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Tirana.

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Le premier réflexe de Tom, quand il avait vu les uniformes de l'équipe des Ballycastle Bats qu'Harry essayait de lui faire passer, avait été de fuir. Merlin, la couleur de la robe passait encore puisqu'elle était noire, mais cette horrible inscription « I Love Bats » encadrant une chauve-souris écarlate, c'était juste… trop.

Harry avait donc dû lui courir après dans tous les couloirs du Manoir, essayant de lui rappeler la promesse qu'il avait faite un peu plus tôt.

Et, aussi surprenant que cela paraisse, Tom avait fini, une heure plus tard, après maintes menaces, moultes supplications et pléthores arguments, par céder et enfiler en râlant, par-dessus ses vêtements, la tenue officielle de l'équipe d'Irlande du nord. Depuis, Harry rayonnait de satisfaction ce qui ajoutait d'autant plus à la morosité de son compagnon.

Le Portoloin les avait déposés aux portes de la capitale albanaise et la douane n'avait que rapidement examiné leurs papiers avant de leur autoriser l'entrée sur le territoire. Il faut dire que leurs habits aux couleurs de leur équipe les faisaient passer pour de véritables supporters et ils avaient vite été rejoint par d'autres amateurs sportifs.

« Ils n'auraient pas dû reprendre Haynes cette année ! Sa dernière saison était catastrophique ! » Dit un gros homme à l'accent allemand en bousculant Harry.

Tom rattrapa de justesse son compagnon et se plaça entre les deux hommes : « C'est pourtant bien lui qui a fait gagner trois fois de suite son équipe en attrapant le vif d'or. Une performance rarement égalée. »

Harry ouvrit de grands yeux : Tom avait… révisé et il ne doutait pas qu'il ait engrangé plus de connaissances que lui sur le sujet. Décidément cet homme était surprenant !

« Mfffp. – grogna l'autre – Si Woodward n'avait pas redirigé tous les cognards sur les Américains, Haynes n'aurait rien pu faire ! »

« Vraiment ? – continua Tom avec un sourire méprisant – On parle bien du même Woodward qui a assommé deux de ses coéquipiers en 1952, avec son manque de précision ? »

L'allemand devint rouge et Harry entraîna son compagnon un peu plus loin pour éviter que les deux hommes n'en viennent aux mains. Il était peut-être un peu tôt pour se faire remarquer…

Plus ils s'approchaient de l'arène et plus le nombre de sorciers habillés aux couleurs de leur équipe préférée augmentait. Harry était surpris de voir autant de supporters des Fire Eagles d'Albanie, vêtus de leur tenue orange pétante. Le match n'avait pas encore commencé que certains esprits s'échauffaient déjà. Ils évitèrent de justesse une échauffourée entre quelques hooligans et s'enfilèrent dans une petite rue, un peu plus calme, qui contournait l'artère principale.

« Je voudrais déjà rentrer chez moi… » grommela Tom dont la fatigue se lisait sur les traits.

Harry s'empara de sa main : « Nous allons nous créer de bons souvenirs ! Je vais vous montrer qu'on peut s'amuser à un match de Quidditch ! »

« Je ne suis pas venu ici pour m'amuser, Monsieur Potter. Vous connaissez parfaitement le but de ce voyage et… »

« Oh par pitié, Tom ! Laissez tomber ce foutu diadème et passez juste un peu de temps avec moi ! – Il s'arrêta pour faire face à Tom et ancra ses yeux dans les siens – Sauf si vous ne souhaitez pas vous amuser avec moi ? »

Tom l'observa un long moment, avant de répondre d'une voix basse : « Si. Je veux. »

Harry hocha la tête, satisfait : « Bien. Ça tombe bien parce que moi aussi, je veux passer du temps avec vous. » Tom ne répondit rien mais une étrange expression passa sur son visage.

Harry scruta les alentours et se précipita vers un vendeur ambulant. Quand il revint, il avait les bras chargés de nourriture : « Ça me rappelle ma première année à Poudlard. J'avais dévalisé les stocks de friandises et… oui, enfin… j'étais jeune. – il tendit un espèce d'hot dog à Tom – Ils disent que c'est une spécialité locale, mais je pense que c'est juste un hot dog et que le vendeur a essayé de m'enfumer. »

Tom regarda le sandwich avec dégoût : « Cela ne me parait pas bien hygiénique. »

« Fermez-la un peu et mangez donc ce que je vous donne. – Tom prit le hot dog sans un mot - J'ai ça aussi pour vous désinfecter l'estomac. - Harry lui tendit un verre remplit à ras bord d'un liquide ambré – C'est brassé localement, il parait. Du Tempêtéther. – Tom haussa un sourcil – Oui. Je sais. Et croyez-moi, vous ne voulez pas connaître le degré d'alcool de ce truc. »

Tom renifla avec suspicion la saucisse qui dépassait du sandwich dans sa main : « Vous ne buvez pas ? »

Harry se gratta la tête, ennuyé : « J'ai… comment dire… j'ai un petit problème avec l'alcool. Alors je ne vous accompagnerai que sur la nourriture. - Et sans attendre de réponse, il croqua à pleines dents dans ce qui lui semblait être un cookie au chocolat. - Ho… fit-il en pâlissant – c'est du poisson… »

Un souffle moqueur s'échappa du nez de Tom alors qu'il trempait avec précaution ses lèvres dans le Tempêtéther.

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Alors qu'ils se dirigeaient vers l'arène, Harry repéra un étrange petit module en tôle posé dans un coin de la rue. Oubliant instantanément ses récents déboires culinaires, il se rua vers l'objet avec excitation : « J'en reviens pas ! – dit-il en se retournant vers Tom qui le suivait avec moins d'entrain – Il y en avait déjà à l'époque ! Faisons ça ! Je veux qu'on fasse ça ! »

C'était un photomaton sorcier : une simple boîte d'un mètre sur un dont l'entrée était barrée par un rideau opaque et Harry s'y faufila entraînant Tom à sa suite.

Mais une fois à l'intérieur, les deux hommes se retrouvèrent confrontés à l'exiguïté de l'espace et la petitesse de la cabine, faite pour n'accueillir qu'une seule personne, devint un véritable défi pour eux.

Tom, avisant l'unique tabouret de la cabine, s'y installa sans attendre. Ce fut plus compliqué pour Harry qui, alors qu'il tentait désespérément de trouver une position convenable, se retrouva presque par-dessus lui. Soucieux de ne surtout pas toucher Tom, il se contorsionnait dans tous les sens, tentant maladroitement de trouver sa place et se tortillant comme un ver de terre sur un sol brûlant. Malheureusement, l'espace restreint ne lui laissait que peu de marge de manœuvre.

Tom, de son côté, observait la scène avec un sourire sarcastique, se retenant visiblement de rire. Après avoir laissé Harry lutter pendant une bonne minute, il plaça, avec un détachement feint, son bras autour du ventre de celui-ci et le tira doucement contre lui, comme pour mettre fin à son calvaire. Harry bascula légèrement en arrière et se retrouva assis sur les genoux de son compagnon, leurs corps soudainement bien plus proches qu'il ne l'aurait souhaité. Il se figea, surpris par cette manœuvre inattendue et un frisson de gêne le parcourut alors qu'il se retrouvait étroitement collé à Tom, incapable de trouver une autre échappatoire.

Après un léger moment de flottement, Tom demanda d'une voix faussement innocente : « Vous n'enclenchez pas l'appareil ? »

Harry se mordilla la lèvre, sentant la chaleur lui monter aux joues : il savait qu'il devait agir, mais chaque mouvement supplémentaire risquait d'aggraver la situation. Avec une décontraction déconcertante, Tom se pencha légèrement en avant, collant encore plus son corps à celui d'Harry, et tendit son bras pour appuyer sur le bouton devant eux.

Un compte à rebours retentit dans la cabine étroite, annonçant le début de la séance photo. Puis, Harry, recouvrant ses esprits, tenta de reprendre contenance en ajustant légèrement sa position et il offrit un sourire crispé à l'objectif, alors que les flashs capturaient leur étrange proximité.

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