Libération partie 2 :
Une fois à l'intérieur, les deux soldats furent jetés au sol sans ménagement par leur ''sauveur'' qui les toisa avec une colère à peine rentrée pendant une seconde avant de commencer à faire le tour de la pièce.
- Hé ! Qu'est-ce que tu fais, l'elfe ?! Se relevant rapidement, le sombrage se mit en position de combat seulement pour remarquer qu'il lui manquait toujours son arme, ce qui le fit jurer.
- Mon nom est Syraël, je pense l'avoir déjà mentionné. Pour le reste, je vous sauve la vie. Ignorez-moi.
Sans les considérer, le Prisonnier se mit à fouiller les environs à la recherche de tout ce qui pourrait leur être utile tout en essayant de se retenir de tourner de l'œil. Se trouver à bout de force et entouré d'ennemis potentiels était déjà assez mauvais comme ça… mais un dragon ?
C'était le pire scénario possible. Au niveau de "tellement mauvais que c'en était inenvisageable"... et pourtant !
- Nous nous serions très bien débrouillés sans lui ! protesta Hadvar avec force tout en pointant Ralof du doigt comme pour l'injurier doublement, ce qui hérissa le rebelle.
- C'est surtout toi qui seras un poids. Je suis sûr que si tu n'étais pas venu, nous serions déjà à mi-chemin de la sortie, lécheur de bottes.
- Tu oses, espèce de sale traître-
Après inspection, il parvint à mettre la main sur un set d'armure et une épée de piètre qualité, très éloignée de ses standards habituels. Tant pis, il lui faudrait s'en contenter. Sans perdre de temps, Syraël commença à se déshabiller, profitant de l'occasion pour soigner ses brûlures et contusions diverses. Cela l'épuiserait davantage mais, au moins, il ne se viderait plus d'une partie de son sang en bougeant.
Heureusement, l'armure était de type léger, son préféré. Petit bonheur dans un océan - ou un incendie - de malheur. Si l'état du chariot dans lequel ils étaient arrivés indiquait quoi que ce soit, la plupart de ses biens, sinon tous, avaient probablement été réduits en cendres. Et pas question de retourner les chercher.
Bordel ! Il aimait vraiment son armure bosmeri !
- Oui, j'ose ! Parce que nous savons tous les deux que j'ai raison ! Ça fait trop longtemps que l'Empire ne fait que se servir de Bordeciel sans nous accorder la considération que nous méritons. Combien de temps encore allons-nous devoir courber l'échine devant une cité corrompue, méprisable et pourrie jusqu'au cœur ?!
Pris dans son argumentation, Ralof parut oublier son environnement, déterminé à faire valoir son point de vue.
Grimaçant, Syraël en profita pour jeter un œil à ses côtés et resta momentanément figé devant le désordre de violets sur sa peau. Considérant que son bras suffirait, il commença à essayer de soulager le désastre. Avait-il vraiment traversé une ville en flamme comme ça ? En fait... oui, de toute évidence. C'est fou comme un dragon meurtrier au cul pouvait vous motiver...
- L'Empire a peut-être ses défauts mais ils ne sont pas grand-chose face à la folie de votre rébellion ! La seule chose que votre combat, ô combien glorieux, fait, c'est verser plus de sang nordique quand nous devrions nous unir contre nos véritables ennemis ! asséna le soldat sans perdre un instant, sa vérité soutenue par des faits irréfutables.
Serrant les dents, le sombrage secoua brusquement la tête, envoyant quelques mèches de cheveux s'empêtrer dans la sueur et le sang qui coagulait sur sa joue entaillée. Les retirant d'un geste agacé, il gronda à l'encontre de son ex-comparse :
- Tu parles du Thalmor, c'est ça ? Crois-tu que je n'en suis pas conscient ? Les combattre et les bouter hors de Bordeciel se trouve bien sur notre liste. Et certainement plus haut que sur la vôtre. Mais ce n'est pas en léchant les bottes de ceux qui nous ont déjà vendus une fois pour préserver leurs propres intérêts que nous y parviendrons.
Malheureusement pour lui, il ne récolta qu'un visage à mi-chemin entre l'abasourdissement et l'horreur. Alors que Syraël finissait de se soigner autant que possible et clopinait vers les réserves d'équipements, Hadvar ouvrit la bouche, la referma, avant de la rouvrir à nouveau pour sortir d'une voix étranglée :
- Donc, ce que tu dis, c'est que tu penses que notre patrie épuisée est capable de faire face seule au Domaine ? Le même qui a failli tous nous tuer durant la Grande Guerre et qui est composé de, oh, trois fois plus de nations ?
Satisfait de parvenir à rentrer dans l'armure et se sentant un peu plus protégé, l'elfe commença à enfiler les gantelets. Par chance, ils convenaient aussi et ne l'handicaperaient pas trop dans ses mouvements, contrairement à ses tremblements dont la majorité ne venait pas de la peur courant dans ses veines. C'est-à-dire s'il trouvait une arme adaptée, mais la situation était déjà assez mauvaise comme ça. Sûrement, le monde aurait pitié de lui, n'est-ce pas ?
- Et pourquoi pas ? Ysgramor a chassé les elfes félons de nos terres et Talos a unifié toutes les races de Tamriel sous son empire ! D'ailleurs, seuls les Hommes-Chats et les Elfes des Bois soutiennent le Domaine. Or aucun d'eux ne tiendrait longtemps contre un Nordique en face à face. Et de toute façon, qui te dit que nous avons prévu de les affronter seuls ?
Syraël, qui écoutait distraitement jusque-là, tressaillit et dut se retenir de frapper l'idiot sur la tête. Violemment. Et son ex-ami (ou peu importe leur relation) aussi tant qu'il y était. Était-ce vraiment le moment de tenir ce genre de discussion ?!
Ce n'était pas qu'un dragon attendait dehors où qu'ils étaient censés s'évader, mais s'il pouvait être sorti de ce donjon avant la fin de l'après-midi, vivant de préférence, ce serait grandement apprécié. Plutôt que de perdre leur temps en disputes stupides…
- Donc vous espérez reproduire les exploits d'un guerrier légendaire et d'un dieu ?! résuma l'impérial en croisant les bras et fixant son vis-à-vis avec un mépris non-dissimulé. Pire encore, vous menez le combat dans le temps présent sans réellement penser au futur de Bordeciel ! Tu es encore plus fou que je ne le pensais !
De l'avis de Syraël, les deux étaient fous. Ou, au minimum, de sacrés imbéciles. Un dragon se trouvait juste à l'extérieur et, eux, ils discutaient politique ?! Aurait-il dû les laisser mourir finalement ?
- Fou ?! Non. Je refuse simplement de me comporter en lâche comme toi et ton Empire vénéré qui se fout de notre honneur et de nos traditions même après tout le sang que nous avons versé pour lui des siècles durant !
- Tu oublies que l'Empire nous est aussi venu en aide de nombreuses façons, notamment en nous aidant à nous développer plus rapidement et bien plus efficacement que ce à quoi nous serions parvenus seuls ! Et toi, tu veux jeter des siècles, non, des millénaires d'amitié réciproque sous le tapis ! Et pour quelle raison ? Pour satisfaire les illusions de grandeur d'un vétéran amer pensant pouvoir devenir un nouveau Tiber Septim ou Ysgramor ?!
Observant autour de lui, le mer sourit brièvement en remarquant les pièces d'or laissées négligemment sur la table. Il n'était pas certain des tarifs de la prochaine auberge qu'il trouverait, mais peut-être cela suffirait-il à lui offrir un repas chaud ou une nuit dans un lit. Voire les deux, il pouvait bien rêver.
Il aurait besoin d'un lieu où récupérer de toute façon. Il avait paré au plus pressé entre ses côtes douloureuses et son bras dominant, mais tout son corps lui faisait un mal de chien, surtout sa jambe droite, gênant sa mobilité. Il était blessé, épuisé et affamé, entouré d'un violent incendie, le tout gratiné d'une frustration intense à l'idée d'en revenir à cette situation.
Bien que… quelle situation ?
- Ulfric Sombrage est bien davantage que les mensonges que tu lui colles ! objecta Ralof avec ferveur, déterminé à défendre l'honneur de son jarl. C'est un grand meneur d'hommes et un chef juste qui se soucie réellement de Bordeciel. On ne peut en dire autant de ton Empire qui, en dépit de tous ces millénaires comme tu le dis, persiste à nous voir comme des barbares sans éducation. Ulfric défend notre identité en tant que nation ainsi que comme peuple ancien et fier là où l'Empire ne nous voit que comme une province de plus, un garde-manger et une réserve bien pratique de brutes à lancer sur leurs ennemis !
Tiens ? Qu'est-ce que c'était ?
Distraitement, il passa sa main dans ses cheveux et, à sa propre surprise, en retira une fleur. Elle était magnifique, ses pétales aussi vibrants que le coucher du soleil à son meilleur. L'intensité du rouge orangé contrastait avec le centre pâle des pétales aux bords dorés. Le cœur rosé paraissait l'incarnation du vivant, la fragilité et la cruauté concentrées dans cette chose esseulée.
Comme pour donner corps à cette pensée, une tige verte et épineuse lui piqua un doigt, bien que rien ne coule.
- L'Empire n'a peut-être pas la meilleure compréhension de notre peuple, c'est vrai, mais ce n'est pas en ignorant la terrible menace qui se profile à l'horizon que nous parviendrons à quoi que ce soit. Cette cause dépasse celle de notre orgueil ! Et ce qui est certain, c'est que toute prétendue liberté acquise par votre rébellion ne nous servira à rien si nous finissons tous morts d'ici vingt ans ! Quant à Ulfric, s'il obtient le trône, quel message cela enverra-t-il ? Que les nordiques sont un peuple qui acceptera n'importe qui comme roi pour peu qu'il soit capable d'assassiner son prédécesseur ? Que pour nous, un bon roi est avant tout un bon guerrier, sans considération pour le reste ?
Le questionnement désabusé d'Hadvar ne parvint qu'à donner l'impression d'une conversation mille fois répétée.
… Intéressant.
Il n'avait pas le début d'une idée pour expliquer ce dont il s'agissait mais son ou ses ravisseurs le savaient probablement. Quoi qu'il en soit, cette fleur n'avait rien d'anodin. Il pourrait reconnaître un artefact enchanté n'importe où. Tandis qu'il la scrutait, il sentit sa poitrine se serrer, chagrin, fierté et paix se mêlant alors que l'objet entre ses mains lui apparaissait important d'une façon étrange.
Si ses souvenirs lui faisaient défaut, il se fierait au moins à ses ressentis émotionnels. Ils pouvaient être de bons indices.
Après une courte tergiversation, il haussa les épaules et abandonna le casque, préférant remettre la fleur à sa place précédente. Dès qu'il trouverait une table d'enchantement convenable, il l'étudierait.
- Ce n'était pas un assassinat mais un duel honorable mené dans le respect de nos traditions les plus anciennes ! Et contrairement à la prétention des impériaux, l'usage du Thu'um, notre pouvoir, n'a rien de répréhensible dans un duel nordique. Si Torygg n'était pas apte à défendre son trône, il n'avait rien à faire dessus ! Surtout s'il passait juste son temps à accepter de l'or impérial pour nous maintenir en laisse et continuer de-
L'argumentation du sombrage fut interrompue par le soldat qui émit un son méprisant. Celui-ci boitilla en direction d'un coffre, à la recherche de pommade contre les brûlures.
- Ces traditions ont existé, mais elles n'ont quasiment jamais été utilisées, railla Hadvar en toisant Ralof tout en étalant le précieux médicament avec des mouvements pratiqués. Tout ce que fait Ulfric, c'est les détourner dans sa quête de pouvoir. L'Empire n'a pas grand-chose à voir avec ça, non, c'est juste vous, sombrages, qui l'utilisez comme bouc-émissaire pour tout vos putains de problèmes ! Et par ''usage du Thu'um'', tu ne voulais pas dire ''désarmer et jeter une personne à terre pour l'y poignarder tant qu'elle est impuissante'' ? Quel sens de l'honneur, en effet !
Il conclut son argument en plaçant mesquinement le pot hors de portée de son ennemi.
Bon, là, ça devenait vraiment ridicule. Qu'ils se sautent à la gorge était une chose, certes honteuse et déplorable. Qu'ils diminuent leurs chances de survie, dont les siennes, en se tirant mutuellement dans les pattes en était une autre.
- Dites, ça va, moi et le dragon on ne vous dérange pas trop ? questionna Syraël seulement pour que sa voix soit couverte par le rugissement furieux du soldat en bleu.
- Ulfric ne s'abaisserait jamais à une telle chose contrairement à vous, avec votre propagande et vos mensonges ! Vous ne voulez pas accepter la vérité, qu'Ulfric ferait un bien meilleur dirigeant que cette marionnette pathétique d'Elisif, cette foutue veuve qui trahit et vend son peuple aux impériaux et au thalmor pour un peu d'or et un confort-
Le vent glacial qui traversa soudainement la pièce interrompit sa diatribe le faisant frissonner comme s'il était de retour à Estemarche ou, pire, Fortdhiver.
Sans perdre un instant, l'auteur de ce petit tour intervint, désormais en plastron, bottes et armé de façon presque convenable en dépit du mauvais ajustement à sa morphologie.
- Assez, commanda l'elfe en baissant sa main luisante de givre, vous êtes absolument ridicules et je commence sérieusement à regretter votre présence. Êtes-vous des soldats ou des enfants ? Il y a un dragon, dehors. Un dragon.
Le contraste de sa voix avec la brûlure dans ses yeux aurait pu suffire mais il n'était pas d'humeur. Alors, une légère incitation devrait faire l'affaire. Prenant sa décision, il rabaissa sa main gauche, la dissimulant derrière son dos sous prétexte de croiser ses bras en arrière.
- Je ne connais pas l'histoire entre vous mais, en ce qui me concerne, je suis convaincu qu'au-delà de vos prétentions respectives, une alliance pour quitter cet endroit en vie est la meilleure ligne de conduite possible.
Anticipant la protestation et ignorant le visage honteux mais aussi colérique de ses interlocuteurs, il poursuivit dans l'espoir de régler ça au plus vite. Et s'ils refusaient de se montrer raisonnables, il les abandonnerait... ou s'assurerait qu'ils entendent raison, d'une façon ou d'une autre. Tout dépendait de son besoin d'appât. Ou une autre utilité possible.
- Si vous êtes en colère, libre à vous de l'exprimer une fois sortis mais, en attendant, je vous suggère de prendre conscience que régler vos affaires ici ne fera que mener à votre mort inutile. Et vous ne m'entraînerez pas dans votre chute. Vous rendez-vous même compte de la situation ? Dehors, ce n'est pas une armée ou de simples bêtes sauvages qui attendent mais un foutu dragon, les créatures de légendes capables de raser un village entier à elles seules, et celui-ci à l'air bien décidé à relancer cette réputation. Pour l'amour des Divins, si cet endroit n'était pas en pierre solide et construit pour résister à un siège, nous serions déjà tous morts et aucun de vous ne s'en inquiète !
Une fois sa tirade rageuse terminée, il se tourna vers Hadvar.
- Si j'ai bien compris la situation, vous êtes ici sur ordre du général pour dégager la voie aux civils, qui ne sont d'ailleurs toujours pas arrivés et ce n'est pas bon signe sauf pour le fait que je n'aie pas à supporter Tullius en plus de vous. Alors pouvez-vous vraiment vous permettre de refuser deux paires de bras supplémentaires et compétents ? Tullius ne vous a-t-il pas confié la vie des habitants ?
Puis, sans perdre de temps et sans remords, il coupa Ralof qui ouvrait déjà la bouche en contestation. En ce qui le concernait, c'était de bonne guerre.
- Quant à vous, ne voulez-vous pas gagner votre liberté ? Comme vous l'avez dit, l'occasion offerte par ce dragon ne se représentera pas mais, si nous sommes trop lents, cela se retournera contre nous et nous mourrons à coup sûr. Donc pourquoi ne pas profiter de l'aide pour s'échapper d'ici au plus vite, de préférence sans finir mort ?
Avec l'air d'avoir avalé quelque chose de particulièrement acide, l'impérial récapitula, en secouant légèrement la tête comme pour être certain qu'il n'hallucinait pas :
- Donc tu proposes qu'un soldat impérial et un rebelle sombrage fassent alliance avec un inconnu condamné à mort ?
- C'est une plaisanterie ? Tu veux que je vienne en aide à celui qui veut ma mort ? La vigoureuse opposition de Ralof, bien que prévisible, se justifiait à la fois par la cause à laquelle il avait offert sa lame mais aussi par son expérience récente avec les méthodes d'exécution impériales.
Acquiesçant avec indifférence, Syraël se dirigea doucement vers un râtelier d'armes de réserve, prenant soin de ne pas faire trop de mouvements brusques, tout en affirmant :
- Au vu du dragon menaçant nos vies davantage à chaque seconde, oui. Non pas que cela m'enchante particulièrement puisque j'ai le sentiment que vous ne ferez pas plus que le minimum l'un pour l'autre. Mais les situations désespérées requièrent des mesures désespérées. Sauf si vous êtes aussi stupides que bornés. J'espère que vous ne l'êtes pas.
S'ils l'étaient, alors il les abandonnerait ici et maintenant après avoir réclamé la dette de vie qu'il lui devait.
Le soldat et le rebelle se toisèrent avec une animosité visible. Heureusement pour la patience du troisième, ils se rendirent rapidement à l'évidence et, après s'être jaugés, acquiescèrent en reconnaissance de l'accord.
- Très bien, j'accepte de coopérer pour le moment. Mais soyons clairs, dès que nous sommes sortis d'ici, ça ne tient plus, précisa Hadvar.
- Pareil pour moi, dit Ralof.
- Je n'en demande pas davantage, accepta Syraël avant de lancer une épée au sombrage. Je n'ai pas pu trouver mieux mais ce sera toujours plus efficace que d'utiliser tes poings.
Il les guida jusqu'à une grille abaissée et la remonta pour passer. Dans la salle, ils ne trouvèrent rien d'autre qu'un cadavre, allongé sur le dos et la bouche ouverte. Son uniforme en lambeaux ne cachait pas l'entaille par laquelle se déversait du sang encore frais et une partie de ses tripes. L'odeur fit presque regretter à Syraël l'extérieur brûlé. Presque. Se précipitant dans cette direction, Ralof se résigna à sa mort et, après une dernière prière, ramassa sa hache.
- Tu ne gardes pas l'épée ?
Voilà qui valait bien la peine de lui en donner une.
- Non, je suis plus à l'aise avec les haches, dit le nordique en se relevant. De plus, je pourrai peut-être ramener son arme à sa famille si rien d'autre.
- Je ne suis pas surpris, tu as les muscles pour, constata Syraël en l'inspectant d'un œil critique.
- Je ne peux pas dire la même chose ici. Il est surprenant de trouver un elfe guerrier. Ne va pas trébucher sur ton arme, avertit le nordique en détaillant la silhouette grande et maigre de son vis-à-vis, avant de fixer l'autre porte menant à l'extérieur avec méfiance.
- Les chances sont minces mais je garde l'avertissement à l'esprit, dit Syraël, faisant un effort supplémentaire pour ne pas laisser son mépris pour la remarque transparaître.
- J'ai réussi ! Nous pouvons y aller !
L'appel d'Hadvar attira leur attention et, se retournant, ils virent le soldat près de la porte. Celui-ci les fixa avec un sourcil haussé avant d'expliciter :
- Pendant que vous bavardiez en ignorant l'apocalypse au-dessus de nous, j'ai été ouvrir la porte. Parce que je ne pense pas que l'un de vous ait la clé du mécanisme, n'est-ce pas ?
Oh, le culot !
Ralof passa dans l'ouverture et devant le levier relevé avec un visage aigre, refusant d'admettre qu'ils auraient été coincés sans lui. Hadvar le suivit avec un visage victorieux tout en ignorant son hypocrisie. Syraël leur emboîta le pas silencieusement, non sans faire rouler le double des clefs, anciennement accroché au-dessus du coffre où se trouvait l'armure impériale, entre ses doigts. Les deux n'avaient pas l'air trop mauvais. Mais il n'était pas en reste non plus.
- Tant que j'y pense, comment tu t'es retrouvé là ?
La voix de Ralof raisonna brièvement alors qu'il fixait son interlocuteur. Définir si c'était parce qu'il ne voulait pas parler à Hadvar ou par un réel souci pratique était un pari. Haussant un sourcil, l'elfe décida qu'une réponse ne ferait de mal à personne… sauf peut-être à l'orgueil d'Hadvar, mais bon.
- Aucune idée. Si tu le découvres, fais-le moi savoir. Car en attendant, ni moi dont le dernier souvenir remonte à ma partie de chasse dans la Brèche, ni l'Empire et ses listes défectueuses ne pourront te l'expliquer.
- Pourquoi je ne suis pas surpris d'apprendre que l'Empire soit capable d'une telle bourde… marmonna Ralof entre ses dents.
- Ce qui est très curieux. Comment suis-je censé vous faire confiance si vous m'avez déjà menti ? intervint Hadvar, les bras croisés.
Inaperçu des deux autres, l'intéressé roula des yeux à l'accusation alors qu'ils débouchaient dans un couloir. S'attendait-il à ce qu'il soit entièrement honnête alors que lui et ses copains voulaient le tuer moins d'une demi-heure plus tôt ?!
- Ce n'était pas un mensonge, tout au plus une vérité partielle. Je suis bel et bien un érudit et tout particulièrement en ce qui concerne l'histoire de Bordeciel, en fait. Mais je n'allais pas compromettre mes chances d'évasion en étant trop bavard.
A ces mots, Hadvar le fixa avec indignation et un léger mépris alors que Ralof souriait :
- Vous vouliez vous évader ?! Même avec tous nos archers et nos mages ?
- Ha ! Je m'en doutais. Vous étiez bien trop calme pour quelqu'un se préparant à la mort.
Il inclina la tête en reconnaissance des paroles de Ralof. Celui-ci n'avait pas tort sur son manque de subtilité après que le dragon eut commencé à faire connaître sa présence, bien qu'il estime s'en être plutôt bien sorti avant ça, compte-tenu des circonstances. Zieutant en arrière et ralentissant légèrement pour ne pas risquer de se casser la figure, il fixa l'impérial d'un air plat :
- Évidemment. Dans quel monde vivez-vous ? Je ne veux pas mourir. Il était hors de question que je vous laisse prendre ma vie sans me battre. Le dragon n'a fait que me donner une occasion inattendue.
- Et pourtant vous devez bien être un criminel pour vous être retrouvé là, marmonna Hadvar, le peu de sympathie qu'il avait eue pour le mer disparaissant rapidement.
- Vous n'avez aucune idée de ce que je faisais dans cette charrette. Et je ne peux pas prouver mes activités puisque mes derniers souvenirs remontent à la Brèche, donc nous sommes tous les deux déçus.
- Une situation terriblement pratique, fit remarquer l'impérial d'un ton glacial avant de soupirer, mais soit. Compte-tenu de votre geste pour sauver Torolf, je vous accorde le bénéfice du doute. Un instant ! Il y a des gens plus loin ! Hé !
Sans perdre davantage de temps, il se dirigea vers eux à grand pas, espérant tomber sur d'autres alliés potentiels. Une fois en vue, il remarqua que ceux-ci l'avaient repéré et se dirigeaient dans sa direction.
- Attention !
L'avertissement raisonna à ses oreilles avant qu'un bras ne le tire en arrière à l'instant même où le plafond s'écroulait à l'endroit où il se trouvait. Le soldat rouvrit ses yeux fermés sous le choc et le déluge de poussière qui envahit son nez et sa bouche le fit tousser.
- C'est pas vrai ! Le chemin est bloqué ! jura Ralof, cherchant une autre voie après un bref coup d'œil à Hadvar pour s'assurer qu'il était toujours en vie.
Se secouant, ce dernier tourna la tête vers son sauveur pour rencontrer le visage de Syraël qui le fixait avec une légère inquiétude masquant à peine la prudence avec laquelle il les surveillait depuis le début. Les lèvres pincées, il le releva, sans douceur mais sans violence non plus, avant de lever une main enveloppée d'une chaude lueur qui se dirigea vers lui, le Toucher Apaisant l'aidant à se remettre.
- Pourquoi ? bredouilla l'impérial avant d'avoir pu réfléchir à sa formulation.
- Pourquoi quoi ? Vous sauver la vie ? demanda son vis-à-vis en levant un sourcil pour manifester sa circonspection. N'ai-je pas déjà mentionné que je ne voulais pas vous voir mourir ?
- Non, vous ne l'avez pas fait, répliqua-t-il. Vous avez juste dit avoir besoin d'alliés, rien de plus.
- Ah... alors maintenant vous le savez, répondit Syraël après un court silence. Et puis, je ne vous aurais pas sauvé la première fois pour vous laisser mourir sous mes yeux la seconde.
- Pourtant, me laisser aurait été plus simple pour vous, argumenta-t-il avec un mélange de confusion et de résignation au rappel désinvolte de sa dette de vie. Pourquoi prendre le risque d'être écrasé à mort pour le bien d'un inconnu ? Vous ne m'appréciez même pas !
C'était vrai que le soldat lui cassait les couilles. Mais de là à vouloir sérieusement sa mort ? Il y avait une marge à franchir. Alors pourquoi avait-il l'air si surpris, puisque Syraël se tenait juste à côté de lui et que ça ne lui coûtait rien ? Et ce n'est pas comme si le sauver l'avait mis en danger. Sans compter que toutes ses compétences n'étaient peut-être pas adaptées. Le dragon ne lui laisserait pas d'option facile et confortable.
- Parce que ce serait stupide.
Face à la confusion évidente du soldat, Syraël se résigna à continuer. Lui qui avait voulu éviter de trop parler, c'était raté. Maintenant, sa nausée revenait en force et avait ramené ses amis les vertiges et les sueurs froides.
Fronçant les sourcils, le mer l'étudia un instant avant de continuer :
- Rester ensemble augmentera nos chances de survie. Surtout les vôtres à vrai dire, dit le magelame avec un regard éloquent vers sa main alors qu'il prodiguait ses soins. Du moins, tant que vous ne me cassez pas trop les pieds. Et ce n'est pas que je ne vous apprécie pas. Je ne vous connais pas et vous m'agacez à vous indigner de mes projets d'évasion comme si se laisser trancher la tête était quelque chose de raisonnable. Pire encore, vous-même ne saviez pas pourquoi j'étais là. Mais, à la fin de la journée, ça ne veut pas dire que je veux votre mort.
- Vous ne voulez pas non plus me voir vivre, testa Hadvar en étudiant sa réaction.
- Je ne vous connais pas, répéta Syraël en haussant les épaules. Et il vous faudra donc vous contenter de mon manque d'attrait pour votre décès prématuré.
Réfléchissant rapidement, l'impérial acquiesça en réévaluant son allié incongru. Il pouvait travailler avec ça. Le remerciant, il s'apprêtait à lui faire part de son observation quand il fut coupé par Ralof, agenouillé pour faire bouger quelques rochers tombés devant une porte en bois, seule survivante du désastre :
- Quand vous aurez terminé de vous déclarer un amour éternel, vous pourrez venir me donner un coup de main !
- C'est vrai que si cet effondrement est une indication, nous avons tout intérêt à nous dépêcher, convint le magelame avant qu'un sourire narquois n'étire ses lèvres. Mais ta situation m'est certainement cathartique après votre numéro à l'entrée.
Il leur fallut pas mal d'efforts mais, à eux trois, ils réussirent à dégager la voie rapidement. S'engouffrant à l'intérieur, ils tombèrent sur une cuisine. Syraël s'avança et Ralof voulut foncer en avant mais Hadvar l'arrêta :
- Attends, nous précipiter ne servira à rien si nous négligeons ce qui pourrait nous servir par la suite comme de la nourriture ou des potions.
- Nous pouvons chasser et rien ne dit que nous trouverons ce genre de chose dans une fichue cuisine de tous les lieux !
… Ils n'allaient pas recommencer, pas vrai ?
- Pour la nourriture, comme tu l'as dit, nous sommes dans une cuisine, tenta le soldat en essayant de garder son ton neutre avec peu de succès. Quant aux potions, essayer ne nous coûte rien. Les ingrédients qui pendent au plafond pourraient nous sauver la vie plus tard, surtout si nous finissons blessés.
- Ou nous tuer maintenant en nous faisant perdre notre temps. Je ne tiens pas à être enterré vivant ! En plus, nous avons un médecin avec nous si tu l'as déjà oublié, refusa le fidèle sombrage avant de se diriger vers la porte à l'autre bout de la pièce.
- Le même qui ne s'empresse pas particulièrement de nous soigner.
- Ma condition était que vous ne me cassiez pas les pieds et c'est plutôt mal engagé, rappela ledit guérisseur en se dirigeant vers les tonneaux. Surtout pour vous, Hadvar. Faites attention ou je pourrais vous croire ingrat.
- Nous n'en avions pas vraiment besoin, répliqua Ralof sans se soucier de l'interruption, tu avais ta précieuse pommade et je peux supporter quelques brûlures.
- Tu sous-entends quoi, là ? Parce que, dans mes souvenirs, tu étais plutôt du genre à éviter le feu, cracha son ancien ami avec une raillerie teintée d'amertume.
Aussitôt ces mots prononcés, les yeux d'Hadvar s'écarquillèrent légèrement sous la surprise. Il n'avait pas voulu dire ça mais à en juger par le cadre raide du nordique et sa main qui tressauta près de son arme, il était trop tard. Les deux se fixèrent avec tension pendant plusieurs secondes avant que Ralof ne prenne une profonde inspiration, se forçant à se détendre.
- Ce qui est une preuve supplémentaire que j'ai changé, affirma Ralof dont les yeux se glacèrent. Je suis devenu plus fort là où toi tu n'as fait que te dénaturer et te manquer de respect. J'espère que faire mumuse avec tes flammèches en valait la peine.
- Bon sang, sois raisonnable ! cria l'autre autant pour dissimuler sa honte que pour tenter de se faire entendre. Nous ne pouvons pas passer à côté de cette occa-
- Vos gueules, nous sommes prêts. Vous continuerez votre drame conjugal une fois que nous serons sortis. Maintenant, continuons.
Se retournant, les deux virent le mage se diriger vers eux, et les dépasser, une fourrure précédemment exposée sur le mur arrangée en sac improvisé avec une corde sur une épaule ainsi que des potions accrochées à sa ceinture. Sans perdre un instant, il déboucha une fiole de potion de santé et en avala quelques gorgées pour sa migraine et sa jambe, grimaçant au goût aigre, tout en prenant grand soin d'ignorer les protestations des deux imbéciles. Les trois quittèrent la pièce dans un silence lourd et empruntèrent d'autres escaliers qui s'enfonçaient plus loin sous terre.
- Génial, on descend encore plus. J'espère au moins qu'il y a une véritable sortie, maugréa le sombrage sans réussir à dissimuler un léger filet d'inquiétude.
Décidément, il ne pouvait pas se taire pour sauver sa vie. Littéralement si son attitude bavarde avant l'exécution était une indication.
- Oui, il y en a une, offrit Hadvar après une brève hésitation alors que Syraël cligna des yeux devant ce soudain rameau d'olivier. Je ne sais pas où exactement, mais une voie d'évacuation d'urgence a été prévue au cas où nous serions attaqués et doit servir aussi bien pour les citoyens que pour les soldats. L'emplacement dans le donjon a été jugé cohérent, car passer par les casernes pourrait permettre d'armer ceux qui en auraient besoin.
Ralof acquiesça avec brusquerie, réfléchissant déjà à la pertinence de l'information et si c'était valable seulement pour Helgen ou pour tous les forts impériaux. Voilà qui pourrait intéresser Ulfric dont l'expérience dans l'armée se limitait à l'étranger. Cependant, des bruits de bataille plus bas le tirèrent de ses réflexions. S'y précipitant en ignorant les jurons de ses alliés de circonstances, il tomba sur un spectacle atroce.
Ses camarades, avec qui il s'était entraîné et avait combattu durant de longs mois, gisaient mort sur le sol. Pendant ce temps, un tortionnaire impérial se moquait d'eux, son assistant en retrait derrière lui. Rugissant de rage, il dégaina son arme et se précipita sur eux seulement pour être arrêté par Syraël. Les deux tombèrent au sol et luttèrent quelques instants avant que l'assaillant ne réussisse à plaquer le sombrage au sol. Grondant, il essaya de se dégager pour constater qu'il était complètement bloqué. Furieux, il ouvrit la bouche mais, avant que les accusations de traîtrise ne fusent, le médecin le réprimanda avec urgence, peu disposé à plaisanter :
- Ce n'est pas le moment ! Il y a une survivante !
Profitant d'un moment d'immobilité et ignorant sa migraine, il le releva et l'entraîna vers la sombrage inconsciente et pâle. Le tortionnaire s'apprêta à attaquer, mais Hadvar s'interposa.
- Un instant !
- Vous tombez à pic ! Ces garçons semblaient un peu contrariés de la façon dont je divertis leurs camarades. Cela dit, je me demande ce que signifie votre attitude, soldat...
- Vous ne savez pas ce qui se passe ? Un dragon est en train d'attaquer Helgen ! informa Hadvar sans se laisser impressionner par la menace à peine dissimulée dans la voix du vieil homme.
Reprenant son chemin, le mer s'agenouilla auprès de la nordique appuyée contre un mur et gémissante de douleur. Après avoir débouché le flacon de potion entamé plus tôt, il en versa la moitié de son contenu dans sa bouche, s'assurant qu'elle l'avale. Puis il remonta son haut et lança Soulagement pour résorber ses blessures. Ça ne la remettrait pas sur pied mais sa vie serait sauvée, ce qui ne l'empêcha pas de maudire le manque de bandages, de fils propres ou de cataplasmes disponibles.
Non pas qu'il aurait eu le temps ou la force de s'occuper correctement d'elle, mais leur absence le démangeait quand même sur le principe général. Il détestait de plus en plus cette journée et il n'était probablement pas encore midi. Probablement.
Ses compétences magiques suffiraient-elles à la sauver ? En temps normal... oui, sans doute.
Le ferait-il dans son état actuel alors que la dépense d'énergie le laisserait vulnérable ? Non, certainement pas.
Est-ce que ça le faisait chier ? … Oui, un peu. Sa mort ne hanterait pas ses nuits, mais la fille ne lui avait rien fait. De plus, la laisser mourir mettrait les bonnes dispositions de Ralof à mal si celui-ci s'en rendait compte. Alors il devrait au moins favoriser ses chances de vivre.
- Un dragon ? Allons ne racontez pas n'importe quoi.
Selon leur qualité ou puissance, les potions et les sorts peuvent être de redoutables palliatifs, voire se suffirent à eux-mêmes. Mais le plus souvent, ce n'est pas le cas et nécessite, au mieux, du repos ou, au pire, une opération dispensée par un professionnel pour se remettre. En l'occurrence, une blessure aussi grave, infligée dans un lieu insalubre et avec des soins administrés avec ses compétences auto-limitées, était gravement en deçà du minimum nécessaire.
Il était probable qu'elle ne survive pas. Même s'il aimerait que ce soit le cas, ce n'était pas sa raison première pour lui donner la potion ou user de sa magie sur elle. En fait, elle n'était vraiment que la seule chose qui pouvait actuellement empêcher le natif de Rivebois de commettre une terrible erreur. S'entre-déchirer ne favoriserait pas leurs chances de survie.
- Elle ira bien ?
La voix de Ralof tira Syraël de ses pensées frénétiques. Le sombrage se plaça à côté de lui, tremblant encore de colère. Si rien n'était fait, la première occasion dégénérerait en un bain de sang inarrêtable tant que lui ou le sorcier ne serait pas mort. C'est-à-dire sans compter l'assistant du tortionnaire qui le toisait en silence et Hadvar qui continuait de se disputer avec le bourreau.
- Mais, maintenant que j'y pense, c'est vrai que j'ai entendu des bruits étranges par là-bas...
Si possible, il aurait aimé ne pas être contraint de tuer tout le monde avant de continuer sa route, ne serait-ce que pour ne pas perdre son investissement en temps.
… Bien que cela effacerait certainement une grande partie de ses problèmes.
- Pour l'instant elle vivra, mais elle ne se réveillera pas avant un moment. Vous la connaissez ? Syraël continua de travailler aussi rapidement et correctement que possible dans les conditions déplorables dans lesquelles ils se trouvaient.
- Eivska est membre de la garde personnelle d'Ulfric comme moi. Nous ne sommes pas très proches mais être dans la même unité fait que nous nous côtoyons souvent et nous connaissons bien.
- Je vois. Pour le moment, elle ira bien mais elle aura besoin de meilleurs soins très bientôt, sans quoi elle mourra, avertit le magelame sans ambages avant de se relever. Il y a un sac sur la table, je vais voir s'il contient quelque chose qui pourrait m'aider. Sinon, peut-être que je trouverai quelque chose dans la cuisine que je n'ai pas pu prendre plus tôt. Je ne serais pas long. Pendant ce temps, fais-lui boire le reste du flacon, doucement pour éviter qu'elle ne le vomisse ou s'étouffe, et masse prudemment sa gorge pour aider à la déglutition si nécessaire. Et pour l'amour des divins, ne touche pas à sa blessure avec tes mains dans cet état à moins qu'elle ne recommence à saigner à grand débit !
C'était le mieux qu'il pouvait faire pour empêcher Ralof de se jeter sur son arme. En temps normal, il serait resté jusqu'à être certain de l'apaisement de la situation mais, s'ils restaient sur place plus longtemps, leur alliance volerait en éclat à coup sûr. A moins qu'Hadvar ne décide miraculeusement de se rebeller face aux ordres ce qui… ne se produirait certainement pas. Hors de question qu'il le permette. Il ne lui restait donc plus qu'à espérer être assez rapide pour régler le problème et revenir avant que la tension n'explose. Heureusement, Hadvar accaparait leur attention pour le moment. Avant qu'il ne s'éloigne trop, Ralof lui saisit le bras et, son regard empli de sombres promesses, lui offrit cet avertissement :
- Merci pour ton aide. Mais, elfe ? Ne t'avise plus jamais de m'arrêter comme tu l'as fait, cette ordure méritait tout ce que je lui aurais infligé.
- À ta guise. Je comprends l'utilité des salles de torture, mais je n'ai que du mépris pour les tortionnaires qui apprécient trop leur travail. Nous sommes clairs ?
- Nous le sommes, confirma-t-il en le lâchant. Alors ne perds pas trop de temps et ramène une bonne nouvelle. J'en ai vraiment besoin.
Acquiesçant, Syraël courut dans les escaliers, l'havresac et sa fourrure de fortune en main, ignorant la douleur à sa jambe et l'éblouissement provisoire dû à la fatigue, pour le plus grand déplaisir du tortionnaire.
- Et sinon, soldat, qui sont vos camarades ?
Camarades ? Merveilleux...
- Des alliés. Nous dégageons le chemin pour le général et les civils survivants, informa l'impérial en ignorant son propre malaise face au retard anormal du groupe en question.
- Je vois. Et c'est la raison pour laquelle vous collaborez avec des sombrages dont l'un usurpe notre uniforme ? Vos supérieurs seront ravis de l'apprendre, dit le plus âgé non sans une certaine malice.
L'étudiant avec dureté, Hadvar rétorqua :
- Ils ne le seront pas, mais c'était notre meilleure option et je compte bien en faire part au premier officier que je trouverai, idéalement le général. Et seul l'un d'eux est un sombrage, l'autre est un prisonnier sans allégeance avec une expertise en guérison qui nous prête main forte en échange de sa liberté.
- Vous êtes trop naïf mon garçon. Ce n'est pas mon problème, mais ne venez pas vous plaindre quand vous vous ferez poignarder dans le dos.
- La question n'est pas de savoir si je leur fais confiance mais si la situation est assez grave pour se prêter à des mesures exceptionnelles ! Bref, venez avec nous, il faut sortir d'ici, commanda le soldat avant de se diriger vers la seule autre issue seulement pour être interrompu par le tortionnaire.
- Vous n'avez aucune autorité sur moi, mon garçon.
- Bon sang, vous ne m'avez pas entendu ? J'ai dit que le fort était attaqué ! Que vous faut-il de plus ? cria finalement Hadvar en perdant son sang-froid.
- Je suis parfaitement capable de me défendre seul, répliqua le tortionnaire, se délectant de la frustration du plus jeune.
- Oubliez le vieil homme. Je vous accompagne.
La voix de l'assistant, que tout le monde avait oublié par sa discrétion, se fit entendre par-dessus la dispute, baissant quelque peu la tension.
- Très bien, alors allons-y.
- Un instant, dit Ralof qui n'avait pas quitté sa position aux côtés de sa camarade. Faisant un sérieux effort, il parvint à ne pas s'attarder sur les corps des autres et fixa Hadvar avec détermination. L'elfe est parti voir s'il pouvait prendre autre chose dans la cuisine et j'aurai besoin d'aide pour porter Eivska.
Le fixant avec surprise, Hadvar eut l'air prêt à désespérer mais décida quand même d'argumenter dans l'espoir de faire entendre raison à son ex-ami. Non pas qu'il conserve encore beaucoup d'espoir sur le résultat probable :
- Tu veux que nous l'emmenions ?! Elle ne fera que nous ralentir ! Et pourquoi Syraël ferait demi-tour maintenant ?
- Si on prend certains de tes camarades avec nous, pas question d'abandonner les miens ! Et l'elfe voulait voir s'il n'avait pas négligé du matériel qui nous serait utile dans la précipitation, expliqua rapidement le sombrage avant de s'atteler à relever sa compagne, manquant ainsi le rétrécissement des yeux d'Hadvar à l'information alors que son coeur s'affolait.
La cuisine ? Il était retourné sur ses pas pour revenir dans la cuisine ? Mais aucun complexe militaire digne de ce nom ne laisserait de médicaments assez puissants pour aider la sombrage ailleurs que dans une infirmerie ! Et encore moins à traîner dans une cuisine où il pourrait aisément être confondu avec n'importe quoi et ajouter aux repas ! A moins que… oh non. Le salopard !
- Je crains que ce ne soit impossible, conformément à son statut de hors-la-loi et du fait que je l'aie faite prisonnière, cette jeune femme est ma nouvelle invitée.
Le tortionnaire se manifesta à nouveau, les mains levées et crépitantes d'électricité mais, avant qu'il ait pu accomplir davantage, une silhouette se glissa derrière lui et le retourna avec brusquerie avant de le frapper dans le nez et enfermer ses mains d'un sort de cryomancie bien placé. Alors que sa victime s'écroulait par terre, Syraël s'adressa aux autres :
- Désolé pour le retard, j'ai fait une mauvaise rencontre. Et tout ça pour pas grand-chose si ce n'est une autre potion et un peu de sel... bah, je n'aurais pas dû m'attendre à mieux venant d'une cuisine, reconnut-il en haussant vaguement les épaules, le havresac rempli bruissant au mouvement. Il me faut une infirmerie si je veux reconstituer mon stock. On y va ?
Une mauvaise rencontre ? L'infirmerie pour reconstituer son stock de médicaments ? Si Hadvar n'avait pas passer les quinze dernières minutes à empêcher la situation de dégénérer en un bain de sang, il lui aurait casser le nez. Cet homme n'avait clairement aucun honneur – ou était trop pragmatique – vis-à-vis des accords passés. Bien que ce manquement soit probablement ce qui ait épargné l'honneur d'Hadvar, il se sentait toujours trahis et oppressé par la tournure des choses.
- Si tu penses que nous irons bien, oui. Et de préférence rapidement avant que je ne tue quelqu'un, grogna Ralof en dissimulant son soulagement avant de hisser sa camarade dans ses bras, grimaçant à l'effort conséquent mais toujours têtu.
À terre, l'homme plus âgé foudroya le magelame des yeux en tâtant prudemment son nez de son mieux avec ses nouvelles menottes. S'assurant que son appendice n'était pas cassé, il pesta :
- Toi... comment oses-tu !
La cible de son animosité lui jeta un bref coup d'œil avant de se détourner et répondre à l'homme en uniforme bleu.
- Pour cette ordure, je ne m'y opposerais pas.
- Belle mentalité pour un guérisseur, fit remarquer l'assistant du tortionnaire, une main planant non loin de son arme.
- J'ai des compétences en guérison mais je suis un magelame plus qu'un médecin. Et puis, vous pensez vraiment que d'autres renonceraient à défendre leur vie pour ne pas blesser les agresseurs ? répliqua le magelame en toisant froidement le tortionnaire encore à terre.
- Ce qui signifie ? Parce que si je vous accompagne, je veux savoir à quoi m'en tenir plutôt que de risquer mon dos aveuglément.
- Assez juste, accepta Syraël après une courte réflexion. Dans ce cas, disons que je privilégie le soin quand je le peux mais que si ce vieux débris, ou quelqu'un d'autre, réessaie encore une fois de s'en prendre à une personne blessée devant moi ou plus généralement à mes alliés, mes nuits ne souffriront pas du souvenir de quand je lui ôterai la tête de ses épaules.
A ces mots, l'assistant le lorgna avec méfiance avant de se tourner vers le soldat impérial pour lui demander :
- Il doit vraiment venir avec nous ?
- C'est lui qui a proposé cette alliance, répondit Hadvar non sans pincer les lèvres avec déplaisir face au mer clairement indifférent dont l'attitude renforça la colère du soldat à son égard. Et il n'a pas tort, ce serait idiot de se regrouper puis de se tourner le dos les uns aux autres. Surtout que nous ne pouvons emprunter qu'un seul et même chemin. Néanmoins, je vous saurai gré de ne plus tuer d'impérial, sinon nous nous retrouverons dans une situation... délicate.
La dernière phrase, destinée au mage, ne reçut qu'un signe de tête sec pour signifier qu'il avait compris où la limite se traçait. Ce qui fit de nouveau monter la colère du soldat face à l'absence totale de contrition chez l'autre. Au moins, le danger était provisoirement écarté. Sans un mot de plus, il se dirigea vers Ralof, qui peinait à porter son amie en sécurité, avant de s'arrêter une nouvelle fois.
- Il y a quelque chose dans cette cage, dit-il en s'approchant pour trouver un squelette vêtu d'habits de mage.
- Vous feriez mieux de ne pas vous embêter avec ça. On a perdu les clés il y a des mois. Le pauvre bougre a braillé pendant des semaines. Il a mis un peu d'ambiance pendant ce temps-là et, par la suite, il a servi d'avertissement convenable pour mes nouveaux invités.
Le tortionnaire l'observa avec un sourire narquois, bien que prenant garde à rester prêt du mur, certain de sa vengeance mesquine. Malheureusement pour lui, sa cible se contenta de hausser un sourcil avant de jeter Manipulation - Déverrouillage. Immédiatement, la serrure se volatilisa sous les yeux stupéfaits de son public, lui permettant d'entrer et de prendre les vêtements enchantés, l'or ainsi que le livre nouvellement disponible. Il ressortit tout aussi tranquillement avant de commencer à ranger certaines de ses trouvailles, bien que le sac arrive autant à sa limite que la fourrure.
Rapidement remis, le vieil homme le jugea avec un mécontentement certain avant de lâcher d'une voix traînante :
- Bien sûr, prenez tout ce que j'ai. Je vous en prie.
- Merci pour votre contribution, elle nous sera utile pour vous survivre lorsque votre précieux donjon s'écroulera sur votre misérable tête, rétorqua le prisonnier tout en enfilant la tunique de mage sur son armure, dissimulant autant son accoutrement impérial que son roulement d'yeux exaspéré.
Celui qui l'avait mis là s'était vraiment assuré qu'il était complètement dépouillé du moindre atout. Il avait aussi manifestement affaire à un être assez puissant pour fondre si aisément sur lui avant de le balancer juste là où un dragon devait apparaître après des siècles d'absence. La coïncidence était bien trop grande.
- Sérieusement, pourquoi, de tous les prisonniers, suis-je le seul à avoir été déshabillé ?! Comble du ridicule, personne, moi y compris, ne paraît savoir ce que je fais ici, pesta-t-il entre ses dents pour tenter de juguler la peur qui lui rongeait l'estomac.
Ignorant l'air désapprobateur d'Hadvar et de l'assistant, il poursuivit pour mieux apprécier le rouge colérique qui colora les joues de son interlocuteur.
- Et puis, ce n'est pas comme si quelqu'un incapable de se souvenir où il range ses clés pouvait apprécier l'utilité d'un seul de ces objets, donc y renoncer est en fait la chose la plus intelligente que vous ayez accomplie depuis notre malheureuse rencontre.
Ceci fait, il quitta la pièce en ignorant la réplique indignée du vieux sadique qui lui avait servi de défouloir avant de s'adresser à l'homme en bleu rapidement rattrapé :
- Ralof, prendre Eivska avec nous comme ça ne marchera pas, nous devons être plus rapides et tu ferais mieux de conserver tes forces si nous finissons par nous battre. Je sais que vous, nordiques, vous méfiez de la magie, mais je connais un sort qui allégera le poids de ta camarade.
Alors que la magie ne lui inspirait effectivement pas confiance, la proposition fit quand même hésiter le sombrage. Il n'était qu'à mi-chemin du couloir suivant et pourtant, il se fatiguait. Le rapide combat avec les impériaux, leur voyage inconfortable et leur évasion avaient déjà entamé ses réserves. Le peu de nourriture reçue ces deux derniers jours n'aidait pas.
De mauvaise grâce, il dut reconnaître qu'il arrivait à ses limites.
Porter une autre nordique en armure en plus de son propre équipement alors qu'il ignorait combien de chemin il leur restait à faire était dangereusement téméraire. Pour autant, il était hors de question d'abandonner sa seule camarade survivante. Mais quand même... de la magie ?
- Tu ne peux pas plutôt m'aider à la porter ? demanda-t-il en espérant que l'option serait au moins considérée.
A sa déception, Syraël n'hésita pas avant de secouer la tête.
- Si nous sommes attaqués, nous devons pouvoir nous défendre rapidement, ce qui impliquerait de la laisser tomber à deux avec plus ou moins de brusquerie. Si elle avait eu des points de sutures, l'urgence de la situation aurait pu le justifier mais, Ralof, elle a presque été éventrée, dit Syraël en évitant soigneusement de jeter un coup d'œil à l'assistant du tortionnaire lorsqu'il les dépassa en silence avec Hadvar.
Avec un maître sorcier privilégiant la foudre dans la pièce, une seule personne aurait pu causer ces blessures.
- Je veux éviter autant que possible de lui faire subir davantage de chocs ou elle pourrait mourir avant même que nous soyons sorti, sans parler de trouver un lieu de repos approprié.
Alors qu'il ne mentait pas sur la situation, l'autre raison était qu'il ne voulait pas s'alourdir davantage qu'il ne le faisait déjà avec le sac sur son dos. Une grande partie de son style de combat reposait sur sa mobilité plutôt que sur sa capacité à encaisser et il ne voulait pas prendre le risque de se ralentir. Il acceptait de tendre la main à Eivska, à la fois car elle était blessée et parce qu'elle assurait la coopération de Ralof, mais si elle les ralentissait trop, elle devrait être laissée derrière.
- C'est si grave que ça ? grimaça le sombrage
- Avec un bon guérisseur dans les parages, des potions efficaces à proximité, un lieu tranquille, propre, où se reposer et protégée par son armure, pas vraiment, admit Syraël pour mieux montrer le contraste en pointant l'évidence. Mais ici ? Je suis compétent mais très loin d'être infaillible. Surtout dans de telles conditions... je n'ai même pas de bandages ou de cataplasmes avec moi puisque ces imbéciles de soldats m'ont presque tout pris, jusqu'aux vêtements sur mon dos ! J'en viens même à penser que je devrais m'estimer heureux d'avoir pu conserver mes couilles, c'est dire !
La dernière phrase fit se redresser les lèvres de Ralof qui eut presque l'air de sourire pendant un instant. Juste un instant cependant, car son visage s'assombrit de nouveau alors qu'il hochait la tête, inquiet mais plus coopératif.
- … Putain. Très bien, el-Syraël. Fais ton truc, mais au moindre effet imprévu, je saurai qui blâmer !
- Si ça te fait plaisir, répondit l'autre homme en jetant le sort d'altération, non sans continuer d'un ton cassant. Bien que si je voulais blesser l'un de vous, je ne me serais pas décarcassé pour la sauver ou maintenir une neutralité relative entre toi et Hadvar, tu sais.
- Tch. Ouais, je suppose. Je suis surtout nerveux, agréa le sombrage avant de partir à grand pas pour rattraper Hadvar et l'autre enfoiré.
Même si les laisser prendre de l'avance lui éviterait de les côtoyer, il préférait ne pas leur donner l'occasion de lui tendre une embuscade plus loin s'ils trouvaient d'autres copains impériaux. En chemin, il dut cependant se rendre à l'évidence. Quoique son allié d'un jour avait fait, c'était efficace puisque Eivska ne pesait désormais pas plus lourd qu'un petit arbrisseau comme on en trouvait sur les bords de la rivière de son village natal.
D'ailleurs... Il n'en était pas trop loin.
Perdu dans ses réflexions, il nota à peine être rattrapé et dépassé par Syraël sans un mot. Si le sombrage voulait être ingrat, qu'il ne compte pas sur lui pour l'aider à slalomer entre les cages et par-dessus la pierre écroulée du boyau de la grotte à venir. Celui-ci ne s'inquiétait pas trop d'Hadvar, mais se méfiait de l'assistant. Après une brève réflexion, il finit par hausser mentalement les épaules. Tant que l'autre ne causait pas de problème, il pourrait rester.
Malheureusement, son espoir de répit se brisa lorsqu'il trouva Hadvar et l'assistant tortionnaire accroupis et préparant quelque chose. Signalant sa présence, il s'accroupit à côté d'eux en tendant l'oreille. Sans perdre un instant, Hadvar murmura :
- Sombrages. Cinq d'entre eux.
Se concentrant, l'elfe repéra aisément les autres voix qui se disputaient avec ferveur un peu plus loin :
- Bon sang, où sommes-nous censés aller ? Où est la sortie ? cria une voix masculine dont la frustration résonnait sur les murs de la caverne.
- Probablement au bout d'un des deux chemins d'où nous ne venons pas, répondit un autre homme avec un sarcasme douloureusement audible.
Se glissant dans l'ombre, Syraël se rapprocha légèrement pour ajouter la vue à l'ouïe, espérant une meilleure prise de la situation, non sans un rictus à la réplique provocatrice.
A ces mots, un sombrage barbu et armé d'une hache se retourna brusquement, ses cheveux noirs et hirsutes fouettant son visage, pour faire face à l'un des archers qui soutint son regard sombre sans flancher. Le rugissement qui suivit aurait pu menacer de faire perdre l'ouïe à l'espion opportun si celui-ci ne s'était pas résigné depuis longtemps au volume habituel des nordiques :
- Putain d'idiot, tu crois vraiment que c'est le moment pour ça ?! La raison pour laquelle jarl Ulfric t'a pris dans sa garde personnelle me dépasse un peu plus chaque fois que tu ouvres la bouche !
- Pourquoi ? Hum... probablement car mes compétences avec cet arc surpassent largement tout ce que tu pourras jamais atteindre avec ta hache, répliqua froidement l'archer, sa chevelure d'une nuance de brun plus clair mais presque aussi désordonnés que ceux de son camarade, sans doute à cause d'une course effrénée jusqu'ici. Mais je ne suis pas surpris que cela t'ait échappé.
- Répète ça pour voir, espèce de lâche ! le défia l'autre homme, ses mains se resserrant sur son arme.
S'ils commençaient à se battre ici, cela arrangerait bien leurs affaires... même si ça lui rappelait aussi douloureusement Hadvar et Ralof.
Sérieusement, qu'est-ce qu'ils avaient à tous vouloir régler leurs différends personnels avant d'échapper au dragon ?
- Lâche ?! siffla le sombrage, sa main se relevant légèrement alors que ses genoux fléchissaient, prêt à engager le combat. Je ne suis pas lâche juste parce que je suis meilleur à distance. Je dirais même que je suis plus efficace que toi. D'autant plus que nos autres frères apprécient bien davantage leurs arrières couverts plutôt que de mourir prématurément car ils ont trop foncé dans le tas.
- Ok, c'est bon, j'en ai marre. Cette fois, je vais te-
Une voix déterminée, bien que distinctement plus jeune, s'éleva pour stopper le conflit naissant avant que cela n'empire au-delà de tout contrôle :
- Assez ! Je sais que vous vous détestez, que nous sommes tous nerveux et que notre situation ne fait qu'empirer à chaque minute qui passe. Mais ce n'est pas le moment de nous entretuer s'il y en a jamais un pour ça ! Moi aussi, je suis inquiète pour jarl Ulfric et moi aussi, je ne veux pas mourir sur un billot impérial ou brûlée vive par un dragon de toutes les créatures existantes sur Nirn. Pour le moment, nous ne sommes qu'à un cheveu de la mort et notre chance peut s'épuiser à tout moment. Donc si nous allons nous sauter à la gorge, autant aller voir nos ennemis pour ça, ce sera certainement moins humiliant !
La responsable de ce discours fort raisonnable était une autre sombrage, une épée à sa taille mais prête à être dégainée si elle devait s'interposer entre les deux belligérants. Plus jeune que ses camarades, elle avait l'air d'une femme dans la mi-vingtaine. Ses cheveux blonds et tressés selon la mode distinctive de son peuple réfléchissaient la faible lumière, lui octroyant un charisme dont elle-même ne paraissait pas avoir conscience tout en exposant une méchante cicatrice sur sa joue gauche. Toutefois, que ce soit sa prestance ou ses paroles, son intervention avait eu le mérite de stopper net l'escalade. Dommage...
Elle lui rappelait lui-même dans son propre groupe disparate. En moins expérimentée et plus conciliante.
Après une brève hésitation, ils abaissèrent leurs armes, laissant la plus grosse partie de la tension se dissiper et permettant à tous de respirer à nouveau correctement, ayant évité le gros de la catastrophe.
- … Tch ! Très bien. Mais une fois en sécurité, nous aurons des comptes à régler, toi et moi, avertit le combattant au corps-à-corps en zieutant son camarade avec agressivité.
- Je l'attends avec impatience, assura celui-ci d'une voix traînante tout en reculant d'un pas, marquant la suspension temporaire de leur conflit.
- … Tu fais quoi, Eria ?
La demande mal assurée venait de la seconde archère, dont les cheveux dorés encadraient un visage ovale et de grands yeux alertes. Elle se présentait à peu près calme mais aussi perplexe face à l'autre qui était descendue plus bas et fixait attentivement l'eau qui s'écoulait.
- Je cherche la sortie. Ce n'est pas si difficile avec les bons indices à portée de main.
- Comme ? Sans vouloir être vexant, je ne vois que deux couloirs de pierre, l'un plus éclairé que l'autre. Et je doute que tu te fies à ça, si ? lui demanda le dernier homme, roux et moins massif que le barbare à la hache, en la jaugeant attentivement de son seul oeil fonctionnel.
- Non. C'est le cours d'eau qui nous indiquera la sortie. Pendant que les chiens impériaux nous conduisaient, j'ai remarqué qu'Helgen était située en hauteur et que les quartiers militaires auxquels sont probablement reliés ce passage se trouvaient près de la pente. Donc logiquement, le cours d'eau descendant doit s'éloigner en aval et se déverser quelque part à l'extérieur puisque la grotte n'est pas inondée. Peut-être même dans le lac Ilinata, à quelques jours de marche d'ici et situé en contrebas de la zone montagneuse, expliqua la dénommée Eria à ses compagnons bien que remuant un peu sous le poids de leur écoute.
Oh, pas mal du tout.
C'était toujours appréciable de constater la présence d'un minimum de compétence en situation critique. Malheureusement, cela n'arrangeait pas ses affaires car, avec quelqu'un comme ça dans les parages, les autres travailleraient sans doute ensemble sans se retourner les uns contre les autres, laissant la négociation comme seule voie sûre pour qu'il conserve ses alliés.
- D'accord, je suis impressionné, admit le roux avant de demander avec curiosité. D'où tu sais ça ?
- De chez moi, Saedulf. Nous venons de tout Skyrim pour servir la cause car nous croyons en Ulfric. Nous avons donc tous eu des vies et des compétences différentes avant. En tant que chasseuse à Epervine, je n'avais pas de montagne à proximité pour éviter de me perdre dans la forêt, surtout de nuit. Dans ces situations, l'eau peut vous sauver la vie de beaucoup de façons différentes.
La réponse sérieuse sonnait presque comme l'avertissement de quelqu'un qui a déjà dû recourir à des méthodes peu orthodoxes en la matière pour s'en sortir. Une chasseresse, hein ? En plus de son épée, elle avait donc probablement des compétences avec un arc et une dague. Et, si ces paroles se révélaient aussi vraies que Syraël le pensait, alors il vaudrait mieux s'en souvenir, contrairement à ceux qui l'avaient certainement trop sous-estimée. Même si, en situation réelle, elle se noierait avant lui.
- Je vois. Moi je viens de la Crevasse, donc l'eau n'est pas vraiment mon truc car les contrebas sont souvent occupés par les sauvages, mais si on doit passer par des montagnes vous pouvez compter sur moi, déclara le sombrage à la hache avant d'enchaîner. En tout cas, puisque tu parais savoir ce que tu fais, je te ferai confiance pour nous sortir de là, ma sœur. Une idée sur ce qu'on peut faire ensuite ?
Et les autres ont aussi remarqué son potentiel. A moins qu'ils la connaissent déjà depuis avant Helgen et l'aient suivie pour cette raison. Quoiqu'il en soit, s'ils voulaient s'en sortir ensemble, c'était clairement avec elle qu'il faudrait négocier.
- Merci les gars, je ferai ce que je peux pour ne pas vous décevoir, promit la cheffe après une brève hésitation.
S'ils s'en sortaient et que cela revenait aux oreilles d'Ulfric, il n'était pas impossible qu'elle obtienne une promotion. Peut-être même un nom d'honneur.
Se taisant pendant un instant, elle réfléchit en observant pensivement les deux chemins disponibles avant de parler à nouveau. Si elle voulait maintenir la cohésion, mieux valait faire participer tout le monde en exposant leurs options plutôt que de les diriger aveuglément dans ce qui pourrait être un cul-de-sac. Cela diluerait la responsabilité en cas d'échec, ce qui valait mieux pour elle maintenant qu'elle avait revendiqué le rôle de guide.
- Bon, à présent nous devons définir nos priorités. Si nous nous fions à l'eau, la sortie se trouve par-là, dit-elle en désignant le passage le plus éclairé. Mais, d'une part, je ne peux pas dire avec certitude qu'il sera praticable par des humains et, d'autre part, si nous sommes blessés nous ne pourrons compter que sur nous-même. Alors que l'autre passage nous mènera sans doute aux impériaux, nous pouvons éventuellement tomber sur une caserne ou une infirmerie. Ils y gardent des potions dont nous aurons besoin, surtout si nous devons trouver un chemin alternatif. Mais, avec le dragon dans les parages...
Là. Il avait une occasion. Retournant vers Hadvar, en ignorant la proposition d'un sombrage de se séparer en deux groupes pour maximiser leurs chances, il chuchota :
- Ils sont trop nombreux pour que nous les affrontions en face à face, surtout s'ils ont des archers. Je vais les distraire et, peut-être pouvons-nous négocier un passage. Mais j'ai besoin que vous alliez avertir Ralof de la situation.
Finalement, peut-être aurait-il dû l'aider afin de bénéficier de son appui dès le départ ?
… En fait, non. Il aurait juste loupé la conversation des autres sombrages et n'aurait pas su sur quelle faille appuyer.
Surpris, l'autre homme se tourna vers lui pour protester, peu enclin à remettre sa vie entre les mains de ceux qu'ils avaient tenté d'exécuter un peu plus tôt. Une crainte raisonnable de l'avis de l'elfe mais qui n'aiderait personne face à la réalité des faits. Puisque Ralof ne se joindrait certainement pas à eux, ce serait du deux contre un en comptant les attaquants à distance. Il pouvait le gérer seul, bien sûr... mais un tel acte sonnerait définitivement le glas de la collaboration du sombrage, il n'y avait aucun doute là-dessus. Ils n'auraient pas non plus le temps de cacher les corps.
Il gardait le combat en tête comme finalité possible mais il pouvait au moins essayer une autre option avant.
- Vous êtes complètement fou ! Ils vont vous massacrer à vue !
Hn. Comme si. Il aurait été nu qu'il aurait toujours pu gagner.
- Sans compter qu'ils n'ont aucun intérêt à collaborer avec vous, rappela le tortionnaire avec méfiance. Sauf si vous nous vendez en échange de votre sécurité.
Son intervention rendit l'atmosphère glaciale plus vite que si Syraël avait jeté un sort. Maudissant l'enfoiré dans son esprit, il se retourna avec brusquerie :
- Aucune chance, assura-t-il en serrant brièvement les dents et ignorant la soudaine méfiance d'Hadvar. Je tiens toujours ma parole une fois donnée, surtout quand c'est ma propre proposition comme l'a souligné votre collègue. Et puis, je n'ai aucun intérêt à laisser Hadvar ou Ralof mourir.
Tendant l'oreille, Syraël suivit la conversation des sombrages devant eux tout en guettant les pas de Ralof. Il serait bientôt là.
- Quelle loyauté, se moqua l'assistant d'une voix basse avant de passer à autre chose, très conscient que l'elfe n'avait mentionné ni lui, ni la sombrage blessée. Mais ils en ont certainement à nous massacrer.
- Pas forcément. Celle qu'ils ont élu pour cheffe a l'air raisonnable, objecta calmement le mage, conscient que s'énerver ne rendrait pas son interlocuteur plus ouvert, même si le frapper le démangeait. Et vous oubliez que je ne suis pas un soldat impérial. Je suis un prisonnier, comme eux. De plus, la présence et la parole de Ralof ainsi que le fait que j'aie sauvé la vie d'Eivska pourraient être des arguments en ma faveur, surtout si vous vous faites oublier par la suite.
- Cela reste une prise de risque inconsidérée ! Un haut-elfe qui tente de discuter avec des sombrages dans une telle situation... si j'avais encore besoin d'une preuve supplémentaire que vous étiez taré, je l'ai obtenue.
- Je sais aussi qu'attendre là en espérant qu'ils ne viendront pas vers nous serait non seulement une perte de temps mais aussi une preuve de pure stupidité. Et je préfère tenter ma chance avec des sombrages que de rester planté là alors qu'un foutu dragon transforme le monde au-dessus de nos têtes en enfer brûlant !
Combien de fois devrait-il le répéter pour que ça entre ?
Cette dernière phrase décida Hadvar. Bien sûr, Syraël devait être aussi effrayé que n'importe lequel d'entre eux. Et n'était-ce pas lui-même qui avait rappelé au tortionnaire que des situations exceptionnelles menaient à des prises de décisions exceptionnelles ?
- Très bien... je n'aime pas ça mais je vous fais confiance pour gérer la situation jusqu'à ce que je revienne. Vous m'avez déjà prouvé savoir vous servir de vos mots alors ne vous faites pas tuer en agissant stupidement, accepta le soldat impérial avant de se relever et finir sur un avertissement hésitant : Je ne peux pas décider si les choses sont sur le point d'empirer ou de s'améliorer, mais ne vous inquiétez pas. Nous sortirons d'ici, d'une manière ou d'une autre.
Surpris par la démonstration d'empathie, le mer opina du chef et poussa l'assistant tortionnaire dans l'ombre alors que le soldat filait aussi discrètement que possible. Ce qui était bien moins mauvais que Syraël l'aurait craint.
Attendant quelques instants de plus, il finit par se racler la gorge avant de parler à haute-voix sans toutefois se mettre à découvert :
- Vous êtes des sombrages en train de vous évader n'est-ce pas ?
La réaction ne se fit pas attendre et, immédiatement, tous les soldats dégainèrent leurs armes en se tournant vers son embranchement. Plus moyen de reculer désormais.
- Qui est là ? Montrez-vous !
- Je vais le faire, je ne suis pas ici pour me battre. Comme vous, j'ai été fait prisonnier par la légion et je cherchais à m'échapper.
Il attendit juste une seconde pour être certain que ces paroles aient été entendues avant de sortir lentement, sans trembler, ses mains levées bien en vue afin de ne pas impatienter les sombrages déjà nerveux.
À la vue de l'espion dévoilé, ils s'agitèrent et l'archer roux banda son arc, prêt à tirer sur le mer au premier mouvement suspect. Néanmoins, ils attendirent qu'Eria évalue la situation, confortant ainsi sa position sans un mot.
- Vous êtes qui et vous voulez quoi ? demanda agressivement la concernée, resserrant sa main sur le manche de son épée.
- Mon nom est Syraël Varion. Comme je l'ai dit, j'ai failli être exécuté avec vous mais l'attaque du dragon m'a donné l'occasion de m'évader, répondit l'intéressé en omettant son projet initial de se créer une échappatoire. Quant à ce que je veux, c'est négocier un passage sûr vers la sortie car je pense que nous affronter serait contre-productif.
- Je vois... et vous êtes seul ? demanda la cheffe avec toute l'autorité qu'elle pouvait rassembler.
- Ne l'écoute pas Eria, cracha le roux en se retenant à peine d'attaquer. C'est un elfe et probablement un collaborateur impérial ! Il n'aurait pas pu arriver jusqu'ici autrement !
Espérant que les choses ne soient pas sur le point de devenir désordonnées et salissantes pour ses vêtements, Syraël répondit avec toute la patience qu'il pouvait réunir. Comme ils s'étaient probablement assez éloignés de la ville, le plafond ne devrait pas leur tomber dessus. Normalement.
Putain, il l'espérait.
- Non, je ne le suis pas. Pour augmenter nos chances de sortir en vie, j'ai formé une alliance, certes fragile, avec un soldat impérial et l'un des vôtres, un sombrage. En chemin, nous avons ramassé un autre impérial ainsi qu'une sombrage blessée. Heureusement pour elle, j'ai des compétences comme guérisseur qui m'ont permis de lui octroyer un sursis mais je vais être clair, si elle ne reçoit pas de soins appropriés rapidement, elle mourra.
A peine eut-il terminé qu'une flèche vola pour se ficher à ses pieds, gracieuseté du roux qui le toisait avec une haine grandissante partagée par le sombrage à la hache. Génial, vraiment.
- J'en ai assez entendu de tes mensonges alors dégage avant que je ne te tue ! Aucun sombrage ne s'abaisserait à collaborer avec un impérial, surtout alors qu'ils viennent juste de manquer de nous tuer.
- Erik a raison, renchérit son camarade agressif avec férocité, mettant leur dispute antérieure de côté. C'est forcément un autre mensonge d'elfe pour nous garder ici pendant que tes copains impériaux nous rattrapent et nous font la peau. La seule chose que je ne sais pas, c'est ce qu'ils t'ont promis en échange de ta petite mascarade.
- Vous vous trompez tous les deux. Quand le dragon est arrivé, c'est moi qu'ils avaient désigné comme prochain au billot alors aucune chance que je collabore avec- essaya le mer tout en se doutant que ça ne fonctionnerait pas et se préparant en conséquence.
Il ne connaissait pas ces gens, mais s'il y avait bien un type d'inconnus en qui les sombrages n'auraient pas confiance, un elfe en armure impériale à peine dissimulée par une vieille robe de mage tiendrait sans doute une place en haut de leur liste.
- Aucune chance que quoi ? Que tu collabores avec eux ? Et tu dirais ça juste après avoir prétendu former une alliance avec des soldats ? Tu te fous vraiment de notre gueule ! Meurs foutu haut-elfe ! rugit le sombrage construit comme un ours en s'avançant vers lui, son arme levée, quand un bras s'interposa.
- Attends Asgald !
Sans perdre un instant, Eria s'interposa avant de le repousser quelque peu. Ignorant les protestations des deux agités, elle se retourna vers le magelame avant de dégainer sa lame et de la pointer dans sa direction.
- Vous êtes plutôt courageux pour quelqu'un qui a manqué de se faire tuer. Donc soit vous êtes fou, soit nous sommes déjà dans une embuscade, je me trompe ?
Brusquement silencieux, les autres se mirent à scruter autour d'eux de façon paranoïaque, alternant entre viser la cible évidente et refusant de tourner le dos à un potentiel ennemi.
- Oui, vous vous trompez même si je comprends la prudence, trompa le mer tout en reconnaissant la vigilance de la femme à sa juste valeur. Comme je l'ai dit, nous sommes un groupe de cinq, composé à égales parties d'impériaux et de sombrages puisque je n'ai aucune allégeance. Si nous l'avions voulu, nous aurions pu tenter un combat mais votre camarade s'y serait opposé. De plus, nous avons déjà une blessée grave.
- … Admettons que vous disiez vrai. Pourquoi notre camarade n'est-il pas là à négocier avec nous plutôt que vous ?
- Il est plus loin dans le couloir, répondit Syraël avec un signe de tête dans la direction d'où il venait. Il a pris du retard en portant votre sœur d'armes mais l'un de nous est allé le chercher. J'ai pris les devants pour que vous ne partiez pas, mais il sera bientôt là.
Admettre qu'ils étaient provisoirement inférieurs en nombre présentait un risque, mais un risque calculé. Leur assaut n'était rien qu'il ne pourrait gérer et lui permettrait de gagner le temps précieux dont il manquait jusqu'à l'arrivé de Ralof. En tout cas, il ferait mieux de se dépêcher !
- Ce qui, dans tous les cas, vous est favorable. Une embuscade ou l'arrivée de notre camarade ne peut que vous aider de toute façon.
Approbateur, Syraël acquiesça silencieusement, prenant garde à ne faire aucun geste brusque.
- Te tuer serait le plus prudent, mais je pense que nous avons tous d'autres priorités, n'est-ce pas ? proposa la sombrage en l'étudiant intensément, refusant de laisser passer un risque potentiel mais aussi soumise à une pression importante. Soit, je vais te laisser une chance. Si tu nous trompes, je te décapiterai moi-même, c'est compris, l'elfe ?
- Je comprends, accepta Syraël en essayant de rester calme.
Ils étaient tous à cran et s'énerver ne ferait qu'empirer la situation, même s'il était intérieurement déchiré.
D'un côté, la menace prêtait plus à rire qu'autre chose.
De l'autre, jouer au pacificateur commençait sérieusement à le gonfler !
- Eria ?
L'autre blonde l'observa de ses grands yeux mal-assurés, son arc à demi-levée tout en étudiant ce qui l'entourait.
- Tout ira bien, Sillia, rassura-t-elle sans toutefois quitter Syraël des yeux. Je vous ai promis que je ferai ce que je peux pour vous sortir d'ici, n'est-ce pas ? Je ne lui fais pas confiance, mais s'il dit la vérité nous avons deux camarades en danger potentiel et l'occasion de nous allier à un médecin. Et, désormais, le chemin à emprunter est clair. Ils ne seraient pas là si leur boyau débouchait sur une issue.
- Penses-tu que le risque en vaut la chandelle ?
La question légitime du nommé Erik la fit brièvement hésiter avant qu'elle ne réponde :
- Nous allons le découvrir. Elfe ! Quel est le nom de nos camarades qui ont accepté de t'accompagner ?
- Le premier est Ralof de Rivebois. La seconde était déjà inconsciente quand nous l'avons trouvée, mais a été identifiée par lui sous le nom d'Eivska.
Les noms firent remuer les sombrages qui l'observaient en silence, confirmant que les deux étaient bel et bien des leurs. Pas pour la première fois, il remercia le manque de subtilité chronique de la plupart des nordiques.
- Je connais ces noms. Mais tu aurais juste pu les entendre de quelqu'un d'autre. À quoi ressemblent-ils ?
- Ralof est un grand blond avec une tresse sur la tempe gauche, des yeux bleus et une préférence pour le maniement de la hache. Nous avons voyagé dans le même chariot. Eivska est rousse, son visage carré et ses yeux marrons. Elle a une cicatrice qui s'étend sur sa lèvre et sa joue gauche.
- C'est bien eux, accepta Eria en commençant à baisser son arme. Où sont-ils ?
Il venait de le leur dire... était-il seulement écouté ?
- Plus loin dans le tunnel. Ralof est sans doute occupé à se disputer avec Hadvar, son ami d'enfance devenu meilleur ennemi au service des impériaux, ne put s'empêcher de préciser Syraël en roulant des yeux.
C'était sans compter sur la voix confuse qui s'éleva, débitant sur un ton rapide :
- Hadvar ? Un homme brun au nez légèrement tordu, arachnophobe et avec un bâton dans le cul ? Le type qui aime prouver la supériorité de son raisonnement en toutes circonstances ?
Perplexe, le négociateur se retourna pour fixer la dénommée Sillia qui se crispa en devenant temporairement le centre d'attention de tous, la tension baissant de quelques crans. Maintenant qu'il y pensait, le nez d'Hadvar était effectivement un peu tordu, comme s'il avait été cassé et mal réparé.
- Eh bien… Ralof en parle assez souvent quand il est ivre, donc…
- Oh bon sang, toi aussi tu as dû supporter le mélodrame de ces deux imbéciles ? soupira l'elfe, autant pour attirer l'empathie sur une expérience commune que parce que les deux intéressés le saoulaient depuis trop longtemps.
Avec une grimace gênée, elle acquiesça timidement avant de poursuivre avec plus de force :
- Pour le fameux Hadvar, non, mais Ralof est du genre bavard donc…
Comme si leurs noms les avaient convoqués, les deux débarquèrent, en nage et respirant difficilement tout en portant une sombrage inconsciente à eux deux. Bien que la tension présente dans la pièce ait diminué suite au court échange, l'uniforme sombrage de l'un d'eux était probablement la seule raison pour laquelle ils n'avaient pas été criblés de flèches après leur brusque entrée.
- Tirez pas les gars, ils vont bien ! Enfin, pas tous mais on a un accord. Syraël, tu ne m'avais pas dit que ton tour de passe-passe durerait si peu de temps !
Ah. Cela expliquait leur étrange retard. Il n'avait pas voulu mettre trop de force dans le sort pour ne pas effrayer Ralof mais ça avait failli se retourner contre lui. Finalement, la prévenance n'était probablement pas pour lui.
- Moi aussi, je suis heureux de voir que tu vas bien Ralof, ironisa le mer en baissant les bras, secrètement impressionné de les voir coopérer sans dispute.
Se déplaçant prudemment pour les rejoindre, il rajouta plus sincèrement :
- Vous arrivez à point nommé tous les deux. L'un de vous a-t-il besoin de soins ?
Finalement, les deux étaient assez malmenés, la faute à courir dans les ruines d'une ville enflammée. Des soins ne seraient pas de trop et, cette fois-ci, il était disposé à les leur fournir. Ça l'aiderait à se faire bien voir des autres. Heureusement, si l'on peut parler ainsi, le peu de temps (avec de la chance) que Ralof mettrait à convaincre ses camarades lui permettrait d'examiner Eivska et de venir en aide à Hadvar, lequel se tenait soigneusement en retrait. L'assistant tortionnaire était à ses côtés, mais il se releva, recula dans l'ombre et partit sans se retourner quand le mer approcha. Bien, tant pis pour lui.
D'ailleurs, à ce sujet...
- Je me doute que ce n'est pas ce que vous espériez, souffla discrètement Syraël tout en utilisant le Toucher Apaisant pour guérir le gros des brûlures sur le soldat qui n'avait appliqué de pommade que sur les plus urgentes.
Avec un peu de chance, il aura évité l'infection. Personne n'avait besoin de ça en ce moment, surtout pas lui qui se trouvait désormais en grave infériorité numérique.
- J'espère que vous avez autant conscience que moi qu'il serait stupide de refuser l'aide qu'ils pourraient apporter pour sortir d'ici. Au-delà, rien ne nous force à rester en groupe.
- Ne vous inquiétez pas, je le sais bien. D'autant qu'aucun renfort ne nous a rattrapés, alors c'est certainement le mieux que j'obtiendrai, se résigna l'impérial tout en toisant son interlocuteur avec un reproche visible qui fut rencontrée placidement. Je retiens toutefois la différence de traitement des les renforts impériaux et sombrages, surtout de la part de quelqu'un qui se prétend neutre. De toute façon, rebrousser chemin maintenant rendrait tout ce que nous avons fait jusqu'ici inutile. Pareil pour partir depuis l'autre chemin. Si ces sombrages sont arrivés par-là, c'est qu'ils ne pouvaient pas aller autre part. Non, le vrai problème est de savoir s'ils nous laisseront tranquilles. Avec eux dans les parages, Eivska et Ralof n'ont plus besoin de nous, ce qui pourrait les pousser à nous attaquer.
Ben voyons ! Bien sûr, le brun verrait dans la neutralisation des impériaux une déclaration politique plutôt que stratégique. A moins, bien sûr, qu'il ne dise cela que pour l'énerver.
- Réaliste, approuva calmement le guérisseur avant de reprendre son travail en ignorant l'accusation, mais je ne le pense pas. Ralof a trop d'honneur et nous avons tous les deux entendu leur conversation. Ils n'ont pas de médecin avec eux, faisant de moi le seul à pouvoir aider Eivska. Et je suis certain que cette femme sombrage, Eria, a une bonne tête sur les épaules. Assez pour le voir.
- Bien, vous êtes donc relativement protégé, tant mieux pour vous. Mais ça ne change rien à ma propre situation, souligna l'impérial, vaguement agacé mais surtout nerveux.
- Si, car je vais conditionner mes soins apportés à cette femme et leur groupe à la garantie qu'aucun membre de notre alliance ne soit abandonné, vint la calme réfutation.
L'assurance amena un regard abasourdi sur lui, qui se fondit en un espoir réticent, une démonstration inimaginable au début de leur évasion. Il prendrait donc l'amélioration pour ce qu'elle était.
- … Pourquoi feriez-vous ça pour moi ? Surtout alors que je vous dois déjà la vie et après ce que vous avez fait plus tôt ? questionna Hadvar après une seconde de silence surpris.
Décidément, chaque fois qu'il pensait cerner son interlocuteur, celui-ci ruinait cette impression.
- Pour plusieurs raisons, l'une d'elle étant le respect de ma parole et une autre est que je ne veux pas spécialement vous voir mourir comme je l'ai déjà dit. Quand au reste, si vous faites allusion au sort de vos camarades dans la cuisine, sachez que je leur mort n'était pas mon but premier mais la négociation. Malheureusement, ils n'étaient pas très ouverts à ma proposition, et avec le tortionnaire en bas, j'ai jugé qu'être négligent serait trop imprudent. Dans tous les cas, j'espère que vous vous souvenez de mes mots dans cette salle de torture car je les pensais et ils ne s'appliquaient pas qu'aux sombrages puisque je ne prends pas partie. Vous êtes mon allié et en conséquence, si vous vous faites attaquer, je défendrai votre vie de ma lame aussi férocement que je le ferais pour la mienne.
Bon, il y avait aussi le fait que, mort, l'impérial ne serait guère en mesure de lui rembourser son investissement de façon appropriée mais le souligner maintenant ne serait pas nécessaire.
- Vous... hmf ! commença Hadvar avant de secouer la tête avec un léger bruit de gorge, un sourire nerveux menaçant d'étirer ses lèvres. Tu as le sens de l'honneur le plus étrange, du moment que cela convient à tes propres projets. Proposer de me défendre ainsi alors que tu es celui qui m'a mis dans ce pétrin, en tuant mes alliés ? On t'a déjà dit que conditionner tes soins était indigne d'un guérisseur ?
- N'est-ce pas toi qui parlais de mesures exceptionnelles pour s'adapter à des situations exceptionnelles ? contra le mer avec un sourire, appréciant de parvenir à atteindre une coopération réticente.
Voilà qui rendrait la compagnie un peu plus agréable, alors il baisserait d'un cran ses amusements précédents envers le soldat dans l'espoir que ça dure. Ne restait qu'à parvenir au même résultat avec Ralof...
Comme si penser à lui l'avait invoqué, le sombrage s'approcha d'eux en croisant les bras avant de demander :
- Comment va Eivska ?
- Stable, lui répondit Syraël alors qu'Hadvar le toisait avec prudence. Je ne recommanderais pas de la laisser trop longtemps sans soins plus sérieux. Et oui, je le répéterai autant de fois que nécessaire.
Devancé, le nordique referma la bouche, non sans soupirer, acceptant l'approche salvatrice de l'elfe et les soins gracieusement offerts non sans un bref recul. La chaude lueur du Soulagement et la dissipation de sa douleur s'avérèrent plus apaisantes qu'il ne l'aurait pensé, le faisant regretter de ne pas avoir demandé à en bénéficier plus tôt. Peut-être qu'au moins la magie de guérison était-elle vraiment bonne pour tous…
Mais avant de demander autre chose, il fut coupé par Eria qui les rejoignit, amenant un silence quelque peu inconfortable :
- Syraël, c'est ça ? Ralof et vous avez mentionné vos compétences en soin qui pourraient nous servir. Pouvez-vous vous occupez des nôtres ?
- Je peux, agréa l'interpellé sans pour autant bouger de sa place. Mais seulement à deux conditions.
Immédiatement, la tension s'épaissit à nouveau et son interlocutrice plissa les yeux. Hadvar retint son souffle, ne s'attendant pas à ce qu'il soit aussi direct, et Ralof lâcha un long soupir souffrant :
- Pourquoi tu ne peux jamais accepter simplement les demandes qu'on te fait, elfe ?
- Mon nom est Syraël et, un jour, tu vas le retenir, promit le concerné avec agacement. Je peux faire ça... mais seulement quand je me sens en sécurité ce qui n'est actuellement pas le cas. Mes demandes sont simples. Premièrement, vos camarades devront accepter que j'utilise la magie car les potions sont pour Eivska.
- Acceptable, décida Eria avant que les autres ne provoquent un tollé, forçant Asgald à refermer la bouche bien qu'il observe toujours le magelame avec animosité. Et l'autre condition ?
- Que personne ne soit abandonné. En ce qui me concerne, vous aider ne me dérange pas mais l'alliance que j'ai passée avec Ralof et Hadvar prévaut sur le reste.
Et juste comme ça, la paix fragile fut brisée.
- Putain de ça ! cracha Erik en le fixant avec venin. Donc tu veux que nous te laissions utiliser des sorts bizarres sur nous et qu'en plus, on accompagne ces meurtriers impériaux vers la sortie ? Et ensuite ? Tu vas nous dire que nous devons aller dans la direction de l'ambassade du thalmor où se trouvent tes copains ?
Bon, cette fois, ça suffisait. Il était plus que temps de mettre certaines choses au clair. Il avait été patient et coopératif. Si c'était-là les fruits qu'il récoltait, alors la nécessité d'un traitement de choc devenait clair.
Le regard de Syraël se refroidissant considérablement, il répondit avec un mépris non-dissimulé :
- Non, car je ne suis pas allié au Thalmor de toutes les organisations de merde qui existent, même s'il est dommage que ton crâne épais ne l'intègre pas. Tu ne veux pas de mes sorts ? Très bien, alors reste donc à saigner sur le sol comme un cochon et vois si je m'en soucie ! Je te ferais remarquer que tenter quelque chose de louche sur un sombrage en étant entouré de cinq autres serait suicidaire pour moi et je sais où se situent mes intérêts. Enfin, oui, je ne partirai pas sans tous mes alliés, impériaux et sombrages. Soit c'est nous tous et vous avez un médecin pour vous aider, soit ce n'est personne et vous pourrez vous débrouiller. Mon absence sera plus dommageable pour votre camarade que l'inverse.
- T'es sérieux ? demanda Erik, incrédule, avant de se diriger vers lui avec colère pendant que ses camarades affichaient diverses réactions. Non mais pour qui tu te prends espèce de-
Qu'il s'agisse de réflexion, de rejet pur et simple ou de dégoût, l'insinuation à peine voilée ne laissait personne indifférent.
Soit ils apprendraient à le traiter avec davantage de respect, que cela leur plaise ou non, soit leur précieuse camarade mourrait.
- Ça suffit !
Ralof s'interposa et repoussa son camarade mais, avant que celui-ci n'ait pu l'insulter, il se détourna pour fixer le mage avec une colère visible.
- Tu es vraiment un connard et je suis sûr qu'on te l'a dit plus d'une fois. Sérieusement, tu nous fais quoi là ?
Il ne rencontra qu'une posture inébranlable, d'autant plus appuyée lorsque l'autre croisa les bras, renforçant la défiance montrée jusqu'ici. Face à ce comportement, Saedulf s'avança au cas où il devrait retenir Erik. Les choses devaient être mises au clair avant d'entreprendre quoi que ce soit.
- Ce que je fais ? Je trace une ligne, rien de plus. J'ai proposé une alliance car nous en avions besoin. Je pense toujours que c'est la meilleure solution. Cependant, depuis que nous avons commencé, j'ai dû supporter vos disputes incessantes. Ensuite, il a fallu que je rassemble des provisions potentielles afin de nous aider si nous nous en sortons en vie. Puis j'ai dû gérer ta colère face au sort de tes autres camarades, l'état d'Eivska et ta méfiance constante envers moi et, au passage, je m'appelle toujours Syraël. Enfin, j'ai essayé de faire de même avec tes confrères à l'esprit buté. Et durant tout ce temps, je n'ai été traité qu'avec méfiance, mépris et insulté alors que, l'inconsciente mise à part, tu es celui qui a pourtant le moins de raisons de te méfier de moi. J'en ai assez.
Voulant l'interrompre, Ralof ouvrit la bouche seulement pour découvrir qu'il avait perdu sa voix. Portant ses mains à sa gorge, il observa le mer avec horreur. Alarmés, les sombrages tirèrent leurs armes sans pour autant faire ciller Syraël pendant qu'Hadvar enfouissait sa tête dans ses mains, résigné à n'avoir aucun contrôle sur la situation.
Si c'était ce que l'autre appelait ''aider'' peut-être aurait-il dû s'abstenir...
Il aurait bien tiré son épée mais, d'une part, il savait qu'interrompre un mage en colère serait dangereux et aurait des conséquences imprévisibles. D'autre part, si, en tant que soldat, sa lame quittait son fourreau face aux sombrages, toute chance de négociations tomberait à l'eau. Après le coup du mutisme, Ralof ne serait pas de leur côté et ils se retrouveraient donc à six contre deux. Un massacre assuré.
- Ne m'interromps pas. Et arrête de faire cette tête, c'est temporaire, informa le mage, ses yeux bleus brillant de colère et de pouvoir alors que l'atmosphère autour de lui perdait quelques degrés.
Un point, cependant, qui l'intriguait, était la réponse facile de sa magie. De mémoire, obtenir ce qu'il voulait avait toujours été une lutte. Mais pas cette fois. Bien que dépouillé de la quasi-totalité de son équipement et de ses précieux enchantements, il se sentait plus fort, mais surtout plus en phase avec son énergie que jamais. Il ne s'en plaindrait pas, bien entendu... mais que se passait-il ?
Quoiqu'il en soit, c'était libérateur de pouvoir enfin déverser son ressenti sur les imbéciles. Il ne leur servirait pas de défouloir un moment de plus. Soit ils acceptaient cela, soit ils pouvaient aller se faire foutre.
- Mon point étant, j'ai fait des efforts et je suis prêt à continuer, mais il y a des limites à ne pas franchir. Parmi elles, sache que personne ne me dicte ce que je dois faire. Personne. Ensuite, si tu me traites mal, ne t'attends pas à être exempté d'un retour similaire. Enfin, pour la dernière fois, seul un cas de force majeure me fera revenir sur ma parole une fois donnée. J'ai juré que j'aiderais Hadvar à sortir de là s'il nous prêtait sa lame et cette promesse sera tenue. Aider tes camarades n'est pas une obligation car rien ne me lie à eux. C'est une option, qui plus est de moins en moins attrayante. Vous feriez mieux de vous en souvenir avant de cracher à mon visage sous prétexte que je suis un elfe, un mage ou que sais-je encore.
Suite à cette tirade, le mer souffla un grand coup avant de secouer la tête. Bon sang, ce que ces nordiques pouvaient être casse-pieds. Il comprenait leur méfiance mais pensaient-ils réellement que leur nombre l'intimiderait au point qu'il se conforme à leurs ordres et se laisse mépriser en toute impunité ? Imbéciles...
Pendant ce temps, cette situation n'enchantait personne. Ils furent rapidement ramenés à la réalité quand le plafond trembla dangereusement. Aussitôt, les jurons fusèrent de tous les côtés, à commencer par celui d'Hadvar, alors que le cœur de Syraël remontait dans sa gorge, le faisant frissonner. Il se sentait confiant pour gérer un troupeau de nordiques agressifs. Mais pas un dragon, jamais.
- Si cette pièce s'écroule, plus personne ne pourra passer derrière nous, y compris d'éventuels autres survivants comme des civils, s'inquiéta l'impérial en étudiant anxieusement ce qui l'entourait.
… N'avait-il vraiment pas compris ? Ou essayait-il de rester optimiste envers et contre tout ?
Si les civils avaient réussi à passer, ils auraient déjà dû les avoir rattrapés ou, au minimum, se trouver assez proches pour pouvoir être entendus, comme tout groupe décent de civils terrifiés de tous âges le ferait. Ce qui n'était pas le cas.
Il était fort probable que les seuls survivants d'Helgen soient ceux qui se trouvaient ici, à l'exception possible de culs chanceux pris au compte-goutte.
- Donc si je comprends bien, énonça prudemment Eria, vos conditions sont de ne pas vous rabaisser sans arrêt, ne pas vider votre stock de potions réservées à notre camarade et ne pas essayer de vous faire briser votre parole, acquise sur l'honneur, c'est bien ça ?
Ce récapitulatif des plus succinct et aimable arracha un soupir de soulagement à Hadvar. La femme était peut-être une sombrage, mais elle montait dans son estime simplement pour ne pas avoir perdu son sang-froid ou planté son épée dans la gorge de l'altmer devant lui. Elle avait même fait l'effort, conscient ou non, de tourner les choses d'une façon que n'importe quel nordique, y compris ses camarades, pouvaient respecter.
- Oui, sauf pour la partie sur le respect qui est juste du savoir-vivre, confirma Syraël avant d'ajouter, incapable de s'en empêcher : Contrairement à ce que vous avez l'air de croire, les nordiques ne sont pas les seuls sensibles au concept de l'honneur. Vous avez le vôtre et j'ai le mien. Tenez parole et je tiendrai la mienne.
- Très bien. De mon côté, je veux que vous soigniez mes camarades chaque fois qu'ils en ont besoin, que vous n'insultiez aucun d'entre nous et que vous gardiez votre ami impérial en laisse.
Hadvar se hérissa, retirant mentalement tout jugement positif porté plus tôt, alors que Syraël acceptait, non sans préciser :
- S'ils refusent mes soins, je ne les y forcerai pas. Et Hadvar n'est pas sous mes ordres, il est mon allié.
A ces mots, le regard d'Eria s'affûta. Bien sûr, il n'essaierait même pas de les convaincre et les laisserait volontiers se débrouiller. Avant qu'elle ne puisse le mentionner, Hadvar intervint en crissant :
- Un allié et pas un subordonné ? Certain de ça ? Parce que tu n'as pas vraiment l'air d'être le genre d'homme à supporter la désobéissance de quiconque quand tu donnes un ordre.
- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, répliqua dignement son interlocuteur tout en se mettant à avancer dans la bonne direction, peu désireux de se chamailler plus avant avec Eria qui ne tarda pas à le suivre, bien qu'à contrecœur. Il est évident que tu peux désobéir si tu le veux. Seulement, tu devras en assumer les pleines conséquences, surtout si ta désobéissance t'amène à une situation dangereuse qui pourrait compromettre notre évasion et dans laquelle je ne serais pas en mesure de t'aider.
- Vient-il vraiment de dire ce que je pense qu'il vient de dire ? chuchota Hadvar, complètement éberlué par le pur culot de Syraël.
- Ouais, il l'a fait, renchérit Ralof non sans se passer une main au visage.
Plus ça allait et plus il doutait que cette alliance, ou trêve, ou peu importe comment on l'aurait appelée, ait jamais été une bonne idée, la rationalité soit maudite.
- Ce gars est vraiment impossible... un vrai tyran en devenir, décida Hadvar avec une impression de finalité tout en étant rejoint, sans un mot, par Ralof.
Mais seulement sur ce sujet.
C'est dans le silence qu'ils empruntèrent le couloir. Hadvar passa devant Ralof, le préférant dans son dos plutôt que tout autre sombrage, pendant que Syraël se plaçait juste devant sans rien dire, ce qui allégea quelque peu la lourdeur de l'air. L'homme avait beau être terrible, il avait effectivement tenu parole. Eh bien, à sa façon. Donc même si Hadvar ressentait une vague envie permanente de le frapper, il s'en tiendrait à ses dires concernant son sens de l'honneur. Pour le moment.
- Regardez, un pont ! Et le reste mène à une grotte plus naturelle... ce qui signifie qu'il doit y avoir une sortie, n'est-ce pas ?
La remarque pleine d'espoir de Sillia brisa temporairement la tension pendant que tous se pressaient, désireux de voir leur potentielle échappée.
Essentiellement, le pont-levis s'abaisserait grâce à un levier et leur permettrait de mettre le pied dans une grotte taillée naturellement. L'absence totale de construction humaine laissant effectivement présager un passage, sans quoi l'endroit aurait sans doute été garnis de divers contenants. Néanmoins, le passage avait été muré pour une raison et rien ne disait que l'endroit serait toujours praticable après autant d'années. La lumière naturelle présente dans la grotte offrait un rayon d'espoir supplémentaire.
Autant tenter le coup, mais pas la peine de sauter de joie non plus. S'ils se retrouvaient piégés dans un cul-de-sac, la déception n'en serait que plus cruelle.
Oui, Hadvar avait confirmé qu'une sortie devait se trouver dans le donjon. Mais il était très possible qu'ils soient passer devant alors qu'elle était enterrée sous les décombres.
Sans un mot, Asgald se plaça face au levier et, se mettant en position, il tenta de l'actionner en dépit de la rouille manifeste. Rapidement, Ralof le rejoignit dans ses efforts après avoir déposé Eivska dans les bras d'Erik, qui souffla sous l'effort soudain mais ne protesta pas. Ce qui était tout à son honneur vu le poids considérable de sa camarade. Dommage pour lui, Syraël n'était pas disposé à offrir la même aide qu'à Ralof à l'un des plus belliqueux envers sa personne.
Péniblement, les deux parvinrent à pousser le levier suffisamment bas pour actionner le mécanisme, abaissant le pont qui grinça horriblement à cause du manque d'usage. Sans perdre un instant, ils traversèrent en silence, gardant Eivska pour la fin, lui laissant de l'espace.
Syraël ne pouvait pas être sûr, mais il sentait qu'il y avait quelque chose de louche avec cette sortie miraculeuse. La roche avait l'air solide et il pouvait voir plusieurs trous vers la surface, bien qu'ils soient sans doute hors d'atteinte pour quiconque d'autre que lui. Alors pourquoi murer le passage?
Si la sortie s'était effondrée, les impériaux auraient pu vouloir la dégager. Ou créer de nouvelles sorties en profitant des trous visibles, peut-être avec des échelles. S'ils n'avaient pas les moyens, c'était étonnant au vu de la position stratégique d'Helgen en tant que ville fortifiée protégeant l'accès le plus facile à Blancherive, le cœur et grenier du pays. Mais, dans tous les cas, ils auraient toujours pu utiliser les cavernes. Comme prison, comme réserve, éventuellement comme garde-manger, comme carrière de pierre en cas de reconstruction...etc. Avec un peu d'imagination, les possibilités étaient grandes !
Et pourtant... rien de tout ça. L'endroit avait été condamné comme si personne ne devait jamais y entrer.
Même s'il n'avait pas été en alerte face à cette anomalie, il aurait perçu le grondement et les tremblements révélateurs. Cela s'était déjà produit. Juste avant qu'il ne sauve Hadvar de...
Oh non.
- ATTENTION !
Sans perdre un instant, il se précipita en avant et parvint à repousser ceux qui le devançaient, alors qu'Hadvar et Ralof restaient en arrière.
Et, juste après, le plafond s'écroula dans un bruit assourdissant alors que de lourds rochers démolissaient le pont censé permettre leur évasion. Des éclats de pierres dangereusement effilés filèrent vers eux, arrêtés au dernier moment par le mur de pierre à moitié fini matérialisé à la hâte par Syraël.
Toussant pour dégager ses poumons de la poussière qui s'y était introduite dans l'effondrement, Syraël s'écarta rapidement du ventre d'Hadvar, à la reconnaissance de ce dernier. Au même moment, son mur s'effondra, le laissant constater le désastre. Le pont était en miettes et la voie obstruée mais toujours praticable à condition d'être prudent. Un miracle sachant qu'ils auraient pu facilement finir prisonniers, ou pire, écrasés.
- Par Talos, c'est une blague ?!
L'exclamation colérique de Ralof résonna contre la pierre, attirant l'attention de son entourage. Il se releva sans peine bien qu'un peu étourdi, sans doute à cause d'Eivska, toujours inconsciente.
Avec précaution, il examina sa camarade, s'assurant qu'elle allait bien, pendant qu'Hadvar inspectait le gâchis et tirait la même conclusion que Syraël. Le chemin était à peine praticable pour eux, sans parler de porter une personne inconsciente sur leur dos. Quant aux autres, ils étaient secoués mais paraissaient aller bien à l'exception de quelques coupures et ecchymoses.
- Putain, non mais qu'est-ce que c'était que ça ?! dit Asgald avec un mélange de colère et de peur, conscient d'avoir échappé de justesse à la mort.
- Si je devais deviner, je dirais que le coupable est notre ami à écailles, ironisa Erik, non sans fixer les débris écrasant l'endroit où ils se trouvaient moins de deux minutes auparavant.
- Connard.
- Quoi que tu dises...
- Assez tous les deux ! ordonna Eria pour réaffirmer son autorité bien qu'elle ne parvienne pas à masquer entièrement le tremblement de sa voix. Vous allez bien de l'autre côté ?
- Vivant et relativement sain et sauf, mais traverser va être compliqué, l'informa Ralof avec une certaine hésitation vis-à-vis de cette nouvelle difficulté.
En verraient-ils jamais la fin ?
- Tout va bien, ce n'est que la troisième fois aujourd'hui que le ciel ou le plafond s'écroule sur nos têtes, ironisa Syraël en même temps qu'il frottait ses cheveux autrefois blancs et devenus gris à cause de la poussière.
Sans hésiter, il se dirigea vers leur passagère comateuse, se planta devant Ralof et roula des yeux en le voyant jouer la carte de la protection. Comme s'il lui aurait fait quoi que ce soit sans raison valable après avoir perdu quinze minutes de son existence à la garder avec eux.
Plaçant son sac à dos sur son torse, il réclama l'aide du sombrage pour la prendre sur son dos avec précaution, non sans lui donner sa fourrure au passage. Sous les yeux surpris de Ralof, il parvint à descendre adroitement sur les rochers et à traverser le passage sans mal avant d'interpeller calmement les sombrages.
- J'aurais besoin de quelqu'un pour remonter ma passagère.
Surpris, Asgald obtempéra non sans grommeler quelque chose sur les fichus mages. Néanmoins, à son crédit, il fit preuve d'une prudence certaine pour récupérer la rousse inconsciente et l'étaler au sol, pendant que l'elfe grimpait et se retournait vers les deux autres :
- Vous venez ou je dois aussi vous porter ?
- Oh, ferme-la, souffla Ralof en roulant des yeux avant de descendre à son tour avec prudence, Hadvar le suivant silencieusement en réfléchissant, essayant de ne pas se casser une jambe.
Arrivant en haut, l'impérial contempla l'homme qui l'avait sauvé avant de se détourner. Quelque chose clochait, quoi, il n'en était pas encore sûr mais il y avait définitivement quelque chose. Cependant, sauf menace immédiate, il s'abstiendrait de le faire remarquer jusqu'à ce qu'ils soient sortis et en relative sécurité. Pas besoin de rendre les traîtres sombrages plus nerveux et agressifs qu'ils ne l'étaient déjà envers son seul allié.
Hochant la tête en accord avec sa décision, le soldat loupa la seconde paire d'yeux suspicieux et pensifs de l'archère que le mer choisit d'ignorer. S'il était attaqué, il se défendrait sans montrer la moindre pitié, mais tant qu'aucune menace ne se révélait, alors il se contenterait de faire comme s'il n'en existait pas. Après tout, ce n'était pas comme s'ils allaient se revoir une fois sortis.
Voyant les autres commencer à avancer, il attrapa l'épaule de Syraël pour attirer son attention.
- Je ne suis pas spécialiste mais, avec ta magie, serait-il possible de laisser un message rapide au général pour prouver que nous ne sommes pas morts dans l'éboulement et avons continué à avancer ?
Haussant un sourcil, Syraël y réfléchit avant d'arriver à la conclusion qu'il s'agissait d'une demande raisonnable, quoique désespérée. Mais, à ce moment, tout espoir, si faible soit-il, méritait d'être entretenu.
- Qu'est-ce que tu chuchotes, l'impérial ? interpella Sillia avec suspicion, faisant se retourner les autres.
Alors qu'Hadvar allait répondre, Syraël le coupa en redescendant sur l'éboulement et s'approchant du mur, le givre recouvrant sa main. Sans un mot, il laissa une traînée se manifester jusqu'à créer une flèche de glace sur la pierre indiquant la direction qu'ils avaient prise. Message, a priori, universellement compris par tous.
- Hé !
L'exclamation indignée de Sillia attira l'attention du groupe sur ce qu'il se produisait dans leur dos.
- Putain, mais qu'est-ce que tu fous, l'elfe ? Tu viens sérieusement de donner notre direction à des foutus impériaux, juste sous nos yeux ?
Le grondement colérique d'Asgald raisonna alors qu'il le fixait, sa main se rapprochant de son arme.
- Impériaux... ou sombrages, cela dépend de qui vient après nous, rétorqua calmement le magelame sans se laisser impressionner. Dans le second cas, je viens peut-être de sauver certains de vos camarades retardataires. Dans le premier, si nous sommes rapides, cela ne devrait pas poser problème. De plus, comme Hadvar l'a déjà dit, si impériaux il y a, ils accompagneront les civils rescapés. Ces gens ont suffisamment été laissés pour compte.
Le sous-entendu flotta un instant dans l'air, compris sans être dit par la majorité du groupe qui eut des réactions variées allant de l'indignation (Eric) à la honte (Sillia) en passant par la froideur (Eria) et l'inconfort (Saedulf).
- Tu sais quoi ? Laissons tomber ça, décida finalement Eria avant de s'adresser à Asgalf. Je n'aime pas le reconnaître mais il n'a pas tort. Cela ne change rien à condition de se dépêcher et notre petit groupe entraîné sera toujours plus rapide qu'un troupeau de civils paniqués et perdus. Si ce sont les nôtres qui nous rattrapent, tant mieux. Si ce sont des villageois qui viennent, nous les entendrons arriver de loin.
Serrant les dents, le nordique finit par se détendre, non sans cracher aux pieds du magelame qui lui lança un regard glacial face au bris de l'une de ses conditions. Toutefois, il se contenta de serrer la mâchoire après une profonde inspiration, tout en faisant craquer audiblement ses doigts. Finalement, ils se remirent tous en marche, Hadvar attirant son attention pour lui adresser un signe de tête reconnaissant que l'intéressé rendit.
Scrutant autour de lui, il constata que sa première observation était correcte. Plusieurs surplombs permettaient à l'air frais et la lumière du soleil de passer, éclairant les lieux d'une façon bien plus naturelle que les torches. L'espoir de réussir à s'en sortir, en dépit de l'odeur de fumée qui arrivait également à leurs nez, suffit à apaiser en partie l'atmosphère.
Comme théorisé par Eria, le cours d'eau continuait, accompagné par ses clapotis réconfortants. Syraël avait toujours aimé l'eau, mais peu de choses le détendaient autant que le bruit d'un ruisseau ou de la pluie. Du moins, quand il ne se savait pas menacé par un danger mortel.
Pendant que le groupe s'évasait à la recherche d'une sortie, l'elfe prit la direction du boyau sombre qui se démarquait sur un côté. Si une autre issue était trouvée, tant mieux pour eux tous. Les acclamations le préviendrait. Si ce n'était pas le cas, il n'y avait rien de mal à prendre les devant et à opérer un peu en solitaire. Sans personne sur son dos. La meilleure partie de cette ''alliance'' à son humble avis. Il marcha jusqu'à tomber face à un éboulement, bien assez large pour le filet d'eau mais totalement impraticable pour eux.
Observant les lieux, Syraël repéra un squelette dans un passage, vraisemblablement ici depuis longtemps. Se penchant pour l'étudier tout en gardant ses sens aux aguets, il remarqua rapidement plusieurs détails révélateurs. Les restes étaient en bon état, compte-tenu de l'environnement dans lequel ils se trouvaient. Ils restaient toutefois assez anciens pour que même un lambeau de chair ne subsiste sur la carcasse blanchie. Les quelques fissures présentes sur les os laissaient à penser qu'ils avaient été cassés mais, sans une étude approfondie, impossible de savoir si cela s'était produit ad vitam ou post-mortem.
Plus intéressant, la lanterne éteinte, renversée, tordue et fissurée qui demeurait à ses côtés coinçait sous elle un bout de tissu d'un bleu délavé par le temps et moisi par l'humidité. Néanmoins, cet échantillon couplé aux morceaux d'armure métalliques permettait d'identifier un soldat. La couleur de l'uniforme ne correspondait pas à celle des impériaux mais le bleu était la teinte des gardes d'Épervine, la châtellerie où se situait Helgen, depuis des générations.
Cela aurait aussi pu être les sombrages dans le contexte actuel. C'est-à-dire, s'ils avaient pris le village à un moment donné et que les restes n'étaient pas si vieux.
Avec un soupir, il rebroussa chemin pour retrouver les autres tout en reconstituant mentalement le mystère sur lequel il était tombé.
Un garde d'Épervine, probablement affecté à Helgen, était mort ici. À priori suite à un assaut assez violent pour tordre le métal de sa lanterne. En soi, ce ne serait pas si inquiétant car les gens meurent tout le temps. Il suffirait qu'il ait manqué de chance et trébucher au mauvais moment pour que même des animaux généralement considérés comme craintifs et pacifiques ne s'occupent de lui.
Sauf que les grottes de Bordeciel n'abritaient pas tellement d'animaux considérés comme paisibles. Loups, ours, givrépeires, trolls... sans aller jusqu'aux adversaires les plus rares comme les Harfreuses de la Crevasse ou les Lucereines du Nord, les possibilités ne manquaient pas.
Plus inquiétant encore, si cela avait été un accident inoffensif, le corps aurait sans doute été retrouvé et enterré longtemps auparavant. Mais ce n'était pas ce qu'il s'était produit. À la place, le cadavre avait non seulement été abandonné, mais la grotte aussi en dépit de son avantage stratégique. On pouvait donc en conclure que ce qui avait tué cet homme était également ce qui avait justifié de bloquer ce passage suffisamment profondément sous la forteresse.
Au point où la proximité des cellules et les risques d'évasions sous-jacents n'était pas considéré comme un problème. Les gardes avaient-ils pensé que toutes personnes empruntant ces tunnels ne pourraient pas s'évader ?
Une question importante se posait donc : le danger était-il toujours présent ?
S'ils avaient de la chance, non. Car l'endroit était manifestement abandonné depuis des décennies. S'ils n'avaient pas de chance comme il le soupçonnait (aucun prédateur auquel il pouvait penser ne partirait d'un endroit confortable et pour lequel il s'était battu sans une bonne raison... qui était pour le moment absente), car la chance était généralement absente de sa vie, surtout dans ce pays, alors ils devaient se préparer au combat avant d'entamer une quelconque progression dans ces tunnels.
- Eh bien te voilà, elfe ! Pendant un moment j'ai cru que tu t'étais perdu ou que tu avais rebroussé chemin.
L'appel narquois d'Erik le fit froncer les sourcils mais, là encore, il décida de laisser passer. Il y avait de pie mépris que celui-ci. Franchement, les efforts qu'il faisait…
- Dommage pour toi, alors. Eria ? Nous avons un problème plus important qu'un concours d'ego en ce moment.
Le dévisageant avec sérieux, la nordique acquiesça avant de se rapprocher, accompagnée par les autres qui s'étaient dispatchés tout autour et qui réagirent de façons variées à l'annonce. L'air inquiet, Ralof resserra ses bras autour d'Eivska, Asgald renifla avec défiance, Erik se montra méfiant, Sillia pinça les lèvres mais acquiesça avec un feu dans ses yeux et Hadvar...
- Bien sûr. Parce que rien ne peut être facile dans notre situation, n'est-ce pas ?
- On dirait que non. J'ai suivi le cours d'eau mais celui-ci s'enfouit sous un éboulement, révéla-t-il avant de continuer rapidement pour éviter les interruptions désespérées qui se seraient certainement élevées. Cependant, le tunnel bifurque sur la droite donc nous avons toujours un chemin. Nous ne sommes pas coincés pour le moment. Non, le problème réside dans le cadavre que j'ai trouvé sur le chemin. Il semble qu'il s'agissait d'un garde, probablement de Falkreath, et qu'il a été tué par quelque chose de potentiellement dangereux, même pour la taille de notre groupe.
- Donc si je comprends bien, tu as les chocottes après avoir vu un cadavre dans une grotte ? J'aurais dû m'en douter de la part d'un elfe... dit Asgald en roulant des yeux avec dérision.
- Ça expliquerait le mur et le pont-levis... dit Sillia d'une voix pensive qui coupa la réplique bien sentie du mage.
- Que veux-tu dire, Sillia ? questionna Eria en l'écoutant attentivement, le froncement de sourcils inquiet apparût à l'avertissement de Syraël s'approfondissant davantage.
Placée au centre de l'attention, la jeune femme se rétrécit légèrement pendant un instant avant de se redresser, non sans prendre sur elle. Dévisageant tous les autres, elle rosit légèrement, arrêta son regard sur Eria et exposa d'une voix plus ou moins ferme :
- Quand nous sommes arrivés, j'ai suivi le chemin d'où sont venus Ralof et les autres en espérant tomber sur une sortie. Mais j'ai rebroussé chemin quand j'ai entendu la voix d'un impérial. En repassant, j'ai vu que le passage dans lequel nous avions atterri avait été démuré récemment. Ou peut-être s'est-il écroulé sous l'assaut du dragon, je ne sais pas. Mais j'ai trouvé ça bizarre car il était construit comme celui qu'Asgald a détruit pour nous amener ici. Comme si quelqu'un avait vraiment voulu que personne ne passe plus par-là. Alors j'étais sur mes gardes mais je n'ai rien dit car j'espérais que c'était juste de la paranoïa.
S'octroyant un instant pour reprendre son souffle, elle continua d'une voix rendue chevrotante par la nervosité :
- Donc, le mur était étrange. Surtout au vu de l'utilité potentielle de cette caverne, affirma-t-elle en désignant les lieux d'un large geste du bras, mais le pont aussi était bizarre. Si les précédents utilisateurs avaient voulu que son manque d'usage soit temporaire, les entrées n'auraient pas été bouchées, et s'ils avaient prévu de réutiliser ces passages alors pourquoi relever le pont au risque que l'humidité ne fasse rouiller le mécanisme ?
Déglutissant, elle passa une main dans ses cheveux avant de terminer avec inquiétude, détournant brièvement les yeux pour observer Syraël comme pour s'assurer qu'ils étaient parvenus à la même conclusion. Ce qu'elle vit parut la satisfaire car elle termina :
- Du coup, je me demande si les murs et le pont ne faisaient pas partie d'un ensemble plus grand de sécurités mises en place. Si j'ai raison, alors il n'a pas été relevé pour compliquer le passage de notre côté... mais pour empêcher quelque chose de rejoindre les casernes.
Suite à son analyse, elle baissa la tête, laissant ses cheveux blonds la couvrir. Le silence retomba pendant un instant alors qu'Eria fermait brièvement les yeux en réfléchissant. De son côté, Syraël en profita pour observer la jeune femme, non sans se fustiger pour son manque de réflexion sur le pont-levis. Certes, il avait d'autres priorités... mais quand même. Alors qu'elle manquait d'aplomb pour s'exprimer devant les autres, un trait étonnant pour une nordique, l'assurance avec laquelle elle se déplaçait et la justesse de ses observations laissaient présager un talent certain d'éclaireuse.
… Peut-être devrait-il revoir son évaluation des normes d'Ulfric pour sa garde personnelle, caractère de petite souris mis à part.
- Eria ? l'interpella Saedulf pour s'assurer qu'il avait son attention. Je pense que tout le monde ici est conscient qu'il est hors de question de rebrousser chemin mais aussi que tout danger assez grand pour justifier la prise de ces mesures n'a probablement fait que croître depuis l'abandon des lieux. Nous sommes tous des élites, à l'exception de Syraël, donc nous devrions pouvoir gérer ce qu'on nous lance. Organisons-nous en gardant ça à l'esprit.
- Je suis d'accord, acquiesça-t-elle avec fermeté avant de toiser tout le monde un à un, ignorant le renfrognement de l'elfe et le regard noir qu'il lança à Saedulf pour avoir mis ses compétences en doute. Selon Syraël, les grottes deviennent des boyaux étroits un peu plus loin ce qui signifie que, sauf indication contraire, nous risquons d'être serrés. Si nous devons progresser en file, alors autant se positionner de façon optimale. Ralof, je te veux derrière nous tous avec Eivska pour la protéger sans gêner nos mouvements. Asgald et Saedulf, vous occuperez l'avant et vous vous soutiendrez mutuellement avec les tirs d'Erik. Moi, je serai avec Hadvar là où on a besoin de nous et Syraël, je veux que tu restes au milieu si nous requérons des soins d'urgence. Sillia, tu surveilles nos arrières. Des objections ?
Plissant les yeux, Syraël toisa Eria qui le fixa d'un air de défi jusqu'à ce qu'il acquiesce avec raideur. C'était un arrangement logique même s'il n'était pas optimal pour lui-même. Pendant ce temps, les autres s'étudièrent entre eux et, même si Hadvar grimaça à l'idée de suivre les ordres d'une sombrage, il finit par accepter à son tour. Sans hésiter, Eria donna le signal de départ.
S'engouffrant dans les tunnels sombres, le groupe maintint un silence pesant. Leurs nerfs déjà fortement éprouvés les remplissaient d'adrénaline et gardaient leurs sens aux aguets malgré la lumière invoquée par Syraël pour qu'ils y voient plus clair. Ils passèrent devant le squelette du garde inconnu. Asgald, grimaçant devant le manque de respect accordé à un nordique, envoya une prière pour le devenir de son âme. Ils continuèrent pendant un temps qui leur parut très long, l'anxiété, les précautions prises et le manque de lumière n'aidant guère à les apaiser.
Mais, peut-être grâce à ces conditions difficiles, aucun d'eux ne manqua le cliquetis caractéristique qui résonna dans les galeries devant eux. Grimaçant, Syraël ferma brièvement les yeux avant de les rouvrir. Il le savait, sa chance avait toujours été particulièrement réduite dans ce pays cent fois maudit et cette journée ne faisait que conforter son avis sur le sujet.
- Oh, putain...
Son gémissement attira l'attention du groupe jusqu'à ce qu'Eria murmure :
- Qu'y a-t-il ? Tu sais ce qui nous attend ?
- Oui, chuchota le magelame avant de soupirer. Des givrépeires. Il n'y a qu'elles pour émettre ce genre de cliquetis quand elles marchent, les chaurus se traînent davantage. Je ne sais pas lequel est le pire...
- Bon sang, je déteste ces choses, jura Hadvar en frissonnant un peu.
Il n'était pas le seul. De l'avis de Ralof, ce n'était là qu'une preuve supplémentaire de lâcheté et la duplicité impériale, bien que le traître ne serait sans doute pas d'accord. Laisser un nid de givrépeires non-exterminée juste sous une ville ?! Alors qu'elles pouvaient sans doute sortir par les trous au plafond ? Non mais à quoi pensaient-ils ! C'était un miracle que les bois n'aient pas été infestés depuis longtemps !
- Dommage pour toi alors car j'allais proposer que tu passes en premier, dit Syraël en coupant la remarque certainement désobligeante d'Erik.
- Quoi ?! s'étrangla l'impérial avant de se retourner et le fixer avec fureur. Et pourquoi ça ? Tu pourrais y aller toi-même !
- Contrairement à ce que tu penses, je ne dis pas ça pour me moquer de toi, tout comme je ne t'oblige à rien, assura Syraël avec un haussement d'épaules. Je dis ça car les givrépeires détestent absolument le feu et Ralof a mentionné que tu connaissais un sort de pyromancie. Bonne initiative d'ailleurs, surtout en Bordeciel. Quant à moi, je suis sûr que j'ai déjà montré être un cryomancien. Le feu et moi ne nous entendons pas très bien. Utiliser imprudemment la magie de glace face à une givrépeire, c'est littéralement comme si je demandais à finir dans son estomac. Pas aussi mauvais que face à un troll ou un spectre des glaces... sans parler des lucereines... non attends. En fait, peu importe la créature face à toi, la cryomancie est loin d'être la meilleure arme en Bordeciel puisque presque tout ce qui vit ici y a développé une résistance. Bref. Je compte sur toi, Hadvar.
La dernière phrase, dite sur un ton exagérément aimable et enthousiaste, fit grincer le soldat des dents avant qu'il ne se résigne sous les yeux narquois de Ralof. Autant, il voulait vraiment frapper son interlocuteur, autant celui-ci n'avait pas tort et ce n'était pas le moment. Et, techniquement, il lui devait toujours la vie. Bon sang...
- Quand vous aurez fini de bavasser comme des grands-mères, on pourra peut-être y aller ?
La demande d'Asgald, heureusement chuchotée, ramena l'attention des deux autres sur lui.
- J'aurais juste une dernière recommandation, dit Syraël en se préparant, celle de foncer dans le tas. Nous sommes trop nombreux ; si nous nous approchons davantage, elles nous repéreront en premier, viendront ici et nous ne pourrons pas nous battre à notre aise dans ces tunnels étroits, surtout si elles commencent à cracher toiles et poisons. Or, les nids de givrépeires sont généralement construits dans des endroits assez larges pour permettre au groupe de se déplacer en nombre et encercler leurs proies. Nous pourrons nous battre à notre aise tout en veillant les uns sur les autres.
- C'est... sans doute notre meilleure option, accepta Eria.
- Alors c'est réglé ! s'enthousiasma Asgald avant que sa voix se mue en un rugissement.. ALLONS-Y ! LA MORT OU SOVNGARDE !
Sans perdre un instant de plus, il fonça en avant, riant tout en saisissant son arme alors que les cliquetis se faisaient extrêmement nombreux et bruyants, allant à sa rencontre. Ces bêtes feraient un très bon défouloir pour les événements complètement fous de la journée.
- Ce... n'était pas exactement ce que j'entendais par ''foncer dans le tas'', souffla le magelame avec résignation, secouant la tête et essayant d'ignorer que les deux options du cri de guerre étaient identiques. A moins que… et si ce cri parlait plutôt de la mort de son ennemi ou Sovngarde pour lui ? Ou bien que Sovngarde est le début d'une vie de félicité là où seul l'oubli attend les autres ?
Un jour, il résoudrait ce grand mystère ! Bref.
Sans perdre un instant de plus, Saedulf et Erik le suivirent avec des hurlements guerriers encore plus terrifiants qu'ils n'auraient dû l'être, la réverbération sonore manquant de rendre Syraël complètement sourd et le faisant jurer.
- Il est toujours comme ça ? questionna Hadvar sur un ton presque anecdotique, avant de s'élancer sans attendre la réponse.
- Asgald n'est pas un lâche et nous non plus, renchérit Eria avant de le suivre.
Sillia la devança en criant avant de s'abattre sur les araignées avec toute la sauvagerie d'un daedra enragé, ce qui tranchait violemment avec ce qu'elle avait montré d'elle jusqu'ici.
Resté seul, l'ex-prisonnier marqua une brève pause, souffla un ''nordique'' en roulant des yeux et se jeta à leur suite. Le temps qu'il arrive, chacun d'eux avait déjà trouvé ''son'' araignée à affronter. D'ailleurs, pour quelqu'un qui prétendait ne pas les aimer, Hadvar apparaissait étonnamment soulagé alors qu'il transperçait le crâne de sa proie, un sourire aux lèvres.
- Et de trois ! cria Asgald, fendu d'un sourire sauvage rendu encore plus impressionnant par le jaillissement de sang de l'araignée qu'il venait de décapiter.
- Pareil ! suivit Erik un instant plus tard grâce à une flèche bien placée, juste au-dessus de l'œil central.
Le corps de la bête s'effondra, faisant obstacle à une plus petite cachée derrière et permettant à l'archer de se mettre hors de portée.
Et même à entrer en compétition...
Fusant depuis l'ombre et fonçant droit sur une araignée, Syraël sortit son épée avant d'aller au contact seulement pour feinter et viser les jambes, esquivant un jet de venin lancé à son visage et qui aurait pu durablement l'aveugler. L'araignée à terre, il ne perdit pas de temps avant de transpercer son abdomen à trois reprises, la laissant convulser et se vider de son sang qui vint l'éclabousser.
Averti par un bruit révélateur, il se jeta sur le côté pour esquiver la petite araignée qui, dissimulée dans l'obscurité, lui avait sauté au visage pour le renverser. Roulant sur le sol, il convoqua un pieu de glace pour l'empaler, lui causant une mort aussi rapide que douloureuse.
Pendant que les autres achevaient leurs adversaires respectifs, Hadvar les abattant à l'épée une fois sa magika épuisée et l'atmosphère emplie d'une odeur de brûlé, Saedulf repéra un mouvement depuis les trous tapissés de toile dans le plafond.
- AU-DESSUS ! SECONDE VAGUE !
Immédiatement, ses alliés se retirèrent pour attendre leurs nouvelles adversaires jusqu'à ce qu'un cri attire leur attention. Ralof avait été renversé par une petite araignée surgie de nulle part mais bien qu'il se débarrassait déjà d'elle, l'une de ses comparses se dirigeait droit vers Eivska, inconsciente et vulnérable.
Heureusement, avant que l'arachnide n'atteigne sa proie, un orbe lumineux jaillit à une vitesse impie, la consumant dans un éclat mortel aux multiples couleurs étincelantes. Brièvement figés par le spectacle inattendu, les autres se reprirent toutefois rapidement et éliminèrent les autres araignées pendant que Syraël se dirigeait vers Eivska et Ralof, les mains enveloppées dans un sort de guérison.
- Comment va-t-elle ? Et toi ?
- Bien tous les deux. Je l'ai déposée avant par précaution pour sortir mon arme. Donc elle n'est pas tombée. Cette chose ne l'a pas non plus touchée et je peux supporter un peu de venin même si je ne refuserais pas un coup de main pour m'en débarrasser.
Avec un signe de tête, le mage s'agenouilla auprès du sombrage légèrement sonné. Ses mains s'illuminèrent doucement alors qu'il lançait Purge. Au grand soulagement de Ralof, il se sentit mieux après seulement quelques secondes, poussant un soupir de soulagement avant de se redresser, suivi de son bienfaiteur.
- Merci, Syraël, dit-il avant de laisser une curiosité réticente apparaître sur son visage. Qu'est-ce que c'était que ça ?
- De l'Héliomancie, répondit le mer après une courte tergiversation. Une magie offensive monopolisant l'énergie de la vie pour attaquer. Mais parce qu'elle est surtout appliquée contre les morts-vivants comme les draugrs, elle est plus utilisée par les prêtres et les guérisseurs que les autres mages qui préfèrent l'une des trois voies de la destruction.
- Donc la magie de guérison peut aussi blesser ? questionna Asgald, voulant s'assurer de ce point.
- Toutes les magies sont dangereuses et possèdent un apport offensif, dévia le guérisseur en haussant les épaules sans se soucier de la grimace des nordiques. Il suffit que leur utilisateur ait assez d'imagination. Mais rassurez-vous, l'Héliomancie n'est pas de la Guérison. Cette branche appartient à l'école de Destruction pour son aspect purement agressif. Bien que, même si cette boule avait l'air dangereuse, en réalité, elle n'aurait pas blessé sérieusement quoique ce soit d'assez bien protégé. Hélios est surtout utilisé pour repousser les morts-vivants, pas pour les détruire. La seule raison à son usage dans une telle situation, c'est sa portée et sa vitesse.
Son mini cours improvisé terminé, il vérifia les blessures de chacun d'eux. Puisque personne n'avait appelé à l'urgence, il supposait que ce n'était que des égratignures. Peut-être parce que Nirn commençait enfin à prendre pitié de lui pour aujourd'hui, le groupe ne souffrait que de quelques coupures ou estafilades mineures. Comme attendu de membres de la garde personnelle du chef de la rébellion ou d'un général impérial, aucun d'eux n'était un débutant.
Et lui non plus, quoi que prétendait Saedulf.
Bon, par contre, il se serait volontiers passé de l'examen oscillant entre prudence, méfiance et envie meurtrière selon ceux qu'il traitait, mais on ne peut pas tout obtenir. Ce n'est pas un mythe que les nordiques sont butés dans leurs opinions. Et après, certaines de ses connaissances lui feraient encore remarquer son manque de socialisation, mais pouvait-on vraiment le blâmer avec ce genre d'entourage ?
Sa tâche accomplie, il fit le tour du nid pour en récolter les toiles. Il n'aurait ni le temps ni les outils pour les filer mais, s'il en trouvait d'assez collante, il pourrait peut-être en faire un amalgame pour garder sa fourrure fermée plus facilement. Pendant ce temps Erik et Sillia se détournaient pour extraire le venin de leurs adversaires déchues. Au bout d'un moment, il interpella Hadvar avant de lui lancer une bouteille que celui-ci faillit ne pas attraper. L'observant, il reconnut une potion de magie, mais avant qu'il n'ait pu poser la moindre question Syraël prit les devants :
- Pour les nids. Il vaudrait mieux les brûler, ce serait dommage de les laisser recoloniser après les efforts que nous avons fournis pour nous en débarrasser. Laisse-moi juste récupérer les œufs morts. Je n'ai pas beaucoup de place mais ils peuvent faire des ingrédients alchimiques acceptables.
- Tu as intérêt à t'assurer qu'ils soient bel et bien morts avant de les prendre, avertit le soldat avec une grimace dégoûtée.
- Bien entendu. Ce serait trop désordonné s'ils devaient éclore pendant que je les fais bouillir. Je pourrais même me sentir coupable… pendant quelques secondes.
- Tu es horrible, soupira Ralof.
- Ce sont des givrépeires, rappela Syraël comme si cette information justifiait tout.
- … Pas faux, même si ta formulation laisse à désirer, fit remarquer le sombrage.
- Ce sont des givrépeires, répéta Hadvar en appuyant sur le nom comme si son ancien ami avait un problème d'ouïe, s'attirant un regard approbateur de l'elfe.
Enfin quelqu'un qui comprenait !
- Oui, oui, quoi que vous disiez, tous les deux… accepta finalement Ralof juste pour qu'ils arrêtent, non sans classer mentalement Syraël dans la catégorie des arachnophobes avec Hadvar.
Les prochaines minutes passèrent dans le silence, chacun travaillant de son côté et se relayant parfois les uns les autres. Ainsi, Syraël remplaça Sillia pendant qu'elle partait devant et parvint à mettre la main sur un peu de venin. Pendant ce temps, Eria parlait doucement à Ralof, qui lui répondait d'un air décidé la faisant soupirer, bien qu'elle finisse par acquiescer. Pendant ce temps, les autres nettoyaient leurs armes, prenant garde à ne pas les abîmer davantage.
- J'ai trouvé une sortie !
La déclaration enthousiaste de Sillia, fraîchement revenue, attira l'attention de tout le monde, les poussant à se rassembler autour d'elle. Se raidissant légèrement, elle dévisagea Eria avant de les informer :
- Plus loin dans le réseau se trouve une autre caverne. Il y a aussi des ouvertures au plafond, comme ici, mais celles-ci ont l'air praticables grâce à la présence d'un surplomb rocheux. Cependant... Eivska ne pourra pas passer par-là. Mais j'ai trouvé autre chose, dit-elle avec précipitation en anticipant les objections. Il y a un ours endormi là-dedans. Vous comprenez ce que ça veut dire ?
Soulagée, elle se permit un bref sourire tremblant alors que la tension dans ses épaules diminuait. Tout autour d'elle, les divers membres de leur alliance hautement dysfonctionnelle se consultèrent entre eux alors que l'espoir prenait progressivement place sur leurs visages.
S'il y avait une bête aussi massive dans les parages et en bonne santé, quoique plus pour longtemps, cela voulait dire qu'elle avait forcément dû arriver par un passage praticable pour eux, même avec une blessée dans les rangs. Peut-être même s'agissait-il de la sortie originelle conçue pour l'évacuation !
Savoir que la fin de leur calvaire se rapprochait suffit à galvaniser le groupe au point que même Eria renonça à essayer de maintenir une certaine forme d'ordre. Un groupe pareil n'avait aucune chance de passer inaperçu alors elle se contenta de demander à Sillia si l'ours était le seul obstacle. Après obtenu confirmation, elle hocha la tête avant de fixer les autres, un large sourire venant briser la sévérité qu'elle avait affichée jusqu'ici :
- Alors, en avant !
À peine eut-elle prononcé ces mots qu'elle dut choisir entre prendre la tête et s'écarter du chemin pour ne pas se faire écraser par ceux qui fonçaient en avant. Riant, elle passa devant eux alors qu'ils pariaient que quiconque achèverait l'ours en premier se verrait payer un verre par les autres.
Resté en arrière, Syraël soupira et finit de ramasser sa fourrure et son sac avant de partir à la poursuite de Ralof, le dernier de la file à cause du poids-mort autrement nommé Eivska. D'ailleurs il était étonnant que le sombrage n'ait pas mis en place un système pour se relayer. Sans Syraël pour renouveler régulièrement le sort d'Allègement de Fardeau, il n'aurait sans doute pas pu parcourir ne serait-ce que le tiers du chemin avec elle sur le dos. En étant généreux. Pourtant, il avait catégoriquement refusé de l'abandonner... bah, peu importe. Ce n'était pas ses affaires après tout. D'autant que, pour ce qu'il en savait, les deux pourraient avoir une histoire ensemble qui expliquerait l'attachement. Ou alors, c'était juste sa conception de l'honneur nordique.
Le temps qu'il rejoigne les autres, ceux-ci avaient déjà engagé le combat avec l'ours. Hésitant brièvement, il finit par prendre une flèche qui traînait avant de la projeter avec Télékinésie. En un instant, l'arme traversa l'œil de la bête, la faisant s'écrouler juste avant qu'Asgald ne porte le coup final.
Stupéfait, le nordique se retourna rapidement, suivi des autres qui affichaient un air alarmé et décidé jusqu'à ce qu'ils le reconnaissent. Dissimulant sa jubilation, il haussa un sourcil avant de leur dire :
- Au sujet de ce verre, je préfère l'hydromel et le vin.
Les contournant sans un mot de plus, il attendit de leur tourner le dos avant de laisser son sourire apparaître, profitant des jurons d'Asgald alors que les autres grognaient à diverses étapes d'irritation ou de déception. Ce serait sa revanche pour leur comportement à son égard.
- Nous y sommes presque. Allons-y ! encouragea Hadvar ayant momentanément oublié à qui il parlait.
Aaah, ces nordiques. Rien de tel qu'un bon combat pour créer des liens n'est-ce pas ? Avançant encore un peu, il sentit un courant frais caresser son visage alors que la sortie se présentait à eux et que la luminosité augmentait. Il inspira profondément l'air qui, remplaçant la fumée âcre de l'incendie et l'humidité oppressante de la grotte, s'avérait plus que bienvenu.
Fermant brièvement les yeux en profitant de l'instant, il se sentit plus calme qu'il ne l'avait été depuis son réveil dans cette maudite charrette. Il n'était plus prisonnier, ils avaient échappé à un dragon sans s'entretuer et, bientôt, il pourrait laisser ces histoires de guerre civile et de dragons derrière lui. Le cri victorieux d'Hadvar le tira de ses réflexions optimistes alors que l'impérial le dépassait en courant :
- Je crois que c'est la sortie ! Je savais qu'on allait s'en sortir !
- Avons-nous vraiment réussi ? La demande presque étranglée de Ralof parvint à ses oreilles, le faisant se retourner. Contrairement à ce qu'il avait pensé, ce n'était pas uniquement dû à l'émotion, son sort venait de se dissiper.
Réitérant celui-ci, il décocha un petit mais néanmoins sincère sourire au sombrage.
- Oui, nous l'avons fait.
Remarques de Fin de Chapitre :
➢ Encore une fois, c'est ma première histoire et je l'aime pour cela. Et d'autres choses, aussi. Je reconnais que le dialogue du début est un peu maladroit mais ce chapitre a été beaucoup travaillé et longuement réfléchi : C'est la première fois qu'Hadvar et Ralof ont l'occasion de discuter depuis leur enrôlement mutuel dans le camp ennemi. C'est la meilleure occasion pour définir la différence de points de vue entre Sombrages et Impériaux car, après leur ''alliance'' ils se doivent de mesurer leurs paroles pour que ce ne soit pas pris comme de la provocation inutile.
À ce moment-là, ils sont bouleversés (surtout Ralof qui, même sans le dragon, venait de passer à deux doigts du billot), terrifiés et complètement perdus, tout en étant avec un ennemi déclaré et un inconnu aux loyauté douteuses. Ce n'est pas vraiment le meilleur cocktail pour la prise de décisions éclairées et rationnelles donc ça ne me paraissait pas non plus trop hors contexte qu'ils tentent de maintenir un peu de ''normalité'' en sautant à la gorge de leur némésis qui, bonus supplémentaire, est aussi le seul visage familier qu'ils ont à ce moment-là.
Sans compter qu'il me paraissait aussi plus naturel pour les deux d'échanger entre eux pendant que le protagoniste enfile armure et prend une arme plutôt que de rester debout dans un coin en silence comme le PNJ avec lequel nous nous échappons dans le jeu. Du coup... tout ce blabla pour dire que la longueur du dialogue était un choix réfléchi mais j'ai toujours l'impression que j'aurais pu mieux le faire donc si vous avez des suggestions, n'hésitez surtout pas.
➢ Dans la plupart des fanfictions traitant de la guerre civile que j'ai lues, le protagoniste finit par rejoindre le camp avec lequel il s'est échappé d'Helgen ou alors, son futur camp devient rapidement apparent. Et je ne voulais pas de ça car je pense que c'est un choix assez difficile à faire avec le recul. Du moins, quand on prend ''l'après'' en compte. Pareil pour les causes et/ou le roleplay qui ne doit pas forcément se limiter aux opinions politiques... si tant est qu'elles existent. Parce que, franchement, j'ai du mal à voir comment un.e étranger.ère à Bordeciel pourrait se sentir vraiment concerné.e par la Guerre Civile sans y avoir été lors de son déclenchement. Et, attention, je parle bien de se sentir investi, pas d'avoir une opinion.
Le souci avec cette configuration, c'est que, quand on prend les deux, tuer des impériaux devant Hadvar ou des Sombrages devant Ralof ne peut pas bien se passer à moins d'avoir une justification en béton. Une fois ça passe à cause d'Alduin, deux on va éviter. Après tout, ils ne sont plus meilleurs amis mais ennemis mortels à présent.
➢ Juste pour le dire rapidement, s'il est vrai que Ralof était en récolte d'informations pour Ulfric, notamment sur la disposition des donjons impériaux, ce n'est pas par ignorance de la (piètre) manœuvre (''Génial, on descend encore plus. J'espère au moins qu'il y a une véritable sortie.'') qu'Hadvar a répondu mais plus car Ralof s'en rendrait compte tout seul en sortant en vie de ces tunnels. Et aussi parce qu'il se sentait coupable de sa remarque inconsidérée. D'autant qu'il a donné sa parole et, en tant que nordique, il ne veut pas revenir dessus sauf cas de force majeure comme une trahison préalable. Il a donc jugé que c'était un risque acceptable car si Ulfric n'a effectivement servi qu'à l'étranger, il est toujours jarl et a ses propres forteresses. Ainsi que le soutien d'architectes/stratèges allant avec qui rendent improbable la possibilité qu'il ne soit pas déjà au courant.
➢ D'ailleurs, car c'est de son chef que parlait surtout l'argumentation de Ralof, j'ai un problème avec Ulfric Sombrage. Et avec Tullius aussi mais bon... il compte moins à mes yeux car je préfère juger cette excuse désolée que nous avons d'un Empire comme ensemble avec les maigres informations que nous avons actuellement. Personnellement, le camp que je soutiens est variable car c'est un vrai casse-tête à mes yeux (raison pour laquelle Syraël ne se prononce pas non plus sur le sujet) mais le leader sombrage... je ne vois pas comment ne pas être d'accord sur le fait qu'une partie de ses motivations doit être le pouvoir plutôt que le bien-être de son peuple, surtout qu'il est un dirigeant autant qu'un leader. Bien que ce ne soit pas forcément la seule chose comme le prétendent les impériaux.
[Je veux dire, avez-vous déjà rencontré, ne serait-ce qu'une fois, quelqu'un qui soit totalement altruiste ? Quelqu'un qui pourrait risquer sa vie sans rien attendre en retour, non pas pour ses proches, mais pour des inconnus ? Quelqu'un qui ne s'intéresserait qu'au bien commun et serait prêt à tout sacrifier pour cela ? Sachant que même les soldats les plus dévoués ne le font pas. Si oui, présentez-la moi. Je serais vraiment honorée de rencontrer quelqu'un d'aussi bon.]
➢ Aussi, ça s'est passé hors-écran car je ne savais pas comment l'inclure mais, quand Syraël est monté dans la cuisine, il est tombé sur la gradée impériale qui avait voulu le tuer, escortée de deux autres hommes. Oui, c'est pour traiter avec eux qu'il est revenu sur ses pas et non pour aller chercher de la nourriture comme il l'a prétendu face à Ralof pour des raisons diplomatique. Non pas que lui ou Hadvar ait été dupe, surtout quand les renforts espérés par le second ne se sont jamais montrés. Mais ils ont juré de faire des efforts et les deux sont très conscients de ce qu'il se serait produit si la gradée s'était présentée.
De plus, il y a deux différence majeure entre cette situation et celle avec les sombrages. Premièrement, l'intérêt de la gradée n'était pas de s'échapper mais de se lancer dans un dernier baroud d'honneur afin de rendre justice. Deuxièmement, tout les membres de la garde d'Ulfric sont sur un pied d'égalité, ne répondant qu'au jarl lui-même, là où le devoir d'Hadvar lui dicterait d'obéir à la gradée quoiqu'il arrive.
En d'autres termes, dans le cas impérial, il y avait à la fois un manque de but commun ainsi qu'une possibilité de dissensions majeures. Quelque chose que n'importe qui de censé ne laisserait pas passer et que Syraël a refuser de négliger. Et ce récit convient très bien à Ralof et, dans une moindre mesure, à Hadvarqui n'a pas besoin de choisir entre son honneur et son devoir.
Une ignorance commune a donc été silencieusement convenue.
➢ Pour sa - maigre - défense, Syraël a tenté de leur proposer la même chose qu'à Hadvar. Mais, face au refus exprimé par le biais d'une brutale tentative de meurtre de la part de la femme, il les a tous tués afin d'éviter qu'ils ne les prennent à revers comme ils l'ont essayé. Il faut dire que laisser un cadavre sombrage, qui n'était ni brûlé, ni écrasé, mais bien tailladé avec violence, au beau milieu d'une pièce apparemment doublement verrouillée, n'était pas spécialement discret, comme les trois l'ont remarqué.
[Et oui, c'est un détail canon car si la gradée avait voulu s'enfuir et non tendre une embuscade aux potentiels sombrages qui passeraient par-là, elle aurait continué plus loin sans revenir sur ses pas armée jusqu'aux dents ! Ou aurait au moins été prévenir le tortionnaire, proche de la voie d'évacuation, au cas où. Elle a préférée abandonner son poste pour rendre une "justice" expéditive et en a payer le prix.]
Car il y avait deux possibilités dans ce cas, sachant qu'un civil n'aurait eu aucun intérêt à se dissimuler en plus d'être probablement incapable d'une telle mise à mort. Soit ils avaient tué le soldat avant de passer dans l'ouverture et fermer la porte (ce qui, de la part de soldats impériaux, les seuls à avoir pu s'acharner si violemment sur un sombrage, aurait été une rupture de leur devoir envers les civils qui pourrait essayer emprunter le passage) derrière eux, soit ils se cachaient à proximité (sous-entendant un petit groupe pour rester discrets) et les suivaient pour leur tomber dessus au moment opportun. Le levier en position relevée (et donc non-utilisé) devant lequel ils sont passés tend en faveur de la seconde option. Une rencontre potentielle avec le tortionnaire et son assistant, qui auraient pu aboutir à une coalition, aurait été trop risquée, obligeant Syraël à prendre les devants. Qu'il s'agisse de la gradée avec laquelle il avait une rancune personnelle n'était qu'un bonus.
Bien entendu, il n'en touchera pas un mot à Hadvar. Juste au cas où. Heureusement, la seule allusion a été rapidement perdue face au comportement odieux du tortionnaire même si Hadvar l'a déjà comprit, merci à la bouche bavarde de Ralof qui l'a mis au courant que, comme par hasard, Syraël avait profité de son dos tourné pour s'éclipser. Et, bizarrement, après ça, les renforts qu'il espérait et qui aurait renversé le rapport de force ne se sont jamais montrer ? C'est trop gros. Il a choisi de l'étouffer pour l'instant et le garder à l'esprit pour plus tard bien que cela ait joué un rôle dans son attitude.
➢ Pour ce qui est de l'avis de Syraël sur les guérisseurs, c'est là totalement le mien. Je sais que, généralement, on a tendance à penser aux médecins comme à des gens ne blessant pas autrui. Du moins pas volontairement. Et c'est tout à fait normal dans la société française du 21ème siècle réglementée pour empêcher cela et où je vis. Mais dans Skyrim ? Une terre dure et actuellement en guerre dans laquelle se mettent également à rôder des morts-vivants et des dragons ?
Spécialisée en Guérison et prêtresse/professeure ou pas, je suis certaine que même Danica Pure-Source et Colette Marence ne laisseraient pas passer ça. Et Syraël n'est pas à moitié aussi dévoué que l'une d'elles envers le bien-être d'autrui.
➢ J'ai beaucoup aimé écrire la scène où Eria prend le commandement du groupe. Dans de nombreux débats que j'ai vus sur le rapport de force entre sombrages et impériaux, le manque de matériel et d'organisation des sombrages étaient presque toujours pointés du doigt. Cependant, bien qu'il soit parfois objecté que ces derniers connaissaient bien mieux le terrain, les quelques fois où il y a eu précision, c'était systématiquement pour les contrées les plus glaciales et inhospitalières du pays. Ce qui n'est pas faux en soi puisque l'influence impériale est plus forte dans les terres les plus fertiles (comme par hasard...). Mais je désirais montrer que la connaissance des indigènes en matière de survie ne se limitait pas à cela. Bordeciel regorge de bien davantage de milieux difficiles que juste ses icebergs et dire le contraire est un cliché.
➢ Aussi, j'adore le commentaire d'Eria sur l'eau, car elle a raison. Enfin, c'est moi qui ait trouver ça, alors forcément, j'aurais du mal à être en désaccord. Mais bref. Quelque chose de si précieux qui finit presque toujours sous-estimé, c'est triste. Sans compter le paradoxe intéressant entre la vie et la mort. Car, j'ignore si c'était visible quand je l'ai rédigé mais, ce à quoi je pensais avec cette phrase (''Dans ces situations, l'eau peut vous sauver la vie de beaucoup de façons différentes.'') était que l'eau avait déjà sauvé Eria en lui permettant d'y noyer plusieurs de ses ennemis.
➢ Ce n'est pas mentionné car ça va dans le sens de Syraël mais ces ''négociations'' étaient vraiment imprudentes. Eria est du genre prudente mais elle est aussi encore trop inexpérimentée et pressée, raison pour laquelle elle consent à écouter Syraël. Mais, là, ce sont ses camarades qui ont raison. Vouloir s'assurer de la bonne volonté de quelqu'un avant de l'appeler un allié est une bonne chose mais être prête à puiser dans leur temps limité pour une vague chance de gonfler leur rang est imprudent. Surtout qu'ils n'avaient pas réellement besoin d'un guérisseur et que celui-ci aurait tout à fait pu être un appât pour les impériaux si ceux-ci avaient eu le temps d'agir.
De même, rien ne dit que les impériaux et leur considération stratégique ne leur auraient pas tendu d'embuscade à la sortie. C'est leur voie d'évacuation et, même si quasiment non-usitée, il n'est pas impossible que certains aient su où débouchait le passage. Et à partir de là, autant avoir suffisamment d'alliés pour se battre. C'était son raisonnement et il n'est pas faux en soi… juste vraiment imprudent.
Négliger l'offre d'un guérisseur dans un pays aussi dur que Bordeciel et ce alors que certains d'entre eux étaient blessés (même si légèrement) n'est pas beaucoup mieux… si une nécessité est déjà pré-existante. Ce qui n'était pas le cas ici et avec des camarades à peine égratignés.
➢ Finalement, le bon choix était de s'allier à Syraël... mais simplement car celui-ci n'avait pas prévu de les trahir et qu'il les aurait tuer s'ils avaient refusés et attaqués. Qui plus est, face à cette incertitude de l'autre côté, les deux options ne sont pas vraiment glorieuses. Heureusement que Ralof est arrivé. À l'origine, l'échange était censé être plus long et les deux côtés plus méfiants (comme Eria qui demande à Syraël d'autres détails sur ses camarades) ... mais j'ai déjà fait un long dialogue entre Hadvar et Ralof au début puis dans la salle de torture. Je ne peux pas trop rallonger sans que ça paraisse encore crédible alors qu'un dragon est en train de tout brûler au-dessus de leurs têtes.
➢ Alors que Ralof avait raison d'interpeller Syraël sur son mauvais comportement l'ayant poussé à infantiliser et moquer ses alliés d'un jour, le fait que le reproche vienne de lui en particulier était absolument ubuesque comme le fait remarquer tout aussi justement Syraël. Globalement, ce dernier était assez arrogant pour entraîner les autres sur la plus grande partie du chemin et proposer la majorité des décisions sans vraiment se soucier de leur avis. Ce qui est, à juste titre, exaspérant. D'un autre côté, Ralof ayant été à la fois son compagnon de voyage et celui qui l'a tiré de là, il est celui qui a le moins de raisons de s'en faire puisqu'ils ont développé une certaine camaraderie et un but identique avoué.
En comparaison, Hadvar et le tortionnaire doivent composer avec un homme aux compétences incertaines, qui n'a aucun respect pour l'Empire (et n'a pas hésiter à tuer ses soldats en conséquence) et qui les a embarqués sur ce qui paraît être un coup de tête. De plus, il a éliminé les potentiels renforts impériaux qui auraient pu venir de derrière dans le but principal – quoiqu'il prétende – de forcer la fidélité d'Hadvar en faisant de sa coopération, non plus sa meilleure mais seule chance de survie, ce dont le soldat est bien conscient. Il l'a ainsi entraîner au milieu d'un groupe de sombrages hostiles et très vocaux sur leur envie de lui faire la peau. Pas étonnant que l'assistant ait décidé que c'était là qu'il traçait sa limite. Surtout après que Syraël a clairement fait savoir qu'outre son intention de les traîner au milieu d'un groupe de sombrage agressifs, les seuls qu'il n'était pas disposé à abandonner étaient Ralof et Hadvar sans le compter lui ou Eivska.
Pourtant, au final, c'est Ralof qui s'avère le plus ouvertement méfiant ce qui est... injuste à presque tout point de vue. Certes, il a vraiment détesté son attitude désinvolte face au tortionnaire et le fait de ne pas pouvoir se venger... mais utiliser Syraël comme défouloir ne pouvait pas bien se terminer. Il ne déteste pas Syraël, je pense l'avoir bien montré... mais comme mentionné également, je ne peux pas voir quelqu'un fier de sa patrie au point de rejoindre une rébellion, comme Ralof, prendre sans rechigner les ordres de celui qu'il perçoit comme un altmer en armure impériale qui préfère rendre ses opposants vocaux muets que de les entendre se disputer avec lui.
D'un autre côté et sans excuser l'attitude vraiment autoritaire de Syraël qui ne travaille jamais bien en groupe sauf s'il est le chef incontesté, c'est vrai qu'entendre ces deux-là se chamailler pour tout et être agressé par un côté ou l'autre alors qu'un dragon menace de tous les tuer n'est pas exactement la situation la plus propice à la tolérance.
➢ Oh, Hadvar, tu n'en as vraiment aucune idée, n'est-ce pas ? Oui, Syraël est un tyran en devenir. Au moins, les dov seront contents, eux qui fonctionnent sur un système de tyrannie.
➢ Ce que Ralof a compris était les propos littéraux de Syraël car les Nordiques ne sont pas habitués à faire des pirouettes verbales, politiciens mis à part, ce qu'un bûcheron comme Ralof n'est certainement pas. En d'autres termes, il a entendu qu'Hadvar peut désobéir quand il veut mais qu'il ne vienne pas pleurer si ça le met dans une mauvaise situation. Ce qu'Hadvar a compris, plus au fait de traiter avec des impériaux et leur façon détournée de dire les choses, est qu'il pouvait désobéir à Syraël s'il le voulait mais que celui-ci, non-content de l'abandonner à son sort, utiliserait probablement sa mauvaise situation pour s'aider lui quitte à le jeter aux loups de ses propres mains.
Bon. Au moins, les deux ont cessé leurs disputes et arrivent même à s'entendre sur l'exaspération que leur inspire le troisième membre de leur alliance dysfonctionnelle. À votre avis, lequel des deux a raison ?
➢ Après réflexion, et remarque de mon bêta-lecteur, il s'avère qu'une liste du groupe de choc pourrait être nécessaire. Nous avons donc :
Syraël Varion : le protagoniste connard et autoritaire. Il a des cheveux blancs, un visage ovale avec des pommettes hautes marquées de taches de rousseur presque invisibles et un menton pointu et imberbe. Ses joues sont creuses, il a des yeux bleu foncé, un nez droit et des lèvres fines. Il a une fine cicatrice qui part de la base de son oreille droite, passe brièvement par sa tempe pour finir dans ses cheveux. Il a l'air d'avoir le début de la trentaine mais bon… c'est un elfe.
Hadvar : l'ami impérial résigné. C'est un jeune homme brun de grande taille aux épaules larges, qui tient davantage de sa mère nordique que de son père impérial. Il a un visage rond, des yeux marrons quelque peu enfoncés, un nez droit, des lèvres pulpeuses et des rides de stress sur le front. Il a la mi-vingtaine.
Ralof : l'ami sombrage plein de regrets. C'est un jeune homme de grande taille, aux épaules larges et à la peau pâle. Portrait du nordique typique, il est blond - ses cheveux sont tressés - aux yeux bleus, avec des sourcils fournis, un nez pointu et un menton carré orné d'une barbe et d'une moustache. Il a la mi-vingtaine.
Eivska : la comateuse et princesse en détresse de Ralof. C'est une femme rousse, grande et sa peau est légèrement mate - son père est un rougegarde - avec des taches de rousseur. Son visage est carré, avec des yeux marrons et une cicatrice qui traverse sa lèvre jusque sur sa joue. Elle est à la fin de la vingtaine.
Eria : la leader qui veut des adultes sous son commandement et obtient plusieurs enfants. C'est une petite femme - avec un héritage nordique et impérial - un peu ronde, au menton pointu avec des yeux verts et des cheveux blonds clairs et tressés. Elle a une méchante cicatrice sur sa joue gauche. Elle est à la mi-vingtaine.
Sillia Juste-Secret : l'éclaireuse discrète et observatrice. Elle est une jeune femme de taille moyenne - bien qu'elle soit nordique, elle a une ascendance brétonne du côté maternelle - menue avec des cheveux blonds, un visage ovale, des lèvres fines et de grands yeux qui font écho à ses capacités d'observations aiguisées. Elle est au début de la vingtaine. C'est la plus belle femme du groupe et selon plusieurs standards.
Asgald Force-Sanglante : le manieur de hache sans manières. C'est un homme massif avec des bras très musculeux. Il a une barbe et une moustache qui encadrent sa bouche. Il lui manque un bout de son oreille droite. Il est à la fin de la trentaine.
Erik Bras-Loyal : la langue de vipère appréciée de tous. C'est un homme grand, maigre - surtout pour un nordique - et nerveux, avec de petits yeux et un nez crochu sur un visage anguleux. Il est à la mi-trentaine.
Saedulf Œil-Blanc : le guerrier plus professionnel que deux de ses compagnons réunis. Il est massif avec un ossature marquée et de larges épaules. Son visage est carré et son menton orné d'une courte barbe. Il a la quarantaine et, comme son nom l'indique, il est borgne.
Autant le dire, c'est une alliance de choc... aussi bien pour ceux qui tombent dessus qu'entre eux. Et, pour ceux qui se demandent, j'ai définitivement prévu un rôle plus important pour eux, même si pas forcément en groupe ou dans un futur proche. Quant à la raison derrière ce choix, eh bien…je voulais vraiment montrer que, peu importe le camp de la guerre, on parle d'hommes et de femmes qui croient vraiment en leur cause et non pas de ''sombrage 1'',"sombrage 2'' qui affrontent ''impérial 1'' et ''impérial 2''.
➢ Pour ce qui est de la disposition des forces choisie par Eria, elle a mis les deux combattants au corps-à-corps ensemble pour engager les hostilités et soutenus par un archer. La blessée et un soldat d'élite en arrière soutenus par une archère pour réduire les risques d'être pris à revers. Hadvar et Syraël (qu'elle appelle d'ailleurs par leur prénom plutôt que des sobriquets pour maintenir un minimum de diplomatie) avec elle car elle connaît moins bien leurs capacités et veut qu'ils soient disponibles au besoin. Tout en comptant la possibilité qu'ils soient rétifs à ses ordres, le premier étant un soldat impérial et le second... ayant un caractère de merde. Aussi parce qu'elle ne leur fait pas confiance et compte bien tenir ses promesses vis-à-vis des autres (les faire sortir même à son détriment) et de Syraël (le tuer s'il tente quelque chose de suspect).
Enfin, les deux autres raisons sont qu'elle refuse de laisser Hadvar et Syraël se servir des sombrages comme bouclier – car oui, elle a percé l'elfe à jour – en les mettant à l'arrière tout en sachant que placer l'un des deux avec Erik et Asgald mènerait inévitablement à un désastre.
➢ Pour ce qui est d'Eria, elle n'est pas seulement compétente pour évaluer les forces et relations entre ceux qui l'entourent. Elle savait exactement où les placer mais aussi où se placer afin d'être la plus efficace. C'est-à-dire en plein centre. Assez proche de l'avant pour diriger ceux qui se battent tout en restant disponible au cas où les plus vulnérables du groupe auraient besoin d'aide. Cette configuration vient du fait que je considère qu'être un bon leader ne se résume pas à être le premier à se jeter au combat. Car même si cela peut inspirer ceux qui le suivent à faire de même, se jeter en avant et se retrouver le premier dans le chaos du combat fait que le leader se retrouverait alors parmi les premiers à être incapables de suivre le cours d'une bataille et aider au mieux ceux qu'il est censé diriger.
Parfois, le rôle d'un bon leader est donc de savoir rester en arrière même quand la seule idée le dérange. Ce qui, je vous l'accorde, n'arrive pas très souvent. Mais faisons comme si, juste pour cette fois.
➢ Les givrépeires sont introduites comme étant un grand danger et assez angoissant dans ma version. Ce n'est pas un hasard. Dans l'idée, je considère qu'elles font partie des prédatrices les plus redoutables du pays (quoique… tout est mortel en Bordeciel mais vous avez l'idée) et la seule raison pour laquelle on s'en sort si bien dans le jeu, c'est parce que nous avons un guerrier d'élite (qu'il s'agisse d'Hadvar ou Ralof) à nos côtés qui, en prime, est essentiel dans les fichiers du jeu. Sinon, entre leur venin et leur nombre dans le jeu ainsi qu'en pratique plus réaliste comme leur poids quand elles vous sautent dessus (dans le jeu, tu recules juste un peu, dans la réalité et sans bouclier, tu serais renversé et sans défense), les toiles collantes sur le sol qui entravent les déplacements et leur aspect rédhibitoire ou intimidant qui peuvent déconcentrer... bref. Je pense que tout le monde comprend l'idée mais, personnellement, entre un ours et des givrépeires, je préfère affronter l'ours.
Les deux sont très dangereux mais, au moins, je serais presque sûre que l'ours sera seul et certaine qu'il ne m'empêchera pas de courir. D'autant plus qu'il ne peut pas m'attaquer à distance. Et oui, je sais que les ours ne sont pas seulement très forts mais aussi très rapides. Le problème, c'est qu'à titre comparatif, je ne suis pas convaincue que les givrépeires soient plus lentes.
➢ Certains auront probablement remarqué qu'aucun des deux premiers chapitres ne comporte d'ellipse. C'est tout à fait volontaire car je voulais vraiment rendre honneur à la célébrissime introduction de mon jeu préféré plutôt que de simplement passer dessus au nom du ''tout le monde connaît''. Surtout que, en général, ceux qui lisent des fics Skyrim connaissent tout le jeu. Alors quoi, je devrais faire une ellipse pour chaque passage de la quête principale ? Non merci ! Tant de choses intéressantes à traiter qui passeraient ainsi sous la trappe...
Cependant, j'ajouterai quand même des ellipses dans le récit. Et pas qu'un peu. Car si écrire l'introduction m'a demandé deux chapitres de plus de dix-mille mots (plus de trente-mille en fait), il est hors de question que je fasse toutes les quêtes que j'ai prévues ainsi ou je ne m'en sortirai jamais, c'est une certitude !
... Bon, par contre et avec mon enthousiasme, ça va sans doute me prendre un moment pour me faire à cette résolution. A l'heure actuelle, treize chapitres sont entièrement rédigés, cinq sont corrigés et je commence à peine à me faire à cette idée. D'où les ajouts de tag sur un développement lent. Comme tout les débutants, je suppose que j'ai voulu trop en faire mais je promets de résoudre ça. Pour moi-même si rien d'autre. ^^'
Liste des sorts utilisés :
Toucher Apaisant → Le lanceur referme les blessures intermédiaires comme les entailles et fêlures tout en soignant les infections mineures. Mais le résultat final demeure assez faible.
Allègement de Fardeau → Le lanceur allège temporairement le poids de ce qu'il porte, lui permettant de prendre davantage de choses avec lui (tant qu'elles ne sont pas trop encombrantes) et/ou de se déplacer plus vite. L'effet ne dure cependant qu'entre une dizaine et une vingtaine de minutes et doit souvent être renouvelé.
Soulagement → Le lanceur soigne les blessures légères et atténue les blessures intermédiaires d'une personne. Lancé par quelqu'un de compétent, il permet aussi de restaurer l'endurance de la cible, bien qu'avec un effet moindre. L'effet peut être cumulé avec une potion de guérison tant qu'il n'y a pas d'excès.
Manipulation – Déverrouillage → Sort capable de déverrouiller toutes portes et toutes serrures pour peu que celles-ci ne soient pas magiquement protégées ou de les faire purement et simplement disparaître temporairement selon les préférences. Le sort est discret et les serrures restent utilisables après mais il est plus complexe et coûteux que son homologue plus destructeur.
Barricade → Le lanceur dresse un mur de pierre relativement résistant qui bloque le passage pendant trente secondes. Comme la solidité est répartie sur toute la surface, un coup suffisamment concentré en un point peut le briser, surtout si c'est un puissant sort.
Purge → Ce sort est capable de purger la plupart des poisons de l'organisme, bien qu'il nécessite une concentration constante de l'utilisateur pour être utilisé et est inefficace si la toxine a déjà atteint le cœur à moins d'être un maître assez habile pour rattraper le poison malgré cela. Mais, selon la gravité et la durée de l'empoisonnement, il peut être long à agir... ou, au contraire, très rapide.
Télékinésie → Permet à l'utilisateur de faire léviter des objets et de les déplacer avec sa seule force magique. Il est alors capable de les attirer à lui, de les repousser ou de les rediriger ailleurs. Plus l'objet est lourd et plus il nécessite de magie, de même si l'objet est enchanté, risquant d'ajouter des interférences à un sort déjà très énergivore.
