Hello !
Je m'excuse platement pour cette interminable délais entre le chapitre précédent et celui-ci. J'ai été particulièrement débordée ces derniers temps et publier m'est complètement sorti de l'esprit. En tout cas, nous revoilà avec ce dernier chapitre de Pomme et Dépravation. Mille mercis pour vos retours sur cette histoire. J'espère que cette conclusion vous plaira !
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POMME ET DEPRAVATION
CHAPITRE 7
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Scorpius avait raison et Drago oublia définitivement toutes ses bonnes résolutions. Rose avait été sienne dans sa petite chambre contiguë à son bureau, dans la salle de bain de son manoir, sur le piano, dans la serre du jardin, dans l'étang qui bordait le domaine, au milieu de sa salle de classe, derrière une tapisserie, dans le couloir du troisième étage et puis de nouveau dans son lit, encore et encore.
Chaque fois, Drago découvrait une nouvelle facette de sa personnalité, un grain de beauté qu'il n'avait pas pris le temps d'examiner ou une parcelle de peau qu'il s'empresserait de lécher. Elle riait à gorge déployée, n'ayant de pudeur que dans l'exubérance. Drago souriait de la voir s'épanouir, s'étirait les joues, jour après jour, alors qu'elle prenait confiance entre ses bras.
Au retour des vacances, ils avaient recommencé leurs cours particuliers, Rose voulant prendre de l'avance sur ses études supérieures. Ils passaient la plus grande partie du cours à s'embrasser, abîmant leurs lèvres rougies sur la peau de l'autre. Ils goûtèrent enfin ce veritaserum qui n'eut d'effet que sur elle, à moins qu'il ne lui ait seulement donné le courage de se dévoiler. Elle en profita pour lui révéler qu'elle n'avait jamais été insensible à son charme, d'abord en tant que Professeur, évidemment. Elle avait toujours été fascinée par sa discipline, son expertise et son aura. Et puis, l'attirance était venue, au fil des années. D'abord comme un stupide flirt adolescent, Drago y apprit qu'il était l'objet de nombreux commérages dans les dortoirs des jeunes filles. Elle n'avait vraiment commencé à ressentir ses premiers émois qu'à la fin de sa sixième année.
- Elle s'appelait Violette, je crois, avait-elle soufflé entre ses bras.
- J'ai toujours eu un faible pour les femmes aux noms de fleurs.
Elle leva les yeux au ciel, partagée entre la flatterie et l'inconfort de le savoir entre les bras d'une autre.
- Tu ne t'en souviens pas ?
Drago secoua la tête, tentant de chercher dans ses souvenirs sans pouvoir resituer l'événement.
- C'était aux vacances de printemps. Scorpius était censé passer le reste de la semaine à la maison mais tous mes cousins ont débarqué pour fêter l'anniversaire de Hugo. La maison était pleine à craquer, même Charlie avait fait le déplacement. Scorpius, en bon Malefoy, n'était pas très à l'aise entouré de tous ces Weasley.
Drago s'autorisa à rire et elle lui lança un regard espiègle.
- Ma mère a proposé de nous ramener au Manoir, Albus, Scorpius et moi. Ma chambre avait été réquisitionnée pour le bébé de George.
Drago leva les yeux au ciel, se retenant de faire un commentaire sur les Weasley et leur manie d'entasser des individus dans des bicoques moins vastes que son garde-manger.
- Tu ne savais pas que nous étions rentrés, continua-t-elle. Je ne pense pas que tu aurais ramené cette femme, sinon.
- Evidemment que non, approuva-t-il.
- Scorpius nous a demandé de garder le secret. Je crois qu'il n'était pas très à l'aise à l'idée de parler d'une de tes conquêtes avec toi.
- Tu dis ça comme si j'avais une liste d'aventures plus longues que le bras.
Elle haussa les épaules, releva la tête vers lui, planta son regard dans le sien, le défiant d'oser lui mentir.
- Ce n'est pas le cas ?
Drago secoua la tête.
- J'ai connu quelques femmes, pas plus que ça.
- Toujours plus que moi.
- A ton âge, mon tableau de chasse se limitait à ma main droite et à une vieille taie d'oreiller.
Elle se mit à rire et, comme à chaque fois, Drago ne put s'empêcher de sourire. Ce son était merveilleux, la spontanéité qui se dégageait d'elle était rafraîchissante, pure et délicate.
- Nous avons passé la nuit à discuter à voix basses, tous les trois serrés dans le lit de Scorpius, la couverture nous servait de cabane. Elle est partie après le petit déjeuner, nous avons attendu que tu prennes ta douche pour descendre silencieusement les escaliers. Scorpius à bruyamment claqué la porte d'entrée, a hurlé un "Papa, je suis rentré" et tu as coupé l'eau de ta douche. Tu ne portais qu'une serviette autour de ta taille quand tu es descendu.
- Ah, ça y est, grimaça-t-il, je crois que je me souviens de cette histoire. Comment oublier la fois où je me suis retrouvé à moitié nu devant mon fils et deux de mes élèves dans mon propre vestibule…
Elle pouffa mais Drago conservait le sentiment de gêne qu'il avait éprouvé à l'époque.
- J'étais fascinée, hypnotisée, même. Tes cheveux étaient trempés, des gouttes d'eau ruisselaient sur tes épaules et j'étais figée dans le hall d'entrée, partagée entre le devoir de me détourner de toi et l'irrépressible envie de te contempler durant des heures.
Un sourire en coin se glissa sur les lèvres de Drago. Sa main agrippa la hanche de Rose, serrant ce petit bout de chair entre ses doigts.
- Je comprends mieux ta soudaine envie de me rejoindre sous la douche, lors de notre première nuit, susurra-t-il à son oreille.
Elle gloussa et hocha vivement la tête.
- Je ne pouvais pas laisser cette opportunité me glisser entre les doigts. Ce n'est pas tous les jours qu'on peut transformer un fantasme qui nous ronge depuis des mois en réalité.
- J'étais si séduisant que ça ? grappilla-t-il en croquant sa lèvre.
- Divin, souffla-t-elle, rejetant sa tête en arrière.
Il lui fit l'amour au beau milieu de sa salle de classe, laissant les pierres être témoins de leur passion. Il ne cessa de lui répéter à quel point elle était belle, à quel point il la désirait, chaque jour avec plus d'intensité. Elle se galvanisait de ses mots doux, il s'enivrait de les lui souffler à l'oreille.
Et puis, la fin d'année arriva. Bientôt, leurs escapades brûlantes dans le château ne seraient qu'un lointain souvenir. Rose avait réussi ses ASPICS avec brio, le rendant plus fier qu'il ne l'aurait cru. Mais le sourire qu'elle lui offrait ne montait plus jusqu'aux yeux, craignant sans lui dire que leur idylle risquait de ne pas survivre à l'éloignement.
- Il faut que tu les rejoignes, susurra Drago à son oreille.
Elle reposait dans ses bras, au milieu de son lit et semblait s'accrocher à lui comme si sa vie entière en dépendait.
- Non, répondit-elle.
- C'est ton dernier jour à Poudlard, Rose, il faut que tu en profites. Va au lac avec les autres, amuse-toi.
Elle secoua la tête et raffermit sa prise autour de ses bras, pelotonnée sous les couvertures de son lit.
- Fais-moi l'amour, plutôt, chuchota-t-elle à son oreille.
Drago lui sourit, replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et embrassa son front.
- Trois fois depuis ce matin, ce n'est toujours pas suffisant ?
Elle secoua la tête, mutine et il se mit à rire.
- Je veux passer mes dernières heures ici avec toi, déclara-t-elle.
- Ne passe pas à côté des choses de ton âge, Rose. Pas pour moi. Je sais que tu meurs d'envie d'aller te baigner avec les autres élèves, c'est évident.
- Tu viens avec moi ? demanda-t-elle d'une petite voix.
Cette même petite voix qu'elle utilisait à chaque fois qu'elle voulait quelque chose de lui. Cette petite voix qui lui donnait toujours raison, cette petite voix face à laquelle Drago ne parvenait jamais à résister. Mais cette fois-ci, il leva les yeux au ciel.
- C'est vrai que tout le monde va trouver ça super quand le vieux Professeur Malefoy va se ramener au lac pour gâcher l'ambiance.
- Tu n'es pas vieux, le gronda-t-elle.
- Mais je ne suis pas non plus un élève. Allez, lève-toi.
Sur ces mots, il sortit lui-même du lit, enfila son pantalon de survêtement et attendit aux pieds qu'elle fasse de même. Mais Rose s'était recouvert la tête de la couverture, cachant ses yeux du soleil de fin d'après-midi. Drago leva les yeux au ciel, sans pour autant pouvoir s'empêcher de sourire. Il alla chercher ses chevilles, à l'aveugle sous la couette et la tira jusqu'au bord du lit. Elle se mit à crier tout en riant, sauta pour poser ses pieds à terre et l'embrassa en se redressant.
- Je vais devoir remonter chercher mon maillot de bain, soupira-t-elle.
- Tu n'as qu'à y aller nue, sourit-il en coin. Je te regarderai par la fenêtre sauter dans le lac, tes jolies fesses rebondissant à chacun de tes pas.
Elle leva les yeux au ciel et il ricana, lui volant un dernier baiser avant qu'elle ne passe la porte du bureau.
Drago ne mentit pas et l'observa depuis la fenêtre de sa chambre, souriant de la voir s'amuser. C'était comme s'il pouvait entendre son rire quand ses yeux devenaient rieurs, comme s'il était l'eau quand elle trempa un premier orteil dans le lac.
Il la retrouverait dans quelques semaines, la laissant passer du temps avec les siens. Drago en profita pour s'occuper de son fils, alla aux portes ouvertes de l'université magique de Londres et regarda avec dédain ces professeurs aux vestes en velours côtelé qui s'étouffaient d'orgueil en s'écoutant parler. Scorpius était fasciné, comme si un nouveau monde s'offrait alors à lui.
- Le droit des affaires, alors ? demanda Drago alors qu'il partageait une bierraubeurre avec son fils, dans un pub miteux du quartier étudiant.
- Ça a l'air fascinant. Tu as entendu le Professeur Dolling, les trois quarts des étudiants sortent du cursus avec une promesse d'embauche dans les plus grandes banques européennes. D'après lui, si on suit ses cours assidûment, nous serons rentiers avant d'avoir atteint nos trente ans.
Drago se retint de lever les yeux au ciel et de faire le moindre commentaire. Son fils n'avait qu'à placer quelques gallions judicieusement pour s'assurer un avenir pérenne, il y avait veillé. Mais faire des études était de son âge, lier des amitiés, vomir son kebab frite en sortant de boîte de nuit, se faire arrêter par la brigade magique pour avoir uriné sur une voiture moldue.
Drago se souvenait avec tendresse de ses années fac. La pression de la guerre était retombée, les familles se reconstruisaient doucement et la jeunesse universitaire faisait tout pour rattraper son adolescence avortée.
Ils avaient visité ensemble quelques appartements et Scorpius avait fini par choisir celui qui était le plus proche de la faculté. Drago le trouvait bancal et exiguë, Scorpius se voyait déjà recouvrir les murs de posters de groupe de rock et de guirlandes lumineuses.
Et puis Rose était arrivée silencieusement, une nuit où la lune ne brillait que par son absence. Elle s'était glissée sous les couvertures et Drago avait manqué de faire une attaque.
- C'est Scorpius qui m'a ouvert, souffla-t-elle contre ses lèvres alors qu'il reprenait progressivement une respiration régulière.
- Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il sans manquer de déposer longuement ses lèvres sur les siennes. On devait se retrouver demain matin à la gare de King's Cross.
- Je ne pouvais pas attendre une nuit de plus, susurra-t-elle.
Et pour toute réponse, Drago fondit au-dessus d'elle, caressant cette peau qui lui avait tant manqué.
Ils prirent le train pour Brighton en montant dans un wagon séparé. Il n'eut pas la patience d'attendre le premier arrêt pour la rejoindre et joua des coudes pour remonter la locomotive. Ils se retrouvèrent à mis chemin, voulurent se serrer dans les bras mais une vieille connaissance de Drago s'interposa. Il insista pour qu'il partage son compartiment et Rose se glissa face à lui, le brûlant de son regard, mordillant sensuellement le bout de son doigt. Il lui fit l'amour à la seconde où elle le rejoignit dans la chambre d'hôtel et n'en sortirent qu'à la fin de la semaine, reprenant leur route séparément jusqu'à Londres.
Elle fit quelques allers-retours chez ses parents, prétextant une virée entre copines pour retrouver les bras de son amant. Elle réussit à convaincre sa mère qu'Albus et elle avaient promis à Scorpius de l'aider avec son emménagement et passa sa dernière semaine de vacances avec eux, au manoir.
Elle déjeunait entre ses deux amis, Drago siégeant au bout de la table, comme lorsqu'ils n'étaient encore que des enfants. Il n'interférait pas dans leurs conversations, faisait semblant de ne rien entendre quand ils se moquaient allègrement de ses collègues professeurs et respira finalement de voir son fils admettre lentement leur relation. Le soir venu, elle rejoignait la chambre du deuxième étage qu'elle avait l'habitude d'occuper, par égard pour Scorpius. Il levait les yeux au ciel, au petit matin, quand il la croisait alors qu'elle sortait de la suite parentale.
Et puis la fin des vacances arriva et Drago dû user de tous ses charmes pour l'empêcher de sombrer dans l'angoisse de la séparation.
Le dimanche soir, Drago zippa la valise autour d'elle alors qu'assise dessus, elle peinait à faire rester ses vêtements à l'intérieur.
- Oh non, s'exclama-t-elle en grimaçant. Je crois que ma baguette est à l'intérieur.
- Tu te fous de moi là ? s'agaça Drago en soupirant bruyamment.
Elle éclata de rire et il leva les yeux au ciel. Elle vint pour l'embrasser, tentant de se faire pardonner mais il tourna la tête, faisant celui qui était vexé. Alors elle se contenta de sa joue, son cou et sa clavicule et Drago ramena précipitamment son visage vers le sien pour l'embrasser sauvagement.
- Tu me rejoins ce weekend ? demanda-t-elle les yeux soudainement embués.
Il hocha la tête, caressant doucement sa joue.
- Je termine mon dernier cours à dix-sept heures, vendredi. A dix-sept heures trois je serai déjà nu dans ton lit.
Elle se laissa aller à rire, même si l'amusement ne l'empêcha pas de la laisser couler une larme.
- Je ne pensais pas regretter un jour le temps où on devait se cacher à Poudlard, soupira-t-elle.
- Tu vas adorer l'école de potionniste, la rassura Drago en chassant la larme qui ruisselait sur sa joue. On se verra tous les weekends, on partira passer du temps à Venise ou à Paris, tu pourras me rejoindre ici ou bien je viendrais dans ton petit appart minable.
Elle leva les yeux au ciel, secouant la tête.
- C'est pas un appart minable, c'est un studio.
- C'est plus petit que ma salle de bain.
- C'est ta salle de bain qui est grotesque.
Il lui sourit avec douceur, fit léviter sa valise jusqu'en bas de l'escalier et l'embrassa avec passion.
- Bonne rentrée, Rose, souffla-t-il sur ses lèvres.
- Bonne rentrée, Professeur Malefoy.
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Scorpius ne tint pas plus d'un mois en fac de droit. Les costumes griffés de ses camarades de classe, les mallettes en cuir et les égos surdimensionnés eurent rapidement raison de lui. Drago le rejoignit à Londres pour le weekend, tentant de trouver avec lui une orientation qui lui conviendrait mieux.
- Tous des fils de bourges, c'était pathétique. A croire que c'était à celui qui avait la plus grosse villa dans le sud de l'Angleterre.
- Nous avons deux manoirs dans les Highlands, plusieurs propriétés à Londres, à Paris et un château en Irlande, Scorpius, répondit Drago en levant les yeux au ciel.
- Ouais bon, d'accord, peut-être que moi aussi je suis un fils de bourge. Mais c'est pas pour autant que je la ramène à chaque fois que j'en ai l'occasion.
Drago se mit à rire.
- Je crois que ton grand-père avait aussi fait bâtir un riad à Marrakech, ajouta-t-il comme si cela n'avait pas vraiment d'importance.
- Vraiment ? s'intéressa soudainement Scorpius. Pourquoi est-ce qu'on n'y est jamais allé ?
- J'en sais rien, répondit Drago en haussant les épaules. Je n'y suis pas retourné depuis des années mais je crois que Pansy squatte de temps en temps quand elle a envie de changer d'air.
- Tu crois qu'on pourrait passer nos vacances d'hiver là-bas, avec Albus ?
Il hocha la tête avant de se mettre à sourire.
- Oui, si tu veux. Mais je te laisse te débrouiller avec ta marraine si elle débarque subitement avec deux types et une bouteille de gin.
Scorpius grimaça et Drago éclata de rire.
- Alors si ce n'est pas le droit des affaires, qu'est-ce qui te tente ? demanda Drago en recentrant la conversation.
- Aucune idée, soupira Scorpius. Peut-être une école de commerce ?
Encore une fois, il leva les yeux au ciel.
- Si tu n'as pas supporté les gosses de riche à la fac de droit, ça ne risque pas de s'arranger en école de commerce.
- Ouais, tu as sûrement raison…
Drago regarda autour de lui, l'appartement était déjà dans un état pitoyable. En un mois, Scorpius avait réussi à décrocher une partie de la tapisserie, cassé la porte de son réfrigérateur et foutu en l'air l'intégralité de sa caution. Des canettes de soda et quelques bouteilles de rhum traînaient au pied de sa poubelle, souvenir de ses soirées de beuverie et d'insouciance.
Drago pinça les lèvres, se fraya un chemin jusqu'au canapé, évitant les caleçons sales et les moutons de poussière pour s'installer sur le clic-clac qui semblait déjà souffrir d'avoir été trop de fois replié. Un vieux mégot traînait sur l'accoudoir. Le brûlure avait transpercé le tissu beige du sofa qui régurgitait une petite touffe de mousse.
Drago le prit entre ses doigts, le pointant devant son fils et admira son visage grimaçant.
- Ouais c'est à un copain… Il est venu là l'autre soir et il l'a oublié… Ces types n'ont aucun respect, j'te dis.
- Oui, bien sûr.
Drago secoua la tête avec agacement et posa le mégot dans le cendrier plein à craquer qui trônait sur la table basse.
- Un vrai toxico ton copain, il a descendu trois paquets de clopes dans la même soirée ?
- Oh ça va, maugréa Scorpius. Toi aussi tu fumais quand t'étais à la fac.
Drago haussa un sourcil, toisant son fils d'un regard interloqué.
- C'est Pansy qui me l'a dit.
Evidemment. Celle-ci savait toujours quoi révéler aux enfants de ses amis. Une marraine particulièrement attentionnée.
- Bon, et ces études alors ? grimaça Drago, tentant de garder le change.
- Et pourquoi pas vétérinaire ? J'ai toujours aimé les chats.
Ce fut donc vétérinaire, pour deux semaines. La troisième, Scorpius avait appris qu'ils devraient disséquer un poisson rouge et n'avait pas supporté le choc. Il passa par la com, l'administration, l'arithmancie et la fac d'histoire. Ils les auraient peut-être toutes faites si Drago n'avait pas arrêté le massacre quand il évoqua les arts du spectacle.
- Plutôt crever que de voir mon fils tirer sur un bang et devenir un beatnik !
Scorpius avait grimacé, Drago avait allumé une clope qui traînait là pour se calmer et tous deux avaient fini par exploser de rire. Il lui avait proposé de prendre une année sabbatique, d'en profiter pour découvrir l'Europe ou l'Amérique, faire du volontariat, bâtir des maisons pour les pauvres ou toute autre connerie de ce genre.
Scorpius avait prit un sac à dos, embrassé son père devant une vieille pile qui lui servirait de portoloin et avait tourbillonné jusqu'en Australie. Il était resté trois jours à Melbourne, s'était fait coursé par une autruche et était rentré au manoir Malefoy. Il y avait passé le reste de l'année, Albus à ses côtés, ses aventures universitaires n'étant pas beaucoup plus glorieuses que celles de son petit ami.
Et puis, durant les vacances d'été, Rose leur avait passé un savon, déclarant qu'ils n'étaient que deux petits merdeux qui abusaient de leurs privilèges, que s'ils n'avaient pas passé l'année à se saouler, peut-être auraient-ils pu trouver un domaine qui les intéressait. Drago avait ricané dans son coin en l'entendant jusqu'à ce qu'elle se retourne vers lui, pointant son doigt accusateur dans sa direction.
- Et toi, scanda-t-elle, si j'apprends encore que tu te mets à fumer avec ton fils, je te fais bouffer le paquet.
Scorpius ne s'était pas gêné pour rire à son tour, malgré le regard assassin que lui jetait son père. Drago avait promis à Rose de ne plus recommencer, envoyé paître son fils alors qu'il riait de plus belle et allumé une nouvelle clope avec lui, le soir venu.
A la rentrée, Scorpius était retourné en faculté de vétérinaire. Il avait serré les dents lorsqu'il lui avait fallu découper un poisson rouge, rendu son déjeuner en castrant son premier chat et étonnement pris sur lui lorsqu'il mis à bas sa première génisse.
Rose était entrée en deuxième année de potionniste, avait brillamment réussi ses examens et songeait à quitter son studio trop petit pour emménager au manoir.
- C'est une mauvaise idée, avait soupiré Drago.
- Ils vont bien devoir finir par l'apprendre un jour ou un autre.
- Ouais… le plus tard possible. Genre, quand je serais mort depuis dix ou vingt ans.
Rose leva les yeux au ciel, prit ses mains dans les siennes et lui assura que ses parents finiraient par comprendre. Comme Scorpius, Albus et même Pansy. Qu'ils accepteraient la situation en voyant le bonheur de leur fille. Drago n'en avait pas cru un mot et était pourtant loin du compte.
- Je vais te déchiqueter la gueule espèce de vieux pervers, avait hurlé Ron dans sa direction.
Granger était figée dans le salon, comme si tout son univers s'était subitement mis sur pause. Rose tentait de raisonner son père en criant plus fort que lui, Hugo avait explosé de rire en disant qu'après ça, ses parents ne pourraient plus lui refuser d'inviter sa copine à dormir à la maison et Drago était resté de marbre, attendant patiemment que la tempête se passe.
Ron avait essayé de lui coller son poing dans la figure, Rose avait hurlé que s'il faisait un pas de plus elle ne remettrait plus jamais un pied dans cette maison et Granger était finalement sortie de sa léthargie. Elle avait calmé son mari en se positionnant devant lui, plantant son regard dans le sien et contenu ses bras entre ses mains.
Vingt minutes plus tard, Rose leur annonçait qu'elle emménagerait au manoir pour la rentrée de septembre et Drago sortit de la maison, un œil virant au noir et la lèvre en sang.
- Merci frangine, avait rit Hugo. Maintenant ça passera mieux quand ils apprendront que ma copine est la nouvelle stagiaire de maman.
- C'est pas vrai, avait gémi Granger.
Drago avait grimacé d'avoir voulu sourire narquoisement et Rose avait glissé sa main dans la sienne pour transplaner.
Elle quitta son studio mais retourna passer l'année chez eux, faisant l'aller-retour entre la fac et la maison de famille quotidiennement. Son père ne lui demanda plus jamais où elle allait lorsqu'elle découchait, ne voulant pas lui laisser l'occasion de prononcer une nouvelle fois son nom. Drago ne fut jamais invité aux repas de famille, devait la laisser partir, le matin de Noël, rejoindre sa famille et gardait toutes ses réflexions dédaigneuses pour lui.
Et puis, Rose entra en dernière année. Drago lui avait aménagé un petit coin dans son laboratoire pour qu'elle puisse s'entraîner à sa guise. Elle n'avait jamais officiellement emménagé chez lui mais était venue un soir et n'était jamais repartie depuis. Cela faisait bientôt sept mois.
- Un jour, il va falloir que tu parviennes à faire ce sortilège toute seule, Rose, s'agaça-t-il en agitant sa baguette dans sa direction.
Une bulle laiteuse vint entourer son visage et malgré les traits troubles qui se dissimulaient en dessous, Drago pouvait aisément distinguer la langue qu'elle tirait puérilement dans sa direction.
- Tu es prête ? demanda-t-il en regardant sa montre.
Elle hocha la tête, regardant une dernière fois les ingrédients s'alignant devant elle.
- Je lance le chrono, l'informa Drago. C'est parti, tu as une heure trente.
Elle ne répondit rien, si concentrée qu'il ne semblait déjà plus exister. Il se jeta le sortilège de têtenbulle, recula dans le laboratoire pour ne pas la distraire et s'assit sur un fauteuil, examinant attentivement chacun de ses gestes.
Il dû se retenir de venir l'aider une bonne dizaine de fois, de la prévenir qu'il était grand temps de remuer sa potion et même de la féliciter quand elle parvint à rattraper de justesse le dard de criquet qui lui avait glissé des doigts.
Et puis, le gong sonna, Drago lui demanda de poser sa baguette et elle se retourna vers lui, l'air confiant.
- Tu as réussi à terminer ? demanda-t-il comme s'il n'avait pas minutieusement suivi toutes les étapes du processus.
Elle hocha la tête et se décala pour le laisser examiner la potion. Il prit un temps fou avant de rendre son verdict. Rose le regardait froncer les sourcils, se demandant si elle n'avait pas fait preuve d'idiotie, elle qui se sentait d'abord si confiante. Et puis, lentement, il se tourna vers elle, l'air grave.
- C'est parfait, déclama-t-il d'une voix neutre.
Elle mit quelques secondes à réaliser avant de lui sauter au cou en criant. Il l'attrapa au vol, se mit à rire et la fit tournoyer entre ses bras.
- Tu restes aussi concentrée à l'examen, tu n'oublis aucune étape et ce sera dans la poche. J'ai hâte de te voir dans ta robe de cérémonie quand tu obtiendras ton diplôme, lui sourit-il tendrement.
Weasley et Granger avaient laissé un siège d'écart entre eux et lui alors que Rose grimpait fièrement sur le podium pour recevoir son précieux sésame. Drago souriait plus qu'il ne croyait en être capable, frappant dans ses mains comme un forcené alors que Scorpius, à côté de lui, sifflait en plaçant deux doigts dans sa bouche. Granger s'était tournée vers lui, avait vu le regard plein de fierté et de dévotion qu'il portait sur sa fille et l'avait invité à les rejoindre pour le dîner. Weasley n'avait pas tenté de le frapper, Hugo s'était trouvé une copine de son âge et Rose semblait plus heureuse que jamais. Cette année, Drago Malefoy fêterait Noël chez les Weasley. Avec un peu de chance, Ron n'essaierait pas de l'étriper quand il apprendrait que sa fille allait bientôt changer de nom. Weasley pouvait bien lui décrocher son poing dans la figure, lui cracher au visage ou lui jeter un maléfice, Drago n'en avait que faire. Tant que Rose glisserait sa main dans la sienne, aucune épreuve ne serait insurmontable. Elle méritait toutes les brimades et les sacrifices. Drago l'aimait à en perdre la raison. Une chance qu'elle ait aussi laissé la sienne s'évanouir dans leurs baisers passionnés.
