Avant la Tempête :
C'était une belle journée.
Voilà la première pensée de Syraël alors qu'il s'aventurait dehors, plissant les yeux sous l'agression de la lumière solaire. Inspirant profondément, il constata que l'air était majoritairement pur, laissant présager une position relativement éloignée d'Helgen malgré la présence des relents de fumée âcre qui lui irritaient la gorge.
- Nous sommes enfin sortis ! Je commençais à me demander si on allait vraiment y arriver, s'exclama Asgald, la tête renversée en arrière pour profiter des rayons éclairant son visage.
- Aussi peu de confiance en tes capacités ne te ressemble pas, intervint Eric avec une légère moquerie, d'autant plus apaisée par le soulagement présent sur son visage.
- Il faut bien que l'un de nous soit raisonnable de temps à autre, vint la réplique narquoise du nordique massif.
À l'entente de cela, les sourcils de l'archer brun se haussèrent. Il ouvrit la bouche, prêt pour une réplique taquine avant que Saegulf ne l'interrompe d'un coup de coude. Il avait déjà assez supporté les chamailleries de ces deux-là pour la journée, merci beaucoup.
- Je suis tellement heureuse que nous l'ayons fait, clama Sillia, un large sourire fendant son visage en deux alors qu'elle sautillait en direction de la végétation.
- Moi aussi, renchérit Eria avant de se tourner vers les autres. Eh bien, voilà... promesse tenue, je suppose.
- Tu l'as fait, accepta Ralof en s'avançant vers elle.
Posant Eivska par terre, il lui tendit une main puis, lorsque son interlocutrice la saisit, il l'attira dans une brève étreinte de camaraderie. Ceci fait, il ouvrit la bouche pour dire autre chose mais fut interrompu par le cri soudain d'Hadvar.
-ATTENTION! LE DRAGON !
Il n'aurait pas pu mieux dire pour s'assurer d'être écouté. Sans perdre un instant, tous se dispersèrent en direction de la cachette la plus proche tel qu'un groupe de souris effrayées ne l'image tranchait radicalement avec la bravoure montrée dans les tunnels un peu plus tôt. Recroquevillé derrière un rocher avec Hadvar, Syraël trembla en percevant, avant même de l'entendre, le lourd déplacement d'air provoqué par de grandes ailes aussi noires que la nuit. Levant les yeux, il fixa pendant de longues secondes la silhouette reptilienne disparaître à l'horizon tout en essayant de se maîtriser et pesta alors qu'il échouait. Lamentable. N'était-il pas censé être capable de beaucoup mieux que ça ?!
Apparemment, pas si cette rencontre suffisait à l'ébranler plus intensément qu'il ne l'avait été depuis... plus de temps qu'il ne pouvait s'en souvenir. Non pas que cela voulait dire grand-chose, compte-tenu de ses problèmes actuels, mais c'était l'intention qui comptait. Mais cette révélation de sa faiblesse était à la fois source de déception pour lui-même et de certitude. Il ne resterait pas plus longtemps que nécessaire dans ce pays maudit ! Le simple fait de revenir était une grosse erreur !
Tout à son angoisse, il remarqua trop tard que seul Ralof ne s'était pas caché, tentant de ramener Eivska avec lui. Un geste si stupidement évident et dangereux que Syraël voulut gémir. Cet idiot aurait pu attirer l'attention du monstre sur eux avec facilité ! Alors qu'une partie de lui voulait féliciter la loyauté du nordique à sa juste valeur, une autre partie voulait bondir hors de sa cachette et le secouer dans tous les sens pour son imprudence.
Quant au reste de lui, il voulait juste rester tranquillement derrière ce rocher jusqu'à ce que la nuit tombe. Au minimum.
- Il s'en va. On dirait que c'est pour de bon... cette fois, constata Hadvar avec un soulagement minimal, mais je ne pense pas que nous devrions rester pour voir s'il revient.
Entièrement d'accord avec lui, le magelame se déploya à son tour de derrière le rocher avant de scruter l'horizon, ignorant la lumière crue et la soudaine bourrasque de vent qui lui donna envie d'éternuer. Foutu pollen...
- Impossible de confirmer si d'autres s'en sont sortis en vie. Mais ça va bientôt grouiller d'impériaux, ici. On ferait mieux de déguerpir, conseilla Ralof avant de reprendre son amie dans ses bras et de se retourner en direction de Syraël. Ma sœur Gerdur tient la scierie de Rivebois, plus loin sur cette route. Je suis sûr qu'elle accepterait de nous aider, tous les trois.
La proposition inattendue fit hausser plus d'un sourcil, à commencer par le mer. Alors que le sombrage le fixait, la raideur de sa posture traduisait son inconfort à quiconque possédait des yeux.
- Attends, tu ne viens pas avec nous Ralof ? questionna Erik, l'air de ne pas en croire ses oreilles.
- Non et c'est une décision à laquelle il a réfléchi, intervint l'un des deux chefs de leur groupe disparate en secouant la tête.
- Et puis-je savoir d'où vient cette généreuse proposition ? se renseigna l'elfe, la cadence lente et distincte de sa voix révélant son scepticisme à tous ceux présents alors qu'il écoutait l'immixtion d'Eria.
- Tu refuses ? comprit Ralof, se méprenant sur le manque d'enthousiasme du magelame.
Oh pas encore...
- Non, répondit rapidement Syraël, bien conscient du tempérament du nordique et de sa promptitude à prendre rancune, contrairement à lui qui tendait à la conserver. Je suis juste surpris. Je ne m'attendais pas à ce que tu m'invites chez toi en dépit de nos désaccords précédents.
- D'accord donc pourquoi a-t-il décidé de se barrer de son côté ? demanda Asgalf en essayant de comprendre où son camarade voulait en venir. Il vaudrait quand même mieux rester ensemble. Si le dragon revient, il sera une proie facile. Pareil si les chiens impériaux le rattrapent.
- Tu es un connard, commença le sombrage d'un ton plus factuel qu'insultant, mais tu es aussi honorable. Nous avions un accord et tu l'as tenu même face à ceux qui ont tenté de te faire renoncer. Comme moi. Et je te dois la vie à au moins deux reprises. Je n'ai pas besoin de t'apprécier pour vouloir honorer ma dette.
- Nous venons d'échapper à une attaque de dragon, rappela Eria en haussant les épaules avant d'enchaîner. Sa sœur ne vit pas loin et son village natal pourrait être en danger. S'ils sont prévenus, leurs chances d'en réchapper en seront d'autant plus grandes. Et Eivska a besoin de soins ainsi que de repos si nous voulons qu'elle vive. Quelque chose que nous ne pouvons lui fournir en allant à Vendeaume à un rythme assez rapide pour distancier les chiens des Mede. De plus, stratégiquement parlant, nous séparera augmentera nos chances de semer tout poursuivant en les forçant à se disperser. Ralof et Eivska obtiennent un lieu de repos et nous un itinéraire qui ne nous contraint pas à nous geler les couilles tout en connaissant la disposition impériale de la région, puisque nous venons d'y passer, facilitant notre évitement. Ils iront donc au nord et nous au sud le temps de contourner la Gorge du Monde.
Clignant des yeux, Syraël y réfléchit un court moment avant de hausser les épaules et d'acquiescer. Autant il voulait passer la frontière la plus proche le plus vite possible, autant il devrait se reposer après une telle mésaventure. Et trouver du travail. Il aurait besoin d'argent s'il voulait convaincre les impériaux de le laisser passer la frontière. Ou les contrebandiers. Il n'était pas difficile.
- Tu viens avec nous ? demanda toutefois Syraël en regardant Hadvar.
Celui-ci hésita, se souvenant de leur pacte stipulant que leur trêve ne durerait pas plus loin que l'évasion d'Helgen. D'un autre côté, s'ils se rendaient à Rivebois, alors les suivre lui permettrait de s'assurer que sa famille était saine et sauve. Et il ne les avait pas vu depuis si longtemps... avec le début des hostilités ouvertes avec les rebelles, obtenir une permission était un doux rêve pour les soldats. Non pas qu'il songeait à négliger son devoir, bien entendu. Mais il lui avait aussi besoin de repos et Rivebois était l'un des deux chemin qui mènerait à Haafingar et celui qui amenuiserait ses chances de rencontrer les parjures de Markarth alors, s'il allait dans la direction de sa famille, ce n'était-là qu'un hasard opportun.
Sa décision prise, il acquiesça fermement non sans fixer sombrement Eria qui l'ignora avec un air satisfait.
- Rivebois est aussi ma maison et je comptais m'y diriger. Mon oncle est le forgeron local et je sais qu'il nous aidera si je le lui demande. De plus, passer par-là serait un raccourci plus aisé pour rejoindre Solitude.
- Au moins, ta déloyauté ne s'étend pas jusqu'à notre maison, constata Ralof avec satisfaction.
Pressentant l'incident diplomatique en attente de se produire, Syraël ouvrit rapidement la bouche, coupant la remarque furieuse d'Hadvar, celui-ci s'étant instantanément renfrogné.
- Donc l'oncle d'Hadvar est le forgeron et la sœur de Ralof tient la scierie... j'en conclus qu'ils seront assez prospères pour nous abriter. C'est prometteur. Depuis combien de temps exercent-ils ?
- Mon oncle travaille le fer et l'acier depuis plus d'une décennie et demie à présent, comme son père avant lui, dit Hadvar, pas dupe une seconde mais se pliant à l'injonction visuelle du magelame. Il est aussi un homme juste et son cœur est bon. Même avec la situation difficile, il ne refusera pas de nous aider.
- Ma sœur travaille le bois depuis notre enfance et elle est très douée, reconnut Ralof, la fierté dans sa voix clairement audible alors qu'il parlait d'elle. Notre famille a fondé Rivebois il y a de nombreuses générations et y est restée depuis. Je pense que nous faisons partie des rares habitants de Blancherive dont la fonction est connue à la cour du jarl malgré notre absence de la cité. L'implication de Gerdur y est sûrement pour quelque chose. Elle a toujours été la plus responsable de nous deux.
- La loyauté d'un nordique va à la fois envers son pays et envers sa famille, approuva Asgald avec solennité.
S'approchant de Ralof, il lui fit face avant de le frapper vigoureusement dans le dos, se délectant de la grimace qu'il récolta pour ses efforts, son vis-à-vis ne pouvant lâcher Eivska pour lui rendre la pareille.
- Garde ta lame affutée et ton esprit ouvert jusqu'à Sovngarde, mon ami, déclara Saedulf en croisant ses bras, mettant ses muscles en avant.
- Bonne chance Ralof ! salua Sillia avant de se mordre la lèvre avec hésitation.
Finalement, elle se décida et envoya un rapide signe de tête à Syraël et Hadvar, les surprenant. Peut-être que c'était juste elle. Peut-être que c'était juste le contexte. Peu importe la raison, ce n'était pas désagréable et les deux lui rendirent le salut avec plus ou moins de maladresse.
- Ne mourez pas trop vite tous les deux, ordonna Erik avant de continuer avec son arrogance habituelle, ignorant résolument l'elfe et l'impérial. Et, Ralof, quand tu échoueras dans ton nouveau rôle de chevalier servant, essaie de ne pas le faire trop lamentablement. Et garde-moi une pinte dans le Hall de Shor.
Exaspéré, son camarade roula des yeux malgré le léger redressement de ses lèvres. Par pure provocation, il banda alors les muscles de son côté gauche et soutint Eivska sur un bras pendant quelques secondes. Pas longtemps, certes, mais suffisamment pour faire un doigt d'honneur à son camarade qui souffla en réponse.
- Rends la cause fière, mon frère, clama Eria avec dignité, sentiment reflété par Ralof qui redressa son dos autant qu'il le pouvait au vu du poids dans ses bras, alors que la blonde se tournait vers les deux autres. Que Talos vous garde jusqu'à Rivebois, Hadvar, Syraël.
- S'il le fait, je laisserai une offrande sur le prochain autel utilisé que je croiserais, assura Syraël, incapable de laisser cette petite pique passer, ce qui lui valut plus d'un regard noir, y compris d'Hadvar.
Tant pis, on ne peut pas plaire à tout le monde.
Puisque tout le monde s'était mis d'accord, ces brèves salutations suffirent avant que leur alliance d'un jour ne se sépare, plus pacifiquement qu'ils ne l'auraient eux-mêmes pensé.
- Putain de merde, je n'arrive pas à croire qu'on s'en soit sortis en vie ! s'exclama Asgald en se retirant le premier en direction du sud-est. Mais on ferait mieux de s'assurer que les impériaux ne nous suivent pas.
- Et moi donc ! J'étais persuadé que tu te perdrais dans ces galeries affines, éclairées et relativement linéaires ! renchérit Erik, faisant gémir son entourage alors qu'Asgald gronda comme un ours, parfaitement audible pour les quatre laissés derrière.
- J'ai changé d'avis. Je ne peux pas attendre d'arriver à Vendeaume pour te dépecer comme tu le mérites, espèce de salaud !
- Oh ? J'en conclus que je dois ajouter l'inconstance à mon évaluation de-
- Vos gueules, putain ! cria Saegulf. Sérieusement, vos gueules.
Il y avait une chose à savoir sur Bordeciel qui, selon Syraël, faisait partie du charme de cette région. Une leçon que tous les natifs apprennent au berceau et qui est assimilée par les immigrés survivants.
Tout ou presque veut vous tuer.
Le climat, la flore, la faune, les habitants en tout genre...etc. C'était un pays très animé et la guerre civile aurait sans doute empiré les choses.
Sachant cela, il n'était probablement pas surprenant que Ralof lui soit reconnaissant pour son sort d'allègement malgré sa méfiance. Cela l'avait sauvé de se rompre la nuque plus d'une fois alors qu'ils descendaient la pente abrupte. Pourtant, en dépit de leurs meilleurs efforts, il ne fallut pas longtemps pour que le nordique arrive à sa limite, surtout que les potions restantes avaient été gardées pour Eivska et commodément non-réclamées par les camarades de Ralof.
Finalement, après une longue argumentation sur le sujet, le magelame avait réussi à convaincre le sombrage de se reposer et de passer la nuit dans une clairière. Le plus étonnant restant la réticence mutuelle des deux hommes à ce sujet. Ainsi, Ralof voulait arriver le plus vite possible à Rivebois et Hadvar appréhendait de passer la nuit dehors dans cet endroit.
- Pour la dernière fois, Ralof, se précipiter ne nous apportera rien, rappela l'ex-prisonnier suite à un énième soupir du sombrage. Au mieux, tu glisseras sur une pente et te casseras une jambe, vous laissant dans de beaux draps, et au pire, ta camarade mourra de froid ou vous vous ferez dévorer par des loups avant l'aube.
- Je sais, d'accord. Pas besoin de me parler comme si j'étais un gosse ! se rebiffa-t-il avant de fermer les yeux une seconde et laisser la tension saigner hors de son corps. C'est juste... je suis inquiet. Elle est trop immobile et ce n'est pas... ce n'est pas elle. Et puis, après tout ce qu'il s'est passé, j'ai besoin de faire quelque chose. N'importe quoi. Tout plutôt que m'asseoir et attendre alors qu'un dragon rôde, que nous sommes traqués par les impériaux et qu'Eivska est blessée sans que je ne puisse l'aider et... putain, pourquoi est-ce que je te dis même ça ?!
Il mentirait s'il prétendait ne pas comprendre au moins en partie le sentiment. Lui aussi voulait se lever et partir, aussi loin et rapidement que possible. Et lui non plus n'aimait pas rester immobile à ne rien faire alors qu'il pourrait se déplacer, plus rapidement que jamais en profitant du couvert de la nuit et de sa solitude. Pourtant, il avait besoin de ces deux-là et ils n'arriveraient à rien s'ils ne conservaient pas un minimum de moral.
- J'ai pris de la viande dans le donjon. Et nous avons quelques baies. Mais je ne dirais pas non à ce que tu ramènes de l'eau fraîche de la rivière en bas, proposa-t-il, se demandant si le nordique prendrait l'échappatoire quitte à laisser Eivska derrière lui.
Pris au dépourvu, Ralof le fixa pendant plusieurs secondes d'un air incertain avant de finalement accepter.
- Juste une gourde ?
- Comme tu veux. Une gourde et nous aurons de quoi étancher notre soif. Plus et je pourrais essayer de faire un ragoût avec ce qu'on a. Les fioles vides nous serviront de verres, répondit-il en tendant une casserole en fonte et trois fioles de potions vides.
- Où as-tu trouvé la place de mettre tout ça ? s'étonna Hadvar.
- Grâce à mon sens de l'organisation, la taille du sac et un sort d'Altération très pratique bien que pénible à renouveler, expliqua son vis-à-vis avant d'extirper trois assiettes en bois et les sets de couverts correspondants pris en cuisine.
- Toujours la magie, maugréa le nordique avant de partir, les ustensiles à la main, alors qu'Hadvar montait un feu et que Syraël s'occupait d'étaler la fourrure pour ceux qui voudraient dormir.
Il savait déjà qu'il ne le ferait pas, le dragon encore frais dans son esprit, mais il n'aimait pas l'idée de tout trimballer sur cette distance pour rien.
Travaillant rapidement, l'impérial jeta des branches en tas qu'il coinça avec des pierres plus lourdes pour les empêcher de glisser et se répandre. Ceci fait, il alluma le tout d'un petit jet de feu, les crépitements et la chaleur le rassurant par leur familiarité avant d'observer l'ensemble de leur petit campement.
Bien que l'appeler un "campement" était généreux à tout point de vue.
- C'est vraiment pratique, je dois bien l'admettre, dit Hadvar en fixant ce qu'ils avaient avec soulagement.
Il avait redouté de dormir à la belle étoile sans rien d'autre que ce qu'il avait sur le dos et peut-être ce que Syraël aurait trouvé à manger, mais si la magie lui permettait de s'en sortir plus confortablement cette fois, il finirait par réviser son opinion sur une utilisation exclusive aux derniers recours.
- Ce ne sont que quelques tours basiques d'altération qu'un apprenti maîtriserait sans trop de mal, à condition d'être diligent dans sa pratique et de se renouveler régulièrement, répondit l'ancien prisonnier d'une voix distraite, fouillant toujours dans le sac. Mais, en effet, ils peuvent grandement vous faciliter la vie quand vous en ressentez le besoin.
- On dirait bien, oui. Habituellement, ces conditions ne me gêneraient pas, surtout que nous sommes à la période la plus chaude de l'année mais... eh bien, après l'attaque, je ne cracherais pas sur un peu de confort. Surtout dans ces environs.
- Quelque chose de particulier à signaler ? demanda l'elfe avec une légère tension, espérant qu'il ne s'était pas arrêté dans un endroit connu comme dangereux. Il n'en avait pas le souvenir mais, là encore, il n'était pas revenu depuis longtemps.
Et d'où venait ce terrible malaise qui s'accumulait dans son estomac ?
- Non, rien de tout cela, se hâta de corriger le soldat, réalisant que sa réponse avait été mal interprétée. C'est juste... oh et puis zut.
Se relevant de sa position accroupie, il se tourna en direction du nord-ouest en désignant une construction tout juste visible dans l'obscurité en dépit de sa taille. Suivant le geste, Syraël haussa un sourcil. La ruine était certainement bien plus grande en surface que la plupart de ses homologues. Il ne se rappelait plus du nom mais savait qu'atteindre une taille la rendant visible sur des kilomètres était un phénomène rare, les autres s'enfonçant généralement sous terre. Sous le couvert de la nuit, l'endroit paraissait étrangement sinistre...
- Tu vois cette ruine là-haut ? C'est le tertre des Chutes Tourmentées. Quand j'étais enfant, cet endroit me donnait toujours des cauchemars. Un draugr descendant la montagne pour grimper par ma fenêtre la nuit... ce genre de chose. J'avoue que je n'aime toujours pas beaucoup son apparence, admit-il avec un léger frisson et une grimace. Donc bon... quitte à devoir dormir dans les parages, ce n'est pas moi que tu verras refuser quelques commodités.
Bien. Ce n'était certainement pas lui qui le lui reprocherait. Personnellement, l'endroit lui semblait... captivant, d'une certaine façon. Ce qui était un peu étrange car ce n'était pas la première fois qu'il voyait ces ruines. Haussant les épaules, il décida qu'il passerait son tour cette fois-ci. Rien ne l'empêcherait de revenir assouvir sa curiosité dans un moment.
- Tu n'apprécies pas les morts-vivants. Plus précisément, tu les crains, constata-t-il en fixant Hadvar de ses yeux bleus quand celui-ci croisa les bras dans une attitude défensive.
- Tu plaisantes j'espère ? Qui pourrait apprécier ce genre de monstruosité ? Des âmes en peine, asservies ou corrompues, des cadavres qui marchent et agissent comme s'ils étaient vivants, des squelettes qui prennent la vie de ceux qui s'aventurent dans les cryptes... j'ai même entendu dire que certains pratiquaient le cannibalisme !
C'était beaucoup de détails pour quelqu'un ne s'y intéressant pas. Bon, d'accord, peut-être qu'il s'amusait un peu à le taquiner aussi, mais il avait de bonnes intentions ! Pour lui-même.
- Tu te méprends, Hadvar. Ce n'est pas ton dégoût que je questionne, j'étais simplement curieux, expliqua le mer avec un léger sourire. Pour quelqu'un n'appréciant pas les morts-vivants, tu as l'air d'y faire attention.
- Bien sûr que je le fais ! Si je n'affronte pas mes peurs, je suis indigne d'être nordique ! Et puis... si je dois en affronter un jour, mieux vaut me renseigner sur ce qui m'attend.
Intérêt volontaire, donc. Restait à voir si celui-ci disait vraiment la vérité sur l'origine strictement combative, mais il ne parierait pas là-dessus. Il était courant pour de nombreux habitants de Bordeciel (et même de Tamriel) de dissimuler leur fascination des pouvoirs daedriques (nécromancie comprise) derrière la répulsion.
Peut-être... oui. Il pouvait le faire. Cela ne lui coûterait qu'un peu de son temps et il en avait plus qu'il n'en fallait, en partie grâce à la nuit tombée.
- Et tu as entièrement raison. D'ailleurs, je suppose que ce n'est pas un hasard si le seul sort de ta connaissance est un sort de feu, mais peut-être voudrais-tu que je t'apprenne quelques petits tours ?
La proposition déboucha sur un silence surpris, Hadvar le fixant avec un étonnement marqué alors que le magelame attendait patiemment, conscient qu'il ne devait pas s'attendre à une telle offre. Et à raison. Peu de mages étaient partageurs de leur connaissances après tout et... lui-même ne faisait pas exception. Du moins, en ce qui concerne ses créations originales. Mais quelques sorts mineurs trouvables n'importe où ? Pourquoi pas. Au moins, cela le divertirait et améliorerait peut-être leur relation.
- Tu le ferais ? Je pensais que les mages étaient plutôt... privés en ce qui concerne leurs capacités, voulut s'assurer le soldat incertain.
- Oui, bien sûr, accepta l'homme en haussant les épaules. Tant que nous avons du temps à perdre, autant l'occuper efficacement. Cette tendance isolationniste chez les mages, je pense que c'est une bêtise... mais une bêtise que je peux comprendre. Alors que nos expériences pourraient aider beaucoup de monde, elles peuvent aussi en blesser un grand nombre. S'il existe effectivement des mages qui ont besoin de garder leurs capacités secrètes pour faire exister leurs ego, il y en a d'autres qui pensent sincèrement faire au mieux en rendant leurs pratiques difficiles d'accès.
- Je vois... au fond, ce n'est pas très différent des techniques martiales, énonça Hadvar, il y a toujours un maître refusant de transmettre son héritage de peur d'être dépassé dans son propre domaine... ou que quelqu'un utilise ses compétences pour une cause contraire à celle qu'il défend. Et parfois, c'est tout simplement car ils n'y pensent pas, persuadés d'avoir tout le temps du monde. Ou, même s'ils le font, ils ne trouvent aucune personne jugée digne de se le voir transmettre... qu'est-ce que tu veux m'apprendre ?
- Pas grand-chose pour cette première fois. Des exercices pour agrandir tes réserves et augmenter ta récupération et le sort basique que j'ai utilisé pour soigner certaines égratignures durant notre échappée. Même s'il ne guérit pas entièrement, à tout le moins, il empêchera les choses d'empirer, nota le magelame avant d'enchaîner en pensant à autre chose, et si jamais nous avons assez de temps, je pourrais te montrer comment faire fuir les morts-vivants les plus communs.
S'asseyant au coin du feu pour profiter de sa chaleur, le nordique alterna entre détailler le magelame, resté plus en retrait, en espérant définir ses intentions, et observer le ciel rempli d'étoiles. Il était bien décidé à profiter de cette vue magnifique après que l'arrivée du dragon eut réduit ses espoirs à peau de chagrin.
- Je... c'est assez tentant, admit le soldat après réflexion, mais je ne comprends toujours pas pourquoi.
- Il n'y a pas de raison particulière et je ne demanderai pas de paiement, assura l'ancien prisonnier avec un haussement d'épaules. Tu n'es pas aussi terrible que je le pensais et... eh bien, comme je l'ai déjà dit, autant occuper utilement mon temps si nous n'allons pas bouger de sitôt.
À ces mots, le soldat acquiesça tranquillement avant qu'un sourire ne commence à naître au coin de sa bouche. La magie... n'était pas quelque chose qu'il avait jamais considéré sérieusement, et il ne pensait pas le faire un jour. Mais Syraël n'avait pas tort, rien ne l'empêchait d'apprendre quelques tours utiles, pour lui et ses camarades, sans renoncer à démontrer son habileté aux armes sur le champ de bataille.
- Dans ce cas, j'accepte et je te remercie. Et ne te trompe pas, je pense toujours que tu es un connard, rit-il sans hostilité, mais je pourrais peut-être te compter parmi mes amis. À tout le moins, tu es plus soucieux des autres que tu ne le laisses paraître.
- La flatterie ne te mènera nulle part, Hadvar, asséna l'elfe avec raideur.
- Très bien, de toute façon je le pense vraiment. Même si tu es trop fier pour l'accepter, renchérit l'impérial en observant la gêne de l'autre, sincère dans ses propos.
Et très revanchard pour toutes les difficultés qu'il lui avait causé.
Soupirant, le magelame secoua la tête tout en se maudissant pour son manque d'attention. Il avait baissé sa garde, trop heureux d'être en vie et maintenant, Hadvar allait se plaire à utiliser cette faiblesse contre lui.
- Quoi que tu dises... bien, commençons. Déjà, faisons un contrôle de connaissance. Dis-moi ce que tu sais de la plupart des morts-vivants.
- Pourquoi ça ? se renseigna le soldat sans cacher sa perplexité et son léger dégoût.
- À quoi te servirait-il de connaître les bons sorts si tu n'es pas capable d'identifier les situations d'emploi les plus optimales pour chacun d'eux ? questionna innocemment Syraël... ou autant que possible.
Si l'homme voulait tenter d'utiliser sa sensibilité à la flatterie, alors Syraël ne se priverait pas de lui rappeler que la provocation pouvait aller dans les deux sens.
- Je suppose que tu as raison, soupira son élève d'un soir avant de répondre au mieux de ses capacités, les morts-vivants sont des cadavres réanimés par des magies interdites, tous vulnérables au feu, qui ne se montrent presque jamais à la lumière du jour. Ils servent des nécromanciens, sauf les draugrs, plus dangereux que les squelettes et la plupart des autres morts-vivants, qui vénéraient les dragons et furent punis par les vrais dieux pour leur hérésie.
- Ce sont des connaissances assez basiques, mais plus que ce qu'en sait le nordique moyen, approuva Syraël en penchant la tête avec réflexion, incertain de jusqu'où ils pouvaient aller sur le sujet au vu de la superstition notoire des nordiques. Pas mal, donc. Tu as raison, sauf sur trois points.
Se relevant, il se dirigea vers les sous-bois avant de revenir avec une brindille assez solide et commença à dessiner du mieux qu'il le pouvait sur le sol meuble. Ce qui n'était pas très bien, même si son élève d'une nuit ne s'en plaignait pas. Un sol meuble à Skyrim serait considéré dur partout ailleurs. Au moins, ils n'étaient pas dans la Crevasse ou sur un glacier…
- Premièrement, il n'y a pas de niveau de dangerosité distinct entre les draugrs et les autres morts-vivants. Tout se joue sur la force de la magie qui les a invoquées et la finesse du rituel utilisé. Mais, généralement, ils suivent la règle ''plus c'est fort, plus c'est rare'' qui est courante dans plusieurs domaines magiques.
- Tu sais, je viens de me rendre compte que nous allons réellement parler d'un sujet tabou car tu es un interlocuteur sans retenue sociale. Ce qui ne me dérange pas plus que ça, informa Hadvar d'un ton mi-factuel, mi-surpris.
- La notion de tabou varie selon les individus et je n'y accorde guère de crédit en général. Mais pour y répondre, je pense que le véritable tabou serait de chercher comment en créer ou en contrôler et non pas connaître les faiblesses permettant de se battre contre eux. À moins de vouloir se lancer à l'aveugle mais, dans ce cas, le refus de réponse n'est rien de plus que de la stupidité pure et simple. Je ne me sens pas honteux de pouvoir maximiser mes chances de victoire face à ces créatures sans pour autant m'intéresser aux rituels nécessaires à leur création. Es-tu en désaccord ?
- Non, je pense que tu es dans le juste, accepta Hadvar sans hésiter, et c'était déjà mon avis. Mais je ne suis pas obligé d'aimer aborder un sujet qui me met mal à l'aise.
- Naturellement, accepta Syraël d'un hochement de tête. Nous continuons ?
- Parce que j'ai le choix ? demanda le nordique, conscient de la perche qu'il tendait.
- Non. J'aime trop parler pour ça, répondit le magelame sans hésiter. Surtout avec un interlocuteur qui n'est qu'à moitié réticent pour une fois.
- Putain... soupira Hadvar, résigné mais un coin des lèvres relevé.
À moitié, qu'il disait... de tous les moyens existants dans le monde pour tisser une relation...
- Ta seconde erreur est de mettre tous les morts-vivants au même niveau intellectuel, poursuivit l'autre homme en ignorant son vis-à-vis désabusé. Un squelette n'aurait pas le même niveau qu'un draugr qui est généralement en partie conscient de lui-même et reste inférieur à un vampire qui conserve théoriquement des capacités intellectuelles intactes. C'est-à-dire tant qu'il n'est pas assoiffé. Sans parler des liches et autres fantômes qui ont leurs propres qualifications et dont les capacités dépendent ou non d'une subjugation... ou corruption.
- Donc, pour résumer, la force dépend du rituel utilisé et l'intelligence du type de créatures invoquées ?
- Oui, exactement. Cependant, comme certains types peuvent pratiquer la magie, et même mieux que certains mortels, il peut être utile d'avoir soi-même quelques connaissances sous le coude. Surtout en guérison et en pyromancie.
- Ce sont de bons conseils, merci. Dans ce genre de situation, j'avais dans l'idée que la magie est plus intéressante dans le sens où elle permet de les attaquer à distance plus efficacement que ne le feront jamais les flèches. Mais tu me dis que tous les avantages que nous obtiendrons, ils l'auront aussi. Merveilleux. Sinon, est-ce que je veux savoir combien tu en as abattus pour en dire autant ?
- … Probablement pas, non. Même si j'ai quelques histoires de mes meilleurs coups à raconter si tu veux animer la soirée.
- Pourquoi pas ? accepta Hadvar après une petite hésitation. Avant ça, tu as dit que j'avais fait trois erreurs. Quelle est la dernière ?
À ces paroles, Syraël sourit en se penchant légèrement. La lueur du feu éclairait son visage et se reflétait dans ses yeux, captivant le soldat qui attendait sa réponse. Lorsque celle-ci vint, il faillit sursauter.
- Bien. J'apprécie les élèves attentifs. Ta dernière erreur est de partir du principe que morts-vivants et nécromanciens vont de pair dans une relation hiérarchique. Or cette idée n'est valable que pour les seconds dont l'art est basé sur l'usage et la soumission des morts. Plus tôt, tu parlais des draugrs mais je te garantis qu'il existe plusieurs vampires, fantômes ou liches qui travaillent seuls ou, au minimum, sans se subordonner à quiconque. Et tous sont extrêmement dangereux, comme par exemple la fois où j'ai...
Il allait continuer sur sa lancée lorsqu'il fut interrompu par un grognement dégoûté.
- Putain, j'arrive pas à y croire. Je vous quitte dix minutes et je vous retrouve à parler de cadavres ! De tous les sujets de conversation que vous auriez pu trouver... surtout toi, Hadvar !
- Malheureusement, Ralof, tu n'en sais pas la moitié, répondit Hadvar en secouant la tête.
- Malheureusement ? renifla l'intéressé en secouant la tête pour laisser tomber, passant l'eau à l'elfe qui la purifia. Je dirais plutôt heureusement ! Je ne veux pas penser à ce que l'esprit tordu de Syraël peut inventer d'autre après sa folle proposition d'alliance et votre conversation récente.
- De mon point de vu, ce serait bien ''malheureusement'' qu'il faudrait dire puisque tu n'as pas pu partager mon calvaire.
Oh merde. Et c'était reparti…
- Je suis toujours là et je vous emmerde, rappela Syraël par automatisme en cuisinant le ragoût.
Les deux idiots allaient certainement l'ignorer, pris dans leur histoire personnelle à deux, mais ça ne devait pas l'empêcher de protester par principe.
L'ambiance bon enfant ayant définitivement laissé place à une nouvelle tension, Syraël observa ses vis-à-vis en fronçant les sourcils, sirotant tranquillement sa nourriture. En soi, ce n'était pas vraiment handicapant... mais lassant et répétitif. Sérieusement, même si Ralof se montrait le plus impulsif, Hadvar n'était vraiment pas mieux. Quel besoin avait-il eu de le provoquer sans raison ni réel désir d'atteindre une résolution définitive ?
- Nous allons dans la même direction uniquement parce que tu es trop lâche pour assumer tes choix et que maintenant que tu as vu ce dragon, tu veux aller te réfugier chez ta sœur !
La moquerie méprisante coula des lèvres de l'impérial avec une facilité pratiquée, détruisant tout vestige de paix qui aurait pu subsister.
- Et on en parle de ton oncle, connard ? répliqua Ralof avec amertume. Malgré toute ta bravade, si tu étais si pressé que ça, tu aurais facilement pu te barrer à n'importe quel moment puisque tu es le seul à ne pas être chargé, que ce soit de nos provisions ou d'une camarade. Surtout que dès que ton noble devoir d'éclaireur a été accompli, tu n'as pas hésité à nous suivre comme un chiot perdu plutôt que d'attendre ton supérieur !
Grinçant des dents face à l'accusation de lâcheté, Hadvar se dressa, le visage tordu de fureur alors que Ralof décroisait ses bras et ajustait sa position en vue d'un combat. Les toisant silencieusement, Syraël se prépara à les arrêter au besoin tout en espérant le contraire.
Les deux ne cessaient de partager des récriminations mutuelles tout en se dévorant du regard. Ils étaient ridicules. C'était aussi simple que ça.
Au bout d'un moment, il allait bien falloir qu'ils réussissent à se mettre d'accord. De préférence avant que Syraël n'emprunte une page du livre d'Eria et ne tente de les noyer.
- Retire-ça immédiatement ! Je n'ai pas fui, je suis simplement inquiet pour ma maison et je veux les avertir au plus vite. Rester avec toi, de toutes les maudites personnes avec qui j'aurais pu me retrouver, est simplement une question de commodité même si cela signifie partager notre pitance.
Pinçant les lèvres et inspirant pendant une seconde, Syraël ouvrit la bouche en espérant que ses protestations soient écoutées tout en essayant d'ignorer sa frustration grandissante :
- Alors déjà, c'est ma nourriture que je partage généreusement et...
- Et tu penses que l'idée de ce maudit lézard près de chez nous ne me fait rien ? interrompit le sombrage en se redressant de toute sa taille, furieux de l'insinuation. Mais tu débloques complètement ma parole ! Oui je veux qu'Eivska reçoive des soins appropriés mais ça ne signifie pas que c'est la seule raison pour laquelle je te supporte depuis autant de temps !
- Ben voyons ! Et je suppose que c'est parce que tu te soucies autant du village que tu es parti sans un mot, si ce n'est à Gerdur, en te faufilant comme un voleur et sans même te questionner sur les conséquences de tes actes pour nous tous !
- Oi !
Commençant à perdre sérieusement patience, l'elfe fixa les deux nordiques tout en serrant ses avant-bras assez fort pour y laisser des marques. Ils ne parvenaient jamais bien longtemps à garder leur rancoeur mutuelle bridée, trop têtus pour laisser ne serait-ce qu'un bout de terrain à l'autre.
En conséquence de leurs cris, leurs souffles s'étaient accélérés jusqu'à devenir audibles, leurs visages se rapprochaient, trempés de la sueur de la journée et rougis autant par la lueur des flammes que par leur colère montante. Leurs respirations se mêlaient presque, empiétant sans hésitation dans leur espace respectif alors qu'ils plongeaient leurs yeux dans celui de l'autre, refusant d'abandonner.
… Oh. C'était ça le vrai problème ?
Putain, qu'attendaient-ils, au juste ?
Grinçant des dents, les deux finirent par reculer, à la grande déception de Syraël qui se résigna à les supporter encore un moment. Bien entendu, leur dispute ne s'arrêta pas là, ce serait trop simple.
- Bien sûr que je m'en soucie ! C'est pour nous libérer de la tyrannie de l'Empire que je suis parti ! Pour que nous puissions manger à notre faim sans être criblés d'impôts dus à des guerres dans lesquelles nous avons été embarqués ! Et tout ça pour quoi ? Pour finir trahis au-delà de toute réparation ? Comment l'Empire ose-t-il nous cracher au visage de cette façon ?! Comment osent-ils !
En osant, tout simplement ? Ralof se rendait-il compte qu'il parlait d'une entité politique et militaire dont les intérêts dépassaient de loin la seule province de Bordeciel ? Les dirigeants de l'Empire s'était rarement souciés du pays et de son peuple en tant que tel plutôt que comme leur extension subordonnée. La seule différence, c'est qu'ils agissaient maintenant ouvertement à ce sujet.
Non pas qu'Hadvar ait des arguments plus raisonnables. La véritable question n'était pas de définir le poids de ces conneries et davantage d'établir s'il y croyait ou ne le disait que pour objecter quelque chose à son ex-comparse.
- Et visiblement, ton altruisme ne t'a pas fait réfléchir au fait que tu donnais une excuse en or aux informateurs Thalmor pour venir fouiner ici à la recherche d'adorateurs de Talos ! objecta Hadvar avec ressentiment. Seul, ça n'aurait rien changé, mais mon grade, mon statut d'homme de confiance du général, la neutralité de notre jarl et la petite taille négligeable de notre village sont les seules raisons qui nous ont fait éviter une rafle thalmor opportune ! Mais y as-tu pensé à ça ? Non, bien sûr que non ! Tellement pris dans tes rêves de gloire et d'héroïsme pour notre patrie que tu-
- Et si tu balayais devant ta porte pour une fois ? proposa Ralof, sans crier mais avec une amertume suffisante pour être perçue par un sourd. Ton grade ne change rien, un pion reste un pion. Rester sous l'Empire signifie donner toute la permission au thalmor d'enlever qui ils veulent, comme ils le veulent. Et ce, sans même être inquiétés car les jarls sont divisés et aveuglés par l'or de l'Empire lui-même trop occupé à se perfectionner comme lécheur de bottes professionnel !
Exaspéré par cette dispute circulaire, Syraël prit une profonde inspiration avant de crier :
- MAIS VOUS ALLEZ LA FERMER, BORDEL ?! Vous êtes encore plus insupportables que moi quand je le fais exprès, c'est quand même dingue ! Je vous jure... seuls vous êtes fréquentables mais ensemble, c'est un cauchemar digne de Vaermina ! D'ailleurs-
AAOOUUUHHH !
Le hurlement distinctif résonna encore pendant plusieurs secondes autour d'eux, augmentant brièvement la tension avant qu'elle ne retombe en partie. Les deux anciens amis décidèrent d'en rester là pour se tourner vers leur troisième membre, l'un croisant les bras, l'autre fronçant les sourcils.
- Et bah bravo. Vraiment, c'est une bonne idée de révéler notre position aux loups...
À ces mots, Syraël s'étrangla de fureur, incapable même de finir sa phrase devant la pure audace de cette remarque. Les deux autres n'avaient quasiment pas cessé de se chamailler pendant toute la journée et se criaient encore dessus même pas trente secondes plus tôt !
Il allait les tuer. Non, les assassiner dans leur sommeil. Il ne leur laisserait même pas l'honneur de se défendre. Ceci fait, il rendrait leurs cadavres méconnaissables !
Indifférents aux pensées meurtrières de leur compagnon, Hadvar et Ralof se dévisagèrent en chien de faïence pendant quelques secondes avant que le sombrage ne pince les lèvres. Se tournant vers Syraël, il dit :
- Puisque tu tenais tant à une alliance utilitaire entre nous, tu n'auras sans doute pas de problème à monter la garde pendant la nuit ?
- Ce serait apprécié, intervint Hadvar en prenant une profonde inspiration. Parce qu'il est hors de question que je m'endorme alors qu'il reste éveillé.
- Humph ! Et ça, ça vient de l'impérial sournois qui compte davantage sur les embuscades que les combats honnêtes pour remporter ses victoires. Si quelqu'un devait se méfier, ici, ce serait moi.
Seul le fait qu'il ait toujours prévu une telle chose sauva les deux autres imbéciles. Eh bien, ça et la certitude que leur sommeil lui apporterait les heures de répit tant désirées. Il aurait pu leur crier à nouveau dessus mais à quoi bon ? Sa colère précédente s'était dissipée, ne laissant que lassitude et déception dans son sillage. Ils étaient tous des imbéciles.
Les juger pendant quasiment toute la journée avant de se comporter d'une façon au moins aussi honteuse qu'eux... pitoyable, c'était le moins que l'on puisse dire !
... Dieux, il était fatigué !
- C'est à peu près aussi approprié que ces mots venant de la bouche de celui qui a pris les armes pour l'un des plus grands traîtres de l'histoire de Bordeciel ! Au moins, notre but à nous était de mettre fin à la guerre, pas de la commencer !
- Ou plutôt continuer d'enchaîner notre peuple dans l'esclavage pour vos propres profits. Malheureusement pour vous, vos intentions sont claires pour n'importe quel véritable nordique et vous ne resterez pas longtemps en position de force, je vous le garantis !
- Continue d'espérer, traître. Avec le général à nos côtés, je pense que tu devrais réfléchir au trou dans lequel tu prévois de te terrer pour y finir tes jours !
- Me prends-tu donc pour un lâche ?! Si je pars, ce sera pour me diriger vers Sovngarde ! Et même votre général devra céder devant le vrai Haut-Roi et toute la puissance du Thu'um à nos côtés !
Mettant la dispute en sourdine, Syraël tenta de réprimer son sentiment de honte face à sa propre irrationalité, étouffant autant que possible sa migraine grandissante. Il ne lui restait plus qu'à espérer qu'ils arriveraient bientôt à Rivebois. Il avait mal à la tête, il était fatigué et son agitation refusait de descendre en dessous d'un certain seuil alors que l'anxiété ressurgissait dans ses veines par à-coups en nouant son estomac à chaque fois qu'il pensait se calmer.
Combien de temps ces loups mettraient-ils pour arriver ?
Finalement, les deux avaient fini par se lasser, l'épuisement de la journée l'emportant sur eux en commençant par Hadvar. Autant pour ses paroles précédentes.
À un moment donné, les loups s'étaient approchés de leur position mais, après une brève tergiversation, Syraël avait décidé que leur jeter les deux imbéciles en pâture n'en valait pas réellement la peine. Il avait travaillé si dur pour les garder en vie. Compromettre un abri voire une aide potentielle à Rivebois serait stupide et le mettrait encore plus en colère contre lui-même. Tant pis pour les bêtes. Au moins, sa patiente provisoire n'avait pas à se plaindre alors qu'il la gardait au chaud en alimentant le feu. Il s'assura également que ses blessures ne s'aggravent pas en lui administrant quelques potions.
Une fois le soleil levé, ils se préparèrent en silence avant de ranger ce dont ils avaient besoin. Syraël examina une dernière fois Eivska et Ralof s'assura d'effacer leurs traces tant que possible, pendant qu'Hadvar les observait silencieusement, adossé à un arbre.
Marchant rapidement, avec le magelame renouvelant régulièrement le sort d'Allègement de Fardeau sur un Ralof aux yeux cernés mais reconnaissant, ils finirent par arriver en marge de trois pierres taillées qu'ils identifièrent comme les Pierres Dressées. Nombre d'entre elles parsemaient Bordeciel, placées là où l'influence de leurs étoiles respectives les toucherait au mieux, généralement dans des endroits isolés et difficiles d'accès, mais seul ce trio était… un trio. Cet ensemble possédait comme autre particularité de représenter les trois constellations majeures ayant offert leur protection aux mortels.
Après une brève hésitation, Syraël s'approcha de la Pierre du Mage et la toucha. Un faisceau de lumière éphémère s'étira jusqu'au ciel alors qu'une partie de l'énergie se mêlait à sa magie. Il y avait peu de chances que cela lui soit utile, mais on ne savait jamais. Se retournant, il constata qu'Hadvar et Ralof le fixaient en étudiant son choix.
- Eh bien, à chacun ses spécificités. Ce n'est pas à moi d'en juger, commenta finalement l'impérial en haussant les épaules et en reprenant la route. D'ailleurs, juste par curiosité, quelle est ta constellation ?
Oh, super... une autre occasion de se présenter comme digne de confiance !
- Le Serpent.
À ces mots, Hadvar eut un mouvement de recul alors que Ralof lui lançait un regard horrifié. Sans se soucier de la réaction prévisible, Syraël se contenta de rouler des yeux et continua à avancer, scrutant la route en contrebas dans un effort pour apercevoir Rivebois. Malheureusement, les arbres feuillus dissimulaient le village bien qu'ils sachent, objectivement, qu'ils n'étaient plus trop loin. C'est fou comme de la nourriture dans le ventre et un épuisement moindre pouvaient améliorer le rythme de marche.
- Mais c'est une constellation impie ! s'exclama Ralof, alors qu'Hadvar étudiait leur compagnon de voyage d'un œil nouveau, la prudence se glissant sur ses traits.
- Une constellation de non-étoiles, en fait. C'est-à-dire qui n'émet aucune magie liée à la lumière. Quand à l'autre partie... non. Absolument pas. Tu peux avoir un problème avec Orkey ou Arkay, peu importe comme tu l'adores, mais je t'assure que lui et moi n'avons rien en commun. Alors, n'agissez pas comme si je l'avais demandé, voulez-vous ? Si ça vous inquiète, sachez que je n'en ai pas profité pour vous maudire dans votre sommeil ou autres conneries. Avançons. J'aimerais me laver de toute cette crasse, suie et sang avant de pouvoir enfin dormir.
Sans plus s'attarder, il jeta à nouveau un sort sur Ralof avant de se remettre à marcher rapidement en direction du village, mettant un terme clair à la conversation. Après une nuit blanche, leur dispute et la sensation poussiéreuse et collante qui couvrait son corps ? Sans parler du soleil dont la lumière se reflétait sur la rivière en contrebas, ravivant sa migraine. Il voulait une putain de pause.
Non pas que cela empêche les imbéciles superstitieux derrière lui de le regarder comme s'ils s'attendaient à ce qu'il s'avère être un daedra déguisé. Tant pis pour eux.
Il avait l'habitude de ce genre de réaction. Et cela ne le dérangeait plus depuis longtemps. Une fois cette information connue, il n'était pas rare qu'il se retrouve face à des réactions extrêmes. En cela, le traitement silencieux d'Hadvar n'était pas une surprise. Mais que voulait dire Ralof quand il marmonnait sur les spectres des glaces ?! Voilà encore autre chose, tiens !
Enfin bon, pour toute sa mauvaise humeur, rien ne l'empêcherait de garder ses sens aux aguets en prêtant une attention toute particulière au ciel. Même le bruit de l'eau et l'odeur de la forêt autour d'eux ne parvenaient pas à l'apaiser entièrement.
La matinée passa rapidement, au gré de leur progression, de givreboises cueillies sur la route pour apaiser quelques fringales et de lys des cimes récoltés. Peut-être lui permettraient-ils de créer des potions de soins utiles à l'avenir. C'est-à-dire si le prochain aubergiste avait du blé en rab et une table d'alchimiste. Franchement, après la merde qu'ils lui avaient balancée à la gueule la veille, les dieux lui devaient bien ça !
… Au moins, il n'avait fallu qu'une petite demi-heure pour que ses compagnons de voyage se rapprochent à nouveau de lui. Non pas qu'il s'en soucie au-delà de la fin de sa paix mais, au moins, cela devait signifier que Ralof le tolérait toujours sous son toit. Ce qui était toujours ça de pris.
Ils croisèrent une meute de loups qu'il expédia rapidement grâce à son travail d'équipe avec Hadvar, Ralof protégeant sa charge. À un moment donné, c'était devenu un concours, mais ce n'est pas lui qui s'en serait plaint. Après tout, il ne pouvait pas laisser ces nordiques se croire indispensables à sa survie, n'est-ce pas ?
Le score final s'avérant être une égalité, ils en profitèrent pour s'octroyer une petite pause. Hadvar alla remplir sa gourde de soldat avec l'eau de la rivière pendant que Ralof restait avec lui, non sans déposer Eivska à l'ombre. Voyant le magelame dépecer l'un des loups vaincus, il le rejoignit tranquillement après une courte tergiversation.
- Je voulais te dire merci, lança brusquement Ralof en agrippant fermement l'une des bêtes au sol tout en prenant un petit poignard afin de l'aider, et... m'excuser. Je suppose.
Pris au dépourvu, Syraël s'arrêta un bref instant avant de reprendre sa tâche, émettant juste un bruit pour signaler qu'il écoutait.
- Je sais que je n'ai pas été le plus agréable depuis que nous sommes sortis. Surtout que je t'ai aussi invité chez moi. En fait, j'espérais que ça se passerait un peu différemment. Mais c'est plus fort que moi, je peux à peine supporter l'autre imbécile et chaque mot qui sort de sa bouche finit d'une façon ou d'une autre comme une insulte envers tout ce en quoi je me bats. Que ses chers amis soient aussi responsables de l'état d'Eivska rend les choses encore pires. Compte-tenu de notre passé commun et des circonstances derrière notre réunion, j'ai accepté d'aller à Rivebois avec lui en pensant que...bon sang. Voilà que je m'emmêle à nouveau les pinceaux.
Il s'interrompit une nouvelle fois, le temps de récupérer une voix aussi égale que possible avant de reprendre sa tirade sans lever les yeux.
- Je suppose que... ce que je veux vraiment dire, c'est que je suis désolé que tu te retrouves mêlé à ça. Impliquer un étranger auquel nous devons tous les deux la vie dans nos querelles est indigne de nordiques.
- D'accord, accepta Syraël sans y réfléchir davantage, retirant soigneusement la peau nouvellement retirée et l'étalant à côté, non sans prévoir de la laver le plus tôt possible.
- Je sais que... attends, quoi ? Clignant des yeux, Ralof observa son vis-à-vis.
Syraël, légèrement amusé par sa surprise, haussa les épaules et attrapa le loup restant. Baissant les yeux sur son travail, il décida d'une courte pause pour éclaircir la situation.
- J'ai dit d'accord. Je ne sais pas à quoi tu t'attendais, mais j'ignore pourquoi je devrais en faire un drame. Oui, j'ai détesté votre dispute et j'ai pensé plus d'une fois à vous botter les fesses. Au moins. Mais, d'un autre côté, c'est probablement à cause de moi si nous faisons actuellement ça.
Tout en parlant, il désigna le canidé avant de recommencer le dépeçage, ses geste rapides, efficaces et dénués d'hésitation.
- Tu es sérieux ? Tu vas vraiment laisser courir aussi facilement ? Même après une partie de la nuit passée à nous fusiller du regard comme si tu prévoyais de nous jeter aux loups ?
Il n'appellerait pas ça facile mais si le nordique voulait le croire, il ne le détromperait pas. Après tout, accepter les excuses signifiait qu'il n'était pas – trop – en colère. Pas qu'il oubliait ou ne demanderait pas un dédommagement plus tard.
- Ah, tu as remarqué ? demanda l'intéressé pour la forme, pas surpris. Et tu exagères, je n'ai mis que vingt minutes pour me lasser.
Ralof n'avait pas survécu dans la nature pour rien mais n'était pas particulièrement doué pour dissimuler ses intentions non plus. Il possédait une honnêteté brutale mais parfois appréciable.
Un bon exemple de ses piètres capacités de tromperie serait que Syraël n'avait jamais vu de dormeur aussi immobile et aux inspirations si maîtrisées. Du moins, parmi ceux qui n'étaient pas des assassins, des voleurs ou autres types peu recommandables. Et encore.
- J'avais un pressentiment. Je ne me suis vraiment endormi que lorsque j'ai eu la certitude que tu les avais chassés.
Amusé, il releva la tête pour lancer un sourire menaçant à Ralof, les yeux étrécis et appréciant le recul instinctif de celui-ci à sa juste valeur.
- Ce qui explique les cernes. Hadvar a peut-être une plus grande maîtrise orale mais ton instinct brut est bien meilleur. Les conséquences d'être dans l'armée, à te battre dans les territoires les plus rudes, ou est-ce une expérience d'enfance ?
- Pourquoi veux-tu savoir ? interrogea le nordique, la méfiance tempérant brièvement sa bonne volonté.
- Juste par curiosité, admit volontiers Syraël, ne voulant pas ruiner l'ambiance tranquille qui commençait à s'installer avec des jeux d'esprit qui seraient certainement mal reçus. De façon surprenante, j'apprécie suffisamment notre échange pour vouloir le prolonger.
- … C'est l'armée, confirma Ralof après une brève hésitation. Avec l'Empire monopolisant la plupart des ressources agricoles, nous dépendons beaucoup de la chasse et de la pêche pour nourrir nos soldats. Mais dans nos territoires, c'est souvent dangereux. Il nous faut apprendre vite ou risquer d'être handicapés, parfois définitivement. Voire de mourir.
Logique, en effet. Des terres peu fertiles - pour ne pas dire des déserts de glace - défavorables à l'agriculture. Des lieux infestés d'animaux et autres créatures hostiles… les sombrages n'avaient pas été gâtés avec ce qu'ils avaient obtenu. Surtout avec le grand gel de l'année précédente qui avait détruit de nombreuses récoltes et se trouvait sur toutes les bouches, même à Bruma.
- Je peux voir pourquoi, accorda Syraël en hochant pensivement la tête. Entre les ours, les loups, les spectres des glaces, les smilodons et, pour les plus malchanceux, des trolls ou des lucereines, la moindre erreur peut vite tourner au cauchemar.
- Je confirme. Surtout que tu as oublié les plus dangereux.
Étonné, son interlocuteur lui jeta un regard en coin, réfléchissant aux créatures plus dangereuses que les trolls ou les lucereines avant que son aide ne le coupe.
- Les troupeaux de mammouths, révéla le rebelle avec un sourire en coin qui ne fit que s'agrandir au soupir exaspéré de son camarade provisoire.
- Les mammouths, bien sûr. Et les géants qui les gardent. Comment ai-je pu oublier des cibles de chasses si évidentes, en effet.
- Tuer un géant nous permet de mettre la main sur du butin souvent nécessaire pour nos troupes, expliqua le sombrage en retirant nonchalamment quelques nerfs qui s'étaient glissés sous ses ongles. Abattre un mammouth est un vrai soulagement pour nos réserves de vivres et plus encore car, entre l'ivoire, la graisse et les os, rien ne se jette. Dans tous les cas, la victoire fait de nous des héros jusqu'à la prochaine chasse. Au moins.
Syraël poursuivit la conversation avec une compassion exagérée pour les pauvres géants qui lui valut un roulement des yeux exaspéré. Mais ça allait. Il n'était pas un homme colérique de toute façon. Juste mesquin et rancunier.
Quand il en dit autant à Ralof, celui-ci renifla avant de laisser échapper un rire bref. Plus détendu qu'il ne l'était depuis le début de cette conversation à la fois agréable et étonnamment confortable, il finit par sourire amicalement au mer.
- Alors ça, c'est l'une des rares choses sur lesquelles je te croirais sur parole.
- Personne n'est parfait, reconnut Syraël en retournant la bête pour s'attaquer à son autre flanc, prenant garde à ne pas finir éclaboussé de sang ou à tacher les fourrures encore davantage. Je peux reconnaître mes défauts. Dans certaines circonstances.
- Et par ''certaines circonstances'', je suppose que tu veux dire ''celles qui me sont profitables'' ?
La traduction sarcastique de Ralof, pas dupe, arracha un sourire plus large à Syraël que ceux qu'il avait eus depuis le début de la journée. Non pas que ce soit un exploit vu la façon dont celle-ci avait commencé. Ou peut-être que si, juste parce qu'il se sentait un peu mieux ? En fait… peu importe.
- Et si je répondais oui ? proposa-t-il avec une fausse innocence.
- Alors je répondrais que c'est comme le font la plupart des gens. Désagréable au possible mais pas spécialement relevable.
Surpris par la réponse plus sérieuse mais pas forcément déplaisante, l'elfe fixa le nordique avec intensité… avant de briser le moment avec un haussement d'épaules.
-... Alors je réponds oui.
- Connard, établit Ralof sur un ton définitif.
- Une autre de mes grandes qualités, renchérit l'intéressé.
- Un véritable fléau, rétorqua le sombrage, se laissant prendre au jeu.
- Absolument pas. Je suis un véritable délice à côtoyer et ce, en permanence, affirma Syraël en terminant son ouvrage et se relevant pour étendre sa récolte à l'écart.
- Tu ne viens pas de reconnaître être un connard ?
- Je ne vois pas en quoi les deux sont incompatibles. Après tout, il est amusant de l'être.
- J'aurais dû te laisser en tête-à-tête avec le bourreau, déclara solennellement Ralof comme s'il énonçait un fait irréfutable de la vie.
Malgré ses dures paroles, ses yeux étaient chauds alors qu'un sourire tirait le coin de ses lèvres.
- Malheureusement, tu es trop stupide et courageux pour ça. Et tu vas donc devoir vivre avec cette décision.
L'échange terminé, ils laissèrent le silence retomber et retournèrent au travail. Un court moment plus tard, Hadvar remonta la pente en haletant, un peu fatigué, et haussant les sourcils face aux peaux étalées par terre.
- Je suppose que c'est bon ici aussi donc ? Parfait.
- Si on veut. Je finis la mienne et ce sera bon. Tu y as mis le temps. Tu t'es perdu en route ?
Sans répondre à Ralof, Hadvar se tourna vers Syraël pour lui lancer sa gourde pleine. Le doux clapotis le tenta suffisamment pour y mouiller ses lèvres sèches.
- J'ai utilisé ma magie pour faire bouillir l'eau puisqu'il fallait la rendre propre à la consommation. Si tu veux nettoyer ces peaux, il vaut mieux y aller maintenant. Si Ralof doit rester auprès de sa camarade, je peux t'accompagner pour ça.
- Pff, et le voilà magicien maintenant... maugréa Ralof, son humeur agréable s'amenuisant à la proximité de son ancien ami et du mépris silencieux qu'il lui montrait.
Acceptant la proposition, Syraël se leva et prit les peaux déjà prêtes, faisant très attention à ne pas les abîmer avant de se diriger vers la pente. Toutefois, avant de descendre, il se retourna vers le sombrage et lui adressa un rapide signe de tête.
- Surveille mes arrières.
D'abord surpris par la demande inutile, Ralof comprit rapidement qu'il s'agissait moins d'une inquiétude pour leur sécurité et plus une marque de confiance et de courtoisie. Il acquiesça donc d'un signe de tête ferme avant de se repencher sur sa tâche précédente.
Sans plus s'attarder, Syraël descendit la pente graveleuse jusqu'à la rivière, deux ensembles de peaux sous chaque bras alors que le soldat l'attendait en bas, vaguement nerveux. Retenant un soupir, le magelame choisit de l'ignorer. Hadvar avait peut-être appris à comprendre les subterfuges langagiers typiques de Cyrodiil et son Empire, il restait malgré tout un garçon de ferme. S'instruire davantage dans l'art de la subtilité lui profiterait sans le moindre doute.
Prudemment, le soldat s'approcha. Il se détendit face à l'absence de rejet évident, puis décida de prendre une peau avec lui et d'essayer au mieux. Mais avant qu'il ne commence, une main glaciale sur son poignet le fit glapir. L'eau dégoulinante sur son uniforme n'arrangea rien. Heureusement qu'il ne faisait pas trop froid.
- Ta prise est maladroite. Si tu ne sais pas ce que tu fais, laisse-moi m'en charger, ordonna Syraël. Pour peu que je parvienne à les vendre, j'apprécierais que tu épargnes mon potentiel gagne-pain. Si tu veux gagner du temps, commence par ranger nos affaires. Il est presque midi, il nous reste encore une trotte jusqu'à Rivebois et je veux vraiment arriver avant la nuit.
Obéissant à regret, Hadvar s'approcha de la casserole et du tas de bois, prenant l'un et dispersant les autres avant de se tenir sur place, hésitant et sans repartir au camp. Ce n'est pas l'entrée en matière qu'il espérait mais son oncle ne l'avait laissé travailler qu'avec les peaux déjà traitées par Faendal, le laissant ignorant des étapes préliminaires. Finalement, voyant que l'autre l'ignorait toujours avec détermination, il soupira.
- Je suis vraiment si mauvais que ça ? Bon sang. Comme tu l'as sans doute déjà compris, je voulais te parler.
Pinçant les lèvres, Syraël essaya de dissimuler son exaspération. Sérieusement, qu'avaient-ils tous les deux à vouloir des conversations privées avec lui, soudainement ? L'un d'eux, il pouvait le concevoir. Mais les deux ? L'un après l'autre ? Il savait que l'impérial avait plus ou moins menti à son camarade et les avait espionnés pendant plusieurs minutes, mais c'était ridicule. Il n'était tout de même pas jaloux, si ?
Quoique… de ce qu'il avait vu de leurs interactions, ça ne l'aurait même pas surpris.
Malheureusement, il les mettait en retard et si Syraël avait apprécié sa discussion avec Ralof, cela ne voulait pas dire grand-chose pour sa tolérance limitée aux interactions sociales en tout genre. Il ne lui restait plus qu'à espérer que ce ne soit rien de trop lourd ou trop long.
Ne se décourageant pas face au silence, l'impérial observa pendant quelques secondes de plus Syraël travailler, s'occupant de sa deuxième fourrure. Il était rapide mais soigneux et son intuition lui disait qu'il partirait dès que sa tâche serait terminée, rendant son temps limité.
- Je pense que vous devriez vous enrôler dans la légion.
Il aurait dû s'en douter. Au moins, il avait eu un bref moment d'espoir.
- Vraiment ? demanda le magelame, son humeur s'aigrissant immédiatement.
Il n'avait pas fallu longtemps pour que l'un d'eux essaie de le recruter. Bien qu'il aurait parié sur Ralof et son franc-parler.
Ou plutôt, il avait pensé qu'Hadvar aurait davantage de jugeote et de décence que de lui demander de se battre pour un Empire ayant tenté de le décapiter à peine vingt-quatre heures auparavant. Mais sans doute était-ce trop demander.
- Oui, bien sûr ! Je veux dire, nous pourrions vraiment utiliser quelqu'un comme vous !
Dans l'ensemble, la situation aurait pu être pire. Bien sûr, l'ambiance entre Ralof et Hadvar était terrible et le dragon pouvait revenir à tout moment. Surtout si on y ajoutait le choc, l'inquiétude de l'un d'eux pour sa camarade qui ne se réveillait toujours pas était déjà pénible à supporter. Mais, au moins, il avait un plan : l'espoir de s'échapper avant que la merde ne tombe et un lieu de repos prévu.
Et juste au moment où il commençait à se sentir mieux, Hadvar venait gâcher tout ça avec ses gros sabots. Merveilleux.
- Écoutez. En ce qui me concerne, vous avez déjà plus que mérité l'amnistie.
C'était bon de confirmer qu'il avait mérité l'absolution de crimes inconnus.
- Je sais que vous n'avez pas vu la Légion sous son meilleur jour hier, mais laissez-nous une seconde chance.
Le problème, c'était que même en passant outre son exécution, il n'admirait pas particulièrement l'Empire de Cyrodiil. La lignée Septim, imbue de leur sang, était arrogante et casse-couille les bons jours. Les Mede, quant à eux, désespéraient de prouver leur légitimité malgré l'absence de la bénédiction d'Akatosh, les rendant opportunistes et pharisaïques à l'extrême. Surtout après la Grande Guerre qui avait terriblement entaché leur réputation, notamment auprès des nostalgiques et traditionnels.
Une telle demande n'était pas seulement inappropriée. Elle était insultante.
- De toute façon, le pays est verrouillé alors, à moins de vouloir à nouveau vous retrouver face à un bourreau, vous n'avez pas d'autre choix que de rester. Et la légion paie bien.
Ce qui se produirait, c'était qu'il irait à Rivebois pour obtenir un pied à terre et se reposer un peu. Il l'avait mérité et en avait vraiment besoin. Puis il partirait pour Blancherive. La ville étant la capitale commerciale du pays avant même Solitude de par sa position centrale, il y trouverait certainement un travail comme mercenaire. Au moins un avantage de la Guerre Civile. Peut-être gagnerait-il assez pour soudoyer les gardes à la frontières. Ou les contrebandiers.
Passer en force serait possible… mais ça n'en vaudrait sans doute pas la peine si ça le conduisait à être traqué par le Pénitus Occulatus comme agent thalmor potentiel. À moins qu'il ne vole ? Toujours risqué mais il le garderait à l'esprit. Au cas où.
Quoi qu'il en soit, il serait parti d'ici un mois. Pas question de rester aussi proche d'un foutu dragon, sans parler de la putain de guerre civile qui faisait rage.
Il n'avait presque aucune raison de rester et beaucoup de partir alors pourquoi se priver ?
- Et si les sombrages ont un dragon, seul le général Tullius peut les arrêter.
Quoi ?!
- Pardon ? Tu penses que les sombrages sont derrière l'attaque du dragon ?
L'exclamation s'échappa de sa bouche avant même qu'il n'ait pris conscience de la force de sa voix, l'esprit sautant sur les possibilités et conséquences de cette déclaration absurde. Était-ce la raison de son animosité persistante envers Ralof même quand elle n'avait pas lieu d'être ? Hadvar pensait-il que le dragon avait attaqué Helgen pour sauver les sombrages ?
Tenait-il les sombrages pour responsables de la destruction d'Helgen et la mort probable des citoyens ?
Voilà qui était éclairant, à n'en pas douter. Stupide - car pour quelle foutue raison le dragon voudrait-il sauver les rebelles ? - mais informatif.
Ralof tenait les impériaux en horreur pour l'exécution même si, vraiment, le gars aurait dû savoir à quoi s'attendre en s'engageant dans la rébellion. Hadvar pensait les sombrages coupables de la destruction d'Helgen, bien que les impériaux aient choisi de s'arrêter dans cette ville. Peu importe les raisons.
Ah.
Ralof avait mentionné s'y être rendu de nombreuses fois dans sa jeunesse. Hadvar, son ami d'enfance, était visiblement familier avec les habitants. Les mêmes personnes dont les cadavres reposaient désormais dans les restes calcinés de leurs maisons.
Au fond, la plupart ne se soucierait pas d'Helgen et sa tragédie. Ils l'utiliseraient simplement comme prétexte pour continuer de se battre entre eux. Une mort est une tragédie. Cent morts sont une statistique.
- Eh bien... oui, confirma Hadvar, les sourcils froncés et les yeux baissés sur ses mains, visiblement en pleine réflexion. Je sais que ça paraît fou mais il n'est pas impossible que les sombrages aient pu en trouver un. Surtout que leur siège est le Palais des Rois, un monument de notre histoire. Si des documents de l'époque des dragons ont pu survivre, c'est là-bas, tout près d'Ulfric, qu'ils se trouvent. Et comme par hasard, c'est au moment où il allait se faire exécuter que la première attaque depuis des siècles se produit ? Je ne peux pas être le seul à considérer la coïncidence un peu trop grosse.
Il n'avait pas complètement tort là-dessus. La coïncidence était étrangement fortuite, mais l'assentiment de Syraël s'arrêtait là. Ulfric ne possédait, à sa connaissance, rien qui intéresserait un dragon. De plus, s'ils étaient alliés, la bête n'avait pas fait beaucoup d'efforts pour le montrer alors qu'elle réduisait tout le monde en charpie, sombrages inclus.
Hadvar se laissait aveugler par la situation de la guerre civile, oubliant que tout ne tournait pas autour de cette catastrophe politique.
- Je suis d'accord avec toi pour dire qu'il s'agit d'une coïncidence trop fortuite pour être un hasard, commença l'elfe avec prudence.
- Ah ! Je savais que vous le verriez aussi ! s'exclama Hadvar avant que le magelame ne lève une main pour demander le silence.
- Cependant, je ne vois pas comment le dragon aurait pu être du côté sombrage, termina Syraël comme s'il n'avait pas été grossièrement coupé. Il n'avait rien à gagner à libérer Ulfric ou à détruire Helgen.
Avant que le soldat n'ait pu aller plus loin qu'un début d'argument sur le prolongement de la guerre, Syraël perdit patience et prit sa voix. Sans se soucier du regard noir qu'il obtint, il poursuivit dans l'espoir qu'Hadvar réalise sa bêtise. Il n'était pas un idiot désespéré mais, comme souvent avec les hommes de toutes sortes, il se laissait facilement aveugler par la tragédie.
- Et je ne pense pas que les conflits politiques humains intéressent les dragons, contra calmement le magelame, certain de son hypothèse, tout en continuant de laver les peaux. De plus, il a aussi tué des sombrages lors de son attaque.
Qu'il les ait brûlés vifs, enterrés sous des tonnes de pierres et de bois ou éviscérés. Entre autres. La catastrophe avait précipité beaucoup des personnes présentes dans un destin tragique sans se soucier de leurs camps ou aspirations.
-... Je suppose que vous n'avez pas tort, se dégonfla Hadvar, prenant un air abattu et même endeuillé. Je sais que c'est stupide, mais je me sens si impuissant. Et je suis tellement en colère ! Après tout, la seule raison pour laquelle les sombrages s'en sont sortis aussi facilement, c'est parce qu'ils ont abandonné ces pauvres gens à une mort cruelle.
Il avait techniquement raison sur ce point. Les sombrages prétendaient se battre pour le peuple mais, quand ils s'étaient retrouvés en danger, même leur élite s'était enfuie sans demander son reste.
D'un autre côté, ceux-ci n'avaient pas tort non plus car, même s'ils étaient restés, ça n'aurait sans doute rien changé. Tout le monde aurait tiré sur tout le monde sans garantie de pouvoir mettre la bête à terre. Dans cette situation, la retraite était certainement l'option la plus sage.
Mais il n'en demeurait pas moins que, de ce qu'il en avait vu, ils n'avaient même pas essayé, en tant que groupe, de sauver ne serait-ce qu'une seule personne de cet enfer brûlant. Au moins, il reconnaîtrait aux impériaux qu'ils avaient accompli leur devoir. Les sombrages les avaient abandonnés.
Les mêmes gens qui, il n'y avait pas si longtemps, applaudissaient leur mise à mort future.
… Pff. Ouais, en effet. Comme s'ils allaient leur tendre la main après ça.
Quoique... techniquement, sa tête était quasiment sur le billot et il avait sauvé Hadvar. Dans l'optique de se servir de lui au besoin.
Au fond, même s'il comprenait pourquoi le soldat était en colère et s'en voulait, chacun avait suivi ce qu'il pensait être la meilleure ligne de conduite. Et, dans ce chaos, son avis était que les survivants comptaient parmi les chanceux. Rien de plus et rien de moins. Bien qu'il veuille entendre la réponse d'Hadvar sur quelque chose.
- Ce n'est pas pour mes intentions d'évasion que tu étais en colère, énonça le magelame avec certitude après un moment de réflexion.
La question provoqua un silence qui dura plus longtemps que Syraël ne l'avait escompté. Il en profita pour terminer son travail, secouant la dernière peau à sa disposition. Finalement, Hadvar répondit d'un ton mesuré bien que ses mains, posées sur ses cuisses, tremblaient :
- … Je ne pensais pas correctement à ce moment-là. Je comprends votre point de vue, à votre place, j'aurais sans doute fait pareil. Mais ma première pensée a été que vous auriez mis les villageois en danger et, après avoir vu brûler des gens que je connaissais depuis l'enfance sous mes yeux, c'était une situation… pénible à imaginer. Non pas que cela compte encore.
Hadvar s'interrompit un moment et Syraël reporta son regard sur le cours d'eau. Quand le soldat se releva, le magelame observa ses yeux secs bien qu'affligés.
- Je suis désolé mais je pense que je vais remonter. Je sais que c'est moi qui ai demandé à discuter mais-
- Pas de problème, accepta Syraël, autant pour sa paix que parce que même lui ne se montrerait pas insensible devant quelqu'un de si bouleversé.
Quand il y repensait, il était celui qui avait le moins perdu à Helgen.
Son équipement et sa tranquillité d'esprit ne pesaient pas si lourd comparés aux pertes de Ralof et Hadvar.
Avec un dernier signe de tête, Hadvar remonta la pente, le laissant seul, non sans soulagement, alors qu'il terminait ses fourrures. La pathétique tentative de recrutement du soldat avait peut-être échoué mais il lui avait donné matière à réfléchir. Ou, plutôt, lui avait rappelé sa préoccupation précédente.
C'était bien trop étrange – bien trop pratique – qu'il se réveille dans cette charrette sans se rappeler de comment il avait pu en arriver-là. Et la coïncidence avec l'attaque qui avait suivi crevait tellement les yeux que même un ancien garçon de ferme qui ne voyait jusqu'ici les dragons que comme des mythes sentait que quelque chose n'allait pas. Il n'avait aucune raison de croire que le dragon le visait lui, surtout que la chose l'avait complètement ignoré, mais ces deux événements partageaient forcément un lien.
Ses seuls indices étaient la faim qui le tenaillait et l'état pitoyable de son corps fatigué, amaigri et criblé de blessures qu'il avait péniblement continué à soigner. Sans oublier cette fichue fleur. Mais, pour cette dernière, il n'avait pas réussi à l'étudier autrement qu'en surface pendant la nuit, faute de matériel approprié.
Il sentait la force qui parcourait l'artefact. À son grand soulagement, il avait au moins pu confirmer qu'elle ne contenait ni magie nocive, ni malédiction. Elle semblait plus de type défensif, si le bourdonnement rassurant contre sa propre magie était une indication. Malheureusement, impossible d'en savoir plus, elle ne lui évoquait rien de particulier.
Mis à part l'envie passagère de sourire comme un crétin euphorique.
Sérieusement, il n'avait pas pu se faire sa première petite amie, développer des sentiments réciproques et juste l'oublier, n'est-ce pas ?
... Non, aucune chance. L'amour n'avait jamais été un truc pour lui et il n'y avait aucune raison pour que ça change.
Il avait vraiment besoin de repos.
Combien de temps avant de voir enfin ce fichu village ?
Remarque de Fin de Chapitre :
➢ Ralof a effectivement été sauvé à deux reprises par Syraël lors de leur épopée souterraine. En premier lieu quand il décide de cette alliance qui leur a, selon lui, permis de progresser plus vite et plus facilement et, en second lieu quand le pont s'est écroulé et que celui-ci a dressé un mur protecteur. Après, si l'on est tatillon, on peut aussi compter la fois où Syraël s'est occupé du tortionnaire qui s'apprêtait à le foudroyer avec son amie dans ses bras. Bien sûr, Ralof et sa fierté nordique tiendrait le compte. Le contraire signifierait qu'il accepte d'avoir dépendu de lui sans le rembourser en retour, ce qui est hors de question.
➢ Pour ce qui est des informations fournies par Eria, oui, elle et ses hommes vont effectivement suivre l'itinéraire donné. Et oui, ils en ont discuté devant Hadvar, un soldat impérial. Parce que, au final, ce dernier ne peut rien faire pour les en empêcher. Ils ne le laisseront pas les suivre, ce qui signifie que sa seule chance est de partir au nord et quand bien même il croiserait certains de ses camarades pour leur passer l'info, ceux-ci auraient, au minimum, des heures de retard et ne pourraient risquer de s'enfoncer trop profondément dans le territoire sombrage, surtout avec Tullius toujours porté disparu.
Ce qui fait donc de cet échange à la fois une réponse à ses hommes ainsi qu'une revanche pour l'exécution manquée couplée à une démonstration de pouvoir de la part d'Eria. Ici, elle est celle qui a l'avantage. Ce fait n'a pas échappé à Hadvar, bien que cela lui déplaise fortement et n'a donc pas arrangé son humeur pour le reste de la journée, ce qui le conduit finalement à s'attaquer à Ralof, pour une fois, sans provocation de ce dernier.
➢ Pour les adieux d'Eria, celle-ci n'apprécie que Ralof mais respecte un peu les autres. Alors elle a décidé de leur faire des adieux corrects sans pour autant aller trop loin. Elle les saluera comme on le fait dans le nord mais, si ceux-ci n'apprécient pas Talos, tant pis pour eux. De plus, ça ne vaut que tant qu'ils se rendent à Rivebois, c'est-à-dire avec Ralof. Au-delà de ça, elle n'en a plus rien à faire d'eux.
➢ J'espère l'avoir rendu assez clair mais, même si Syraël est un utilitariste, il n'est pas sans cœur non plus. Il est même plus doux qu'il ne le reconnaît lui-même et l'admettra encore moins à autrui. Et oui, cette idée de maintenir le moral de ses camarades parce qu'ils en ont besoin pour fonctionner est une connerie totale, sauf pour préserver sa fierté.
➢ Pour ce qui est de la dispute entre Ralof et Hadvar, oui, il y a une disposition humoristique (du moins je l'espère) dans le fait qu'ils sont incapables de s'arrêter bien longtemps, mais ce n'est pas que ça. Leur histoire commune et leur rancoeur mutuelle leur rendent la tâche difficile en matière de coopération. Ce n'est pas un simple désaccord idéologique mais aussi le sentiment de trahison réciproque qu'ils ressentent en tant qu'ex-meilleurs amis. Ils pensaient pouvoir compter l'un sur l'autre quoi qu'il arrive et les voilà désormais dans des camps opposés.
De plus, comme d'habitude, ils dansent autour du vrai problème, se cachant derrière des excuses circonstancielles (mais dont aucune n'est fausse, gardez-le à l'esprit) pour ne pas avoir à parler de la véritable raison pour laquelle ils n'écoutent pas les arguments de l'autre et méprisent ouvertement leurs points de vue respectifs.
Au fond, le vrai problème, c'est qu'ils se sentent trahis par quelqu'un en qui ils avaient confiance. Ce qui provoque leur colère qui ne fait que s'amplifier en sachant ce qu'il pourrait arriver à leurs familles en conséquence de leurs actes. Si l'Empire gagne, la famille de Ralof, jusqu'à son jeune neveu, s'expose à des rafles thalmor en remboursement de sa rébellion. Mais si les sombrages gagnent, alors la famille d'Hadvar pourrait bien finir ruinée et déshonorée comme ce qui arriverait à Adrianne Avenicci dans le canon (bien qu'en moins pire pour cette dernière puisqu'elle est toujours dans la capitale avec un solide moyen de subsistance) pro-sombrage.
➢ Non, Syraël. Peu importe à quel point ils sont impossibles à supporter ensemble, je suis presque sûre qu'il y a un chapitre du livre ''comment être quelqu'un de bien'' qui interdit de jeter ses camarades en pâture à des loups affamés. Même si tu ne t'en soucies pas, faisons illusion encore un moment...
➢ Oui, dans mon histoire, les Pierres Dressées auront une certaine importance. Tout comme les signes astrologiques. Celle de Syraël a été beaucoup réfléchie sur plusieurs aspects. Il en est de même pour chacun des personnages, canon et OC majeurs que j'introduirais alors : pouvez-vous deviner le signe de Ralof ? Et celui d'Hadvar ?
➢ Il est à noter que Syraël se sent outré et rancunier suite à son exécution manquée... mais il n'est pas surpris. Car, dans mon histoire, le système judiciaire de l'Empire ne fonctionne pas comme en Europe avec l'idée de la présomption d'innocence mais bien l'inverse, à savoir la présomption de culpabilité. Ainsi, les accusés doivent prouver leur innocence s'ils souhaitent échapper à la punition plutôt que l'inverse.
Je vous dis pas le nombre d'erreurs judiciaires ou de fausses accusations commodes qui doivent avoir lieu de cette façon...
Il s'agit d'un héritage pluri-millénaire venant de l'Empire Alessien et, plus précisément, des Marukhatis. Leur prophète ayant en effet déclaré, prétendument de la part de sainte Alessia elle-même : ''Tous sont coupables jusqu'à ce qu'ils prouvent leur innocence.''
Donc en soi, si l'on suit cette pensée... eh bien selon le point de vue de l'Empire, c'est Syraël qui aurait dû fournir des preuves de son innocence et non eux de sa culpabilité. Cependant, ce qui rend cette débâcle particulière, c'est vraiment que l'Empire lui-même ignorait de quel crime il était accusé. Avec la destruction des documents, cette absence d'information est donc à peu près sa meilleure chance de s'en tirer. Heureusement pour lui, à côté du chef de la rébellion, son visage n'était pas vraiment mémorable.
… Ou c'est ce qu'il croit.
Bonus Parodique :
Syraël : Donc... allez-vous cesser de vous disputer à un moment ? Parce que, prit séparément, vous êtes plutôt sympathique mais, ensemble ? C'est infernal !
Ralof : Je m'arrêterais quand il reconnaîtra que ses arguments n'ont pas d'autre sens que celui de la propagande impérial ! Il a besoin de voir la raison !
Hadvar : Ben voyons ! La seule chose nécessaire ici, c'est que tu cesses de participer à la prétendue cause qui met tout le pays à feu et à sang. Seulement à ce moment-là nous pourrons échanger raisonnablement !
Syraël : Non, ce dont vous avez vraiment besoin, c'est de cesser de me prendre pour votre confident et d'entamer une thérapie de couple. Sérieusement.
Hadvar : Je vais juste ignorer la dernière partie. Quand à la première... tu es assez nul en la matière, de toute façon.
Syraël : Répète ?! Je trouve au contraire avoir été un modèle de conciliation au sujet de tes conneries !
Ralof : Aucun de vous n'a tort. Tu n'es pas méchant ou rabaissant mais ta tendance à rendre muet les gens ne fait pas de toi une bonne oreille. Mais c'est aussi vrai que tu est plus tolérant que ce à quoi je m'attendais. C'est le grand air qui fait ça ?
Syraël : Je vais juste faire comme vous et ignorer la partie qui me déplaît. Alors... je n'ai tort sur rien ?
Ralof : Je suis au moins assez conscient de moi pour ça.
Hadvar : ... Mais de quoi vous parlez d'un coup ?
Liste des sorts utilisés :
Allègement de Fardeau → Le lanceur allège temporairement le poids de ce qu'il porte, lui permettant de prendre davantage de choses avec lui (tant qu'elles ne sont pas trop encombrantes) et/ou de se déplacer plus vite. L'effet ne dure cependant qu'entre une dizaine et une vingtaine de minutes et doit souvent être renouvelé.
