ÉGOÏSME

Janvier 2008

Harry souffla sur ses mains pour les réchauffer et une fine brume jaillit de ses lèvres. Putain. Il faisait un froid à réveiller les morts.

Le Manoir Malfoy se dressait devant lui, dominant les terres environnantes de sa présence imposante. Avec ses tours élancées et ses murs de pierre grise, il semblait comme figé dans le temps. Malgré le silence pesant qui régnait autour du bâtiment, Harry trouva qu'il y avait quelque chose de tragiquement beau ici, en cette journée d'hiver.

Il se fraya un chemin sous les arbres dénudés qui étendaient leurs branches tordues vers le ciel. Il ne s'était pas annoncé. Il ne valait probablement mieux pas. Personne ne savait qu'il avait… volé le corps de Drago. Enfin, Severus devait s'en douter, mais Harry s'était arrangé pour ne laisser aucun indice, aucune preuve, derrière lui. Officiellement, il s'était simplement… retiré du monde magique. Et officiellement, Drago avait juste… disparu.

Et le mieux était que cela continue ainsi.

Bien sûr, il compatissait à la souffrance des parents qui se retrouvaient probablement incapables de faire leur deuil sans la dépouille de leur enfant. Mais Drago… était à lui et il ne le rendrait que quand ce dernier serait capable de tenir une conversation intelligible.

Il ne savait pas encore comment Lucius allait le recevoir. Après tout, l'homme avait loyalement servi Voldemort avant de se retourner, au moment propice, contre lui, évitant de justesse un séjour définitif à Azkaban. Mais il n'en restait pas moins un homme retors et imprévisible, aux motivations obscures.

Et Harry était... et bien Harry était celui qui avait mis fin à tout ça. À Voldemort, à la Guerre, aux effusions de sang. Ho, il ne disait pas qu'il l'avait fait de la meilleure des manières. Ça avait été… sale. Dérangeant. Immoral, bien souvent. Il n'était plus depuis longtemps le pur Gryffondor qui croyait au pouvoir de l'amitié et de l'amour. La guerre l'avait vieilli prématurément. L'avait… changé. Il avait dû… plonger ses mains dans les viscères, les baigner dans le sang et faire… régner la terreur chez ses adversaires.

Rien de bien glorieux pour le plus Grand Sauveur du Monde Sorcier.

Finalement, il lui arrivait de se dire que lui et Voldemort n'étaient pas si différents. Mais de ça, on lui avait interdit d'en parler. On l'avait même placé sous serment pour qu'il se taise. Il devait continuer à briller, à représenter l'espoir de tout un peuple et personne, non personne, n'aurait voulu savoir qu'il s'était essayé à la magie noire.

Alors il affichait un sourire de circonstance, presque criant de vérité, quand dans sa tête il hurlait : « Regardez, bande de cons, regardez-bien comment vous avez détruit toute une génération ! » Et la simple pensée de tous ces enfants qui avaient été sacrifiés sur l'autel de la guerre lui brûlait le thorax et la gorge.

Ses réflexions l'avaient poussé devant l'immense porte du Manoir et ce fut un elfe de maison qui lui ouvrit lorsqu'il actionna l'énorme heurtoir de laiton.

La demeure des Malfoy n'avait pas changée. Il se souvenait encore de la façon dont il s'y était infiltré et de celle dont il en était ressorti. En vie. Grace à Drago. C'était une vieille dette dont il n'arrivait décidément pas à se débarrasser.

Quand Lucius apparu à son tour, le scrutant d'un regard impénétrable, Harry sentit son cœur manquer un battement. Il était indéniablement beau, c'était certain, avec ses traits aristocratiques et son charisme magnétique. S'il n'avait pas été un tel connard, il aurait probablement fait un partenaire idéal.

Drago tenait sur tous les points de son père. Un extraordinaire gâchis, de l'avis d'Harry, de voir deux hommes aussi séduisants et talentueux gaspiller leur potentiel dans des choix plus stupides les uns que les autres.

« Monsieur Malfoy. Navré de me présenter sans m'être annoncé. » Harry inclina légèrement la tête en direction du patriarche.

« Monsieur Potter. » La voix était polie et l'intonation légèrement traînante, comme celle que Drago utilisait quand il cherchait à se moquer d'Harry.

Un froissement de tissus discret attira l'attention de ce dernier sur Narcissa Malfoy, qui glissait silencieusement derrière son époux.

Une ombre parmi les ombres.

« Je ne souhaite ni perdre mon temps, ni vous faire perdre le vôtre. Aussi, en viendrais-je directement à ma requête : je cherche un sort bien précis et j'espère que vous pourrez m'aider. »

Lucius demeura impassible : « J'ai entendu dire, Monsieur Potter, que vous vous étiez retiré, depuis la fin de la guerre. »

Harry se figea. Il n'avait aucune envie de commencer une conversation de politesse avec les Malfoy, mais il s'était invité chez eux et devait donc se plier aux règles du Maître de maison pour ne pas créer d'incident diplomatique : « J'ai… pris du temps pour pouvoir… régler quelques affaires en cours. »

Il ne pouvait pas mentir, il était un bien trop piètre menteur et Lucius s'en serait immédiatement aperçu. Le mieux était de divulguer quelques tout petits fragments de vérité, noyés dans une bonne dose de flou.

« Oui. J'espère que vos affaires… trouveront rapidement une résolution. »

Harry se sentit transpercé par le regard acier du plus vieux et il déglutit avec difficulté : « Oui heu… à ce propos… pour mon sort… »

« En quoi puis-je vous être utile, Monsieur Potter ? Quel sortilège interdit peut donc vous amener à frapper à ma porte plutôt que de trouver une meilleure solution ? Si jamais on vous voyait ici, vous seriez dans tous les tabloïdes dès demain matin. La risée du tout public. Ignorez-vous donc que ma famille est… persona non grata du reste du monde ? »

Harry balaya la remarque d'un geste impatient de la main. Qu'est-ce qu'il en avait à foutre du reste du monde ? Il avait bien plus important à faire. Lucius eut pour lui un souffle moqueur : « Je vois. Alors expliquez-moi donc votre problème et nous verrons… ce que nous pourrons faire de cela. »

Harry prit une grande inspiration : « Disons que j'ai essayé… le Mortis Revivificatio. Mais je n'ai pas eu l'effet escompté. Je dois trouver un meilleur sort. »

Lucius avait les yeux grands ouverts. S'il n'avait pas été si bien éduqué, Harry était persuadé que sa mâchoire aurait déjà touché les dalles en marbres du sol : « Vous avez fait quoi ? »

Harry lui lança un regard agacé. Il n'allait pas répéter. Lucius se redressa lentement : « J'ignorais que vous cherchiez à créer des inferis. »

« Non ! – le cri offusqué d'Harry résonna dans le hall du Manoir – Je veux… ramener à la vie quelqu'un ! Mais pas… pas comme ça ! Je veux qu'il revienne vraiment, entièrement. »

Le silence se déroula lentement, rampant sur les murs de pierre froides de la pièce. Harry vit les muscles de la mâchoire de Lucius se contracter plusieurs fois avant qu'il ne rouvre la bouche : « Vous ne pouvez pas… ramener entièrement quelqu'un, Monsieur Potter. Les morts… doivent le rester et qu'importe l'attachement que vous aviez pour eux. Je ne doute pas de la sincérité de votre requête, cependant je ne vous aiderais pas. »

Harry grimaça un sourire : « Donc il existe bien un moyen ? »

Lucius eut un rire désabusé : « Un moyen ? Monsieur Potter, je n'appellerai pas ça un moyen. Du suicide, tout au plus. »

« Dites-moi. »

Narcissa qui avait gardé le silence jusque-là fit un pas en avant : « Monsieur Potter… qui… souhaitez-vous ramener exactement ? »

Lucius se tourna vers elle avec colère : « Ne fais pas ça ! »

Mais Narcissa, loin d'être impressionnée, lui rétorqua sur le même ton : « Je suis une mère avant tout, Lucius ! Si… si Monsieur Potter peut… faire quelque chose, alors je ferais en sorte qu'il y arrive ! »

Harry soupira : « Vous savez… »

Lucius grimaça : « Évidemment. Pourquoi pensez-vous que nous soyons restés si calmes tout ce temps ? Severus nous a tout raconté. Mon fils… a fait ses propres choix qui l'on conduit là où il est actuellement. J'aurai souhaité que tout cela se déroule autrement. Mais les choses sont ce qu'elles sont et je vous conjure ne pas chercher à les changer. Vous ne pouvez pas aller contre le destin, Monsieur Potter. Cela finira par se retourner contre vous. »

Narcissa n'était pas de son avis : « Je ne suis pas d'accord ! Si Monsieur Potter veut tenter de faire revenir Drago… alors ! »

« Et comment ? - Gronda dangereusement Lucius – Avec un Mortis Revivificatio ? »

Narcissa blanchit : « Il… vous savez très bien qu'il existe un autre moyen. - Harry tendit l'oreille. – Il y a ce livre… »

« Personne ne devrait l'utiliser. Il y a déjà assez eu de drames comme ça. Laissez-donc les morts reposer en paix, tous les deux… »

Harry esquissa une grimace : « Excusez-moi, Monsieur Malfoy, mais je crois bien que pour ce point, il est déjà trop tard… »

.


.

Mars 2008

Lucius n'avait pas apprécié la révélation.

Comment l'aurait-il pu ? Cependant, cela avait donné à Harry la possibilité de mettre la main sur le fameux livre. Il lui avait fallu un bon mois pour le déchiffrer et un autre pour mettre en place le cercle.

Ce n'était pas exactement un sortilège et cela n'allait pas permettre de faire revenir Drago. Pas dans l'immédiat en tout cas. Mais c'était, pour l'instant, la piste la plus prometteuse qu'avait Harry.

Pour être honnête, il n'y avait que très peu de chance que cela fonctionne : quelle était la probabilité, pour un sorcier, d'invoquer un démon, de le mettre à sa botte et de l'obliger à réaliser tous ses souhaits ? Proche de zéro, probablement.

Les démons existaient-ils seulement ? Pourquoi pas, après tout ? On trouvait bien des goules, des centaures, des loup-garous et beaucoup d'autres créatures du folklore populaire. Alors pourquoi pas des démons ?

Harry acheva de tracer à la cendre le cercle d'invocation. Il avait poussé son canapé et retiré la table du salon pour avoir toute la place nécessaire. Drago était affalé dans un coin de la pièce depuis plusieurs jours déjà et il était juste impossible de le faire à nouveau tenir debout. Si Harry n'arrivait pas à… faire son truc, alors… Ha. Il ne voulait pas y penser.

« Tiens le coup encore un tout petit peu, j'y suis presque. »

Il s'empara d'un couteau de cuisine. Il avait pris le premier qu'il avait trouvé. Pas le mieux. Il s'en servait pour couper son pain. Mais ça ferait l'affaire. De toute façon, on ne pouvait pas invoquer un démon sans un peu de souffrance. C'était… l'ordre des choses.

La cendre, elle, venait de… ce n'était pas très beau, pour tout dire et Harry en avait un peu honte. La vérité était qu'il s'était peut-être un peu infiltré dans une morgue pour y voler les restes des défunts. C'était immoral, bien sûr, mais après tout, ils étaient déjà morts, n'est-ce pas ? Ils n'allaient plus s'offusquer de perdre un petit peu… de leur poussière. Et leur sacrifice servirait à la bonne cause, au moins pour Harry.

Il dû s'y reprendre à plusieurs fois pour s'ouvrir les chairs, car la pointe arrondie du couteau ripait constamment sur sa peau tendue. Quand enfin les petites dents de métal l'entaillèrent et firent perler les premières gouttes de sang, Harry ne perdit pas de temps et recopia avec précision les symboles indiqués dans le livre que Narcissa lui avait donné.

Puis, il se recula pour admirer son travail achevé. Le cercle était bien rond, presque parfait, et les caractères tracés dans le sang séchaient déjà, donnant à l'ensemble une teinte… automnale. Il jeta un coup d'œil à Drago, appuyé contre le mur, dont quelques spasmes secouaient le corps.

Ça valait le coup.

Même s'il devait se damner mille fois, cela valait le coup.

Il tendit sa baguette vers la cendre et lança un 'incendio' ; aussitôt le cercle s'embrasa dans un crépitement doux. « Ad Inferos, exaudi vocem meam, veni, tenebrae et mortem. Per noctem et umbra, obsecro te, adiuva nos. »

À peine venait-il de prononcer la formule, que les flammes se tarirent et qu'un épais silence envahit son appartement. Il attendit quelques minutes, tendu, tous ses sens aux aguets, mais rien ne se produisit.

« Évidemment. » murmura-t-il pour lui-même. Il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir déçu. Il y avait cru. Un instant peut-être, il avait espéré pouvoir ouvrir les portes de l'Enfer et, tel Orphée, aller chercher son Eurydice.

Il rouvrit le manuscrit, parcourut des yeux l'invocation, vérifia chacun des symboles tracés, mais tout était correct. Il n'avait pas fait d'erreur.

Harry serra les dents et donna un grand coup de pied dans le cercle. La cendre se rependit en vaguelettes sur le sol. « Putain ! » Il avait hurlé. « Putain de merde ! Fait chier ! »

Il n'avait plus d'idée à émettre.

Plus de solution à essayer.

Drago resterait… à tout jamais… un… un quoi déjà ? Un Zombie ?

« Putain » répéta une voix d'enfant. « Fait chier, putain ! »

Harry se figea et une odeur d'œuf pourri lui chatouilla les narines.

« Putain ! Merde ! » refit la voix avec beaucoup trop d'entrain.

Assis sur l'îlot central de la cuisine, se tenait un enfant. Il balançait ses jambes dans le vide en se curant le nez et cria en direction d'Harry : « Merde ! Fait chier ! »

Il semblait, au premier abord, être un petit garçon ordinaire d'environ cinq ou six ans. Ses joues étaient rosées et il affichait un sourire espiègle. Ses vêtements, simples et propres, et ses cheveux, d'un brun doux, qui encadraient son visage lui donnaient un air sage, même si ces derniers flottaient curieusement, comme agités par un vent invisible.

Cependant, ses yeux, d'un noir profond, luisaient d'une lueur anormale et ses mains, minuscules et délicates, portaient d'étranges stigmates et cicatrices qui ne semblent pas correspondre à ceux d'un enfant qui aurait simplement joué un peu trop brutalement dehors.

« Ouais… Fait chier. » répondit Harry en jetant un regard méfiant à l'enfant et ce dernier éclata de rire.

Qu'est-ce que c'était que ce truc-là ? C'était donc ça, la terrifiante invocation démoniaque que tout le monde craignait ?

« T'as vraiment fait des bêtises. » le petit garçon pointa Drago du doigt et Harry suivit son geste du regard.

« Ouais… ouais je sais. J'ai merdé. (L'enfant émis à nouveau un rire joyeux.) Mais toi… tu peux m'aider, hein ? À réparer ma bêtise ? »

Le jeune garçon sauta de l'îlot pour se réceptionner maladroitement sur ses pieds. Il se dirigea vers Drago et l'observa un long moment : « Il est vraiment cassé. »

« Oui… il est vraiment cassé… » répéta Harry avec désespoir.

« Là – dit l'enfant en enfonçant son petit doigt dodu dans la joue creuse de Drago – c'est tout vide… il n'y a plus rien. »

« Et comment… comment je pourrais le faire revenir ? »

L'enfant gratta le bout de son nez avec morosité : « Ben, tu peux pas. Y a plus rien je t'ai dit. »

Harry sentit son cœur se serrer : « D'accord. Alors est-ce que je pourrais… revenir en arrière ? »

« Revenir voir les dinosaures ? »

« Non, pas aussi loin. – répondit Harry en s'approchant doucement – Revenir en arrière pour le sauver. »

« C'est un peu nul, comme projet. - L'enfant se pencha sur le corps de Drago et lui arracha sans ménagement quelques cheveux. – C'est qui ton dinosaure préféré ? »

Harry était déstabilisé par ces questions sans queue ni tête ; il n'arrivait pas à faire le rapprochement : « Je ne sais pas… je… je… »

« Tout le monde a un dinosaure préféré. C'est quoi le tient ? » Il fourra dans les mains d'Harry la mèche blonde et referma délicatement ses doigts dessus.

Harry secoua la tête, se demandant comment il en était arrivé là. Pourtant, il se doutait qu'il n'avait pas d'autre choix que de jouer le jeu du jeune garçon s'il voulait obtenir son aide.

« D'accord, d'accord... Mon dinosaure préféré... C'est... euh... le tricératops ? »

L'enfant fit une moue et ses petites lèvres se pincèrent dans une expression boudeuse : « Pffff, le tricératops c'est nul. Le vélociraptor, c'est bien mieux ! » Et les cheveux de Drago s'enflammèrent dans la main d'Harry. Ce n'était ni chaud, ni douloureux, juste… étrange. Il n'y eut qu'une légère odeur désagréable de grillé qui se rependit dans la pièce, puis tout s'éteignit et il n'en resta plus rien.

L'enfant pointa un doigt accusateur le corps de Drago : « Et pis pourquoi tu veux sauver l'autre monsieur, si tu le détestes ? »

Harry se figea, pris au dépourvu par cette question si directe : « Je... Je ne le déteste pas. »

« Ben alors pourquoi tu l'as tué avec la grande épée, si tu le détestes pas ? »

Harry détourna le regard, incapable de soutenir le regard curieux de l'enfant. Il y avait une bonne raison, bien sûr, mais il sentait la culpabilité lui dévorer les entrailles et il n'avait pas envie de revenir dessus : « C'est compliqué. »

L'enfant hocha la tête, comprenant qu'Harry ne lui donnerait pas de réponse plus satisfaisante : « Tu ne peux pas tuer les gens et juste après vouloir les ramener. Ça ne fonctionne pas comme ça. Et puis... tu vas devoir payer le prix pour une vie. »

Harry serra les poings. L'enfant avait raison, évidemment. Mais ce qui était fait était fait et il voulait à se rattraper, quel qu'en soit le prix : « Je sais. »

« Donne-moi un bâton. » Le garçon s'accroupit en tendant la main vers lui.

Harry regarda autour de lui pour trouver un objet qui pourrait faire office de bâton, mais il était dans son salon, et la seule chose qu'il vit fut le couteau dont il s'était servi un peu plus tôt. Est-ce que c'était ok de donner un couteau à un enfant ? D'un autre côté, la… créature qu'il avait devant lui n'était pas réellement un enfant, n'est-ce pas ? Il le lui tendit donc, incertain : « Est-ce que ça fera l'affaire ? »

Le garçon acquiesça avant de tracer, avec la pointe du couteau, neuf cercles concentriques dans la cendre répandue sur le sol : « Ça ne va pas être content quand Ça saura que tu es allé aider cet homme. »

Harry souleva un sourcil : « C'est qui, Ça ? »

L'enfant haussa les épaules : « Ça, c'est Ça. L'ordre de toute chose. Le noyau du monde. Ça gère tout là-bas. Et toi, tu n'y as pas ta place encore. Alors, Ça risque d'être fâché. »

Harry soupira : « Je prends le risque. »

Du bout du couteau, l'enfant désigna les cercles dessinés dans la cendre : « Il y a neuf cercles. À chacun, tu dois payer un tribut, c'est un cadeau pour Charon. Tu peux sauver cet homme dès le premier cercle, mais je ne crois pas que tu pourras y arriver : il a trop de colère et de tristesse en toi. Ha ! Et évite de descendre trop profondément, parce que tu ne sauras plus comment remonter. »

Harry pinça les lèvres. Évidemment. Pourquoi cela aurait-il été simple ? « Quel genre de… de tribut ? »

Le garçon le fixa et son regard était si vide qu'Harry en frissonna : « Plein de choses. Des trucs importants pour toi, que tu ne voudrais jamais perdre. Jamais. Plus tu descendras et plus ton voyage te coûtera cher. Si j'étais toi, je le sauverais vite vite vite. Mais je ne pense pas que Ça te laissera faire. Ce qui est en bas n'est pas sensé remonter. Jamais. - Il fouilla un instant dans sa poche avant d'en sortir deux pièces brillantes qu'il tendit à Harry – C'est de l'or. Je suis de bonne humeur, alors je te les donne en cadeau. Avec ça, Charon te laissera passer la première porte. Dis-lui bonjour de ma part. »

Harry réceptionna les pièces avec gratitude : « Y-a-t-il autre chose que je dois savoir ? »

« Tout plein. – répondit l'enfant distraitement. - Ça dit toujours : Ne te laisse pas distraire. Méfie-toi des illusions et fais confiance à ton instinct et à ta raison. Ne fais jamais de promesses que tu ne peux pas tenir : les enfers sont un lieu où les promesses sont sacrées. Ne te laisse ni submerger par la peur, ni par la haine, ni par le désespoir, ni par la colère. Ne fais confiance à personne aveuglément. N'oublie pas qui tu es. Ne te laisse pas corrompre par le pouvoir et… »

« D'accord, d'accord… - Harry l'interrompit car il avait l'impression que ces conseils pourraient durer une éternité. - Merci. Je vais essayer de faire ce que tu as dit. »

L'enfant hocha la tête gravement : « Ça serait bizarre que tu y arrives. Mais bonne chance quand même. » Il leva le couteau, traça un symbole complexe dans le premier cercle et une lueur étrange enveloppa Harry.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

L'enfant sourit : « Je créé une opportunité. J'ouvre un chemin. Le reste, c'est à toi de faire. »

Un éclair lumineux déchira l'appartement : un flash intense qui engloutit tout sur son passage, faisant vaciller les murs et crépitant comme un feu ardent. Puis, tout aussi rapidement qu'il avait surgit, l'éclat aveuglant s'estompa, ne laissant derrière lui qu'un silence oppressant.

Il n'y avait plus ni Harry, ni Drago, seulement des traînées de cendre éparses sur le sol. L'air était chargé d'une atmosphère si lourde qu'on aurait dit que le passage entre les mondes y avait laissé son empreinte.

L'enfant, debout au centre de la pièce, immobile, scrutait l'espace vide où se trouvaient autrefois les deux hommes. Un sourire amusé étira ses lèvres alors qu'il contemplait le résultat de ses actions : « Ça va vraiment être furieux. »

.