CHAPITRE 11 :
25 décembre 2007
Etirant ses bras au-dessus de sa tête, Hermione ne pu retenir un large sourire en s'asseyant sur son lit. C'était le matin de Noël et elle sentait déjà l'odeur des biscuits au gingembre de son père qui cuisaient dans le four. Se réveillant dans sa chambre d'enfant, avec tous les merveilleux sons et odeurs qui accompagnaient Noël, Hermione pouvait prétendre, le temps de quelques minutes, que tout était comme avant la guerre.
Perdues dans ses bons souvenirs, elle traça du bout des doigts les dessins de son vieux couvre lit. Heureusement, la maison de ses parents était restée intacte – et il ne lui avait fallut que quelques jours de charmes de nettoyage pour défaire l'année de négligence que ses parents avaient passé en Australie. Ses parents n'avaient pas redécoré beaucoup au fil des années, ce qui signifiait que c'était bien trop facile pour Hermione de se sentir de nouveau comme une enfant à chaque fois qu'elle leur rendait visite.
Un coup sec contre sa fenêtre la sortit de ses rêveries. Tout comme l'air frais de l'hiver, un grand hibou au regard austère entra dans sa chambre quand elle lui ouvrit. Il se percha sur sa commode avec un regard impétueux et Hermione vit une lettre et deux paquets accrochés à sa patte.
Alors qu'il continuait de l'observer avec dédain (comment cela était même possible pour un hibou?) elle s'approcha avec précaution de l'oiseau qu'elle ne connaissait pas, les paumes ouvertes.
- Salut. On dirait que tu as quelque chose pour moi. Puis-je te prendre les paquets ?
L'oiseau cligna simplement des yeux et leva lentement sa patte. Hermione le libéra de son fardeau rapidement et tendit la main pour gentiment caresser le sommet du crâne du hibou. Il fit un bon en arrière au début, mais laissa ses doigts passer plusieurs fois sur son dos par la suite. Elle étouffa un rire face à ce hibou renfrogné, se disant qu'il n'apprécierait pas qu'elle se moque de lui, mais elle avait une petite idée de la personne à qui appartenait cet oiseau.
- Il t'a bien entraîné, n'est-ce pas ? Je suis désolée mais je n'ai pas de friandise pour toi, ici. Est-ce qu'il attend une réponse ?
Le hibou laissa échapper un court hululement qu'Hermione ne pu décrire que comme dégoulinant de sarcasme (sérieux, même le hibou de Malfoy avait appris à être sarcastique?) et s'envola royalement par la fenêtre.
Hermione déposa les deux paquets sur son lit et ouvrit la lettre avec impatience.
Granger,
As-tu réellement cru que je ne t'enverrai pas de cadeau de Noël après le petit tours de force que tu m'as joué l'autre jour ? J'aurais vraiment dû le voir venir.
Hermione retint un rire alors qu'elle imaginait parfaitement son faux air narquois dans sa tête.
Tu trouveras néanmoins ton cadeau ci-joint. Te connaissant, et j'aime à penser que c'est un peu le cas à présent, tu seras une vrai petite intello et tu liras consciencieusement les instructions de fonctionnement. Je me suis dit que tu aimerais peut-être en garder un pour toi et en offrir un à tes parents ou à Weaselette. Tu te souviens, il y a quelques semaines, quand tu bavassais sur le fait que les sorciers avaient besoin de développer des moyens de communications plus fiables pour une correspondance rapide ? Vois ça comme ma solution.
Joyeux Noël Granger,
D.M
Hermione mit la lettre de côté et ouvrit le premier paquet. L'élégant emballage d'or et d'argent tomba pour découvrir deux jolis journaux en cuir. Hermione en ouvrit un de ses doigts curieux et en tournant la première page blanche, une liasse de parchemin glissa et s'envola dans les airs devant elle.
Des lignes nettes à l'encre noire de l'écriture de Draco recouvraient le recto et le verso de la page flottante, listant les instructions détaillées des journaux ensorcelés. En lisant les premières lignes, elle comprit qu'ils contenaient une part impressionnante de magie. Si elle le souhaitait, Hermione pouvait activer un sort qui lui permettrait d'écrire un message dans un journal et ses mots apparaîtraient instantanément, en temps réel, dans l'autre. Ce message pouvait rester inscrit dans les deux ou bien elle pouvait utiliser un autre sort pour que les mots disparaissent du sien et ne soient vus que dans l'autre. Ou alors son message pouvait rester sur sa page et ne disparaître qu'une fois que le receveur l'avait lu.
Les yeux d'Hermione glissèrent sur le recto et le verso du parchemin d'instruction. Il y avait une douzaine de façons différentes d'utiliser les journaux pour envoyer des messages, ou même pour écrire tout simplement si elle préférait. Elle les tourna et retourna, inspectants dans ses mains chaque centimètre des couvertures et reliures. Il s'agissait de journaux vierges ordinaires, ce qui voulait dire que Draco avait prévu et réalisé touts les charmes nécessaires et complexes lui-même. Elle mordit dans sa lèvre pour essayer de retenir le large sourire qui menaçait de fendre son visage, à la fois impressionnée et touchée par l'effort qu'il avait mis dans son cadeau.
Souriant joyeusement, elle mit les journaux de côtés, impatiente de tester tous les charmes que Draco avait inventé plus tard – surtout celui qui changeait l'encre de couleur en fonction de l'urgence ou de l'importance du sujet. Elle devait réfléchir à la personne à qui elle offrirait le deuxième, même si l'idée de le donner à ses parents était une bonne suggestion.
Déballant le plus petit paquet, les sourcils d'Hermione se froncèrent sous la confusion quand plusieurs petits tubes tombèrent sur son couvre lit, accompagnés d'un parchemin enroulé. Dépliant la note, elle lu de nouveau l'écriture de Draco.
Granger,
Un petit cadeau pour tes parents guérisseurs de dents. Je n'arrive toujours pas à croire que tu ne leurs as jamais montré du dentifrice magique. Bonne chance pour les faire revenir à la version Moldue une fois qu'ils auront testé celui qui a goût de caramel et qui enlève les problèmes de gencive.
D.M
Hermione lâcha le parchemin comme s'il était en feu. Avec une main tremblante elle ramassa les différents tubes avec précaution. Il avait envoyé un large éventail de goûts et de spécialités : un tube promettait blancheur, la même utilisation que le fil dentaire et une haleine mentholée.
Hermione le lâcha aussi et attrapa sa baguette. De ses mains tremblantes, elle réussit à lancer un sort de silence autour de sa chambre, ferma la porte à clé et jeta sa baguette avant de glisser de son lit jusqu'au sol avec des jambes tremblantes.
Une fois la pièce correctement protégée des oreilles de ses parents, Hermione laissa aller un sanglot bruyant et enfouie sa tête dans ses genoux. Elle se balança d'avant en arrière alors que des sanglots agitaient tout son corps. Comment avait-il pu ? Comment avait-il pu être si attentionné ? C'était beaucoup trop. Ça la touchait beaucoup trop. Hermione n'arrivait pas à mettre la main sur ses émotions ou sur sa respiration, elle enfouit d'avantage son visage dans ses paumes pour essayer de retenir la vague de sentiment qui menaçait de la noyer.
Sa respiration était saccadée alors qu'elle pensait à ses parents dans la pièce du dessous et à son ami entêté qui s'était frayé un chemin dans son cocon douillet du matin de Noël.
Pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi Draco Malfoy avait-il envoyé un cadeau stupidement attentionné et merveilleusement parfait pour ses parents Moldus ?
N'était-ce pas suffisamment mal qu'elle ait admis trouver Draco attirant ? Devait-elle admettre en plus qu'il avait bon cœur ? Qu'était supposé faire Hermione avec cette douleur lancinante dans sa poitrine à chaque fois qu'elle pensait à lui ?
- C'est trop, trop, trop, se murmura-t-elle d'une voix rauque à travers ses larmes.
Pourquoi le cadeau de Draco l'avait-il plongé dans un état de panique, jusqu'à en être recroquevillée sur le sol de sa chambre, la poitrine lourde, larmoyante et pleine de morve ?
Pour une fois, Hermione ne prit pas la peine de réfléchir à une réponse et préféra simplement pleurer toutes les larmes de son corps jusqu'à ce que le son des pas de sa mère qui approchait pour lui annoncer que les biscuits au gingembre étaient prêts, ne la force à se ressaisir.
Enlevant la magie autour de sa porte sans utiliser sa baguette, Hermione se redressa, prit quelques inspirations lentes et afficha le visage le plus joyeux qu'elle puisse rassembler afin de pouvoir passer la matinée de Noël avec ses parents.
La chance était du côté d'Hermione lorsqu'elle cheminetta chez les Weasley avant le dîner de Noël. Ginny était la seule personne de la famille qui passait dans le salon et elle la prit rapidement dans ses bras pour une étreinte enthousiaste.
- Joyeux Noël Hermione ! Oh par Godric, qu'est-ce qui ne va pas ?
Hermione rencontra le regard inquiet de son amie pendant deux secondes avant que sa lèvre inférieure ne se mette à trembler et que les larmes ne menacent de couler. Elle essaya d'inspirer le plus calmement possible et lança subrepticement un regard aux alentours.
- J'ai besoin... J'ai besoin de... Je ne peux pas –
- En haut. Mon ancienne chambre. Maintenant. Transplanes là-bas directement comme ça personne ne te verra. Je te rejoins dans cinq minutes.
Hermione s'exécuta immédiatement et, quelques instants plus tard, elle se laissa tomber sur le lit d'enfant de Ginny. Les larmes qu'elle était parvenue à retenir toute la journée avec ses parents ne lui obéirent plus et coulèrent lentement le long de ses joues.
La porte s'ouvrit et Hermione fut momentanément surprise de voir Luna au lieu de Ginny.
- Ginny a dit que tu avais besoin d'une amie, dit doucement la blonde.
Hermione parvint à acquiescer faiblement et Luna s'assit près d'elle. Sans un mot, Luna mit une des mains d'Hermione sur ses genoux et déposa sa tête sur son épaule. Alors que Luna commençait à caresser doucement ses cheveux, les larmes d'Hermione se tarirent dans des petits reniflements, et elle fut reconnaissante que Ginny l'ai envoyée.
Elles n'étaient peut-être pas toujours d'accord sur la réalité de la vie mais l'une des choses qu'Hermione adorait à propos de Luna était sa capacité à donner de l'affection à ses amis librement. Luna semblait sensible aux besoins émotionnels d'Hermione et continua de l'étreindre et la laissa pleurer son chagrin.
Quelques silencieuses minutes plus tard, Ginny revint avec une Padma au regard anxieux dans son sillage.
- Hermione, couva Ginny en s'avançant vers elle. Est-ce que tu veux nous expliquer pourquoi tu es arrivée ici, le jour de Noël, avec cet air absolument misérable ? Quelque chose à voir avec ton euh nouvel ami ?
Ginny lui ouvrait une porte de sortie en n'appelant pas Malfoy par son nom, mais Hermione n'avait pas l'énergie de rester vague. Luna et Padma pouvait bien être au courant, pour ce qu'elle en avait à faire. Hermione était si fatiguée de tout garder pour elle constamment.
- Malfoy m'a envoyé un cadeau de Noël, dit Hermione d'une voix tremblante alors que les sourcils de Ginny se levaient et qu'elle prenait une grande inspiration. Et c'était adorable et attentionné mais ensuite... mais ensuite...
Elle fit une pause pour renifler et la main de Luna se resserra autour de la sienne, lui insufflant la force de continuer.
- Il... Il a envoyé quelque chose pour mes parents aussi. Mes parents Moldus ! Il... Il a écrit cette note foutrement drôle, douce et idiote et je ne peux pas... Je ne peux pas... Je ne peux pas faire ça Ginny !
Ginny s'agenouilla devant elle et posa ses mains sur les siennes et celles de Luna.
- Hermione, qu'est-ce que tu ne peux pas faire ?
- Je ne peux pas ressentir ça pour lui, gémit-elle en arrachant ses mains de celles de ses amies pour enfouir son visage dedans.
Ne comprenaient-elles pas ? Draco ne pourrait jamais retourner son affection, ils n'avaient établi qu'une amitié à peine deux mois auparavant. Draco Malfoy ne la regarderait jamais autrement que comme une madame-je-sais-tout amicale du café, confinée dans une zone de sa vie où ils n'évolueraient jamais au-delà de conversations intellectuelles ou au sujet de leur carrière.
Mais récemment, n'avaient-ils pas discuté des aspects plus personnels de leurs vies ? Ne partageaient-ils pas plus que des débats sur les droits des géants ou sur le budget du Quidditch ? Ils cherchaient les conseils et le soutien de l'autre et s'étaient révélés leurs moments les plus sombres. C'était difficile pour elle d'imaginer Malfoy s'ouvrir à n'importe qui à propos de son combat contre l'addiction au Sommeil sans Rêves. Et elle n'avait parlé qu'à une poignée de personne au sujet de sa culpabilité d'avoir oublietté ses parents.
Hermione secoua la tête car tout ça n'avait pas d'importance de toutes façons. Parce qu'un jour, il arriverait au café et lui parlerait d'une parfaite princesse de Sang-Pur à qui il serait fiancé et qu'il allait épouser. Malgré ses commentaires récents sur le fait de ne pas être prêt à se marier ou pour une relation, Hermione savait que leurs jours ensemble étaient comptés. Elle connaissait la pression que lui mettait sa mère. Combien de temps avant qu'il ne cède ? Qu'est-ce que ça voudrait dire pour Hermione ? Le retour des matins solitaires et des week-end, seule, pendant que ses amis avançaient et se mettaient en couple ?
Comment osait-il lui insuffler l'espoir saugrenu qu'un jour ils pourraient être plus !
Elle entendit Ginny se lever et soupirer.
- Allé Padma, c'est à toi.
Hermione leva la tête avec curiosité. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
- Hermione, je suis une bonne amie d'Anthony Goldstein, tu te souviens de lui ?
Hermione hocha la tête pour répondre à Padma, se souvenant d'un beau garçon brun de Serdaigle à Poudlard.
- Bien sûr. Il était dans l'Armée de Dumbledore et avait régulièrement les meilleures notes de ta maison. Je crois qu'il travaille au Département des Transports Magiques.
- Oui, c'est lui, acquiesça Padma. Il est célibataire depuis un certain moment et il s'est avéré que j'ai parlé de toi l'autre jour et qu'il m'a posé des questions. Est-ce que tu voudrais que je vous organise un rendez-vous? Je crois que vous avez beaucoup de choses en commun et je sais qu'il est intéressé.
Hermione considéra la suggestion de Padma. Oui, un rencart avec un homme – qui n'avait pas des cheveux ennuyeusement parfaits et des bonnes manières à table et des costumes magnifiques – c'était exactement ce dont elle avait besoin.
- Ça serait adorable, merci Padma.
Padma sourit puis s'excusa pour rejoindre les festivités de Noël des Weasley en bas.
Dans le silence qui suivit le départ de Padma, Hermione se sentit embarrassée et épuisée. Elle ne s'était montré chez les Weasley à Noël que pour complètement s'effondrer et aspirer toute la joie de la saison des fêtes.
Essuyant ses yeux, elle se leva.
- Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'a pris. Ne faisons pas attendre les autres.
Ginny lui lança un regard dur et septique qui lui rappela tant Molly qu'Hermione en fut désarçonnée.
- Il y a suffisamment de gens bruyants en bas et personne ne sait que tu es arrivée pour l'instant. On peut rester ici autant que tu veux.
Hermione secoua la tête.
- Non, je suis juste pathétique à monopoliser le jour de Noël avec mes problèmes. Je me sentirai mieux une fois que j'aurais mangé ce que ta mère nous a préparé.
- Les sentiments ne sont jamais pathétique Hermione, intervint doucement Luna. C'est normal de s'inquiéter pour quelqu'un d'inattendu. En fait, je pense que c'est plutôt beau.
Le silence tomba après la déclaration profonde de Luna et Hermione s'aperçut qu'elle ne pouvait plus les regarder dans les yeux. Finalement, elle soupira et repoussa ses cheveux en arrière.
- D'accord. Je pense que passer du temps avec vous tous est tout ce dont j'ai besoin. Et, pitié, dis moi que Georges a encore alcoolisé le lait de poule cette année ?
- Non, maman l'a menacé de l'envoyer dans le siècle prochain s'il lui faisait le même coup cette année, ricana Ginny.
- Dommage. J'avais hâte de voir Percy vomir dans les buissons pour la troisième année consécutive.
- T'en fais pas Hermione, je l'ai fait moi-même mais j'ai dit à tout le monde que c'était Ron. Continue à répandre la rumeur pour moi, tu veux ?
31 décembre 2007
Draco faisait claquer le stylo bille dans sa main encore et encore. Il trouvait que le son délicieux du cliquettement apaisait ses nerfs à vif.
Et, en effet, ses nerfs étaient à vif. Toute la semaine, quand sa mère ne lui avait pas rabattu les oreilles au sujet des préparations du bal du Nouvel An, elle avait essayé d'emmener Draco dans une conversation au sujet de toutes les jeunes sorcières célibataires de la liste d'invité.
Pour couronner tout ça, il avait attendu le hibou de Granger toute la foutue semaine et enfin, enfin, elle lui avait envoyé une lettre aujourd'hui.
Malfoy,
Merci pour les adorables cadeaux. Je dois admettre que j'ai été plutôt impressionnée par tes talents en sortilèges. Je n'avais pas réalisé que c'était l'une de tes passions. J'ai pris la liberté de modifier quelques uns de tes enchantements pour que l'encre soit visible pendant un certain temps plutôt qu'indéfiniment.
Draco avait levé les yeux au ciel lorsqu'il l'avait lu la première fois. Evidemment que cette petite madame-je-sais-tout avait trouvé un moyen d'améliorer son travail.
Mes parents te remercient aussi, pour le dentifrice. Mon père est déjà obsédé par celui qui change la couleur de tes dents en fonction de l'endroit où tu dois les brosser d'avantage. Sérieux ! Ma mère l'a même vu s'en servir plus de sept fois dans une journée, alors merci beaucoup.
J'espère que tu as passé un agréable Noël, dans ton manoir douillet, entouré de délicieuse excentricité et de copieuses quantités d'un champagne qui coûte plus cher que tout ce que j'ai pu économiser au cours de ma vie.
A l'année prochaine !
Ton amie,
Hermione
Draco avait lu cette note tellement de fois ce jour-là qu'il l'avait mémorisé. Son coup bas au sujet du « confort » de son manoir et son trait d'esprit à propos du champagne avaient amené un sourire au coin de son visage, à chaque fois. Granger avait un certain sens de l'humour quand elle voulait.
Donc ses parents étaient au courant. Comment l'avait-elle décrit ? « Maman, Papa, voilà un cadeau de mon ancien harceleur d'école, mais à présent nous prenons un café ensemble et sommes devenus amis parce qu'il a passé des années à guérir pour découvrir à quel point il était une merde lorsqu'il était adolescent et il essaie maintenant de vivre respectablement en tant qu'adulte ».
Draco fit cliquer son stylo encore quelques fois puis prit une généreuse gorgée de champagne de sa flute. Il rit a haute voix en se remémorant la remarque de la lettre de Granger et se dit qu'elle n'avait probablement pas tort au sujet de son prix.
Il était appuyé contre la rambarde du balcon, haut au-dessus des terres couvertes de neiges de l'actuelle maison de sa mère : le Domaine Lestrange. Derrière lui, une grande salle de bal était illuminée de décorations dorées plus criardes que nécessaires, pendant que plus de 300 invités valsaient et se mêlaient les uns aux autres autour de la piste de danse en marbre. Draco s'était enfin échappé des griffes de sa mère et des nombreuses sorcières avec lesquelles il avait été forcé de danser pour sauver les apparences.
Le balcon ostentatoire et magiquement réchauffé était dénué d'invité, ce qui signifiait que Draco pouvait faire cliqueter son stylo, boire du champagne, desserrer le nœud papillon de ses robes et respirer en paix. Il y avait assez de guirlande et de houx accroché sur toutes les surfaces pour décorer la majeure partie de l'Angleterre et toute la zone était magnifiquement illuminée par des fées vivantes et bien réelles, immobilisées et brillantes dans la nuit sombre.
Draco s'amusa tout seul en imaginant la réaction horrifiée de Granger face à la façon dont les fées étaient forcées d'exister pour des raisons décoratives. Mais aussi vite que l'amusement lui était venu, il reparti aussitôt alors qu'il regardait à travers les vastes et sombres terres, se demandant comment Granger pouvait passer son Nouvel An. Pensait-elle à lui ? Elle avait au moins pris la peine de lui envoyer un hibou aujourd'hui.
S'il le lui avait demandé, serait-elle venue ce soir ? Draco fronça les sourcils vers son champagne, connaissant la réponse. La moitié des invités dans la salle de bal de sa mère auraient été dégoûtés en voyant Granger à cause du statut de son sang, et l'autre moitié aurait minaudé pour essayer d'obtenir les faveurs d'une célèbre héroïne de guerre. Elle aurait été écoeurée par toute cette mascarade.
- Tu es là Draco !
Une voix familière et stridente qui faisait grincer les dents de Draco perça à travers la nuit. Il soupira en se retournant – glissant son stylo dans la poche intérieure sur sa poitrine – et salua l'intrus malvenue qui brisait sa solitude.
- Pansy. Tu apprécies la fête ?
- Bien sûr ! Ta mère est une hôte inégalée ! Je suppose que je n'apprécie pas autant cette fête que toutes les sorcières chanceuses qui ont pu danser avec toi.
Pansy Parkinson (attendez, non c'était Pansy Pliska à présent, se rappela Draco) s'approcha de Draco, drapée de biens trop de bijoux et de fourrures – sans doutes les derniers cadeaux de Noël de son mari.
Draco ne répondit pas à son commentaire, sachant pertinemment vers où Pansy voulait emmener la conversation. Il ne l'aiderait pas à atteindre son but.
- Sincèrement Draco, ça me fait de la peine de te voir comme ça, dit-elle en posant délicatement sa main sur son bras et venant se tenir près de lui sur le bord du balcon.
Draco se força à poser doucement sa flute de champagne pour se tourner et observer pleinement son visage rempli de pitié et d'un air exagéré de supériorité.
- Et de quelle façon, Pansy ?
L'expression de fausse pitié de Pansy ne fit que s'accentuer et Draco eut désespérément envie de lui arracher du visage – mais ça aurait été indigne d'un gentleman et de son éducation.
- Ne perds pas ton temps avec des sorcières françaises. Si tu cherches une femme, Boris et moi serions ravis de te présenter quelques unes de ses cousines. L'une d'entre elles sera diplômée de Durmstrang au printemps et adorerait visiter l'Angleterre. Je suis sûre que nous pourrions organiser des présentations plus formelles si tu es intéressé. J'ai bien l'impression que le lot de sorcières britanniques de Sangs-Purs tant à se raréfier de jours en jours.
Draco la fixa froidement.
- Aussi plaisante que soit ton offre, je ne suis pas certain d'avoir grand chose en commun avec une écolière de 17ans, sourit-il avec mépris – et en prenant un malin plaisir à voir tomber la main et le sourire condescendant de Pansy.
- Tu as 27ans Draco, quand daigneras-tu remplir ton devoir de chef de famille ? Penses à ta pauvre mère ! Elle doit être affreusement gênée que son fils unique ne soit pas capable de trouver une épouse et d'engendrer des héritiers à son âge, contra-t-elle d'un ton cinglant.
Ahh et voilà la salope vindicative dont il se souvenait.
- Tu sais ce qui est gênant Pansy ? Ce qui est gênant, c'est d'accepter de se marier avec le premier noble de Sang-Pur qui a voulu de toi, même s'il a 30ans de plus que toi et ne connait qu'à peine 20 mots d'anglais. Ce qui est gênant, c'est de prétendre ne pas avoir vu que ton mari véreux pelotait toutes les jeunes sorcières sur la piste de danse. Ce qui est gênant, c'est de pondre trois sales gosses à la suite parce qu'une vieille traditions datée exige que tu le fasse, pas parce que tu nourris une quelconque affection pour les enfants.
Draco la surplombait, savourant les larmes de colère qui avaient commencé à se former dans les yeux bleus de son ex petite-amie.
- Alors dis moi Pansy, qui entre nous devrait se sentir gêné ? Parce que tout ce que je vois quand je te regarde c'est la même morveuse, la gamine pourrie gâtée, qui a tellement besoin de mon attention qu'elle a essayé de cheminetter chez moi à poil la nuit avant son propre mariage.
Pansy eu un mouvement de recul comme si Draco l'avait giflée. Sa bouche s'ouvrait et se fermait furieusement alors qu'elle essayait de trouver les mots corrects pour une contre-attaque venimeuse.
- Ah oui ? Espèce de parfait –
- Pansy, chérie ! Narcissa était justement en train de te chercher !
Draco se tourna pour découvrir que son sauveur avait pris la forme dégingandée de Théodore Nott. Un large sourire au lèvres et deux verres contenant un liquide ambrée à la main, il s'approcha jovialement de Pansy et Draco comme s'il s'agissait de deux amis heureux de se retrouver au lieu d'exs en train de se disputer.
- Nott, le salua froidement Pansy. Je suis sûre que quoi veuilles la mère de Draco, ça peut bien attendre que je –
- Oh non, non, non, Pansy chérie. Tu ne dois pas faire attendre notre hôtesse ! Surtout lorsque l'un de tes adorables enfants vient de casser un vase en cristal d'une certaine valeur dans l'un des petits salons.
Le visage de Pansy perdit toutes ses couleurs lorsqu'elle se précipita dans la salle de bal derrière Théo. Il tendit sans un mot un verre de Firewhisky à Draco et pris sa place à côté de son coude.
Les deux amis sirotèrent leurs verres dans un silence de bonne compagnie pendant quelques minutes, Draco se délectant du calme qui suivait le départ de Pansy.
- Alors, dit Draco d'une voix traînante, est-ce que l'un de ses petits diablotins a réellement cassé un vase ?
- Bien sûr que non, ricana Théo. Mais ne t'inquiète pas, elle ne reviendra pas. Je suis passé devant son charmant mari en venant ici. Sa main était sous la robe de sa partenaire de danse et ça faisait pas mal de bruit dans l'un des coins sombres de la salle de bal.
- Comme c'est pittoresque. Eh bien, buvons au fait d'avoir survécu à une autre de ses aventures ridicules, offrit Draco – et Théo fit tinter son verre contre le sien.
Draco bu une gorgée doucement et se tourna pour faire face à son ami qu'il n'avait pas vu depuis de longs mois. Il cherchera des signes de surmenage ou de stress mais n'en vit aucun. S'il devait être honnête, Théo avait l'air heureux et à l'aise avec lui-même. Alors à quoi occupait-il son temps libre ces temps-ci ? Une sorcière, c'était sûr.
- Est-ce que tu me fixes parce que tu aimerais me faire tournoyer sur la piste aussi ? Je suis désolé de te décevoir Draco, mais je ne danse pas de ce côté là.
Draco renifla avec dérision.
- Je t'en prie, j'ai suffisamment vu cette foutue piste de danse pour la soirée. Et peut-être même pour le reste de la décennie.
- Mais tu es si populaire ! Surtout depuis cet article extraordinaire dans Sorcière-Hebdo, fanfaronna malicieusement Théo. Attends voir, tu as virevolté avec cinq de ces sorcières françaises, deux autrichiennes, Astoria Greengrass et Tracey Davis.
- Davis n'osait même pas me regarder dans les yeux. Je ne sais pas ce qu'espérait ma mère après cette danse.
Théo sourit en coin.
- Je suis bien conscient des intentions de Narcissa et je peux t'assurer que ça n'avait rien de personnel venant de Davis. Elle aurait largement préféré être dans les bras de l'une de tes partenaires françaises.
- Quoi ?! Mais je pensais... Tu n'es pas sorti avec elle pendant une grande partie de nos années collège ?
Théo acquiesça d'un air sombre.
- En effet. Je suis presque sûr d'être le mec chanceux qui lui a fait réalisé qu'elle préférait les sorcières.
- C'est pour ça qu'elle avait toujours l'air pitoyable ? Par Merlin ! Ses parents lui ont mis la pression pour signer un contrat de mariage ces derniers temps. J'imagine que je n'avais pas vraiment compris pourquoi elle avait l'air si malheureuse.
Les deux sorciers sombrèrent dans un silence pensif jusqu'à ce que Draco aperçoive une sorcière qui passait les portes vitrées menant au balcon.
- Je ne pense pas que Greengrass m'ait pardonnée pour la façon dont les choses se sont terminées entre nous il y a quelques années.
- Bah tu es sorti avec sa sœur moins d'un mois après. C'était audacieux, si j'ose dire.
- C'est horrible si je dis que je n'arrive toujours pas à les différencier ?
- Sincèrement ? Oui, parce qu'elle ne se ressemblent même pas et que tu as été intime avec les deux. Mais ne soit pas trop dur avec toi-même, t'étais dans une mauvaise passe à ce moment là.
Draco haussa les épaules et baissa les yeux vers son whisky. Ce même whisky sur lequel il s'était bien trop reposé une fois qu'il était parvenu à se débarrasser de sa dépendance à la potion. C'était Théo qui avait guidé Draco à cette époque, lui proposant toujours la chambre d'ami quand Draco cheminettait ivre chez lui et se plaignait de ses parents ou de la désolation qu'était sa vie.
Mais ça n'empêchait pas Draco de se sentir blessé des mystérieuses absences de son ami.
- Tu vas finir par me dire ce qu'il se passe dans ta vie et qui te tient aussi occupé ces temps-ci ? Est-ce que tu te souviens de la dernière fois où on est allé au pub ?
Théo haussa les épaules de manière évasive mais l'ombre d'un sourire étira ses lèvres. Quelque chose de bien se passait dans la vie de son ami et Draco voulait savoir quoi. Il leva les yeux au ciel face à la non-réponse de Théo quand son regard se posa sur une guirlande qui était tombé du dessus de l'une des portes. Glissant la main dans l'une de ses poches intérieure – pour attraper sa baguette afin de remettre la décoration en place avant que sa mère ne le voit et ne vire l'elfe de maison le plus proche – sa main sorti le stylo bille à la place. Avant qu'il ne puisse l'échanger pour sa baguette, Théo le fixa et pointa la poitrine de Draco.
- C'était un stylo ?
Draco jaugea son ami avec un regard suspicieux.
- Comment sais-tu ce que c'est ?
Théo repoussa sa question d'un mouvement impatient de la main.
- Où l'as-tu trouvé? Pourquoi est-ce que tu le portes sur toi ?
Draco imita le précédent haussement d'épaule de Théo alors que les deux sorciers se lançaient dans un concours de regard. Théo le brisa en premier.
- Très bien. Garde tes secrets Malfoy et je garderais les miens.
Sur ces mots, Théo termina son verre et retourna dans la salle de bal, laissant Draco seul pour admirer l'étrange comportement de son ami.
Il se retourna en soupirant vers le ciel de cette nuit sans nuages alors que la foule à l'intérieur commençait à compter à rebours vers minuit.
Alors qu'ils atteignaient le « Un ! » et que tout l'orchestre entamait un joyeux morceau pour accueillir la nouvelle année, Draco leva son verre dans le vide devant lui avant de terminer son whisky.
- Bonne année Granger, murmura-t-il.
Janvier 2008
- Salut, salua-t-elle, légèrement essoufflée, lors de leur première matinée au café.
- Salut, répondit-il en espérant d'avoir l'air neutre et détaché et non pas incroyablement heureux de la voir s'approcher de la table après plus d'une semaine séparés.
Alors qu'ils reprenaient leur routine d'avant les vacances – discutant de leur travail à venir et de leurs projets – Draco savoura le sentiment de contentement qui l'envahissait.
Ce ne fut qu'à ce moment, de nouveau en compagnie de Granger, qu'il réalisa pourquoi il ne s'était pas senti dans son assiette pendant toute les vacances. Les soirées somptueuses, la compagnie de l'élite européenne de Sangs-Purs et tout le décorum guindé et superflu qui les accompagnaient, l'avait fait se sentir étrange et vide.
En choisissant de se tenir hors de cette bulle de confort de haute-société et d'y revenir en tant qu'observateur, Draco ne savait pas comment il avait pu considérer que ce style de vie était normal.
- Alors, tu as passé un bon moment ? Au bal du Nouvel An de ta mère ?
Draco se renfrogna au souvenir de cette soirée en particulier.
- Ma mère est des plus insupportables quand il s'agit de me caser. Je pense que j'ai dansé avec plus d'une douzaine de femmes.
- Oh. Et tu n'as pas aimé ?
Draco haussa les épaules et changea de sujet.
Aucune d'entre elles n'était toi.
Je suis en contrôle.
Hello!
Joyeuse St Valentin! Petit chapitre surprise en plus parce que pourquoi pas ;)
A bientôt !
