Pining
Contraintes :
Période : Golden Trio
Style d'écriture : Récit au présent
Objet-Magie : Veritaserum
Lieu : Square Grimmaurd
Personnage : Ronald Weasley (+ Tom Jedusor avec l'ajout diabolique)
Phrase Imposée : "Il fait sombre dans ce placard"
Ajout diabolique : Tirer un second personnage (en l'occurrence, Tom Jedusor)
Nombre de mots max : 800 / Nombre de mots écrits : 798
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Je ne suis pas vraiment contente de ce ficlet, mais avec les contraintes, je n'avais pas réussi à me sortir de la tête une histoire qui pouvait difficilement être racontée en si peu de mots... Mais voilà.
Pining : un amour qui n'est pas avoué. Il peut être partagé ou non, la personne est juste transi d'amour et n'ose rien dire
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Le Square Grimmaurd est dans un état lamentable. Des Mangemorts étaient venus fouiller après la mort de Dumbledore. Et ils n'avaient pas fait dans la dentelle : une brume verte stagne dans le petit salon, une masse gluante nappe le sol de la cuisine, des champignons luminescents envahissent le carrelage de la salle-de-bain…
Ron pousse un soupir à fendre l'âme. Certaines marques ne pourront pas être effacées avec un simple Reparo ou un Récurvite. Il n'a pas hâte de commencer.
« Merlin ! Il fait sombre dans ce placard ! » fait la voix de Harry, au loin.
Son ami a toujours eu un attachement étrange envers les minuscules cagibis. Ça le dépasse.
« C'est quoi, ça ? Kreattur !
— Je suis là, maître, fait la voix maussade de l'elfe.
— C'est quoi ce carnet ?
— Harry, intervient la tessiture claire de Hermione. Tu fouilles le nid de Kreattur ? Pourquoi tu ne lui as pas donné une vraie chambre ?!
— Son nid ?
— C'est à moi ! s'exclame l'elfe d'un ton vif. Le très grand et très généreux Maître Regulus me l'a confié ! Rendez-le moi !
— Regulus ? »
Ron soupire encore et traîne des pieds dans le couloir jusqu'à rejoindre la source de toute cette agitation. Sans surprise, Kreattur fulmine de ne pouvoir récupérer son bien, et ses deux amis feuillettent le fameux cahier avec beaucoup d'intérêt. Qu'est-ce que c'est encore que ce bazar…
« Vous croyez pas qu'y a plus pressé que de bouquiner ? marmonne-t-il.
— Il y a le symbole des Reliques de la Mort partout, l'ignore la brune en tournant plusieures pages.
— Je crois… hésite Harry. Je crois que je reconnais cette écriture. »
Tout à coup tendu, il arrache l'ouvrage des mains de Hermione et saute directement à la deuxième de couverture. Ron s'approche en quelques pas vifs pour lire par-dessus son épaule, contaminé par leur curiosité.
Là, dans une parfaite calligraphie ampoulée, des initiales. "T. E. J."
Tom Elvis Jedusor.
Harry pâlit à vue d'œil. Les réminiscences du journal intime du jeune Voldemort en deuxième année transparaissent dans ses pupilles, comme un film moldu trop souvent visionné. Ron lui tapote le dos, compatissant. Lui non plus n'en a pas un très bon souvenir.
« C'est bon, vieux. C'est fini tout ça.
— C'est qui "Myrtle" ? »
Ron cligne trois fois des yeux et reporte à nouveau son attention sur le parchemin écru. Effectivement, il y a bien "Myrtle" inscrit dans le coin, en bas à droite. D'une écriture tout aussi pompeuse : des volutes et arabesques bondissent dans tous les sens, rendant le texte presque illisible. Et est-ce que c'est bien un cœur qu'il devine dans les courbes ?
« Je l'ai déjà vu ! »
Hermione reprend le carnet si brusquement qu'elle manque d'en arracher quelques feuilles. Elle le survole, montrant plusieurs pages où le même mot revenait, encore et encore.
« Ici. Ici aussi. Et encore là.
— C'est une potion ? propose Ron, en voyant une recette améliorée du veritaserum sur la même page.
— C'est un prénom, signale la jeune femme en poursuivant ses recherches. Oh ! Regardez ! »
Les deux garçons se penchent, ignorant les protestations de plus en plus vives de Kreattur, et scrutent le coin en haut à gauche d'une page… "Myrtle Elizabeth Waren".
« C'est Mimi Geignarde ! s'écrit Hermione, une main sur la bouche.
— Quoi ?! firent-ils en choeur.
— Son vrai nom ! Elle a étudié à Poudlard durant la même période.
— C'est son basilic qui l'a tué, rappelle Harry. Peut-être qu'il prévoyait sa mort depuis longtemps ?
— Il était sacrément obsédé par elle pour écrire son nom partout », grimace le roux.
Un coin dépasse des feuillets et attire son regard. Pris d'une impulsion, il le tire doucement. Une lettre ?
Tous trois sont obnubilés par ce pli jamais envoyé, tracé de cette même calligraphie soignée mais raturée, corrigée et annotée… Leurs visages blanchissent en même temps qu'ils déchiffrent les lignes.
« Je veux pas voir ça. »
Harry rend le cahier à Kreattur et s'éloigne, la mine basse. Au bout de dix secondes à peine, Ron l'entend cogner de rage contre un mur. Il le comprend : savoir que celui qu'il avait tué il y a trois mois à peine avait été "amoureux" ? C'est inattendu. Inimaginable, même. Il ne parvenait pas à le voir comme… un humain.
Ainsi donc, il avait aimé.
Et il l'avait tué… Par amour ou par vengeance ?
Hermione prend le billet avant de finir sa lecture, et le rend à Kreattur qui s'en va aussi vite que lui permettent ses petites jambes. Elle a raison, ils n'ont pas besoin d'en savoir plus. Ils en savent déjà trop. Et puis la guerre est finie, ils n'ont plus besoin de se plonger dans la psyché tortueuse de leur ennemi.
« Bon ! fait sa petite amie, les poings sur les hanches. C'est pas tout ça, mais on a une maison à nettoyer ! Je m'occupe du salon ! »
