Le sourire qui naquit sur le visage du jeune Stilinski n'avait rien d'humain. Le regard littéralement noir lui donnait un air démoniaque, un air qui le caractérisait avec une certaine finesse malgré la vérité des choses. Ainsi, l'on frissonna à la vue de cet air dément si étrange à voir et si inattendu… Que l'on en oublia les globes oculaires ténébreux. Un instant plus tard, l'un des intrus se mit à rire grassement, croyant à une mauvaise blague… Ou à une tentative du jeune policier de se rebeller, de lutter contre eux. L'on imagina qu'il était furieux d'assister au passage à tabac de son père, qu'il avait largement souffert de l'entendre crier… Et qu'il en perdait un peu la boule.
Mais on était si loin du compte…
Parce que Stiles n'était plus là. Il dormait. Sa place, il l'avait laissée à cette entité et celle-ci comptait bien laisser sa soif de sang s'exprimer. Car si les yeux du jeune homme reprirent une teinte whisky et sa cornée une blancheur acceptable, la tête pensante restait la même.
Mais ces hommes-là souriaient. Ils continuaient, leur frisson mis de côté. L'image de la supériorité numérique l'emportait sur la bizarrerie d'un élément.
Et tout cela jouait en la faveur de ce Stiles qui n'avait plus de Stiles que le nom. Ainsi, il ne pipa mot, préférant sourire, lui aussi. Sourire de façon victorieuse. Il avait déjà gagné. L'homme qui tenait l'hyperactif par les cheveux lui cracha à nouveau au visage. Et le sourire du châtain s'accentua. Glauque, morbide. Voilà les mots qu'il inspirait et qui prédisaient l'avenir proche, l'évènement sordide qui s'apprêtait à avoir lieu. Il ne s'agissait rien de plus que d'une question de secondes.
- Vous avez voulu jouer, furent les quatre mots qui sortirent de la gorge serrée de Stiles.
Sa voix sonnait de façon discordante… Et cela allait plutôt bien à l'expression complètement folle qu'arborait son visage franchement pâle. Le jeune homme ne se souciait même pas des crachats sur son visage. Ses yeux brillaient.
Ils promettaient un enfer sans nom.
Nouveau rire gras – incrédule toutefois.
- Le gosse a perdu la boule, ça y est.
- Je ne vais pas le plaindre, rétorqua un autre. C'est un flic. Il n'avait qu'à pas marcher dans les pas de son père.
Stiles ancra son regard changé dans les yeux de celui qui le tenait en joue. La peur l'avait quitté dans son entier. L'hyperactif n'était plus là, de toute façon.
- Vous avez voulu jouer, répéta-t-il.
Sa main droite s'enroula autour du poignet de cette main qui lui tirait les cheveux… Et y appliqua une pression telle que, d'un seul coup, l'homme blêmit et hoqueta. Son expression changea et sa bouche s'ouvrit dans un cri silencieux.
- On va jouer.
Personne n'eut le temps de réagir.
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- … ki.
Douleur, inconfort. Bruit, lumière. Des sirènes. Une voix. Non, peut-être plusieurs. Stiles n'en savait rien. Tout ce qu'il pouvait dire, c'était… Que tout était juste trop.
- … Sti… ki…
Il avait les yeux entrouverts, tout comme la bouche, mais se retrouvait incapable de faire quoi que ce soit. Prononcer un mot ? Trop difficile également. Pour cela, il faudrait au moins qu'il réussisse à réfléchir – impossible. Stiles ne saurait, à l'heure actuelle, même pas dire comment il s'appelait. Il était ailleurs, pas complètement réveillé, beaucoup trop loin de ce monde pour coopérer efficacement. Il entendait vaguement quelques syllabes. Rien qui puisse toutefois le pousser à réagir. Il ressentit du mouvement, se rendit compte qu'on était en train de le porter ou du moins de le transporter… Sans pouvoir en tirer quelque conclusion que ce soit. Ses paupières se fermèrent par réflexe lorsque la lumière devint soudainement encore plus fort et plus vive qu'il ne pouvait le supporter.
Une fois le patient correctement installé dans l'ambulance, la seconde à avoir été dépêchée, on ne chôma pas… Si bien que Stiles se retrouva rapidement harnaché sur son brancard et branché sur quelques moniteurs portables de sorte à surveiller ses constantes affolées. Car le jeune homme, bien qu'à demi-conscient, était sur une pente alarmante. Bien moins que son paternel, mais il y avait tout de même de quoi s'inquiéter.
Il y eut du bruit, des voix, un appel. Le véhicule démarra en trombes et la maison Stilinski, encerclée de voitures de polices, disparut fort vite de la vision du conducteur.
- On sera sur site d'ici un quart d'heures, fit un médecin, le téléphone portable collé à l'oreille par son épaule alors qu'il enfilait des gants.
Son second préparait divers produits dont un qu'il relia directement à la perfusion de ce patient à moitié conscient qui s'évertuait à garder les yeux fermés – il forçait pour le faire. Un patient qui ne réagissait à aucun appel, aucune sorte de stimulation… Enfermé qu'il était dans son monde, perdu entre plusieurs dimensions. Son pronostic vital avait beau ne pas être engagé, on se devait de faire attention.
Si un témoin extérieur pouvait trouver l'atmosphère de l'ambulance particulièrement tendue, rien à voir avec l'autre. Celle qui était partie en premier. Le personnel y était un peu plus nombreux. On s'y aboyait des ordres et des demandes à tout va. On mettait tous les moyens possibles et imaginables à disposition pour une stabilisation rapide. Tout était fait dans une urgence absolue, le cas du Stilinski père étant bien plus grave que Stilinski fils. Si l'on essayait de se montrer positif quant au fait de réussir à gagner suffisamment de temps pour lui permettre d'arriver à l'hôpital sans encombre… L'avenir de ses jambes était incertain. L'horrible spectacle qu'elles donnaient à voir était fort difficile à regarder, à supporter, même pour des médecins et infirmier habitués aux urgences. Outre le fait qu'il s'agisse du shérif Stilinski, figure de haute autorité de la ville, la violence qui avait été déchaînée sur lui avait de quoi choquer. Ce qui lui avait été fait était d'une horreur sans nom et malheureusement… Il n'y avait pas que cela – bien qu'il semble s'agir du pire. Certains pensaient déjà à l'après : si Noah Stilinski ne succombait pas à ses blessures… A quoi ressemblerait sa vie future ? Quel sens aurait-elle ? Quelles séquelles en garderaient-ils ? La réponse, on ne l'aurait pas avant plusieurs heures – plusieurs jours, si tout se passait bien. L'un des médecins demanda au conducteur de l'ambulance d'accélérer. Dans le même temps, l'un des moniteurs s'affola, inondant l'habitacle de l'ambulance d'un son strident, angoissant. On se tendit, fit tout ce qu'il était possible de faire pour stabiliser – au moins momentanément – son état.
Le problème… C'est que rien ne jouait actuellement en faveur du shérif, ou du moins pas grand-chose. Le pauvre homme commençait doucement à se faire âgé et avait été la victime d'une agression à la violence inouïe. Alors voilà, on n'était sûr de rien.
On espérait juste qu'il passerait la nuit.
