Note de l'auteur: Bonjour, bonsoir, voici le chapitre final de cette fiction ! Un épilogue assez long par rapport au format des autres chapitres. J'espère que cette fin d'histoire vous mettra un peu de baume au coeur après les galères du protagoniste principal.

Merci énormément à toutes les personnes qui viennent lire cet ultime chapitre. J'avoue que la publication de cette histoire a été assez difficile, et a provoqué pas mal de réflexions de mon côté. Je ne vous embêterai pas avec parce que ce n'est pas mon rôle, mais je me suis demandé si ce que j'avais écrit était vraiment dans les clous de ce qui était attendu par la majorité sur ce site. Donc si vous êtes là, un grand merci à vous, ça fait la différence ! Ecrire ici m'a permis de grandir et de m'améliorer de manière générale et tous les retours m'ont encouragé.e dans ce sens. Si vous appréciez mon travail n'hésitez pas à me le dire, je réponds toujours avec plaisir.
Je vous dis au revoir, et vous souhaite une bonne lecture, pour la dernière fois !


Chapitre 7 – Milo

« Alors ? Comment c'était ? » retentit la voix appréhensive de Camus.

Deux ans avaient passé depuis la résurrection de l'armée d'Athéna et de la paix déclarée entre les divers royaumes divins. Les chevaliers, qui étaient revenus à la vie, s'étaient retrouvés petit à petit.

Milo et Camus avaient décidé d'aller de l'avant ensemble. Le français avait pris comme une douche froide lorsqu'il avait compris que le deuil du grec avait été si long et qu'ils avaient désormais cinq ans d'écart. Cela avait été le même choc pour son disciple, qui était maintenant un jeune homme bien grandi et beaucoup plus mature que lorsqu'il l'avait quitté.

Si Camus et Milo n'avaient pas eu de mal à reconstruire une relation globalement très positive, ce fut le Scorpion qui eut du mal à composer avec ses souvenirs et tout ce qu'il avait vécu. Il avait d'abord essayé de le cacher avant que le problème n'explose et que les deux chevaliers, mis au pied du mur, ne se mettent activement à chercher des solutions.

Mû du Bélier, qui après toutes ces guerres, eut envie de se reconvertir un tant soit peu en aide psychologique, fut le premier à lancer l'initiative de prendre soin de la santé mentale des chevaliers sur le domaine et d'essayer de sensibiliser son maître, redevenu Grand Pope, et la déesse Athéna elle-même, à la question.

Beaucoup de chevaliers, et pas seulement les ors, devaient composer avec leurs souvenirs, leurs émotions intenses lorsqu'ils se recroisaient, les culpabilités, et même en temps de paix, le sentiment d'inutilité qui pouvait parfois leur venir.

Milo avait pris l'initiative de parler de son problème à Mû, puisque celui-ci s'était documenté au fil du temps. Cela lui fit du bien, mais cela ne le guérit pas vraiment. Les souvenirs et les émotions étaient bien trop tenaces. Alors, dans le même temps, il essaya tant qu'il put de parler à Camus de ce qu'il avait vécu et de lui faire comprendre, même si ce ne fut pas simple. Il évoquait une époque où tout lui avait semblé perdu. Période qui n'avait pas existé aux yeux du Verseau. Et en plus de cela, le français avait parfois du mal avec les émotions. Il faisait des efforts pour s'ouvrir, mais même avec toute la volonté du monde, il ne pourrait jamais se mettre à la place de Milo.

Mû, devant la masse colossale de chevaliers à l'âme tourmentée qu'il finit par recevoir chez lui, se dit qu'il ne pourrait pas avoir les compétences ou même les épaules pour supporter toute la misère du Sanctuaire. C'est ainsi qu'il finit par convaincre, à grand renforts d'arguments, le Grand Pope d'essayer de trouver des personnes réellement professionnelles pour aider les chevaliers qui en avaient le plus besoin. Il se proposa de continuer à écouter les problèmes des autres, mais dans le but désormais de les orienter correctement pour qu'ils puissent être soignés s'ils en avaient besoin.

Mû avait compris en lisant quelques ouvrages sur les avancées psychologiques de son siècle, que Milo, comme beaucoup de chevaliers sur le domaine notamment, souffrait probablement d'un trouble de stress post traumatique, chose qui ne pourrait se résoudre sans aide compétente.

Le Grand Pope, qui commençait à en avoir marre de voir les problèmes s'accumuler sur son domaine, finit par accepter d'en compromettre un peu le secret et de contacter discrètement quelques professionnels de santé pour voir si ceux-ci seraient d'accord de travailler avec eux et de recevoir des chevaliers.

Milo fit partie des premiers cobayes à cette expérience singulière. Il commença par une première séance, pendant laquelle le praticien écouta tout ce qu'il avait à dire, et cela se passa étonnamment bien. Le chevalier n'avait pas l'habitude de discuter avec des civils. Il avait tenté l'expérience en se disant que cela aurait peu de chances d'être intéressant étant donné les pouvoirs qu'il possédait et l'expérience unique qu'il avait eue dans sa vie.

Rien que l'idée de ressusciter les morts, c'était compliqué à faire passer. Le chevalier avait même eu peur que le psychologue ne prenne peur en entendant ce qu'il avait vécu, mais celui-ci n'avait pas bronché. Le chevalier d'or en avait tiré la conclusion que le Sanctuaire avait dû le payer grassement et lui dire en long, en large et en travers ce qui avait pu se passer sur le domaine pour qu'il se figure l'état de ses potentiels nouveaux clients.

Au fil des premières séances, Milo put mettre le doigt sur les choses qui lui posaient le plus de problèmes, et le psychologue lui expliqua qu'il allait recourir à une méthode qui guérissait définitivement, avec le temps, le trouble dont il était atteint.

Le Scorpion sortait tout juste de la séance, et le Verseau, qui était venu avec lui à la fois pour l'encourager et pour se rassurer lui-même, avait sagement attendu derrière la porte que la séance ne se termine enfin.

Lorsqu'il le vit, Milo lui fit un simple sourire, touché que Camus soit resté là alors qu'il aurait pu avoir mieux à faire. Le Verseau lui était et lui serait toujours loyal.

« Ça s'est passé, répondit-il à son interrogation anxieuse. Je ne sais pas trop quoi dire. C'était bizarre. »

Camus écarta les bras, et Milo alla se réfugier dedans. Même s'il n'avait pas envie de le montrer, cela avait été dur pour lui.

La méthode que le praticien utilisait pour le soigner requerrait qu'il se replonge dans des souvenirs douloureux, et qu'il les revive une dernière fois avant de pouvoir leur donner un sens différent, et de ne plus les assimiler sans arrêt au quotidien. Cela permettait que la vie des personnes qui survivaient à leurs cauchemars soit plus apaisée, et que leur cerveau les laisse tranquille, pour ainsi dire.

« C'était bizarre ? répéta Camus sans comprendre le sens de ses paroles. Qu'est-ce que tu veux dire ? »

Milo se dégagea de l'étreinte et embrassa son amant.

« Bah, je sais pas. J'ai jamais fait ça, lui avoua-t-il, un peu gêné.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait faire ? s'enquit le français, curieux.

- Parler. Beaucoup, lui apprit Milo avec un rire nerveux. Et de temps en temps, il passait sa main devant mon visage, de droite à gauche, et il voulait que je la suive du regard.

- Il essayait de t'hypnotiser ? s'étonna Camus.

- Non, non, je ne crois pas que ça ait quelque chose à voir, le corrigea Milo. C'est un peu spécial. D'après ce qu'il a dit, suivre un mouvement avec mes yeux permet de « reprogrammer mon cerveau ».

- Et on peut faire ça, simplement en agitant une main devant quelqu'un ? fit son interlocuteur, sceptique.

- Apparemment. »

Camus haussa les épaules. Visiblement, de telles choses le dépassaient. Il espérait vivement que la personne que Milo voyait n'était pas un charlatan qui se faisait de l'argent sur le dos d'Athéna.

Ce faisant, il ouvrit la porte du cabinet pour ressortir au soleil, dans les rues de la capitale grecque. Ils seraient sans doute mieux dehors, en terrain neutre, pour discuter de l'expérience visiblement singulière que venait de vivre Milo.

« Tu as l'impression que ça t'a aidé ? le demanda-t-il avec douceur.

- C'était dur, de reparler de tout ça, c'est vraiment appuyer là où ça fait mal, lui confia le Scorpion, amer. Mais à la fois, sur le coup, j'ai l'impression qu'on a comme enlevé un poids de mes épaules. J'ai pu regarder ce que j'ai vécu sous un autre angle, grâce à son aide. »

Le Verseau, au vu de son air désorienté, ne sut quoi lui répondre. Il n'était pas sûr d'être très pertinent, sans doute. Milo trouva cela intérieurement mignon. Camus avait été le maître de beaucoup de choses et excellait dans son art, mais le domaine des émotions restait compliqué pour lui.

Pour Milo, c'était à la fois une habitude, une source de questionnement et de mystère, et parfois aussi, une source de frustration. Fort heureusement pour lui, Camus était loin d'être hermétique aux sentiments, mais il avait une manière singulière d'y réagir. C'était comme si le vécu d'autrui était toujours compliqué à appréhender pour lui, sans pour autant qu'il n'y comprenne rien.

« Le psy m'a dit que les effets se verraient en laissant un peu de temps passer, et qu'il était possible que ça ne marche pas tout de suite. Mais il avait l'air content de la séance, en conclut Milo.

- C'est déjà un bon début, l'encouragea Camus. Je suis sûr que tu vas finir par arriver à chasser ces souvenirs de ta tête.

- C'est gentil de ta part, lui répondit Milo avec un sourire. Merci. »

Camus hocha de la tête pour lui répondre silencieusement. Milo le savait, même s'il n'était pas toujours doué, qu'il avait son soutien.

« Et si on allait prendre un café quelque part pour t'aider à te remettre de tes émotions ? » lui proposa-t-il gentiment.

Milo trouva agréable que Camus ne s'éternise pas sur le sujet de sa santé mentale. Il avait des choses difficiles à traiter, et un peu de gaité et de légèreté pour le reste de la journée lui disaient bien.

« Avec plaisir, tu sais bien que je ne pourrais pas te refuser une sortie en tête à tête », accepta-t-il avec un air charmeur.

La réponse de Camus ne tarda pas à se faire voir sur son visage, prévisible et terriblement attendrissante, car Milo lut une sorte de gêne touchée dans son regard. Arriver à perturber son amant faisait partie de ses petits plaisirs quotidiens. Il ne s'en lassait pas et ne s'en lasserait jamais.

« J'aime passer du temps seul avec toi, murmura simplement le onzième gardien en guise de réponse.

- Oui, bien que je ne sache pas m'expliquer pourquoi même après tout ce temps, plaisanta Milo. Tu sais que je suis flatté que tu m'aimes plus que tes bouquins. »

A ces mots, une lueur espiègle passa dans le regard d'ordinaire froid du français.

« Je n'ai jamais dit cela, lui répondit-il en haussant les sourcils. D'où est-ce que tu tires de telles conclusions ?

- De ton regard amoureux, le renseigna Milo en plongeant ses yeux dans les siens. J'y trouve toutes les conclusions dont je pourrais avoir besoin. »

Camus se contenta d'un rire. Il secoua la tête, charmé par la répartie amoureuse du grec.

« Allons boire un café avant que je ne me liquéfie complètement, lui enjoignit-il, amusé. Tu pourras regarder tout ce que tu voudras plus à loisir.

- Je ne m'en priverai pas », lui certifia Milo avec un clin d'œil.

Milo prit la main de Camus et ils commencèrent à cavaler les rues à la recherche d'un bar où ils pourraient passer une belle soirée en amoureux.

Le soleil du soir était doré et doux, et même si la séance l'avait laissé fébrile et qu'il se sentait nerveux à cause de tout ce qu'il avait dû raconter, il n'avait qu'une hâte, tout oublier, et laisser place au regard envoûtant de Camus.

Maintenant qu'il l'avait à ses côtés, et qu'il avait son soutien indéfectible, il savait que rien ne pourrait plus jamais l'atteindre.


« Grand Pope Shion, vous m'avez fait mander ? » demanda Milo, arrivé devant le bureau de son supérieur, et affublé de son armure d'or complète.

Shion, dans son ample manteau de chef du Sanctuaire, se leva et hocha de la tête.

« Effectivement, Milo du Scorpion, confirma-t-il. Pour être exact, ne s'agit pas de moi. C'est un ordre direct de la déesse Athéna. Elle veut te voir. »

Milo ne put empêcher la surprise de passer sur son visage. Athéna résidait en permanence sur le domaine, mais c'était assez rare qu'elle fasse elle-même la demande de s'entretenir en privé avec ses chevaliers. Elle était davantage présente pour les cérémonies, les allocutions officielles, et lorsqu'il s'agissait de d'entretiens personnels, c'était bien souvent avec les cinq chevaliers de bronze qui lui avaient maintes et maintes fois sauvé la vie.

« Seul à seule ? voulut s'assurer le grec, hésitant.

- Tout à fait, lui répondit son supérieur. Elle voudrait discuter avec toi. Elle t'attend à la statue d'Athéna. »

Shion fit un signe de main pour lui indiquer la direction de la sortie de son bureau. Milo s'inclina devant lui, respectueusement, et tourna les talons pour sa nouvelle destination.

« Qu'Athéna te bénisse, Milo, le salua Shion lorsqu'il passa la porte, dans son dos.

- Vous de même », lui souhaita le huitième gardien en jetant un coup d'œil en arrière, avant que de s'éloigner définitivement de la pièce.

Milo prit les allées principales, toutes pimpantes et rénovées depuis que la déesse y avait définitivement élu domicile. Les gardes présents s'inclinèrent devant lui, comme c'était la coutume. Le Scorpion, même si cela faisait longtemps qu'il n'avait plus été convoqué pour des faits militaires, trouva cela étrangement familier. Mais un peu différent. Du temps de Saga, les moins gradés du Sanctuaire s'étaient inclinés devant lui avec une crainte visible sur le visage. Depuis qu'Athéna avait repris le domaine, le chevalier pouvait sentir que c'était désormais un réel respect que les gardes vouaient aux plus hauts gradés de l'armée.

Cela faisait du bien, en quelque sorte, d'être reconnu comme une personne à admirer plutôt que comme un puissant monstre sanguinaire.

Depuis les combats contre Hadès, les histoires sur les exploits des chevaliers n'avaient jamais cessé de se répandre, et les maîtres du domaine enseignaient leurs faits d'armes à leurs disciples, qui écoutaient religieusement, fascinés. L'exemple que les chevaliers d'or avaient donné devant le Mur des Lamentations avait marqué durablement les esprits et les plus jeunes du Sanctuaire avaient la chance de croiser de réels modèles d'héroïsme lorsqu'ils se promenaient sur le domaine.

Milo le savait parce qu'avec Aiolia, il donnait parfois des entraînements collectifs aux apprentis du domaine, et que ceux-ci avaient réellement l'air enthousiastes en leur présence. Après tant d'horreurs, voir le bonheur dans les yeux de tellement de monde faisait beaucoup de bien au moral.

Le Scorpion ne mit pas de temps à atteindre le point le plus haut du domaine. Sous l'immense statue à l'effigie de la déesse qu'il servait, la réincarnation en date se tenait assise, sur des canapés d'extérieur qui avaient été posés là pour son confort, dans une belle et coutumière robe blanche. Celle-ci s'illumina lorsqu'elle vit le chevalier, et lui fit de grands signes de bras pour qu'il vienne jusqu'à sa hauteur.

Athéna se leva et accueillit Milo à bras ouverts, avec en prime un grand sourire.

« Milo ! Quel plaisir de te voir ! » s'exclama-t-elle.

L'intéressé n'oublia pas ses devoirs et posa le genou à terre devant elle, l'armure étincelante sous le soleil du Sanctuaire.

« Oh, ne t'embête pas, voyons, tu peux te relever, fit la jeune femme, gênée. Ce n'est pas vraiment une convocation officielle.

- Je ne me verrais pas ne pas vous saluer comme il se doit, réfuta le Scorpion avec grand sérieux. Quelles que soient les circonstances, vous êtes ma déesse. »

Le dévouement et la déférence de Milo lui attirèrent un sourire bienveillant.

« Je vois que tu es venu en armure, mais tu peux la laisser pour te mettre plus à l'aise si tu le souhaites, l'invita la jeune femme. Je voulais aller me promener dans les jardins du Sanctuaire. Que dirais-tu de me tenir compagnie ?

- Bien sûr, répondit poliment Milo. Ce serait un honneur. »

Puisqu'on lui invitait, le Scorpion demanda d'un geste à son armure de se former en totem sous la statue imposante de la place sur laquelle il se trouvait. Maintenant en tenue plus légère, la déesse l'invita à le suivre, et ils marchèrent un moment en silence jusqu'aux jardins du domaine, un peu plus loin derrière la statue sacrée.

Les jardins du Sanctuaire, c'étaient une nouveauté. Peu après la résurrection des chevaliers d'or, Athéna avait proposé le projet de créer de manière collective des jardins en haut du domaine, dans les environs de la statue, afin de donner un nouveau souffle à l'architecture du Sanctuaire, jusqu'ici très minérale. Elle avait voulu en faire un symbole de la paix retrouvée, mais également de la coopération entre chevaliers, dont les liens avaient pu s'éroder dans les multiples batailles fratricides qui les avaient opposés. Aphrodite des Poissons s'était bien vite porté volontaire pour y faire pousser de splendides roses, mais beaucoup de chevaliers avaient mis la main à la pâte pour y faire pousser un bon nombre de plantes, construire de jolies arches, des bancs, ou même des œuvres d'art. Camus et Hyôga avaient notamment pensé, pour embellir l'endroit, à placer des statues de glace à certains endroits du parc.

Milo avait lui-même contribué modestement au lieu en aidant à construire une serre avec Aldébaran et Shura. Aujourd'hui le jardin faisait plaisir à voir, et visiblement, la déesse en était ravie.

« Je suis contente de pouvoir passer un moment tranquille avec toi, lui dit Athéna alors qu'ils entraient dans une allée principale. J'ai beaucoup de retard à rattraper concernant la plupart des membres de ma garde dorée.

- C'est un plaisir partagé, déesse, fit Milo en hochant de la tête. Vous vouliez discuter de quelque chose en particulier ? »

La déesse confirma d'un signe de tête.

« Oui, en effet, lui répondit-elle, assurée. Je souhaitais m'entretenir avec toi sur la personne que tu vois en dehors du Sanctuaire. Celle que nous avons embauchée pour soigner ton âme. »

Milo garda le silence. Celle-ci, c'était une première. Nul doute qu'avec ses mots à elle, la divinité parlait du psychologue avec lequel il s'employait à soigner les traumatismes qui le hantaient. Les choses étaient très fraîches pour Athéna. Milo, ainsi que Mû et d'autres chevaliers avaient dû âprement négocier avec la direction pour qu'elle considère sérieusement le problème et ne décide finalement de s'adresser à l'extérieur.

La seule chose qui effrayait réellement Milo était d'en parler. Surtout à la plus haute autorité du domaine. Il ne pourrait rien cacher à une déesse, mais il peinait déjà à en parler à Camus, alors avec quelqu'un qu'il ne connaissait pas très bien, ce serait plus compliqué.

« Je vois que cela te laisse silencieux, observa la jeune femme. N'aie pas peur, je ne vais pas te demander de me révéler ton intimité, à moins que tu aies envie de m'en parler de toi-même. Je voulais simplement savoir comment se passaient les séances avec cette personne, et si tu y trouvais une réelle utilité. »

La réplique de sa supérieure rassura un peu le grec. Au moins, elle n'allait pas lui demander de lui faire un strict compte rendu de ses séances. C'était suffisamment éprouvant comme cela de parler des choses qui le hantaient, alors il ne se voyait pas le faire une nouvelle fois.

« Je ne suis pas habituée à ce genre de choses, lui avoua-t-elle en secouant la tête. C'est la première fois, dans toutes mes réincarnations, que je dois réellement faire face aux conséquences des batailles sur le mental de mes chevaliers. A chaque fois que je me suis réincarnée, les guerres ne laissaient pas aux chevaliers le loisir de soigner leurs problèmes personnels. Leur vie était bien trop courte pour cela. Et aussi, les temps étaient différents. Aujourd'hui, les humains se penchent davantage sur les blessures de l'âme et y cherchent des solutions. Si je me réincarne parmi vous, c'est bien pour apprendre de nouvelles choses et de nouvelles pratiques à chaque fois. »

Athéna soupira. Visiblement, le sujet avait l'air de la désarçonner.

« Je te pose la question car je suis préoccupée, notamment pour le cas de Saga des Gémeaux, qui est, tu t'en doutes, très complexe, continua-t-elle. Il a besoin de soins, et d'une sérieuse prise en charge, et ton expérience ne peut que m'aider sur la marche à suivre. Je sais que si j'essaie de lui en parler à lui, ce sera beaucoup plus compliqué. Tu es l'un de mes chevaliers les plus ouverts et les plus faciles à aborder, et c'est aussi pour cette raison que je me tourne vers toi. »

Milo laissa les paroles de la déesse l'imprégner. Nul doute que c'était nouveau pour elle. C'était en fait nouveau pour tout le monde.

« La confiance que vous placez en moi m'honore, bredouilla seulement le Scorpion. Puisque c'est votre question, je dirais que ça m'aide, oui. C'est un peu compliqué, parce que ce sont apparemment des choses qui se traitent sur la longueur, vous voyez… Mais je suis plutôt confiant. Ou disons que je suis curieux de voir ce que cela peut donner. »

La nouvelle eut l'air de soulager la jeune femme. Celle-ci avait l'air de se faire du souci.

« Je reconnais bien là un chevalier de ma garde d'élite, lui sourit-elle. Tu ne perds pas espoir que cela marche, et tu me fais honneur en adoptant cette attitude.

- Bien sûr que j'ai espoir, lui affirma le grec. Je vous remercie de vous inquiéter pour moi, et aussi, de me permettre de recevoir ces soins. Je vous en serai pour toujours redevable.

- C'est moi qui te suis redevable, à toi, et à tous les autres, pour m'être si fidèles, le contredit Athéna.

- Je vous voue ma vie », lui répondit simplement le chevalier d'or.

Athéna en eut l'air touchée. Cela en étonna presque Milo, qui, ayant été élevé sur le domaine sacré toute sa vie, trouvait cela plus que normal.

« Une question me taraude aussi, continua-t-elle, préoccupée. Comment est-ce que cette personne réagit au fait que tu aies des pouvoirs ? Et d'ailleurs, quelles informations lui as-tu données à propos de ce qu'il se passe, ici, au Sanctuaire ? J'ai besoin d'être au courant d'à quel point nos pratiques sont connues à l'extérieur, même si cette personne est grassement payée pour son silence. »

Milo doutait qu'un simple civil comme son psychologue représente une quelconque menace de sécurité pour le Sanctuaire, mais il comprenait les interrogations de sa supérieure.

« Eh bien, le fait que j'aie des pouvoirs, ça n'a pas l'air de l'étonner ou de l'inquiéter beaucoup, lui raconta le Scorpion. Pour tout dire, je n'ai pas l'impression que ça l'intéresse. Il sait que j'ai eu un entraînement difficile, dont je n'ai pas donné les détails… Et il sait ce que je fais de mon quotidien ici, dans les grandes lignes. En fait, même si nous avons tous des cosmos au Sanctuaire, je me suis rendu compte que mes tâches quotidiennes pouvaient s'apparenter à celles d'autres militaires sans pouvoirs. Alors, je crois qu'il comprend. »

Athéna le considéra, sérieuse. Milo se demanda ce que sa divinité devait penser de tout ça. Il était vrai que le secret militaire du Sanctuaire était farouchement gardé, mais… Probablement pas plus qu'ailleurs, si on y réfléchissait bien.

« Je suppose que tu ne lui fais pas part de nos manœuvres dans le détail, lui répondit-elle, confiante.

- Non, bien sûr que non, s'empressa de lui confirmer son chevalier. Du reste, il s'intéresse à ce que je ressens… A ce qu'il y a dans ma tête, vous voyez ? Mes pensées, mes préoccupations, mes aspirations personnelles… Tout ceci n'a pas vraiment grand-chose à voir avec ma fonction. »

D'ailleurs, pouvoir voir ce psychologue lui permettait de faire exister réellement ces choses qu'il venait de lister. Même s'il en avait davantage le loisir depuis la résurrection, parce qu'il avait le droit de vivre sa relation avec Camus sans que personne n'ait quoi que ce soit à lui redire, et qu'il avait davantage de temps libre, il avait désormais un espace supplémentaire pour s'exprimer. Et il devait avouer que cela lui faisait du bien. Il ne savait pas exactement où ces séances pour soigner ses traumatismes le mèneraient, mais au moins, il pouvait parler sans détour.

« Je vois, fit la déesse, pensive. Merci pour ces informations, Milo. Je dois dire qu'elles me rassurent grandement, car je ne savais pas vraiment où nous mettions les pieds avec cette démarche. Dirais-tu qu'elle t'est entièrement bénéfique ?

- Bien sûr, sans aucun doute, lui répondit l'intéressé.

- J'ai une autre question pour toi, alors, si tu le veux bien, continua Athéna. Est-ce que tu penses qu'il serait bon pour le Sanctuaire que d'autres chevaliers aient accès aux mêmes soins que toi ? Est-ce que cela pourrait marcher pour tout le monde ? »

Le huitième gardien se gratta la tête. Il n'en était pas sûr. Après tout, tout le monde n'avait pas les mêmes problèmes, ni les mêmes questionnements. Certains chevaliers avaient été touchés plus que d'autres par la guerre, ou avaient même des soucis avec lesquels ils étaient nés. La question était vaste et complexe.

La déesse, qui s'était bien des fois réincarnée, était pour la première fois confrontée au mental de ses chevaliers, et comme elle était en terrain inconnu, elle s'accrochait à tous les témoignages qu'elle pouvait trouver pour pouvoir aboutir à un jugement correct.

« Je ne sais pas si je suis qualifié pour répondre à cette question, lui avoua modestement le huitième gardien. Mais vous pouvez voir les choses de cette manière : si vous ne refuseriez pas à quelqu'un qui s'est blessé d'aller trouver un médecin, pourquoi refuser à quelqu'un qui porte des blessures mentales de les soigner ? Pour moi, et pour la personne qui me traite, ce sont des choses parfaitement similaires.

- Sous cet angle-là, c'est d'une logique implacable, lui concéda la jeune femme. Merci pour tes réponses, chevalier. Je saurai en tenir compte, et j'offrirai une aide à quiconque me la demandera. »

Milo s'en trouva ravi. Il prenait bien la mesure de qui était la « déesse de la sagesse ». Celle-ci mettait un point d'honneur d'apprendre des autres à chaque fois qu'elle les côtoyait. Depuis qu'il était revenu à la vie, le huitième gardien comprenait d'autant plus qui était la personne qu'il servait, et peut-être même davantage la ferveur avec laquelle Shion et Dôhko le faisaient.

« Vous savez, ajouta le chevalier, même si je vous suis très reconnaissant de me laisser la liberté de me soigner comme je l'entends, je dois mentionner que le traitement médical ne fait pas tout. Le soutien que j'ai pu recevoir des chevaliers autour de moi est très important pour moi. Grâce à mes pairs, j'ai pu retrouver beaucoup plus de tranquillité intérieure. »

Le chevalier regarda les magnifiques jardins autour de lui, et fit un geste de la main pour les désigner à son interlocutrice.

« C'est un peu comme cet endroit. Il ne serait pas si beau si nous n'y avions pas mis tous ces efforts collectifs, conclut-il.

- Oui, il est magnifique, et j'aime m'y promener, confirma la déesse. Je n'ai pas entamé ce projet par hasard, vois-tu. Dans toutes les vies que j'ai vécues, j'ai toujours observé cette chose simple, mais vraie. Mes chevaliers sont toujours plus forts lorsqu'ils s'aident, et qu'ils sont loyaux les uns envers les autres. Je suis ravie que ce jardin symbolise cette certitude. »

Il y eut un silence confortable, pendant lequel le chevalier et la déesse continuèrent de marcher, observant les parterres de fleurs bien rangés qui ornaient le parc. Il n'y avait quasiment personne à cette heure, mis à part quelques chevaliers çà et là qui s'étaient portés volontaires pour arroser les plantes.

« Peu de chevaliers te décrivent en ces termes, sans doute, mais tu es une personne très sage, Milo du Scorpion », jugea Athéna avec un sourire.

L'assertion désarçonna franchement l'intéressé. Surtout venant d'une divinité. Le Scorpion ne se serait pas donné lui-même un tel qualificatif. Il l'aurait donné à Camus, à Shaka, sans doute à Dôhko et même à Mû, mais lui… ?

Athéna, en voyant son expression, éclata de rire.

« Ne sois pas si surpris, lui enjoignit-elle. J'ai connu beaucoup de tes prédécesseurs, et la plupart d'entre eux étaient loin d'être aussi réfléchis que tu ne l'es.

- Mes prédécesseurs… ? releva le grec, intrigué.

- Oui, confirma la jeune femme, qui fit d'un seul coup beaucoup plus vieille qu'elle ne paraissait. Des tempéraments turbulents, parfois irréfléchis… Mais extrêmement puissants. Bien qu'à ce niveau, tu les égales, voire les dépasse de beaucoup. »

Milo garda le silence, bien que touché par ce qu'elle venait de dire. Il avait peu l'occasion de discuter avec la déesse, et même s'il avait entendu parler des chevaliers qui avaient endossé avant lui son armure, il ne lui en avait été fait que des récits succincts et glorieux.

Athéna, elle, avec tous les souvenirs qu'elle avait de ses vies passées, devait avoir tant de choses à raconter, car elle les avait vécues.

« Je ne sais pas m'expliquer pourquoi, continua-t-elle, perdue dans ses pensées, il y a un lien si fort entre ces deux signes…

- Signes ? » répéta Milo, qui voyait bien qu'elle réfléchissait à voix haute.

Athéna reporta son attention sur lui.

« Camus est une personne importante pour toi, n'est-ce pas ? demanda-t-elle confirmation. Vous vivez ensemble, et la rumeur dit que vous êtes très épanouis, tous les deux.

- Oui, c'est le cas, acquiesça prudemment un Milo qui ne se sentait pas forcément d'aller sur ce terrain avec sa supérieure.

- Et à ce qu'on dit, votre relation ne date pas d'hier, continua-t-elle, imperturbable.

- C'est vrai également, confirma le Scorpion en essayant de faire taire sa gêne. Nous nous sommes toujours épaulés. »

La déesse lui fit un sourire, ravie de l'entendre.

« Verseau et Scorpion… J'ai souvent vu des chevaliers de ces signes lier des relations fortes et complémentaires, lui apprit-elle. As-tu déjà entendu parler de Kardia du Scorpion ?

- Kardia… oui, sans doute, répondit un chevalier qui l'avait vaguement appris un jour.

- C'était le chevalier d'or qui me servait lors de la dernière Guerre Sainte, lui expliqua la déesse. Comme tu le sais, mis à part Dôhko et Shion, tous ont péri lors de cet évènement… Et j'ai cru vous perdre tous, vous aussi, il y a peu, dans des circonstances similaires. Je suis tellement heureuse d'avoir l'opportunité de tous vous connaître mieux aujourd'hui. »

La jeune femme soupira.

« C'est toujours trop court… murmura-t-elle. Mais toujours est-il que le chevalier du Scorpion que je connaissais avant toi, était, comme toi, très lié aussi au chevalier du Verseau de son époque. C'est un peu comme si les armures le voulaient… Ou bien une force que j'ignore. Je trouve cela fascinant. »

Milo, face à ce que venait de lui annoncer sa déesse, devait avouer que le sujet l'intriguait. Il se demanda si Camus était au courant de cette histoire. Peut-être que celui-ci l'avait lu dans les nombreuses archives et récits du Sanctuaire. Le français était un véritable puits de connaissances. Mais difficile de dire ce sur quoi il avait pu tomber dans sa bibliothèque et si le sujet l'avait intéressé.

« Je ne sais pas s'ils étaient liés… de la même manière que vous l'êtes, Camus et toi, lui apprit la déesse, hésitante. Mais les chevaliers Kardia et Dégel étaient complémentaires. Cela faisait leur force. Sans cela, ils n'auraient jamais pu être aussi puissants qu'ils l'ont été. »

Milo comprenait. Il avait souvent été entraîné sur des missions avec Camus, et leurs pouvoirs s'étaient avérés très efficaces ainsi combinés. De plus, la loyauté qu'ils s'étaient voués avait renforcé leur puissance commune. Une chose qui était toujours vraie même à ce jour.

« En tout cas, je suis très contente pour vous deux, conclut la déesse avec un grand sourire. D'ailleurs, j'ai entendu dire que tu lui avais demandé sa main, il y a des mois, déjà. »

S'il avait pu rougir jusqu'aux genoux, Milo l'aurait fait.

« Et… Vous voudriez bien bénir notre union ? répéta-t-il, pour être sûr de ce qu'elle voulait savoir.

- Eh bien, je t'avoue que je m'impatiente, même, s'amusa celle-ci. Vous avez quand même de la chance que je sois là pour le faire en personne, car en l'absence de ma réincarnation, c'est le Grand Pope qui tient ce rôle. »

Le Scorpion prit une grande respiration pour tenter de faire passer tout l'embarras qu'il ressentait. Il n'était pas équipé correctement pour parler de ses amours devant sa divine supérieure. Il ne savait pas comment il était censé réagir. Il avait passé tant de temps à cacher cette relation que l'assumer devant l'autorité divine n'était pas chose facile.

« Allons, ne sois pas gêné, s'amusa-t-elle franchement. Vous vous êtes déjà concertés mais vous n'êtes jamais venus m'en parler. Je me demandais pourquoi. »

Milo ouvrit la bouche, et la referma. Que devait-il répondre ? Qu'il n'avait pas osé ? Qu'il n'était pas sûr si Camus se sentait prêt pour le faire maintenant ?

« Je… Je suis désolé, prononça-t-il en s'inclinant devant elle. Je dois avouer qu'on a un peu laissé traîner les choses, et… Et on ne savait pas si vous aviez déjà marié deux hommes… »

Athéna lui apporta un peu de cosmos bienveillant en le voyant paniquer. Elle avait l'air, malgré tout, d'énormément s'amuser de la réaction de son chevalier d'or.

« Deux hommes… répéta-t-elle, pensive. Je n'y avais jamais réfléchi comme ça. Vous avez vraiment des interrogations qui me dépassent, vous autres humains. J'avoue que je considère surtout ceux qui me suivent comme des chevaliers, peu importe leur genre. Je ne vois en vous que vos âmes.

- Nos âmes ? s'étonna Milo, qui en fut un peu soulagé, et intrigué de la manière dont elle le voyait.

- Ce que vous faites pour vous séparer à cause de particularités physiques ne m'intéresse guère, fit-elle en haussant les épaules. Donc pour répondre à ta question, bien sûr que je vous bénirai. Sans hésiter une seule seconde. »

Milo inclina la tête et posa une main sur sa poitrine, touché.

Athéna rit en le voyant faire. Le Scorpion en conclut qu'il avait dû virer aussi écarlate que son attaque. Il devait avoir l'air fin, tiens.

« J'ai apprécié discuter avec toi, Milo, lui affirma la jeune femme, enjouée. Merci d'être venu me voir, et d'avoir été aussi ouvert avec moi concernant les soins que tu reçois. Je te souhaite le meilleur rétablissement possible. A moins que tu n'aies quoi que ce soit à me dire de plus, je pense que nous pouvons conclure cet entretien sur cette note réjouissante.

- Merci de m'avoir reçu, fit Milo en s'agenouillant devant elle. C'était un plaisir.

- Dans ce cas, tu m'en vois ravie, répliqua Athéna. Tu peux disposer, chevalier. »

Milo ne se le fit pas dire deux fois. Il fit un dernier salut à sa plus haute supérieure, et d'un pas vif, il se détourna pour mettre le plus de distance entre lui et le souvenir de cette conversation embarrassante. Lorsqu'il repassa sous la statue, il récupéra son armure et, revêtu de sa belle protection dorée, il fila au pas de course se réfugier dans les profondeurs de son temple.


Milo prit une longue douche pour se remettre de ses émotions lorsqu'il arriva. La discussion qu'il avait eue avec la déesse avait été riche en réflexions. Devoir évoquer ses séances de thérapie, et être mis face à sa santé mentale devant sa supérieure n'était pas évident pour lui. Parler faisait remonter des souvenirs au minimum éprouvants. Et cerise sur le gâteau, la jeune femme lui avait parlé de son lien avec Camus, et en plus… proposé de les marier.

Le Scorpion s'en voulait. Il n'aurait pas pensé que la déesse ne lui en parle de but en blanc et le houspille de faire avancer les choses. Privilégier le lien qu'il entretenait avec Camus par rapport à son service rendu à Athéna, ce n'était pas une chose qu'on lui avait enseignée. Du reste, les mariages, sur le domaine, étaient chose rare. En tant de guerre, les chevaliers vivaient rarement assez longtemps pour avoir ce luxe. Et il avait failli ne pas échapper à cette règle.

« Milo ? » retentit une voix à l'extérieur de la pièce.

Le Scorpion tourna la tête vers le battant de bois qui séparait sa salle de bain du reste de son habitation.

« Dans la salle de bain, Camus », lui cria-t-il, pour être sûr d'être entendu à travers le son de l'eau qui coulait de sa douche.

L'hôte des lieux, voyant que son amant venait de rentrer de la journée, arrêta l'écoulement d'eau, et sortit de sa douche. Il ébroua ses cheveux mouillés et il tira une serviette de son étagère, avant de la nouer autour de sa taille. Son amant toqua sommairement à la porte et s'invita sans se poser de questions.

Camus, en entrant, ne lui dit rien. Il s'avança simplement dans la pièce pour l'embrasser en guise de bonjour. Milo lui fit un sourire ravi.

« Journée bien remplie ? lui demanda le Scorpion en passant une serviette dans ses cheveux mouillés.

- Oui, pas mal de travail », confirma distraitement le Verseau en lui prenant l'objet des mains.

Celui-ci se positionna dans son dos et entreprit lui-même de lui sécher les cheveux. Milo en ferma les yeux de plaisir. Il aimait bien ces petites attentions silencieuses.

« Et toi, qu'as-tu fait de ta journée ? lui demanda le français, avec de la curiosité dans la voix.

- J'ai été convoqué par Athéna elle-même, lui révéla Milo. On a discuté un petit moment dans les jardins du Sanctuaire. »

En l'entendant, Camus arrêta un instant son mouvement, avant de reprendre. Ce n'était pas souvent que les chevaliers avaient droit à ce genre de privilèges.

« Pour quelle raison ? l'interrogea-t-il sans laisser paraître quoi que ce soit.

- Ma santé mentale, figure-toi, marmonna l'intéressé. Elle s'inquiète.

- Si elle te convoque elle-même pour en parler, cela ne fait aucun doute », agréa le Verseau en terminant de sécher ses cheveux.

Milo se retourna et s'adossa contre son évier pour lui faire face. Il ne manqua pas le regard de Camus, qui se perdit quelques secondes de trop sur son corps avant de revenir dans le sien.

« Et alors ? Que voulait-elle savoir ? le questionna le Verseau après son inspection inconsciente.

- Elle m'a demandé de lui raconter comment ça se passait avec mon psy, lui dit le grec. Elle voulait être sûre que ce soit une expérience positive pour moi… et aussi, que je ne compromettais pas la sécurité et le secret militaire du Sanctuaire. »

La réplique eut l'air de ne pas plaire à Camus. Celui-ci fronça les sourcils, visiblement froissé.

« Comment ça ? fit-il, de la colère dans la voix. Elle te soupçonne de divulguer des secrets militaires ?

- Non, non, voulut le rassurer le Scorpion, qui ne comprenait pas sa réaction. Elle voulait simplement savoir ce qui pouvait être dit de nos pratiques ici, c'est tout.

- Jamais tu ne commettrais ce genre d'indiscrétions, enfin, s'irrita Camus. Comment ose-t-elle douter de toi ? »

Le français croisa les bras sur sa poitrine. Milo posa une main sur son épaule pour le calmer.

« Elle ne doute pas de moi, elle est simplement perdue, comme beaucoup d'entre nous, le tranquillisa le huitième gardien. Je n'ai peut-être pas utilisé les bons mots pour te décrire notre conversation.

- Moui », marmonna Camus, peu convaincu.

Milo, qui n'aimait pas le voir en colère, lui fit un simple baiser pour le remettre de meilleure humeur. Cela eut l'air de marcher, au vu de la lueur amoureuse qui passa dans les yeux de son vis-à-vis.

« Tout s'est bien passé, lui assura le Scorpion. C'était éprouvant, on a parlé de beaucoup de choses, et ce n'est pas évident de discuter avec elle comme si elle était une gamine normale.

- Parce qu'elle ne l'est pas, raisonna Camus. Je pense que même Shion doit se sentir inadéquat face à elle de temps en temps.

- Ce serait rassurant, s'amusa le grec.

- C'est un être humain », fit le français en haussant les épaules.

Milo, une fois parfaitement séché, prit la direction de la sortie de la pièce, Camus sur les talons. Il alla dans sa chambre et fouilla sa penderie pour trouver quelque chose de confortable à enfiler pour la soirée. Il s'habilla sous les yeux amoureux et désireux d'un Camus qui ne se lassait pas de le regarder. Milo lui fit un simple sourire en croisant son regard, bien conscient de son petit effet. En comprenant que le Scorpion l'attrapait dans son indiscrétion, le français détourna les yeux comme si la vision du corps de son amant le brûlait.

« On dirait que tu veux me manger tout cru, le taquina le Scorpion.

- Je n'ai rien à répondre à de telles allégations », murmura le Verseau en s'approchant de lui malgré tout.

Milo s'assit sur le rebord de son lit, et il y fut rejoint par Camus. Ce dernier prit l'initiative de l'embrasser au niveau de la tempe. Le Scorpion en soupira d'aise.

« Dis Camus… fit le grec en se laissant tomber en arrière sur le matelas. Ça t'évoque quelque chose, Kardia et Dégel ? »

Camus se contenta de le regarder depuis sa position assise.

« Bien sûr, lui dit-il sur le ton de l'évidence. C'est une histoire bien connue. »

Milo l'observa, interdit. Puis, il éclata de rire. Bien évidemment que Camus était au courant. Il venait même de dire cette phrase comme si on lui en avait parlé tous les jours, de ces deux mecs là.

« Qu'est-ce qui te fait rire ? lui demanda l'érudit en haussant les sourcils. Je ne crois pas avoir dit quoi que ce soit de drôle.

- Pourquoi je pose la question, s'amusa le grec. Tu sais toujours tout sur tout.

- Parce que ces noms ne t'évoquent rien ? s'étonna sincèrement le Verseau. Milo… enfin… tu pourrais quand même connaître tes classiques. »

Milo manqua s'étouffer. Comment ça, ses classiques ? Et puis quoi encore ? Si cette histoire était si connue, il en aurait entendu parler avant.

Il y eut un silence, puis Camus lui fit un simple sourire. Franc.

« Tu es impossible, lui asséna-t-il. Mon maître n'a pas arrêté de me parler de cette histoire durant mon entraînement. Je trouve cela improbable que cela ne te dise rien. »

Milo fit une moue boudeuse. Il n'était pas un rat de bibliothèque, et les histoires du passé, il y en avait bien assez au Sanctuaire pour lui casser les oreilles. Une de plus, une de moins…

« Pourquoi tu me demandes ça ? s'enquit ensuite le français, curieux.

- C'est Athéna elle-même qui m'en a parlé, lui avoua Milo, songeur. Elle disait qu'il y avait souvent un lien entre Verseau et Scorpion… »

En l'entendant, Camus se prit la tête dans les mains.

« Milo, dis-moi que tu ne t'es pas ridiculisé devant elle, s'horrifia-t-il. Il s'agit tout de même d'un de tes prédécesseurs.

- Je n'ai pas dit que ça ne m'évoquait rien ! se défendit finalement le Scorpion. Je savais que c'était le nom d'un ancien chevalier d'or du Scorpion… Mais c'est tout. Figure-toi que je ne me refais pas leurs biographies tous les jours. »

L'explication ne sembla pas satisfaire complètement le Verseau, au vu de son expression dubitative. Milo ne put s'empêcher de tirer un sourire nerveux. Ce genre de situations, il les avait vécues pendant près d'une vingtaine d'années. Camus l'avait houspillé depuis sa plus tendre enfance parce qu'il était au courant de beaucoup de choses dont lui n'avait jamais eu conscience. Il revoyait l'enfant qu'avait été son amant, avec son air de professeur suffisant, lui faire la leçon et se désoler de son manque d'érudition.

Pour autant, le Verseau avait toujours été patient, derrière ses airs de grand savant. Il n'avait jamais refusé d'expliquer les choses à son ami, ni ne lui avait jamais fait de véritables reproches. Il s'était simplement employé à combler ses lacunes avec un sérieux touchant.

« Tu savais depuis tout ce temps que c'est une chose récurrente, les liens entre nos signes ? lui demanda Milo, interdit.

- Je le savais, mais quelle importance ? lui confirma Camus.

- Bah, je ne sais pas. J'ai toujours eu la sensation qu'on était devenus amis un peu par hasard. »

Une lueur attendrie passa dans le regard de Camus.

« Le hasard ? releva-t-il. De mon point de vue, tu as été plus que persévérant pour obtenir mon amitié.

- Oui, mais… Je ne l'ai pas fait parce qu'il y avait un lien préexistant… le renseigna son amant. Je t'ai rencontré, et puis… J'en sais rien, j'ai su, quoi. »

Camus se pencha et l'embrassa sur le front avec un joli sourire.

« Et c'est quoi, ce classique que j'ignore, alors ? lui demanda Milo. L'histoire de Dégel et Kardia ?

- Ce n'est pas une histoire très longue, l'informa Camus. Ils étaient complémentaires, et très amis, notamment parce que Dégel était capable de soigner Kardia.

- Le soigner ? répéta Milo. Le soigner de quoi ?

- Une maladie cardiaque. Son cœur brûlait, alors Dégel le refroidissait. Apparemment, Kardia tirait de cette maladie une force d'attaque, mais elle le détruisait également à petit feu.

- Un Antarès brûlant, murmura le grec en s'en souvenant.

- Exact. Tu vois que c'est une histoire que tu connais. »

Milo hocha de la tête. C'était sûr, on la lui avait déjà racontée. Et même si son prédécesseur avait tiré de la puissance de son anomalie cardiaque, il était bien content de ne pas avoir le même problème.

« J'en conclus que la déesse t'a parlé de moi, fit un Camus plus embarrassé. Elle n'a pas évoqué cette histoire pour rien, je me trompe ?

- Euh… hésita le Scorpion. Oui, enfin… Elle a évoqué notre lien à nous. Elle a dit qu'on avait l'air heureux ensemble. »

Il y eut un silence. Camus le regarda, comme s'il attendait une conclusion à cette phrase. En se souvenant de l'aboutissement de la conversation qu'il avait eue avec la déesse, Milo sentit la peur le prendre. Comment le Verseau réagirait-il s'il savait que la déesse l'avait grondé au sujet de leur mariage ?

« Et donc ? l'invita à continuer Camus.

- Qu'est-ce qui te fait croire qu'il y a une suite à ce que je viens de dire ?

- Ton expression, le renseigna le Verseau. Je te connais, Milo. »

Le Scorpion était au pied du mur. Décidément, c'était impossible de cacher quoi que ce soit à Camus.

« Elle veut nous marier », lui avoua le grec de but en blanc.

Son amant en ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes.

« Pardon ?

- Apparemment, elle s'impatiente, lui expliqua Milo. Elle avait l'air vexée que je t'aie demandé ta main mais que je ne sois jamais venu lui en parler. »

Camus garda le silence. Milo vit presque les rouages dans son cerveau s'activer à toute vitesse.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ? lui demanda-t-il finalement, après un silence pesant.

- Je me suis excusé, le renseigna un Milo gêné. Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ? Et je lui ai demandé… si marier deux hommes serait un problème pour elle.

- Et qu'est-ce qu'elle t'a répondu ? l'interrogea Camus, visiblement embarrassé lui aussi.

- Grossièrement, que c'était une question complètement idiote. »

Camus se fendit d'un sourire. Milo avait une manière de réagir qui l'amusait beaucoup. Il se doutait bien que la déesse avait dû lui expliquer des choses en termes pompeux et mystiques, mais le Scorpion n'en avait retenu que l'essentiel. Sans doute rejoignait-il la déesse. La question était, de fait, futile.

« Te moque pas de moi ! se vexa le gardien des lieux en le voyant faire. Comment tu voulais que je réagisse ?

- Je ne sais pas, lui avoua le onzième gardien avec un rire. Je suppose que je n'en aurais pas mené large non plus à ta place. »

La réponse rasséréna le Scorpion. Camus était un grand romantique, même s'il mettait un point d'honneur à ne pas le montrer. Comme son amant était bien plus secret, même si très amoureux, Milo se doutait que la déesse avait profité de la situation pour aborder le sujet avec le plus bavard des deux.

Ce qui lui laissa une interrogation.

« Tu penses que tu t'en sentirais prêt ? hésita le Scorpion, le cœur battant. A ce qu'on se marie ?

- Je serais ravi de le faire si tu penses que c'est le moment, lui répondit le Verseau sur un ton neutre. Mais le plus important pour moi, c'est d'être avec toi. Le reste… Ce sont des fioritures. »

Milo se redressa de son lit et fit face à Camus. Les paroles que venait de prononcer son amant le touchèrent.

« Tu es incroyable, mon amour, lui dit le grec avec une sincère admiration. Je pensais être le plus impatient des deux, mais… Je suis désolé. J'aurais peut-être dû faire avancer les choses et t'en parler davantage. »

Camus fit un sourire qu'il ne put réfréner.

« Figure-toi que cela fait bien longtemps que je t'aime, murmura-t-il. Si tu m'avais posé la question il y a un mois, ou il y un an, la réponse aurait été la même. Combien de fois vais-je devoir accepter d'être ton conjoint, Milo ? »

L'intéressé fit un sourire désolé, peu coutumier de tant de franchise. Camus s'était-il vraiment impatienté, lui aussi ? Sans même qu'il ne s'en soit rendu compte ?

Milo l'embrassa immédiatement. Il avait cru surprendre Camus en remettant le sujet sur le tapis, mais finalement, c'était lui, le plus surpris des deux. Lorsque son amant laissait entrevoir la profondeur de ce qu'il ressentait pour lui, le Scorpion avait l'impression de tomber dans un univers parallèle, lumineux, et bâti juste pour lui.

« Merci d'exister, Camus. Tu me rends tellement heureux. On ira voir Athéna quand tu voudras. »

A ces mots, Camus le prit dans ses bras et le serra très fort. Milo se blottit contre lui du mieux qu'il put. Il voulait ressentit chaque centimètre carré de son corps contre lui.

« Je t'aime, Milo. »

FIN