La matinée passa rapidement dans le laboratoire, les docteurs Grey et Wilson ne levant pas la tête de leurs instruments. La pause de midi était passée inaperçue et un grognement d'estomac fit sursauter Meredith

- Désolée, je suis désolée, docteur Grey

- Tu n'as pas pris de pause, Wilson. Va manger avant de me refaire peur

- Je tiens vraiment à vous assister sur cette opération, docteur Grey, je tiens vraiment à être prête

Meredith repense à ses années de résidence, elle n'aurait pas mangé non plus et serait restée accroché à ces instruments jusqu'à la dernière minute

- Comme tu veux, Wilson. Je te laisse, je dois emmener notre patiente à l'IRM. Je serai de retour dans une heure.

Meredith quitte le laboratoire et son cœur reprend sa chamade. L'aile des laboratoires a beau être peu fréquentée par les chirurgiens, encore plus ce local en particulier, évidemment choisi par le chef pour son isolement et sa tranquillité, elle ne sait pas qui pourrait apparaitre au prochain tournant, et c'est ce qui la terrifie, la tétanise presque depuis ce matin l'imprévu, les milliers de possibilités qui se rejouent en boucle dans son esprit, menaçant de prendre vie d'une seconde à l'autre. Mais rien ne se produit, absolument rien. Les couloirs sont silencieux, le chemin jusqu'à l'ascenseur tranquille. Pourtant, Meredith ne sera pas apaisée avant d'être de retour dans la chambre d'hôtel, ce soir, seule avec sa peur et ses angoisses.

Dans la chambre d'Hélène, le docteur Parker relève ses constantes.

- Docteure Grey ! Je suis contente de vous revoir, ce docteur juste là me traite comme si j'étais en sucre, dit-elle en faisant un geste vers le résident

- Disons que vous êtes le futur de la médecine, Hélène, est-ce que ce serait assez pour passer au-dessus ?

La patiente sourit

- Peut-être bien

- Parker, comment ont évolué les choses depuis ce matin ? Demande le docteure Grey en consultant le dossier de sa patiente

- Absolument tout va bien, pas de fluctuations dans ses constantes, pression correcte, pas de douleurs

- Parfait. Hélène, c'est l'heure de l'IRM. Le docteur Parker va aller chercher un fauteuil roulant, n'est-ce pas, docteur Parker ?

Le résident quitte la pièce au pas de course

- Vous les intimidez, docteur Grey

Meredith secoue la tête, amusée

- C'est la contrepartie, en échange, ils assistent à l'avant-garde du traitement du cancer pancréatique.

Hélène acquiesce

- Je peux vous poser une question, docteure Grey ?

- Bien-sûr

- L'opération, vous êtes confiante ? Je ne vous remets absolument pas en cause, je vous fais confiance mais c'est juste… Tellement nouveau

Meredith s'assied sur le bord du lit

- C'est nouveau, expérimental, et incertain, comme opération, c'est vrai. Mais s'il y a une chose qui est certaine, c'est que c'est votre seule chance Hélène. Et que j'ai passé les deux dernières années à préparer cette opération, à anticiper tout ce qu'il se passera demain à la minute près. Si la recherche n'était pas suffisante ou que je n'étais pas prête, nous ne serions pas à Seattle. Vous m'avez fait confiance jusqu'ici, c'est toujours d'actualité. On ne peut pas savoir ce qu'il se passera mais sachez que je suis préparée à toutes les variantes possibles, Hélène.

La patiente sourit de nouveau

- Eh ben, vous savez comment parler à vos patients, docteure Grey

Meredith lui adresse un grand sourire

- Vous n'êtes pas n'importe quelle patiente pour moi

Le docteur Parker revient dans la pièce avec un fauteuil roulant dans lequel la patiente s'installe.

Alors qu'ils traversent l'hôpital en direction de l'aile de radiologie, Parker discute avec Hélène comme s'ils se connaissaient depuis plus de 6 heures

- Docteure Grey, j'ai entendu dire que vous aviez travaillé ici il y a un moment, demande-t-il à Meredith, qui fait chaque pas avec la peur au ventre.

- J'ai fait mon internat ici, c'est correct

- Et est-ce que vous comptez revenir ? Prendre un poste de manière permanente, je veux dire. Parce que je pense que tous les internes et les résidents rêvent d'apprendre avec vous, surtout si vous êtes déjà familière avec l'hôpital. Personnellement, je veux me spécialiser en pédiatrie mais le docteure Wilson penche plus pour la chirurgie générale, si seulement vous aviez vu sa réaction quand le chef nous a assignés à votre service. Ce n'est pas la seule à être totalement fan de vous, Perkins lit absolument tout ce que vous publiez, et il déteste la chirurgie générale, c'est pour dire. Et je …

Les mots se mélangent dans l'esprit de Meredith jusqu'à ne plus former qu'un bruit de fond, un bourdonnement presque inaudible qui se promène dans son corps. De la tête aux pieds le bourdonnement retentit, il voyage dans son sang, resserrant les cellules de son cœur et de son cerveau. La vision de Meredith se floute, ses doigts s'engourdissent, ses paupières sont lourdes et ses pas ralentissent.

Elle repense à sa chambre d'hôtel, calme, vide, anonyme. A la vue, l'eau, la ville. Elle repense à sa maison, à quelques rues d'ici, sa chambre vide, ses tiroirs pleins de poussières. Dans la salle commune, son ancien casier, qui porte encore les traces de son passage. Dans sa voiture, les souvenirs de sa vie d'avant.

Et dans son cerveau, tous ces souvenirs, concentrés au même endroit, la suivant sans cesse, à chaque heure de la journée. Ces visages, ces paroles qui tournent en boucle dès que ses yeux s'ouvrent le matin.

Et Derek.

Derek, qui la suit jusque dans ses rêves, Derek qu'elle n'a jamais réussi à ranger dans une boite

Derek, à quelques mètres d'elle, qui la regarde.