Résumé: Harry et Severus sont allés chercher ensemble des ingrédients dans la Forêt. Un peu troublé par le lieu et la situation, Severus demande à visiter l'ancienne maison de son calice, et ils finissent par y faire l'amour, allant même jusqu'à refaire un rituel d'union complet. Au moment de partir, Severus tombe sur trois pierres posées à l'entrée de la maison, dont deux étaient les pendentifs de malachite de Harry et d'Axaya...

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Et voici un chapitre de plus! (ça m'a fait plaisir de vous retrouver ;) ) Enjoy!

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Harry grimpa lentement l'échelle sommaire qui menait à la classe de divination puis laissa son regard se perdre sur les voilages, les bougies et les coussins à même le sol de bois clair, qui faisaient de cet endroit un nid douillet et confortable. Au-dehors, il faisait déjà nuit et il laissa retomber le rideau qui voilait la fenêtre. Les cours étaient terminés depuis un moment, le dîner n'allait pas tarder à être servi dans la Grande Salle, et la lassitude de la journée commençait à se faire sentir.

Après cette escapade dans la jungle et ce rituel renouvelé avec Severus, il avait passé l'après-midi dans son laboratoire, à réfléchir et à préparer les ingrédients pour recommencer sa potion avec le ventricule de dragon ramené de Chine par Matthieu. À présent, les phases préparatoires étaient en route, parties pour reposer pendant quelques jours, et le soir-même – dans une poignée d'heures –, il devait partir avec ses deux conjoints pour ce week-end à trois qui lui tenait tellement à cœur. D'ailleurs, s'il n'avait pas insisté pour faire un saut à Poudlard, ils seraient déjà en train de dîner et ils auraient pu s'échapper plus tôt… Mais il tenait à voir Luna rapidement, et de préférence avant leur départ.

Il n'eut pas à attendre longtemps : son pas décidé résonnait déjà dans le couloir juste en-dessous de la salle de classe, et quelques instants plus tard, ses longs cheveux blonds émergèrent par la trappe. Avec grâce, et sans doute la force de l'habitude, elle se hissa par l'ouverture et vint le serrer brièvement dans ses bras, le regard légèrement voilé d'inquiétude.

– Harry… Qu'est-ce qui se passe pour que tu m'aies demandé de te rejoindre ici ? Un souci concernant Aria ?

– Non, pas du tout, répondit-il avec un sourire rassurant. Elle est chez Blaise et Ali, tout se passe très bien et tu pourras la récupérer demain soir dès la fin des cours.

L'enthousiasme de Blaise à l'idée de garder sa filleule pendant deux jours lui revint en mémoire et le réjouit à nouveau. Son regard s'était illuminé et son sourire était monté jusqu'à ses yeux, ravi de se voir confier pareille responsabilité pour la première fois. Harry ne savait pas comment il avait présenté la chose à Alicia, ni si elle avait rechigné à voir son appartement envahi par un petit diable en culotte courte, mais il se doutait que pour Blaise, c'était aussi un moyen de ramener l'éventualité d'un enfant au sein de leur couple. Et il avait hâte de savoir ce que cette expérience allait donner !

– … Non, reprit-il. Si je voulais te voir ce soir, c'était pour faire appel à tes… lumières. Je suis désolé si je t'ai un peu prise de court, mais j'avais besoin de ton avis.

D'un geste machinal, il fit rouler les trois pierres entre ses doigts, et Luna baissa aussitôt les yeux vers sa main, bien qu'elle soit encore cachée dans la poche de son pantalon.

– Montre.

Avec un sourire en coin devant la façon dont Luna devinait les choses, il sortit la main de sa poche et ouvrit les doigts, dévoilant les trois pierres vertes dans le creux de sa paume. Elles se ressemblaient, à quelques nuances discrètes de forme et de couleur. L'une était un peu plus sombre, l'autre d'un vert jade plus clair, la dernière était dessinée de stries linéaires un peu différentes… Mais un rapide coup d'œil ne les auraient pas différenciées.

Luna les observa longuement, puis leva la main pour la passer lentement au-dessus des pierres. Un peu dans l'expectative, Harry attendait un signe, un bruit, un mouvement, une réaction… une réponse. Mais rien ne se produisait, jusqu'à ce que Luna ne finisse par demander :

– Je peux les prendre ?

– Bien sûr, affirma Harry avec un geste d'évidence. Tiens…

– Je préfère poser la question, fit Luna en prenant précautionneusement les pierres dans le creux de sa main. Une autorisation claire désamorce le rejet de la magie…

Sans plus se préoccuper de lui, elle se focalisa sur les malachites, les faisant doucement rouler sur sa paume.

– Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ? la pressa Harry avec un brin d'anxiété devant son silence.

– Où les as-tu trouvées ?

– Dans la forêt… Ou du moins, sur le seuil de la porte de ma maison, là-bas.

Cette fois, Luna émit un gloussement amusé tandis qu'un large sourire éclairait son visage.

– Sur le seuil de ta porte. Quoi de plus symbolique ?… Elle a toujours été assez malicieuse !

– Tu parles de… Maya ?

– Bien sûr ! Je sens sa magie comme toi tu peux la sentir…

Malgré lui, Harry ne put s'empêcher de soupirer. Il n'avait pas rêvé cette sensation, ni la personne qu'elle lui évoquait, et quelque part, la confirmation de Luna le rassurait. Il avait vaguement émis l'hypothèse que les pierres aient été présentes lorsqu'ils étaient entrés dans la maison, mais aucun sortilège de dissimulation ne serait passé à travers son observation ou celle de Severus. L'un comme l'autre, ils auraient perçu de la magie sur le seuil de la porte…

Maya était donc bien venue, pendant qu'il s'envoyait en l'air avec Severus, sans doute, ou pendant qu'ils complétaient ce nouveau rituel… Elle n'avait pas osé entrer – quoique… il avait été suffisamment concentré sur autre chose pour avoir manqué la présence de celle qui savait se rendre si discrète. Et qui avait su, parfois, se montrer si curieuse et si impudique.

Qu'elle soit entrée ou non, qu'elle ait été témoin de ce rituel d'union ou pas, ce qui comptait était ces pierres qu'elle lui avait laissées et dont il ne savait que penser. Pour quelle raison et pour quel usage ? La pierre d'Axaya, la sienne, et une nouvelle… Quelle idée saugrenue ou machiavélique trottait encore dans la tête de cette créature ?

Mais plus qu'intrigué par ces pierres, Harry se sentait surtout troublé, et c'était sans doute pour cette raison qu'il était venu solliciter l'avis de Luna. Quelle que soit l'importance future de ces pierres, il n'arrivait pas à se détacher de l'idée que Mayahuel était toujours vivante. Qu'elle se soucie encore de lui, après plus de deux ans de silence, le réconfortait étrangement, mais à l'inverse, le fait qu'elle ne se soit jamais manifestée alors qu'il traversait les pires épreuves de sa vie, le peinait un peu. Elle l'avait sans doute cru capable de s'en sortir seul, ou bien elle n'avait pas été disponible quand il avait eu besoin d'elle… Il ne lui en voulait pas mais il éprouvait tout de même une sorte de tristesse à cette idée.

En réalité, elle lui manquait. Il n'avait jamais voulu y penser ou s'y appesantir depuis sa disparition, mais son « silence » l'avait blessé et meurtri. Il avait ses conjoints, il avait leur amour, il avait même sa fille… mais Maya était un pilier différent dans sa vie et son absence avait été douloureuse. Il avait ressenti un vide, que cette présence éphémère aujourd'hui pour lui confier ces pierres, venait doucement combler.

Plus que ce passage éclair, il espérait la revoir, pouvoir lui parler, lui raconter ce qu'il avait traversé, écouter ses saillies piquantes et ses sentences énigmatiques, sentir sa magie chaleureuse palpiter autour de lui et réagir d'un ricanement gêné quand elle le remettait à sa place d'un seul mot ou d'un seul regard… Lucius savait bien faire ça, et Severus encore davantage, même s'il n'osait plus, mais Maya était autre chose et elle manquait à sa vie.

Harry regardait les pierres dans la main de Luna, avec cette nostalgie doucereuse qui serpentait dans son cœur, et il sursauta presque quand elle les lança en l'air d'un mouvement brusque avant de les voir s'échouer sur un lit de sable qui venait d'apparaître. Spontanément, et de façon tout à fait étrange, elles étaient retombées très proches les unes des autres, presque côte à côte, formant une sorte de triangle où la pierre la plus petite – la sienne –, venait « relier » les deux autres. Il sentait là quelque chose de marquant, quelque chose de symbolique, sans savoir réellement comment l'interpréter.

Pensif et perplexe, Harry leva le regard vers Luna en quête d'une explication ou au moins de son sentiment. Elle souriait doucement, avec cet air maternel qu'elle avait quand Aria discourait toute seule sur ses livres d'images ou quand elle s'endormait dans les bras de Padma : doux, tendre et un peu triste.

– Qu'est-ce que je dois comprendre ? fit Harry. Cette pierre était celle que je portais… Est-ce que je suis… le lien ?

Luna secoua lentement la tête.

– On peut leur faire dire beaucoup de choses, et même tout ce qu'on veut, mais pour moi il ne s'agit pas de lier ensemble des éléments différents. Il ne s'agit pas de construire, il s'agit d'être. Ce ne sont pas trois pierres. Regarde comme les lignes de l'une se poursuivent sur les autres, regarde comme leurs couleurs se répondent… C'est l'unité qui leur donne cette unicité. Ce n'est pas trois, fit-elle en le fixant d'un regard pénétrant, c'est un.

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Harry était encore troublé en transplanant dans le vestibule du Manoir. Luna ne lui avait rien dit de plus que ces quelques mots vagues, qui insistaient sur le fait que les pierres formaient une entité plus qu'un assemblage, et tout cela ne l'avançait pas beaucoup. Il ne savait toujours pas pourquoi Maya les lui avait rendues, ni pour quel usage; il ne savait pas d'où sortait la troisième pierre, ni qui elle représentait entre sa fille ou un de ses conjoints; il ne comprenait rien et cette ignorance le laissait un peu mal à l'aise.

Il se hâta de déposer son manteau et de changer de chaussures, pressé, un peu par la faim, mais surtout par l'envie de retrouver ses amants et de partir enfin en week-end. Il avait besoin de passer du temps avec eux et de changer d'air, de se sortir de la tête ces histoires de pierres, de symboles, de potions et de vengeance. Quelques jours loin de leur quotidien plutôt serein mais qui restait agité par des ombres lointaines qui ne les laissaient jamais complètement en paix. Un peu de répit, en réalité.

Rapidement, il parcourut le couloir, apercevant la Salle à Manger où le dîner était déjà servi mais où ses conjoints n'étaient pas encore présents. Plutôt que de les y attendre, il poursuivit son chemin jusqu'au Petit Salon avant de s'arrêter net sur le seuil, figé par la surprise.

Là se tenaient Lucius, tranquillement assis dans un fauteuil avec un léger sourire moqueur sur les lèvres, et un peu plus loin, sur le canapé, Severus avec Orion lové en boule sur ses cuisses. Harry haussa les sourcils tandis que le sourire de Lucius creusait des fossettes un peu plus profondes dans ses joues, bien qu'il semblât lutter de toutes ses forces contre un ricanement inapproprié. Quant à Severus, il paraissait tout aussi figé que lui, n'osant plus ni bouger, ni même respirer, mais son aura irradiait un bonheur sombre et farouche que Harry aurait pu percevoir même s'ils n'avaient pas été liés.

Un long moment, il resta immobile sur le pas de la porte, hésitant à briser d'un geste ce qui apparaissait comme un petit miracle, puis la question franchit ses lèvres sans même le vouloir :

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

Le son de sa voix fit dresser une oreille d'Orion, suivi d'un frémissement de moustache, puis le chat de Severus réinstalla son museau sous une patte et recommença à ronronner sourdement.

Harry leva le regard vers Lucius qui souriait de plus en plus largement, puis vers son vampire qui répondit dans un murmure :

– Je ne sais pas. Depuis tout à l'heure, il est comme ça… Il est venu me sentir longuement et… il m'a grimpé dessus.

La formulation fit sourire Harry à son tour; en réalité, c'était plutôt lui qui avait grimpé sur Severus aujourd'hui… et la coïncidence le frappa brusquement.

– Tu crois que c'est à cause de… ce qu'on a fait tout à l'heure ?!

Lucius leva brusquement un sourcil et un regard piquant vers eux, mais s'abstint du moindre commentaire. Il n'avait sans doute pas besoin de beaucoup plus d'explications pour deviner ce qu'il en était.

Severus, lui, redressa enfin la tête et Harry put contempler son visage empli d'une joie presque sauvage et la chaleur dense de son regard. Depuis qu'il était devenu un vampire, et même s'il n'en avait jamais vraiment parlé, Orion lui avait beaucoup manqué. Ce chat qu'il avait emmené pendant des années avec lui à la Librairie, qui le suivait auparavant à la trace, qui lui vouait une fidélité désintéressée, s'était brutalement détourné de lui après sa transformation. Depuis, jamais Severus n'avait réussi à l'approcher sans se faire cracher dessus dans le meilleur des cas, voire sans récolter un coup de griffe ou une morsure bien placée. Et aujourd'hui qu'ils venaient d'effectuer un nouveau rituel d'union – largement désiré, cette fois –, Orion revenait vers son maître comme s'il ne l'avait jamais renié. La coïncidence était troublante.

– Je ne sais pas…, répondit Severus avant de ricaner brusquement : Mais si j'avais su, on l'aurait fait avant !

Le sourire de Harry s'affaissa en une moue un peu vexée terriblement attendrissante et Severus leva la main pour l'inviter à venir vers lui.

– Je plaisante… Si je regrette de ne pas l'avoir fait avant, c'est pour bien d'autres raisons.

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L'orage grondait au loin quand ils apparurent devant la porte massive de la demeure. De brefs éclairs zébraient le ciel d'encre, illuminant la campagne alentour d'une lueur fantomatique, puis le tonnerre roulait doucement jusqu'à craquer presque dans leurs oreilles. Une goutte de pluie vint s'écraser sur la pierre grise du porche qui les protégeait du vent, puis une autre, lourde, molle, paresseuse. Severus leva le nez pour sentir l'air de la nuit, assailli par l'odeur minérale de pétrichor. La demeure – comme l'orage – respirait la solidité, la densité, une force primaire que rien ne peut venir bousculer, une puissance qui traverse les âges, les temps et les aléas de la vie. Dans cet orage, au moment où ils arrivaient dans cette demeure, il aurait pu voir un présage, un symbole de bouleversement ou de tempête… Il n'en fit rien. L'orage était le soulagement du ciel face à la tension et la demeure était l'écrin de leur désir de se retrouver. Et c'était un soulagement aussi.

– Bonsoir, Messieurs. Si vous voulez bien vous donner la peine d'entrer…

L'elfe de maison qui ouvrait la porte de la demeure était si grand, si imposant – davantage encore que Clay – qu'il ressemblait à une créature humanoïde, un hybride étrange et contre-nature entre un elfe et un homme ou à une expérimentation magique d'un sorcier dérangé. Severus lui jeta un regard méfiant mais il fut vite rassuré par son aura, déjà liée à la leur, et sa servilité manifeste tandis qu'il s'inclinait devant Lucius. Et puis surtout il connaissait son mari et il avait une totale confiance en son jugement. Lucius n'aurait pas choisi n'importe quelle demeure pour ce petit week-end qui leur tenait tant à cœur; comme eux, il éprouvait sans doute le besoin d'un endroit secret, calme et chaleureux, où ils pourraient être eux-mêmes en toute liberté. Un écrin… le mot n'était pas si mal choisi.

Sa première impression en pénétrant dans l'immense hall d'entrée ne fut pourtant pas très « chaleureuse ». Le lieu était trop grand, trop vaste, trop haut – au moins quatre ou cinq mètres de hauteur sous plafond –, et décidément trop pompeux. Des marbres à foison, une cheminée monumentale, d'imposants vitraux en guise de fenêtres et une surface telle que le piano qui se tenait à une dizaine de mètres sur leur droite paraissait presque minuscule dans cet immense espace vide. Un lieu destiné à impressionner les invités et Severus grimaça devant cette intention trop manifeste. Il ne savait pas à quoi ressemblait la demeure vue de l'extérieur – il faisait nuit noire lorsqu'ils avaient transplané et l'orage les pressait –, mais l'intérieur le laissait pour l'instant sur sa faim. Ça n'avait même pas la prétention de servir à exposer des œuvres d'art comme c'était le cas du Manoir.

Peu soucieux de ces considérations esthétiques, Lucius et Harry remettaient leurs manteaux et écharpes à l'elfe de maison qui les fit disparaître dans la petite garde-robe attenante. Devant le regard insondable de la créature, Severus abaissa son capuchon avec des gestes lents, presque réticents. Sans se l'expliquer, il se sentait méfiant, répugnant à quitter sa cape et à être plus ici qu'un visiteur de passage. Il fallut le regard intrigué de son calice et celui, vaguement moqueur, de son mari pour qu'il consente enfin à se mettre à l'aise.

Puis Lucius le prit par le bras – et il fit cela comme une femme prendrait le bras d'un homme, en glissant sa main sur son avant-bras replié, et ce geste retourna quelque chose de sombre et possessif au fond de son ventre –, il l'entraîna vers les parties privées à la suite de l'elfe et son impression changea du tout au tout.

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S'il était possible de tomber amoureux d'un endroit au premier coup d'œil, c'est ce qui lui arriva. Un sentiment étrange de possession et d'appartenance, de se sentir immédiatement en accord avec un lieu dès le premier regard, une impression d'adéquation, de se reconnaître dans des couleurs, des détails, un agencement particulier des meubles. Dans ce salon, tout lui parlait : les boiseries acajou sombre des murs et les colonnades sculptées qui donnaient cet air de vieux club de gentleman, les bibliothèques vitrées sur tous les pans de mur disponibles, tous ces petits canapés et ces fauteuils, en cuir brun ou en velours rouge cramoisi, qui respiraient une opulence confortable, ou bien ces immenses tapis beiges qui répondaient à la clarté du plafond. Et tandis que Harry se dirigeait déjà vers la table de billard avec un sourire ravi, Severus restait subjugué par ce plafond magnifique, sculpté d'entrelacs délicats, comme des centaines de serpents tressés entre eux de manière si fine et si précieuse qu'on aurait dit de la dentelle, et il avait l'impression de voir les entrelacs qui dansaient parfois sur la peau de son calice dans toute sa splendeur.

– Voici le salon principal, messieurs, dit l'elfe.

Tout en lui glissant un coup de coude, Lucius ricana un instant devant son attitude fascinée, le nez en l'air, puis il l'abandonna pour rejoindre Harry qui passait une main rêveuse sur le bois sombre de la table de billard. Severus grogna, parvint à détacher son regard du plafond, à ignorer toutes ces bibliothèques qui lui faisaient désespérément de l'œil, puis rejoignit à son tour ses deux amants. Il aurait tout le temps d'explorer les lieux et leurs trésors pendant qu'ils dormiraient.

L'elfe leur fit ensuite visiter les différents salons, boudoirs et autres pièces à recevoir avant de leur montrer les deux salles à manger et le salon de thé. Enfin, il leur fit monter un splendide escalier de colonnades sculptées tout aussi fascinantes que le plafond du salon, pour gagner l'étage des chambres et celle qui leur était dévolue. Et là encore, leur chambre n'était rien de moins qu'une suite luxueuse qui comprenait également une vaste salle de bains et un salon, et dont tous les murs étaient tendus d'une tapisserie dix-neuvième rouge et or. Severus s'y attendait et il ne manqua pas le sourire amusé de son calice devant ces couleurs qui lui rappelaient des années lointaines, dans les tours de Poudlard.

– Ces messieurs désirent-ils un dernier verre dans leur chambre ou dans le salon principal ?

– Je prendrais volontiers un thé ici, répondit Lucius en s'installant déjà dans un fauteuil face au feu qui crépitait joyeusement dans la cheminée.

Tandis que l'elfe acquiesçait obligeamment, Severus échangea un long regard avec son mari. Il savait pourquoi il prenait un thé plutôt qu'un cognac, qui aurait largement eu sa préférence en d'autres circonstances : il le faisait en raison de l'alcool, pour lui, pour ne pas l'incommoder, pour se sentir plus libre de ses envies, de la même façon que Harry ne buvait plus d'alcool pour pouvoir le laisser boire n'importe quand.

Lucius le faisait sans doute avec un certain espoir, également; celui de partager du temps tous les trois, et des rapprochements qui aillent un peu plus loin que le simple fait de « dormir » ensemble. Ils étaient là pour ça, après tout, et Lucius n'avait même pas réagi après avoir deviné ce qui s'était passé entre lui et son calice un peu plus tôt dans la journée. Il attendait sans doute le bon moment, la bonne situation, pour pouvoir placer la petite phrase qui devait lui tourner sur le bout de la langue depuis des heures, et cette pensée tira à Severus un sourire piquant.

Le bon moment devait être maintenant, car après quelques paroles dont il n'avait rien saisi, Severus vit Harry disparaître à la suite de l'elfe tandis que Lucius se levait pour le rejoindre près de la cheminée.

– Alors ? Comment trouves-tu cette demeure ? Tu n'as rien dit…

L'entrée en matière était encore neutre, presque innocente, mais une étincelle gourmande dans le regard et dans le sourire de son mari suggérait tout autre chose.

– Elle est… intéressante, concéda Severus. Elle pourrait me plaire… et me donner envie de rester.

La lueur dans les yeux gris de Lucius pétilla dangereusement et Severus sentit son propre regard rougeoyer en retour. De façon évidente, ils n'évoquaient pas que la maison ou leur séjour ici, mais tout un ensemble de promesses, de désirs et d'envies charnelles qui n'attendaient que de se déployer avec ferveur.

– Et donc ? Ce petit intermède avec Harry, aujourd'hui ? Il semble y avoir des nouveautés dont je ne suis pas encore au courant…

Cette fois, Lucius ne prenait aucun détour et abordait frontalement le sujet; signe, s'il en était, que la curiosité le dévorait depuis un bon moment.

– C'est possible…, admit Severus avec un sourire en coin.

Il ne voulait pas lui accorder davantage sans batailler un peu, sans le faire languir ou mieux : supplier, mais il doutait que Lucius aille jusque là. Pris par le temps avant le retour de Harry, celui-ci choisit plutôt la confrontation directe et il se rapprocha de lui comme un chat s'approcherait de sa proie, léger, furtif, presque dansant d'une patte sur l'autre, le regard acéré et prêt à le saisir entre ses griffes.

– Vous êtes allés jusqu'au bout, cette fois-ci ? insista Lucius en le pressant contre le manteau de la cheminée.

– Qu'est-ce que tu appelles « jusqu'au bout » ? tergiversa Severus avec un sourire espiègle.

Contre son dos, la pierre hésitait entre sa froideur naturelle et la chaleur due au feu, et contre son torse s'appuyait le torse élancé de son mari qui bouillonnait intérieurement.

– De la façon dont Harry le rêve depuis des semaines, s'impatienta Lucius. Avec toi à l'intérieur de lui. Et ta divine queue dans son cul !

Severus ne put s'empêcher de glousser devant la vulgarité fébrile de son mari. Il semblait que ces derniers temps, Lucius lâchait davantage prise sur certains détails, y compris sa légendaire maîtrise de lui-même et son langage particulièrement châtié. Et ces contrastes frappants entre la perfection de son mari et des mots crus et imagés avaient le don de l'enflammer.

– C'est… possible, confessa Severus.

– Et tu l'as mordu en lui faisant l'amour ?

Le regard de son mari, d'un gris orageux et électrique, le pressait comme s'il s'agissait d'un orgasme qui le concernait. Severus s'aperçut même à retardement que les mains aux longs doigts fins étaient cramponnées aux revers de sa veste comme pour mieux le menacer s'il ne répondait pas à ses interrogations.

– C'est… probable, fit-il avec un sourire en coin.

– Et il a demandé à boire ton sang ?

Cette fois, Severus haussa un sourcil et recula la tête, ébahi de la perspicacité de son mari.

– Comment… ?!

Il était absolument certain que depuis leur retour de la forêt, Harry et Lucius n'avaient pas passé un seul moment en tête à tête, et même avant cela, il doutait fort que son calice en soit venu à partager à Lucius de tels désirs au sujet de leur relation calice-vampire. C'était trop personnel, trop intime. Harry ne lui en avait même jamais parlé auparavant; il avait presque agi sur un coup de tête… Lucius les connaissait l'un et l'autre à la perfection, mais de là à… Lui-même n'avait eu aucun soupçon. Quand Harry avait parlé des draps défaits, Severus avait su qu'ils allaient faire l'amour là, au milieu de la forêt, et que son calice allait vouloir une morsure au bout de la jouissance… Mais refaire un rituel complet, c'était autre chose.

Cependant, sa réaction était sans doute un aveu à elle seule et le sourire de Lucius s'élargit considérablement, tandis qu'il se reculait pour mieux le jauger. Leurs regards se croisèrent, l'un jubilant de toute sa suffisance et l'autre désarçonné de cette perspicacité. Comment Lucius pouvait-il avoir deviné ce que lui-même n'avait compris que bien tard, au moment où Harry lui avait demandé à boire son sang ?!

– Aurais-tu par hasard oublié quel jour nous sommes, Severus ?

L'ironie palpable dans la voix de son mari lui fit froncer les sourcils et l'agaça quelque peu, mais au fond, il était surtout décontenancé.

– Jeudi, mais quel rapport ?!

Il avait beau se creuser l'esprit, Severus ne voyait pas le lien entre refaire un rituel de caliciat avec Harry et le jour de la semaine. Il cherchait désespérément dans sa mémoire une correspondance avec le jour du premier ou du deuxième rituel, et aucune illumination ne venait le saisir. Et le fait que son propre mari, qui n'avait pas été là mais qui semblait avoir tout compris, se permette de lui faire miroiter cette révélation comme une vérité inaccessible commençait à l'exaspérer.

– Mais nous ne sommes pas n'importe quel jeudi, Trésor…, fit Lucius d'une voix moqueuse. Nous sommes le jeudi… neuf janvier. Quel plus beau cadeau d'anniversaire que de te montrer à quel point il ne regrette pas ce qui vous unit… ?

Aussitôt qu'il réalisa, le visage de Severus s'affaissa, abasourdi et presque choqué. Son anniversaire… Comment avait-il pu oublier, ne pas se rendre compte ?! Comment avait-il pu omettre ce détail, reléguer au fin fond de son esprit cette date qu'il ne voulait plus fêter ? Devant son désarroi, Lucius s'était rapproché pour glisser ses bras autour de sa taille et l'enlacer, son sourire devenant bien plus doux et plus tendre. Et à vrai dire, Severus n'était pas opposé à ce réconfort délicat face à une prise de conscience qui sonnait comme un petit séisme dans son monde intérieur.

Finalement, Harry avait trouvé un moyen de célébrer à sa manière ce jour auquel il ne voulait plus accorder d'importance… Un don de soi, encore, pour célébrer avec ferveur le simple fait de son existence. Malgré son refus de considérer cette date autrement que comme un jour ordinaire, Harry avait réussi à lui apporter une couleur différente, au goût de sang et de plaisir, à apposer un souvenir fait de tendresse, de luxure et de communion, à l'étoffer d'une aura mystique dans laquelle ils s'étaient enfin choisis.

– Merlin, tu es parfois si naïf, Severus …!

Les mots étaient très doux, souriants, presque émerveillés de sentiments. Severus grogna pour la forme, secoua la tête, mais il ne lutta pas un instant contre l'étreinte attentionnée de son mari. Au contraire, il se laissa aller dans ses bras, venant comme autrefois nicher son visage dans son cou et respirer son parfum. Cependant, il ne résista pas à l'envie de se venger – à peine – en égratignant d'un coup de dent la peau tiède et tendre de Lucius, juste dans le petit creux sous l'oreille. Il le sentit frissonner de tout son long puis soupirer de plaisir.

– Tu savais, reprocha Severus. Ce qu'il projetait de faire…

– Je ne savais pas, gloussa Lucius. Mais quand Harry a évoqué, tout à l'heure, que vos « retrouvailles » avaient peut-être un rapport avec ton retour en grâce auprès d'Orion, la coïncidence avec la date m'a sauté aux yeux.

Severus grogna encore, agacé contre lui-même de n'avoir pas été plus clairvoyant, contre Lucius de l'avoir été un peu trop, et contre son calice d'avoir anticipé quelque chose qu'il aurait voulu plus spontané. Il en parlerait plus tard avec lui, parce que cela ne regardait qu'eux seuls, mais pour l'heure, il avait envie – besoin – d'exprimer sa frustration, son agacement devant cette accusation de naïveté et de laisser parler le vampire qui dansait dans son ventre et rougeoyait dans son esprit. Et surtout, il avait besoin de reprendre le contrôle, de maîtriser cette situation où il n'était qu'un sujet d'ironie ou un jouet entre les mains de son calice. Pour un peu, il aurait eu envie de les mordre l'un et l'autre…

Au lieu de cela, il repoussa doucement son mari, fit un pas en avant, puis un autre, jusqu'à le plaquer contre la tapisserie rouge et or du salon. Lucius arborait ce sourire suffisant, prélude à une confrontation sensuelle, que Severus adorait. Un air fier, un peu hautain, un peu moqueur, qu'il allait lui faire ravaler avec plaisir. Il sourit à son tour, plein de luxure et de promesses de vengeance. Les yeux gris savouraient son assurance, sa détermination; Lucius semblait jubiler de se confronter à son aura qui prenait une ampleur de plus en plus écrasante. Et malgré tout, il avait ces quelques centimètres de plus qui lui permettaient de le regarder toujours un peu de haut…

Ils étaient si proches, presque nez contre nez, les yeux dans les yeux, et Severus pouvait sentir le souffle de son mari sur son visage, la chaleur de son corps qui rayonnait à travers ses vêtements, il percevait son cœur qui battait un peu plus vite – un peu plus fort –, ses mains qui avaient glissé de sa taille vers le creux de ses reins, prêtes à caresser ou à saisir, à empoigner la chair, à griffer… Merlin qu'il aimait ce côté très animal de Lucius quand il perdait le contrôle, quand il fissurait le masque pour laisser surgir toute sa spontanéité, ces envies qui le dépassaient, qui allumaient cette fièvre insoupçonnée dans son regard. Ce Lucius prêt à se brûler pour le plaisir de jouer avec le feu…

Acculé contre le mur, il ne perdait pourtant pas une once de sa superbe, avec ce petit air provocant qui semblait dire : et maintenant ?

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Severus approcha les mains du torse de son mari et, lentement, il entreprit de défaire les boutons de sa chemise un à un, sans le toucher davantage que ses doigts qui effleuraient le tissu. Lucius se laissait faire, immobile. Puissant et narquois. Ils ne s'étaient pas embrassés et ils ne s'embrasseraient sans doute pas de sitôt : il était moins question de tendresse et d'amour que de confrontation et d'épreuve de force. Ne pas céder, rester impassible… Garder la maîtrise consistait pour l'instant pour Lucius – et de façon tout à fait paradoxale –, à se laisser faire et à ne pas tenter de reprendre le contrôle. Une étrange façon de prouver que rien n'avait d'impact sur lui et qu'il n'était pas sensible à la puissance déployée par Severus, ni à ses gestes qui déboutonnaient lentement sa chemise.

Une fois celle-ci ouverte, Severus en écarta largement les pans, dévoilant le torse pâle et imberbe de son mari. Puis il la fit glisser le long de ses clavicules, entraînant sa veste dans le même mouvement, jusqu'à ce que ses épaules soient largement découvertes et ses bras emprisonnés dans des froissements de tissus. D'un regard, il apprécia le spectacle : le ventre plat de Lucius, ses petits mamelons roses contractés par le froid ou l'excitation, et son visage, toujours aussi fier et grandiloquent. Severus esquissa un sourire en coin, mit un genou à terre et s'attaqua à la ceinture du pantalon de son mari.

En percevant les mains qui effleuraient d'un peu trop près son entrejambe déjà tendu, Lucius renversa la tête en arrière et laissa échapper un grognement nécessiteux et insatisfait, puis un souffle étranglé. Cette fois, ce n'était plus sa propre volonté qui le maintenait immobile, mais bien l'aura tumultueuse et sombre du vampire agenouillé à ses pieds. Écrasé, presque cloué au mur par la puissance de Severus, Lucius ferma les yeux. C'était le monde à l'envers. Celui qui était à ses pieds, à genoux à ses pieds, n'était autre qu'une créature de la nuit, un vampire parmi les plus puissants qu'il soit, et dont l'aura suffocante l'empêchait presque autant de respirer que de bouger. Une aura dense et dangereuse qui hérissait les poils sur son corps, dressait les cheveux sur sa nuque et érigeait son sexe comme l'étendard de son désir. Salazar ! Il n'était jamais aussi excité que lorsque Severus s'amusait avec ses pouvoirs pour le rendre fébrile et faire céder son impassibilité. Ce qui se jouait entre eux devenait alors une confrontation immense, la rencontre de la glace et du feu, un face-à-face intense de volonté, de luxure et de passion.

Les doigts de Severus qui se faufilaient dans l'échancrure de son pantalon ramenèrent Lucius à la réalité et il ne put s'empêcher de gémir. Démultipliée par l'aura du vampire, la sensation était vertigineuse, envoûtante, explosive. Encore prisonnier de son sous-vêtement, son sexe tressauta de frustration, larmoya, et ses testicules se contractèrent violemment. Severus l'avait à peine touché que Lucius sentait déjà une goutte de sueur rouler dans le creux de ses reins.

Il ne fallut que quelques secondes de plus pour que son pantalon ne tombe sur ses chevilles et que les lèvres de Severus viennent lécher le tissu déjà humide de son boxer. Lucius frissonna. Une torture… Être sucé sans l'être vraiment. Maudire une barrière de tissu qui empêchait une sensation plus exaltante. Maudire ce diable de vampire qui prenait un malin plaisir à le faire languir… Et quand un gloussement amusé résonna dans le salon, Lucius maudit encore les timings désespérants, la lenteur horripilante de Severus et la frustration révoltante qui dansait dans son corps.

À contrecœur, il ouvrit les yeux pour découvrir Harry, tranquillement installé dans un fauteuil avec une tasse de champurrado entre les mains. Un sourire malicieux sur les lèvres et une lueur de concupiscence dans le regard à les observer l'un et l'autre, lui immobilisé contre le mur par l'aura tumultueuse de Severus et le même vampire à genoux en train de suçoter son sexe au travers de son boxer.

Lucius serra les dents pour retrouver un minimum de contenance et de contrôle de lui-même avant de s'adresser à son jeune mari d'un ton sarcastique :

– Le spectacle te plaît ?

– Pour l'instant, je dois dire que c'est plutôt agréable, gloussa Harry en croisant dignement les jambes. Ça manque un peu d'action mais ça pourrait devenir intéressant…

– Tu pourrais nous rejoindre, suggéra Lucius d'une voix mal assurée.

Lentement, discrètement, il se mordit la lèvre pour se contenir. Le gémissement enfoui dans le fond de sa gorge ne demandait qu'à sortir, étranglé, mortifiant, véritable aveu de sa faiblesse devant le traitement que lui infligeait Severus. Et celui-ci semblait prendre un malin plaisir à sucer plus fort, à faire errer sa main de ses testicules vers son périnée et l'orée de ses fesses pour le déstabiliser.

Lucius savait que Severus n'irait pas plus loin que ces quelques attouchements, parce qu'il avait reconnu de lui-même que cette inversion des rôles ne lui plaisait pas, mais il aimait tout de même jouer avec les frontières de son propre interdit. Surtout alors que Harry était spectateur et qu'il ne devinait pas le détail des gestes qui menaçaient de le faire chavirer.

– Mon champurrado risquerait de refroidir, ricana celui-ci. Pour l'instant, je vais me contenter de regarder…

– C'est plutôt mon rôle, habituellement, de regarder, souffla péniblement Lucius.

Fébrilement, il baissa les yeux vers le vampire à genoux à ses pieds et aperçut le petit sourire en coin de Severus qui semblait exulter de la situation. Il le sentit – et il le vit, et c'était peut-être le plus troublant – baisser légèrement son boxer pour en sortir son membre tendu à l'extrême et bientôt, ce fut une langue fraîche qui s'enroula autour de son sexe.

– Je dois avouer que c'est assez plaisant, gloussa Harry tandis que l'aristocrate roulait des yeux malgré lui. Ça m'était déjà arrivé de vous surprendre, une fois, mais vous ne vous en étiez même pas rendus compte…

– Comment ça ?! s'insurgea Lucius dans un sursaut de conscience.

– Peu importe. Poursuivez, pouffa Harry avec un geste négligent de la main.

Même Severus ricana doucement en suçant son mari avec délectation. Avec sa nouvelle condition de vampire, il n'était plus gêné par de basses considérations humaines et il pouvait s'en donner à cœur joie pour le prendre tout entier dans sa bouche jusqu'à poser ses lèvres sur sa peau si douce.

Au bout de quelques minutes de ce traitement, assailli par l'aura sulfureuse déployée dans la pièce, Lucius râlait et gémissait sans plus s'en rendre compte. Severus percevait son cœur qui battait la chamade, puissant et survolté, pulsant jusque dans ce sexe au fond de sa gorge; celui de son calice, malgré son application à boire calmement son champurrado, n'était pas moins tumultueux et il en tirait une jubilation profonde.

– Jusqu'au bout ? l'interrogea-t-il en se redressant un instant.

Derrière lui, Harry gloussa de cette façon de le rendre maître – responsable – de la situation.

– Jusqu'au bout, acquiesça-t-il d'une voix souriante.

– Non ! Non ! s'exclama Lucius qui avait vaguement repris ses esprits. Pas comme ça ! Pas maintenant ! On devait en profiter tous les trois… Ensemble. Je ne veux pas… finir avant vous !

En levant le regard vers son mari tandis qu'il faisait tournoyer sa langue autour de son sexe, Severus faillit avoir pitié. Les cheveux d'or étaient collés sur ses tempes par la sueur, son visage était décomposé, suppliant et extatique à la fois, ses yeux roulaient avec désespoir, son torse se soulevait frénétiquement au rythme d'une respiration erratique; il tentait de se débattre pour échapper à son emprise mais son aura le maintenait cloué au mur, à demi-nu et contracté par la frustration et l'envie.

– De toute façon, ce ne sera pas pour ce soir, chéri, avoua Harry d'une voix douce et tendre. Je suis trop fatigué pour m'envoyer en l'air dignement et je ne veux pas non plus gâcher cette première fois ensemble… Alors, tu peux te faire plaisir avec la bouche de Severus sans remords; nous trois, ce sera pour demain… ou une autre fois ! gloussa-t-il. Le plaisir de l'attente, Trésor

– Sev, s'il-te-plaît, pas comme ça, gémit encore Lucius d'un ton désespéré.

Severus savoura la supplique à sa juste valeur, promena quelques secondes le bout de sa langue sur le gland turgescent de son mari, puis il sourit et il murmura des mots qui le firent exploser d'un plaisir farouche :

– J'obéis aux ordres de mon calice…

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La vision de Lucius épuisé et vaincu par l'orgasme, si loin de sa prestance habituelle, tira à Severus un grand élan d'amour et de tendresse. Il se releva souplement pour plonger dans son regard gris aux paupières lasses et l'embrassa du bout des lèvres avec une douceur infinie. Une façon de se faire pardonner, sans doute… De lui montrer que derrière tout cela, il n'en était pas moins éperdument amoureux de lui. Délicatement, il remit derrière son oreille une mèche de cheveux blonds humides puis le prit longuement dans ses bras. Enfin, il se recula légèrement pour permettre à Lucius de remonter son boxer et son pantalon, avant de se tourner vers son calice.

Harry avait fini son champurrado depuis longtemps mais tenir la tasse vide entre ses mains lui permettait visiblement de garder une certaine contenance. Un sourire rêveur flottait sur ses lèvres comme dans son regard, et ses mains luisaient doucement des arabesques vertes de sa magie à fleur de peau. Tandis que Lucius s'asseyait lourdement derrière eux, Severus s'approcha de son calice, prit appui de ses mains sur les accoudoirs de son fauteuil et se pencha délicieusement vers lui. Leur baiser avait un goût particulier, de sueur et de sperme, et quand ils s'interrompirent, Harry avait un regard bien plus brillant et il se lécha consciencieusement les lèvres pour le provoquer.

– Regarder ne t'a pas suffi ? murmura Severus avec gourmandise. Est-ce que par hasard tu souhaiterais le même traitement ?

– Même en dehors du « spectacle », tu sais très bien que ton aura a toujours tendance à… m'ouvrir l'appétit.

Severus posa sa main sur la cuisse de son calice et la remonta lentement jusqu'à effleurer la rondeur qui déformait son pantalon. C'était chaud, tumescent, et il pouvait presque sentir son cœur battre dans l'artère qui irriguait ce sexe avide. Maintenant qu'il avait le droit – qu'il s'autorisait – à toucher son calice, il n'allait certainement pas s'en priver. Un instant, il songea même aux morsures et à des endroits pour le moins inédits, mais il était encore trop tôt pour s'adonner à de telles pratiques audacieuses, surtout devant Lucius.

En revanche, sa main remonta vers les trois boutons qui fermaient le pantalon de Harry et il entreprit de les défaire un à un. Son sourire valait sans doute celui de son calice : délicieux et jubilatoire. Harry ferma les paupières quand les doigts glissèrent plus près de sa peau, il se souleva de lui-même pour faire glisser son pantalon et son caleçon sur ses cuisses, il ne retint pas un gémissement quand Severus l'empoigna plus franchement.

– Alors c'est comme ça ? ironisa Lucius depuis son fauteuil et sa tasse de thé. Maintenant que tu t'es de nouveau envoyé en l'air avec ton vampire, tu es prêt à toutes les folies ?!

– Contente-toi de récupérer en silence de la fellation du siècle, gloussa Harry en renversant la tête sur le dossier de son siège. Et laisse-moi savourer la mienne…

Un large sourire fleurit sur le visage de Severus puis il tourna la tête vers son mari, articula « Jaloux ! » sans émettre un son, avant de reporter toute son attention sur l'érection fièrement dressée de son calice.

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Magnanime, Severus tendit la main pour aider Harry à se lever; il avait l'air aussi épuisé et paresseusement satisfait que Lucius tout à l'heure, et s'il ne l'avait pas poussé un peu à aller prendre une douche, il se serait certainement endormi avachi dans ce fauteuil et cela, malgré son inconfort.

– Allez, ouste ! Un peu de fraîcheur et au lit !

– Parce que la sueur et le sperme te dérangent, maintenant ? gloussa Harry en atterrissant dans ses bras.

– Pas le moins du monde. Je pourrais te lécher des pieds à la tête pour nettoyer ces essences divines mais je doute que tu apprécies le traitement.

Harry haussa un sourcil dubitatif en faisant mine de réfléchir puis lâcha un rire bref et léger. Ses yeux pétillaient de joie, sa magie dansait en volutes colorées sur sa peau. Il semblait délicieusement épuisé – et il l'était sans doute –, mais il avait toujours cette façon de rayonner de lumière qui attirait Severus comme un aimant. À se demander comment il avait pu, pendant des semaines, des mois, se retenir de le chérir à sa juste valeur alors que son calice ne demandait que ça.

Depuis qu'ils avaient refait le rituel quelques heures plus tôt, ou même simplement parce qu'ils s'étaient aimés de façon pleine et entière, Severus se sentait comme libéré d'un interdit, d'un poids qui avait pesé sur ses épaules depuis si longtemps. La reconnaissance de leur lien transformait leur relation bien plus qu'il ne l'avait cru sur le moment. Il était enfin complet et pourtant Harry arrivait encore à le compléter un peu plus, à l'enrichir, à lui donner une dimension supplémentaire. Le vampire en lui se sentait à la fois surpuissant et profondément calme, il exultait de joie et frissonnait de tendresse, il débordait d'un amour qu'il n'aurait jamais cru possible et qui paraissait si évident… Et qui englobait Lucius… Lucius qui se rapprochait d'eux inexorablement, qui venait les compléter un peu plus et qui, un jour, ferait partie intégrante de leur lien.

– Va pour une douche, gloussa Harry avant de le regarder tendrement. Mais toi, tu n'as pas…

– Mon plaisir est le vôtre, murmura Severus en le serrant dans ses bras et en mordillant doucement son cou. Tu devrais le savoir…

En réalité, ce n'était pas tout à fait cela : son plaisir n'était pas seulement lié à leur orgasme ou au fait de leur apporter cette jouissance, il était devenu subtilement différent, plus profond, plus lent, plus continu, un mélange de sensations de contrôle et de dévotion, un plaisir qui avait le goût du sperme mais aussi celui du sang… Et ce bonheur de mordre Harry quand il parvenait à l'extase, de le sentir se répandre dans sa main ou sur son ventre, de sentir le sang pulser furieusement sur sa langue, puis ralentir doucement tandis qu'il récupérait de son orgasme, était sans doute le summum de ce que Severus pouvait éprouver.

– Tu ne t'échappes pas pendant que je rejoins Lucius ? murmura Harry avec une pointe d'inquiétude dans le regard.

– Je reste là.

Harry frissonna un instant – de froid, des mots prononcés – puis il se hissa à peine sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres sur les siennes.

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Tandis que Lucius et Harry traînaient sous les jets d'eau dans la grande douche à l'italienne, au fond de la salle de bains, Severus se brossait tranquillement les dents en les observant. Ils étaient beaux, nus, souriants, se lavant mutuellement à grands renforts de mousse, de caresses, de regards pétillants et de mots chuchotés. Il n'en percevait pas grand-chose sous le couvert du bruit de l'eau, mais il était certain que derrière les plaisanteries et la tendresse, Harry s'assurait que Lucius n'était pas fâché ou vexé. D'avoir été « obligé » à un orgasme solitaire, à retarder encore le moment de renouer avec le sexe, tous les trois ensemble…

Severus ne doutait pas de la fatigue de son calice, il pouvait même la percevoir dans ses gestes, dans sa magie ou dans son esprit, mais il savait également que ce n'était pas la seule raison. Harry ne voulait simplement pas mélanger les choses… La journée avait été riche, presque trop, tourbillonnant entre l'atmosphère étrange de la jungle, un moment de redécouverte sexuelle devenu un nouveau rituel d'union, la découverte des pierres sur le seuil de la porte, et ensuite le départ pour cette demeure étonnante où ils venaient de s'aimer d'une façon différente. À vrai dire, lui aussi préférait attendre un peu, reporter le moment tant désiré où ils allaient enfin s'aimer tous les trois; prendre quelques heures de repos et de distance pour savourer ce qu'ils avaient déjà vécu aujourd'hui, pour l'assimiler, le digérer, en faire une part d'eux-mêmes et de leur histoire.

Admettre aussi, ces quelques mots improbables : « J'obéis aux ordres de mon calice » ! Severus ricana pour lui-même devant cette piètre excuse pour tourmenter son mari et qui avait résonné dans son esprit avec la force d'un blasphème. Obéir… Un acte impensable pour le vampire qu'il était et pourtant si sulfureusement possible quand il songeait à Harry. Étrangement, il avait aimé la douleur infligée par ses ongles plantés dans son dos quand ils s'étaient aimés dans la forêt; de la même manière qu'il avait aimé se trouver à genoux devant lui pour une fellation délicieuse ou se plier symboliquement à ses ordres licencieux. Cette autorité ou cette suprématie trop raide qu'il ne pouvait plus admettre de Lucius aujourd'hui, redevenait possible quand il s'agissait de la rondeur joyeuse de Harry, de cette façon toujours piquante et légère de jouer, de se parler, de se toucher et de s'aimer… Sans même le savoir, son calice le tenait dans le creux de sa main, prêt à des choses qui, venant de lui, l'excitaient au lieu de le contraindre… Tout un monde de possibilités qu'ils allaient explorer à deux ou à trois, avec une lenteur souhaitable et voulue.

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– Déjà perdu dans tes rêves ? gloussa Harry en glissant ses bras autour de sa taille.

Parti dans ses pensées, Severus s'était déshabillé machinalement, posant ses affaires sur un fauteuil près de la porte pour le moment où il s'éclipserait, une fois ses amants plongés dans un profond sommeil.

Pour l'heure, le torse de Harry, collé contre son dos, frissonnait d'une fraîcheur humide. Sa peau sentait le monoï, la vanille, la noix de coco… les parfums ensoleillés de son gel douche qui lui mettaient presque l'eau à la bouche. Autour de son ventre, les bras de son calice se resserrèrent, ses mains parcoururent ses abdominaux et ses côtes, aériennes et enveloppantes, puis Harry posa un baiser souriant sur son épaule, aussi simple et évident que sa voix enjouée ou sa magie qui s'enroulait autour d'eux.

Secrètement, loin au fond de lui, Severus jubilait et il eut même besoin de fermer les yeux et de respirer profondément pour se contenir. Là, tout de suite, Harry venait de retrouver les gestes qui étaient les siens des mois plus tôt, avant sa transformation et l'enfer du pavillon chinois, et même avant que leur relation ne batte de l'aile dans ce lien d'union pas tout à fait sain qu'ils avaient prononcé.

Des gestes tendres, spontanés, qui venaient le toucher, le caresser ou l'enlacer, sans restrictions et sans interdits. Ils n'étaient plus hésitants, cherchant à se convaincre du bien-fondé de cette douceur et de cette affection, ils étaient sereins et épanouis, libres de s'aimer jusqu'où ils en avaient envie. Ils n'étaient plus dans la reconquête prudente de leur relation, ils étaient au bout du chemin.

Harry n'était plus seulement son calice et l'un des deux amours de toute sa vie, il était également redevenu son amant, son âme sœur, l'homme qu'il pouvait aimer avec passion autant qu'avec dévotion, celui qu'il pouvait caresser, chérir, pénétrer ou embrasser… celui aussi qui était capable de cette tendresse bouleversante.

Harry l'embrassa encore et encore, picorant de ses lèvres la peau frémissante de ses épaules, s'amusant des frissons qu'il savait si bien provoquer… jusqu'à ce que sa main ne glisse vers sa hanche et ne s'immobilise brusquement.

– Tu te fous de moi, n'est-ce pas ?!

Sans comprendre, Severus se tourna à demi pour croiser le regard de Harry et sa contrariété manifeste, quoiqu'un peu surjouée. Et quand l'élastique de son boxer claqua violemment sur sa peau, il ne lui fallut qu'une seconde pour saisir l'agacement de son calice et se mettre à sourire.

– Tu ne comptes tout de même pas garder ça pour aller au lit ?! ajouta Harry d'un ton faussement exaspéré. Après la façon dont tu m'as touché ce matin, je pense qu'on peut s'en passer !

Severus ne se souvenait même plus si ça lui était déjà arrivé depuis sa transformation, de se coucher nu avec eux, volontairement. Parfois la magie de Harry l'avait déshabillé un peu sans prévenir, parfois ils l'avaient déshabillé, comme la nuit du Nouvel An… Mais se lover ensemble sous une couette, trois corps nus que ne séparait aucune barrière de tissu, ni même aucun interdit… Ce ne serait pas pour ce soir, Harry l'avait dit et Severus ne le souhaitait pas non plus, mais cette nudité avait quelque chose de jouissif qui l'émouvait profondément. Une preuve supplémentaire de ce pas en avant que rien ne remettrait jamais en cause.

En souriant, il posa ses mains sur celles de son calice et s'en servit pour faire glisser son boxer le long de ses hanches jusqu'à ce qu'il tombe sur ses chevilles.

– Je ne t'ai pas vraiment touché, j'ai… subi tes assauts ?

– Tu ne t'en es pas plaint, que je sache ! gloussa Harry tandis que ses doigts en profitaient pour caresser outrageusement ses fesses. Au lit, maintenant !

Lucius, qui sortait à point nommé de la salle de bains enfin séché et apprêté pour la nuit, ricana brièvement en les apercevant collés l'un contre l'autre, avec chacun des mains sur des endroits qui ne leur appartenaient pas.

Pressé par son calice, presque poussé, Severus s'approcha du lit et se glissa sous la couette pour y rejoindre Lucius. Harry le suivit et se lova immédiatement contre lui, la tête dans le creux de son épaule et une jambe glissée entre les siennes. Severus grogna un instant de se retrouver ainsi presque prisonnier entre ses deux amants, immobilisé de part et d'autre par un bras, une jambe, un corps pressé contre le sien. Et le geste était volontaire s'il en croyait le gloussement satisfait de son calice qui murmura d'une voix paresseuse :

– C'est pour que tu n'oses pas bouger et que tu restes le plus longtemps possible avec nous…

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Merci à tous de votre fidélité et n'hésitez pas à laisser un commentaire... On nage enfin dans la complicité et ça fait du bien ;)

Une caresse à Orion et au plaisir!

La vieille aux chats