Chapitre Quinze
La grossesse de Sansa avançait en douceur et dans la joie. Son ventre s'arrondissait de plus en plus. Désormais, elle était plus proche de la fin que du début de celle-ci. Tous devinaient aisément l'heureux événement qu'attendait la jeune femme. Mais la joie de cette arrivée ne comblait aucunement la peur des Nordiens. Non seulement le grand hiver arrivait, mais avec lui ses tourments et ses angoisses : la famine, le froid et la longue nuit…
Et depuis que Ramsay s'était auto-proclamé Roi du Nord, l'angoisse que les troupes des Sept Couronnes franchissent la frontière tiraillait le peuple. Plus encore, un drôle de sentiment flottait dans l'air. Personne ne voulait d'un bâtard de Bolton comme Roi. Sansa ne le savait que trop bien. Mais elle les avait convaincus, en s'alliant à son époux devant tous, elle les avait convaincus.
Si une Stark lui faisait confiance… Alors ils le pouvaient également.
Depuis, Ramsay avait baissé les impôts sous les conseils de Sansa. Ils n'avaient plus besoin d'en verser une partie à la couronne, alors autant alléger le peuple, surtout que l'hiver venait. Ils avaient lancé des travaux dans Wintertown pour agrandir la ville et ainsi permettre à plus de monde de venir s'y réfugier et Sansa avait soumis l'idée à son époux d'engager de nouvelles personnes pour créer son propre conseil restreint et sa propre garde.
La jeune femme agissait telle une parfaite conseillère et Ramsay écoutait chacun de ses conseils avec attention. Et parfois, lorsqu'elle se fixait dans la glace, la jeune Stark avait la sensation que ses traits se mélangeaient avec ceux de Margaery. Elle murmurait à l'oreille de Ramsay comme Margaery l'eut fait à celle de Joffrey. Elle avait réussi. Elle avait obtenu ce qu'elle souhaitait. Winterfell était à elle. À eux.
Perdue dans ses pensées, Sansa marchait d'un pas distrait dans la cour de Winterfell sans réellement regarder où elle allait. Son ventre était bien plus imposant et cela la fatiguait de marcher, mais rester à l'intérieur entre quatre murs était bien trop agaçant.
Quand était-elle devenue si téméraire ?
Et alors qu'elle arrivée à une croisée de chemin, la jeune femme vint se heurter à quelque chose de dur et faillit tomber si une main ne l'avait pas retenue. Relevant son regard vers le ciel, elle croisa les yeux noisette d'Édric.
« Ô, Édric, je suis navrée. Je ne faisais point attention où j'allais.
- Vous feriez mieux de faire attention, Lady Sansa. Les petits oiseaux se font vite dévorer en hiver. »
Sansa resta muette devant la remarque du Maître d'Arme. Une chaleur insoutenable vint monter dans sa poitrine et en quelques instants à peine un goût de sang et de vin lui revint en bouche comme un vague souvenir. Un rêve passé qu'elle avait tenté d'oublier. Son cœur s'accéléra si fort dans sa poitrine qu'elle crut s'évanouir.
« Lady Sansa ? Je plaisantais simplement. »
La jeune femme semblait complètement perdue voire déboussolée. Alors, comme pour appuyer ses propos et ramener la demoiselle à la réalité, Édric tendit sa main vers le poignet de la jeune femme, mais un grognement sourd le retint. Lómion se tenait là, le poil hérissé et les babines retroussées. Si Édric touchait la jeune femme, il ne savait pas ce qui adviendrait de sa main. Le Maître d'Armes se recula alors tout en se faisant la réflexion qu'il n'avait point remarqué le chien jusqu'alors.
Il porte bien son nom ce cabot…
« Sansa ? »
La voix douce et à la fois inquiète du nouveau Roi du Nord sortit Sansa de ses songes. Elle se retourna vivement vers son époux qui vint lui embrasser la tempe avec tendresse.
« Que faites-vous dehors par ce froid ? »
Le tutoiement était devenu si naturel entre eux que la jeune femme se crispait à chaque fois que son époux reprenait les convenances du vouvoiement.
« Lómion avait besoin de sortir. Et moi aussi à vrai dire… Je pensais aller me promener un peu avec Isil autour de Winterfell.
- Êtes-vous sûr que cela soit prudent dans votre état ?
- Mestre Wolkan ne me l'a toujours pas interdit… Et si je monte en amazone, cela ne me fera pas plus de mal que d'être assise dans mon fauteuil. J'aimerais réellement profiter de ces derniers jours de libertés avant que mon ventre ne devienne si énorme que sortir de mon lit me soit impossible. »
Ramsay regarda un instant sa femme en souriant avant de commencer à se diriger vers les écuries.
« Je vais aller seller les chevaux alors, je viens avec vous.
- Lord Bolton, vous avez des obligations ce matin. »
L'Écorché sembla tressaillir devant le nom formel qu'employait son épouse et se retourna vers elle, légèrement crispé.
« Les environs de Winterfell sont beaucoup plus dangereux en hiver, les mendiants et les bandits affamés sont désormais sans aucune pitié. Il est hors de question que vous soyez seule.
- Je peux l'accompagner. »
Édric s'était avancé d'un pas tout en fixant le Seigneur Nordien, mais Sansa réfuta d'un mouvement de tête :
« Non, ne vous inquiétez pas. Lómion sera avec moi. Il ne m'arrivera rien. »
Ramsay la dévisagea longuement avant d'acquiescer. Il ne prononça pas un mot de plus et parti en direction des écuries. Il avait une confiance aveugle en le chien qu'il avait lui-même dressé. Peu importe qui oserait s'attaquer à la jeune femme, il finirait dans l'estomac du chien avant qu'elle n'ait à crier.
Sansa se retourna ensuite vers Édric et lui esquissa un mince sourire qui camouflait avec difficulté toutes les émotions qui venaient de traverser son cœur et son esprit.
« Veuillez excuser mon impudence, Lady Sansa.
- Ne vous excusez pas Édric. Vous ne m'avez nullement offensé. Seulement… Ce surnom de petit oiseau… Un vieil ami à moi me nommait ainsi lorsque je vivais encore à la Capitale. Il me fit tant de bien… Que rien qu'entendre ces simples mots m'a replongé dans le passé.
- Qui était-il ?
- Un être tourmenté qui vivait avec pour seuls sentiments : la rage et la vengeance. Les Dieux seuls savent désormais où il se trouve. »
La jeune femme sembla se perdre à nouveau dans ses pensées et Édric vit un éclat étrange volter l'espace d'un instant dans ses yeux azur. Elle repensait à cet homme avec tant de tendresse…
Était-il réellement qu'un simple ami ?
Qui était cet homme qui hantait encore l'esprit de la Dame de Winterfell avec tant de hargne ?
Il voulait le savoir…
« Je vais rejoindre Ramsay, il doit m'attendre. »
La jeune femme se retourna, mais la main d'Édric captura son poignet malgré les grognements de Lómion.
« Sansa… »
La Stark se stoppa et se retourna vers le Maître d'Armes qui lâcha immédiatement sa main. La familiarité soudaine et le côté tactile du bâtard venait de la surprendre autant qu'elle l'intriguait.
« Qui était-il ? »
La jeune femme fronça les sourcils.
« Pourquoi tenez-vous tant à la savoir ?
- J'aimerais vous aider à le retrouver. »
Sansa secoua la tête. Retrouver le Limier ? Pourquoi ? … Et tandis qu'elle imaginait la scène de leurs retrouvailles, quelque chose la frappa de plein fouet… Peut-être que ? Peut-être que cette fois… Il pourrait réellement la sauver… La jeune femme ria intérieurement à cette pensée. Sandor Clegane était loin… Il l'avait sûrement oublié.
« Il s'agissait de Ser Sandor Clegane.
- Le chien…
- Oui, le chien de Joffrey Baratheon. »
Tous deux se fixèrent longuement, puis Édric fronça les sourcils à son tour.
« Il n'était pas chevalier.
- Il l'était plus que chacun des chevaliers qui m'eut été donné de rencontrer. »
Cette fois, le Maître d'Armes esquissa un sourire ce qui eut l'effet de faire rougir la jeune femme.
« Je le retrouverai, Lady Sansa.
- Il doit déjà être loin… Dans les terres d'Essos sûrement. »
Elle n'ajouta rien de plus et Édric ne lui répondit pas. De toute façon, elle n'attendait aucune réponse. Elle quitta simplement le Maître d'Armes, ses pas s'encrant dans la fine couche de neige. Sans un mot, elle gagna les écuries tout en essuyant d'un revers de manche la larme qui venait de rouler sur sa joue.
Elle ne voulait pas savoir où il se trouvait. S'il était mort ou en vie. S'il était mort, son cœur se briserait à coup sûr dans sa poitrine. Mais… S'il était en vie… L'espoir de liberté et de briser ses chaînes était toujours présent.
En rentrant dans l'écurie, Sansa tomba nez à nez avec son époux qui tenait les rênes d'Isil. Ils ne se dirent pas un mot, il l'aida simplement à monter sur la jument et Sansa remarqua que même pour son époux, il était de plus en plus dur de la porter sur le dos de sa jument. L'envie d'expulser ce petit être de son corps devenait imminente. Elle n'en pouvait plus. Ni de ce corps difforme, ni de cette sensation d'être prisonnière de son propre corps.
Et alors qu'elle le dominait de toute sa hauteur, Ramsay lui tendit les rênes avant de poser une main sur son ventre.
« Faites attention, rentre immédiatement si tu te sens mal.
- Je te le promets.
- Bien. »
Il porta son regard sur le limier à ses pieds qui fixait d'un regard empli d'amour sa maîtresse. D'une caresse autoritaire, il lui flatta la tête avant d'ajouter :
« Toi, protège ta maîtresse. »
Le chien battit de la queue tandis que Ramsay guidait la jument jusqu'à la porte Sud. Là, il lâcha définitivement les rênes et embrassa la main de sa femme.
« Je ferai attention, promis. »
Et claquant fébrilement de la langue, elle fit partir sa jument au pas, Lómion suivant l'équidé d'un pas trottinant.
Désormais, Sansa le savait, Ramsay lui faisait entièrement confiance.
La balade lui faisait énormément de bien, l'air glacial lui mordait les joues et la lumière du soleil qui se reflétait dans la neige lui brûlait légèrement les yeux. Pourtant, elle se sentait parfaitement bien. Elle se ressourçait loin de l'animation de Winterfell. Lómion aussi semblait s'épanouir pleinement dans les immenses plaines couvertes de neige. Il trottinait et parfois se mettait à courir à vive allure avant de se rouler dans la neige tout en aboyant gaiement.
Tout en contemplant son fidèle compagnon, elle sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Elle aurait aimé que ce soit Lady, que sa louve connaisse les joies de la liberté et de l'amour comme Lómion.
Combien de loups géants restaient-ils désormais ?
Nymeria… Broussailles… Été ? Fantôme ? Étaient-ils en vie ?
Ou avaient-ils tous rejoint la pauvre Lady et Vent Gris ?
Elle soupira de lassitude tout en se souvenant de chacun des louveteaux que Robb, Jon et Bran avaient ramenés. La joie immense qu'elle avait ressentie... Et alors qu'elle arrivait aux abords du Bois-aux-Loups, Isil trébucha légèrement. Rien de grave ni d'anormal en apparence, du moins jusqu'à ce que son ventre ne se contracte en une douleur vive. Si vive qu'elle étouffa un petit cri. Lâchant les rênes, elle laissa Isil continuer de marcher où elle souhait. Chaque pas provoquait en elle une douleur atroce… Tels des coups de poignards qui s'enfonçaient dans sa chaire.
« Je t'en prie, mon bébé… Calme-toi… »
Était-ce des coups de pieds ? Elle n'en savait rien. Depuis le début de sa grossesse, son bébé ne bougeait que très rarement. D'après le Mestre, ce n'était pas anormal et il n'y avait aucun danger. Son bébé était simplement « timide ».
La douleur s'amplifia encore, à mesure que les secousses du cheval continuaient. Elle étouffait. Elle ne put plus supporter cette douleur lancinante dans le bas de son ventre. Tirant légèrement sur les rênes de la jument qui se stoppa immédiatement, pour y mettre fin, elle remarqua du coin de l'œil Lómion arriver en courant au pied de l'équidé, curieux de savoir pourquoi sa maîtresse se stoppait.
Dans un mouvement maladroit et freiné par la douleur, elle se laissa tomber du cheval, ses propres pieds et ses jambes tremblants sous son poids. Elle fit trois, peut-être quatre pas avant de pousser un cri de terreur. La neige se teintait peu à peu de rouge là où elle passait et sa selle était maculée de son propre sang également. Elle saignait. Elle saignait beaucoup trop. Les douleurs s'accentuèrent tandis que son ventre la faisait de plus en plus souffrir. Elle ne pourrait jamais revenir à cheval à Winterfell. Remonter sur le dos de sa jument était impossible avec son ventre et de toute façon, la douleur était intenable.
Pourtant… Elle n'était qu'à quelques foulées au galop de Winterfell. Et à pied… Non, à pied, le trajet était impossible dans son état… Elle mourrait de froid ou de douleur avant d'apercevoir les portes de Winterfell.
Les larmes perlèrent aux coins de ses yeux tandis que son ventre continuait à la faire souffrir.
« Je t'en prie, accroche-toi mon bébé. Je suis sûr que ça va aller. Cesse de me faire si mal… Je vais trouver une solution… »
Les paroles douces qu'elle accentuait en caressant son ventre avec tendresse ne changèrent rien à son mal. Lómion fixait la scène, le regard curieux. Puis, dans un cri ressemblant à celui de ses ancêtres les loups, il hurla à la mort. Un hurlement sourd et fort. Un hurlement qui aurait pu faire fuir tout trouillard s'approchant un peu trop près d'ici. Et ce fut lorsque le chien se redressa de toute sa stature que Sansa eut une idée. Ses doigts caressèrent le pelage de l'animal, le tâchant de sang au passage. Mais elle n'en avait cure, il fallait qu'il l'aide.
« Lómion ! Lómion… Cherche ! Va chercher Ramsay ! Allez Lómion ! Où est Ramsay ?! Cherche ! Vas-y mon chien ! Oui ! Vas-y ! »
Le limier regardait Sansa avec des yeux fous et l'envie de « jouer » était présente. Sans qu'elle n'ait besoin de se répéter, l'animal était parti en galopant en direction de Winterfell. Elle avait confiance en son chien. Il chercherait Ramsay et n'arrêterait pas avant de l'avoir trouvé. Ils l'avaient éduqué ainsi.
Et Ramsay comprendrait. Il serait bientôt là.
La douleur vint envahir le ventre de la jeune femme avec plus de force encore. La nausée vint emplir sa bouche. Elle avait de plus en plus froid également.
Allait-elle mourir ici ? Avec son bébé ?
Pour la première fois, depuis longtemps, elle s'imagina vieille. Vieille, entourée de ses enfants. Avec Ramsay à ses côtés. Roi du Nord, souverain de ces terres sauvages. Et elle… Dirigeant dans l'ombre, influençant chacune de ses décisions. Les Nordiens n'écouteraient jamais une femme… Même si elle est une Stark. Ils l'écouteraient lui… Et lui… Il l'écoutera elle.
Avec difficulté, elle réussit à déglutir tandis que son ventre lui rappelait sa situation. Elle ne saurait probablement jamais ce que cela serait de vieillir avec Lord Ramsay Bolton. Le froid de l'hiver et cet enfant dans son ventre viendraient tous deux à bout d'elle avant l'arrivée d'un quelconque secours.
La neige commença à tomber lorsqu'elle arriva enfin à s'asseoir sous un arbre. Entre ses racines immenses, elle se sentait quelque peu en sécurité. Elle ferma les yeux, un instant. Le sommeil dû au froid qui l'épuisait la gagnait peu à peu…
Non.
Elle ne devait pas dormir. Pas maintenant.
« Tiens bon… Pour ton bébé… Tiens bon… »
Une nouvelle fois, elle caressa avec douceur son ventre rond… Lómion allait revenir avec Ramsay, elle en était certaine.
Le temps passait… Et Sansa aurait déjà dû revenir. Certes, elle avait le droit d'avoir du retard, mais il ne savait pas pourquoi, son cœur se contractait avec force dans sa poitrine. Il avait un mauvais pressentiment.
L'avait-elle trahi ?
S'était-elle enfuie chez il ne savait quel bannerait, qui attendait le retour des Stark avec impatience ?
Il contracta sa mâchoire tout en frappant de son épée le bouclier d'Édric.
« Trop lent. »
Le jeune Bolton sentit la colère bouillir dans ses veines. En sortant de la réunion avec le conseil, il avait décidé de s'entraîner un peu à l'épée. Mais l'art de l'escrime n'avait jamais été son fort. Il haïssait les grosses brutes prêtes à tout pour casser les membres des autres. Lui, il préférait la finesse et la grâce de l'arc. Il était vrai qu'il était lâche. Mais il ne l'avait jamais nié. Il était plutôt grand et fort, mais très, voir trop, mince. Et peut-être un peu trop poids plume. La fourberie et la manipulation étaient donc pour lui, bien plus simple que n'importe quelles armes de toute manière.
« Lord Bolton, cessez de gesticuler dans tous les sens et frappez ! »
Tandis que Ramsay était sur le point de lâcher une de ses réponses cinglantes dont lui seul avait le secret, un aboiement sourd surgit dans la cour ainsi que plusieurs exclamations de surprise. Le jeune « Roi du Nord » se retourna vivement et vit le chien de son épouse, seul et épuisé. Galopant jusqu'à lui, il ne s'arrêta qu'une fois qu'il fut face à son maître. Ce fut à cet instant que Ramsay remarqua le sang sur le cou du chien.
La gorge de Ramsay se noua alors et un goût amer, si ce n'était ferreux, vint envahir lentement chaque parcelle de sa bouche. Quelque chose était arrivé à Sansa.
« Édric, je vous confie Winterfell jusqu'à mon retour. SCHLINGUE ! Occupe-toi de Lómion ! »
La créature rampa jusqu'à l'animal épuisé pour l'emmener jusqu'aux appartements du couple Bolton. Ramsay quant à lui bondit sur le premier cheval qu'il trouva. C'était un étalon gris pommelé qui répondait au nom d'Oron1, appartenant à son Maître d'Arme.
Sans attendre, il cravacha l'animal si fort que celui-ci manqua de se cabrer avant de partir au galop dans la neige hivernale.
Le froid venait ronger chaque partie de son corps. Elle sentait un liquide chaud s'écouler le long de ses cuisses avant de venir se geler sur sa cheville. Elle étouffait tant bien que mal ses sanglots dans sa gorge avant de regarder une nouvelle fois autour d'elle. La plaine était déserte. Ramsay, ne viendrait-il donc jamais ? Lómion, avait-il échoué ?
Un grognement soudain la fit sortir de sa torpeur. L'angoisse remonta le long de sa gorge pour laisser place à la panique. À qui appartenait un grognement aussi… Sinistre ? S'enfonçant un peu plus encore dans sa cape de fourrure, camouflant autant qu'elle le pouvait sa chevelure flamboyante et son ventre arrondi, elle plaqua son dos contre le tronc d'arbre, croyant qu'avec un peu de chance, elle ne ferait bientôt plus qu'un avec l'arbre, comme dans les légendes contant les aventures des anciens Dieux.
Fermant les yeux, la peur envahissant sa poitrine, remplaçant presque la douleur. Elle ne voulait pas voir son futur bourreau.
Car à qui appartenait donc ce grognement bestial ?
Un sauvageon ?
Un ours ?
« Qu'avons-nous là ? »
Avec violence, elle sentit une main empoignée sa chevelure et la traîner dans la neige. Mais dû à son état de fatigue déjà avancé, la jeune femme n'arriva point à lutter ni à hurler. De simples plaintes sortir de sa bouche à moitié gelée.
« Qu'est-ce qu'une femme engrossée fou ici ? »
Elle trouva la force d'ouvrir les yeux et croisa immédiatement le regard creusé de l'homme qui maintenait sa chevelure.
Il n'avait presque plus de cheveux blonds sur son crâne, ses yeux d'un bleu presque aussi éclatant que les siens étaient creusés et cernés de noirs. Il avait une immense barbe et des vêtements faits de fourrures et de peaux de bêtes qui étaient tant usées qu'ils étaient presque troués par endroit.
« Lâchez-moi... »
D'un rire presque sadique, il lança la jeune femme au sol avant de s'approcher d'Isil. Il fouilla la bête à la recherche d'argent ou de nourriture, mais ne trouva rien.
« Tu n'as donc rien à offrir p'tite bourge ?
- Je … Je n'ai rien… J'en suis navrée.
- Mais dis-moi… Petite fleur flamboyante… Que fais-tu ici ? Si loin de chez toi ?
- Aidez-moi… Et mon époux vous récompensera…
- Ton époux… Dis-tu ?
- Le Roi du Nord… »
Le bandit écarquilla les yeux. La faim semblait avoir consumé les traits de son visage et la folie envahissait le peu d'humanité qui restait dans ses yeux. Il était plus effrayant encore que Ramsay… Et ce n'était pas peu dire.
« Ramsay Bolton ? Fils de Roose Bolton ? »
La jeune femme hocha légèrement la tête. Elle n'était plus vraiment sûre de ce qu'elle venait de faire… L'homme en face d'elle éclata de rire. Un rire sadique et presque surjoué. D'un geste habile, il sortit un poignard de l'arrière de son pantalon avant de laisser un sourire plus ample se dessiner sur son visage maigre.
« Je n'aurais ni d'or. Ni de quoi m'nourrir. Mais qu'en ai-je à foutre ? J'ai trouvé la femme de c'putain de bâtard. Sais-tu seulement c'qu'il m'a fait s'fils de putain ? Il a écorché ma femme après l'avoir violé. Il a égorgé mon fils et il m'a mutilé d'ma queue ! »
Sansa écarquilla les yeux devant cet homme désormais semblable à un squelette. Elle était finie. Les Dieux venaient de lui envoyer l'Étranger en personne et elle était sur le point de mourir.
« J'pouvais pas lui donner toutes mes récoltes ! Alors j'en ai gardé juste un peu… Un sac… Pour nourrir ma famille ! Le fermier d'à côté m'a dénoncé ! Et ils m'ont tout prit, lui et ses gars… Alors à mon tour de tout lui prendre ! »
D'un geste désespéré, il se rua sur la jeune femme qui commença à se débattre. Le peu de force qui lui restait l'obligea à faire un choix entre se battre et hurler. Et tandis qu'il lui asséna une gifle violente, une larme roula sur sa joue avant de se perdre dans la neige. Elle devait protéger son bébé à tout prix.
Elle puisa dans toutes ses forces restantes avant de pousser l'homme avec force, mais à peine celui-ci se redressa qu'une flèche se planta avec violence dans le crâne de son agresseur. Il tomba à côté d'elle, inerte. Le sang s'écoula alors rapidement de son crâne et vint tinter la blancheur candide de la neige d'un rouge bordeaux épais. Ses yeux papillonnèrent un instant tandis qu'elle fixait le spectacle morbide qui se déroulait sous ses yeux. La fatigue engourdissait chacun de ses membres, elle puisa dans ses dernières forces pour tourner la tête vers son sauveur. Elle croisa son regard d'acier et inquiet… Elle connaissait si bien ce regard… Un sourire se dessina sur ses lèvres et en une fraction de seconde, son corps tomba lourdement dans la neige également.
« Sansa ! »
Ramsay était déjà à ses côtés. Soulevant la jeune femme avec force dans ses bras, il arriva avec difficulté à la mettre sur son cheval avant de lui-même grimper sur l'étalon. Elle était gelée et cela l'inquiétait. Enlevant sa cape de fourrure, il enroula la jeune femme dedans avant d'attraper les rênes d'Isil et de les passer autour de son pommeau avant de lancer son cheval au galop.
« Tiens bon Sansa… »
Elle nicha sa tête dans la nuque brûlante de Ramsay, respirant à pleins poumons son odeur qui, désormais la rassurait.
« Je savais que tu viendrais… »
Ses paupières s'ouvrirent avec difficulté. Elle avait mal aux yeux. Son corps entier était horriblement douloureux et lourd. Elle avait terriblement sommeil. Elle s'humecta les lèvres, sa langue déjà sèche passant avec lenteur et douleur sur ses lèvres gercées et crevassées. Elle se sentait si mal… La nausée ne quittait pas sa gorge nouée. Ses yeux la brûlaient tant qu'elle n'arrivait pas à les ouvrirent… Seul son nez semblait encore fiable… L'odeur du bois… Du feu… Crépitant… Et de la sueur ? Semblaient trôner autour d'elle.
Soif. Elle avait horrible soif. Une soif qui tenait en otage sa gorge douloureuse.
Tout son corps lui faisait mal… Si mal… Elle avait l'impression qu'un millier de chevaux lui étaient passés dessus cette nuit.
Elle regroupa toutes ses forces et vint pousser un gémissement. Un gémissement si faible que personne ne dut l'entendre. Or, elle n'était pas capable de faire mieux. Elle avait trop mal. Trop soif… Mais, presque immédiatement, elle sentit du mouvement à côté d'elle. Une odeur musquée qu'elle connaissait que trop bien lui arriva et elle l'inspira à plein poumon. Une main glacée vint s'abattre sur son front brûlant et de ses yeux brouillés, elle distingua son regard gelé.
« R… Ram… »
Elle ne put finir sa tentative pour communiquer tant sa gorge lui faisait mal. Même ses lèvres avaient du mal à se décoller tant elles étaient sèches et douloureuses.
« Chut… Sansa… Repose-toi. Tout va bien. »
La jeune femme secoua légèrement la tête en signe de négation et recommença.
« S… So... Soi… Soif. »
Ramsay se leva d'un bond et Sansa le suivit lentement des yeux. Elle distingua non sans mal qu'il ne portait qu'un pantalon de cuir et qu'il était couvert de bandage serré. Une bouffée d'angoisse l'envahit alors. Une angoisse vive et étouffante.
Quand s'était-il blessé ? Et pourquoi était-elle dans cet état ?
Il revint à son chevet bien vite et la soutenant d'un bras pour qu'elle soit un minimum assise, il l'aida à boire lentement.
« Doucement… Tu vas t'étouffer. »
Elle sentit la fraîcheur de l'eau descendre dans sa gorge, le plaisir était si intense qu'il en devenait presque douloureux. Des larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Et bientôt… Elle sentit les bras de Ramsay la relâcher peu à peu la faisant se recoucher dans le lit. Ses paupières s'alourdirent, son corps redevint un poids mort et dans un dernier gémissement de douleur, elle se rendormit, ses doigts étroitement liés à ceux de son époux.
« Sansa ! Sansa ! »
Elle courrait comme jamais elle n'avait couru. Sa robe blanche et vaporeuse balayant ses jambes nues et claquant l'air avec délice et angoisse mélangé. Ses pieds nus s'enfonçaient dans la terre avec douleur. La boue glissante entre ses orteils manquait de la faire tomber. Elle courait dans l'obscurité verdoyante de la forêt. Les chiens aboyaient, les chiens courraient juste derrière elle. Elle courrait aussi. Elle courrait telle une biche apeurée. Elle courrait, fuyant la voix qui l'appelait.
« Sansa ! Sansa ! »
Les chiens… Les chiens sont affamés. Les chiens ne feraient qu'une bouchée d'elle ! Ses gémissements d'épuisements se transformaient en supplique, peu importe le chemin qu'elle prendra, il la trouvera. Et son rire… Son rire à elle. À chaque fois qu'elle l'entend, son cœur se serre plus violemment encore dans sa poitrine. Et c'est à son tour de l'appeler, c'est à son tour de crier son nom d'une voix si joviale :
« Sansa ! »
La peur enflamme ses poumons. La peur lui donne la force de courir encore. Mais la fatigue la fait s'arrêter, un instant, contre un arbre… Et la flèche se plante dans l'écorce mousseuse avec violence. La peur se glisse plus forte encore en sa gorge et elle reprend sa course sous les rires de ceux qui la poursuivent. Et là… Elle l'entend… Cette voix rauque qui la frappe en plein cœur :
« Mets de la distance entre nous Sansa, cours ! Cours plus vite ! Le jeu ne sera alors que plus amusant mon Amour ! »
Un jeu. Tout ceci n'était qu'un jeu pour lui. Sautant le ruisseau, elle évita une nouvelle flèche. Tombant dans la boue, sa robe blanche n'était désormais que guenille. Mais elle ne s'arrêtait pas, elle courrait, encore et encore malgré sa cheville douloureuse et les larmes aveuglant ses yeux. Elle trébucha, encore. Et cette fois, sa cheville se brisa sous son poids. La douleur lui arrachant un cri effroyable. Se traînant à quatre pattes, dans la boue brune et visqueuse, elle rampe jusqu'à un trou où elle s'abrite un temps, priant. Encore et encore. Les larmes montent, les larmes coulent.
« Sansa ! »
Elle sait qu'elle ne doit pas… Ne doit plus faire de bruit. Elle doit se taire… Rester silencieuse. Mais l'angoisse est bien trop forte et elle ne peut plus la contenir. Elle hurle presque tant ses sanglots sont puissant. Mais elle ne peut plus bouger, la partie est finie. Les chiens arrivent, les chiens la saisissent. Les crocs se plantent dans sa chair si pâle. L'un empoigne sa cheville cassée, l'autre l'attrape par son poignet. La douleur lui arrache un cri, un cri si douloureux.
« Calme ! Assis ! »
Les chiens obéissent. Il est là. Un arc à la main, il arrive devant elle, son sourire si beau, si sincère au visage. Un masque de plus... Et elle est là, sa catin est juste là. Souriante, bandant son arc elle aussi.
« Adieu, mon Amour. »
La flèche se décoche.
Ses yeux s'ouvrirent en grand, elle se redressa presque immédiatement dans son lit, la sueur dégoulinait le long de son corps et l'angoisse faisait vibrer son cœur. Ce n'était qu'un cauchemar. Un ridicule cauchemar.
« Ma douce… »
Elle tourna son regard vers Ramsay qui la fixait d'un regard inquiet, si ce n'était pas complètement désarmé.
« R… Ramsay… »
Elle éclata en sanglots, sans vraiment savoir pourquoi. Elle laissa simplement tomber ses barrières et son corps entier se relâcha. Tout s'entremêlait en son esprit. Des souvenirs abstraits, mais surtout celui de ce cauchemar des plus angoissant. Un poids fit s'affaisser le matelas et un verre d'eau se présenta devant elle. Ramsay avait un regard inquiet. Mais cela ne devait pas être dû à son réveil chaotique.
« Que s'est-il passé ?
- Repose-toi, Sansa. On en parlera plus tard. »
Telle une douleur vive, un flash traversa son esprit avec douleur. Le sang. La douleur dans son ventre. Les contractions de plus en plus fortes. Cet homme. Cette flèche. Les larmes redoublèrent tandis qu'elle sentait les bras de Ramsay l'envelopper, la protéger. Ses mains à elle se portèrent presque instantanément à son ventre et un lourd sanglot vint franchir ses lèvres. Un sanglot de soulagement tandis qu'elle sentait encore son ventre rond sous ses doigts.
« Le bébé va bien, Sansa. Mais Mestre Wolkan ne veut plus que tu sortes de la chambre. Les escaliers te feraient faire trop d'effort. »
Avec douceur, il l'aida à se rallonger puis se coucha à côté d'elle, passant d'un air distrait ses doigts sur son ventre rond. La jeune femme semblait perdue et soulagée à la fois. Et lui… Lui était encore inquiet et malade.
Quand il était revenu à Winterfell, Sansa était dans un état lamentable. Le froid avait déjà commencé à lui ronger les pieds et les doigts. Mestre Wolkan, l'avait alors immédiatement pris en charge et avait chassé le jeune Roi hors de la chambre. Et pourtant… Pourtant, Ramsay était resté là, devant la porte. La rage glissant dans sa gorge telle de la lave lui brûlant avec douleur chaque parcelle de sa trachée. Il s'était ensuite lentement laissé glisser le long du mur en pierre, et au vu du silence qui régnait dans le château, il était sorti, en quête d'un défouloir. C'est ainsi que sur le terrain d'entraînement, il avait recroisé Édric qui s'occupait d'un enfant.
Le carnage fut lourd.
Édric le toucha cinq fois.
Non pas des coups mortelles ou handicapant, mais des coups qui méritaient des soins et qui laisseraient probablement des cicatrices. Mais ce n'était pas assez. Il s'était ensuite rendu au chenil et s'était enfermé dans sa salle de torture, seul. Avec rage, il s'était lui-même entaillé la peau. Les entailles furent plus franches, plus profondes que celles laissées par Édric. Il se punissait lui-même d'avoir failli à sa mission. Leur bébé était peut-être perdu. Elle était peut-être perdue. Et tout cela était seulement sa faute à lui.
La rage passée, il retourna voir Mestre Wolkan qui le soigna avec des onguents et des bandages. Puis, le Roi du Nord regagna sa chambre où il la veilla. Jour et nuit, il resta là, dans cette chambre, à attendre son réveil. Et il y en avait eu des réveils. Des hurlements parfois. Des lamentations d'autres fois. Elle cauchemardait continuellement. Et l'appelait dans son sommeil. D'autres fois, c'était son père, Eddard, qu'elle appelait. Mais ce qui le gênait le plus était lorsque la jeune femme appelait son frère, Robb. Dans ces moments-là, le lourd poids des décisions de son paternel s'abattait sur ses épaules et il maudissait cet idiot même s'il lui devait tout.
Mais c'était lorsque, transpirante, dans ses cauchemars, elle quémandait « Clegane » qu'il sentait la jalousie… La folie… Enfouie au fond de lui refaire surface.
Qu'avait fait cet homme pour qu'elle ne l'oublie jamais ? Qu'avait-il fait pour que le cœur de Sansa ne l'oublie pas ? Pourquoi n'arrivait-il pas à prendre sa place ?
Et alors que les paupières de la jeune femme devenaient lourdes, le bébé bougea légèrement sous ses mains. Rassurant définitivement la jeune femme. Sansa quitta alors Ramsay pour rejoindre un sommeil plus reposant, plus apaisant qu'avant. Son bébé allait bien. Tout allait bien.
Quelques jours passèrent et la tranquillité regagna peu à peu Winterfell.
Le soleil hivernal brillait fort en ce matin-là. Ramsay sentait la chaleur des rayons sur son dos malgré les bandages. Et tandis qu'il se réveillait peu à peu de ce sommeil reposant, il ne ressentit aucune envie de bouger, ni de se réveiller. Il aimait ces réveils doux et calment. Il aimait dormir aux côtés de Sansa. C'était un plaisir de la vie qu'il avait découvert avec elle… Et seulement elle.
Et tandis qu'il somnolait encore un peu. Il sentit quelque chose bouger sous sa main. Cela le fit ouvrir les yeux en grand, toute trace de sommeil ayant quitté son corps. Il se redressa sur son bras libre tandis que son autre main restait plaquée sur le ventre de Sansa qui semblait toujours dormir. Il était à l'affût, comme s'il attendait confirmation qu'il ne venait pas de rêver. Et soudain, il sentit à nouveau du mouvement. Cette fois, accompagnée par l'ouverture des yeux de son épouse encore ensommeillés.
Incapable de contenir son euphorie, il s'exclama :
« Le sens-tu ? Le sens-tu bouger ? »
Sansa ria légèrement avant de le sentir une nouvelle fois bouger, distinctement. Il était là, il se manifestait enfin…
« O par tous les Dieux ! Il bouge ! »
Le regard empli de joie de Ramsay vint se lier à celui pétillant de Sansa. L'air émerveillé qui collait au visage du jeune homme aurait presque pu lui donner un air enfantin tandis qu'il plaquait sa deuxième main sur le ventre de la jeune femme.
« Je ne pensais pas ressentir pareil bonheur un jour… Pas après tout ce qu'il s'est passé… »
Le Lord releva son regard vers son épouse. Elle était belle, terriblement belle avec son teint encore rougi par le sommeil et ses cheveux emmêlés. Elle était l'une des rares femmes qu'il trouvait réellement belle et pleine d'intérêt. Et il était terriblement heureux qu'elle soit sienne. Et tandis qu'elle lui confiait, sans gêne, qu'elle était heureuse avec lui, cela le combla plus encore de joie.
Sansa se redressa légèrement, et tandis que son époux la fixait intensément, elle voulut lui poser cette fameuse question qui lui brûlait les lèvres depuis tant de temps. Elle voulait savoir si lui aussi était tomber dans cette toile qu'elle-même avait tissée. Elle voulait savoir si elle avait raison d'y croire… Alors elle s'approcha, et doucement embrassa ses lèvres et Ramsay lui répondit avec plus de chaleur, plus d'envie, provoquant un brasier dans le bas-ventre de la jeune femme.
Depuis combien de temps ne s'étaient-ils pas embrassés ainsi ?
En un instant, Ramsay se retrouva contre elle, leurs lèvres toujours scellées, ses doigts divaguant dans sa chevelure rousse. Ce ne fut que lorsqu'ils furent à bout de souffle qu'ils se séparèrent. Le désir toujours présent. Comment se faisait-il ? Était-il allé voir ailleurs depuis le début de sa grossesse ?
« As-tu… Été voir ?
- Une putain ? Jamais. »
Il lia une nouvelle fois ses lèvres aux siennes. Un baiser plus doux, plus langoureux. Mais elle y mit fin, à contrecœur, il fallait qu'elle sache.
« Ramsay…
- Qui a-t-il ?
- M'aimes-tu ? »
Elle venait de la dire, sans hésitation. Comme si la réponse coulait de source. Et il resta là, face à elle, le regard décontenancé. Son cœur se serra dans sa poitrine et il ne sut quoi répondre. C'était lui qui posait ce genre de question… Et non l'inverse.
Il se redressa, son visage se refermant. Sansa le fixait, l'air inquiète. Lentement, il se leva et enfila son pantalon et ses bottes. Il passa rapidement une chemise blanche épaisse et mit sa cape qu'elle lui avait offerte. Et lorsqu'il fut au niveau de la porte, elle le retint enfin.
« Ramsay…
- … Je suis incapable d'aimer qui que ce soit, Sansa. »
Son regard froid venait de pénétrer le sien si chaud, et sans un mot de plus, il se retourna et quitta la pièce, la laissant seule.
1 Prénom elfique signifiant « Le Riche ».
