Le sceau à zinzin


Tout était parti d'une question d'Ino, alors que, lors d'une réunion du club de kunoichi, Tenten et Shikako essayaient d'expliquer la différence entre leurs deux versions de la poche infinie à des jeunes élèves intéressées par le fuinjutsu : « Mais comment est-ce que vous vous souvenez de tout ce que vous avez mis dedans ? ».

Tenten avait alors avoué qu'elle vidait régulièrement sa poche dans un terrain d'entraînement afin d'en faire le tri et renouveler l'inventaire – du moins aussi régulièrement qu'elle en avait le temps et le courage. La partie « courage » n'avait pas été exprimée directement, mais un léger soupir et un regard un peu lointain avaient suffi à témoigner du caractère hautement rébarbatif de l'opération. Shikako supposait que celle-ci était d'autant plus fastidieuse que Tenten devait s'astreindre alors à vérifier l'état de ses lames et autres armes. Il ne servait après tout à rien de déverser une pluie de kunai si ceux-ci n'étaient pas correctement aiguisés.

Shikako, elle, avait dû avouer qu'elle n'avait pas même commencé à prendre une habitude semblable. Ino lui avait alors fait remarquer que sa propension à ranger tout et n'importe quoi dans sa poche infinie devait en faire un sacré capharnaüm, et elle l'avait mise au défi d'en sortir un objet oublié au hasard. Shikako s'était ainsi rendu compte qu'elle en était incapable : sa poche infinie ne s'ouvrait que lorsqu'elle se concentrait pour faire apparaître un objet en particulier, et Ino avait raison, elle y avait enfoui tant de choses qu'elle était bien incapable d'en faire l'inventaire de tête. Shikako en avait été vexée.

Elle s'efforça de ne rien en montrer, mais elle finit la réunion avec cette question derrière la tête : comment faire émerger des objets oubliés de sa poche infinie sans la vider complètement ?

En reprenant cette question deux missions plus tard, elle arriva à la conclusion qu'il lui fallait un sceau, un sceau qu'elle puisse relier à sa poche infinie et qui puisse en extraire aléatoirement un objet.

Le plus facile fut de relier ce sceau à sa poche infinie : il lui suffisait de donner à cette dernière un point de sortie fixe supplémentaire. C'était contraire à ce qu'elle avait fait jusqu'à présent, mais nécessaire pour inscrire d'autres fonctions. Pour plus d'efficacité, elle en fit également un point d'entrée. Et elle vérifia qu'elle pouvait toujours utiliser ses points variables à volonté en faisant apparaître une balle dans sa main puis un coussin au-dessus de sa tête.

Mais en essayant d'y programmer la partie « sortir un objet au hasard », Shikako se heurta à un problème métaphysique : comment définir le hasard ? Comme concilier un processus de sélection – sortir un objet en particulier, et un seul à la fois – avec un processus de non-sélection – ne pas choisir d'objet en particulier à sortir. Il semblait à Shikako que le sceau devait d'abord établir un inventaire complet des objets présents dans la poche infinie, les dénombrer et hiérarchiser, pour ensuite en extraire un de manière aléatoire. Or, quand Shikako demanda à son sceau de chiffrer le nombre d'objets contenus dans sa poche infinie, quelle que soit la manière dont elle lui posa la question, le sceau se désactiva. Il semblait impossible de les dénombrer. Momentanément à court d'idées, elle laissa le sceau de côté pour le moment, et se prépara pour sa prochaine mission.

Sa prochaine tentative, deux semaines plus tard, fut d'abandonner complètement l'inventaire, et de simplement programmer le sceau pour faire apparaître un objet unique répondant à une série de critères : taille, poids, quantité d'énergie, niveau de radiation. Après tout, en se souvenant avoir fait disparaître dans sa poche infinie quelques objets dangereux, elle ne tenait pas à faire surgir une boule de feu dans sa chambre. Ces précautions furent néanmoins inutiles : rien n'apparut. Le sceau d'extraction n'arrivait apparemment pas à choisir un objet aléatoire parmi toutes les possibilités de sa poche infinie. Décidément, la partie « choix au hasard » restait inaccessible à Shikako.

La solution lui vint lors du débriefing d'une mission qui avait pris un tour imprévisible – rien de bien méchant, juste la découverte d'une statuette maudite, recouverte d'anciens sceaux Uzumaki, et qui avait failli ouvrir une brèche dans leur réalité pour permettre l'invasion d'une espèce de spectres gris clair. Il avait fallu un certain temps pour expliquer la situation à Tsunade, qui avait alors sorti une bouteille de saké en se plaignant de la malchance de l'équipe sept. Sur le moment, Shikako avait été vexée, car elle estimait qu'aucun des membres de son équipe ne pouvait être tenu responsable d'un tel enchaînement de circonstances, mais le mot de « malchance », si souvent entendu en rapport avec l'équipe sept, lui était resté en tête. Enfin, plutôt le mot de « chance ». Le sceau recouvrant la statuette contenait en effet un caractère pour la « chance », et c'était un concept largement répandu, même si personnellement elle avait du mal à y souscrire. Se pourrait-il qu'elle puisse néanmoins l'utiliser dans ses propres sceaux, à la place du « hasard » qu'elle n'arrivait pas à décrire ?

C'est ce qu'elle tenta de faire la prochaine fois où elle travailla sur le sceau destiné à sortir un objet oublié de sa poche infinie. Elle conserva les critères de sécurité, mais cette fois-ci spécifia que le sceau ferait apparaître un objet au petit bonheur la chance. Le sceau ne fonctionna pas. Elle le personnalisa. Elle demanda au sceau de faire apparaître un objet correspondant à la chance particulière de la personne qui l'active : le sceau devait prendre en considération le chakra exact de la personne et donner l'objet équivalent en termes de chance. Lorsqu'elle l'activa, elle fut très surprise d'obtenir enfin quelque chose. Elle fut encore plus surprise que ce quelque chose soit un message. Et elle fut stupéfaite que ce message la félicite pour « l'activation du sceau à zinzin » de la part d'une Shikako appartenant à une autre dimension. Réflexion faite, elle comprit cependant pourquoi elle avait été incapable de dénombrer les objets présents dans sa poche infinie, si celle-ci était reliée aux poches infinies d'une infinité d'autres Shikakos.

Elle réessaya le sceau et reçut successivement : une barre de céréales qui lui révéla qu'elle avait oublié de manger et à quel point elle avait faim, une corbeille à papier pour jeter ses anciens prototypes de sceaux et y mettre le feu, un verre d'eau pour en éteindre les cendres, un oreiller qui lui rappela qu'il était trois heures du matin et qu'elle n'avait toujours pas dormi, puis un panneau stop qu'elle renvoya dans le sceau avant de se décider à dormir.

Elle apporta le « sceau à zinzin » lors de la réunion de kunoichi suivante. Alors qu'une pause se fit parmi les discussions, elle le sortit et le présenta en termes simples : c'était un sceau qui donnait un objet à celle qui l'activait. Ne souhaitant pas influencer ses futurs cobayes, elle se garda bien de leur parler de chance, mais elle ouvrit un carnet et se tint prête à noter les corrélations possibles entre les personnes qui l'activeraient et les objets révélés. Comme à son habitude, elle précisa également qu'il fallait le considérer comme une arme et l'approcher avec toute la circonspection nécessaire. Ino lui demanda alors si le sceau risquait de faire apparaître un appareil explosif. Les regards inquiets des autres participantes firent comprendre à Shikako que sa réputation la desservait. Elle s'empressa d'expliquer les restrictions de sécurité appliquées aux objets, et l'intérêt des autres s'accrut en même temps que leur degré de confiance.

Ino activa le sceau en premier ; elle reçut un glaïeul rouge et remercia Shikako pour le compliment. Shikako se garda bien de lui répondre qu'elle en avait oublié la signification. Tenten essaya ensuite et reçut une étrange épée à sept branches. Elle la soupesa, la mania un moment, et demanda à Shikako si elle pouvait la garder. Shikako, qui ne se souvenait pas l'avoir jamais vue, acquiesça aussitôt. Aiya Akimichi tendit une main timide pour essayer à son tour, et, encouragée par Shikako, fit apparaître un sac de chips qu'elle annonça comme étant son goût préféré, actuellement en rupture de stock. Devant ces succès, d'autres kunoichi se succédèrent, entre autres : Shizune qui s'empressa de sortir des gants et un tube à essai pour extraire le poison de la tête de serpent venimeux qui apparut, Hinata qui rougit sous une pluie de confettis multicolores et se refusa à en commenter l'à-propos, Tsunade qui ouvrit sans conviction sa bouteille de jus de fruits providentielle, Kurenai qui accepta une peluche de lapin sans sourciller, etc.

Au bout d'un certain nombre de tours, Ino demanda enfin d'où provenaient tous ces objets. Shikako expliqua qu'ils étaient extraits de sa poche infinie, et Ino se plaignit : « Tu te sers de nous pour faire le ménage ! » Ce à quoi Shikako demanda si l'une d'entre elles avait été déçue de ce qu'elle avait reçu. Des dénégations mirent fin aux plaintes d'Ino, et Shikako hocha la tête en rajoutant cette donnée dans son carnet. Le concept de « chance » semblait étrangement efficace.

Quelques jours plus tard, Kakashi s'offrit pour essayer le « sceau à zinzin » à son tour. Il reçut une déclaration d'impôts vide, et Shikako lui demanda combien de temps encore il attendrait pour la remplir. Il ne lui répondit que par un clignement d'œil.


Ce texte a été inspiré par le thème « zinzin » de la cent soixante-treizième nuit d'écriture du FoF, le forum des francophones du site fanfiction où l'on peut se retrouver pour discuter et s'amuser. Je dois avouer avoir consulté le dictionnaire, puis m'être emparée de la première idée qui m'est passée par la tête. Le plus dur a été de rendre le raisonnement de Shikako crédible – si toutefois j'y suis parvenue. Si l'idée vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire !