Hé bonjour vous !
Nous revoici avec le suite de Heartshot. La dernière fois on laissait Kagami en bonne compagnie pendant que Aomine devait partir travailler. La grande question: est-ce que Kise va se tenir tranquille ? On vous laisse le découvrir.
Bonne lecture !
Shadow: En effet, rencontrer les autres membres de la GM il y a moyen que ce soit intéressant ! Affaire à suivre ;)
Kagami guide ses invités jusqu'à son appartement. Il sait déjà qu'il a tout laissé impeccable mais ne peut s'empêcher d'être un peu nerveux à l'idée d'avoir laissé traîner un truc compromettant, comme une tasse sale sur la table basse.
En rentrant, il inspecte rapidement sa pièce de vie et se fige quand ses yeux tombent sur le jean qu'il a lui-même retiré à Aomine plus tôt dans l'après-midi. Il s'affole tandis que la chaleur lui saute au visage, puis il s'intime au calme en se répétant que ce n'est qu'un jean, ça pourrait appartenir à n'importe qui, et la plupart des gens ne trouvent pas ça complètement dingue de laisser traîner des fringues. Sauf que ce jean détonne totalement avec l'aspect autrement si bien rangé et organisé de son appartement.
Il retire ses chaussures fébrilement, se sentant pris au piège. Le vestibule donne directement sur la pièce de vie et il n'est pas possible de cacher quoi que ce soit dans cet espace de vie si étroit. Il n'a pas le choix : il va devoir ranger ce jean sous les yeux des deux autres.
Se flagellant mentalement d'en faire des montagnes, il se dirige d'un pas le plus naturel possible vers le centre de son salon, ramasse le vêtement coupable, le plie soigneusement comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, et le range dans son placard avec les autres pantalons.
Kise ne remarque rien, le regard occupé à découvrir l'antre du tigre. C'est petit, mais c'est cosy. Propre et bien rangé. Il aime bien l'ambiance qui s'en dégage.
En revanche Kuroko ne loupe pas les rougeurs sur les joues de son hôte et se demande si c'est seulement le fait que le vêtement fasse tache dans des lieux si ordonnés. Il préfère ne pas relever, s'étant déjà joué de lui la veille.
« C'est très joli chez toi Kagami-kun.
— Merci ! » répond Kagami avec un peu trop d'empressement en refermant son placard. « Si vous voulez passer à la douche, la salle de bain est juste à droite de l'entrée, y a des serviettes sous l'évier. Faites comme chez vous. »
Puis, il se dirige vers la cuisine ouverte et pioche trois sodas dans son frigo.
« J'y vais le premier ! » s'exclame Kise en se faufilant déjà derrière la porte.
Kuroko s'avance dans l'appartement et saisit le soda qui lui est offert.
« Merci. »
Il se désaltère avec satisfaction, vidant une bonne partie de la boisson. Il peut sentir que Kagami est un peu tendu et cherche quoi dire ou faire pour y remédier.
« C'était chouette comme match. Alex n'était pas disponible cette fois ? »
— Oh, euh... Je lui ai même pas demandé à vrai dire », reconnaît Kagami en lâchant un rire embarrassé. « Ça s'est décidé un peu à la dernière minute. Mais c'est sûr qu'elle voudra rencontrer Kise quand je lui aurai parlé de lui ! »
Il hoche la tête, le croyant sur parole.
« Désolé de n'avoir rien dit hier. J'espère que tu ne m'en veux pas trop... »
Kagami relève la tête et regarde Kuroko, examinant son visage impassible et ses yeux placides, mais doux. Il secoue la tête et lui offre un sourire rassurant.
« Non. Je suis susceptible, mais pas rancunier. Et puis j'avoue, ça devait être marrant. »
Rassuré, Kuroko sourit avec les yeux. Finalement Kagami a été son dommage collatéral, mais il a l'air de l'avoir bien pris.
Kise ne traîne pas sous la douche, et se sèche déjà devant le miroir de la salle de bain exiguë mais fonctionnelle. Dans la manœuvre, son regard se pose sur l'évier où trône le verre comportant deux brosses à dents. Il fronce un peu les sourcils, réalisant qu'à aucun moment il a pensé que le cœur de Kagami puisse être pris. Il ressent une pointe de déception à cette idée mais ne se formalise pas.
Il sort de la salle de bain frais et pimpant et rejoint ses comparses dans le séjour.
« À qui le tour ?
— Vas-y Kuroko », dit Kagami en reprenant une gorgée de soda.
Et tandis qu'il regarde son invité se diriger vers la salle de bain, il se rappelle subitement la deuxième brosse à dents et s'affole de nouveau. Ce n'est qu'une brosse à dents, se rabroue-t-il intérieurement, pas l'arme du crime ! Cependant, il a l'habitude d'être secret et même un simple indice de ce genre peut déjà entraîner des spéculations, et ça le contrarie un peu. Il reprend contenance et sourit à Kise qui s'installe à son tour sur le canapé.
Kise sourit à Kagami, puis observe les lieux, une cheville posée sur son genou. Son regard s'attarde sur le bureau avec l'ordinateur et se rappelle que son hôte est dans l'e-sport.
« Alors c'est là que ça se passe ? »
Kagami se tourne vers son PC et sourit :
« Ouais. Toutes mes économies y sont passées. C'est pour ça que je vis dans un endroit si petit ! »
Il exagère, mais c'est un peu ça. Il avait besoin d'un logement abordable et après l'achat de cet équipement, il n'avait plus grand-chose. Au début, il avait dû enchaîner quelques petits jobs pour s'en sortir, et ça ne fait que quelques mois qu'il se consacre pleinement à la compétition en ligne.
Kise siffle, comprenant que ça représente sûrement plus d'argent qu'il ne l'imaginait. Puis en avisant l'espace, il se demande si vivre à deux ici serait possible, d'un point de vue purement technique évidemment. Il se surprend même à chercher d'autres indices qui indiqueraient que Kagami ne vit pas seul.
« Pour une personne, ça suffit », lance-t-il le plus innocemment possible.
Toujours perturbé après avoir réalisé la présence de la brosse à dents traîtresse, Kagami perçoit aussitôt le sous-entendu, ou en tout cas, se demande s'il y en a un. Heureusement, il n'est pas obligé de mentir sur ce coup-là, car le fait est qu'il vit seul.
« Ouais, à deux on se marcherait dessus », confirme-t-il donc prudemment.
Kise reporte son regard sur Kagami, scrutateur. Il se penche un peu en avant avec un sourire enjôleur et demande en posant son menton dans sa paume :
« Dois- je comprendre qu'il n'y a personne ? »
Kuroko qui sort tout juste de la salle de bain comprend immédiatement ce qui se joue devant lui et cette fois, il intervient. Il abat son poing sur le crâne de son imbécile d'ami.
« Ça ne te regarde pas Kise-kun », le dispute-t-il.
Kise émet un cri de douleur et de surprise mêlée en frottant son cuir chevelu endolori. Foutu fantôme !
Kagami, qui fixait Kise d'un air presque apeuré en le voyant prendre cette expression enjôleuse, bondit carrément à l'apparition de Kuroko. Il pose une main sur sa poitrine, où son cœur bat la chamade.
« Fuck... Je m'y ferai jamais. »
Puis, il se lève en marmonnant qu'il file sous la douche, heureux de pouvoir s'extraire de cette situation inconfortable. Une fois enfermé seul dans la salle de bain, il réfléchit en se déshabillant. Il semble bien que le blond essaie de le draguer. Voilà qui est plutôt inattendu. Les fois où on a essayé de le séduire en dehors des bars gay se comptent sur les doigts d'une seule main. Et le blond ne semble pas le moins du monde intimidé de le faire, ce qui lui laisse supposer que ses amis sont au courant qu'il sort avec des hommes. Cette révélation l'étonne, il a toujours vécu dans un environnement où on ne parle pas de ces choses-là, et où on les cache. Certes, depuis qu'il a fait son coming-out, il met un point d'honneur à ne pas chercher à se cacher et à ne pas considérer sa sexualité comme un secret, mais ça reste encore quelque chose sur lequel il travaille.
Alors qu'il se glisse sous le jet tiède qui lui éclaircit les idées, il pense à Aomine et à quel point ça l'a déstabilisé de s'apercevoir qu'il pouvait être attiré par un homme. Avec un ami pareil, étonnant que ça ne lui ait jamais traversé l'esprit. Après, il sait comme il est facile d'ignorer des parts de soi juste parce que c'est plus commode. Et au final... Aomine n'a pas fui. Tout de même, se demande Kagami, fronçant les sourcils tandis qu'il se savonne... Le brun a sûrement dû déjà subir les avances du blond...
Toutes ces idées le rendent désagréablement perplexe et il les repousse, il se dit qu'il s'inquiète trop et se pose trop de questions. En sortant de la douche, il se rend compte qu'il a un message d'Aomine et s'empresse de lui répondre :
Kagami - 19h15.
Hey. Promis. J'ai invité les gars à boire un soda. Bon courage pour ta soirée.
Et après une hésitation, il ajoute deux petits mots à la fin de son message. "Love you."
« Pourquoi tu m'as frappé, ça fait mal ! grogne Kise encore furieux.
— Tout le monde n'est pas comme toi.
— Et ça veut dire quoi ça ?
— Extraverti, Kise-kun. »
Le blond se renfrogne. Son caractère jovial est une des qualités qui est appréciée dans son métier. Et il est possible qu'à force de voyager autour du globe, il en oublie parfois le décalage qu'il peut y avoir au Japon sur la vie privée qui est plutôt de l'ordre du secret chez certains. Il n'en n'a jamais vraiment souffert cela dit. S'il exaspère bien souvent ses amis, ils ne l'ont pas moins accepté pour autant. Et puis ayant évolué dans le monde de la mode depuis très jeune, il était plus souvent dans la lumière et les potins que du côté introverti de la force. Seulement, quand quelqu'un lui plait, il n'aime pas tourner autour du pot, les escales sont courtes.
En rejoignant Tadashi dans l'open space, il soupire de soulagement en avisant l'horloge. Aomine a même un peu d'avance. Ne pas avoir eu le temps de se préparer mentalement pour le travail lui donne l'impression d'avoir rêvé sa journée. Deux univers entrant en collision dans son esprit. Il faut dire aussi que ses pensées sont peut-être encore un peu avec Kagami, qu'il a laissé d'après son message, en bonne compagnie. Enfin... il l'espère. Il n'a répondu qu'un émoji qui envoie un baiser pour éviter toute nouvelle réflexion de son collègue sur sa nouvelle addiction au téléphone.
Ragaillardi par sa douche, Kagami se rhabille et émerge de la salle de bain plus frais, et calmé. Avant tout, il est content de faire la connaissance des amis d'Aomine, et réalise que c'est aussi à travers eux qu'il a la possibilité de mieux connaître le brun... qui lui aussi, est secret, à sa manière.
En rejoignant ses invités, cette fois il leur propose une bière et revient s'installer avec eux, mettant un peu de musique rock avant de s'assoir sur un coussin, de l'autre côté de la table basse.
« Au fait Kise, t'es là pour combien de jours du coup ? » demande-t-il après avoir bu une gorgée de bière.
Kise accepte la bière volontiers et imite son hôte avant de répondre.
« Une dizaine de jours. Je repars pas ce week-end mais celui d'après. S'il n'y a pas de changement d'ici là.
— Okay, cool. Ça te laisse le temps de prendre des petites vacances. J'attends déjà les prochaines, mais j'ai un tournoi bientôt... Faut qu'on s'entraîne dur », explique-t-il, anticipant déjà ce moment qui le rend nerveux, mais qu'il attend avec impatience.
Kise acquiesce et écoute. Sachant qu'il est surveillé de près, il prend garde aux questions qu'il pose.
« Oui, et de revoir un peu tout le monde aussi j'espère. Du coup, si j'ai bien tout compris, c'est de ton équipe que s'occupe Satsuki c'est ça ?
— Oui c'est Aomine-kun qui les a présentés », confirme Kuroko, content de voir que Kise raccroche les wagons.
Kagami acquiesce en souriant :
« Ouais, je l'ai rencontrée y a pas très longtemps... Enfin... Aomine non plus ça fait pas très longtemps que je le connais... Mais quand il a su ce que je faisais dans la vie il a tout de suite pensé à elle... Et j'dois avouer qu'elle fait du bon boulot ! On est bien contents de l'avoir... »
Kise tique un peu, se demandant combien de temps exactement s'ils en sont déjà à s'appeler par leurs prénoms mais redoute un nouveau coup sorti de nulle part et ne creuse pas plus la question. À la place, il sort son téléphone et ouvre le moteur de recherche dans son application préférée.
« Je vais vous suivre ! Ça soutiendra aussi Satsu-chi comme ça ! Et si je peux apporter un peu de visibilité, je lui dirais de pas hésiter, termine-t-il plus pour lui-même en cherchant le profil de l'équipe de Kagami.
— Bonne idée, ça lui fera plaisir, confirme Kuroko.
— Apporter de la visibilité ? demande Kagami, amusé. T'es une sorte d'influenceur sur les réseaux sociaux ?
— Pas vraiment... enfin, pas volontairement. Je ne sais pas si Aomine-chi te l'as dit mais j'étais mannequin, alors j'ai une fan base solide. Et les photos de voyages, ça marche aussi très bien, explique Kise sans fausse modestie.
— Oh ouais je vois... Donne-moi ton compte je vais te suivre aussi. » Et tandis que le blond le lui donne et qu'il l'ajoute sur son téléphone, il demande, curieux : « Et t'en as eu marre du mannequinat ? Ça aussi ça peut faire voyager, j'imagine... »
Kise valide la demande d'ajout et se renfonce un peu dans son siège en faisant la moue.
« C'était sympa, mais avec les années, je sais pas si ça s'est dégradé ou si j'ai juste ouvert les yeux mais j'ai préféré sortir du milieu. »
Kuroko peut voir le regard de Kise se voiler une petite seconde alors qu'il évoque cette partie de sa vie. Sous toutes les paillettes, Kise avait trouvé des aspects bien plus lugubres dans l'univers de la mode.
« Tu as bien fais Kise-kun, ils auraient fini par te remplacer de toute façon. »
Le blond sourit à son ami. C'est vrai aussi. Au moins, il est parti de son propre chef, au sommet de sa gloire. Sans regret aucun.
Kagami se passe une main dans les cheveux, bien obligé d'avouer qu'il n'a pas la moindre idée de ce à quoi peut ressembler ce genre de milieu :
« Ouais et puis comme sportif de haut niveau, ça doit être hyper contraignant... Mais cool si ton nouveau métier te plaît, en tout cas. Et toi Kuroko, t'as toujours été barman ? »
Kuroko reporte son attention sur Kagami et secoue doucement la tête.
« Non. J'étais serveur avant, pour payer mes études. Mais j'ai dû arrêter pour passer à plein temps. Finalement l'opportunité de racheter le bar s'est présenté. Mais peut-être qu'un jour je reprendrais le chemin de la fac.
— Ah merde, ça a pas dû être facile de lâcher la fac si c'est pas ce que tu voulais. Mais en tout cas tu gères au bar ! Faudra que j'y emmène Alex, d'ailleurs... »
Kuroko accepte le compliment avec plaisir. Un aléa de la vie, mais qui le satisfait. Du moins pour l'instant.
« C'est gentil Kagami-kun. Ce serait avec plaisir.
— Qui est Alex ? » Demande Kise en surveillant Kuroko du coin de l'œil, méfiant.
— C'est... Disons ma mentor, sourit Kagami. Je l'ai rencontrée quand j'étais gosse aux USA, sur un terrain de basket. C'est une ancienne de la WNBA et elle m'a tout appris. »
Comme toujours, il a les yeux qui brillent en évoquant cette femme qui est devenue quasiment pour lui une mère de substitution, et envers qui il est encore tellement reconnaissant aujourd'hui, pour tellement de choses.
« Elle s'est installée définitivement à Tokyo y a quelques années maintenant », précise-t-il.
Ça lui revient ! Satsuki lui en a parlé après l'avoir rencontré. Il a encore un peu de mal à réaliser que Kagami est entré dans la vie de ses trois amis avant la sienne, alors qu'il l'a rencontré la veille dans un bar mais c'est bien de lui, dont il entend parler depuis maintenant des semaines.
« Oh oui Alex, je me rappelle ! Satsu-chi m'a envoyé des vidéos. Elle n'en revenait pas de l'avoir rencontré. Je comprends mieux ton niveau, ça a dû être super enrichissant ! »
Kagami hoche la tête en souriant :
« C'est clair que j'ai appris auprès d'une des meilleures. C'est pas donné à tout le monde. Je suis sûr que ça te plairait de jouer contre elle. »
Kise se redresse tel un ressort, les yeux brillants. Est ce qu'il a bien entendu ?
« Je pourrai ? » s'extasie-t-il.
Kuroko sirote sa bière et secoue la tête, compatissant d'avance.
« Tu n'aurais jamais dû dire ça Kagami-kun, il ne va pas te lâcher maintenant.
Le tigre rigole et hausse les épaules :
« Ça fait rien. Elle adore tester des jeunes qu'elle connaît pas... Alors elle aussi elle aura envie de rencontrer Kise ! Je dois passer la voir demain de toute façon, alors je lui dirai », conclut-il en adressant un clin d'œil au blond.
Kise n'en revient pas. Il va rencontrer une vraie joueuse de WNBA. Encore une fois il se surprend à se demander d'où sort Kagami tant il apporte de nouveauté et de fraîcheur.
« Tu me diras où et quand !? J'ai hâte.
— D'ailleurs en parlant de Momoi-kun, elle ne sait toujours pas que tu es là.
— C'est vrai tu as raison... elle va me pourrir si elle l'apprend de quelqu'un d'autre », s'inquiète le blond.
Kagami s'amuse en entendant ça, ça lui rappelle les angoisses d'Aomine à l'idée de parler à la jeune femme s'il a commis l'erreur de ne pas lui donner de nouvelles quand il l'aurait dû.
« Ouais, apparemment c'est dangereux de s'attirer ses foudres, j'ai déjà été prévenu ! » commente-t-il en riant. « Et ouais bien sûr je te tiens au courant pour Alex. »
Les deux amis hochent la tête, l'air grave.
Comprenant que c'est le signal de départ, Kise avale le fond de sa bière et se redresse.
« Merci pour l'invitation, c'était cool. Et à bientôt du coup j'imagine.
— Oui merci Kagami-kun », renchérit Kuroko.
Puis ils se laissent sagement raccompagner à la porte par leur hôte où ils enfilent vestes et chaussures.
« Passez une bonne soirée », les salue Kagami avant de refermer sa porte, à la fois soulagé de retrouver son chez lui, et content. C'était bien de retrouver Kuroko en dehors du bar, et en dépit de ses réserves initiales avec Kise, finalement il a l'impression de s'être faits de nouveaux amis. Tatsuya serait fier ! À cette pensée, il grimace en imaginant sa "tête de grand-frère" qu'il aime arborer quand Kagami réussit ce qu'il considère comme un accomplissement majeur. Mais il se rappelle qu'il sera aussi authentiquement content pour lui, et ça, c'est déjà beaucoup plus acceptable.
Il range distraitement les bières et les sodas vides et passe un coup de chiffon sur sa table basse avant de se laisser tomber sur le canapé, la tête renversée sur le dossier, contemplant le plafond d'un air rêveur. Puis, il sort son téléphone pour envoyer un message à Aomine... Apparemment, il ne peut pas s'en empêcher.
Kagami - 20h15.
Kuroko et Kise sont partis. C'était sympa de faire connaissance un peu plus. À quelle heure tu finis le boulot cette nuit ?
Aomine a la tête dans ses dossiers. Il essaie de rattraper le retard, ou tout du moins de s'informer de l'avancée de ceux-ci. Il a porté une attention toute particulière à celui de Kagami, dont il a pu lire le rapport d'enquête préliminaire. Ses collègues ont réussi à voir tous les voisins et il a lu plusieurs fois leurs témoignages, mettant en évidence des passages qui lui semblait important. Ça lui fait beaucoup d'informations d'un coup et en avisant l'heure il s'autorise une petite pause-café, proposant silencieusement à Tadashi de lui en rapporter un. Le pauvre a l'air coincé dans une conversation téléphonique particulièrement éprouvante.
Dans la kitchenette du poste, il relance une cafetière – que le dernier à s'être servi n'a pas pris la peine de faire – et sort son portable en attendant que le millésime coule. La question lui tire un rictus.
Aomine - 21h22
Tant mieux alors :) C'était pas prévu, mais ça m'a fait plaisir de le revoir !
À 3h, si pas d'urgence. Pourquoi ?
Il joue les naïfs, mais dans le fond il espère que Kagami l'invitera à venir. Même tard...
Kagami est en plein stream quand son téléphone vibre, et il prétexte une pause pour aller aux toilettes pour s'absenter quelques instants et répondre au brun :
Kagami - 21h25
J'ai envie de te voir. Même si c'est tard... Je peux passer chez toi. Sinon, viens chez moi.
Il regarde son téléphone le cœur battant, il a l'impression de vivre une véritable aventure avec Aomine, même s'il a déjà connu ce genre de situations... Cette fois ça a tout de même une qualité différente. Et il sait que c'est parce qu'Aomine est spécial. Il jette un coup d'œil à l'heure et décide d'attendre quelques minutes pour voir si le brun lui répond de suite.
Trop heureux de la réponse, il réfléchit rapidement et pianote la sienne avant de se servir une tasse de café fumant.
Aomine - 21h26
Ça m'embête de te faire veiller... mais j'ai envie de te voir aussi. Je te dis quand je pars et on se retrouve chez moi ?
Le cœur affolé à l'idée de le retrouver au milieu de la nuit, comme s'il était encore l'ado faisant le mur pour sortir, le brun s'imagine déjà le retrouver et oublier sa "journée" de travail. Il y a comme un parfum d'interdit, ou plutôt d'aventure dans cette proposition.
Le cœur de Kagami bondit en lisant la réponse. Rejoindre le brun chez lui à trois heures du matin... Oui, ça a quelque chose de romanesque et d'excitant.
Kagami - 21h27
Ok, ça me convient. T'inquiète, l'avantage de mon boulot c'est que je commence pas tôt, alors ça ira. À tout à l'heure.
Il avait prévu de faire des courses pour préparer le dîner chez Alex demain soir, mais tant pis, il ira après l'entraînement. Plus que revigoré à l'idée de voir Aomine cette nuit, il se réinstalle devant son live et c'est plus en forme et énergique que jamais qu'il reprend sa partie.
Maintenant que le rendez-vous est pris, il sait que le temps va s'écouler bien plus lentement. À moins que la nuit ne leur apporte des cas intéressants à traiter au poste, ce qu'il ne souhaite pas non plus... Sans parvenir à se départir de sa bonne humeur retrouvé, Aomine retourne à son bureau avec son café.
Il est stoppé net dans sa marche et se tourne en direction de la voix qui l'interpelle :
« Et il est où le mien ? » demande Tadashi en couvrant d'une main le téléphone auquel il est toujours pendu.
« Et merde ! » maugrée Daïki en tournant les talons pour récupérer la tasse oubliée de son collègue.
Dans son dos, il entend le rire gras de son pote lourd de sens, et lève son majeur à son intention, agacé contre lui-même d'être aussi distrait.
Kagami coupe sur son stream vers minuit, fatigué d'avoir joué et échangé pendant plusieurs heures avec ses viewers. Il a d'ailleurs constaté non sans un certain plaisir que son public semble grandir en nombre depuis que sa petite team d'e-sport commence à se faire connaître. Peut-être pourra-t-il obtenir aussi des sponsos pour son propre compte et ainsi augmenter ses revenus...
Ces pensées en tête, il décide de se faire un petit snack. Encore trois longues heures à attendre... Il croise les doigts pour qu'Aomine n'ait aucune urgence qui l'oblige à annuler leur petit rendez-vous nocturne. Cependant, il ne peut pas passer les prochaines heures à ronger son frein, et il décide de se poser avec son snack devant une série à suspense qui, il l'espère, détournera son attention.
Vers une heure du matin, le poste commence à s'animer dans son balai habituel de personnes bonnes pour la cellule de dégrisement, et celles venant porter plainte pour tapage nocturne.
Entre tout ça, Aomine reçoit pourtant quelqu'un qui vient signaler une disparition. Il explique qu'il est encore tôt pour lancer la moindre recherche mais prend très au sérieux l'affaire. Si d'ici huit heure la personne n'a pas donné signes de vie, il promet de lancer la procédure. Il la prépare même en renseignant tout ce que "sa cliente" lui indique comme informations et il la laisse repartir avec sa carte.
« Appelez-moi directement s'il a donné des nouvelles. Si non, revenez nous voir pour qu'on lance les recherches. »
Il trouve toujours ça frustrant, devant la détresse des gens de devoir se plier aux procédures et au règlement. S'il n'écoutait que lui, il partirait tout de suite. Mais il ne peut pas non plus s'impliquer émotionnellement dans tout ce qu'on vient lui confier, ni dans tous les drames qui arrivent. Il prend quand même un peu de temps pour parfaire sa carapace et prendre du recul avant de retrouver l'effervescence de l'accueil.
Dix minutes avant l'heure, il croise les doigts pour qu'aucune affaire ne lui soit envoyée, et commence à faire un peu de tri sur son bureau. Si d'habitude s'attarder lui importe peu, aujourd'hui il compte bien partir à heure pile. Le cœur battant d'impatience, il éteint son ordinateur et file aux vestiaires, portable en main.
Aomine - 3h02
Tu dors ?
Je me change et je sors. À tout de suite...
Kagami n'aurait pas pu dormir même s'il avait essayé. Il est toujours devant sa série, qui heureusement a fait son office pour le divertir et l'empêcher de tourner en rond comme un tigre en cage. Alors quand il reçoit le message, il est déjà prêt depuis une heure, avec un petit sac à dos au pied du canapé où il a mis quelques affaires, ainsi qu'un poulet teriyaki qu'il a préparé en pleine nuit sur un coup de tête. Il s'est dit qu'Aomine aurait peut-être faim en rentrant du travail.
Kagami - 3h03
Je dors pas. Je décolle et je te rejoins chez toi.
Impatient, il empoche son téléphone et quitte son appartement sans autre forme de cérémonie, son sac à dos sur l'épaule. Dehors, à cette heure avancée, la nuit est très calme, emplie du vague bourdonnement typique des zones urbaines, mais autrement silencieuse. Il n'y a pas un chat et il a l'impression de faire une fugue tandis qu'il avance rapidement, fendant les ténèbres d'une flaque de lumière à l'autre entre les réverbères orangés.
Aomine se retrouve devant son immeuble à jouer nerveusement avec ses clefs. Il inspecte les environs, toujours avec cette idée saugrenue mais tenace, qu'il enfreint un énième règlement. Dans la pénombre, il lui semble entendre le son feutré caractéristique d'un pantalon dont les jambes se frottent dans une démarche rapide. Bientôt il peut distinguer la haute silhouette de Kagami se découper dans la lumière d'une fenêtre éclairée de sa résidence éclaboussant le trottoir. Son cœur fait un bond dans sa poitrine tandis qu'une envolée de papillons vient chatouiller son estomac.
Il s'avance à sa rencontre et enroule son bras autour de sa taille dès qu'il est à portée et dépose un baiser dans son cou.
« Hey... » chuchote-t-il tout bas.
Kagami le serre contre lui, tout heureux de le retrouver. Il ferme les yeux un bref instant puis se recule pour le regarder dans la pénombre :
« Ça a été le boulot ? » souffle-t-il sans pouvoir gommer son sourire.
Aomine l'entraine devant l'entrée qu'il déverrouille de son badge.
« Plutôt tranquille », dit-il brièvement, ne voulant pas s'étendre dans le hall de l'immeuble.
Il lâche Taïga pour aller inscrire son nom sur le registre, lui procurant un shoot d'adrénaline. Une peur fugace qu'il laisse se consumer, se rappelant qu'il ne fait rien de mal. Puis il mène le tigre dans la cage d'escalier.
Kagami le suit jusque chez lui, et dès qu'ils pénètrent dans l'appartement, il flaire l'odeur de l'antre de la panthère, familière et douce à ses narines. Il reprend ses marques dans ce lieu qu'il n'a pas tant fréquenté que ça finalement, mais qu'il a envie de connaître aussi bien que chez lui.
Il pose son sac à dos sur le comptoir et sort la boîte contenant le résultat de sa cuisine nocturne.
« J'ai fait un poulet teriyaki... J'me suis dit que t'aurais peut-être faim. Sinon, t'en auras pour demain ! »
Alors qu'il débarrasse ses poches de son bric à brac, il se fige en entendant le mot magique. Un instant il regarde Kagami avec des yeux ronds et s'approche de la cuisine, soudain envouté par l'odeur qui s'en dégage.
« Pour moi ? » demande-t-il incrédule en réalisant qu'il meurt de faim.
Kagami sourit, heureux de voir le brun si enthousiaste et se félicite d'avoir pris cette initiative.
« Yeah, pour toi ! » rigole-t-il. Il s'approche pour poser un baiser dans ses cheveux et ajoute : « J'avais envie de te faire plaisir. Je te fais réchauffer ça, alors ? »
Il acquiesce avec un sourire, puis s'installe à son comptoir, observant Kagami réchauffer son dîner. Il déglutit en se demandant comment lui rendre la pareille. Il lui semble que Kagami fait beaucoup pour lui, il aime sa façon de prendre soin de lui. Et il aimerait trouver un moyen de lui montrer ce qu'il ressent pour lui et qu'il n'arrive pas encore à exprimer.
Quand son cuisinier préféré et visiblement attitré, dépose son assiette devant lui, il le coince entre ses cuisses pour venir l'embrasser, avec toute sa gratitude.
« C'est toi qui as gagné aujourd'hui... c'est moi qui te devais une bouffe. Mais merci, ça sent super bon... »
Kagami glisse une main sur sa nuque, le regardant tendrement.
« De rien. Ça me fait plaisir. Et puis de toute façon, je tournais un peu en rond en attendant trois heures du mat. J'ai streamé en début de soirée, mais... Après j'en avais marre. J'avais hâte de te voir », avoue-t-il en rougissant un peu.
Ravi par sa confidence, Aomine sourit et vient picorer son cou de baisers avant de consentir à le lâcher pour manger.
« C'est passé lentement pour moi aussi. Et j'étais un peu trop distrait... » admet-il en s'armant de ses baguettes. « Ça s'est bien passé ton live ? »
Kagami prend place près de lui après s'être débouché une bière, et le regarde manger avec satisfaction.
« Ouais... Je crois que j'ai plus de viewers depuis que mon équipe commence à se faire connaître. Y a plus de gens qui m'en parlent aussi. »
Aomine écoute d'une oreille mais se laisse transporter par le poulet teriyaki de Kagami. Il ferme les yeux un instant en savourant sa bouchée, gémissant d'extase. Son plat préféré.
« Hm, c'est une dinguerie putain... » Il prend le temps d'avaler avant d'ajouter à l'intention de son voisin. « Je suis content pour toi, c'est une bonne chose. Et ça a été avec les gars ? Kise n'a pas été trop... chiant ? »
Il s'efforce de prendre un air détacher en revenant à son plat mais son pouls s'accélère quelque peu.
Kagami lâche un grognement en se frottant l'arrière de la tête, se sentant obligé de lui dire ce qu'il a remarqué.
« Nan, il est vraiment sympa. Mais... J'ai euh... l'impression qu'il me drague. »
Il glisse un regard de côté à Aomine, incertain de sa réaction, peut-être que ça va l'énerver ou qu'il va rétorquer que c'est totalement absurde. Et puis c'est vrai qu'après tout, il se trompe peut-être...
À ces mots, le sang d'Aomine ne fait qu'un tour. Il en aurait mis sa main au feu, il connait trop bien Ryota pour en avoir douté. Il repose ses baguettes restées en suspens entre l'assiette et sa bouche et se tourne vers Kagami, le regard fou.
« Il a fait quoi ? »
Kagami écarquille les yeux, pris de cours par cette réaction plus intense qu'il ne l'avait anticipé. Il lève une main en signe d'apaisement et tâche de défendre le blond :
« Ouais enfin... c'était pas lourd non plus, quoi. Il tâte le terrain, je pense... Et puis, c'est pas comme s'il était au courant qu'on est ensemble. »
Le brun se décompose. Kagami a raison. Il ne peut pas en vouloir à Kise d'essayer. Mais rien que l'idée qu'il lui fasse les yeux doux lui met les tripes en vrac. Peut-être parce qu'il a parfaitement conscience de son tableau de chasse, l'ayant mainte fois accompagné dans ses jeux de séductions où là aussi, ils se livraient batailles. Il se souvient avec amertume qu'ils craquaient bien souvent sur les mêmes filles, alors pourquoi s'étonne-t-il qu'il en soit de même pour les hommes ?
Il reprend son repas, la nourriture de Taïga ayant cet effet apaisant et réconfortant qu'il cherche en cet instant. Plus calme au bout de quelques minutes, il demande sans le regarder, presque penaud :
« Tu veux que je lui dise ? »
Kagami tourne sa bière entre ses doigts, incertain de savoir quoi dire. Puis, il relève la tête et hausse les épaules :
« Je peux aussi lui dire que je suis pas intéressé. Je sais que... » Il hésite, cherchant ses mots, puis reprend : « C'est pas facile de faire son coming-out. C'est pas un truc que je peux te presser de faire. »
Tout en mâchant la fin de son repas, il réfléchit aux paroles de Kagami. Le dire à Kise, ce n'est pas comme le dire à tout le monde. Pourtant dès qu'il pense à parler de sa relation avec Kagami à ses proches, il a presque mal physiquement quand il s'agit de Ryota. Le comble, c'est que ce sera le plus à même de le comprendre. Mais ce que lui a dit Satsuki sur le toit lui reste dans la tête. Depuis, il a réalisé qu'entre eux, ce n'était peut-être pas si clair que ça. Il craint sa réaction. Mais il craint plus encore de devoir le regarder draguer Taïga...
« Ok. Je vais y penser. Mais en attendant...» Il hésite, se détestant de devoir lui demander ça. « Fais lui comprendre... »
Kagami secoue la tête avec un sourire incrédule :
« Je sais pas ce qui se passe en ce moment... Mais ça fait le deuxième mec en uelues semaines que je dois repousser pour toi... »
Certes les circonstances sont très différentes mais ça l'amuse quand même, en fait il ne s'est jamais trouvé dans ce genre de situation. Cependant, il n'est pas ravi de devoir cacher leur relation. Ça lui laisse un goût amer, mais il comprend que tout ça est allé très vite et qu'il ne peut pas demander à Aomine de suivre ce rythme comme si c'était ce qu'il y a de plus naturel au monde.
Kagami réussit à le faire rire. Enfin, c'est plus un bébé rire, un peu âcre, mais tout de même. Il s'essuie la bouche et pivote pour se trouver face à Kagami. Il pose ses mains sur ses genoux et braque son regard dans le sien. Il cherche son attention et se perd dans les méandres des reflets rubis de ses yeux. Il y puise sa certitude.
« Un jour, t'auras plus à t'en occuper », promet-il à Kagami autant qu'à lui-même.
Le rouge se plonge dans ce regard déterminé. Il n'aime pas vraiment ce genre de promesse, un peu trop vague, et qu'on peut renouveler à l'infini. Mais il sait qu'Aomine est sincère.
« Yeah... Espérons que je vais pas avoir davantage de succès au cours de ces prochaines semaines alors ! » tente-t-il de plaisanter encore, avec un léger rire.
Aomine n'est pas sûr qu'il l'ait cru, mais sa remarque le fait sourire. Sur le même ton il réplique :
« Si c'est le cas, je te mets à l'abri en cellule.
— Hé, tu peux pas faire ça ! J'ai des droits ! proteste Kagami en le fusillant du regard. Et puis en plus, je suis sûr que vous avez pas assez de cellules pour me garder tout seul longtemps, alors y aura toujours les autres détenus !
— Si je peux ! Trouble à l'ordre public ! » s'amuse-t-il. « Si c'est au poste, au moins je pourrais les surveiller !
— Nan mais je rêve... » Kagami lève les yeux au ciel, mais est amusé au fond par les idioties du brun. « Si je suis en prison t'auras plus de poulet teriyaki », remarque-t-il ensuite.
Aomine descend de son tabouret et vient enlacer Kagami en faisant mine de réfléchir.
« Ok. Et si je te séquestre ici ? » Propose-t-il, prêt à négocier.
Le tigre rigole en lui chatouillant les côtes.
« Okay, mais faut que je puisse installer mon ordinateur ici. J'ai un boulot à assurer, moi aussi ! »
Aomine se tortille sous les attaques du fauve mais a retrouvé le sourire en plongeant dans son cou. Il l'embrasse et le mord gentiment, remontant vers sa mâchoire, puis ses lèvres.
« Si y a que ça... » Un baiser tendre. « Je le découvre en même temps que toi, mais apparemment, j'aime pas qu'on touche à mon mec. »
Il embrasse Taïga chastement sur ces derniers mots, et se détache de lui avant qu'il ne puisse découvrir sa gêne d'avoir osé les prononcer et s'attelle à débarrasser la table, le cœur battant à lui rompre les côtes.
Kagami sourit à ces mots, et regarde Aomine tâcher de faire comme si de rien n'était. Peut-être que le brun n'est pas prêt à faire savoir à tout le monde qu'ils sont ensemble... Mais il considère bien qu'ils sont en couple aujourd'hui. Ça réchauffe son cœur, même s'il reste cette pointe d'incertitude qui l'empêche d'être tout à fait serein. De son expérience, les relations cachées finissent par s'effriter peu à peu... Mais il se raisonne : ils ont encore du temps. Il oublie trop souvent, avec l'intensité de ce qu'il éprouve au contact d'Aomine, que tout n'a débuté qu'il n'y a quelques semaines, avec un Aomine tout à fait sûr de son hétérosexualité. Ils ont déjà parcouru beaucoup de chemin.
Il se lève à son tour et s'étire, faisant craquer sa nuque. Il est tard et la fatigue commence à le rattraper.
« Je squatte ta salle de bain cinq minutes », annonce-t-il avant de s'y éclipser.
Le brun termine de mettre sa cuisine en ordre, ce qu'il n'aurait surement pas fait si Kagami n'était pas là, et le regarde s'éloigner du coin de l'œil. La non réaction du rouge le conforte dans ce qu'il pense depuis quelques jours déjà. Ils sont ensembles. En soit, le dire ne changera rien à ce qu'ils partagent et construisent, pourtant, ça lui fait quelque chose.
Il est en couple avec Kagami. Il se le répète mentalement plusieurs fois, rêveur, apprivoisant les mots autant que l'idée. Il a une pensée fugace pour Tetsu qu'il doit voir demain. Il est content de pouvoir lui confirmer ce qu'il est certain que son ami a deviné. Il le soupçonne même d'avoir voulu le tester en jouant ce petit jeu de l'ignorant avec Ryota et Kagami.
Kagami se lave les dents et se rafraîchit un peu, il en profite pour discipliner un peu sa chevelure. Tandis qu'il se regarde dans le miroir, il réalise qu'il n'est encore jamais entré dans la chambre d'Aomine, et c'est encore comme une nouvelle petite étape dans leur cheminement. Fin prêt, il ressort de la salle de bain et regarde Aomine avec un petit sourire gêné :
« Hm... Je me rends compte que je sais pas où est ta chambre... »
Aomine reste bête, puis réalise qu'il dit vrai. Il lui indique la porte à sa droite d'un geste de la main et s'approche de lui.
« Vas-y, j'arrive dans cinq minutes. »
Kagami hoche la tête en souriant, et pousse la porte qu'on lui a indiquée. Il aperçoit un grand lit plutôt trois places que deux, mais ça lui va de dormir pour une fois dans un espace où il ne sentira pas trop grand. Il allume une petite lampe de chevet et se déshabille rapidement, ne gardant que son boxer avant de se glisser sous la couette. L'odeur du brun imprègne délicieusement les draps et il ferme les yeux. Il se sent en sécurité ici. Apaisé.
Rapidement, Daïki se brosse les dents et fais une brève toilette de chat, abandonnant son linge sale dans la corbeille. Le cœur toujours battant un peu trop vite, il peut le sentir accélérer encore en trouvant la masse de Kagami sous sa couette. Il aime beaucoup cette vision. Son mec, dans son lit. Il referme la porte derrière lui et s'approche doucement du lit où il se faufile jusqu'au corps chaud de Taïga, pile au centre.
Kagami éteint la petite lampe et se rapproche du brun qu'il enlace, caressant son dos du creux des reins à la nuque qu'il masse doucement alors qu'il écoute son souffle dans le noir. Tout est parfaitement calme autour d'eux et il se relaxe dans cette pénombre et ce lit confortable où il peut profiter de la compagnie d'un occupant si séduisant. Son corps lui semble particulièrement chaud contre le sien, il aime la sensation de son torse qui vient se presser contre le sien au rythme de sa respiration, intensifiant encore sa sensation de calme.
Sous les caresses de Taïga, il ronronne presque. La main posée sur la taille sculptée mais marquée du tigre, il laisse ses doigts la parcourir dans de petits cercles, savourant la douceur de ce moment intime, dans le noir. Ses pensées commencent à s'étioler, se faisant vagues et floues. Pourtant, une parmi les autres se fait plus nette, venant l'arracher à sa torpeur. Il s'en amuse, et l'énonce dans un murmure pendant qu'il la conscientise.
« Personne n'a jamais dormi ici. »
La main de Kagami s'immobilise sur sa nuque, pris au dépourvu par cette confession.
« Vraiment ?! Oh, ben... Je suis content d'être le premier, alors... »
Il sourit dans le noir et reprend sa caresse, pensif. C'est vrai qu'Aomine avait mentionné ne jamais avoir eu vraiment de relations sérieuses. Mais tout de même... Ça veut dire qu'il était très protecteur de son intimité aussi, ceci expliquant cela, probablement. Il réalise que ça a alors sans doute beaucoup de poids et de signification qu'il l'invite naturellement dans son lit. Ça le trouble un peu et il réfléchit en silence, tandis qu'il lui semble que le brun se détend de plus en plus entre ses bras, son souffle se faisant plus profond.
La réponse qu'il formule ne franchit pas la barrière de ses lèvres, trop bien bercé par Taïga. Il s'endort sans s'en apercevoir, rattrapé par la fatigue. Dans son sommeil, son corps se love d'instinct contre le torse de Kagami, où il termine de sombrer profondément.
Kagami reste un moment éveillé, à penser à tout ce qui s'est passé aujourd'hui et aux révélations de la soirée. La présence chaude et rassurante d'Aomine contre lui empêche ses pensées de trop dériver et peu à peu, la fatigue de cette longue journée le rattrape, et il s'endort sans s'en rendre compte au beau milieu d'une réflexion.
