7ème chapitre: "Un petit moment de détente."

– Vous plaisantez !? s'écria la jeune femme.

Elle se trouvait face à une sorte de gros baquet de bois qu'une jeune servante vêtue d'un tablier achevait de remplir à l'aide de gros seaux d'eau très chaude.

– Vôt' bain est prêt Ma Dame, lui indiqua la servante. Je m'occupe de nettoyer vos effets pendant qu'vous vous débarbouillez !

Elle tendit les mains vers Lyna. La jeune femme comprit qu'on attendait d'elle qu'elle se déshabille afin de récupérer ses vêtements.

– Heu… Pouvez-vous vous tourner s'il vous plaît? osa-t-elle timidement.

La servante haussa les épaules. Une prude tiens! Sûrement de la Haute ! Ça expliquait tout.

– Comme Ma Dame le souhaite, fit-elle en se détournant.
– Pouvez- vous arrêtez de m'appeler "Ma Dame" ? C'est assez gênant.
– Veuillez me pardonner Ma Dame... Heu pardon ! Ce sont les deux gentilshommes qui vous accompagnent qui m'ont demandé de prendre soin de vous. Ils disent que vous êtes une personne spéciale à c'qu'il paraît !

Lyna avait retiré tous ses vêtements et s'était glissée discrètement dans le bain. Elle se sentit envahie par les bienfaits de la chaleur et se détendit. La servante ramassa les vêtements boueux et ajouta:

– Le savon se trouve à vôt' gauche, et là-bas, vous disposez de cette tunique de lin pour vous couvrir quand vous aurez terminé. J'allais oublier, voici vôt'... baluchon ? Vos amis m'ont ordonné de vous le remettre, voulez-vous que je le nettoie aussi ? s'enquit-elle.

Lyna reconnu son sac à main. Un soulagement intense la traversa.

– Non non, merci, ce n'est pas la peine.

Elle extirpa un bras de l'eau chaude et se saisit vigoureusement de son bien. La servante demeurait immobile. Lyna la regarda, incrédule.

– Vous avez besoin de quelque chose ?
– Pardon Ma Dame, mais j'attends que vous m'donniez l'ordre de partir.
– Heu… et bien vous pouvez y aller, lui répondit Lyna, perplexe.

La servante ne se fit pas prier et quitta la salle de bain. Lyna soupira. Était-elle en train de rêver ? Machinalement, elle joua des doigts avec la chaîne et le pendentif en argent représentant un cœur brisé qu'elle portait autour du cou. Elle se l'était acheté sur un coup de tête après sa rupture et depuis il ne la quittait plus.
La jeune femme s'enfonça plus profondément dans le bain et tenta de se remémorer les dernières heures. Elle avait donné rendez-vous à Keren dans cette cafète…

Keren !

La jeune femme se redressa d'un coup. Où se trouvait son amie ? Lyna tourna paniquée dans son bain, éclaboussant le plancher. Son regard se posa sur le sac qu'elle avait accroché à l'un des rebords du bassin.
Cet objet bien à elle la fit revenir à la réalité. Elle ne rêvait pas. Elle saisit son sac et le posa sur une des planches qui servait de petite étagère pour le savon et autres produits en tous genres sur le rebord du baquet. En parlant de savon par ailleurs, celui-ci ressemblait plus à une grosse pierre noire qu'à un produit pour l'hygiène corporelle. La jeune femme s'en saisit et laissant son esprit vagabonder, se frotta de la tête aux pieds, puis retenant son souffle, elle plongea la tête sous l'eau. Elle retint sa respiration quelques instant puis extirpa vivement le visage hors de l'eau devenue brunâtre, les cheveux plaqués en arrière. Elle était maintenant débarrassée de la boue qui l'avait recouverte.

Après quelques instants de relaxation et s'étonnant du calme de l'auberge, la jeune femme tendit l'oreille vers la fenêtre. Elle discerna d'abord des cris d'enfants, probablement en train de jouer, puis des oiseaux pépiant toutes sortes de mélodies et enfin des martèlements lui rappelant les sabots d'un cheval sur une voie pavée. Mais nul son de Skyline, ni de klaxon, ou même de cet habituel tohu-bohu infernal qui régnait toujours en arrière fond sonore au cœur de Star City, ne lui parvint.

Tout n'était que calme absolu. Par la fenêtre, le ciel ne revêtait pas son habituel manteau rosé de pollution, il était d'un bleu limpide. Détournant son regard de l'ouverture, Lyna se releva et sorti du bain, se séchant comme elle put avec le gant de crin posé sur le rebord du bassin. Elle enfila ensuite la tunique que lui avait laissé la femme de service. C'était une tunique de lin blanc-crème et droite comme une chemise qu'aurait pu porter son arrière, arrière, arrière grand-mère.

– Trop sexy ! adressa la jeune femme à son reflet que lui renvoyait l'unique petit miroir de la pièce.

Elle récupéra son sac à main et observa la salle de bain. Bien entendu, il n'y avait aucune prise de courant.

– Et je ne peux même pas me sécher les cheveux ! Je vais friser comme un mouton ! s'exclama-t-elle.

Pour remédier à ce problème des plus importants, elle extirpa une brosse puis un élastique et des barrettes de la trousse à maquillage qui ne la quittait jamais. Elle se congratula mentalement de ne jamais sortir sans emporter la moitié de son appartement dans son incroyable sac fourre-tout. Un sac de femme en toute logique. On ne savait jamais ce qu'il pouvait se passer et autant être présentable ! La preuve !
Elle remonta ses cheveux en une haute queue de cheval, fixa les mèches rebelles à l'aide des barrettes et glissa sa longue frange derrière son oreille droite. Elle se pinça plusieurs fois les joues avant de s'autoriser une touche de crème hydratante et de baume à lèvre. Elle se brossa ensuite les dents, chose qui n'avait pas l'air courante par ces contrées, songea-t-elle.
Ainsi préparée, elle avait beau être affublée d'une blouse d'hôpital, elle se senti revigorée et pimpante comme un camion neuf. Elle jeta un dernier regard sur le fond de teint et les autres produits de maquillage qui débordaient de sa trousse et les relégua au fond de son sac. C'est fou ce que peut contenir un sac de femme !

– Je crois que je n'aurai pas trop besoin de ça par ici, jugea-t-elle à voix haute.

Elle sorti son communicateur IA dont la majorité de l'appareil semblait constitué de verre translucide.

– De ça non plus apparemment… marmonna-t-elle, renfrognée.

Le téléphone intelligent n'indiquait aucun réseau disponible. Sans surprise, Lyna soupira et glissa le portable éteint dans son sac boueux. Elle secouait et tapotait vivement sa sacoche afin d'en décrocher les plaques de terre séchée quand l'on frappa à la porte. La servante qui lui avait préparé le bain glissa la tête par l'entrebâillement.

– Êtes-vous prête Ma Dame ?

Lyna hocha positivement la tête. une pièce plus loin, elle se retrouvait à nouveau dans la chambre où elle avait repris connaissance. Elle remarqua alors que le tissu qui contenait son anneau se trouvait à ses côtés, sur la commode.

– Veuillez-attendre ici. Vos amis seront de retour en un rien de temps.

La servante se retira, ne laissant pas le temps à Lyna de protester. La jeune femme tourna en rond un bon moment ne sachant que faire puis regagna le lit. Quelques minutes plus tard, elle plongeait à nouveau dans le sommeil, d'épuisement cette fois.


à suivre…