Chapitre Dix-Neuf
Vide.
Elle était là, couchée. Et vide de toute émotion.
Le berceau trônait encore dans la chambre, vide de tout bébé.
Et elle…
Elle restait sans vie dans ce lit trop grand pour elle. Son regard vitreux laissait parfois éclater des lueurs de tristesses… De désespoir.
Un mois…
Un mois qu'ils avaient enterrés l'enfant.
Un mois qu'elle était dans un état lamentable.
Un mois qu'il se battait contre lui-même et contre Myranda.
Un mois qu'elle avait senti que son cœur avait cessé de battre.
Un mois qu'il la torturait sans relâche, mais qu'il était incapable de l'achever.
Un mois qu'elle espérait jour et nuit se réveiller de ce cauchemar grotesque.
Un mois que tout deux vivaient leur désespoir, chacun de leur côté, en espérant qu'un miracle se produise.
Un mois que tous deux espéraient le réconfort de l'autre sans vouloir réellement se l'avouer.
Et ce soir-là, Ramsay voulait briser le mur qui s'était ainsi lentement construit entre eux.
Sansa observait les draps froids, caressant du bout des doigts l'oreiller encore enfoncé. Ramsay venait se coucher à ses côtés si tard le soir qu'elle dormait déjà. Et il se levait le matin à l'aube. Elle ne le voyait alors plus, jusqu'au soir suivant, si elle avait le courage de rester éveillée.
Le peu de fois où cela se produisait, elle l'entendait tituber jusqu'au lit, l'odeur de fer et d'alcool emplissait la pièce. Et Sansa sentait les haut-le-cœur gagner sa bouche.
Le matin, lorsqu'il partait, elle sentait systématiquement un baiser léger effleurer ses lèvres, mais à peine réussissait-elle à ouvrir les yeux que plus personne ne se trouvait dans la pièce. Alors peu à peu, la Lady se mit à croire qu'elle imaginait simplement ce baiser fantôme.
Un soupira s'arracha de ses lèvres tandis qu'elle se relevait de son lit, laissant ainsi les draps blancs onduler le long de son corps et dévoiler sa poitrine à peine couverte de sa chemise de nuit bleu sombre.
Ses cheveux étaient sales, son ventre était redevenu aussi plat qu'à l'origine et ses seins s'étaient peu à peu vidés du lait qu'elle ne donna jamais. Les cicatrices des coups de Myranda enveloppaient encore son corps, et Sansa savait que, jusqu'à sa mort, elle porterait les marques de ce soir mortuaire. L'espoir avait peu à peu quitté son cœur, son ventre, ses poumons. Son esprit… L'espoir avait définitivement quitté ses veines et l'audace des Stark avait rendu l'âme, ne laissant en elle que des cendres éteintes. Elle n'était plus qu'une carapace vide, indigne du nom d'Eddard Stark. Ni même de celui des Tully. Elle se sentait même, peu à peu, indigne de la Maison Bolton.
Elle n'était plus qu'une enveloppe de chair. Le vide qu'avait creusé son fils en son ventre résidait désormais en son cœur, et le monde n'avait plus aucune saveur tandis que le souvenir de ce petit corps sur sa poitrine la brûlait presque.
Son fils… Il était l'innocence même, la pureté incarnée. Il n'avait pas choisi le monde dans lequel il allait naître. Il n'avait pas choisi non plus le nom de son père, ni celui de sa mère. Il n'avait pas choisi d'être un instrument de pouvoir, une source de haine ou même d'amour. Il voulait simplement vivre… Grandir… Rire… Comme tout enfant. Et Sansa l'avait déjà imaginé grimpant aux murs comme Bran, chevauchant dans les plaines comme Robb… Bretteur de renom comme Jon. Insolant comme Arya ! Et même un visage d'ange, auquel l'on pouvait tout pardonner, comme Rickon. Elle avait déjà pensé que son fils aurait la noblesse d'Eddard Stark et le sens de la famille comme Catelyn Tully. Peut-être la même intelligence que sa mère, et sûrement le talent d'archer de son père… Elle ne l'aurait jamais laissé devenir naïf, et encore moins perfide et malhonnête avec les femmes. Non… Jamais.
Sansa avait aussi imaginé son fils avec bien des physiques, mais désormais plus qu'un seul lui revenait à l'esprit. Une chevelure bouclée et ébène et un regard de givre perçant. Tout comme son père.
Chaque jour, elle imaginait cet enfant qui n'avait point respiré. Et chaque jour, la douleur était plus intense encore tandis que les souvenirs s'estompaient avec ses larmes. Avec calme, Sansa se leva et alla prendre place sur son fauteuil au coin du feu, son regard se perdant dans l'horizon.
Chaque jour, ce même rituel se produisait, chaque jour, elle s'asseyait là et ne bougeait plus jusqu'au soir tombé. Elle se perdait dans son esprit, imaginant simplement une vie qui n'était désormais plus la sienne. Un accouchement plus paisible. Un fils gazouillant et prenant son sein. Et époux et père présent pour elle et leur enfant.
La nuit tombait sur Winterfell, le château était plongé dans un silence mortuaire, silence traduisant le deuil encore présent et la peur de tous. L'inquiétude englobait chaque âme qui vive du château. Et dans la chambre du Roi du Nord et de son épouse, là où il y a un mois auparavant, des hurlements à arracher le cœur, même du plus cruel des sauvageons, avaient résonnés, ne régnait désormais plus qu'un silence plus lourd encore que dans le reste de la demeure.
Lady Sansa fixait le feu crépitant, Lómion couché devant ses pieds, dormant à poings fermés. Le limier s'était peu à peu remis de ses blessures, gardant des séquelles à vie, comme la perte de son œil, il n'en avait pas pour autant perdu sa vivacité et sa forme physique. Encore quelque peu fragile, sa vie n'était plus aucunement en danger et il retrouverait bientôt ses pleines capacités physiques.
Les doigts de Sansa martelaient l'accoudoir dans un son régulier et agaçant. Ses yeux reflétaient son absence, tandis que ses pensées s'entremêlaient, encore et toujours.
Comment pouvait-on cesser de penser à pareille injustice ?
Comment pouvait-elle reprendre une vie normale ?
Comment pouvait-elle faire le deuil de son fils ?
Comment pouvait-elle lui pardonner ?
Au même moment, Lord Ramsay Bolton rentra dans la chambre, son regard de givre se posant instinctivement sur son épouse, assise devant la cheminée. Non loin d'elle se tenait encore le berceau. Et comme à chaque fois qu'il fixait ce couffin de fortune, il revoyait le corps de son fils. Son fils, mort trop tôt.
Les yeux du Lord revinrent alors douloureusement sur sa femme. Elle était là physiquement, mais son esprit était ailleurs, et Ramsay savait pertinemment où elles se trouvaient. Elle était plus pâle qu'une morte, son teint livide laissant deviner le temps qui s'était passé depuis la dernière fois où la jeune femme avait vu le soleil. Ses joues creusées et son teint translucide faisaient frémir Ramsay de dégoût.
Où était donc passée sa peau laiteuse, ses yeux pétillants ?
Il remarqua qu'elle tremblait légèrement, avait-elle froid ? Cela était peu probable au vu de la chaleur qui résidait dans la chambre. Il pouvait sentir sa propre sueur perler sur son front.
… Ou alors, était-ce son propre mal-être qui le faisait avoir si chaud ?
Les cicatrices jonchant le corps de Sansa étaient encore rosées ou bleutées selon les endroits. Il ne pouvait les regarder sans ressentir une profonde colère en lui, une colère grondante et bouillonnante. Si les marques avaient été de son fruit, il aurait trouvé cela excitant. Si ce n'était renversant. Mais ces marques n'étaient point son œuvre, et il haïssait ce fait.
Lómion respirait doucement tandis que son corps immense reposait sur les pieds de sa maîtresse. Il avait protégé Sansa, au détriment de sa propre vie, et il en avait perdu son œil droit. À ce constat, il ne put empêcher un soupir de traverser ses lèvres. Un soupir long, pleins de sentiments contradictoires et désespérés. Et ce fut à cet instant que Sansa releva son regard azur vers lui, un regard empli d'une souffrance qu'il ne pouvait décrire. Jamais il n'avait vu pareille douleur dans un regard, même dans celui de Schlingue.
Sansa était brisée, en miette. Et Ramsay, par le passé, aurait trouvé cela réjouissant même excitant. Il en aurait été plus qu'heureux même. Mais l'homme qu'il était désormais se sentait anéanti par la souffrance de celle qui partageait sa vie. Il avait appris à apprécier cette femme pleine d'audace, pleine de ressources. Cette femme prête à tout pour avoir droit à un peu de liberté. Désormais, elle n'était qu'une enveloppe de chair sans attrait… Elle était ennuyante.
Les larmes vinrent cueillir ses yeux océans, sa vue se brouilla. Et les larmes dévalèrent ses joues creusées tandis que Ramsay avait la désagréable sensation qu'on lui plantait un poignard dans le cœur.
Mais ce n'était que de la pitié, n'est-ce pas ?
Intensément, ils se fixèrent tandis que dans l'esprit de Ramsay, des souvenirs douloureux refaisaient surface…
Mestre Wolkan rentra dans la chambre accompagnée d'une femme voilée ayant fait vœu de silence jusqu'à sa propre mort. Cette femme avait vendu son âme au Dieu qu'était l'Étranger, et désormais, elle préparait les morts pour leur dernier voyage. Elle était la dernière à accompagner les défunts jusqu'aux bras de l'Étranger.
Ramsay sentit sa gorge se serrer tandis qu'elle gardait les yeux rivés vers le sol. Allait-il réellement laisser cette femme accompagner son fils jusque dans son cercueil ? Une inconnue…
Lentement, il alla s'asseoir à côté de son épouse qui tenait fermement son bébé dans ses bras. Elle le berçait avec tendresse tout en chantonnant. Ses cheveux retombaient en une cascade rousse sur le visage grisonnant de l'enfant. Comment pouvait-il lui faire cela ? Comment pouvait-il lui arracher leur fils ?
Pourtant, il le devait.
Il caressa avec tendresse la joue de Sansa qui releva son regard brisé vers lui. Avec douceur, il embrassa son front, et calmement, il vint prendre Rickard de ses bras. Et en silence, il alla donner le corps froid et rigide de son bébé à la femme silencieuse. À peine celle-ci prit l'enfant dans ses bras que les suppliques de Sansa vinrent achever le peu de contenance qui restait au Lord.
« Non ! Non, je t'en prie ! Rends-le-moi ! Rendez-le-moi ! Ramsay ! Ramsay, je t'en prie ! Ne la laisse pas l'emmener… Mon fils… »
Le hurlement strident qui traversa ses poumons, brisant le silence étouffant qui régnait sur Winterfell vint le prendre au cœur. Un cri si violent et douloureux qu'il fit sangloter Yvana et glaça le sang de Schlingue. Un cri…
Un cri que Myranda lui racontait à chaque entrevue, un cri qu'elle avait apprécié, un cri dont elle s'était délectée. Un cri… Un cri qu'elle aimerait revivre chaque instant de sa vie et qui avait brisé quelque chose en Ramsay pour toujours.
Sansa tenta de se lever, de rejoindre son bébé, mais Ramsay vint la saisir par la taille, la ramenant contre son torse avec force. Une étreinte froide, sans saveur, simplement teintée par toute la souffrance que tout deux ressentaient. La jeune louve le frappa alors de ses points faibles. Ceux-ci s'écrasant sur son torse avec violence. Et tandis que la porte se refermait sur Wolkan, cette femme silencieuse, et leur fils, les pleurs et les cris de Sansa brisèrent un peu plus l'âme à peine existante de Ramsay.
Lentement, il se laissa tomber au sol, entraînant Sansa dans sa chute qui se débattait encore comme une furie. Le cri ne la quittant pas.
« Mon bébé ! Mon fils ! Je veux mon fils ! Ne la laisse pas partir avec lui ! Je t'en prie fais quelque chose, Ramsay ! »
Mais il ne pouvait rien faire. Absolument rien. D'un geste doux, il la ramena un peu plus contre lui tentant de la calmer par tous les moyens. Mais alors qu'elle ne cessait de hurler et de se débattre dans ses bras, une larme s'échappa des yeux de Ramsay pour venir s'écraser contre le front de Sansa. L'avait-elle senti ? Il n'en sut jamais rien.
Ses doigts s'emmêlèrent dans sa chevelure encore humide de transpiration, son autre bras la serrait avec force contre lui. Et il commença à la bercer. Peut-être ce simple geste l'apaiserait-elle ? Foutaise… Comment pouvait-on apaiser une mère qui venait de perdre son bébé ?
On lui avait appris beaucoup de choses… Haïr. Torturer. Dépecer. Chasser. Manipuler. Écorcher.
Mais jamais à consoler. Apaiser ou même… Aimer.
Et jamais il n'avait cru avoir besoin de savoir ce genre de choses, jusqu'à ce qu'elle entre dans sa vie. Il avait envie de savoir tout cela désormais. Pour elle. Et c'était en ce jour funeste, qu'il en avait eu le plus besoin. Depuis, Sansa s'était réfugié dans un monde vide, un monde sans lui. Un monde où son fils était peut-être encore en vie.
Ils réessayeront, plus tard, lorsqu'elle sera prête. Et ils auront un fils. Peut-être deux ou trois… Et des filles également. Et le souvenir de Rickard ne sera plus que lointain. Une vieille cicatrice qui redevenait douloureuse à certaines époques de l'année.
Avec douceur, il s'approcha d'elle. Comme si elle n'était qu'une biche blessée et effrayée et qu'il souhaitait l'approcher sans l'apeurer. Alors, calmement, il posa un genou à terre, l'appréhension de la voir fuir lui saisissant les veines, mais l'envie de retrouver son épouse embaumant son cœur de courage. Avec le plus de délicatesse possible, il vint prendre sa main dans la sienne et enfoui son visage dans sa paume, tel un enfant en quête de pardon.
Lentement, elle baissa son regard trouble sur lui, et il prit la parole :
« Tu devrais prendre un bain, mon amour. »
Sa voix était douce, engageante. Mais il savait que ses paroles résonnaient telle une promesse de sévices. Il ne le savait que trop bien. Sansa se méfierait toujours de lui.
Il approcha alors sa propre main de son visage creusé et étrangement… Elle se laissa faire, cherchant plus encore le contact tout en fermant ses yeux bleus. Il aimait cela, il aimait cette sensation d'apprivoisement. Et tandis qu'une douceur perdue reprenait place entre eux. Une place qui… Bizarrement n'avait jamais été réellement sienne, Yvana accompagnée de Marie et de la petite Annette rentrèrent. Toutes trois remplirent avec hâte la baignoire de la chambre d'une eau fumante et claire qui sentait délicieusement le citron, avant de repartir sans un mot.
À peine la porte se referma que Ramsay se releva et tendit sa main à la jeune femme qui vint la saisir avant de se relever non sans mal. Elle était faible, vacillante. Blessée. Toujours avec tendresse, il l'aida à se déshabiller et pendant un instant d'égarement, il contempla son corps amaigri. Elle gardait une beauté époustouflante, même si elle était enlaidie par sa maigreur.
Il l'aida ensuite à rentrer dans l'eau, et Ramsay sentit le désir se saisir de chacun de ses membres.
Cela faisait si longtemps…
Mais il devait se contenir. Encore un peu… Juste un peu. Le temps qu'elle aille mieux.
Il tira le tabouret jusqu'à la baignoire et commença à plonger son bras dans l'eau pour humidifier l'éponge qu'il tenait dans ses mains, mais Sansa le retint.
« Viens. »
Sa voix était faible, rauque.
Combien de temps cela faisait-il qu'elle n'avait pas parlé ?
Il n'en savait absolument rien. Mais Ramsay savait également que ce n'était pas une occasion qu'il pouvait se permettre de laisser filer. Alors, il se déshabilla avant de rejoindre son épouse dans l'eau brûlante. Instinctivement, elle colla son dos à son torse, et sa tête vint prendre place dans le creux de son cou. Le silence s'installa entre eux, mais il ne fut nullement lourd et empli de mélancolie. Non. Il était apaisant, tendre. Les doigts de Ramsay se perdaient dans la chevelure de son épouse, humidifiant celle-ci petit à petit. Son autre main, quant à elle, caressait distraitement son bras avec tendresse et innocence.
Ils restèrent longuement ainsi.
Ce fut Sansa qui rompit l'instant en prenant la main de son époux et en la posant sur son ventre. Un geste qui crispa légèrement le Lord, ne sachant comment l'interpréter. Mais il s'abandonna bien vite à des pensées qu'il tentait de contenir depuis bien trop longtemps déjà. Alors lentement, il descendit le long de sa cuisse, avant de remonter sur son ventre, puis, toujours avec lenteur, il vint saisir son sein droit avec douceur. Une douceur qui arracha un frisson à la jeune femme. Une douceur qui se transformait peu à peu en désir ardent.
« Je te veux. Plus encore que la première fois. »
Le murmure rauque de Ramsay à son oreille la fit fermer les yeux de douleur.
Écartelée, la jeune femme ne savait quoi faire.
Oublier le passé ? Oublier la mort ? Le désespoir… Sa peine… Elle devait oublier…
Mais en était-elle réellement capable ?
La main de Ramsay caressa avec désir sa gorge tandis que l'autre prenait place entre ses cuisses sensuellement.
Elle devait arracher cette page manquée et recommencer. Recommencer pour mieux réaliser son rêve.
D'un geste vif, elle se retourna dans la baignoire, et sans se laisser un seul instant de réflexion, elle embrassa les lèvres sèches de Ramsay. Ses ongles s'enfoncèrent dans la nuque de son époux qui poussa un grognement de plaisir, lui rendant cette douleur sensuelle en mordant sa lèvre. L'eau chaude ruisselait le long du corps de Sansa, et dans un élan de désir, il suivit le chemin d'une goutte avec sa langue, longeant ainsi la gorge de sa femme, il descendit peu à peu, suivant la forme de son sein pour venir enfin cueillir avec ses dents son mamelon. Le gémissement qui s'arracha de ses lèvres était un mélange de douleur et de plaisir, et cela fit frémir le Lord qui mordit plus fort encore, jusqu'à ce qu'un goût ferreux cueille sa langue. Avec plus de force encore et de désir mélangé, il vint mordre son ventre, la chaire de son sein, son cou. Les marques sanguinolentes couvrir bientôt son corps, et le liquide écarlate se mélangea peu à peu à l'eau brûlante du bain.
Sansa vint alpaguer à son tour la bouche de son époux, échangeant avec celui-ci un baiser intense et langoureux. Les mains de Ramsay vinrent caresser son dos, ses fesses, et soulevèrent lentement la jeune femme qui vint doucement accueillir son époux en elle.
Et ainsi, ils ne bougèrent plus pendant un instant. Un instant, qui dura plusieurs minutes. Un instant, qui sembla éternel. Un instant où leurs yeux se rencontrèrent et ne se quittèrent plus. Un désir fiévreux s'échangeant dans leur regard. Un désir caché depuis bien trop longtemps. Un désir qui faisait mal au ventre.
Et ce fut Sansa qui commença la danse, bougeant, ondulant sur son époux avec une facilité qui lui était propre. Jusqu'à ce que l'homme en question se lasse de cette domination qu'il aimait à petite dose. Empoignant la jeune femme avec force, il se leva, forçant la jeune femme à s'agripper à lui avec poigne. Enjambant la baignoire et traversant la pièce avec rapidité, il s'écrasa enfin sur le lit. L'eau ruissela sur la fourrure, et la jeune femme, à sa merci, le fixa avec intensité. Il vint cueillir de sa bouche, son intimité, plongeant sa langue entre ses cuisses avant de remonter à sa bouche et de l'embrasser plus passionnément encore tout en la prenant avec force.
Les gémissements et une chaleur étouffante emplissaient la chambre, la transpiration se mêlait à l'eau encore présente sur leurs corps, l'odeur de l'acte se mélangeant à celle du citron. Et tandis que les cheveux de Sansa ruisselaient encore d'eau dans les draps, ceux de Ramsay gouttaient sur le front de son épouse.
Et tandis qu'elle liait ses lèvres aux siennes, un instant plus puissant qu'un autre suffit au Lord pour lâcher prise. Il vint alors s'écraser, essoufflé, contre elle. Lentement, il vint s'allonger sur le côté laissant la jeune femme revenir contre lui, posant sa tête dans son cou. Le silence regagna peu à peu la pièce et tous deux l'apprécièrent.
Contre toute attente, et après de longue minute à n'écouter que le bruit sourd de leurs respirations, ce fut Sansa qui brisa le silence.
« Je veux avancer. »
Ramsay tourna son regard vers elle tandis qu'elle se redressait face à lui. Leurs yeux s'entremêlèrent et avant qu'il ne puisse répondre, elle reprit.
« Je veux avancer avec toi. Je n'ai que toi. »
Ramsay fut touché. Il ne pouvait le cacher. Sa main caressa la joue creusée de son épouse, et comme si la vie venait de reprendre enfin ses droits en lui, il l'attira contre lui avant de l'embrasser. Un baiser doux, tendre. Sans douleur. Et tandis que leurs fronts se collaient, que leur respiration se faisait courte. Ramsay planta son regard gelé dans celui, si chaud, de Sansa.
« Je veux avancer avec toi, Sansa. »
Elle ferma les yeux. Heureuse de sentir son cœur s'alléger un peu. L'angoisse de perdre Ramsay avait pris énormément d'importance au fil des semaines. Mais elle s'était désormais en allée, il ne restait plus que la douleur liée à la mort de son fils… Une douleur qui s'apaiserait avec les mois… Les années. Mais qui ne disparaîtrait jamais.
Ramsay se dégagea lentement de l'étreinte de Sansa et se leva sous le regard inquiet de la jeune femme. Mais celui-ci ria avant de revenir embrasser son front.
« Je vais simplement vider l'eau. »
Enfilant un pantalon de cuir, Ramsay vida l'eau seul, multipliant les allers-retours. Puis, il revint, ferma la porte à clé et se déshabilla à nouveau avant de venir se recoucher vers son épouse. Tous deux se serrant étroitement l'un contre l'autre. Les lèvres du Lord se perdirent un instant sur la tempe de la jeune femme tandis que celle-ci fermait les yeux, épuisée.
Le sommeil les gagna peu à peu, et Lómion vint se coucher au pied du lit, réchauffant un peu plus les deux amants. Il était le gardien de leurs sommeils.
L'aube se leva froidement sur Winterfell. Synonyme de renouveau, les rayons du soleil balayaient les péchés qui s'étaient produits dans la nuit.
Et Sansa savait.
Elle savait qu'une page se tournait tandis qu'elle fixait son époux endormi contre elle.
Elle allait avancer, elle allait écraser Cersei. Elle allait la punir de tout ce qu'elle lui avait fait subir. Elle allait lui faire payer le sadisme de son fils. Elle allait devenir puissante, la plus puissante femme de Westeros. Et pour cela, elle avait besoin de Ramsay.
Ses doigts glissèrent le long du visage de son époux. Il avait tué pour elle. Pour eux. Il avait fait ce qu'elle lui avait demandé et il avait tué Myranda. Ils pouvaient enfin être heureux. Ramsay avait définitivement changé pour elle. Mais une question subsistait dans l'esprit de la jeune femme.
Où était enterré le corps de cette meurtrière ?
Elle doutait que Ramsay l'ait donné à manger à ses chiens.
Les yeux de celui-ci commencèrent à s'ouvrirent lentement, et l'espace d'un instant, il crut avoir rêvé. Il crut la revoir enceinte, il crut que Myranda, la mort de son fils, tout cela n'était qu'un cauchemar absurde. Mais la vague de tristesse qui passa dans les yeux de son épouse était bien là, bien réelle, et il sut que tout cela n'était pas le fruit de son esprit.
Mais qu'en avait-il à faire désormais ? Il avait retrouvé son épouse…
Lentement, il se leva, toujours sous le regard de Sansa.
« Il y a conseil ce matin… »
Elle acquiesça avant d'elle-même répliquer :
« Je dois aller voir Édric. Il doit me tenir informer de l'évolution de Cersei… »
Et des nouvelles qu'il pourrait avoir à propos de Sandor.
Ramsay fit une grimace tandis qu'il venait se rasseoir dans le lit à côté de son épouse.
« Ne pense pas trop à Cersei, elle ne fait pas le poids contre le Nord. L'hiver est là. Et l'armée du Sud ne tiendrait pas deux jours dans un hiver Nordien. »
La jeune femme hocha simplement la tête avant d'embrasser chastement Ramsay et de se lever à son tour. Avec l'aide de son époux, elle s'habilla d'une robe bleu marine et or avant de s'asseoir à sa coiffeuse et de brosser ses cheveux roux longuement avant de les tresser sur le côté. Ramsay l'observa, silencieusement, comme un enfant contemplant sa mère. Lorsqu'elle se releva, leurs yeux se lièrent, et Sansa ne tint plus, elle devait lui demander.
« Puis-je te poser une question ? »
Ramsay leva un sourcil intrigué avant de hocher la tête tout en esquissant un sourire provocateur.
« Où est enterrée Myranda ? »
Les yeux de Ramsay s'écarquillèrent, son cœur s'accéléra. L'air devint tout à coup irrespirable. Son corps entier se contracta devant cette question à laquelle il ne s'attendait guère. Se mordant la lèvre de détresse, il fixa intensément son épouse. Son épouse qui fut attentive à chacune de ses réactions et qui fronça les sourcils en réponse.
Il savait qu'il ne pourrait pas mentir. Ramsay perdait le contrôle de la situation, il ne pouvait plus la manipuler, il n'arrivait plus à porter ce masque de froideur devant elle. Et cela allait sûrement lui coûter tous ses efforts de la veille.
« Je… Elle…
- Elle ? »
Sa voix claquait l'air avec froideur. Elle n'avait plus rien de la jeune fille timide et peu sure d'elle d'autrefois.
« Elle n'est pas morte. »
Il tenta de garder froideur et contenance, mais l'angoisse lui rongeait le ventre. Mais ni larmes, ni cris ne vinrent. Elle s'écarta simplement de lui, et dans un silence lourd, elle se dirigea vers la porte qu'elle ouvrit avec douceur. Mais lorsqu'elle se retourna vers lui, il comprit.
« Sors.
- Sansa…
- Va-t'en. »
Les yeux de la jeune femme étaient emplis d'une rage qu'il ne lui connaissait pas. Une rage incroyable qui était propre à la famille Stark. Elle ressemblait à une louve, prête à lui sauter à la gorge. Alors, tout en fixant la jeune femme, Ramsay quitta la pièce, la colère envahissant ses veines. À peine eut-il franchi le palier que la porte claque et une clé se tourna dans la serrure.
L'aube avait laissé place au jour, et ainsi, il avait amené une nouvelle ère sur Winterfell. Et Ramsay savait qu'il était désormais trop tard pour arranger les choses.
