CHAPITRE 19 :

Vendredi matin, Draco soupira quand ses yeux s'ouvrirent. Il était allé au lit si tôt la veille, après avoir ruminé sur son rendez-vous, qu'il s'était réveillé juste avant l'aube. Une fois qu'il se fut occupé la partie la plus honteuse de sa nouvelle routine matinale (alors oui, il démarrait en effet chaque nouvelle journée avec une gaule énorme pour Granger, merci de demander) il se traina jusqu'à la salle à manger.

Il se sentait complètement vidé, tant émotionnellement que physiquement, après sa crise d'hier et de la conversation angoissante qui avait suivie avec le Guérisseur Browning. Bon, il pouvait admettre que Granger lui manquait. Il pouvait admettre qu'il tenait à elle. Mais à présent, qu'était-il supposé foutre de toutes ces informations ? Browning avait peut-être considéré que son dernier obstacle était simplement la « peur » mais, pour Draco, ce n'était pas si anodin. Honnêtement, que se passerait-il si elle ne ressentait pas la même chose ? Si elle n'était plus à l'aise avec l'idée d'être amie avec lui ? Et s'il était si facilement oubliable qu'une semaine d'absence lui était suffisante pour se rappeler à quel point sa vie était mieux sans lui dans le paysage ?

Loin des yeux, loin du cœur, hein ?

- Bonjour monsieur, intervint soudainement Crick à côté de lui.

- Argh, bonjour.

- Mes excuses monsieur, mais comme vous vous êtes retiré tôt hier soir, j'ai gardé le courrier d'hier pour vous. Voilà.

Le petit elfe lui tendit deux correspondances et disparut avant que Draco ne puisse le remercier.

Dans ses mains se trouvaient une lettre de sa mère - qu'il jeta sommairement au profit d'un objet bien plus intéressant. Une carte postale. Une carte postale de Venise.

Laissant échapper un souffle qu'il avait inconsciemment retenu, il retourna lentement la carte. L'écriture nette – qu'il savait être celle de Granger – en recouvrait complètement le dos.

Salutations de Venise !

J'écris ceci campée sur le Pont des Deux Soleils et, sincèrement, je ne sais pas comment décrire la magie dont j'ai été témoin lorsque le soleil s'est couché sur l'eau et s'est levé simultanément de l'autre côté. Honnêtement, je ne pourrais pas assez te remercier pour la recommandation, ça m'a rassuré au moment où je commençais à me faire du mauvais sang à propos de ma future présentation. J'ai déjà réservé un créneau à la librairie, dans la sections des anciens parchemins – et avant que tu ne lèves les yeux au ciel et que tu me traites « d'incorrigible binoclarde qui ne verrait pas l'amusement s'il était devant ses yeux » - j'ai décidé de faire des recherches sur les propriétés magiques de ce phénomène. Il doit y avoir une explication à cet événement, j'en suis sûre. Il y a une partie élémentaire à la magie, mais je suis persuadée que des vieux écrits peuvent mettre en lumière le fait qu'une branche de la divination est aussi impliquée. Pas que j'en sois convaincue, figures toi, tu sais ce que je pense de ce sujet en particulier. Tout ça pour dire : cette ville est vraiment magnifique et je suis contente que tu aies partagé ce conseil de voyage avec moi, même si je l'ai vécu seule. Essaie de ne pas manger tous les scones à la myrtille du café en mon absence, s'il te plaît.

A bientôt,

Hermione

Draco lut son message une fois, puis deux, trois et encore deux fois pour faire bonne mesure. Plusieurs minutes plus tard, il avait mémorisé cette foutue carte.

« Incorrigible binoclarde qui ne verrait pas l'amusement s'il était devant ses yeux », ça sonnait en effet comme le genre d'insulte amicale qu'il aurait pu lui lancer. Il rit en s'imaginant les yeux d'Hermione se plisser pendant qu'il lui souriait en coin, avant qu'elle ne cède et laisse aller un sourire.

Par Merlin, qu'est-ce que son sourire lui manquait. Et ses regards. Et à quel point c'était facile de l'énerver.

Il était de nouveau là : ce satané sentiment d'espoir qui rampait dans sa poitrine. Elle avait pensé à lui envoyer une lettre pendant son voyage. Et, puisqu'elle était arrivée le jeudi, ça signifiait qu'elle avait certainement dû l'envoyer par hibou le tout premier soir. Essayant de ne pas s'attarder sur ce que ça pouvait signifier, il rangea la carte dans sa poche intérieure et s'en alla au travail.

Je suis en accord.

A peu près toutes les trois heures, il la sortait encore et la relisait, même s'il en connaissait déjà le contenu. Etait-elle réellement allée à la librairie plus tard dans la semaine ? Comment c'était passé sa présentation ? Quand elle avait écrit, elle était heureuse qu'il ai partagé quelque chose avec elle mais s'était plaint d'en faire l'expérience seule, est-ce que ça voulait dire qu'elle aurait aimé qu'il soit là aussi ?

Par les Dieux, la façon dont elle était intello jusque dans son écriture battait des records. Qui pouvait aller lire des parchemins poussiéreux pendant un voyage en Italie ? Il s'abandonna soudainement au fantasme de l'interrompre pendant ses recherches sur la magie ancienne, en repoussant ses cheveux sur le côté et en l'embrassant dans le cou. Eventuellement, les choses dégénèreraient si vite qu'il la plaquerait contre l'un des rayonnages et elle finirait dans son lit.

Cette semaine fut considérée comme la moins productive de toute la carrière de Draco.


Le samedi matin, Draco eu l'impression que les murs de sa maison commençaient à se refermer sur lui. Décidant d'aller dans le monde extérieur et de ne pas sombrer dans son propre élan de folie, il transplana dans la ruelle près du coffee shop. Le petit parc de la ville devant le café était rempli de vendeurs le week-end, faisant office d'un petit marché. Slalomant entre les étales pour rejoindre le café, Draco se figea après être passé devant des fleurs.

Hermione.

Il tourna vivement la tête, la cherchant avec frénésie. Elle ne devait pas être loin, il avait senti les effluves de son parfum floral à peine quelques secondes plus tôt.

Retournant sur ses pas à travers les rangées de fleurs, il s'arrêta de nouveau quand une légère brise lui apporta une nouvelle vague de cette odeur enivrante.

Hermione.

Elle était encore là. Sachant parfaitement que son portoloin n'était pas supposé la ramener en Angleterre avant tard le lendemain soir, il tendit le cou pour voir si elle ne s'était pas cachée hors de sa vue. A la place de la personne qu'il aurait aimé voir plus que tout au monde, ses yeux tombèrent sur une collection de fleur qu'il ne reconnaissait pas.

Les plantes dans les pots étaient de couleurs différentes : blanches, roses, et certaines bleues presque violettes, toutes avaient des feuilles vertes brillantes. Les plus fleuries – celles ayant le plus éclos et avec moins de boutons fermées – s'élevaient à environ trente centimètres au-dessus du sol. Il passa un doigt sur l'une d'elles et admira les pétales doux mais forts qui poussaient en forme presque conique. Choisissant un pot qui contenait une plante qui avait à peine fleurit, Draco emmena son nez contre les pétales violettes et prit une profonde inspiration. Hermione. Il avait enfin résolu le mystère de cette odeur florale qui l'accompagnait partout.

- Ces fleurs, comment s'appellent-elles ? Demanda-t-il au gentleman moldu et bossu qui tenait le stand.

- Des Jacinthes, croassa-t-il. Pas géniales pour des bouquets mais vous p'vez planter les bulbes et elles vont très bien pousser avec un minimum d'soleil. Elles se pointent au printemps.

Draco acquiesça et en ramassa autant qu'il pouvait en porter. Il acheta des jacinthes totalement écloses, qui débordaient de leur parfum addictif, et quelques autres qui avaient des boutons totalement fermés et si verts, qu'il était impossible de dire de quelle couleur elles seraient.

Oubliant totalement le café, Draco retourna au point d'apparition approuvé par le Ministère pour ramener ses achats chez lui. Il déposa son abondant nouveau jardin sur la table de la salle à manger et fit venir Crick.

L'elfe de maison, habituellement impassible, jeta un regard méfiant à la quantité de fleurs qui se trouvait sur la table antique et immaculée.

- Comment puis-je être utile, monsieur ?

- Est-ce que tu sais quoi que ce soit sur la plantation de fleurs ?

- Oui monsieur, l'entretiens des jardins repose sur moi ici à Franklin House.

Draco mordit sa lèvre et hocha la tête. Ses elfes étaient encore un mystère pour lui et semblaient heureux de remplir leurs divers rôles et responsabilités sans trop d'indications. Draco savait qu'il y avait une sorte de répartitions des tâches entre Crick et Watson, mais ne se souvenait jamais duquel faisait quoi (hormis la cuisine, qui était incombait uniquement à Watson).

- Très bien, j'aimerais que ces fleurs soient plantées le long de la véranda, à l'arrière du domaine.

Crick s'approcha de la table et souleva un pot de jacinthes pour l'inspecter de plus près.

- Je peux certainement replanter celles-ci dehors, mais ce genre de bulbe aurait besoin d'être planté en automne pour que ça marche. Si vous acceptez ma recommandation, monsieur, je peux planter ces bulbes fermés qui écloront pour vous dans quelques semaines. Je suppose qu'ils auront besoin d'être retournés en automne pour s'accorder à leur planning. Celles qui ont déjà éclos vous iront mieux comme plantes d'intérieur pour la décoration. Préférez-vous que je dispose les plantes qui ont fleuris un peu partout dans la maison ?

- Oui, j'aimerais qu'il y en ai dans la salle à manger, la bibliothèque, et plusieurs dans ma chambre.

- Très bien monsieur.

Et Draco regarda le petit elfe faire disparaître immédiatement la moitié des pots à l'extérieur et commencer à faire léviter les autres dans différents coins de la pièce.

Laissant Crick à ses affaires, Draco se retira dans son bureau dans la bibliothèque pour revoir certains documents envoyés à ses avocats. Moins de dix minutes plus tard, deux jacinthes apparurent dans des pots ornés le long d'un des hauts rebords de fenêtre. Crick avait évidemment remplacé le contenant en plastique moldu de qualité inférieure pour quelque chose qui convenait mieux à un riche domaine.

Rigolant, Draco se demanda ce que se serait dit Hermione qu'il confie à son elfe le soin de redécorer sa maison avec des fleurs printanières. Plus qu'un jour sans elle...


Granger était en retard. Draco regarda impatiemment sa montre pour la sixième fois en moins de deux minutes et laissa aller un soupire irrité. Son café devenait froid et son humeur de moins en moins calme.

Peut-être que quelque chose s'était mal passé avec son portoloin? Il lui avait demandé de lui envoyer un hibou quand elle rentrerait mais, si elle était revenue assez tard la veille, peut-être avait-elle pensé que ce n'était pas nécessaire ? Elle ne lui devait absolument rien.

Il resta assis pendant quelques minutes de plus, à débattre avec lui-même sur le fait d'aller directement lui faire face devant chez elle - maintenant qu'il savait où elle vivait. Ce n'était qu'à quelques encablures du café après tout. Il décida finalement qu'il aurait eu l'air terriblement effrayant. Et si jamais elle ne voulait plus le voir ? Avait-il, ne serait-ce que considéré, que cet engouement soit unilatéral ?

Malgré tout, elle avait pris le temps de lui écrire une carte postale. Draco sorti le souvenir de la poche intérieur de sa veste et le relu une nouvelle fois, ses mots le calmant momentanément. Allé Granger, où es-tu ?

Elle ne veut pas te voir, ne le comprends-tu pas ?Lui siffla son subconscient.

Pathétique, sincèrement, à quel point tu as besoin d'elle, et elle ne s'est même pas donné la peine de te dire qu'elle était rentrée.

Elle te manque et, pire, tu es am –

Draco leva ses boucliers d'occlumencie et prit de longues inspirations pour se calmer. Une fois qu'il eut retrouvé le contrôle de ses pensées, il réalisa qu'il allait être en retard au travail s'il ne s'activait pas. Il soupira et traina les pieds avec morosité le long de la rue, les mains fourrées dans les poches. Il s'était réveillé ce matin là avec un frisson d'anticipation à l'idée d'être réuni avec Hermione et d'entendre sa voix toute excitée alors qu'elle se lançait dans une envolée lyrique en racontant tout ce qu'elle avait appris lors de cette conférence.

Mais non, apparemment Draco n'était pas un élément assez important dans sa vie pour se préoccuper du fait qu'elle lui avait posé un lapin dans leur routine. Evidemment, il aurait dû s'attendre à quelque chose du genre, mais ça lui pinçait quand même la poitrine. Elle avait eu tout ce temps pour elle et repenser leur dynamique, et Draco avait un pressentiment sur la décision qu'elle avait prise.

Il n'était qu'à quelques pas de l'entrée du Chaudron Baveur quand il entendit son nom.

- Malfoy !

Il ignora l'appel, persuadé que son esprit lui jouait des tours.

- Malfoy attends !

Il s'arrêta et ferma les yeux, ayant beaucoup de mal à croire que c'était sa voix qui l'appelait. Draco ouvrit les yeux et se retourna lentement, serrant et desserrant les poings.

Là, à moitié en train de courir et de marcher vers lui sous le soleil de printemps, les cheveux voletant derrière elle, sa veste mal boutonnées et son sac de travail ouvert pendant dangereusement sur son épaule, se trouvait Hermione. Elle avait l'air débraillée, épuisée et au-delà de magnifique.

Bordel tu m'as manqué. Tu m'as tellement manqué.

Son sourire s'illumina quand elle s'approcha, les yeux brillants et les joues roses de sa marche rapide vers lui.

- Salut, dit-elle légèrement essoufflée en regardant avec espoir vers lui.

Et, malgré la joie non mitigée qui s'était réveillée en lui en la voyant, malgré l'envie irrépressible de la serrer contre son torse et de ne jamais la laisser partir, quelque chose de plus sombre nagea à la surface de son esprit. Comment osait-elle le rendre aussi misérable pendant des jours ? Comment avait-elle osé le laisser attendre son retour ce matin ? Donc, si le simple fait de la voir le faisait se sentir plus heureux qu'il ne l'avait été depuis des jours, ne savait-elle pas à quel point il avait souffert de son absence ? S'en souciait-elle un peu ?

Sa fierté le mènerait à sa perte.

- Rentrée de ton grand voyage, n'est-ce pas ? Demanda-t-il froidement en essayant de ne pas regretter son ton quand son visage se brisa sous la souffrance et la surprise.

- O-oui. Il y a eu une erreur sur la date de mon portoloin au Ministère Italien et je ne suis rentrée chez moi que bien après minuit et ensuite j'ai eu une panne d'oreiller ce matin, dit-elle précipitamment.

C'était une explication qui avait l'air logique et plausible et elle aurait dû rassurer Draco. Non pas qu'il ait une raison d'être en colère contre elle mais il semblait n'avoir qu'un seul but ce matin : l'autodestruction émotionnelle.

- Oui, eh bien nous n'avons pas tous les luxe d'être en retard au travail après une escapade glamour sur le continent, donc je ferais mieux d'y aller, dit-il d'une voix traînante.

Son visage dévasté et confus ébrécha la froideur de son cœur mais son visage resta impassible.

- Malfoy je suis désolée, vraiment ce n'était –

- On se voit demain Granger, enfin, si tu as du temps à m'accorder dans ton emploi du temps chargé, coupa-t-il avant de tourner brusquement les talons et de se rendre au travail.


Je suis un putain de demeuré. Fut la première pensée que Draco eu quand il se réveilla le lendemain matin. Il ne pouvait pas s'en empêcher, n'est-ce pas ?

La culpabilité qu'il avait ressenti quand son visage s'était effondré à cause de son humeur maussade l'avait rongé à la seconde où il était arrivé à son bureau. Essayait-il réellement de la faire fuir ?

Eh bien pas aujourd'hui. Ce jour-là Draco allait être si foutrement charmant qu'elle se souviendrait que ce n'était pas un connard absolu et qu'il avait peut-être encore quelques qualités rédemptrices après tout.

Il eu une surprise quand il entra dans le café : Hermione était déjà assise à leur table et se tordait nerveusement les mains.

Putain. De. Demeuré.

- Bonjour, dit-elle avec précaution comme si elle s'adressait à un animal apeuré.

- Granger, écoute je –

Il s'assit et remarqua qu'elle avait déjà prit son café pour lui. Non seulement il l'avait fait se sentir idiote d'avoir eu le culot d'avoir une panne de réveil en revenant d'un voyage pouvant changer le cours de sa carrière, mais elle devait avoir eu l'impression de lui être redevable. Il y aurait-il un moment où je ne serais pas un être humain abominable ?

- Je suis désolé pour hier Malfoy, je ne voulais pas –

- Non, Granger. Ne dis rien. Je n'avais pas bien dormi la nuit d'avant et je n'étais pas au meilleur de ma forme.

Je suis désolé d'être un homme-enfant suprême qui ne sais pas gérer les émotions complexes.

Elle lui offrit un sourire timide.

- Comment était ta semaine ? Est-ce que tu as pu t'avancer dans ton travail, sans moi pour te rabattre les oreilles avec des runes ?

- Ça allait, je suppose.

Mensonge. C'était comparable à de la putain de torture. J'ai du passer par un pétage de plomb et une séance d'urgence avec mon guérisseur pour découvrir que tu me manquais. Par les Dieux, qu'est-ce que tu m'as manqué.

- Mais allé, ne me laisse pas dans le suspens. As-tu reçu de grandes accolades et des éloges pour ta brillante présentation ? De combien de temps est-ce que tu as dépassé le timing ?

Ses taquineries légères fonctionnèrent et le sourire sur son visage fut plus sincère. Alors qu'elle se lançait dans le récit sur sa présentation, Draco se perdit dans le son de sa voix. Le vide qui avait infesté son corps la semaine précédente commençait à lentement disparaître, au fur et à mesure qu'elle parlait. Elle bavardait rapidement, sans pause, et Draco se demanda si elle avait mis tout ça de côté juste pour lui. Sa présentation avait été parfaite – évidemment – même si elle ne l'avait pas formulé de cette façon, mais sa description était si précise que Draco s'imaginait assis dans la foule, absorbé par les détails que Granger incluait dans son discours.

Elle était éblouissante de splendeur et ça lui avait prit trop de temps de le voir.

- ... Et puis bien sûr, au moment où Paulo m'a fait visiter la section sur les anciens –

- Qui ?

- Oh, Paulo Pescaro ? J'ai été assez chanceuse de faire sa connaissance, je n'arrivais pas à y croire, je veux dire que j'ai cité huit de ses travaux dans mon discours et –

- Il t'a personnellement fait visiter la libraire, n'est-ce pas ?

C'était donc ça, qui avait tellement distrait Granger qu'elle était rentré tard d'Italie ? Elle avait rencontré un élégant intellectuel Italien et avait passé tout son temps à l'enlacer dans les recoins de la librairie, toute ses pensées pour Draco complètement disparues ?

- Oui, étant donné que l'une des sections porte en fait son nom, c'était un honneur de –

- Assez inapproprié, non ? Fraterniser après quelques heures avec un sorcier que tu viens juste de rencontrer ?

Les yeux d'Hermione se plissèrent dangereusement mais Draco refusa de ravaler ses accusations infondées.

- Pardon ? Tu penses sincèrement que je... ? Tu sais quoi ?

Elle s'interrompit et se leva brusquement.

- Je n'ai pas le temps pour tes drames aujourd'hui Malfoy, donc réfléchit à ce que tu aimes chez moi et mon comportement inapproprié.

Et sur ces mots, elle récupéra son sac et sorti du café, laissant Draco à fixer son mug et regretter le jour de sa naissance.

Putain. De. Demeuré.

Tu m'as manqué.

Je suis en accord.


Le matin suivant, Draco fut le premier au café. Alors qu'il buvait sa boisson, il se demanda si Granger se montrerait après sa crise immature de la veille, mais elle ne le déçu pas. Non, Draco avait le monopole de la déception.

Elle s'approcha avec un regard froid et s'installa face à lui.

- Bonjour Granger.

Il parla en premier pour briser le silence, quand il apparut clairement qu'elle ne le saluerait pas amicalement ce matin là. Bien que son père lui ait appris que parler en premier pendant une discussion tendue ou une négociation était un signe de faiblesse, Draco pensa qu'il était mieux de montrer une sorte d'humilité après hier.

- Il a au moins quarante ans de plus que moi, est marié avec cinq enfants, est l'un des spécialistes du peuple Mer le plus respecté d'Europe et mes relations professionnelles ne sont que strictement ça : professionnelles.

- Bordel de quoi tu... ? Oh. C'est juste.

- Oui, c'est juste. Comment as-tu pu penser que j'étais une personne assez superficielle pour utiliser le prétexte d'une conférence éducative comme une opportunité pour céder à des rendez-vous romantique ? As-tu une si faible estime de moi ? Suis-je le genre d'écervelée, frivole, qui est si facilement distraite par un joli minois ? Même si Paulo avait été beaucoup plus jeune et plutôt beau, qu'est-ce que ça aurait changé ? Pourquoi est-ce que tu penses le pire de moi ?

Elle n'avait pas levé la voix mais la déception avait été parfaitement distincte et Draco avait l'impression qu'on avait jeté un sort à ses entrailles. Aucune réponse qui lui passait par la tête ne semblait digne de ses questions honnêtes.

Tu n'as rien fait de mal Granger, absolument rien, ni maintenant, ni jamais. Ma jalousie n'a pas de limites.

Je manque tellement de confiance en moi et je suis si retardé émotionnellement que je n'ai presque pas survécu à ton absence pendant une semaine et, à ton retour, je te donne l'impression d'avoir commis une trahison parce que je suis le roi quand il faut se mettre des bâtons dans les roues.

Tout le monde finit par me quitter : mes parents, Crabbe, Rogue, Théo et puis toi, et je ne pourrais pas survivre qu'une autre personne m'abandonne.

Je ne sais pas ce que l'on est l'un pour l'autre à présent et ça me terrifie bordel. Mais je sais ce que je veux. Je te veux, je veux te faire la court correctement je te veux dans tous les sens dont il est possible de vouloir une autre personne. Je suis sur un terrain inconnu Granger et j'ai besoin d'aide parce que je suis tellement perdu quand il s'agit de toi.

Il s'éclaira la gorge et essaya de passer au crible ses émotions et pensées tumultueuses. Granger méritait une réponse franche, il lui devait bien ça.

- Je suis désolé.

Voilà un début prometteur. Son regard s'était adouci pour plus de patience mais restait d'une qualité assez sévère. Il l'avait blessée et elle n'allait pas le laisser s'en tirer aussi facilement qu'avec de vagues excuses.

- Je ne voulais pas sous-entendre quoi que ce soit d'inopportun, tu m'as juste –

Tu m'as manqué.Mais il n'arrivait pas à dire ces mots. Ne pouvait pas admettre sa faiblesse.Lâche.

- Je n'aurais évidemment pas dû insinuer quelque chose d'aussi sordide, tu ne méritais pas ça. Je suis désolé d'avoir été un salaud envers toi hier et le jour d'avant. Ce n'était pas le genre de réaction que tu espérais à ton retour, n'est-ce pas ?

- Non, ça ne l'était pas, répondit-elle doucement – le clouant toujours à sa chaise de ses yeux bruns.

Qu'est-ce que tu espérais Granger ?

- Eh bien maintenant que nous avons établi que j'étais un piètre auditeur, voudrais-tu bien me régaler du reste de ton récit ?

Elle se reprit rapidement et se lança de nouveau dans la description des autres conférences auxquelles elle avait eu la chance d'assister, et Draco essaya d'ignorer la pointe de tristesse qui brillait toujours dans ses yeux.

Le reste de la semaine fut à la fois merveilleuse de familiarité et une exquise torture pour Draco. Leur duo avait l'air d'être retombé dans le confort et l'aisance de leur routine amicale, comme s'ils n'avaient pas passé une merveilleuse nuit dans son lit à découvrir la sensation de leur corps. C'était deux pas en avant et cinq en arrière.

Evidemment, ça n'avait pas empêché Draco de fantasmer sur elle constamment. Presque à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, il imaginait son nom glisser de manière obscène de ses lèvres. A chaque fois qu'elle tournait la tête et qu'il apercevait un bout de son cou, il imaginait mitrailler sa peau de baiser, de sa gorge jusqu'à son oreille. A chaque fois qu'elle rejetait ses cheveux en arrière, il se souvenait de la façon dont ils volaient derrière elle quand elle l'avait chevauché.

Il se sentait impuissant et perdu. Comment était-il sensé lui faire connaître ses intentions ? Devait-il attendre que Granger aborde le sujet d'une relation ? Allaient-ils ignorer pour toujours la tension sexuelle qui avait aboutie à deux épisodes passionnés ?

Quand le vendredi arriva, Draco se sentait à la dérive malgré le retour d'Hermione dans sa vie. Ils étaient retourné à leur discussions amicales si facilement, allait-il tout gâcher en lui disant qu'il voulait plus ?

D'ailleurs, pourquoi cela lui incombait-il ? Si elle voulait tout simplement de lui, eh bien il était juste devant elle, non ? Son humeur devenait de plus en plus acerbe et il savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne lui aboie dessus.

- Des plans pour ce week-end ?

Sa question interrompit sa bouderie mais ne fit qu'alimenter son amertume.

- Aucun, dit-il sèchement. Et toi ?

Elle dégagea quelques mèches de son visage et réfléchit pendant un moment.

- Ginny veut qu'on se voit donc on a prévu un brunch demain. Dimanche je mange chez les Weasley.

Et moi dans tout ça, hein ? N'ai-je pas le droit à une infime partie de ton temps ?Pensa-t-il avec irritation.

- Ah oui, que Merlin te protège d'une seule semaine sans la stimulation intellectuelle de toute la clique. Dis moi, est-ce que tu raffoles vraiment des discussion académiques lumineuses de ce clan ? Ou est-ce que tout le monde s'assoit et compte combien de pattes de poulet ton ex petit-ami peut se fourrer dans la gueule ?

- Est-ce que tu as besoin d'être aussi vulgaire ? Pourquoi est-ce que tu es de si mauvaise humeur aujourd'hui ?

- Peut-être que c'est simplement qui je suis Granger, ton cerveau surdimensionné ne l'a jamais envisagé ? Pourquoi prétendre que je suis quoi que ce soit de différent ? Mais peut-être que ma personnalité est trop insipide pour toi, donc je ne vais pas t'importuner plus longtemps.

Il lui lança un rictus bien travaillé et sorti en trombe du café.

A la seconde où la porte se referma derrière lui, il ferma les yeux et prit plusieurs longues inspirations. Il savait que sa colère mal placée et sa frustration avait été dirigées vers la mauvaise personne et, pourtant, il n'avait pas pu s'empêcher de s'en prendre à elle. Il voulait passer du temps avec elle hors du coffee shop à nouveau mais était trop effrayé d'être éconduit. Résultats : une crise de nerfs.

Si tu ne poses jamais la question aux autres, tu ne leurs laisse pas l'opportunité de dire oui, raisonna la voix du Guérisseur Browning dans sa tête.

Par les putain de couilles de Merlin, s'il pouvait simplement ravaler sa fierté pour deux putains de secondes, il serait peut-être capable de sauver la situation avec Granger. Grinçant des dents, il fit demi tour et retourna avec détermination dans le café.

- Granger, aboya-t-il en s'arrêtant devant elle. Dîne avec moi ce soir. Chez moi.

Elle haussa simplement un sourcil et le regarda froidement pendant un moment, laissant à Draco le temps d'ajouter un doux et réticent « s'il te plaît » à sa brusque demande.

Hermione croisa les bras sur sa poitrine et considéra sa déclaration.

- D'accord, accepta-t-elle finalement mais avec un léger froncement de sourcils.

- D'accord ?

- Oui, confirma-t-elle en ayant l'air légèrement suffisant.

Draco recula maladroitement sur ses talons, réalisant à quel point il était idiot d'avoir invité une femme qu'il désirait chez lui.

- Euh ok, super. 19H ça te va ?

- 19h c'est parfait.

- Ma cheminée sera ouverte si c'est plus pratique. Annonce Franklin House, Berkshire.

- C'est noté, est-ce que j'emmène quelque chose ?

Non je n'ai besoin que de toi.

- Juste toi.

- D'accord, à plus tard je suppose.

Draco agita la tête dans ce qu'il espérait être un hochement d'au revoir et, au lieu d'attendre qu'elle l'accompagne vers le travail, se dit qu'il était préférable qu'il ai un peu de temps seul pour pouvoir se fustiger d'être un véritable branleur, mais aussi pour se féliciter d'avoir fait demi tour avant qu'il ne soit trop tard.

Parce que ce soir il aurait Granger pour lui tout seul, et il se damnerait s'il faisait tout foirer cette fois-ci.


Hello !

Merci pour votre fidélité et pour le temps que vous prenez à lire cette traduction. N'hésitez pas à me faire vos retours et commentaires si quelque chose vous gêne (fautes, mauvaises tournures de phrases etc).

Vous pouvez également me suivre sur twitter apocalytpique, et l'auteur de cette histoire également heyjude19.

J'en profite pour vous rappeler que cette histoire est disponible sur Wattpad et AO3 (en VO et en FR), que la vente de Fanfiction est interdite, et que je vais updater les 12 premiers chapitres (parce que je les ai corrigés et que je pense aux nouveaux lecteurs et nouvelles lectrices) et qu'ils contiendront des images (fanart réalisés, pour la plupart par Flyora, que vous pouvez suivre sur Tumblr).

Merci encore à tous et à toutes

A bientôt