Ce texte a été écrit dans le cadre d'une session d'écriture organisée sur le serveur "Fics GOT".

Contexte : UA S4 où Joffrey et Tywin ne sont pas morts.


Défense

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Tyrion avait l'impression de nager en plein cauchemar.

Lorsqu'il s'était levé le matin même, le programme de sa journée était clair comme de l'eau de roche dans son esprit. Il allait prendre un petit-déjeuner copieux, aller se choisir un bon livre dans la bibliothèque du Donjon Rouge et s'installer dans les jardins du château avec un verre de vin pour profiter des rayons de soleil de l'été sans être dérangé.

Il avait à peine fait trois pas dans la bibliothèque que le hurlement de rage de son père avait fait trembler les murs. Il avait fallu environ cinq secondes à Tyrion pour comprendre que celui-ci venait directement des appartements de Cersei, et cinq de plus pour avoir une idée de ce qui avait pu déclencher la terrible fureur de Tywin Lannister.

Ses pires craintes s'étaient confirmées. Sans prendre la peine de frapper avant d'entrer, il avait été le témoin d'une scène qu'il avait toujours tout fait pour éviter, ladite scène n'étant autre que Cersei et Jaime enlacés et nus comme au jour de leur naissance dans le lit de la reine, littéralement foudroyés du regard par leur père, celui-ci ayant l'air d'avoir reçu une massue sur la tête.

« Rhabillez-vous, » avait à peine soufflé Tywin avant de sortir en trombe de la pièce en claquant la porte derrière lui, sans doute pour éviter de faire quelque chose de regrettable, à savoir assassiner ses propres enfants.

À présent, Cersei et Jaime attendaient son retour comme des enfants pris en faute, le visage tordu par l'angoisse.

« Comment as-tu pu oublier de verrouiller la porte ? » grinça Cersei. « Comment as-tu pu être aussi imprudent ? »

« Ne me mets pas tout sur le dos, » répliqua Jaime. « Tu en avais envie autant que moi. Tu… »

N'y tenant plus, Tyrion explosa.

« Bon sang, comment avez-vous pu être aussi stupides ? »

Cela eut le mérite de faire taire les jumeaux, qui échangèrent un regard penaud.

« Faire l'amour en pleine journée ? Et dans ta propre chambre, Cersei ? À quoi pensiez-vous donc ? »

Tyrion était ravi que les tensions qui persistaient entre eux depuis le retour de Jaime à Port-Réal se soient apaisées au point qu'ils ressentent l'envie de s'aimer charnellement. En revanche, il aurait préféré que cet amour se manifeste en pleine nuit et dans un endroit discret.

Pour une fois, Cersei n'avait rien à dire pour sa défense, ce qui était suffisamment rare pour être souligné. Ils n'eurent toutefois pas le temps de mettre en place une stratégie de défense : Tywin fit irruption dans la pièce, l'air plus glacial que jamais. Il se planta devant eux et demanda, d'une voix tremblante de fureur :

« Expliquez-vous. »

Les jumeaux échangèrent un regard résigné. Loin de chercher à se dérober ou à servir une excuse quelconque à leur père, ils se prirent par la main, l'air déterminé.

« Il n'y a rien à expliquer, Père, » fit Cersei. « Jaime et moi, nous nous aimons. C'est tout. »

« C'est tout ? »

Tyrion éprouvait une certaine satisfaction à le voir s'étrangler de rage – il était juste regrettable que ce soit en ces circonstances.

« Depuis combien de temps ? »

« Depuis aussi longtemps que nous sommes en mesure de nous en souvenir, » répondit Jaime.

« …les enfants ? » demanda Tywin, même s'il avait déjà deviné la réponse.

« Ils sont de moi tous les trois. »

La révulsion faisait briller les émeraudes tranchantes de Tywin.

« Comment avez-vous pu vous abaisser à vous adonner à de telles pulsions répugnantes ? »

Sans attendre de réponse, il se tourna vers Tyrion.

« Tu savais ? »

Loin d'être intimidé, Tyrion haussa un sourcil.

« Je savais, » confirma t-il.

« Et tu n'as rien dit ? »

Il croisa les bras sur sa poitrine, les lèvres pincées.

« Par tous les dieux, pourquoi l'aurais-je fait ? »

« Tu as couvert un acte contre-nature – j'imagine qu'il n'y a rien de plus étonnant pour une abomination. »

Ignorant l'insulte, il rétorqua :

« J'ai couvert mon frère et ma sœur. Et, peu importe ce que vous pensez… »

Il jeta un coup d'œil vers les doigts entrelacés de Cersei et Jaime.

« …leur amour est le plus sincère qu'il m'ait jamais été donné de voir. »

Ses paroles émurent Jaime autant qu'elles surprirent Cersei.

« Vous pouvez essayer de les séparer : vous n'y arriverez jamais. Je vous recommande donc fortement de vous y faire. »

Le visage de Tywin s'était vidé de toutes ses couleurs. Après un dernier regard mauvais, il quitta la pièce pour la deuxième fois. Le silence retomba pendant de longues secondes, durant lesquelles Cersei ne quitta pas Tyrion du regard, jusqu'à le rendre mal à l'aise.

« Tu as pris notre défense. Pourquoi ? »

Jaime ne lui aurait jamais posé une pareille question. Cersei, elle, se débrouillait mystérieusement pour ne pas voir l'évidence alors qu'elle était juste sous son nez.

« Pour la même raison pour laquelle j'ai toujours gardé votre secret. »

Une fissure apparut sur son masque de reine de glace.

« Je… merci. »

Le mot avait l'air de lui écorcher la bouche, mais pour Tyrion, il n'existait pas de plus douce mélodie.

« Bien, » reprit-il en saisissant la carafe de vin posée sur le bureau avant de remplir trois verres. « Il serait idiot de notre part de penser que Père en restera là. Je vous suggère donc de nous atteler à la préparation d'une stratégie de défense sans plus tarder. »

Cela allait sans dire : Tyrion nageait toujours en plein cauchemar.

Toutefois, alors que Cersei, Jaime et lui étaient assis devant un verre de vin unis contre l'adversité, peut-être plus qu'ils ne l'avaient jamais été, il ne put retenir un petit sourire satisfait.