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Match.

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Les photos étaient réussies.

Harry observa longuement son double noir et blanc lui sourire, lui adressant de petits signes de la main. Juste derrière lui, Tom, toujours aussi séduisant, ne regardait pas l'objectif, ses yeux rivés sur la nuque d'Harry. Mais, alors qu'il semblait immobile, il relevait soudainement ses yeux sombres, droit sur l'objectif, et Harry se sentit comme transpercé.

« Vous comptez garder ça ? » Demanda Tom indifférent.

« Ho, je… » Harry avait en effet pensé conserver les photos, mais l'air maussade que Tom affichait le faisait hésiter.

Il tendit sa main gantée : « Donnez-les-moi. »

Harry plaça avec regret les carrés de papiers au creux de la main de Tom que ce dernier s'empressa de faire disparaître dans la poche intérieure de son veston.

Harry se figea : « Vous ! Vous ne comptiez pas les détruire ? »

Tom haussa un sourcil méprisant : « Pourquoi voudrais-je détruire ces photos ? Je me trouve plutôt pas mal dessus. »

« Rendez-les-moi ! » clama Harry avec colère.

« Certainement pas. Vous me les avez données, ce sont les miennes maintenant. »

Ha. Harry, impuissant, laissa ses bras retomber le long de son corps. C'était comme combattre un enfant et il se faisait avoir à chaque fois.

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L'arène de Quidditch se dressait au cœur de la ville, une structure imposante en pierre et en bois qui semblait émerger du sol comme un gros champignon blanc. Des tours de guet s'élevaient aux quatre coins, offrant une vue panoramique sur l'ensemble du terrain de jeu. Des drapeaux aux couleurs vives y flottaient, agités par la brise légère qui soufflait à travers les tribunes.

Quand Harry se demanda comment les moldus pouvaient bien passer à côté d'un bâtiment aussi énorme, Tom lui apprit qu'un charme repousse-moldus y avait été appliqué. Ce n'était pas infaillible, bien sûr : l'édifice pouvait être repéré du coin de l'œil par un passant attentif, si bien qu'après plusieurs signalements paniqués, les autorités avaient fini par y ajouter un sort spécial d'oubliette : sitôt que le stade disparaissait du champ de vision du non-mage, celui-ci oubliait son existence.

Harry devina qu'un 'Silencio Maxima' avait dû être lancé sur la structure, car comment cacher l'effervescence électrique alors que les chants et les acclamations résonnaient dans l'air ?

Harry suivait Tom qui le guidait d'un pas assuré à travers les gradins bondés de l'arène, évitant habilement les vendeurs ambulants circulant parmi la foule. Après avoir emprunté quelques escaliers, ils débouchèrent sur une petite loge intime, séparée du reste des gradins par une série de panneaux en bois finement sculptés.

En découvrant leurs places, Harry dut reconnaître que Tom ne s'était pas moqué de lui : la loge était certes petite mais incroyablement confortable. Deux fauteuils moelleux étaient disposés face à une petite table basse en bois poli, sur laquelle reposait un seau à champagne. Des coussins aux couleurs des deux équipes étaient soigneusement disposés sur les fauteuils. Tous les murs étaient ornés de photos encadrées des plus grands joueurs d'Albanie, ainsi que d'une vieille affiche du tout premier match de Quidditch de l'arène. Une lampe à l'ancienne diffusait une lueur douce et accueillante dans l'espace intime, créant une ambiance feutrée et confortable.

C'était discret et charmant, presque cosy, et Harry s'y sentit parfaitement à l'aise dès qu'il y entra. Alors que Tom jetait un œil méprisant à la pièce, il s'affala sans plus attendre dans l'un des fauteuils et s'y lova comme s'il n'avait pas pu s'asseoir depuis dix ans. De là où il était, la vue était incroyable. Il voyait l'ensemble du terrain sans même se contorsionner et pouvait aussi observer le commentateur du match, un petit homme chauve et grêle, se hisser avec difficulté sur un marchepied de bois.

Tom, qui avait finalement rejoint Harry, lui tendit une coupe de champagne frais et pétillant. Bien entendu, Harry avait adoré aller voir des matchs avec les Weasley : l'ambiance y était familiale, bruyante et décomplexée, mais avec Tom, il avait l'impression de découvrir un tout autre monde. Cet homme lui apportait une touche d'élégance et de raffinement, une sophistication qu'Harry n'avait pas l'habitude de trouver dans les rencontres sportives et qui ne lui déplaisait pas.

Quand Harry accepta la flûte, il sentit les doigts de Tom effleurer un court instant les siens mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir d'avantage car le présentateur hurla : « Et voici maintenant les équipes qui entrent sur le terrain ! Réservez-leur votre meilleur accueil ! » Une clameur s'éleva des gradins et le grondement de la foule monta en crescendo alors que les portes de l'arène s'ouvraient lentement. Les deux équipes entrèrent avec confiance, saluant la foule avec des gestes assurés, avant de se faire face au centre de l'arène. Les supporters acclamèrent leurs champions avec enthousiasme, agitant des drapeaux et scandant des chants de soutien. Les capitaines des deux équipes se serrèrent la main avec respect et l'excitation monta d'un nouveau cran parmi les spectateurs.

Harry se pencha sur Tom et dû un peu élever la voix pour se faire entendre : « Maintenant, nouvelle leçon pour réellement profiter du match et le rendre un peu plus intéressant : les paris. Choisissez une équipe, je prendrais l'autre. »

Tom jeta un regard désintéressé à Harry avant de répliquer : « Je n'en vois pas l'intérêt. »

Un sourire taquin étira les lèvres de Harry : « Je vois… et si j'arrivais à vous prouver que ça peut en valoir le coup ? Imaginons par exemple que nous mettions quelque chose en jeu ? Serait-ce toujours aussi ennuyeux à vos yeux ? »

Tom le scruta en silence pendant un instant, avant de demander d'un ton glacial : « À quoi pensez-vous, exactement ? »

Harry sentait au ton de la voix de Tom qu'il avait réussi à attirer son attention. C'était gagné. « Et si le perdant devait exaucer le souhait du gagnant ? »

Un sourcil de Tom se leva et quelque chose brilla dans ses yeux : « Quel type de souhait ? »

« N'importe lequel, tant que ça reste dans la limite de la légalité. » précisa Harry, prenant soin d'éviter tout malentendu.

« Vous ne reviendrez-pas sur votre parole ? »

« Puisque c'est moi qui vous le propose… »

Tom s'adossa dans son fauteuil et détourna son regard pour observer les joueurs sur le terrain : « Je vais opter pour l'équipe d'Irlande du Nord. Purement stratégique, bien sûr. Ils ont une expérience plus solide et l'Albanie a eu ses défis avec la guerre tout récemment, ce qui a certainement affecté leurs entraînements. Je mise donc sur l'expérience et la préparation. »

« Évidemment. – Sourit Harry - Très bien, je parierai sur l'équipe d'Albanie. »

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Alors qu'Harry n'aurait pas misé une seule mornille sur l'Albanie, étonnamment, l'équipe se révéla plutôt tenace et les scores s'équilibrèrent rapidement.

« Et voilà un jeu impressionnant de la part des poursuiveurs irlandais, qui se frayent un chemin à travers la défense albanaise avec une coordination remarquable ! » hurla le présentateur avec enthousiasme, arrachant un soupir d'agacement à Tom.

Les deux équipes se disputaient maintenant le contrôle du Souafle. Les joueurs tournoyaient dans les airs, se le lançant avec une agilité remarquable, tandis que les batteurs des deux équipes tentaient de dévier les cognards pour perturber les attaques adverses. Chaque passe, chaque esquive, était accueillie par des acclamations ou des grognements de la foule qui témoignait de l'intensité de la compétition.

Harry les regarda avec envie : il avait une furieuse envie de monter sur un balai pour les rejoindre. Il tenta de repérer le Vif d'Or dans le ciel, mais de sa place, il était bien trop difficile de voir une si petite balle.

« Sokol Rexhepi prend possession du souafle et fonce vers le cercle irlandais ! Il évite habilement un blocage de Liam Woodward et tiiiiiire ! Oh, mais c'est O'Sullivan, le gardien irlandais, qui réalise une incroyable plongée et attrape le souafle juste à temps, empêchant l'Albanie de marquer un point crucial ! » brailla le commentateur avec excitation.

« Et c'est un coup impressionnant des batteurs albanais, qui dévient simultanément deux cognards en direction des poursuiveurs irlandais ! Mais Aoife Kelly réalise une passe parfaite à Conor Byrne, qui fonce vers le cercle albanais ! Il tire... et c'est un but ! L'Irlande prend l'avantage ! »

Cela ne dura pas longtemps car l'Albanie releva rapidement le score et fini même par mettre à mal l'Irlande du Nord. Harry exultait.

« Et nous voici en plein cœur de l'action ! Les joueurs se disputent le souafle avec une férocité sans précédent, chaque équipe cherchant à prendre l'avantage sur l'autre ! » s'exclama le présentateur.

Harry sentit une bulle de chaleur l'envelopper. C'était comme si on venait de la placer dans un confortable morceau de ouate. Son corps se détendit et il dû se concentrer pour suivre le match qui prenait pourtant une étrange direction : comme si leur chance venait soudainement de tourner, l'équipe albanaise commença à perdre pied. Malgré leurs nombreuses opportunités, chaque tir manquait le cercle de justesse, suscitant la frustration croissante des joueurs et l'exaltation grandissante des supporters irlandais.

Harry scrutait avec une attention soutenue les joueurs albanais : ils étaient bons, ce n'était pas le problème. Cependant, malgré l'apparente précision de leurs tirs, le souafle déviait subtilement à quelques centimètres du cercle à chaque fois, menant inévitablement à une suite d'échecs répétés.

La tension qui régnait dans le stade devint électrique alors que l'équipe albanaise perdait du terrain et Harry commença à se demander si leur matériel n'était pas défaillant.

Un murmure d'inquiétude parcourut les gradins quand l'équipe albanaise manqua une nouvelle fois sa cible. Les supporters retenaient leur souffle dans l'espoir que leurs joueurs récupèrent le contrôle du jeu, pourtant, à chaque tir manqué, la déception se lisait un peu plus sur leur visage, tandis que les cris de frustration résonnaient dans tout le stade.

« Quelque chose cloche. » Se dit Harry alors qu'une douce torpeur l'envahissait. Bien installé dans son fauteuil moelleux, il se sentait comme enveloppé dans un cocon réconfortant. Les bruits du stade semblaient s'atténuer, comme si rien d'autre n'existait en dehors de cette bulle de tranquillité.

Malgré l'effervescence qui continuait à gronder autour de lui, Harry aurait presque pu s'endormir, bercé par une curieuse somnolence. L'équipe albanaise, quant à elle, semblait être victime d'une malédiction, manquant sa cible encore et encore, au point que cela en devenait presque risible.

« Comme une malédiction… » se répéta Harry, persuadé d'avoir mis le doigt sur quelque chose d'important, mais le mot disparu de son esprit aussi vite qu'il y était entré.

Une odeur familière, un peu étrange, flottait dans l'air. C'était un parfum rassurant, légèrement désagréable, qui l'enveloppait tout entier. Quelque chose qu'il connaissait bien mais dont il n'arrivait pas à se souvenir.

« Haynes a repéré le vif d'or et fonce dessus ! OH MERLIIIIIN ! » s'égosilla le présentateur avec excitation.

À côté de lui, Harry cru entendre Tom gronder entre ses dents : « Ce type est vraiment insupportable ! » Mais il n'en était pas tout à fait certain.

Moins d'une minute plus tard, un bruit assourdissant retentit dans les gradins, suivis de cris de terreur : un cognard avait surgi de nulle part, filant à travers l'air à une vitesse fulgurante, avant de frapper violemment le présentateur à la tête. Le silence s'abattit sur le stade, alors que le petit homme gisait sur le sol, inconscient.

La torpeur quitta soudainement Harry qui se redressa d'un coup sur son siège : « Dites-moi que ce n'est pas ce que je pense… » Et il tourna lentement la tête vers Tom.

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