurs ébats n'en était pas amoindri.
Les caresses du chevalier avaient eu raison de lui. Cette vénération l'avait ému au point d'en perdre son latin. C'était mal ! Malfoy était déchiré. Il n'était pas épris de ce guerrier, et bénéficiait pourtant d'un déluge de douceurs. Ce n'était pas juste ! Il n'en avait pas le droit ! Et pourtant… pourtant… C'était si bon !
Comme pour l'achever, le soldat le couvrit à nouveau de tendres baisers, le faisant haleter de bonheur et de honte. Son cœur se serra, meurtri. Il l'enlaça mollement, sans force, s'estompant peu à peu avec délice dans ce dévouement passionné, noyé dans cet ouragan de bienveillance. C'était un supplice… Et il ne pouvait plus s'en passer.
En plus d'être si prompt à dispenser son affection, Perceval s'était découvert un merveilleux amant. Cet élève d'abord timide et gauche, avait commencé à prendre des initiatives bienvenues lors de leur deuxième assaut. Et le blond s'était délecté de chacune de ces attentions. Après chaque orgasme, le brun savait masser ses muscles et soulager ses nerfs, et la reine s'endormait quelque temps entre ses bras, respirant son odeur musquée. Merlin ! Il l'avait réveillé avec une fellation ! Jamais il n'aurait cru pouvoir demander une telle obligeance à un novice qui s'était cru hétérosexuel avant de le rencontrer ! Plus encore en sachant l'homosexualité condamnable dans son pays ! Cet homme apprenait vite, et était plein de surprises.
Après cette troisième occurrence encore plus satisfaisante que les précédentes, son corps était brisé, courbaturé, exténué… Mais détendu, enchanté et plus que comblé. Une douce torpeur l'envahit, causée à la fois par la jouissance, leurs ébats répétés, et cette culpabilité qui ne le lâchait plus. Il s'habituait peu à peu à cet amour, s'y lovant comme dans un cocon douillet… C'était si mal…
« Allez-vous bien, ma reine ? s'enquit le chevalier tout en frôlant sa joue, le regard inquiet.
- Je vous l'ai déjà dit : cette nuit, appelez-moi "Elsa", rétorqua Draco en somnolant. Je suis simplement épuisé… Ne l'êtes-vous point ?
- Votre beauté me tient en éveil. Je ne puis perdre une seule seconde sans vous contempler. Et puis… j'ai l'habitude des nuits blanches durant les campagnes ou de l'activité physique intense.
- Vous êtes un monstre, sourit Draco en fermant les yeux. Laissez-moi seulement quelques minutes de repos… Je ne suis pas aussi endurant que vous.
- Tout ce que vous voudrez, ma r… Elsa… "Elsa"… Ce nom coule sur mes lèvres comme le plus doux des nectars. »
Mais Malfoy ne put entendre la suite et s'endormit sous les caresses continues du chevalier. Au plus profond de son esprit, ses pensées divaguant parmi les songes, il savait qu'il allait regretter sa décision. Égoïste, il avait cru que seul Perceval allait payer la douleur d'un réveil brutal au lever du jour. Mais comment retrouver sa vie de reine après avoir ressenti toute l'adoration de ce galant ? Allait-il pouvoir se contenter des copulations sans âme avec Blaise ? Il n'en était pas sûr… Même si ce dernier demeurait plus savant et adroit, la tendresse certaine du militaire compensait plus que largement son manque d'expérience. Lui aussi allait souffrir de ne plus pouvoir bénéficier de cette dévotion. Trop sûr de ne pas flancher face aux sentiments qu'il se croyait incapable de ressentir ou de mériter, il allait expier son orgueil en abandonnant la seule personne dans tous les univers à bien vouloir de lui… Car celui-ci n'était présent que pour un an.
Draco n'était pas stupide, il n'avait pas oublié qui il était, ni d'où il venait… Il n'était souveraine que durant une année, avant de retrouver sa misère quotidienne. Et le chevalier qui l'aimait tant n'était pas réel. Il n'existait pas vraiment. Il ne pourrait jamais le retrouver dans la vraie vie. Et cela le torturait. Il se mit à haïr son trône qui le tenait si loin des bras de cet homme et de cet amour… Si seulement il pouvait passer les prochains mois dans ce lit, avec lui…
Il eut l'impression d'avoir fermé les paupières seulement quelques secondes que les baisers de plus en plus insistants de son amant l'éveillèrent. Un suçon particulièrement intense le fit gémir et ouvrir les yeux… et la clarté de la chambre le figea d'effroi.
« Encore une fois, supplia Perceval dans un chuchotement craintif, le visage crispé d'une douleur contenue. Rien qu'une seule fois… Une dernière fois… »
Les rayons du soleil commençaient à apparaître… C'était impossible… Déjà ?... C'était fini ?… Tout était fini… Pourquoi s'était-il endormi ? Pourquoi ne s'était-il pas réveillé plus tôt ?!
C'était un cauchemar… Draco n'osait pas regarder le chevalier, tétanisé par la lueur du jour naissant à travers les rideaux à moitié fermés. Jamais il n'aurait cru que son cœur allait lui faire aussi mal. Il avait commencé cette nuit en pensant juste profiter du corps bien fait et de la passion physique d'un homme ardent, il la terminait en se sentant écorché vif à l'idée de ne plus ressentir toute la tendresse qu'un humain pouvait lui offrir… Plus jamais…
Une larme roula sur sa tempe… et il se tourna vers Perceval. Il avait pensé lui faire un cadeau, mais c'était lui qui avait reçu le plus beau des présents. Et le plus cruel. Il avait réveillé cette partie de son âme qu'il avait cru morte pour toujours, arrachée durant ses jeunes années : il lui avait prouvé qu'on pouvait l'aimer. Réellement. Totalement et inconditionnellement. Et avec le temps, il aurait pu lui aussi tomber amoureux de cet homme si doux et si entier. Ils auraient pu être heureux… Mais c'était terminé… Il n'y avait aucun avenir pour cette folle romance. Elle n'aurait même jamais dû exister. Et ce qui avait repris vie devait à nouveau être détruit… Pour ne plus souffrir…
La main de Perceval vint essuyer son unique larme, et ils s'observèrent. L'air égaré, désespéré, résigné… Ils savaient… et ne se reverraient peut-être plus jamais.
Sans pouvoir se retenir, Draco se pencha soudainement et l'embrassa. Il souhaitait lui transmettre tous ses sentiments, aussi imparfaits et incomplets étaient-ils. Et sans doute était-ce la première fois que le chevalier ressentait une forme d'amour de sa part. La main du guerrier tremblait quand elle se posa sur sa hanche, et glissa vers sa taille en une lente caresse amère.
Leur douceur dépressive se mua peu à peu en un acharnement passionné. Celui de leur ultime chance. Il y avait de la violence dans leur détresse, mais surtout, la tendresse de deux forcenés. Deux affections différentes, chacune nocive à sa manière, et tout aussi impossibles l'une que l'autre.
Perceval fit rouler Draco sur le dos et s'installa entre ses jambes. Ils ne pouvaient cesser de se toucher, comme cherchant à imprimer le visage et le corps de l'autre durablement dans leur mémoire. Leurs lèvres ne se quittaient pas. Leurs langues, déjà bien complices, engageaient un ballet d'adieu déchirant. Cette quatrième danse promettait d'être la plus intense… La plus douloureuse…
Une seule fois…
Juste une dernière fois…
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Ils avaient dansé toute la nuit et étaient épuisés. Beaucoup avaient regagné leur lit, soucieux de pouvoir se rendre au port dans les temps afin de saluer le départ de leur reine bien-aimée. Quelques-uns avaient souhaité poursuivre l'ivresse et en extraire jusqu'aux ultimes gouttes de joie. La plupart d'entre eux s'étaient écroulés sur le sol, les chaises ou les tables, abattus par la fatigue. Et certains rares tenaient encore debout, peu stables et la bouche pâteuse. Il n'y avait plus de rire, de chant, de musique ou de danse, seulement une douce léthargie bienheureuse et la nostalgie d'un intense bonheur vécu.
Tenus en éveil par leur exaltation, Eddie et Anna riaient encore en s'éloignant vers les collines. Ils venaient d'être apostrophés par une femme particulièrement avinée, qui avait tenté de leur parler à travers des borborygmes incompréhensibles. Une autre grisée avait souhaité soutenir ses propos, mais la première, prenant mal son intervention, se croyait contredite, et une dispute pittoresque s'en était suivie. Les deux tourtereaux en avaient profité pour prendre la poudre d'escampette, et avaient laissé éclater leur hilarité une fois certains de ne plus être entendus.
La jeune princesse avait les pieds bien abîmés d'avoir sautillé des heures durant sans chaussure, mais ne semblait pourtant pas en souffrir. Cependant, Kristoff n'était pas assez éméché pour en oublier les bases les plus élémentaires de la galanterie, et trouva vite un rocher au milieu d'une verte prairie afin qu'ils puissent s'y asseoir.
« Je déplore que le soleil doive se lever, souffla Anna en contemplant l'horizon. Il n'annonce que des mauvaises nouvelles : la fin de la fête, le départ de ma sœur… et même le fait que nous devions retourner à notre relation d'avant, ajouta-t-elle en baissant le visage sur ses pieds qu'elle balançait. J'ai adoré danser avec vous…
- J'ai passé la plus belle nuit de toute ma vie, avoua honnêtement Carmichael dans un sourire. Ce n'est pas souvent qu'on peut voir la princesse et régente du Grand Royaume d'Avalon entourlouper un escroc en trichant mieux aux cartes.
- L'as dans sa manche était trop visible ! se défendit-elle, rougissante. Je ne pouvais pas laisser passer ça !
- Ou faire croire à une couturière qu'un vicomte avait le béguin pour elle.
- Elle n'arrêtait pas de soupirer après lui ! Je l'entendais de la table où nous étions ! Et je connais ce crétin : un vrai romantique ! Il en fallait peu pour les rapprocher.
- Grâce à vous, ils ont également dû passer un très bon moment, s'amusa le tailleur en battant les jambes à son tour.
- Ça ne change rien, pour eux comme pour nous : le jour revient, et tout doit retourner dans l'ordre… bouda-t-elle, maussade. Ce n'est pas juste. Nous devrions toujours vivre ainsi, sans souci des convenances, heureux d'être qui nous sommes et vivant pleinement la joie d'être ensemble.
- C'est utopique. Si la magie de la Saint-Jean permet de faire fuir les démons quelques heures durant, elle ne peut pas pour autant les éliminer définitivement. L'humain est ainsi fait, composé d'autant de lumière que de noirceur. Et vous ne pouvez pas étouffer indéfiniment leur part sombre… Mais ne vous en faites pas, poursuivit-il, l'air canaille. Cela ne nous empêchera pas de danser ensemble de temps en temps, à l'abri des regards indiscrets. »
Anna s'empourpra violemment, et s'appliqua à se cacher derrière ses cheveux. Eddie ne comprit pas son embarras… avant de saisir le double sens de ses propos. Il rougit tout aussi brutalement, et bégaya avant d'arriver à formuler une phrase à peu près cohérente.
« Je veux dire… Enfin… Non ! Ce n'est pas ce que je… Ce que je voulais dire… Je parlais d'une vraie danse !... Juste… dans un des petits salons… Et quand il n'y a personne, un peu de musique et… voilà ! C'est tout !... Je ne cherchais pas… Je n'oserais jamais… ! Ce serait… Non ! Non !... C'est seulement que… »
Il s'embrouillait, plus gêné qu'il ne l'avait jamais été de sa vie. Qu'elle ait pu penser qu'il lui faisait des avances aussi outrancières le faisait pâlir d'effroi autant que roussir de malaise. Il ne voulait pas passer pour un rustre ! Il n'était pas de ce genre ! Il devait se rattraper, vite ! Cette bévue pouvait jeter un froid sur leur rapprochement, et ce n'était pas du tout ce qu'il souhaitait !
Le pauvre "Chat Botté" ébranlé ne vit ni n'entendit le gloussement surpris de la jeune fille. Il ne sentit que sa main se poser sur sa joue, et ses lèvres effleurer soudainement les siennes en un léger baiser papillon… pour reculer aussitôt.
Il était perdu. Son cœur ne savait plus comment battre correctement. Il fixait les prunelles vertes et rieuses sans savoir quoi penser. Se jouait-elle de lui ? Il ne pouvait espérer que…
« Vous êtes un homme charmant, fit-elle en détournant le regard, les joues rose capucine. Je suis heureuse de vous savoir près de moi pour les épreuves qui m'attendent… Et j'aime à penser que… cette joie est réciproque ?
- Nat… Je… Ou… Evid… Mais… Mais je… Mais le soleil… La nuit… C'est fini !... Non ?
- Pardon ? demanda-t-elle, dubitative, oubliant son effronterie sous le coup de l'étonnement.
- Je croyais… bredouilla-t-il, complètement paumé. On m'a dit qu'aux premiers rayons du soleil… Chacun devait… reprendre sa place ?
- Et celle-ci n'est pas près de moi ?
- Si !... Si, évidemment ! Mais… Mais vous êtes la princesse ! La sœur de la reine ! La régente du Royaume d'Avalon !
- Et vous êtes le Marquis de Carabas…
- Ce n'est qu'un faux nom, vous le savez ! Je ne suis qu'un simple roturier ! Je ne peux pas… Et même ! Vous êtes destinée à un avenir plus grand ! Vous êtes certainement promise à un prince d'une autre contrée, ou même un roi ! Afin de favoriser les alliances politiques, et…
- Elsa l'a toujours refusé, rit sincèrement la rousse, comprenant enfin son désarroi. Voyons, Kristoff… Elle gouverne la Grande Avalon ! L'Île Fortunée que tous nous envie ! Vous pensez que me marier à la famille dirigeante d'une autre nation est nécessaire pour nous faire respecter et conclure des traités ? Au contraire : ça ne ferait que nous obliger à maintenir une entente avec un pays qui pourrait ne plus être avantageux à un moment donné. Et puis, nous avons déjà une union puissante avec Loegrie, qui nous assure la protection et un avenir radieux, même en cas de coup dur. Le Roi Arthur est déjà marié, et n'a pas de fils avec lequel je pourrais me fiancer. Du coup, mon mariage n'apporterait rien. Ce sont plutôt les autres familles royales qui cherchent à séduire ma sœur ! Je vous rappelle qu'elle est toujours jeune et célibataire, en plus d'être très belle et la reine ! C'est elle la première cible des demandes pour des fiançailles… Et elle rejette tout en bloc.
- C'est… je… C'est vrai ?! C'est tellement… Je croyais…
- Et puis je vous rappelle que j'ai épousé ce mufle de Kay ! le coupa Anna, en colère à ce souvenir. C'est bien la preuve que je suis libre de choisir qui je veux ! Il n'était qu'un nouveau riche, et Elsa ne l'a jamais aimé. J'aurais dû l'écouter ! Je me moque du statut social, du pouvoir ou des comptes en banque, mais je regrette tellement ! Quelle idiote j'ai été de croire qu'il m'aimait ! Tous nos malheurs viennent de lui et… Mais il a aussi permis que je vous rencontre… ajouta-t-elle, plus douce. Heureusement que ma sœur a pu tout annuler. Je suis de nouveau libre… En fait, du coup… Après tout ça, c'est plus de sa part que vous pourriez rencontrer une résistance si vous souhaitez… Enfin… Si j'ai bien compris votre… Je crois…
- Oui ! s'exclama Eddie, n'en croyant pas son bonheur. Oui ! Je… ! Je… ! »
Regardant autour de lui, il chercha un moyen de rendre sa déclaration plus décente. Quel idiot il avait été ! Il savait déjà tout ce que la jeune fille avait dit, alors pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ?! En tant que chef des services de renseignement, c'était une honte ! Et pourtant… Comment aurait-il pu croire qu'un avenir était possible avec la Princesse d'Avalon ?! Et puis il y avait eu le discours si déprimant d'Ysengrin… Et le tourbillon vertigineux de cette nuit… Et l'alcool… Et il n'était qu'un habitant du vrai monde ! Il n'avait pas encore tous les souvenirs du "Chat Botté"... Et elle était la princesse, bordel ! Ils étaient dans un conte ! Elle ne pouvait que s'unir à un beau prince sur son cheval blanc ! Ou un fringuant chevalier, à la rigueur ! Pas un vil espion menteur et tricheur ! Elle méritait mieux que ça !
Paniqué, il arracha une pauvre pâquerette qui n'avait rien demandé, et s'agenouilla dans l'herbe devant sa belle.
« Princesse Anna Camlann d'Avalon, je suis tombé fou amoureux de vous au premier regard, clama-t-il le cœur palpitant, le souffle court et le visage écarlate, sa fleur se courbant pitoyablement sur le côté. Je n'ose vous demander votre main, ou même votre affection, mais… »
L'adolescente gloussa à nouveau en rougissant, ravie, et se pencha vers lui avant qu'il eut fini sa phrase. Tendrement, elle déposa un second chaste baiser sur ses lèvres. Il ne savait plus où se mettre, cramoisi et envahi par une chaleur étouffante. Il était partagé entre l'envie de la prendre dans ses bras ou de danser le flamenco partout dans le pré.
« Je remercie la magie de cette nuit pour vous avoir enfin donné le courage de vous déclarer, s'embrasa Anna, se retenant également d'exprimer sa joie en sautant dans tous les sens. J'ai bien cru devoir le faire à votre place. Mais avec toute cette pression, et dans les circonstances actuelles… Ça serait devenu difficile.
- Que voulez-vous dire ? demanda-t-il, refroidi.
- Dès le départ de ma sœur dans quelques heures, et jusqu'à ce qu'elle revienne, je serai régente, grimaça-t-elle, craintive. Je ne serai plus une simple princesse sans trop de responsabilités. Je vais devoir tenir le rôle de la reine… et en subir tous les inconvénients… Elsa ne peut pas s'unir avec n'importe qui, elle. Elle n'a même pas le droit d'être amoureuse ! Bien sûr, il lui est permis d'avoir quelques… "activités" si elle en ressent le besoin, mais ça ne doit jamais aller plus loin. C'est pour ça qu'elle n'est toujours pas mariée. En fait, elle m'a avoué…
- Qu'elle prévoyait de rester seule toute sa vie, et que l'héritier serait l'enfant que vous aurez avec le futur époux que vous auriez eu la liberté de choisir… termina Eddie à sa place, se souvenant tout à coup de cette conclusion qu'il avait déjà eu il y avait bien longtemps.
- Oui… Du coup, je…
- Vous ne pourrez pas vivre d'idylle avec moi, tant que la Reine Elsa ne sera pas de retour… acheva le tailleur, le cœur brisé. S'il lui arrivait malheur durant son voyage, vous deviendrez la seule et unique héritière du Royaume. Avec toutes les charges qui en incombent… dont l'interdiction d'aimer un simple roturier comme moi… »
C'était de cela qu'Ysengrin avait cherché à le préserver. Leur histoire n'allait pas être "difficile", elle était carrément impossible ! Tant que la monarque légitime n'était plus assise sur son trône pour souffrir des conséquences de cette charge, c'était Anna qui était sacrifiée à sa place.
Kristoff s'injuria copieusement de ne pas avoir compris plus tôt. Enivré par la magie de cette nuit, il n'avait réussi à atteindre le paroxysme du bonheur que quelques secondes avant d'être broyé par la réalité. Il avait oublié à quel point les contes pouvaient être cruels, et qu'il y avait toujours un prix à payer. Le vieux camelot avait eu raison : il n'était qu'un jeune sot, bête et aveugle, qui avait couru droit dans le piège de la tendresse. Un louveteau qui se croyait renard et s'était laissé abuser par les affres de son cœur… Il était pathétique.
« Ne soyez pas triste ! fit précipitamment Anna en s'agenouillant près de lui, prenant ses mains dans les siennes, l'air soucieux. Ce n'est qu'un simple contretemps ! Elsa va revenir dès qu'elle aura appris à contrôler ses pouvoirs, elle mettra fin à la malédiction latente, reprendra la couronne, et nous pourrons enfin être libres et heureux ensemble ! Il nous faut juste être patients. Tout ira bien.
- Comment pouvez-vous être aussi confiante ? ne put-il s'empêcher de demander, sidéré par son optimisme débordant. Je sais que je n'aurais pas pu rester si près de vous sans finir par me déclarer, mais… Ces prochains mois vont être une torture ! Je n'aurais pas le droit de vous approcher, et…
- Mais nous pourrons nous retrouver en secret, sourit-elle, les joues rosies par son audace. Vous l'avez dit vous-même : il suffira d'un petit salon désert et un peu de musique. N'est-ce pas ? »
Il ne savait plus si elle était inconsciente ou insouciante… Ce qu'elle prévoyait était très risqué ! Si quelqu'un les surprenait…
« Et puis, votre tâche à mes côtés nécessitait déjà que nous nous voyions seul à seule de temps en temps. Nous ne ferons qu'amener un peu de la folie de la Saint-Jean dans nos échanges. Et même si on nous découvre, j'ai autant le droit que ma sœur de recevoir qui je souhaite dans mes appartements.
- Vous sentez-vous capable de cacher votre affection aux yeux de la Cour ? hésita Eddie, angoissé à l'idée de ne pas le pouvoir lui-même. Car c'est de cela dont il s'agit. Les gens sentent ces choses-là. Les plus malveillants pistent le sillage des amours interdits comme les chiens reniflent un morceau de viande ! Votre gouvernance ne sera déjà pas facile, et nous nous mettons une grosse épine dans le pied ! Avalon doit rester forte et inattaquable en l'absence de sa reine, vous n'aurez pas le droit de montrer un seul signe de faiblesse ! Et je suis censé vous y aider, pas être la cause de vos difficultés !
- Et nous y parviendrons, assura-t-elle en souriant. Elsa et le Roi Arthur m'ont laissé deux grands chevaliers ambassadeurs pour appuyer la puissance de notre île. Votre réseau d'espionnage à déjà fait ses preuves de nombreuses fois. Évalac est un vieux grincheux mais il est sage, il saura m'aiguiller dans la bonne direction. Et cette enquiquineuse de Gerda se montrera bien assez zélée pour m'empêcher de commettre des impairs en société. Elsa n'a eu que vous pour la soutenir durant toutes ses années de règne, et Avalon ne s'est jamais aussi bien portée. Il n'y a aucune raison que nous échouions. Arrêtez donc d'être à ce point stressé, et réjouissez-vous plutôt que nos sentiments soient partagés ! »
Il doutait… Il aurait tant voulu partager son enthousiasme. Anna l'aimait, et il l'aimait… Pourtant, ce n'était pas aussi simple. Au contraire, la situation était semblable à une forêt d'épines dont les piquants grossissaient et les menaçaient de plus en plus à chaque instant. Et en guise d'épée pour leur tailler un chemin au milieu de tous ces périls, il n'avait qu'un corbeau noir irrascible et un vieux renne grognon…
Car en écoutant les propos candides de sa douce, il avait bien compris que c'était à lui de déjouer les embûches. Et il s'attendait au pire…
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Dans les bras de Perceval, Draco regardait le soleil se lever… Il devait être dans les alentours de six heures, et il ne voulait surtout pas bouger. Leur dernière étreinte avait été pleine d'amertume et de remords… Lente, poignante, corrosive… et tellement intense. Le blond n'avait jamais vécu cela de toute sa vie, et aurait préféré ne jamais connaître une telle déchirure. Il y avait eu plus de souffrances que de bienfaits, mais il n'en regrettait pas une seule seconde. Ils avaient fait durer ce plaisir âpre le plus longtemps possible, et n'avaient pas eu le courage de se séparer ensuite. Arrimés l'un contre l'autre, ils tentaient encore d'ignorer leur malheur en faisant fi du temps qui passait, conscients que la fin avait déjà sonné.
Le chevalier caressait ses cheveux et déposait régulièrement des baisers sur son corps ou son visage. Ces derniers instants de tendresse le rendait fou, il avait envie de crier de rage, et de briser tous les objets qui lui tomberaient sous la main… Pourtant, il restait calme. Amorphe… Dans l'attente du moment où il ne pourrait plus se permettre de proroger.
L'appareillage était programmé dans les alentours de neuf heures, afin que son peuple puisse se remettre des festivités et assister à son départ. Cela restait tôt pour les fêtards, mais était mieux que les sept heures initialement prévues. Ses femmes de chambre n'allaient plus tarder, et elles ne devaient pas trouver le guerrier dans son lit. Il ne pouvait pas faire durer plus longtemps… Et il savait que Perceval ne ferait pas le moindre geste s'il ne l'y obligeait pas.
Résigné, il se redressa. Il avait mal partout, la compression de son cœur menaçant de le clouer au matelas. Cependant, il ravala ses larmes et passa ses jambes sur le côté du lit pour se lever, se répétant inlassablement qu'il était la reine et avait des devoirs envers son peuple. Debout, il enfila lentement sa robe de chambre de soie blanche, ignorant du mieux possible les suçons et les bleus sur son corps. Ses domestiques et dames de compagnie allaient vite comprendre comment il avait passé la nuit, mais n'avaient pas besoin d'en savoir davantage. De toute façon, elles ne se permettraient pas de lui poser des questions…
« Mes femmes de chambre vont bientôt arriver, fit-il sans oser se tourner vers son amant, brisant le lourd silence qui pesait dans la pièce. Vous feriez mieux de partir maintenant… »
Il entendit le froissement des draps sans pouvoir déterminer à quoi ils correspondaient : s'éloignait-il, se rapprochait-il, restait-il dans le lit ? Il ne voulait pas le savoir… C'était trop dur. Il ne supporterait pas de le voir s'en aller. Il souhaitait tant le garder près de lui qu'il pourrait…
« Je ne peux pas. »
Le Serpentard se crispa. Le chevalier se tenait près de son dos, nu, peut-être prêt à le prendre dans ses bras au moindre signe de sa part… Mais il ne le devait pas. Et cet homme semblait décidé à le torturer jusqu'au bout.
« Et vous non plus, continua-t-il comme pour l'achever. Je l'ai vu dans vos yeux. Dans vos étreintes. Dans vos baisers… Vous me voulez près de vous. Et moi aussi.
- Vous saviez ce qui allait se produire, rétorqua le blond en serrant les dents, restant dos à lui pour ne pas flancher. Vous étiez d'accord. Il ne s'agissait que d'une seule nuit, et nous avons déjà franchi cette limite plus que de raison. Il est temps. Partez.
- Je puis demeurer à vos côtés. »
Tout à coup, Perceval s'agenouilla et lui prit la main, l'obligeant à lui faire face. Ses yeux noisettes étaient brouillés de larmes contenues, mais déterminés. Son visage entier était marqué par une résolution teintée de folie qui lui glaça les sangs.
« Pour vous, j'abjure mon roi et vous jure allégeance, clama-t-il, le regard dément. Je renie mes serments et mon honneur pour devenir vôtre. Je serai votre homme lige. Je ne répondrai plus que de vous seul, obéirai au moindre de vos ordres. Je donnerai ma vie pour vous, comme cela a toujours été mon intention depuis l'instant où j'ai posé mes yeux sur vous. Un jour, vous m'avez enjoint de renouveler mes vœux lorsque je verrai en vous de "bonnes compétences martiales", des "ressources presque divines", une "noble quête", et une "habileté à attirer la dévotion de tous". Et comme je vous l'ai déjà stipulé dans mes billets, cela fait des lunes que je ne cesse de voir tout cela en vous. Vous avez plus de courage que beaucoup de combattants, vous utilisez une magie qui vous rend surpuissant, vous vous vouez corps et âme à votre Royaume, et celui-ci vous aime et vous vénère plus que tout au monde. Mais alors que ce jour-là, je ne pouvais vous offrir que ma protection, je souhaite à présent vous abandonner mon être tout entier. Acceptez moi. Prenez-moi avec vous… Je vous en conjure… »
Draco était pétrifié. Qu'avait-il fait ? Ce n'était pas ce qu'il voulait ! Avait-il rendu cet homme fou ? L'effroi éclaircit son esprit encore embrumé par la fatigue et ses activités nocturnes, et il réalisa enfin les conséquences de ses actes : il était un Chevalier de la Table Ronde ! Ils étaient réputés pour leur dévouement, leur caractère excessif, et pour leur célèbre "amour courtois" ! Et qu'il le veuille ou non, il nageait en plein dedans !
Cette constatation le doucha plus efficacement que n'importe quelle autre déconvenue. Une seconde, il se demanda s'il n'était pas devenu la victime de ce type de romance insensée avant de se secouer : il n'était pas l'heure de l'introspection. Malgré l'illusion de cette nuit, ce qu'il ressentait était réel… Et il devait calmer les ardeurs de ce chevalier devenu trop extrême…
La mort dans l'âme, la poitrine oppressée à l'idée de ce qu'il s'apprêtait à faire, il repoussa le guerrier et recula. Intérieurement, il avait envie de hurler et sangloter qu'il désirait passer toute sa vie dans la chaleur de ses bras aimants. À l'extérieur, il n'afficha que du mépris.
« Est-ce tout ce que vous avez à m'offrir ? Un traître ?! Et tout cela pour quoi ? Pour une autre nuit de débauche sous mes draps à vous adonner au péché de la luxure ? Je ne puis le tolérer ! Je refuse cette promesse que j'ai en exècre ! Comment osez-vous même me la faire ! Partez, Seigneur Perceval ! Conservez le peu de dignité qu'il vous reste et allez retrouver votre roi ! »
Il marcha à grands pas… il ne savait où. Tout ce qu'il souhaitait était de s'éloigner. Il ne pouvait plus supporter cette situation, c'était au-dessus de ses forces. Il allait craquer, il le sentait !
« Je vous aime. »
Draco s'arrêta, crucifié sur place. Bien sûr, il le savait… mais c'était la première fois que le chevalier lui disait ces mots. Il devait rester fort. Il devait tenir bon… Une larme coula sans qu'il ne puisse la réprimer, et il remercia le ciel d'être dos à son amant. Il y avait comme un ultime espoir dans la voix de cet homme… Pourtant, il devait le tuer… et cela le brisait.
« Je suis la reine… » fit-il sans pouvoir masquer un léger tremblement dans sa gorge.
C'était tellement cruel de l'obliger à être le seul raisonnable. Cependant, il était contraint à la fermeté qu'exigeait son rang. Alors il inspira longuement, se répétant encore et encore qui il était, et ne reprit la parole qu'une fois sûr de sa maîtrise.
« Je suis la reine. Je ne puis bénéficier du bonheur simple du commun des mortels, car je dispose d'un amour bien plus grand et méritoire : celui de mon peuple. C'est pour lui que je suis né, et pour lui que je mourrai. Je n'ai que faire de vous. La faiblesse de la chair est une tare contre laquelle je ne peux lutter, mais ma vie et mon cœur appartiennent pour toujours à Avalon. C'est mon devoir. Ma croix. Et ma joie. Je ne renoncerais à ce fardeau pour rien au monde. Surtout pas pour vous. »
Au fur et à mesure qu'il parlait, sa résolution se raffermit. Si ce chevalier violait ses engagements envers le Roi Arthur par amour pour lui, l'incident diplomatique serait cataclysmique. Et il ne pouvait pas lui permettre de se perdre alors qu'il n'avait rien à lui offrir. Sa charge lui interdisait de donner à ce soupirant ce qu'il désirait, et ce qu'il ne manquerait pas de lui réclamer. Il n'était pas un humain. Il était monarque.
« Je jure de n'aimer que vous jusqu'à mon dernier souffle, murmura Perceval dans le silence. Puisque telle est votre volonté, mon bras restera celui de mon roi. Mais mon cœur demeurera pour toujours entre vos mains. Je renonce au mariage et à la satisfaction de tout homme d'obtenir un jour descendance. Je fais vœu de…
- Non… le coupa Draco, accablé. Ce n'est pas ce que je veux… »
Le blond emplit à nouveau ses poumons dans l'espoir de délier le nœud de plus en plus gros dans son thorax. Et il se décida finalement à se tourner vers le chevalier. Il devait lui faire face, et affronter les conséquences de ses choix. Il devait croiser son regard pour tuer à jamais ses espérances et lui faire comprendre ses véritables intentions. Il lui devait bien ça.
« Je n'ai jamais souhaité que vous soyez sacrifié, lui sourit-il, les larmes aux yeux. Bien au contraire. Mes privations ne doivent pas être les vôtres.
- Ma reine…
- Je me suis depuis longtemps résolu à l'idée de ne jamais fonder une famille. Car cela m'obligerait à me lier pour toujours à un homme que je n'aime pas, et pour lequel je n'aurai peut-être même pas de respect. Mon changement de genre a achevé de sceller ce choix, comme une approbation du destin, puisque je ne peux plus enfanter. Mais vous n'êtes point soumis aux mêmes contraintes, et il est hors de question que vous en subissiez aussi les tourments.
- Ma reine…
- Un jour, lorsque votre peine se teintera en mélancolie, vous rencontrerez une femme. Peut-être sera-t-elle noble, peut-être sera-t-elle d'origine modeste… Mais vous l'aimerez.
- Je ne pourrais…
- Vous l'aimerez, insista Draco. En digne chevalier, vous aurez certainement à prouver votre valeur pour gagner sa main. Et en tant que valeureux guerrier, vous remporterez tous les défis. En souvenir de moi, vous ne perdrez pas un seul de vos combats, je vous l'interdis. Vous retournerez vainqueur auprès de votre belle et convolerez en épousailles durant sept jours et sept nuits, comme il se doit.
« Peut-être recevrez-vous des terres par son père ou par votre roi, ou peut-être n'acquerrez-vous jamais de patrimoine. Mais vous bâtirez un foyer pour votre douce. Vous lui offrirez fortune, sécurité, honneur et prestige. Vous ne cesserez pas pour autant d'accomplir vos devoirs envers votre suzerain, et parcourrez les chemins en quête du Graal ou de gloire. Vous vous illustrerez toujours, quels que soient vos objectifs. Car tel est mon désir.
« Vous retournerez souvent trouver le repos dans les tendres bras de votre épouse. Vous lui ferez de nombreux enfants… très nombreux. Et à chacun d'entre eux, vous donnerez une immense richesse en héritage. À l'image de leur père, ils deviendront des adultes honorables, vertueux et sincères. Tous ceux qui croiseront leur route ne feront que vanter leurs mérites et chanter leurs louanges. À leur manière, ils serviront leur pays avec autant de ferveur que leur digne géniteur. Et eux aussi prendront mari ou femme et auront descendance, qui à leur tour, feront perdurer la lignée du Grand Chevalier Perceval. Vous serez fier d'eux. Et vous aurez le sentiment d'avoir accompli ce défi qu'est la vie.
« Longtemps après votre mort, les ménestrels célébreront votre légende. Les années deviendront décennies, puis siècles… Mais jamais votre histoire ne se perdra dans l'oubli. Vous deviendrez un modèle de droiture pour chaque nouvelle génération. Tous les garçons rêveront de ressembler un jour à ce fier chevalier qui a arpenté ses terres. Vous inspirerez les plus grands artistes, et serez hissé en modèle de la vertu. Vous serez tant décrit et encensé que plus personne ne saura si vous avez réellement existé, ou si vous n'êtes que le fantasme d'un idéal trop grand et trop utopique pour être atteint. Mais cela n'aura point d'importance, car votre mythologie sera le symbole même de votre noblesse d'âme.
« Pourtant… Un jour… Quand vous serez vieux et comblé, vous vous souviendrez que le temps d'une nuit, vous avez aimé une reine. Qu'elle vous a accueilli dans ses draps, et que vous lui avez offert le bonheur de croire qu'elle pouvait être heureuse. À l'abri de la magie de la Saint-Jean, au cœur de toutes les illusions anathèmes, vous lui avez fait présent du plus beau cadeau dont elle se croyait pourtant privée. Cet amour ne sera qu'un souvenir parmi tant d'autres. Et même s'il n'aura jamais disparu, il apaisera les derniers vestiges de vos maux. Le chagrin sera nostalgie. Votre âme trouvera la paix. Car vous saurez que ces quelques heures dans vos bras lui auront donné la force de continuer. »
Ils étaient en larmes, autant l'un que l'autre. Le cœur brisé, sacrifié sur l'autel de la droiture. Et Draco savait que ses prédictions étaient réelles… Car il connaissait le mythe de "Perzival le Gallois", l'un de ceux qui s'approcheraient au plus près du Graal. Tous s'accordaient à dire qu'il échouerait une première fois. Mais certains affirmaient qu'il réussirait la seconde. Quoi qu'il en était, le chevalier aurait une belle vie bien remplie, faite de victoires et d'accomplissements. Des adversités et des fautes, certes, mais toujours des réussites. Il était parmi les plus grands. Ceux dont le patronyme demeurerait dans les mémoires… pour toujours. Il n'avait pas le droit de ternir son nom. Il n'avait pas le droit de lui voler son destin. Jamais !
« Je vais me rendre dans ma salle-de-bain, annonça-t-il, étrangement serein. J'attendrai que mes domestiques arrivent pour remplir ma baignoire. D'ici là, vous serez parti. Et nous ne nous reverrons plus avant très longtemps… peut-être jamais. Vos nouvelles parviendront jusqu'à moi. J'aurai grand intérêt à connaître vos aventures que je sais déjà fructueuses. Et vous aurez vent de mon épopée à travers celle de votre roi. Mais notre relation prend fin dès maintenant. Nous la tairons à jamais. Car c'est ainsi que cela doit être. Adieu, Seigneur Perceval. »
Lentement, il marcha vers sa salle d'eau… il ouvrit la porte… franchit le seuil… et referma derrière lui.
Draco éclata en sanglots, étouffant du mieux possible le bruit qu'il pourrait faire. C'était tellement injuste ! Que cela soit dans sa vraie vie ou dans celle-ci, le bonheur lui serait à jamais interdit. Pourtant, quelque part, il savait que c'était pour le mieux. Il était tombé fou amoureux de l'amour qu'on lui portait, pas de l'homme qui l'aimait. C'était cela qui n'était pas juste. Cependant, la douleur de devoir renoncer à une affection si sincère n'en était pas moins lancinante, et il était certain que personne d'autre ne pourrait jamais ressentir autant de tendresse pour lui… Il n'en était pas digne. Il ne l'avait jamais été. Et il ne le serait jamais.
Seul, il laissa libre court à sa détresse, conscient de n'avoir droit qu'à ces quelques minutes d'intimité. Bientôt, ses femmes de chambre arriveraient, et il devrait à nouveau revêtir le masque de la dignité. Durant ce rare moment de liberté, il pouvait encore être "Draco le délaissé". Trop vite viendrait le moment où il serait contraint d'étouffer son cœur, de massacrer ses sentiments, d'égorger sa soif d'amour, de poignarder ses émotions, de décapiter son âme, d'écorcher vif son humanité…
Car il était la reine. Et c'était ainsi que cela devait être.
[===]
En tout et pour tout, Harry avait réussi à coucher avec cette femme trois fois. C'était son record en si peu de temps, car il s'était vidé en totalité dès la seconde occurrence, et jamais en elle pour éviter une "conséquence" fâcheuse. Il n'avait pas encore acquis le talent de "l'orgasme sec", et se promettait un entraînement intensif pour pouvoir un jour satisfaire une beauté comme elle durant des heures. Il se demandait même si cela était possible…
Épuisé et repu, il s'était endormi encore une fois sur le canapé, déterminé à l'idée de recharger ses batteries pour un dernier coït endiablé. Il voulait profiter au maximum de cette créature de rêve et décharger toute sa vigueur en elle. Il se fichait totalement de qui elle était ou de pourquoi elle s'était présentée devant sa porte, il désirait juste assouvir ses pulsions bestiales de mâle jusqu'à ne plus en pouvoir. Après tout, elle était venue pour ça, et avait l'air d'apprécier. Il n'allait pas se priver.
Perdu dans les fantasmes qu'il précisait pour son propre contentement, à mi-chemin entre le rêve et la lucidité, il ne sentit pas tout de suite le frôlement sur ses paupières. Habitué au danger aussi bien en tant que Harry qu'Arthur, il avait pris le réflexe de ne dormir que d'un œil en présence d'étranger. Ce fût ce qui le sauva.
Alerte, il s'éveilla en sursaut et précipita la femme sur le parquet tout en tombant sur elle, la main serrée autour de sa gorge. Ce pur automatisme l'obligea néanmoins à prendre quelques secondes pour comprendre ce qui venait de se produire. D'abord inquiet de s'être montré violent sans aucune raison, il se rendit peu à peu compte que celle qu'il prenait encore pour une prostituée de luxe tenait dans sa main une fiole pleine de poudre violette. Un regard vers là où se trouvait sa tête deux secondes auparavant lui montra qu'un peu de cette poussière s'était déposée sur le velours bronze du divan…
« Qu'est-ce que c'est ? » gronda dangereusement Harry, sa voix roulant dans le fond de sa gorge à la manière d'un feulement.
Une haine farouche s'alluma dans les iris saphir de la femme. Elle se débattit brutalement, agitant bras et jambes pour se libérer, mais le Gryffondor surentraîné était bien plus fort qu'elle. Il la maintint sur le plancher sans beaucoup de difficulté, la colère envahissant son esprit à mesure qu'il réalisait le péril auquel il venait d'échapper.
« Répondez ! ordonna-t-il en resserrant sa prise sur son cou, à deux doigts de l'étrangler. Qu'est-ce que cette chose ?! Pourquoi vouloir en recouvrir mes yeux ?!
- Vous n'êtes qu'un traître ! cracha la femme, la voix déformée par la strangulation. Votre mort serait un soulagement pour tous !
- C'est un poison ?
- Vous êtes si fat d'avoir cru que je pouvais être intéressée par votre détestable personne ! Cette nuit n'a été que dégoût pour moi ! Ordure ! Rejeton du chaos !
- Qui êtes-vous ?! rugit Arthur, tout en rendant son étreinte la plus douloureuse possible, sans trop l'étouffer pour qu'elle puisse parler. Pourquoi être venue dans ma chambre ?!
- Vous ne savez rien et vous vous octroyez pourtant le droit de nous gouverner ! Nous aurions pu passer outre, mais vous avez eu le culot de vous immiscer au cœur de notre foyer ! Je ne pouvais le tolérer plus longtemps ! Pas alors que vous cherchez à contraindre notre "Souveraine d'accueil" ! »
Mais de quoi parlait-elle ?! Était-il question de Malfoy ? Il ne l'avait pourtant jamais obligé à rien… Ou alors si. Seulement pour…
« Est-il question du nouveau traité d'alliance entre Loegrie et Avalon ? hésita-t-il, perdu.
- Vous n'êtes qu'un vil charognard qui se repaît de la faiblesse passagère des plus forts que vous ! Un abject profiteur qui n'a d'autre moyen pour se grandir que d'écraser les purs par des procédés avilissants !
- J'apporte mon aide à l'Île Fortunée ! Il n'a jamais été question de la déshonorer !
- Mensonge ! Vous amenez votre culture néfaste et vos pitoyables vassaux au sein même de notre contrée ! Votre présence n'est qu'un poison pour notre mode de vie ! Vous ne faites que profaner notre Terre Sainte !
- Mais de quoi est-ce que vous parlez, bordel ?! hurla Harry, enragé par l'incompréhension.
- Je parle de mon peuple ! vosciféra la femme sur le même ton. Le peuple féerique ! »
Potter fût tout à coup refroidi. Interloqué, il se demanda s'il avait bien entendu. Il ne s'était pas attendu à ça… Et pourtant, il se trouvait dans l'univers des Contes et Légendes. Il aurait dû se douter que les fées existaient, ici.
« Je suis Titania, la Reine des Fées ! Chassés par les humains partout dans le monde, nous avons trouvé refuge dans ce Royaume. La famille royale, les Camlann, pourtant de piètres semi-elfes, ont juré de nous protéger en échange de notre bénédiction ! Et ils l'ont fait ! Ils ont été les seuls Hommes dans cet univers à nous accepter et à nous accueillir comme des frères et des sœurs ! Grâce à eux, ce pays est devenu notre havre de paix ! Des siècles ont passé, et nous avons enfin pu nous épanouir et vivre en harmonie ! À notre façon, nous préservons cette île de votre cruauté, en consacrant son sol et en y répandant notre magie ! Croyez-vous que sa richesse et sa fertilité étaient dûes au hasard ?! Vous êtes si sots ! Nous sommes chez nous, ici ! »
Harry relâcha son étreinte, hébété. Alors c'était cela ? L'origine et le secret de la Bonne Fortune d'Avalon ? Et la "Reine des Neiges" serait d'origine elfique ? Était-ce grâce à cela qu'elle possédait un si grand pouvoir ?
« La dernière des monarques, la petite Elsa, est l'héritière la plus proche de nous, poursuivit Titania, confirmant les soupçons du Gryffondor. Tout mon peuple a fêté sa naissance dans une liesse qui s'est étendue sur des mois ! Enfin nous avions une dirigeante digne de nous ! Je l'ai moi-même bénie au berceau, et elle est devenue comme ma fille. Petite, elle dansait avec nous les nuits de pleine lune. Son chant résonne dans nos cœurs. Ses joies sont nos allégresses, et ses peines nos tourments. Elle a toujours tout fait pour nous préserver. Nous n'avons jamais été aussi heureux que depuis le jour où elle a ceint la couronne, et nous lui rendons son amour en ne lésinant pas sur nos faveurs. Elle est notre bonheur, notre trésor, notre famille ! Que vous ayez l'outrecuidance d'abuser d'elle et de sa faiblesse passagère est intolérable ! Vous méritez la mort pour cet affront ! »
La blonde profita de sa stupeur et se dégagea pour l'attaquer. Ses griffes passèrent très près de son œil, manquant de l'éborgner, et Harry dut faire appel à tout son savoir martial pour reprendre le contrôle. D'une clé de bras maîtrisée, et un jeu de jambes éprouvé, il réussit à l'empêcher de se faufiler comme une anguille, et à de nouveau l'emprisonner sous lui. Cette Reine des Fées n'était pas à prendre à la légère : en une fraction de seconde, elle avait été proche de retourner la situation.
« Puisque vous me haïssez tant, pourquoi ne rien avoir tenté cette nuit ? demanda-t-il, curieux. J'étais totalement à votre merci durant nos ébats… Vous-même avez dit pouvoir me blesser si vous l'aviez désiré.
- Je ne pouvais rien faire tant que la magie du culte du soleil était active ! enragea la femme, son beau visage déformé par la haine. Tant que la lune et les brasiers illuminaient la nuit, je ne pouvais porter atteinte à votre personne. Mais cela m'a permis de vous approcher. Mon but était de rester assez longtemps près de vous, afin d'avoir la chance de vous contraindre dès les premiers rayons du soleil !
- Et vous avez joué de vos charmes pour cela…
- Les hommes sont faibles ! ricana-t-elle, méchante. Et j'ai conscience du pouvoir que mon peuple a sur vous. Vous qui aimez tant mon Elsa, vous savez de quoi je parle ! »
Encore une autre douche froide… Alors la beauté de Malfoy était bien dûe à son personnage de conte. Il n'était pas aussi ensorcelant dans la réalité… ? Cependant, il refusa de se laisser distraire une seconde fois, et se fouetta mentalement pour retrouver le fil logique de ses réflexions.
« Qu'aurait fait cette poudre sur mes paupières ? Qu'est-ce que c'est ?
- De l'essence de "pensées d'amour", siffla-t-elle d'un air perfide. Vous seriez tombé fou amoureux de la première personne que vous auriez vu à votre réveil : moi ! Et alors vous vous seriez soumis à moi ! J'aurais pu faire de vous tout ce que je voulais ! Vous auriez totalement oublié vos pathétiques sentiments pour ma chère fille ! Je vous aurais obligé à renvoyer vos deux minables chevaliers, et jamais plus vous n'auriez remis les pieds dans mon pays ! Nous aurions enfin été à l'abri de votre religion destructrice !
- La religion ? retint Harry, faisant fi de tout le reste. C'est donc cela le problème ? Le christianisme ? Ma quête du Graal ?
- Vous vous appropriez ce qui ne vous appartient pas ! hurla Titania, pleine de haine. Vous tuez ce qui est différent de vous ! Vous brûlez ce que vous ne comprenez pas ! Vous êtes le mal incarné ! Ma belle Elsa va finir sur un bûcher entre vos mains démoniaques ! Mon pays sera réduit à la misère sans nos bénédictions ! J'en ai pour preuve cette divine nuit, pourtant ancestrale, pleine de magie, de joie et sous la protection féerique : vous l'avez rebaptisé en l'honneur d'un de vos lamentables "Saints" ! Vous voulez vous en attribuer tous ses mérites ! Et pourtant vous n'êtes pour rien en ses bienfaits ! Vous êtes des charognards ! Des opportunistes ! Vous voulez notre mort ! »
Malheureusement, le brun n'avait rien à répondre pour se défendre… Tout était vrai. L'Histoire, aussi bien sorcière que moldue, lui donnait raison. Bien sûr, rien n'était aussi manichéen. La religion chrétienne, dont le Roi Arthur était censé être le parangon, avait aussi apporté du bon… Cependant, "Harry Potter" n'était pas un fervent défenseur de la foi… Et il était à court d'argument.
« Vous ne trouverez jamais votre Graal ! poursuivit la reine des fées, de plus en plus haineuse. J'en fais le serment ! Vous avez osé mettre un pied sur la douce Avalon ! Je ne vous le pardonnerez jamais ! Aucun d'entre nous ! Nous ne cesserons jamais de vous combattre jusqu'à votre dernier souffle ! Plus vous vous rapprocherez de mon Elsa, plus vous vous éloignerez de votre Coupe Sainte ! Touchez à un seul de ses cheveux, et il vous sera a jamais refusé de tenir cet artefact !
- Je n'ai jamais cherché à envahir l'Île Fortunée ! s'époumona Arthur pour couvrir sa voix, excédé par sa harangue. Vous nous reprochez notre ignorance de votre peuple, et vous avez raison. Mais vous n'êtes pas mieux ! Vous avez jugé mes intentions sans même les connaître ! La Reine Elsa est mon ami et mon allié ! Non seulement je ne lui ferai jamais aucun mal, mais je n'ai pas non plus pour objectif de le courtiser, comme vous semblez le croire !
- Prouvez-le ! rit Titania, complètement folle.
- Je n'ai rien à prouver ! grogna Harry. Vous vous faites des idées, persuadée de détenir la vérité universelle sur le monde et les gens ! Mais vous avez tort ! Je ne cherche qu'à défendre Avalon durant l'absence de sa reine, pas en prendre le contrôle ! Tout ce que je veux, c'est garantir la prospérité de mon propre Royaume, pas conquérir le vôtre ! Vous pouvez continuer à danser et à chanter sous la pleine lune ou durant votre putain de culte de merde, j'en ai rien à foutre ! Au contraire, ça m'arrange bien que cette île reste riche et fertile, puisque ça me profite aussi ! Alors pourquoi être tant persuadée que je veux tout détruire ?!
- Un jour, vous regretterez vos paroles, sourit la blonde sur le ton de la prophétie. Vous repenserez à ces mots, et vous vous en mordrez les doigts. J'ai le pouvoir de vous offrir tout ce dont vous avez toujours rêvé. Si vous m'aviez prouvé votre bonne foi, je vous aurais offert ma belle Elsa et votre Graal sur un plateau d'argent. Mais vous avez choisi de me défier. Alors je vous maudis. Vous pourchasserez vos rêves sans jamais les atteindre. Votre vie de roi ne sera qu'une quête qui jamais n'aboutira. Et quand le bonheur sera à portée de main. Quand il sera si proche que vous pourrez l'effleurer. Il se fanera à votre contact, et votre douleur sera telle que vous en mourrez de chagrin.
- Vous n'êtes pas la première à me faire une telle prédiction, fit-il dans un rire jaune, le visage du Nain Tracassin trop bien ancré dans sa mémoire. J'ai déjà vendu mon âme et ma fin heureuse ! J'ai abandonné l'espoir et le but de toute mon existence pour sauver votre saloperie de Terre Sainte, et je suis condamné à vouer mes prochains mois au bénéfice d'Elsa ! Alors ne venez pas me faire la morale sous couvert de votre orgueil froissé ! »
Le Gryffondor fût très satisfait de voir la surprise calmer la diatribe de cette foutue Reine des Fées. Pourtant, il avait l'horrible sensation d'avoir manqué quelque chose… Comme s'il aurait pu influer sur un fil important dans la trame du destin… mais qu'il avait laissé passer sa chance.
Le visage de la blonde se teinta finalement de tristesse, ce qui augmenta son sentiment de malaise. Elle devint molle dans ses bras, comme résignée…
« Ainsi, les jeux sont faits, souffla-t-elle avec fatalisme. Vous l'avez rencontré. Il n'y a plus d'espoir… J'aurai pu… Non… Je ne puis plus, maintenant…
- Quoi ?! s'énerva Harry. Vous auriez pu quoi ?! Défaire le marché que j'ai passé avec lui ? La bonne blague ! Ça n'aurait fait que replonger Avalon dans son hiver sans fin !
- Votre arrogance n'a donc point de limite ?! s'énerva-t-elle, fulminant. Vous croyez être notre sauveur alors que vous nous condamnez tous aux Ténèbres ?! Votre simple présence est un mauvais présage ! À l'image d'un corbeau noir, vous n'apportez que le malheur et la mort !
- Mais de quoi vous parlez encore ?! hurla-t-il, enragé. Je vous dis que j'ai sacrifié ma quête du Graal pour votre putain de reine et votre putain de pays ! Qu'est-ce que vous voulez de plus ?!
- Que vous nous laissiez tranquilles ! Nous n'avions pas besoin de vous ! Vous n'auriez jamais dû passer un marché avec lui !
- Et vous seriez restés avec votre neige de votre hiver ?! Causé par votre reine ?!
- Cela aurait été bien mieux que de lier votre destin funeste au sien ! »
De quoi ? Il n'avait rien "lié" du tout ! Il avait seulement… Peut-être que si, dans un sens ? Il allait rester près de Malfoy afin de réparer le miroir de ses yeux et l'aider à contrôler sa magie de glace… Quelque part, cela les rendait effectivement inséparables durant les prochains mois. En quoi était-ce un problème ?
Excédé, Arthur se redressa, frottant son visage. Tout ceci ne menait à rien. La femme profita de sa liberté retrouvée pour se relever précipitamment… mais il n'amorça aucun geste pour la retenir. Que pouvait-il faire de toute façon ? Il n'allait tout de même pas commander à la Reine d'Avalon d'enfermer sa "mère" ou "cousine" la Reine des Fées dans une des cellules du donjon… Après qu'elle eut tenté de le piéger, il aurait été légitime de l'ordonner, et Malfoy aurait été contraint de s'y plier… Cependant, il savait que cela n'aurait rien amené de bon…
Conscient d'être encore nu, il se remit sur ses jambes et alla prendre une robe de chambre. Il fit exprès de tourner le dos à la blonde pour mettre à l'épreuve sa vindicte, demeurant sur ses gardes. Il enfila son doux peignoir de laine bleu turquin, et avisa le manteau blanc lunaire, tombé devant sa porte d'entrée au début de leurs ébats… Lentement, il alla le ramasser, et le fouilla. Rien. Elle n'avait donc pas apporté d'arme autre que sa petite fiole pleine de poudre rose. Puis, il rejoignit la femme qui l'observait, toujours débout et méfiante, et lui rendit son vêtement.
« Que comptez-vous faire ? lui demanda-t-elle en mettant l'habit pour se couvrir, dubitative.
- Je n'en sais rien… »
Il avisa le flacon dans la main de la reine : cette fourbe l'avait discrètement récupéré et cherchait à le cacher dans sa poche ! Il l'arrêta en agrippant son poignet, et reprit l'objet du crime.
« Et vous ? sourit-il, l'air mauvais. Vous n'avez pas perdu espoir que je m'endorme pour m'asperger de votre poussière de fée ?
- Cette magie appartient à mon peuple, grogna-t-elle. Elle ne doit pas rester entre vos mains dégoûtantes ! Rendez-la moi !
- Pourquoi ferais-je cela ? ricana-t-il en s'affalant sur son canapé de velours bronze. C'est une preuve. Je suis curieux de savoir comment va réagir cette chère Elsa en apprenant qu'un de ses "sujets" a tenté de corrompre son invité et allié, au sein même de son palais. Vous avez sciemment mis en péril l'union de nos deux Royaumes, je serai en droit d'exiger une lourde compensation…
- Vous n'en ferez rien, se moqua-t-elle, méprisante. Vous avez clamé si fermement votre désir de protéger notre île, cette menace serait contre productive. Ou alors m'auriez-vous menti ?
- Touché… fit Harry en regardant attentivement la poudre scintillante à la lumière du soleil naissant. C'est pour cela que je ne sais pas encore quoi faire de vous… Puisque je ne peux réclamer compensation à Avalon pour le préjudice, c'est à vous que je vais l'imposer.
- Je ne vous donnerai rien ! Vous ne pouvez m'y contraindre !
- Qui est le Nain Tracassin ? »
Titania frémit à l'entente de son nom, à la manière des sorciers du vrai monde lorsqu'il était fait mention de Voldemort. Cela l'intrigua encore plus : dès qu'il avait sous-entendu l'existence de son marché passé avec le mage noir, elle avait su de qui il s'agissait. Et puisqu'il ne pouvait pas punir son agresseuse de manière classique, il pouvait au moins lui faire subir un interrogatoire en attendant de trouver mieux.
« Il était des nôtres… finit par répondre la blonde en détournant le regard, mal à l'aise. Un gentil lutin espiègle qui adorait faire des farces… Je le revois encore jouer de la flûte, ou filer sa vilaine paille pour en faire de l'or… Il m'amusait beaucoup… Mais il a fini par convoiter quelque chose d'impossible. Il ne comprenait pas pourquoi l'amour des humains lui était interdit. Et il a aimé… Oh oui… Il a trop aimé… Tellement qu'il a trop donné. Et cette femme lui en demandait toujours plus… Alors il a cherché à acquérir plus de puissance pour la satisfaire. Nous l'avions mis en garde : toute magie a un prix… Et il a payé.
« Au fil des jours, j'ai vu son âme noircir. Le petit korrigan mutin se transformait peu à peu en diablotin… puis en serpent vicieux… pour finir par devenir ce qu'il est à ce jour : le Ténébreux. Il a appris à une vitesse impressionnante la maîtrise des arcanes les plus complexes, les plus noirs principes d'alchimie, ou à tirer les plus enchevêtrées des cordes qui régissent les lois de la Nature et de la Magie… Si vite que je n'ai pas eu le temps de comprendre jusqu'à quelles extrémités il était capable d'aller… Et il était trop tard… Je ne pouvais plus l'arrêter. Et tout ce pouvoir a fini par le rendre fou.
« Ses agissements ont souillé l'honneur de notre peuple, et j'ai été contrainte de le condamner à l'exil. Il ne pouvait plus demeurer parmi nous… De toute façon, il ne faisait déjà plus partie des nôtres : sa magie n'était plus féerique, elle était aussi sombre que son âme. Et il en veut toujours plus ! Son cœur qui avait tant aimé s'est flétri, le rendant incapable de ressentir à nouveau. Même la femme pour qui il avait perverti son âme a fini par l'agacer à force de trop lui en demander… Et il l'a tué de ses propres mains.
- Y a-t-il un moyen de l'arrêter ? s'enquit Harry, effrayé par cette description.
- Il est bien trop puissant, nul ne peut plus l'atteindre depuis fort longtemps… Il est de ces entités millénaires qui voue leur existence à la recherche du pouvoir. Et il en a accumulé tant que plus personne ne peut se mesurer à lui… Cependant, il possède bel et bien un point faible. Mon excommunication a banni son nom de notre monde, ce qui confère une emprise certaine à celui qui le trouvera. Si vous le découvrez un jour, vous aurez la possibilité d'annuler un de ses contrats… Un seul !... Choisissez bien.
- Et quel est-il ? Vous le savez certainement…
- Ma condamnation a effacé son patronyme de nos souvenirs. Cela fait partie de la magie, ce qui rend cette information plus puissante encore… Seul le Ténébreux s'en rappelle, et cela ne fait qu'accentuer sa folie. Moi-même, si je me retrouve face à lui, serai donc incapable d'user de cette arme contre lui. Et de mémoire, il n'y a aucun moyen d'accéder à ce savoir… Mais qui sait ? Lui-même espère qu'un jour, quelqu'un clamera son nom. Alors peut-être a-t-il réussi à semer des indices ? »
C'était faible, mais mieux que rien… Peut-être y avait-il encore un espoir pour… quoi ? Annuler un marché ? L'avantage était ridicule face aux efforts qu'il aurait à déployer pour retrouver l'identité de ce démon… Et cela ne lui permettrait pas de le détruire…
« J'aimerais savoir… hésita Titania, soucieuse. Êtes-vous le seul à avoir conclu un accord ?
- Vous vous inquiétez pour Elsa, n'est-ce pas ? Malheureusement, la reine a également passé un pacte avec lui : le prix était une mèche de ses cheveux. »
Harry observa attentivement la réaction de la femme afin de déterminer à quel point ce tribu pouvait être dangereux… Et ses craintes se confirmèrent : la blonde gémit en prenant son visage entre ses mains, et se mit à sangloter. Elle trembla tant que le roi craignit qu'elle s'effondre, et il se précipita pour l'asseoir sur le divan, à ses côtés. Il se sentit glacé à l'intérieur… C'était très mauvais !
« Que peut-il faire avec cela ? s'inquiéta-t-il, alarmé par sa détresse.
- Tout ! geignit Titania en essuyant ses larmes. Il pourrait la tuer, la contrôler, la faire souffrir, ou pire encore ! Que sais-je ?! Cela dépendra de l'imagination perfide et du dessein nébuleux de ce génie du mal ! Il n'aura certes droit qu'à un seul sort, ou une seule potion… Mais c'est une bien maigre consolation en sachant de quoi il est capable !
- Alors aidez-moi ! s'écria brusquement Arthur, le cœur battant. Je ne cesse de vous répéter que mes intentions sont nobles : je veux protéger Avalon et sa reine ! Si vous tenez tant à eux, épaulez-moi dans cette quête !
- Et que voulez-vous que je fasse ? s'emporta à son tour Titania, la colère prenant le pas sur son désarroi. Je vous ai déjà stipulé que ce monstre est devenu bien plus puissant que moi ! Je ne peux rien contre lui !
- Elsa doit impérativement apprendre à contrôler sa Glace ! Pouvoir qu'elle tient de votre bénédiction au berceau ou de son héritage elfique, qu'importe ! C'est de la magie féerique, n'est-ce pas ? Vous pouvez donc lui enseigner !
- C'est impossible…
- Pourquoi ?! s'énerva Potter, à cran. Ça ne devrait pourtant pas être bien compliqué, pour vous ! Vous êtes la putain de Reine des Fées, bordel !
- Et Elsa est à moitié humaine, espèce de crétin congénital ! Ses capacités proviennent certes de notre peuple, il n'en demeure pas moins que ses origines bâtardes ont altéré la nature même de ses facultés ! Si j'avais pu l'instruire, je l'aurai fait dès sa plus tendre enfance ! Cela aurait évité qu'elle perde le contrôle au point de lancer une malédiction, et nous ne serions pas là à nous disputer ! »
Harry souffla et se prit la tête entre les mains, dépité. Il ne pouvait rien tirer de cette pseudo-reine complètement folle et inutile, et cela allait le rendre cinglé. Les avantages charnels qu'il avait pu retirer de cette rencontre avaient disparu depuis un bon moment tant il était sur les nerfs.
À bout de patience, il s'apprêtait à la foutre à la porte en réfléchissant aux plus belles menaces de mort de son cru, et espérant ne plus jamais la revoir, quand elle reprit la parole, l'air pensive.
« Mais je connais quelques personnes… murmura-t-elle plus pour elle-même que pour lui.
- Qui ?! s'exclama le brun, plein d'espoirs.
- C'est plus compliqué que cela, bougonna-t-elle en grimaçant. Elsa est la seule personne dans ce monde à posséder une magie aussi spécifique. Il lui faudra bénéficier du savoir et du talent de plusieurs maîtres sorciers avant d'espérer pouvoir lever son fléau… J'ai cru comprendre que vous aviez l'intention de vous rendre dans votre Royaume ? Si cela est vrai, vous espérez probablement l'aide de votre enchanteur Merlin.
- Il est sage et compétent. Il saura quoi faire.
- Peut-être… Mais même s'il a réussi à nous extorquer quelques connaissances sur notre magie féerique, et je cherche encore un moyen de lui faire payer cet affront, il n'en maîtrise pas pour autant les arcanes. Certes, ce ne sera pas inutile : en tant que mage humain, il pourra éventuellement reconnaître la part elfique de sa nature hybride, en plus de lui enseigner quelques-uns des pathétiques rudiments sorciers de votre race mortelle… Pourtant, ce sera loin d'être suffisant.
- Alors quoi ?!
- Laissez-moi terminer, imbécile ! Sur votre trajet, vous passerez par le Royaume de la Rose, l'une des premières contrées que vous croiserez. Il y a là-bas une puissante fée que je connais bien. Elle a toujours refusé de rejoindre Avalon malgré mes nombreuses invitations, préférant la douceur du foyer qu'elle s'est construit au fil des siècles, caché au cœur d'un bois. Elle pourra vous aider.
- Comment se nomme-t-elle ? Comment pourrons-nous la trouver ?
- Son vrai nom est imprononçable dans votre langue de barbares ! Et je peux difficilement vous indiquer le chemin de sa chaumière qu'elle a protégé de ses sortilèges ! Vous trouverez bien un moyen une fois sur place. La sournoiserie humaine est infinie.
- Super, grommela Harry. Vraiment précis votre indice…
- Si je pouvais vous en dire plus, je le ferais, ingrat ! »
Titania maugréa quelques secondes en le fusillant du regard, avant de tendre la main devant elle… et faire apparaître dans un nuage scintillant… une fleur ? La Reine des Fées prit délicatement la plante entre l'index et le pouce, comme un trésor, et lui tendit. Méfiant, Arthur accepta le présent avec prudence…
Il avait l'impression de tenir un mirage : la pulpe de ses doigts ne lui donna aucune information sur sa texture ou son poids, seul l'air semblait composer le végétal… Les cinq pétales d'un joli indigo avaient l'apparence du plus doux des velours, trois d'entre eux formaient un motif d'ailes de papillon sombre comme la nuit, bordé d'un liseré d'or hachuré, et son cœur bouton d'or brillait à la manière d'une jeune étoile. En observant bien, le brun pouvait distinguer des paillettes chatoyer, et des reflets irisés lui faisaient se demander s'il n'y avait pas aussi un peu de métal… Elle était magnifique !
« Une "pensée d'amour", mon emblème, expliqua la blonde, fière de voir que son cadeau avait eu l'effet escompté. Montrez-lui lorsque vous la verrez, elle saura qui vous envoie.
- Une "pensée"… fit Harry, suspicieux. N'est-ce point à partir de ceci qu'est fabriquée votre fameuse poudre ?
- Cela vous pose-t-il un problème ? Avez-vous peur de succomber aux charmes de la première personne venue si vous respirez cette fleur de trop près ?
- Serait-ce le cas ?
- Peut-être feriez-vous mieux de vous boucher le nez. »
Le roi recula vivement, lorsqu'il l'entendit éclater de rire : elle se foutait de lui ?!
« Rassurez-vous, gloussa-t-elle en s'essuyant les yeux. Le charme ne peut opérer qu'après un sort de transformation, cette fleur ne vous fera rien.
- Hilarant…
- Prenez cela comme une petite vengeance de ma part pour m'avoir forcé à aider un humain que j'exècre. Même si je fais tout cela pour ma chère fille, vous m'obligez à accepter qu'elle parte avec vous à cause de votre stupidité pour avoir passé un marché avec lui. Croyez bien que je saurai vous le faire regretter.
- Avoir tenté de me manipuler n'était pas suffisant ?
- Ce fût un échec… Je vous ai sous-estimé. Cela m'apprendra. La prochaine fois, vous ne pourrez rien contre moi : je vous détruirai. Mais pour l'instant, vous êtes encore un peu utile…
- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu, soupira Arthur, pas du tout inquiet. Et je considère que vos services sont les dédommagements pour votre crime de lèse-majesté.
- Si cela peut vous faire plaisir, cracha-t-elle. Je vais prendre contact avec quelques-unes de mes connaissances férues de magie : certains me doivent un service, ils feront bien l'effort d'enseigner leur science à ma fille.
- Parfait ! sourit Harry, finalement content d'avoir pris la peine d'interroger cette folle. Transmettez vos informations au Marquis de Carabas, il pourra nous les communiquer.
- Hors de question ! s'emporta la reine, outrée. Me croyez-vous donc à votre service ?! Je ne côtoierai pas un autre humain ! C'est dégoûtant ! J'ai d'autres moyens bien plus efficaces que vos pitoyables courriers. Et c'est Elsa qui aura directement mes messages. C'est pour elle, et elle seule, que je fais tout cela, certainement pas pour vous ! Je saurai si elle a besoin de mon aide ou de me parler. Je veillerai sur elle.
- Soit. Cela me convient. Si nous en avons terminé, j'aimerai me préparer pour le départ. Et vous avez probablement envie d'aller laver ce qui sèche sur votre ventre, ajouta-t-il d'un air grivois, juste pour l'énerver.
- Vous êtes répugnant ! »
Titania se leva dignement et réajusta son manteau pour mieux couvrir son corps nu avant de marcher à grands pas offusqués vers la porte. Ses longs cheveux blonds flottaient sur son passage comme des vagues dans un champ de blé, ses hanches roulaient sensuellement sous son vêtement ample, ses longues jambes se mouvaient à la manière d'une panthère gracieuse… Elle était réellement une femme magnifique. Et malgré une fin chaotique, il avait adoré cette nuit.
« Avez-vous vraiment simulé ? » lui demanda-t-il avant qu'elle franchisse le seuil, piqué dans son orgueil de mâle.
D'un mouvement lent et calculé, la Reine des Fées se tourna une dernière fois vers lui et le dévisagea de toute sa hauteur. Il ne se laissa pas démonter, et s'installa confortablement sur son canapé en arborant son sourire le plus suffisant. Elle leva un sourcil hautain à la manière de Malfoy, et ce fût la première fois que Potter vit une ressemblance.
« Disons… grimaça Titania, comme si elle s'apprêtait à avaler un aliment particulièrement infect. J'espère que ma fille aura elle aussi le temps de profiter de vos talents avant que je vous tue. C'est certainement votre unique qualité, il serait dommage que je sois la seule à en retirer un soupçon de bénéfice. »
Et elle claqua la porte.
Harry n'avait pas prévu une telle réponse. Il était partagé entre l'envie de sauter de joie pour avoir réussi à satisfaire la Reine des Fées, et la nausée devant la formulation plutôt osée de "coucher aussi bien avec la mère que la fille"… Et il s'agissait de Malfoy ! Certes, il était plus que désirable, il n'était pas une fille, et encore moins celle de cette femme… Cependant, pourquoi cette folle était-elle à ce point persuadée qu'il désirait l'avoir dans son lit ? Ce n'était pas tout à fait faux, mais il savait se maîtriser un minimum : il était une reine, en plus d'être son insupportable ancien ennemi !
Perdu dans ses circonspections, il fit rouler la fleur entre ses doigts de la main gauche, et joua avec le flacon plein de poudre parme de la droite. "Pensée d'amour", n'est-ce pas ? Titania n'avait pas réclamé sa poussière de fée avant de partir… De toute façon, il ne la lui aurait pas rendu, cette magie était bien trop intéressante. Et il comptait bien s'en servir durant leur périple.
Il se tourna vers la fenêtre et regarda le soleil en train de se lever… Les domestiques allaient bientôt venir pour remplir son bain. Il allait se laver et s'habiller pendant que des valets transporteraient ses bagages directement sur la goélette. Puis, il irait rejoindre la monarque dans le hall, où tout le monde les attendrait… Et allait commencer la lente procession vers le port, où le peuple allait acclamer sa souveraine une dernière fois pour lui dire au revoir…
La fête de la Saint-Jean était terminée.
Et son temps de repos à Arendelle, également.
