Chapitre 13 : Vigilance constante
Une fois rentré à l'école, je décidai d'enquêter. Pour satisfaire ma curiosité, mais pas seulement. Parce que d'autres qui n'étaient pas censés s'y intéresser, enquêtaient probablement eux aussi et que j'avais bien l'intention de les garder à l'œil pour prévenir leurs bêtises.
Le souvenir d'une conversation récente me fit d'ailleurs convoquer immédiatement dans mon bureau le premier de ces inconscients.
« Albus, apporte-moi immédiatement le collier de Miss Palmer. » exigeai-je.
« Mais vous savez bien que je l'ai pris pour … » commença-t-il.
« Pour le jeter dans le lac. Oui, je sais. Mais je voudrais que tu ailles tout de suite le chercher là où tu l'as caché et que tu me l'apportes. » ordonnai-je.
« Mais qu'est-ce qui vous fait croire que … » recommença-t-il.
« Que tu l'as encore ? Je te rappelle que je suis un serpentard comme toi, et à ce titre beaucoup moins crédule qu'un gentil gryffondor. Alors quand tu dis non pas que tu l'as jeté dans le lac mais pris pour le jeter dans le lac, je suis bien persuadé que tu l'as encore. » précisai-je froidement.
« C'est juste que je voulais l'étudier avant de le jeter dans le lac. » se défendit-il.
Bien qu'avec un peu de retard, mon intuition ne m'avait donc pas trompé.
« Tu as cinq minutes pour revenir le déposer sur mon bureau. » tranchai-je d'un ton sans réplique.
Quatre minutes et une poignée de secondes plus tard, il était de retour. Il sortit de sa poche le Sac à Malices, une chose fort utile pour identifier les objets de magie noire et leur dangerosité, que je lui avais offert au Noël précédent. Il le retourna pour faire glisser sur mon bureau un antique collier avec ce constat :
« Je ne vois pas ce qui ne permet d'affirmer que c'est un objet moldu et non un objet du monde sorcier. »
J'ignorais la question implicite pour répliquer en m'efforçant d'adopter le ton sévère que je peinai à avoir avec lui :
« Et moi, je ne vois pas comment tu as pu te permettre de conserver secrètement un objet de magie noire, alors que la couleur du Sac t'avait clairement indiqué sa nature ! »
Contrairement à un autre élève, il ne se laissa pas complètement démonter par mon ton :
« La couleur du Sac indiquait que le collier n'était pas si dangereux que ça, juste un sortilège lancé après coup pour décourager qui que ce soit de le récupérer et de le porter. »
Le forban ! Il ne l'avait pas juste gardé pour l'étudier, il l'avait bel et bien étudié.
Je n'avais pas l'intention de me lancer dans la moindre discussion avec lui, aussi répondis-je d'un ton sec :
« Il a été bien assez dangereux pour mettre en émoi toute la Maison Poufsouffle ! », avant de le congédier.
Certes il ne fallait pas grand-chose pour mettre en émoi des poufsouffles, mais à coup sûr le collier n'était pas inoffensif.
Après quoi, je montai à la bibliothèque où je subtilisai les six derniers mois de Gazette du Sorcier archivés par Madame Pince, pour redescendre les éplucher dans mon bureau en dépit des cris de notre bibliothécaire. Je finis par trouver quatre mentions de pillages ou de tentatives de pillage dans de très vieux cimetières dans différents numéros de la Gazette. Chacun de ces événements a priori anodins n'avait eu droit qu'à un entrefilet de quelques lignes en avant-dernière page. Quatre, cela pouvait sembler peu, mais à première vue seulement. Comme moi, la plupart des sorciers avaient dû avoir à cœur de ne pas ébruiter l'intrusion dont ils avaient été victimes. Sans compter que certaines familles avaient déménagé ou s'étaient éteintes. Beaucoup de cimetières abandonnés avaient pu être pillés sans que personne ne s'en aperçoive.
Quatre informations dans la Gazette en moins de quatre mois, c'était donc beaucoup. Beaucoup trop pour prétendre qu'il ne se passait rien, et dans ce cas pourquoi le Ministère le prétendait-il ? Faute de pouvoir trouver une réponse à cette question, je me contentais de rester vigilant. Mais durant plusieurs semaines, il ne se passa rien qui puisse m'éclairer. Ma frustration se répercutant sur mon humeur, les murs du cachot dans lequel je donnais mes cours, tremblaient à chaque fois que les stupidités de tous ces bon à rien faisaient monter d'un cran ou de plusieurs mon énervement. Devoirs supplémentaires et retenues pleuvaient sans distinction sur toutes les années et toutes les maisons.
Cela dura jusqu'à ce qu'un matin, je trouve la Grande Salle en pleine ébullition à l'heure du petit déjeuner. Tout le monde brandissait, lisait ou commentait la une de la Gazette du Sorcier dans un brouhaha invraisemblable. En arrivant à la table des professeurs, j'attrapai un exemplaire posé pour essayer de savoir ce qui justifiait une telle effervessence. Un coup d'œil me suffit pour comprendre. La veille, les gobelins avaient interdit à tous les sorciers qui s'étaient présentés à Gringotts de rentrer dans la banque et d'accéder à leur coffre.
L'article se déployait sur une page entière, pour expliquer qu'on n'avait aucune idée des raisons qui avaient poussé les gobelins à ce comportement sachant qu'eux-mêmes avaient refusé de justifier leur décision aux journalistes dépêchés sur place, ce qui faisait beaucoup de lignes pour ne rien dire. En page 2, les journalistes avaient interviewé plusieurs sorcières et sorciers frustrés de ne pas pouvoir accéder à leur coffre. Tous se plaignaient de la situation et s'interrogeaient sur ce que le Ministère comptait faire pour résoudre le problème. Quelques-uns appelaient déjà à la démission de Madame la Ministre.
Je levai les yeux pour voir comment Miss Granger-Weasley réagissait à ces appels à la démission de madame sa mère. Mais, je dus parcourir toute la salle pour finir par la localiser … installée à la table des serpentards avec Albus, Scorpius Malefoy et Delphini Black, tous les quatre penchés ensemble sur la Gazette du Sorcier. Je cherchais des yeux les préfets et préfètes de ma Maison pour savoir s'ils allaient venir mettre bon ordre à cet envahissement de notre table. Mais ils semblaient beaucoup excités par les nouvelles du jour pour s'en préoccuper.
C'est avec soulagement que je vis donc arriver près d'eux Teddy Lupin, espérant qu'en tant que Préfet de la Maison Gryffondor, il vienne récupérer sa brebis ou plutôt sa lionne égarée. Mais tel n'était absolument pas son but, il venait tout simplement discuter avec les quatre autres. Quelques instants plus tard, Miss Victoire Weasley s'approcha également. Un reste de retenu les empêchant de s'assoir à la table des serpents, Monsieur Lupin junior et Miss Weasley restèrent là un bon moment penchés par-dessus la tête des quatre autres à commenter le journal avec eux.
Mon indignation de voir la table des serpentards ainsi envahie se mua en intense curiosité, quand en passant derrière le petit groupe tellement absorbé qu'ils ne m'aperçurent même pas, je me rendis compte qu'ils étaient les seuls à s'intéresser à un tout autre article que celui qui racontait les problèmes de Gringotts. Avant de sortir de la Grande Salle, je récupérai un exemplaire de la Gazette du Sorcier qui traînait sur la table des serpentards, sans m'occuper de savoir à qui je l'empruntais, de toutes façons le propriétaire n'oserait pas protester. Et je repassai dans mon bureau pour essayer de repérer l'article qui semblait tant passionner Albus et ses complices.
J'eus vite fait de le retrouver en dernière page, dix lignes de vagues rumeurs qui dans d'autres circonstances n'auraient pas mérité mon attention. L'article racontait en effet que d'après une « source bien informée » au Ministère, le corps de Grodric Gryffondor ne se trouverait pas dans sa sépulture officielle de Godric's Hollow, ni dans aucune des tombes que l'on lui prêtait en Irlande, en Ecosse ou ailleurs et que les recherches menées par le Ministère pour localiser sa vraie tombe restait infructueuses.
Dans d'autres circonstances, je n'y aurais vu qu'un tissu d'âneries, mais j'étais bien placé pour savoir à quel point certains membres du Ministère était bel et bien préoccupés par la localisation de tombes anciennes. Malgré tout je voyais mal comment Harry avait pu espérer retrouver chez nous la vraie tombe de Godric Gryffondor, alors qu'il était de notoriété publique que presque tous les Prince avaient toujours été à Serpentard. J'espérais que d'autres informations, d'autres évènements allaient très vite venir éclairer ma lanterne, … et j'allais être servi au-delà de toutes mes espérances.
