Bonsoir bonsoir, voici la suite ! =)
Rar :
Guest : Oh merci beaucoup pour ce très joli commentaire, c'est super gentil ! J'aime bien lire des chapitres consistants alors j'en écris des longs en général x) Ravie que mes persos te plaisent, c'est toujours ma hantise de ne pas savoir les respecter, surtout Severus dont on apprécie le caractère piquant =) Un grand merci pour ton commentaire, bonne lecture de ce chapitre ! ;)
Severus avait songé, le samedi précédent, qu'Hermione Granger n'était pas sérieuse quand elle l'avait raccompagné sur le pas de la porte de la pharmacie sur ces mots. « A bientôt ».
Pourtant, force avait été de constater qu'elle l'était tout à fait.
Elle était venue ramener le plateau et les verres vides le mardi midi, et avait même eu le culot de l'inviter à déjeuner avec elle et Ethan, qui l'avait, de toute évidence, prise un peu de court dans son idée d'aller manger en ville. Manifestement, le collègue de Severus avait le béguin pour la jeune pharmacienne, et ce n'était pas réciproque.
Toujours était-il qu'il s'était fait entraîner dans cette galère, avec la complicité de Lauren, qui semblait décidée à remplir la vie sociale de son collègue tout juste revenu en Angleterre. Si elle pensait que sortir avec le jeune serveur pipelette et une ancienne élève constituait pour lui un programme attrayant, elle se fichait le doigt dans l'œil !
Nonobstant le déjeuner, qui finalement ne s'était pas si mal déroulé, même s'il avait cru l'espace d'un instant qu'elle allait réellement réussir à le faire sortir de ses gonds, ce qui n'était plus arrivé depuis des années, l'insupportable gamine avait aussi parlé de son ancienne profession à Ethan. En plus de révéler au passage qu'ils se connaissaient. Depuis, le jeune homme ne le lâchait plus. Severus, qui détestait parler de sa vie privée et avait apprécié la discrétion de Jacob à ce propos, lui qui ne lui avait rien demandé d'autre que ses recommandations professionnelles dans le domaine qui l'intéressait, avait dû fournir des efforts considérables la semaine suivante pour éviter d'étrangler Ethan une bonne dizaine de fois. En plus de ceux, évidents, pour ne pas débarquer à la pharmacie voisine pour en faire de même avec la petite lionne qui avait osé balancer de telles informations sans s'inquiéter des conséquences.
En quelques jours à peine, tous ses collègues du 1911 avaient été mis au courant, ainsi que bon nombre de clients, si bien que plusieurs d'entre eux, notamment des habitués qui venaient tous les jours, avaient pris le pli de l'appeler chaleureusement « Professeur », ce qui avait le don de mettre les nerfs de Severus en pelote. Il n'était plus professeur, par Merlin ! D'ailleurs, le seul fait de passer devant une cours de récréation ou une école suffisait encore à lui donner mal au ventre, c'était dire à quel point ses vingts ans d'enseignement l'avaient traumatisé !
D'autre part, du fait de son lien, pourtant bien mince, avec Granger, Ethan semblait avoir décidé que le barman était devenu, sinon son meilleur ami, du moins une véritable mine d'or d'informations en ce qui concernait la demoiselle. Vraisemblablement, il ne la connaissait pas si bien que cela, car il avait soumis Severus à un véritable interrogatoire la concernant, de son caractère quand elle était plus jeune au style d'hommes qu'elle aimait. Saisi, le Serpentard avait considéré le blondinet avec effarement, prenant sur lui pour ne pas lui dire clairement que la Gryffondor était l'exacte opposée de lui. Ethan était distrait, espiègle et pas très sérieux. Tout le contraire de Granger. Il avait beau ne pas connaître la version adulte de la demoiselle, le souvenir qu'il en gardait ne collait clairement pas à cette définition, et il doutait qu'elle ait changé du tout au tout en cinq ans de temps.
Quelques jours plus tard, la jeune femme était passée plusieurs fois devant le 1911 en fin d'après-midi, alors que le bar avait ouvert à peine une heure plus tôt. Elle avait salué Severus d'un signe de tête à travers la vitrine. Puis, vingt minutes plus tard, la porte s'était ouverte sur elle. Ethan avait manqué renverser son plateau en voyant la Gryffondor entrer, et Severus avait levé les yeux au ciel, exaspéré. Cela en devenait vraiment pathétique !
- Bonjour ! Les avait salués la jeune femme avec un sourire.
Sourire qui, à l'étonnement de Severus, s'était plus attardé à son attention qu'à celle d'Ethan, en réalité.
- Miss Granger, avait-il salué d'une voix égale, affairé à la mise en place du comptoir pour les clients à venir. J'ai comme l'impression que vous vous promenez beaucoup, lorsque vous travaillez, avait-il relevé, sarcastique.
Elle avait eu l'air surprise, sans doute étonnée qu'il ait prêté attention à ses allers et venues, et avait finalement souri.
- Oui, c'est moi qui m'occupe des livraisons à domicile pour nos clients âgés, et qu'on envoie faire les « courses » pour le magasin, aussi, avait-elle répondu, amusée.
Severus avait arqué un sourcil sans équivoque au mot « courses », car il était clair que cela n'avait rien d'officiel ou du moins, que cela ne concernait guère le fonctionnement usuel de la pharmacie.
De fait, la jeune femme avait passé commande de plusieurs verres de vin, et d'un sirop à la cerise, rougissant sous le regard critique de Severus à la mention de ce dernier.
- Vous savez qu'il existe d'autres boissons sans alcool que de la grenadine, rassurez-moi ? Avait-il demandé, ironique.
Elle avait souri de nouveau, et Severus s'était demandé si un jour il s'habituerait à la voir si affable avec lui. Ce n'était pas demain la vielle, clairement.
- Je me méfie un peu des mélanges artisanaux, j'ai eu quelques mauvaises surprises en la matière. Je préfère rester sur les classiques.
Severus n'avait pas répondu, se contentant de hausser les sourcils avec scepticisme, et avait sorti le nécessaire sans rien ajouter. Ethan, qui s'était empressé de déposer les cafés des petits vieux venus profiter de la quiétude des lieux en cette fin d'après midi, était venu taper la discute avec la jeune femme, dont le visage s'était paré d'un sourire poli et un peu emprunté.
- Qu'est-ce que vous fêtez ce coup-ci ? Avait demandé le jeune homme, curieux.
- L'anniversaire d'Agatha, avait distraitement répondu la Gryffondor, qui observait son ancien professeur préparer sa commande derrière le bar. Vous faîtes les matins aussi ou toujours les soirées ? Avait-elle ajouté soudain, et Severus avait mis une seconde à réaliser que c'était à lui qu'elle parlait, et non à Ethan.
Ce dernier avait eu l'air un peu froissé qu'elle ne relance pas la conversation avec lui, et s'était éloigné pour répondre à la demande d'un client assis plus loin. Le Serpentard avait considéré la jeune femme avec méfiance, surpris de son obstination à discuter avec lui plutôt qu'avec le serveur, qui était clairement plus disposé au badinage, mais avait néanmoins répondu à sa question.
- Les midis et les soirées, le plus souvent, avait-il dit, laconique, en disposant les verres sur le plateau.
- J'imagine qu'après les rondes de nuit à Poudlard, vous êtes habitués à vous coucher tard, avait-elle commenté avec un demi-sourire.
Non, décidément, il n'arrivait pas à se faire à ces conversations courtoises et chargées d'allusions au passé commun qu'ils avaient brièvement partagé sous le toit de l'école de sorcellerie, comme si elle gardait de ces années un souvenir agréable et intarissable. Bon Dieu, avec tous les événements qui avaient rythmé sa scolarité, et leurs relations plus qu'houleuses de l'époque, cela ne pouvait décemment pas être le cas ! Pas vrai ?
- Je ne dors pas beaucoup, la nuit, avait confessé Severus avant même de réaliser qu'il se prêtait au jeu de la discussion. Ça va aller jusqu'à la pharmacie ? Avait-il ajouté en posant le plateau sur le comptoir.
La Gryffondor avait blêmi quelque peu en avisant les hauts verres à pied, en équilibre fragile sur le plateau rond, qui ne demandaient qu'à tomber au premier faux pas de sa part. Elle avait levé un regard incertain vers Severus, inquiète sans doute qu'il se moque de sa réaction. De fait, un sourire railleur avait déjà commencé à ourler ses lèvres tandis qu'il s'imaginait le plateau se fracasser dès la sortie du bar.
La jeune femme avait fait la moue, un brin agacée de voir qu'il s'amusait de la situation puis, avec un sourire en coin non dénué de superbe, elle avait esquissé un petit geste de la main près du plateau. Les verres s'étaient aussitôt scellés sur la surface métallique sous l'effet du sortilège informulé, et leur contenu s'était figé comme s'il avait été pris dans la glace. Lorsqu'elle avait de nouveau croisé son regard, un éclat malicieux pétillait dans les yeux noisette.
- Ne vous en faites pas pour moi, je devrais m'en sortir sans trop de difficultés, avait-elle répondu, victorieuse, avant de s'en aller avec son chargement.
Severus l'avait suivie un instant du regard, un peu mécontent d'avoir ainsi été privé du spectacle de sa chute, puis un demi-sourire avait brièvement étiré le coin de ses lèvres tandis qu'il l'observait s'éloigner avec son plateau stupéfixé, l'air très fier d'elle. Quelle numéro c'était, cette gamine !
OoOoO
Severus n'aurait su dire si c'était parce qu'il savait à présent qu'elle travaillait dans le quartier, toujours était-il qu'il n'avait jamais autant remarqué la jeune femme que depuis ce jour où il l'avait rencontrée à la pharmacie.
De toute évidence, Hermione Granger avait pris goût à l'indépendance et à la vie nocturne londonienne, car au cours des jours suivants, Severus l'avait aperçue à de nombreuses reprises dans le quartier, attablée à une terrasse avec des amis durant les pauses déjeuners, ou dans différents cafés ou bars de la ville, à siroter un café ou, comme l'avait souligné Ethan, un sirop à l'eau. Chaque fois avec des personnes différentes, bien souvent avec des hommes, jamais avec Potter ou Weasley. Ce qui n'avait pas manqué tirer un reniflement sarcastique à Severus, lorsqu'il l'avait aperçue se faire raccompagner à l'officine un midi par l'un des serveurs d'un café voisin. Il se rappelait encore des paris endiablés qui avaient animés la salle des professeurs à Poudlard, quelques années plus tôt, quand Minerva avait désespéré de voir sa meilleure élève tomber dans les bras du rouquin tête en l'air ! Sans doute aurait-elle été soulagée de constater qu'il n'en était rien. Même si, à la réflexion, la voir enchaîner ainsi les rendez-vous, visiblement en quête de la perle rare, n'aurait rien dit qui vaille à l'animagus non plus !
Il l'avait même aperçue à une soirée dansante organisée dans un bar latino situé quelques rues plus loin, un soir après avoir fermé le 1911, dont le gérant était un ami proche de Jacob. Les notes endiablées d'une salsa l'avaient fait relever la tête vers l'établissement, dont la terrasse bondée témoignait chaque semaine du succès de leur soirées afro-latine. La journée avait été d'une douceur tout à fait agréable, et les jeunes gens, et moins jeunes, avaient profité du leur samedi soir pour sortir et décompresser. La salle était comble, et les clients allaient et venaient par les baies vitrées grandes ouvertes qui desservaient la terrasse, et même le trottoir où les fumeurs s'adonnaient à leur passe temps addictif.
Les guirlandes lumineuses accrochées sur la pergola brillaient comme autant d'étoiles dans l'obscurité de la soirée déjà bien avancée, et conféraient à cette partie du quartier londonien des airs de petit morceau d'Amérique du Sud. Pour un peu, Severus aurait pu se croire de retour à Cuba, où la danse latine était une véritable institution.
Son regard avait glissé sur les clients qui discutaient ou sirotaient un cocktail à l'entrée, dévié vers les danseurs qui se déhanchaient à l'intérieur du pub bondé, et il avait silencieusement remercié Merlin que Jacob n'organise pas ce genre d'événements dans son établissement. Il devait régner une chaleur infernale dans le pub, qui était tellement plein à craquer que les serveurs devaient sans doute jouer des coudes pour se faufiler à travers la foule. Sans parler de la musique assourdissante qui lui vrillait déjà les oreilles alors qu'il se trouvait pourtant sur le trottoir d'en face.
Puis, alors qu'il continuait son chemin en direction de l'appartement qu'il avait loué pour son retour à Londres, il s'était figé tandis que son regard se posait soudain sur une jeune femme qui dansait près des baies vitrées. Son inconscient l'avait reconnue avant lui, car il s'était arrêté avant même de l'identifier pleinement. Et même quand cela avait été le cas, il avait de nouveau pris le temps de s'assurer de l'identité de la demoiselle, car l'image de cette jeune femme exaltée, les cheveux lâchés et les yeux brillants alors qu'elle tournait au gré des mouvements guidés par son cavalier, l'avait tétanisé sur place, tant elle était à des lieues de la représentation sage et disciplinée qu'il se faisait d'Hermione Granger.
Incapable de bouger, il l'avait regardée tournoyer autour de son cavalier, ses mains glissant sur ses épaules et autour de sa taille en fonction de la chorégraphie de la danse, passer ses doigts dans sa crinière folle dans ces mouvements de lady-styling très prisés en danse latine, et rire lorsque son partenaire, ou elle-même d'ailleurs, ne pouvait éviter un loupé.
La musique s'était achevée, et son cavalier l'avait faite tournoyer une dernière fois, l'amenant au plus près de la baie vitrée dont les angles se couvraient de buée du fait de la chaleur qui régnait dans les lieux. Puis, alors que les deux danseurs faisaient claquer leurs mains levées en guise de remerciement mutuel pour cette prestation, le regard de la Gryffondor avait glissé vers l'extérieur tandis qu'elle reprenait son souffle. Il avait coulé sur un groupe d'étudiants qui portaient un toast, avant de se planter soudain dans celui de Severus, toujours figé sur le trottoir face au pub. Le Serpentard s'était heurté de plein fouet à l'éclat pétillant qui animait les yeux noisette, au sourire resplendissant qui fleurissait encore les lèvres de la jeune femme, à l'expression passionnée qui rehaussait le visage fin et sans fard qu'il avait toujours connu sérieux et concentré.
Un client était passé sur le trottoir près du bar, rompant le lien visuel.
Lorsqu'il s'était écarté, une seconde plus tard, Severus s'était déjà éloigné à grandes enjambées, le cœur étonnement battant, l'esprit inexplicablement bouleversé.
OoOoO
Severus n'avait pu s'empêcher de se crisper davantage lorsque, le mardi suivant, au terme d'une journée longue et chargée, Ethan avait soupiré. Pour au moins la centième fois depuis le début du service. Par Salazar, il n'en pouvait plus ! Déjà pendant le service du midi le jeune homme avait pesté et ruminé, soupirant à qui mieux-mieux, grommelant dans sa barbe des phrases inintelligibles qui avaient rappelé au Serpentard les remarques inarticulées que maugréaient parfois certains de ses élèves à l'époque où il distribuait des retenues au lieu de cocktails acidulés.
Il était presque vingt heures, ils avaient encore au moins deux heures et demi à tenir avant la fermeture du pub, et cela faisait au moins cinq fois qu'il résistait à l'envie d'étrangler son collègue.
Il n'était, de toute évidence, pas le seul dans ce cas là, car il avait surpris le regard agacé de Lauren sur le blondinet à plusieurs reprises. Quand, quelques secondes seulement après le dernier soupir, leur collègue avait de nouveau soufflé avec agacement, la quinquagénaire avait explosé.
- Bon qu'est-ce que tu as toi à la fin ? C'est pénible là ! S'était-elle exclamée à voix basse, exaspérée, alors qu'Ethan passait en cuisine pour récupérer deux planches apéritives.
- Rien, ça va, avait répondu le jeune homme d'un ton qui laissait suggérer tout le contraire.
- Ethan !
- Mais rien, c'est juste que… je suis allé au Calcio samedi soir, pour leur soirée latine. Il y avait la fille qui bosse à la pharmacie, Hermione…
Severus, jusque là occupé à préparer une commande pour une table de dix particulièrement bruyante au fond de la salle, avait soudain prêté attention aux états d'âme de son collègue à l'entente du prénom familier.
- Et donc ? Avait demandé Lauren comme Ethan ne faisait pas mine de continuer.
Le soupir que ce dernier avait poussé aurait pu fendre le cœur de n'importe qui. Excepté celui de Severus, bien-sûr.
- Vous l'auriez vu danser, je vous jure... ! Elle était tellement… et si… ! Avait-il murmuré, à la voix rêveur et dépité.
Lauren avait coulé un regard amusé vers Severus, qui s'était abstint de tout commentaire.
- Mais encore ? Avait-elle relancé, malicieuse. On a un peu de mal à imaginer, là comme ça, avait-elle dit, amusée de sa théâtralité.
Severus avait fait mine d'être absorbé par le remplissage des verres de bière, alors qu'en réalité son esprit s'emplissait soudain de l'image de la Gryffondor tournoyant entre les mains habiles de son cavalier, ses cheveux virevoltants derrière elle, un sourire resplendissant aux lèvres. Contrairement à Lauren, lui voyait très bien ce que voulait dire Ethan. Et, même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, comprenait ce qui avait pu ainsi troubler le jeune homme. Le regard malicieux qui s'était fiché dans le sien, à travers la baie vitrée, hantait ses nuits depuis le week-end précédent.
- Elle était tellement belle ! Avait-il soufflé, d'une voix si niaise et affectée qu'elle avait tiré un rictus à Severus, écœuré par toute cette mièvrerie.
Lauren, quant à elle, semblait grandement s'amuser de l'affliction du serveur, à présent qu'elle avait connaissance de la cause de tous ces soupirs accablés. Elle avait de nouveau échangé un regard avec Severus tandis que le gosse allait apporter leurs verres à la bande de copains lourdauds et bruyants, puis avait continué la discussion lorsqu'il était revenu près d'eux.
- Et alors, tu l'as invitée à danser ? Avait-elle demandée, curieuse.
- Bien-sûr que non ! Avait rétorqué Ethan en piquant un fard, mortifié. Je ne sais pas danser moi, en tout cas pas comme ça ! Avait-il geignis, dépité.
Un client était venu demander une nouvelle tournée, ce qui avait permis au Serpentard de se détourner l'espace d'un instant, et de pouvoir lever les yeux au ciel sans risquer de se faire remarquer par ses collègues. Bon sang, il avait oublié à quel point on pouvait être niais et ridicule, à cet âge !
- Je ne pense pas qu'elle soit du genre à se moquer, peut-être qu'elle aurait…, avait repris Lauren, conciliante.
- Tais-toi la voilà ! Avait soudain glapi Ethan, affolé, alors que le carillon de l'entrée retentissait à l'ouverture de la porte.
Les doigts de Severus s'étaient crispés sur la bouteille d'apérol qu'il tenait en main, et il avait manqué charger un peu trop le spritz qu'il était entrain de préparer. Au prix d'un effort étonnant, il était parvenu à prendre le temps nécessaire à la fin de la préparation du cocktail, et en avait profité pour s'assurer de son expression impassible, avant de se retourner vers le comptoir et la salle pour constater qu'effectivement, Hermione Granger venait d'entrer dans le bar, accompagnée de sa collègue à la coupe garçonne et d'une autre jeune femme de l'âge de celle-ci.
- Eh bien, quand on parle du loup, avait souri Lauren alors qu'Ethan rajustait précipitamment le col de sa chemise et passait une main dans ses cheveux pour se donner un style qu'il voulait plus séducteur.
Des années plus tôt, Severus avait détesté cette manie chez James Potter. Trente ans plus tard, il n'avait pu que constater que ce geste lui hérissait toujours autant le poil, même lorsque ce n'était pas un sorcier de la lignée des Potter qui l'esquissait.
- Mesdemoiselles bonsoir ! S'était exclamé Ethan, tout sourire, en se dirigeant vers les nouvelles venus.
- Je sens que ça va être drôle ! Avait gloussé Lauren à l'attention du barman, avant de lancer un regard exaspéré à la table de dix qui commençait à devenir un peu trop remuante. Oh ils vont commencer à m'agacer ceux-là ! Messieurs, s'il vous plaît ! Avait-elle tempéré en s'approchant de la bande de pochtrons déjà bien avinés.
Ethan était revenu quelques instants plus tard, les yeux brillants et le visage plein de cette expression un peu niaise caractéristique des jeunes gens transis d'amour. Severus lui avait lancé un regard un brin condescendant, sidéré, avant que son attention ne se pose sur le bon de commande que le gamin avait épinglé sur le comptoir avant de repartir avec un plateau chargé pour une autre table.
Deux mojitos, et un sirop au kiwi. Inutile de demander pour qui était le sirop.
Une bande de jeunes était entrée, visiblement des amis d'Ethan, car ils avaient salué le blondinet avec force accolades et échangé quelques mots avec lui. Voyant qu'il était ainsi occupé avec les six nouveaux venus, Lauren avait récupéré le plateau destiné à Granger et ses amies, et froncé les sourcils en réalisant que le contenu du plateau ne correspondait pas à ce qui était noté sur le bon de commande.
- Euh… Sev', le sirop…
- Ne t'inquiète pas, je la connais, avait-il répondu en dardant son regard sombre sur la Gryffondor qui riait avec ses amies à quelques pas de là.
Lauren avait acquiescé, rassurée par ces mots, et avait amené leurs consommations aux trois demoiselles. Il l'avait vue échanger quelques mots avec la rouge et or, qui avait incliné la tête, perplexe, an avisant le contenu de son verre. Puis Laurence avait souri en désignant Severus, et les yeux noisette de la jeune femme, suivant son geste, avaient rencontré ceux noir d'encre du barman. Un sourire en coin était venu étirer les lèvres pleines, et avait trouvé écho dans le demi-sourire que n'avait pu réprimer Severus en soutenant son regard amusé, avant qu'elle ne se retourne vers sa collègue qui lui posait une question.
Du coin de l'œil, alors qu'il débarrassait son plan de travail en vue de la commande que s'apprêtait à lui ramener Ethan, il avait observé Granger tremper ses lèvres dans le cocktail avec délicatesse, comme si elle s'attendait à une mauvaise surprise. Pensait-elle qu'il avait peut-être essayé de l'empoisonner à son insu ? Peut-être bien, avait-il songé, amusé, en la voyant prendre le temps de laisser les arômes envahir sa bouche, puis de boire une gorgée plus conséquente. Face à elle, ses amies l'avaient interrogée, curieuses, et le sourire qui s'était finalement dessiné sur son visage avait été source d'un étrange sentiment de satisfaction pour Severus, qui l'avait dissimulé en se détournant pour ranger quelques verres dans le meuble derrière-lui. Il avait ainsi manqué le regard pétillant qu'avait tourné la jeune femme dans sa direction.
Ethan était revenu avec une nouvelle liasse de commandes qui l'avaient suffisamment occupé, en parallèles des clients installés directement au bar, pour qu'il ne prête plus guère attention à son ancienne élève qui bavardait à l'autre bout de la salle en sirotant son verre. L'arrivée de son groupe d'amis avait, semble-t-il, temporairement distrait Ethan de son désarroi sentimental, et la soirée avait poursuivi son cours. Laurence était intervenue à nouveau pour tempérer la table de dix, dont les voisins ne s'étaient pas attardés, incommodés par les rires gras et les conversations bruyantes qui en émanaient.
Puis, sans que Merlin sache trop comment, la soirée avait dérapé. Les amis d'Ethan étaient venus demander des fléchettes à Lauren pour faire une partie sur la cible au fond de la salle, ce qui avait vraisemblablement attiré l'attention des dix hommes bien entamés qui buvaient non loin de là, et qui s'étaient approchés d'un pas lourd dans l'intention évidente de pouvoir eux aussi disputer une partie. Le ton était vite monté entre les deux groupes plus ou moins éméchés, attirant les regards des autres clients sur eux. Ethan était rapidement intervenu, mais malgré sa haute stature, son corps fin et dégingandé n'en imposait pas suffisamment face aux armoires à glace à l'assurance exacerbée par l'alcool.
Excédé de ce désordre, Severus avait abandonné son bar pour se diriger vers les fauteurs de trouble d'un pas vif, revêtant au passage l'aura glaciale et imposante qui avait fait ses preuves durant ses vingt ans d'enseignement. Les quelques pochtrons qui, plus couards que leurs camarades, l'avaient vu se diriger ainsi droit sur eux, s'étaient écartés aussitôt, peu désireux de s'attirer ses foudres. Ethan s'était placé entre trois de ses camarades manifestement prêts à en venir au main, et les deux gorilles à moitié ivres qui leur faisaient face, se répandant en insultes rabaissantes concernant les deux jeunes hommes ainsi que leur ascendance.
- … Me tape ta mère tous les soirs, l'avorton, alors boucle là !
- Avec ta tronche de dégénéré, même une truie ne voudrait pas de toi ! Avait rétorqué l'un des jeunes, le regard étincelant.
- Espèce de sale puceau, viens voir un peu si tu ramènes autant ta grande gueule quand…
- Messieurs ça suffit ! avait cinglé Severus en s'interposant entre eux, le regard glacial. Sortez. Immédiatement.
L'espèce de brute épaisse qui semblait être la plus grande gueule des dix l'avait toisé avec un rictus dédaigneux, et le Serpentard avait retenu une grimace dégoûtée quand l'odeur acre de transpiration et de son haleine fétide lui était parvenu. Les cheveux rasés et les bras marqués de tatouages un peu flous, décolorés par les années et déformées par une prise de poids conséquente, l'homme en question était à lui seul un concentré de tout ce que Severus détestait. Grossier, négligé, et vulgaire.
- Qu'est-ce qu'elle nous veut la donzelle avec ses cheveux longs ? Avait-il raillé avec un rire gras, que ses compères avaient repris en cœur.
Le regard sombre du Serpentard avait flamboyé de colère, et l'atmosphère autour de lui s'était comme chargée d'électricité alors que sa magie s'échauffait. Deux de ses acolytes, sentant venir les problèmes, avaient tenté de raisonner leur compagnon. Plusieurs membres de la bande n'avaient d'ailleurs pas attendu davantage pour récupérer leurs affaires et prendre la porte. Mais le grossier personnage ne semblait pas vouloir en démordre, et il s'était dégagé de la main que l'un de ses amis avait posé sur son épaule pour s'approcher davantage du barman, ne lui épargnant rien de la vue rapprochée de son visage mal rasée, suintant de transpiration et marqué par les excès. Le rictus dégoûté de Severus s'était accentué.
- Je vous conseille vivement de sortir de votre propre chef avant que je ne vous aide à prendre la porte, avait murmuré le Serpentard d'une voix basse, dangereusement menaçante.
Le sourire torve du client avait révélé une dentition inégale et jaunie par le tabac, où plusieurs dents manquaient.
- Et qu'est-ce qu'elle compte faire pour m'obliger à sortir, la petite put… ?
Les yeux de la brute épaisse s'étaient écarquillés quand sa langue était soudainement restée collée à son palais, et la panique avait envahi son visage en réalisant qu'il n'arrivait plus à la bouger. Le regard transperçant de Severus s'était fiché dans le sien, dur et glacé.
- J'apprécie qu'un langage correct soit maintenu dans mon établissement, plus encore lorsqu'une abjection de votre espèce s'adresse à moi. Maintenant, je vous laisse une dernière chance de débarrasser le plancher de votre propre initiative, tant que vos jambes fonctionnent encore, avant que vous ne soyez dans l'obligation de ramper jusqu'à la sortie.
L'homme avait blêmi face au Serpentard et s'était vivement reculé, écrasé par son aura menaçante et terrifié par la menace, réalisant du même coup qu'il n'était pas étranger dans la dysfonction soudaine de son appendice buccal. Il s'était pris les pieds dans la chaise derrière lui, ses lèvres s'étaient vainement agitées dans une excuse muette, puis il avait récupéré prestement ses affaires avant de sortir à la suite de ses compères.
De nouvelles voix étaient montées derrière Severus, qui avait seulement réalisé que l'un des autres gorille continuait de s'accrocher avec l'un des amis d'Ethan. Il s'était retourné, histoire de faire subir le même sort au deuxième pochtron, mais n'avait pas eu le temps de former le moindre sortilège informulé. Un choc soudain l'avait percuté sur le côté du visage, faisant rudement pivoter sa tête sous la violence du coup, alors que la douleur explosait dans son arcade sourcilière. Sonné, Severus avait titubé un instant, alors que les cris stupéfaits des clients lui parvenaient comme à travers un épais coton.
Le temps qu'il comprenne ce qu'il lui arrivait, et que son accommodation se remette à fonctionner normalement, lui permettant de revoir net le monde autour de lui, le dernier homme de la bande avait déguerpi, et Lauren se trouvait près de lui, ainsi qu'une dizaine de clients qui s'étaient amassés, moins inquiet que curieux. Sa collègue les avait chasser sans ménagement, les priant de le laisser respirer et de reprendre leurs conversations là où elles s'étaient arrêtées.
- Severus ? Severus tu vas bien ?
Elle avait guidé le Serpentard jusque dans l'arrière boutique, histoire de l'éloigner des regards curieux et des chuchotements assourdissants qui avaient empli la salle.
- Ça va, ça va, avait maugréé Severus en se laissant toutefois tomber sur une chaise, un peu chancelant.
Sentant un liquide chaud s'écouler le long de sa joue, il avait porté machinalement une main à son sourcil, pour grimacer vivement quand ses doigts avaient touché les bords d'une plaie à vif. Face à lui, Lauren avait blêmi.
- Oh bon sang, il ne t'a pas loupé ! Il devait avoir une chevalière ou quelque chose dans le genre. Tu dois avoir affreusement mal.
- J'en ai vu d'autres, crois-…
- Professeur, est-ce que ça va ?
Severus avait vivement levé le regard vers l'entrée de la pièce, tandis que Lauren faisait volte face. Son soulagement avait été palpable, et bien éloigné de la tension soudaine qui avait raidi le corps du Serpentard, quand elle avait reconnu Granger sur le pas de la porte.
- Qu'est-ce que vous faites là, vous ? avait maugréé l'ancien espion, agacé d'apparaître ainsi vulnérable devant son ancienne élève. Foutez-moi le…
- Ah Hermione vous tombez à pic ! S'était exclamée Lauren en même temps. Est-ce que vous pouvez vous occuper de lui, s'il vous plaît ? Ça a l'air bien ouvert, peut-être qu'il faudrait poser des strips et…
- Je n'ai pas besoin d'elle, avait protesté Severus, dont la douleur exacerbait le caractère exécrable.
- Je pense que si, et pour ma part je ne supporte pas la vue du sang ! Avait répliqué Lauren qui, en effet, blanchissait de plus en plu alors que la plaie continuait de saigner. Je vais vous chercher la trousse à pharmacie.
Elle s'était éclipsée sans attendre, visiblement désireuse de mettre le plus de distance possible entre elle et le visage tuméfié de Severus, qui sentait déjà son arcade gonfler et palpiter comme si un deuxième pouls s'y était soudain déclenché.
Son regard noir et clairement menaçant n'avait pas dissuadé Granger d'approcher, et avant qu'il n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche pour formuler quelques remarques bien senties sur le fait qu'il était hors de question qu'elle s'occupe de cela, elle avait posé trois doigts sur sa joue pour lui faire doucement tourner la tête, et ainsi avoir plus de lumière pour analyser l'étendue des dégâts. Le simple contact de ses doigts frais sur sa joue brûlante avait réduit Severus au silence de façon aussi efficace que le sortilège de mutisme qu'il avait lancé tantôt contre le client ivre.
- Vous êtes bien amoché, avait-elle commenté sans pouvoir retenir une grimace.
- Sans blague ? Avait demandé Severus avec humeur, réussissant enfin à reprendre ses esprits.
- Je vous ai ramené la trousse complète et de la glace, et il y a de l'eau au robinet derrière vous, avait indiqué Lauren en revenant.
Elle avait posé le tout sur la table près de Severus et était repartie sans demander son reste, le laissant seul avec la Gryffondor sans s'inquiéter de savoir s'il était entre de bonnes mains ou non.
Il l'était sans doute, bien-sûr, mais cela lui aurait brûlé la gorge de l'avouer.
- Inutile de me fusiller du regard ainsi, ce n'est pas moi qui vous ai cogné dessus ! S'était exclamée la jeune femme avec un sourire amusé comme il s'évertuait à la couvrir d'un regard noir.
- Un sortilège de guérison et ça sera réglé ! Avait pesté Severus en faisant mine de se relever.
Le sol s'était mis à tanguer sous ses pieds et il avait dû se rattraper à la table pour ne pas perdre l'équilibre. Par Merlin, c'est qu'il avait frappé fort, le bougre ! Les mains de Granger s'étaient refermées autour de son bras alors qu'elle l'incitait à se rasseoir comme un gamin têtu.
- Restez tranquille un moment, voulez-vous ? J'ignore à quel régime tourne ce type mais il a une sacrée droite !
Le Serpentard avait maugréé quelque chose d'inintelligible mais s'était exécuté néanmoins, en proie à un mal de tête croissant. La jeune femme s'était éloignée vers le petit lavabo pour se laver les mains, puis avait de nouveau posé ses doigts sur sa joue pour axer son visage dans la bonne inclinaison. Severus avait tressailli à son contact.
- Ça va piquer un peu, désolée, s'était-elle excusée par avance, interprétant sans doute sa réaction à l'appréhension de la douleur à venir.
Même si cela ne lui plaisait pas de passer pour quelqu'un de douillet, Severus n'avait pas démenti. Mieux valait encore qu'elle pense qu'il était un peu sensible plutôt que de lui avouer que son seul contact le tétanisait tout à fait.
- Pour faire suite à votre idée, je doute que vos collègues soient si crédules concernant mes compétences en matière de guérison. Même le meilleur médecin du monde ne saurait pas faire disparaître une plaie en cinq minutes. Je suis navrée, mais vous allez devoir vous soigner à la moldue, pour cette fois.
Le Serpentard avait râlé de nouveau, mais ses bougonneries avaient été vite interrompues par le juron étouffé qu'il n'avait su retenir lorsqu'elle avait remplacé la compresse fraîche sur sa tempe par une nouvelle, imbibée d'anti-septique, cette fois. La brûlure caractéristique lui avait arraché une grimace, et avait contrasté d'autant plus avec le contact doux et frais des doigts de la Gryffondor, qui avaient tâté délicatement les contours de la plaie.
- Je ne pense pas que cela soit cassé, avait-elle annoncé quelques secondes plus tard avec un soulagement évident. Mais c'est bien ouvert, je vais quand même devoir poser des strips.
A ce stade, Severus n'avait plus été capable d'articuler quoique ce soit. Il ignorait si c'était le mal de tête grandissant qui lui martelait le crâne ou non, mais la proximité de la jeune femme le troublait tout à fait. En réalité, plus que sa proximité, c'était la délicatesse dont elle faisait preuve qui le prenait de court. Au court de sa vie, l'ancien espion en avait expérimenté, des plaies et des blessures, tant et si bien qu'il ne les comptait plus depuis longtemps.
Et pourtant, c'était la première fois que l'on prenait soin de lui ainsi.
Il se rappelait encore de la morsure cuisante que lui avait infligé la gueule baveuse et hérissée de croc de l'une des têtes du cerbère de Hagrid, des années plus tôt. A l'époque, il avait regagné ses appartements tant bien que mal, et s'était occupé seul de la plaie, car Poppy n'était pas au courant pour la pierre philosophale. Il avait serré les dents, le temps de soigner tant bien que mal la plaie béante, et avait boité plusieurs jours après cela. Même pour les blessures pour lesquelles il avait pu demander l'assistance de l'infirmière de l'école, il n'avait pas été traité avec autant douceur que celle dont faisait preuve Granger avec lui ce soir-là. Il fallait dire que Pomfresh lui en avait toujours voulu d'envoyer tant d'élèves à l'infirmerie, pour des accidents de potions ou des crises d'angoisse suite à ses accès de colère ou à la perspective de passer toute une soirée en retenue avec lui.
Il ne s'était jamais montré aimable avec Hermione Granger, bien au contraire. Il avait toujours été rabaissant à son encontre, partial et injuste. Et pourtant… pourtant il avait l'impression d'être une petite chose délicate entre ses mains, tant elle mettait de précautions dans son application à nettoyer et désinfecter la blessure de son arcade.
Ses doigts sur sa joue étaient suffisamment fermes pour maintenir son visage dans l'angle correct permettant les soins, mais pourtant légers comme une plume. Ils sentaient le citron et l'ananas, et Severus avait deviné sans mal qu'elle avait dû jouer avec le sucre acidulé qui ornait le bord de son verre à cocktail, dans cette manie irrépressible qu'il avait déjà observée chez bon nombre de clients. Passé le picotement lié à la désinfection, le Serpentard avait dû avouer qu'elle s'était montrée remarquablement douce dans ses gestes, et bien que l'idée d'être ainsi touché lui était tout à fait incommodante, il n'aurait pu nier que cela était loin d'être désagréable.
- Ça va ? Avait-elle demandé pour la huitième fois peut-être en moins de cinq minutes, visiblement soucieuse de ne pas lui faire mal.
Severus avait acquiescé d'un bref grondement, tentant de maîtriser les battements de son cœur affolé et de garder un souffle régulier. Le regard noisette de la demoiselle ne cessait de croiser le sien, alors qu'elle s'assurait de ses réactions au fur et à mesure qu'elle finissait de s'occupait de la plaie, et la rougeur de ses joues allait crescendo. Severus avait presque été soulagé de constater qu'il n'était pas le seul que cette situation troublait.
- J'espère que vous êtes aussi douée pour poser des strips que pour danser la salsa, avait-il commenté alors qu'elle ouvrait le sachet de bandes stériles.
Il s'était aussitôt maudit de ne pas avoir su tenir sa langue, quand la Gryffondor s'était soudain figée, manquant faire tomber le contenu du sachet, et avait vivement relevé les yeux vers lui, stupéfaite. Elle avait piqué un fard pour de bon, cette fois, alors que ses yeux s'agrandissaient de surprise.
- Je… Euh… oui… Enfin je pense, avait-elle balbutié, prise de court par cette remarque. C'était vous devant le Calcio, avait-elle repris dans un murmure quelques instants plus tard. Je n'était pas certaine, à cause de l'obscurité.
Severus n'avait pas répondu, encore trop occupé à se morigéner de ne pas avoir su garder le silence. Bon sang, elle allait croire qu'il l'espionnait, à présent ! Contre toute attente, les lèvres de la jeune femme s'étaient ourlées d'un sourire. Elle avait pris le temps de poser le premier strip, avant de reprendre, de cette voix malicieuse que Severus lui avait découverte depuis peu.
- Vous auriez pu entrer, les soirées au Calcio sont toujours bien animées, et se finissent rarement en bagarre, avait-elle souligné, non sans ironie, en le gratifiant d'un coup d'œil entendu.
Severus s'était renfrogné.
- Epargnez-moi vos sarcasmes, voulez-vous ? Avait-il grondé, agacé.
Elle avait appuyé un peu plus fort sur le strip suivant, dans un geste purement volontaire, Severus en était sûr, et il avait tressailli sous la piqûre cuisante, avant de lui retourner un regard autant sidéré qu'accusateur. Par Merlin, depuis quand Granger se comportait-elle de façon si… Serpentarienne ?
- Oups, pardon, avait-elle souri, pas désolée pour un sou.
- Vous ne perdez rien pour attendre, avait sifflé Severus entre ses dents, furieux.
Le sourire amusé de la jeune femme lui avait clairement fait comprendre que son ton menaçant n'avait guère eu l'effet escompté.
- Vous n'êtes pas en position de force pour tenir ce genre de discours, professeur, avait-elle dit en s'esclaffant, et Severus s'était renfrogné plus encore.
- Arrêtez de me donner du « professeur », je ne suis plus enseignant, Granger ! Avait-il protesté, excédé. Déjà qu'à cause de vous la moitié des clients ont décidé de m'appeler ainsi !
Cette précision l'avait fait rire, et Severus s'était raidi, pris de court par ce son cristallin qui avait tinté à ses oreilles alors qu'elle posait la troisième bande. Il avait toujours détesté entendre ses élèves rire ou glousser, car bien souvent lorsque cela s'était produit devant lui, cela avait été à ses dépends, lui qui n'avait pas été sans savoir être l'objet de nombreuses critiques et moqueries au sein du château. Granger, en revanche… eh bien, il ne se souvenait pas l'avoir jamais vue ricaner en classe, elle qui s'était toujours montrée si attentive en cours. Du reste, il était à peu près certain que s'il l'avait déjà entendue rire par le passé, il s'en serait souvenu, car il avait trouvé le son de sa voix rieuse absolument plaisant.
- Très bien, très bien, avait-elle concédé, toujours amusée. Comment dois-je vous appeler alors, « Monsieur » ? Je trouve cela encore plus formel que « Professeur » !
Severus avait bougonné dans sa barbe inexistante, contrarié qu'elle se moque ainsi de lui, même gentiment. Pour la centième fois peut-être depuis qu'il l'avait recroisée dans cette nouvelle vie, il s'était fait la réflexion que tout ceci était surréaliste. Depuis quand au juste Hermione Granger s'amusait-elle à le charrier comme s'ils étaient de bons amis, tout en faisant courir ses doigts légers sur son visage alors qu'elle finissait ses soins ?
Néanmoins, il avait encore une réponse à donner à sa question.
- … Vous n'avez qu'à m'appeler Severus, avait-il fini par lâcher, presque à contre cœur, comme il s'imaginait mal se faire appeler « Monsieur » devant les clients du 1911, qui riraient encore de cette déférence à son égard. De toute façon, tout le monde m'appelle comme ça ici.
Contre toute attente, la demoiselle n'avait pas répondu. Un bref coup d'œil de côté lui avait indiqué qu'elle avait semblé gênée par ces mots, car ses joues s'étaient colorées de nouveau, et qu'elle avait pris soin de ne pas croiser son regard.
- Je… Je ne sais pas si j'y arriverais, avait-elle avoué, soudain timide.
Severus avait froncé les sourcils, avant de se rappeler, à la douleur qui avait transpercé son côté gauche, que l'un d'eux était pour le moment hors service. Il avait étouffé un juron et avait porté par réflexe une main à son arcade pour tenter d'apaiser la douleur, mais ses doigts s'étaient heurtés à ceux de la Gryffondor, qu'elle avait déjà posés sur la plaie recouverte de strips pour soulager par leur fraîcheur la sensation de brûlure qui venait de le tirailler. Severus avait sursauté en sentant sa main sous la sienne, et avait senti la jeune femme tressaillir à ce contact également.
- Faîte attention, ça risque de ne pas vous faire du bien si vous bougez ainsi, avait-elle trouvé bon de préciser, bien inutilement puisqu'il venait d'en faire l'expérience.
Severus n'avait pas répondu, trop saisi par le contact de sa main sur son visage, qu'elle n'avait toutefois pas tardé à retirer, jugeant que la douleur devait être passée, à présent. Puis, décidant qu'il était plus facile de faire comme si la conversation précédente n'avait pas été interrompue par cet intermède gênant, il avait repris, dans une râlerie un peu forcée.
- Oui, j'avais remarqué. Pour le reste, mettez-y un peu du votre, Granger ! Cela fait des années que je ne suis plus professeur, et j'aime autant ne pas m'entendre rappeler cette période pour la moins déplaisante de ma vie ! Avait-il maugréé, exaspéré.
- Ah ! Si j'entends râler c'est que tu vas mieux ! S'était exclamée Lauren en franchissant le pas de la porte.
Granger avait de nouveau ri, tandis que Severus fusillait sa collègue du regard, passablement agacé. La quinquagénaire lui avait indiqué avoir appelé Jacob pour l'informer des événements, et avait précisé que le patron avait conseillé au barman de rentrer chez lui pour se reposer. Le Serpentard avait vivement protesté, arguant que ce n'était rien et qu'il était tout à fait en état de travailler. Sentant venir la discorde, Granger avait rangé la trousse à pharmacie et s'était éclairci la gorge, leur rappelant gentiment qu'elle était encore là et que leurs affaires ne la regardaient pas.
- Pardon, s'était excusée Lauren avec un sourire contrit. Merci beaucoup à vous, c'est très gentil.
- Pas de problème, c'est normal. Je vous laisse, les filles doivent m'attendre pour partir, on avait dit qu'on ne resterait pas trop tard. Bonne soirée à vous tous, bon courage, avait-elle ajouté à l'attention du Serpentard, qui s'était rembruni. N'hésitez pas si vous avez besoin de quelque chose, et évitez de trop y toucher d'ici là, avait-elle précisé en désignant son arcade raccommodée du regard.
- Je n'y aurais pas pensé tout seul, avait maugréé l'ancien espion, excédé de cette infantilisation.
- Ne faîtes pas attention, il est toujours comme cela, avait trouvé bon de dire Lauren, craignant que son attitude ne froisse la jeune pharmacienne.
Cette dernière s'était fendue d'un sourire en coin que Severus avait été certain de trouver plus horripilant que charmant, cette fois.
- Je sais, ne vous inquiétez pas, avait répondu la Gryffondor, conciliante, avant de papillonner du regard vers le Serpentard, amusée. Il aboie beaucoup mais il ne mord pas, avait-elle ajouté après une seconde d'hésitation.
Le sang de Severus n'avait fait qu'un tour à l'entente de cette boutade, et il avait bondi de sa chaise, bien décidé à lui faire ravaler ses plaisanteries, mais avait dû vite se contraindre à se rasseoir quand la pièce s'était de nouveau mise à tourner autour de lui. Le rire amusé des deux femmes qui l'entouraient avait fini d'enterrer sa fierté, et il avait eu beau leur adresser son regard le plus noir, cela n'avait tari en rien leur hilarité.
- Je vois que vous le connaissez bien, avait ri Lauren en raccompagnant la demoiselle.
- Un peu, avait-elle concédé, et nul doute que s'il n'avait pas été si remonté contre elle, le regard bienveillant qu'elle avait posé sur lui à cet instant l'aurait déconcerté tout à fait. Bonne soirée, avait-elle dit de nouveau en tournant les talons.
Lauren l'avait déjà devancée jusque dans la salle lorsque la Gryffondor s'était immobilisée sur le pas de la porte, se tournant de nouveau vers Severus comme si elle avait oublié quelque chose. Son seul sourire en coin avait suffi à faire grincer des dents le Serpentard.
- Au fait, merci pour le cocktail. Ce n'était pas ce que j'avais commandé mais… c'était une bonne surprise, avait-elle soufflé, malicieuse. A plus tard, prof… Severus.
Seules deux décennies d'expérience dans la pratique de l'impassibilité la plus stricte avaient permis au Serpentard de ne rien laisser paraître de l'impact qu'avaient eu sur lui ces quelques mots, agrémentés de ce sourire qui revenait trop souvent ces dernières semaines, et dont il n'était pas certain de le préférer aux regards meurtriers qu'elle lui avait longtemps adressés, sur les bancs de l'école. Il savait gérer les œillades accusatrices d'une élève trop souvent ignorée et pas assez considérée. Ces sourires là, en revanche, il ne savait clairement pas quoi en faire, et ils avaient tendance à faire accélérer son cœur de façon fort peu commode, alors même qu'il avait accepté ce poste pour la tranquillité qu'il promettait.
- Eh bien, elle a l'air tout à fait charmante, cette petite ! S'était exclamée Lauren en revenant le voir quelques instants plus tard. Je comprends mieux pourquoi Ethan est sous le charme ! Ça devait être une chouette gamine à l'école, non ? Avait-elle demandé, curieuse.
Severus, toujours chamboulé par les derniers mots et le regard malicieux de la demoiselle en question, avait vaguement songé à toutes ces années où il avait été son professeur. Une chouette gamine, Hermione Granger ? Elle avait passé six ans à faire les quatre-cent coups avec ses deux idiots d'amis, à déroger à la moitié du règlement de l'école, et à s'obstiner à vouloir avoir réponse à tout même quand elle n'était pas interrogée.
- La meilleure que j'ai jamais eue, s'était-il entendu répondre à sa propre surprise.
Premier rapprochement de cette fiction chères lectrices ! =) J'adore écrire les premières fois ! Les premiers regards, les premiers mots, les premiers contacts. Ca me prend un temps fou à chaque fois mais c'est un vrai plaisir ! J'espère que ce chapitre vous a plu !
A bientôt pour la suite !
