5. Rappelle-toi !

Izuku prit une douche brulante, se changea, et se coucha pour finir sa nuit. Le lendemain, il trouva un vieux paquet de chips et se dit que ça suffirait à le sustenter. Même s'il avait promis à Bakugo d'aller le voir, il n'avait pas précisé d'heure. Il décida donc de se laisser une dernière chance de trouver un travail. Il prit un bus pour l'emmener plus loin, n'ayant pas l'argent pour payer l'essence de sa voiture. Il déposa son CV là où il pouvait, restaurants, kombinis, et même pour faire des ménages. On ne pouvait pas dire qu'il ne faisait aucun effort, c'était juste qu'il avait la malchance que ceux-ci ne portent pas leurs fruits.

Si seulement il avait pu retourner dans le passé et le changer. Il pourrait peut-être être encore avec Uraraka et Iida, il pourrait encore être policier. Mais ça ne servait à rien d'y penser, on ne changeait pas le passé, on apprenait à vivre avec.

Izuku était clairement coincé dans le présent. Le passé restait derrière lui et le futur était tellement incertain qu'il n'était pas sûr d'en avoir un. Aujourd'hui, tout de suite, maintenant, il était là. Il essayait de se vendre sans donner son corps, sans plonger dans la prostitution.

Il ne se dirigea vers le parc que dans la soirée. Izuku s'en approchait quand il entendit des gens crier et en vit des qui fuyaient l'endroit. Aussitôt il pensa à Bakugo et se mit à courir.

Le cerisier semblait possédé. Non, songea Izuku, il ne « semblait » pas, il l'était. Ses branches se secouaient faisant tomber des pétales à ses pieds, il donnait l'impression d'être prêt à attaquer quiconque s'approcherait trop près de lui. Izuku accéléra l'allure et sans réfléchir il se jeta contre le tronc et l'enserra dans ses bras.

— Je suis là, cria-t-il. Pas la peine de t'énerver comme ça !

Aussitôt, le cerisier se calma. Il redevint inerte, comme un arbre normal.

— Si tu te fais remarquer comme ça, tu vas te mettre en danger, se fâcha Izuku sans lâcher le tronc.

Apparut Bakugo à ses côtés.

— Tu ne venais pas et tu avais promis !

— Je suis venu, tu vois, je suis venu !

Bakugo resta silencieux, mais ses yeux lançaient des éclairs.

— Les gens vont avoir peur de toi, ils vont penser que tu es dangereux et tu sais ce qu'on fait quand quelqu'un chose devient dangereux ? On s'en débarrasse, insista Izuku se séparant doucement du tronc.

Bakugo croisa les bras :

— Si toi tu te débarrasses de moi en premier, je ne vois pas pourquoi je ne laisserais pas les autres le faire aussi.

— Mais je ne veux pas que tu meures !

— Tiens, c'était exactement ce que je disais de toi et tu t'en moquais totalement de ce que je pensais. Tu t'es même énervé quand je t'ai sauvé la vie.

Izuku baissa la tête :

— Moi ce n'est pas pareil, murmura-t-il, je suis un raté, ma vie est foutue. Mais toi tu es un magnifique cerisier, tu rends les gens heureux.

— Et qui me rend heureux moi ? gronda Bakugo.

Izuku releva les yeux et Bakugo, en colère, le fusillait du regard :

— Je suis toujours seul, j'ai inventé des noms stupides aux cerisiers qui m'entouraient et j'espionne les gens, mais personne ne me voit, personne ne fait vraiment attention à moi, pour tout le monde je ne suis qu'un cerisier parmi tant d'autres, autrement dit je ne suis rien ! Tu es le seul Deku, tu es le seul qui a joué avec moi, qui a été là, qui m'a apporté du bonheur. Et maintenant qu'on se retrouve, tu veux me quitter à nouveau ! Si tu meurs, je meurs aussi ! Tu le comprends ça ?

Plus il parlait et plus les yeux d'Izuku s'écarquillaient. Izuku s'était tellement replié sur lui-même qu'il s'imaginait être le seul à souffrir, à avoir mal, à voir sa vie partir à vau-l'eau. Il pensait que les autres avaient une vie super tandis que la sienne était finie. Égoïstement, il avait cru que se tuer n'aurait aucun impact sur rien ni personne. Il s'était trompé, complètement fourvoyé. Bien sûr que ça aurait un impact, bien sûr que ça toucherait, bien entendu que sa mort affecterait des gens. Ne serait-ce que son père. Peut-être que ce dernier était souvent absent n'avait pas été beaucoup là dans la vie de son fils, mais est-ce qu'il ne serait pas touché un minimum par sa disparition ? Izuku avait envie d'y croire.

Son père l'aimait à sa façon.

Et puis maintenant il y avait Bakugo.

Il s'était confié au cerisier sans entendre son mal être.

— Je ne m'en rappelle pas, murmura Izuku.

— Je sais que tu ne t'en rappelles pas, mais moi je ne t'oublierai jamais.

— Je suis désolé, dit-il, j'allais venir comme promis, mais j'étais partie essayer de trouver un travail, me laisser une dernière chance.

Bakugo le scruta comme s'il cherchait le mensonge dans son discours, mais Izuku ne disait que la vérité.

— Tu vois, je suis là.

— C'est vrai.

Izuku tenta un petit sourire et Bakugo commença à se calmer, décroisant doucement ses bras, reprenant une position plus avenante. Izuku allait ajouter quelque chose quand un homme s'approcha :

— Attention mon gars, il parait que ce cerisier est possédé.

Izuku faillit se trahir. Il était très mauvais menteur. Bakugo lui souffla ce qu'il devait dire, et d'une voix un peu mécanique il réussit à dire :

— Ce n'est pas une possession ni de la sorcellerie, juste un coup de vent un peu violent.

L'homme fronça les sourcils :

— Je l'ai vu, ce n'était pas un coup de vent.

— Je l'ai vu aussi, je me suis approché et il ne s'est rien passé, c'était juste un coup de vent, fit Izuku d'une voix un peu plus assurée.

L'homme le regarda puis fixa le cerisier dont les branches étaient immobiles.

— Méfie-toi quand même.

Puis il repartit. Izuku se tourna vers Bakugo :

— Sois plus prudent, je t'en prie.

— Dans ce cas, toi aussi.

Izuku n'acquiesça pas. En revanche il s'assit sur le sol, dos au tronc. Il regarda le soleil commencer à se coucher.

— Tu peux me dire comment on s'est rencontré ? questionna-t-il.

Bakugo s'assit près de lui.

— Non.

— Pourquoi ? Ça m'aiderait à me rappeler.

— Parce que je veux que tu te rappelles tout seul. Sinon ça n'a pas de sens.

Izuku soupira.

— L'autre fois, j'ai fait un rêve, dit-il, je ne m'en souviens pas très bien. J'avais à peine trois ans dedans et j'étais avec ma maman. C'était quelque chose de doux et de nostalgique, le genre de rêve qui donne envie de redevenir enfant. Et dans ce rêve, je voyais un petit garçon blond qui jouait tout seul sous un cerisier. Un petit garçon aux yeux rouges.

Bakugo resta silencieux.

— Je pensais que c'était mon cerveau qui inventait une histoire, mais peut-être qu'il s'agissait d'un souvenir. Tu étais vraiment petit Bakugo. Un tout petit enfant.

Le cerisier eut un fin sourire :

— Ouais j'étais encore qu'un gosse.

Izuku essaya de se souvenir de plus. Il ferma un instant les yeux. Il y avait lui et l'enfant blond sous le cerisier. Un cerisier un peu plus chétif que les autres. Izuku lâchait la main de sa maman pour aller le voir.

Et ensuite ?

— Je crois que ma mère a pensé que j'avais un problème parce qu'elle ne te voyait pas.

— Ah bon ? Je n'en savais rien.

— Je ne suis pas sûr de moi, c'est flou, mais je me souviens d'un homme qui me parlait et me faisait dessiner le cerisier.

Izuku se concentra encore plus. Bon sang, il n'avait que trois ans. Trois petites années. On n'était même pas censé avoir de souvenir de cette époque ou pas beaucoup. Pas précis.

— Pour lui, tu étais un ami imaginaire.

Bakugo grogna.

— Je n'étais pas imaginaire.

— Mais personne ne te voyait à part moi. Pour eux soit j'étais fou, soit c'était le tripe de l'enfant qui se créait des faux amis.

— Donc tu te rappelles ? interrogea Bakugo.

— Un peu. Tu étais petit, je venais te parler. Tu me disais comment tu t'appelais et moi je me présentais aussi.

— Izuku Mido'ya, fit Bakugo un brin moqueur.

— Non, Midoriya.

— Mais toi tu mâchais tes mots et oubliais tes R.

Izuku ne s'en rappelait pas vraiment.

— Ma mère m'a demandé comment tu t'appelais.

Les yeux de Bakugo se firent plus intenses alors qu'il regardait Izuku, comme s'il était dans l'attente de quelque chose de vraiment important. Izuku rouvrit les yeux pour les plonger dans les orbes rouges de l'esprit :

— Et je répondais…

Bakugo se pencha en avant. Izuku eut du mal à refaire monter ce souvenir à la surface, mais quand il essaya de prononcer Katsuki Bakugo, ce fut comme un flash dans son esprit et il se souvint :

— Kacchan.

Ce fut comme appuyer sur le bon bouton, celui qui rembobinait les souvenirs et se mettait sur play. Bien sûr, Kacchan.

— Comment j'ai pu oublier ça ? fit Izuku.

Il allait au parc quasiment tous les jours et tous les jours il se dirigeait vers le cerisier pour jouer avec Kacchan. Sa mère faisait semblant de voir l'esprit, pour faire plaisir à son fils. Et ils s'amusaient tous les trois. Les deux garçons créèrent un lien assez solide. D'autant plus que l'enfance d'Izuku n'était pas si rose que ça. À l'école, commencèrent les brimades, parce qu'il était différent, trop rêveur. Quand il parlait de Kacchan on le montrait du doigt et on se moquait de lui. Il n'avait personne d'autre que l'esprit du cerisier, cet ami que tout le monde croyait imaginaire.

— Et toi, tu as commencé à m'appeler Deku, réalisa Izuku.

— Tu m'appelais bien Kacchan.

Izuku sourit. Deku bon à rien, ça ne paraissait pas très gentil au premier abord, mais Kacchan ne l'avait pas fait dans le but de se moquer. Il n'était pas aussi méchant que les autres enfants, et en réalité, il semblait qu'Izuku ait tout autant besoin de Kacchan que Kacchan de lui.

— Je me rappelle, continua Izuku, j'emmenais ma dînette et on faisait semblant de prendre le thé.

— Sauf que je ne pouvais pas toucher les tasses et que donc tu devais faire semblant de me faire boire.

— On jouait avec ma poupée et mon doudou.

— Tu te souviens quand tu étais venu avec ton gros tracteur ?

Izuku acquiesça.

— Je voulais absolument que tu montes dessus, mais tu passais au travers.

— Alors tu faisais semblant de m'écraser et je sais pas pourquoi, mais ça nous faisait beaucoup rire.

Les souvenirs remontaient à la surface. Izuku grandissait et l'esprit du cerisier aussi, c'est vers ses six ans que sa mère l'envoya voir un autre pédopsychiatre. Elle s'inquiétait, cette histoire d'ami imaginaire durait trop longtemps. Et Izuku avait tellement l'air de croire qu'il y avait vraiment quelqu'un sous le cerisier qu'il le rajoutait sur ses dessins à l'école. Il dessinait son papa, sa maman, le cerisier ainsi que lui et Kacchan ensemble l'un à côté de l'autre.

Il ne se souvenait pas de tout ce qu'il avait dit au pédopsychiatre, mais quand on le questionnait sur « Kacchan », il se montrait toujours très volubile. C'était un nouveau sujet de moquerie dans son école d'ailleurs parce qu'il parlait de quelqu'un qui n'existait pas pour les autres. Il avait beau se défendre en disant que si Kacchan existait, que c'était l'esprit d'un cerisier, cela ne faisait qu'empirer les railleries des gosses, et même des profs. Le pédopsychiatre ne l'avait bien sûr pas pris au sérieux, il avait pensé à des hallucinations ou un truc du même genre. Inko avait dû expliquer à l'homme qu'Izuku ne voyait son ami imaginaire que sous le cerisier.

— Dans ce cas, ne l'emmenez plus au parc, on refait le point dans un mois.

Peut-être que ce n'était pas ce qu'ils s'étaient dit, Izuku n'avait pas des souvenirs tenaces de tout ça, mais il imaginait très bien la scène. Des petites choses lui revenaient, lui en train de pleurer parce qu'ils n'allaient plus au parc, lui réclamant sans arrêt Kacchan, lui déprimé pendant des jours et des jours. Au début ça avait été très très dur. Il se souvenait avoir crié à ses parents qu'il les détestait. Il avait même écrit une lettre pour Kacchan et avait voulu la poster, sans comprendre que le cerisier n'avait pas d'adresse et qu'il n'aurait jamais sa lettre. Il avait tenté de fuguer. Alors ses parents avaient utilisé les grands moyens – sans doute une idée de son père – ils avaient déménagé.

Et Izuku avait fini par se résigner. Résilient, il avait doucement arrêté de parler du cerisier et de Kacchan. Il s'était juré de ne pas oublier, mais il avait oublié. Il avait grandi. Au lycée, il avait rencontré Uraraka et Iida, des amis de chairs et d'os, et il avait fini par penser que Kacchan n'avait été qu'un ami imaginaire. Qu'il n'avait jamais existé. Comme tout le monde le lui avait toujours répété.

— Je suis désolé, dit Izuku à Kacchan après lui avoir raconté ce dont il se rappelait, je ne t'ai même pas dit au revoir.

— Je t'ai attendu et attendu encore, j'ai même pensé que tu avais pu avoir un accident et puis moi aussi je me suis résigné. Pendant un temps je hurlais ton nom, et puis j'ai arrêté. J'ai essayé de parler à d'autres gens sans que jamais personne ne me remarque. Pendant toutes ces années, j'ai été seul, à les écouter parler, à les voir passer, à me protéger quand il fallait. Jusqu'à ce qu'un mec bourré débarque des années et des années plus tard et qu'il se trouve que c'est toi.

— Pas trop déçu ?

Kacchan fit semblant de le mordre :

— Bien sûr que non.

— Je suis désolé de ne pas m'être souvenu plus tôt.

Le blond grogna :

— Tu m'as fait attendre et tu m'as oublié, tu mérites une punition !

— Laquelle ? interrogea Izuku.

— Je ne sais pas encore, je réfléchis.

Izuku sourit :

— J'attendrai alors.

Le parc se désertait, la nuit était tombée, mais Izuku et Kacchan avaient encore tant à se dire. Kacchan lui raconta ses années de solitude et les choses cocasses qui lui étaient arrivées. Un gars en pleine nuit qui avait tenté de lui pisser dessus et qui l'avait très vite regretté.

— Je l'ai attrapé par le pénis, il a eu la peur de sa vie, sans parler de la douleur. Jamais vu quelqu'un courir aussi vite quand je l'ai relâché. Je crois qu'après ça il n'a plus jamais pissé contre un arbre.

Izuku ne put s'empêcher de rire du pauvre homme.

— Et toi alors ?

— Comme je te l'ai dit, je suis allé au lycée où j'ai rencontré Uraraka et Iida, qui sont devenus mes meilleurs amis.

Les branches du cerisier tremblèrent un instant, mais Izuku ne sut pas décrypter pour quelle raison Kacchan se fâchait.

— Iida était quelqu'un de très droit et très honnête, il ne supportait pas l'hypocrisie, il était d'une grande gentillesse aussi, et je ne connais personne qui admire son frère plus que lui. Uraraka, elle, paraissait toute mignonne et gentille, mais elle était très déterminée, quand elle se fixait un objectif elle était prête à mettre certaines choses de côté pour atteindre son but. C'était deux personnes vraiment chouettes.

— Tu en parles au passé, fit remarquer Kacchan.

Izuku baissa la tête et soupira :

— Ça fait trois ans que je ne les ai pas vus, dit-il, je suppose qu'on a tous fait notre vie.

— Vous êtes restés amis après le lycée pendant longtemps non ?

— C'est ça. Presque huit ans, précisa Izuku.

— Alors pourquoi vous vous êtes perdus de vue ?

Izuku se tut, arracha des brins d'herbe comme perdus dans ses pensées. Il était évident qu'il n'avait pas envie d'aborder le sujet. Kacchan attendit. Il avait pu attendre vingt-trois ans avant de revoir Izuku, cela lui avait appris la patience. Un minimum.

— En fait, on est entré dans une école de police et on est devenus policiers tous les trois. On travaillait sur le même secteur alors on est resté proche, commença à raconter Izuku.

Il redevint silencieux. Kacchan ne le quittait pas des yeux, comme s'il l'encourageait, lui disait « je suis là et je ne vais pas te juger ».

— Tout se passait bien. On s'entendait bien avec nos collègues, et d'une certaine façon on aimait tenter de faire régner la justice même si ce n'était pas aussi facile qu'on pourrait le croire. Les lois sont parfois mal faites, il peut être difficile d'aider les gens, mais je donnais le meilleur de moi-même. Je les écoutais, je prenais leur plainte et je faisais en sorte de les aider au maximum.

Izuku ne savait pas s'il allait réussir à aller au bout de son histoire. Il n'aimait pas la suite, il faisait tout pour la tronquer de ses souvenirs, faire comme s'il avait quitté de lui-même la police, faire comme s'il avait toujours rêvé de bosser dans un Kombini et vivre dans un dix mètres carré.

— Je… En fait… tenta-t-il.

Kacchan posa sa main sur la sienne, sans vraiment le toucher puisqu'il l'aurait traversé.

— Je suis là, dit-il. Et si tu ne veux pas en parler, tu n'es pas obligé. Si tu veux, je peux te raconter cette fois où j'ai fichu la trouille à une grand-mère qui faisait chier son chien près de moi.

Izuku eut un petit sourire en imaginant Kacchan faire peur à cette pauvre mamie.

— J'ai eu un accident, lâcha-t-il.

Il prit une grande aspiration. Voilà c'était dit.

— J'étais avec Iida et Uraraka, on était parti pour aller manger. On n'était pas en service, mais bon. J'ai vu le ballon et la petite fille qui courrait sur la route pour le rattraper. Mon corps a bougé tout seul, je ne sais pas, j'ai poussé la petite de toutes mes forces, j'ai entendu le crissement de freins et ensuite une grande douleur et le trou noir.

Les larmes montaient aux yeux d'Izuku.

— Je n'ai pas réfléchi, j'ai juste… Couru.

— Tu as sauvé une petite fille, tu es formidable, fit Kacchan.

— Je suis resté longtemps à l'hôpital, j'ai eu beaucoup de chance de ne pas mourir. J'avais une commotion cérébrale, des côtes cassées, un bras dans le plâtre, et les deux jambes endommagées. J'ai passé mon temps à sourire, à dire que tout allait bien, que ce n'était rien, j'ai rassuré Iida et Uraraka. Alors qu'en vérité, j'étais épuisé et triste, je n'étais même pas sûr de pouvoir remarcher un jour. J'ai dû faire de la rééducation pour mes jambes sans être sûr que ce serait efficace. Ma mère m'a soutenue tout du long, si bien qu'elle n'a pas pris soin de sa propre santé et qu'on a découvert son cancer trop tard. Elle est décédée si vite, tandis que moi je me plaignais à propos de mes jambes qui ne me répondaient plus aussi facilement qu'avant.

De grosses larmes coulèrent sur le visage d'Izuku.

— Je suis tellement bête.

— Tu as sauvé une petite fille, insista Kacchan si toi tu es bête, le monde entier est pire que stupide.

— Après ça j'ai fait une dépression, je ne suivais plus la rééducation, je restais prostré toute la journée. Mon père en a eu marre et m'a laissé tomber. Iida et Uraraka ont essayé de me remotiver en vain. J'ai tout laissé tomber pendant un temps, et quand je me suis réveillé, j'avais tout perdu. Mon travail à la police, mes amis, ma famille. J'ai repris la rééducation et je peux à nouveau marcher et même courir, mais j'ai des douleurs chroniques et je dois quand même faire attention, normalement. Ensuite j'ai trouvé un travail dans un Kombini et un appartement de dix mètres carrés, le reste tu connais.

— Uraraka et Iida ont arrêté de te contacter ?

— Non, c'est moi qui ne leur répondais plus, et après j'avais trop honte pour les rappeler.

Kacchan fronça les sourcils.

— Tu es vraiment un crétin.

Izuku eut un petit rire triste :

— Tu as dit que si moi j'étais bête, le monde entier était pire que stupide.

— Mais tu avais des amis, tu aurais dû les recontacter.

— À quoi bon ?

— Les amis sont toujours des amis même des années après.

Izuku n'eut pas l'air convaincu alors Kacchan s'énerva :

— Toi et moi on est toujours amis et pourtant ça faisait des années qu'on ne s'était pas vu.

— On est amis ?

— Bien sûr que oui idiot ! Tu crois que je sauve la vie à tout le monde ? Non. Seulement à mes amis et tu es mon ami. Tu le seras toujours. Alors tu prends ton portable et tu appelles cette fille et ce gars, tu dis « désolé j'ai été con, mais on pourrait se parler à nouveau ? ».

— Ça ne marchera jamais.

— Pourquoi ? Tu n'as plus leur numéro.

— Si.

— Alors fais-le !

— Et pour leur dire quoi ? « J'ai plus de job, plus de toit, plus rien, et au fait comment ça va ? »

— Bah pourquoi pas ? insista Kacchan. Tu pourrais leur demander de l'aide.

— Je ne les ai pas vus pendant quasiment trois ans et je les rappelle pour leur demander de l'aide ? Je serais quelle sorte d'ami à part un gros profiteur ?

— C'est comme ça les amis. Si c'était eux, tu ferais quoi ?

— Bien sûr que je voudrais les aider, mais c'est pas pareil.

— C'est pareil.

Izuku secoua plusieurs fois la tête et énerva Kacchan.

— C'est pareil, répéta-t-il, allez. Appelles-en un des deux.

Izuku sortit son portable de sa poche. Il regarda ses contacts. Son père. Iida. Uraraka. Et c'était tout. Kacchan le fixait de ses orbes rouges, l'air déterminé, le poussant à le faire. Izuku soupira et appuya sur le nom d'Uraraka.

À suivre.

L'autatrice : voilà un petit nouveau chapitre, où les deux garçons renouent et se souviennent du passé. N'hésitez pas à me donner votre avis.