Poussière
Stede soupira, David venait d'arriver dans le salon et il était rempli de poussière. Il fronça les sourcils mais se força à prendre un ton léger pour demander à son fils :
-Comment tu t'es fait ça mon chéri ? Regarde dans quel état tu t'es mis, t'es tout cracra maintenant.
-Il a réussi à entrer dans la cabane à outils, ce chenapan, expliqua Ed.
-Mais vous ne faites jamais le ménage là-dedans ?!
-Bah non ! C'est juste pour stocker les outils donc pas besoin de nettoyer.
-Mais comment il peut en avoir autant sur lui ?
-Il s'est frotté partout et s'est roulé par terre, lâcha Izzy en hochant les épaules. J'ai pas compris non plus pourquoi il a fait ça, mais je l'ai vu de mes propres yeux.
-D'accord, bon bah on va aller prendre un bain mon chéri. T'es encore plus sale qu'un petit cochon.
Stede prit le petit par la main et l'emmena dans la salle de bain.
Une fois le petit propre, Stede redescendit avec lui et l'installa dans le canapé :
-Bon, je vous laisse le surveiller, moi je vais aller nettoyer votre dépotoir !
-Mais pourquoi tu veux faire ça ?!
-Parce que je ne comprends pas pourquoi vous voulez que ce soit sale !
-Parce que c'est un endroit où on fait du bricolage, notamment sur nos motos, donc faire le ménage ne sert à rien puisqu'on va tout resalir.
-Dans ce cas ça ne sert à rien de prendre de douche puisqu'on va à nouveau transpirer. Non mais sans blague, vous vous entendez parler des fois ?!
Izzy et Ed échangèrent un regard surpris, c'était la première fois que Stede s'énervait, surtout pour un sujet aussi futile que la poussière. Ce dernier prit son matériel de nettoyage et partit en direction de la cabane à outils au fond du jardin. Un fois dedans il cria :
-Vous vous foutez de moi ?! C'est pire qu'une décharge ! Vous n'êtes que des porcs !
Izzy et Ed grimacèrent, leur doux Stede était vraiment fou de rage pour qu'ils l'entende crier depuis l'autre bout du jardin alors qu'il avait refermé la porte fenêtre derrière lui.
Stede revint un peu plus tard, il était couvert de poussière et de toiles d'araignées :
-C'est la première et la dernière fois que je nettoie cette cabane. A l'avenir vous avez intérêt à la tenir propre vous-même, sinon ça va très mal finir.
-Mais c'est quoi ton problème avec ça ? Franchement c'est pas si grave la poussière, grogna Ed.
-C'est pas si grave ? Dans ce cas pourquoi mon père me donnait des coups de ceinture quand il trouvait que ma chambre n'était pas assez propre quand il passait son doigt quelque-part et que ça faisait une marque dans la poussière ? Si ce n'est pas si grave, pourquoi est-ce qu'il me forçait ensuite à faire le ménage dans ma chambre et dans toute la maison, tout en continuant de me frapper avec tout ce qui lui tombait sous la main ? Si ce n'est pas si grave, alors est-ce que je méritais d'être enfermé dehors nu en plein hiver dans la neige pour me punir d'être sale et d'avoir laissé de la poussière s'accumuler dans ma chambre ?
Un silence de plomb s'installa dans la pièce. Stede rangea son matériel de ménage :
-Donc non, la poussière ce n'est pas quelque-chose d'anodin. Un jour dans mon adolescence, en me promenant, j'ai découvert une maison abandonnée. J'y suis rentré et j'y ai trouvé une très grande bibliothèque au fur et à mesure de mon exploration. Quand je suis rentré, j'étais plein de poussière et de toiles d'araignées, comme vous pouvez vous en douter. Mon père m'a battu comme jamais, il m'a presque tué, et ensuite il m'a enfermé dans la cave pendant une semaine, sans me donner d'eau, de nourriture, de possibilité de me laver ou de me changer. Je n'avais pas non plus de quoi dormir ou m'occuper. J'étais simplement enfermé là, presque à attendre que je meurs. Ma mère n'était pas là à cette période, elle était en voyage chez ses parents, et je ne lui en ai jamais parlé. La seule chose que j'ai eu le droit d'avoir pendant cette captivité, ça a été qu'un collègue de mon père vienne me violer sur ordre de mon père, pour m'apprendre la vie d'après leurs mots. Mon père était maladivement maniaque en plus d'être un pervers narcissique violent, et j'ai bien compris que la poussière ce n'est pas de la rigolade. Alors oui, on peut penser que la poussière ce n'est pas si grave, mais moi j'ai vécu trop de mauvais traitements à cause de cette saloperie donc je ne laisserai jamais cette chose s'accumuler où que ce soit à présent.
Ed et Izzy étaient bouche bée, jamais ils n'auraient pu imaginer que leur compagnon ait pu vivre un tel enfer dans sa jeunesse, pour quelque-chose d'aussi banal et naturel que de la poussière. Stede soupira et se passa une main dans les cheuveux :
-Désolé, je ne voulais pas surréagir de la sorte, mais les vieux traumatismes ont la vie dure. Si vous voulez bien m'excuser, je vais aller prendre une bonne douche.
Le blond s'éclipsa dans la salle de bain, Izzy et Ed échangèrent un regard et se comprirent. Ed alla vérifier que David était bien endormi dans son lit car ils l'avaient mis à la sieste un peu plus tôt et les deux hommes rejoignirent Stede dans la salle de bain.
Sans grande surprise, ils trouvèrent le blond en train de pleurer à chaudes larmes sous la douche. Aussitôt ils se déshabillèrent et allèrent le rejoindre pour l'enlacer. Izzy l'embrassa dans le cou :
-Désolé qu'on ait réveillé de mauvais souvenirs comme des cons.
-Vous pouviez pas savoir.
-Non, mais tu n'as pas tort, on avait pas à laisser la cabane aussi sale !
-C'est pas grave, c'est moi qui doit oublier mes vieux démons. Après tout, si il y a un peu de poussière ce n'est pas si grave. Et puis David est un enfant, et je veux qu'il puisse se salir quand il joue, ça fait partie de l'enfance ! Moi je n'ai pas eu cette chance, mais je veux que mon fils puisse vivre l'insouciance de cette période, lui.
-Tu t'en sors très bien mon coeur, répondit Ed. Je te trouve très fort, car regarde, tu nous as crié dessus, mais tu n'as rien dit à David, tu ne l'as pas grondé, et ça, je trouve ça génial. Tu es un papa formidable, et David a beaucoup de chance de t'avoir. A l'avenir on fera attention à ne pas laisser la poussière s'accumuler, c'est promis.
-Non, ça va, il faut que j'apprenne à lâcher du leste et à me dire que ce salaud est mort depuis longtemps et qu'il ne peut plus rien me faire maintenant.
-Ce pourri, si je l'avais connu, je l'aurais tué de mes mains, cracha Izzy.
-C'est gentil mais je t'en aurais empêché, car j'aurais refusé que tu finisses ta vie en prison à cause de cet enfoiré. Il ne méritait pas que tu gâches ta vie à être derrière les barreaux. Mais merci de l'avoir dit, ça me fait du bien.
Stede embrassa ses maris et ils terminèrent de se doucher.
Après quoi ils s'habillèrent et ressortir de la salle de bain. Stede alla leur préparer de quoi boire et grignoter et ils se posèrent devant la télé. Ed et Izzy passèrent tous les deux un bras autour des épaules de Stede, ils étaient vraiment tristes d'avoir appris qu'il ait pu vivre ce genre de choses pour un sujet aussi simple. Mais au fur et à mesure de leur relation, Stede faisait des révélations et ils se rendaient compte que derrière son optimisme, sa bonne humeur et son enthousiasme se cachait un homme à l'enfance torturée et dure. Pourtant, Stede souriait toujours et se montrait toujours enjouée, comme si il arrivait à ne pas laisser ses démons le submerger la plupart du temps. Ed et Izzy se promirent une fois de plus qu'ils ne laisseraient jamais rien faire souffrir Stede. Ils feraient tout leur possible pour qu'il soit toujours heureux, mais aussi pour essayer de l'aider à vaincre ses traumatismes du passé. Après tout, lui aussi les aidait à vaincre leur passé difficile.
