La Marche des Fiertés

Contraintes :

Période : Golden Trio

Style d'écriture : Song- Fic ("Pauvres âmes en perdition" Ursula dans la "Petite Sirène" de Disney)

Objet-Magie : Polynectar

Lieu : Godric's Hollow

Personnage : Narcissa Malfoy

Phrase Imposée : "C'est une phase"

Ajout diabolique : Insérer un OC

Nombre de mots max : 800 / Nombre de mots écrits : 786

Merci à Wekake qui a fait un rêve pile la nuit juste avant mon écriture de ce ficlet, et qui a inspiré le personnage de Lucius !

TW : homophobie - grossophobie… en fait, phobies multiples !

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Le bruit qu'ils appelaient "musique" écorchait ses oreilles, les couleurs criardes agressaient ses yeux, les mélanges de parfum et de sueurs piquaient ses narines, et elle se mordait tant la langue et les lèvres que le goût ferreux de son sang envahissait sa bouche. En ce jour qu'elle maudissait de tout son être, Godric's Hollow perdait sa noblesse et sa fierté sorcière ! Encore une idée de ces monstres de moldus !

« Pathétiques ! » se dit-elle, reniflant de dégoût.

Pauvres âmes en perdition ! Il fallait vraiment être en mal de tout pour en arriver à se trémousser à moitié nu, perché sur un char bariolé ! Tout était à l'excès. Le rythme effréné des tambours se mêlait aux étoffes vives et brillantes, et aux corps qui s'agitaient d'une manière scandaleuse ! Et elle devait traverser cette horde d'atrocités !

Narcissa remonta le haut de sa cape devant son nez, et prit une grande inspiration. Heureusement, elle avait pensé à prendre du polynectar afin de ne pas être reconnue en public. Précaution nécessaire pour la discrétion dont elle devait faire preuve à l'égard de ses "clients", et elle se félicita une nouvelle fois de ce coup de génie : il n'aurait plus manqué qu'on la remarque au milieu de cet enfer ! Elle refusait d'être associée à ce cortège d'âmes damnées !

Ce jour-là, l'âme en perdition qui avait débarqué dans ses chaudrons en braillant "sauve-moi", habitait dans une petite rue adjacente. La passion de son mari pour la magie noire lui avait permis de découvrir un savoir perdu. Un savoir qui jouait sur la dangereuse frontière entre la manipulation du noyau magique et l'intervention divine : Narcissa avait appris à transformer durablement les corps. Et elle avait savamment fait fuiter cette nouvelle vers une quantité limitée de personnes. Il était surprenant de constater à quel point les gens ne s'aimaient pas. En quelques mois, elle avait reçu de nombreux appels à l'aide. Et elle acceptait ! Quelle question !

Cependant, toute magie avait un prix. Et elle n'était pas de ceux qui payaient. Ses clients devaient faire des sacrifices, qu'ils le veuillent ou non. Il était arrivé que l'un ne puisse pas payer. Le sortilège l'avait fait frire, sans compassion. Oh, elle avait eu quelques plaintes. Mais elle était une Sainte pour toutes ces âmes en perdition !

Pas après pas, Narcissa se concentra sur sa destination et fit tout son possible pour ignorer la cohue, le brouhaha, le boum-boum… Elle évitait ces peaux moites de transpiration, ce florilège de couleurs saturées, ces visages méconnaissables tant ils étaient peinturlurés… Elle se fondait mal dans le tableau, unique point sombre sur cette toile éclaboussée de pigments primaires barbouillés et embrouillés par des mains capricieuses. Elle devait se dépêcher.

Soudain, elle se figea. Un éclat en hauteur, attira son regard à la manière d'un papillon vers une flamme. Du coin de l'œil, elle avait senti une anomalie. Une tâche dans sa vie. Un élément connu brusquement méconnu. Et elle n'arrivait pas à en croire ses yeux. Tout son être gela. La panique l'envahit…

Son mari. Son si digne époux. Lucius Malfoy en personne se déhanchait au sommet d'un char, vêtu d'une combinaison moulante argentée qui renvoyait les rayons du jour tel un miroir, le parfait croisement entre les astres lunaire et solaire. De ses longues mains blanches couvertes de bagues en or et pierres précieuses, il jonglait avec un long sceptre recouvert de glace magique. Autour de Narcissa, elle entendait vaguement les badauds acclamer cette "Reine des Neiges".

« Iel à de l'allure ! Une frimousse d'ange ! l'apostropha une énorme créature portant un tee-shirt où était inscrit "On est gros".

— Et ne sous-estimons surtout pas l'importance du langage du corps ! » répondit un autre avec un habit similaire dont le message était "On est pédés".

Ils lui tournèrent le dos et elle vit la suite du texte : "On est des gros pédés".

Elle avait la nausée… C'était un cauchemar ! Toutes ses certitudes volaient en éclats ! Son univers s'effondrait… Qui était cette "chose" ?! Ce n'était pas son époux ! Ce ne pouvait pas être lui ! C'était impossible !

Puis, d'un coup, elle réalisa : personne ne savait, pas même elle. Et cela devait rester ainsi. Elle avait déjà son fils à soigner d'une obsession étrange envers le "Survivant", elle ne pouvait pas en plus s'occuper de son mari ! De toute façon, personne n'aimait les pipelettes. Les bavardes sont assommantes ! Tenir sa langue était plus charmant.

« C'est une phase » se dit-elle pour se convaincre.

Alors elle tourna les talons, bien décidée à oublier cette vision terrifiante. Elle s'était trompée, c'était évident ! Ce n'était pas Lucius. Elle était une femme très occupée, elle n'avait pas de temps à perdre avec ces sottises ! Elle avait une pauvre âme en perdition à ajouter à sa collection.