La vraie vie

Eddie sentait son cœur battre à tout rompre alors qu'il franchissait les portes de la caserne 118.

Ce n'était pas seulement l'excitation de commencer un nouveau travail, mais une étrange combinaison de peur et d'espoir. Il savait que devenir pompier était une bonne décision, mais il ne pouvait s'empêcher de penser à l'homme de ses rêves. Des années, cet inconnu avait hanté ses nuits, lui apportant une paix et une tendresse qu'il n'avait jamais connues dans la réalité.

C'était une façon de rester proche de lui.

Lorsqu'il avait choisi cette caserne, c'était en grande partie parce qu'elle était la plus proche de chez son abuela, qui garderait Christopher pendant ses gardes. En plus son fils avait dit que ce numéro lui porterait chance parce qu'il sonnait bien. C'était arbitraire mais si Christopher avait un bon feeling il n'allait pas le contredire.

Le capitaine Bobby Nash lui avait semblé sympathique au téléphone, mais Eddie savait que ce n'était pas seulement cela qui l'avait attiré ici. Au fond de lui, il espérait retrouver quelque chose, quelqu'un ou juste la confirmation que rien n'était réel.

La caserne ressemblait étrangement à celle de ses rêves, mais il se rappelait que toutes les casernes avaient une certaine uniformité.

Cela n'aidait pas à calmer son esprit tourmenté.

Son cœur se serra en pensant à l'inconnu de ses rêves. Il rêvait de lui de moins en moins, et cela le désespérait mais il devait admettre qu'il essayait de fuir le sommeil et de dormir en dehors de la nuit, par peur de retomber dans les bras de cet homme qui n'était qu'une chimère. Il devait se reprendre et reprendre sa vraie vie en mains.

Christopher méritait mieux qu'un demi père.

Ce rêve, aussi irréel soit-il, lui avait donné un répit dans une vie qui, autrement, lui semblait insupportable. Christopher était la seule chose qui le faisait tenir bon, mais même cela était épuisant.

Cela faisait des semaines qu'il avait dit à Buck où il se trouvait mais il n'était pas venu.

Los Angeles était grand mais Eddie s'était permis d'y croire et maintenant il souffrait. Tout ça était un beau rêve, un rêve douloureusement réel mais il devait se reprendre maintenant et arrêter de vivre dans un fantasme.

Ça lui faisait plus de mal que de bien.

Alors qu'il se changeait dans les vestiaires, il fut frappé par la ressemblance avec ses rêves. Il se força à penser que toutes les casernes devaient se ressembler, mais il ne pouvait ignorer le sentiment de déjà-vu.

Soudain, la porte des vestiaires s'ouvrit, et trois personnes entrèrent.

Eddie se figea. Il les reconnut immédiatement. Ils étaient tous dans ses rêves, des personnages secondaires sur lesquels il ne s'était jamais vraiment penché, excepté le Cap, trop occupé par l'inconnu qui occupait toutes ses pensées, mais ils étaient là.

Tous là.

– Bienvenu Eddie, lui sourit-il chaleureusement. Je suis le capitaine Nash, on s'est parlé au téléphone. Et je te présente Hen, et Chimney, nos secouristes titulaires.

Eddie se demanda instant s'il perdait la tête alors que son cœur se gonflait d'espoir.

Si eux étaient ici, alors peut-être que...

Il n'osait pas y croire. Mais alors, il le vit. Juste à l'extérieur des vestiaires, figé, le regard fixé sur lui.

Buck.

Il semblait aussi surpris que lui. Sans réfléchir, Eddie sortit du vestiaire, torse nu, sa chemise d'uniforme dans la main, pour le rejoindre.

Il vit Buck déglutir difficilement en le regardant.

– Buck ? demanda Eddie, incertain, la voix tremblante.

Buck sourit timidement toujours abasourdis de sa présence et Eddie ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était encore plus beau dans son uniforme dans la vraie vie que dans ses rêves.

– Hey, Eds, répondit-il.

Eddie sentit son cœur s'emballer.

Il posa une main tremblante sur son cœur, juste pour s'assurer qu'il ne perdait pas complètement la tête, comme en plein rêve éveillé.

Buck posa sa main sur la sienne avec une infinie douceur.

– Je suis réel, Eds, lui assura-t-il tendrement. Je suis réel.

Eddie acquiesça toujours sous le choc, crispant sa main dans sa chemise. Son annulaire accrocha la chaine sous l'uniforme de Buck et il fronça les sourcils.

– Ouais, souffla-t-il gêné. Je t'avais dit que j'en achèterais une…

Eddie tira sur la chaine pour révéler en anneau simple en argent. Son anneau, celui qu'il portait dans ses rêves.

– C'est… ?

– Ouais, disons que… je n'ai jamais eu beaucoup d'imagination et… Tu méritais quelque chose de beau. Alors…

Eddie avait envie de pleurer mais il se retint et posa sa main sur sa joue, le sentant ployer contre sa paume, comme affamé du contact.

– Tu m'as fait attendre Buck, lui reprocha-t-il tendrement. Ne me fais plus jamais attendre comme ça.

– Je te le promets, souffla-t-il.

– Bien, alors ça serait peut-être le moment de m'embrasser, non ?

Buck sourit, un sourire magnifique, beau comme le soleil et merveilleux.

C'était tout ce qu'il fallait pour qu'il l'attire à lui, capturant ses lèvres dans un baiser passionné. Eddie le serra contre lui, l'embrassant à pleine bouche. C'était tellement bon, aussi bon que dans ses rêves. Eddie oublia tout, où il était, qui les entourait, tout sauf Buck et cette sensation de bonheur.

Ils étaient tellement absorbés l'un par l'autre qu'ils sursautèrent quand ils entendirent le capitaine Nash se racler la gorge. Ils se séparèrent, les joues rouges, respirant difficilement.

Il les regardait avec un sourire amusé.

– Alors, je présume que vous vous connaissez ? demanda-t-il.

Eddie, toujours un peu confus, hocha la tête.

– On peut dire ça.

Buck, plus direct, haussa les épaules.

– C'est compliqué mais disons qu'on est peut-être un peu… fiancés ?

– Seulement si tu me repasses cette bague au doigt, lui rappela-t-il en lui cognant l'épaule.

C'était une taquinerie mais Buck ne se fit pas prier et décrocha l'anneau de son cou pour le glisser à son annulaire. La sensation familière du métal autour de son doigt l'envahit de bien-être.

– Je t'aime, souffla-t-il.

– Je t'aime aussi.

Buck lui sourit tendrement, puis il prit sa main, entrelaçant leurs doigts. Bobby leurs sourit, compréhensif.

– Eh bien, j'espère que vous vous sentirez chez vous ici, Eddie. Il faudra juste passer à mon bureau plus tard pour remplir quelques formalités, d'accord ?

Eddie hocha la tête, reconnaissant.

– Bien sûr, Capitaine. Merci.

Buck récupéra sa chemise d'uniforme et l'aida à la passer avec un regard affamé et Eddie savait qu'il ne rêvait que du moment où il allait pouvoir la lui arracher.

Chimney, qui avait observé la scène avec un sourire en coin, lança une question alors que Hen essayait de l'en empêcher en vain.

– Fiancés ? Sérieux ?

– Ouais, Chim, soupira Buck. Sérieux.

– C'est pour ça que t'étais bizarre ces derniers temps ? renchérit-il.

– T'aurais pu nous le dire, Buck, le gronda Hen.

– C'est que j'ai toujours un peu de mal à y croire moi-même, affirma-t-il en le regardant dans les yeux.

Eddie pourrait se perdre dans de magnifique regard de la couleur de l'océan et jamais il ne se lasserait de regarder cet homme magnifique qui semblait lui appartenir.

– J'ai quand même une question, poursuivit Chimney. Depuis quand tu aimes les mecs ?

– Chim ! le gronda Hen.

Buck haussa les épaules avec un sourire espiègle, serrant ses doigts entre les siens.

– Depuis que je t'ai rencontré, dit-il en ne le quittant pas des yeux. Aucun autre ne pourra jamais rivaliser avec l'homme de mes rêves.

Eddie se sentit rougir, mais son cœur était plein de bonheur.

Il était encore étonné de voir que Buck était réel, que tout cela n'était pas seulement un fantasme inventé par son esprit pour supporter sa vie merdique.

Hen et Chim les quittèrent en se chamaillant les laissant seul, dans leur bulle.

– Désolé d'avoir… en quelque sorte, fui mes rêves ces derniers temps, s'excusa Eddie en boutonnant sa chemise.

– Je m'en suis douté, souffla Buck. Je veux dire, j'ai mis ce temps à contribution pour essayer de te retrouver. Si j'avais su que tu allais tout droit venir me retrouver…

Eddie lui mit une tape sur le bras et Buck se mit à rire. Puis, il le prit entre ses bras et le regarda droit dans les yeux.

– Je t'aurais cherché encore plus férocement, affirma-t-il avec intensité.

– Alors, on le fait vraiment ? demanda Eddie.

– On se connait Eddie et on s'aime depuis des années déjà. On attendra autant que tu voudras mais je suis prêt.

– Je suis prêt aussi, lui sourit-il amoureusement.

Ils se dirigèrent vers la salle commune, où d'autres membres de l'équipe les attendaient. La caserne était un endroit animé, avec des conversations joyeuses et des rires qui résonnaient à travers les murs. Eddie se sentit immédiatement accepté, comme s'il avait enfin trouvé sa place. Buck était à ses côtés, et cela rendait tout plus supportable.

Son fiancé se tourna soudain vers lui un éclair de panique au fond des yeux.

– Chris ? souffla-t-il. Est-ce qu'il… ?

– Il est réel aussi, le rassura-t-il. Je ne sais absolument pas comment je vais lui expliquer ça mais… Il est réel.

– Oh…, rougit-il en baissant les yeux. Peut-être que tu n'auras pas grand-chose à expliquer… alors.

Buck semblait vraiment gêné et Eddie ne comprenait pas pourquoi jusqu'à ce qu'il comprenne d'un coup.

– Chris aussi ? s'étonna-t-il.

– Je ne sais pas pourquoi ni comment, se défendit-il. Mais quand tu as déserté mes rêves, Christopher est venu les visiter. J'ai cru à un fantasme. J'ai toujours rêvé de devenir père.

Eddie tenta d'accuser le coup alors que Buck incertain le questionnait en silence, comme s'il avait dépassé les bornes. Si Christopher avait été aussi dans chacun de leurs rêves de famille, il ne lui en avait jamais parlé.

Puis un détail lui revint en mémoire.

– Lui as-tu mentionné que tu travaillais à la 118 ?

– Peut-être. Pourquoi ?

– Parce qu'il était avec moi quand j'ai fait mon choix et qu'il a dit qu'il aimait bien ce numéro.

Buck éclata de rire, la tension soudainement disparue.

– Tu sais quoi ? J'aime vraiment ton fils.

– Notre fils, le corrigea-t-il. Si Chris est avec nous depuis le début alors, il est notre fils.

A court de mots, Buck pressa ses lèvres sur sa tempe et l'entraina dans la cuisine.

Alors qu'ils prenaient place autour de la table pour discuter des tâches à venir, Eddie se sentit étrangement en paix. Oui, il avait beaucoup à apprendre et à prouver, mais avec Buck à ses côtés, il savait qu'il pourrait surmonter n'importe quel obstacle.

– Alors, Eddie, dit Hen en souriant. Tu es prêt pour ta première journée ?

– Oui, je suis prêt.

Buck, assis à côté de lui, posa une main rassurante sur sa cuisse.

– Tu vas faire un excellent travail. Je le sais.

Eddie sentit une chaleur douce envahir son cœur.

La journée passa rapidement, remplie de formations et de présentations. Eddie se sentait plus à l'aise à chaque moment passé avec l'équipe. Ils étaient tous incroyablement accueillants et solidaires.

Buck était toujours près de lui, prêt à l'aider et à le soutenir.

À la fin de la journée, alors qu'ils remplissaient la paperasse avec Bobby, Eddie se sentit envahi par un sentiment de gratitude. Il avait trouvé un endroit où il pouvait se sentir chez lui, entouré de personnes qui se souciaient de lui.

Après avoir terminé la paperasse, Bobby leur donna un sourire approbateur.

– Bienvenue dans la famille, Eddie. Nous sommes heureux de t'avoir avec nous.

Eddie sourit, sentant une vague de bonheur l'envahir.

– Merci, Capitaine. Je suis vraiment heureux d'être ici.

Alors qu'ils quittaient le bureau de Bobby, Buck attrapa la main d'Eddie, entrelaçant leurs doigts.

Ils se dirigèrent vers la sortie, prêts à affronter une nouvelle journée. Eddie savait que la route serait longue et parfois difficile, mais avec Buck à ses côtés, il se sentait capable de tout affronter.

Alors qu'ils franchissaient les portes de la caserne, Eddie se tourna vers Buck, un sourire aux lèvres. Il était heureux et enfin complet. Buck le regarda avec amour, ses yeux brillants de tendresse infini.

Et pour la première fois depuis longtemps, Eddie se sentit vraiment en paix. Il avait trouvé son bonheur, sa nouvelle vie, et l'amour de ses rêves. Tout était possible, tant qu'il avait Buck à ses côtés.

Eddie s'arrêta un instant, regardant Buck avec tendresse.

– Je ne peux pas croire que tu es réel, murmura-t-il.

Buck sourit, sa main serrant doucement celle d'Eddie.

– Moi non plus. Mais je suis là, et je ne vais nulle part. Enfin si, là on va au tribunal pour confirmer une date de mariage mais ensuite je suis tout à toi.

Eddie hocha la tête, sentant une chaleur douce envahir son cœur. Il avait trouvé ce qu'il cherchait depuis si longtemps. Une nouvelle vie, une nouvelle espérance, et un amour éternel. Tout était enfin à sa place, et il savait qu'il ne serait plus jamais seul.