Chapitre 13 :" Un départ."
Alors que l'aube naissait à peine, Lyna et Gimli étaient sortis de l'auberge et attendaient patiemment devant l'entrée. La jeune femme contemplait bouche bée la scène se déroulant sous ses yeux, se pinçant régulièrement le dessus de la main pour s'assurer qu'elle était bien éveillée. Les rues étaient pour la plupart faites de terre et une multitude d'individus s'affairait déjà de tous côtés, allant du poissonnier au ferrailleur en passant par le simple paysan accompagnant ses bêtes jusqu'à son champ.
Des hommes montés fièrement sur leurs destriers traversaient la ville au trot, des femmes vantaient haut et fort la fraîcheur de leurs victuailles sur leurs étales. Les maisons étaient en grande partie construites dans la pierre et dans le bois et étaient pour la plupart mitoyennes. Seules quelques allées sombres séparaient ça-et là, les pâtés de maisons.
Dans la foule, les gens s'interrompaient de manière inopinée pour discuter avec un voisin ou un ami rencontré au hasard de leurs activités. L'atmosphère si vivante paraissait pourtant si paisible et rafraîchissante aux yeux de Lyna.
Le choc de la découverte passé, la jeune femme arborait fièrement sa nouvelle tenue constituée d'un pantalon de lin beige, d'une ceinture de cuir sombre et d'une vieille paire de bottes en peau retournée de teinte marron foncé. Elle portait en bandoulière, une large sacoche dans laquelle elle avait transvasé toutes ses affaires, y compris ses anciens vêtements.
Legolas était quand à lui, resté à l'intérieur de l'auberge et s'entretenait avec le propriétaire de l'établissement concernant la somme à payer pour leur séjour. La transaction entre l'elfe et l'aubergiste semblait prendre plus de temps que nécessaire. Le tenancier semblait vouloir refuser le paiement.
– Je ne peux accepter cet argent Sire ! Votre venue en notre établissement est un honneur. Nous vous devons notre salut. Vous astreindre à payer votre séjour serait une insulte à votre égard et un déshonneur pour mon auberge.
Legolas avait compris dès les premières secondes de la conversation que l'homme les avait reconnus. Après tout, lui et Gimli avaient participé de front aux côtés d' Elessar II Telcontar, lors de toutes les batailles que celui-ci avait menées contre les armées de Sauron alors qu'il n'était encore qu'un simple homme de guerre et héritier prétendant au trône. Ils avaient aussi été les témoins d'honneur de son couronnement et de son mariage avec Arwen Undómiel, fille du majestueux seigneur elf, Elrond. Et il fallait bien le reconnaître, malgré les progrès qu'avaient accompli les deux peuples en matière de communication et de commerce, un nain et elfe chevauchant la même monture n'était encore pas chose courante. lui et Gimli ne passaient donc pas inaperçus.
Legolas s'inclina et remercia l'aubergiste pour sa bonté. Sur le seuil de la porte et en guise de reconnaissance, il lui offrit une étoffe elfique sertie de broderies argentées.
– Ceci n'est point de l'argent, mais si un jour vous venez à en manquer, cela pourrait vous être utile lors de transactions avec le sud.
– Je me contenterai de l'accrocher sur nos murs, lui répondit l'aubergiste, flatté.
– Il est toujours aussi pompeux ? chuchota Lyna à Gimli.
Le nain se racla la gorge, sachant parfaitement que son ami avait tout entendu malgré les quelques mètres qui les séparaient.
- Et encore, tu n'as pas vu le père, murmura-t-il dans sa barbe.
L'elfe salua l'homme et rejoignit les deux comparses qui l'attendaient au dehors. Il adressa un regard exagérément courroucé au nain. Celui-ci se contenta de siffloter en regardant le ciel.
– Il est temps, annonça Legolas.
– Il est temps de quoi ? interrogea Lyna.
– Nous devons partir et nous enquérir de l'origine de ceci, fit-il en désignant sa besace ouverte par laquelle on apercevait le tissu dissimulant l'anneau multicolore.
– Mais ! C'est mon anneau que tu as là ! MON anneau !
– Toi tu restes ici, fit Legolas d'un ton sans équivoque. Le périple peut s'avérer dangereux.
Les deux hommes commençaient déjà à s'éloigner. La jeune femme se figea et cria:
– Vous ne pouvez pas me laisser ici toute seule ! Je n'ai pas d'argent, je ne connais pas cet endroit, ni ce monde, ni ces gens… je…
L'elfe se retourna et lui lança un petit objet qu'elle réceptionna des deux mains: une petite bourse en cuir.
– Avec ça, tu auras de quoi te débrouiller pendant un certain temps. Quand nous aurons trouvé des réponses, nous reviendrons par ici. Ne t'éloignes pas trop, trouve un travail.
La rouquine senti la panique et la colère la gagner, respirant trop vite, elle se sentit hyper ventiler et des picotements envahirent ses membres. Les larmes lui montèrent aux yeux.
– Vous êtes horribles !
Ses pleurs redoublèrent quand une trentaine de mètres plus loin, le nain et l'elfe se figèrent. Un son strident émanant de l'anneau s'éleva dans les airs, faisant se cabrer les chevaux qui passaient et renversant leurs cavaliers. Les chiens aboyèrent alors comme des bêtes enragées. Legolas ayant l'ouïe aussi fine que celle d'un canidé se plaqua les mains sur les oreilles et fit tomber sa besace.
– Sorcellerie! cria Gimli
L'anneau lévitait à présent au dessus du sac tout en continuant à produire son cri infernal. Lyna se précipita vers eux et attrapa l'anneau des deux mains. Le sifflement assourdissant cessa, mais au même instant, les voix résonnèrent dans son esprit et sa tête se mit à cogner douloureusement. Malgré la nausée qui l'avait envahie, Lyna serrant les dents, saisit l'étoffe abandonnée au sol et y enveloppa vivement la bague de plusieurs couches. Elle plaça ensuite le petit paquet dans la bourse que lui avait lancé l'elfe. Celui-ci put enfin se découvrir les oreilles et se décrisper.
– Apparemment il n'aime pas se trouver trop loin de moi, lança la jeune femme d'un ton hostile.
Ni le nain ni l'elfe ne surent répondre à cela. Il n'avaient pas envisagé cette éventualité.
– Je viens avec vous et ça n'est pas discutable ! leur lança-t-elle. De plus, je dois retrouver mon amie qui a dû arriver en même temps que moi. Enfin, si elle a fait le voyage elle aussi…
– Ton amie !? s'écria Gimli. Tu veux dire qu'il y en a une autre comme toi qui se balade dans nos contrées ?
– Tu ne nous as pas précisé que vous étiez deux, fit Legolas contrarié.
– Vous n'avez pas demandé, répondit Lyna d'un ton rancunier, les bras croisés sur la poitrine. Nous avons toutes les deux touché cet anneau au même instant et c'est suite à cela que je me suis retrouvée dans cet endroit ! J'ai espoir à penser que si elle à été transportée comme moi, elle a put atterrir par ici. En tout cas, je n'ai demandé à personne de me retrouver dans cette ville puante avec un elfe arrogant et un nain crasseux prêts à m'abandonner après m'avoir dépouillée de mes affaires!
– Crasseux? Je suis crasseux ? s'offusqua Gimli.
Il acheva sa question en se grattant les oreilles puis se cura une dent à l'aide d'un doigt boudiné qu'il essuya ensuite sur sa tunique. Lyna l'ignora. Legolas prit un air grave.
– Très bien, qu'il en soit ainsi. Tu nous accompagnes puisqu'il semble que cet anneau et toi soyez liés par quelque sort inexplicable, à mon plus grand désarroi.
Lyna afficha un sourire victorieux. Pour peu, elle leur aurait tiré la langue. Le visage de l'elfe se fit encore plus sombre. Malgré son odeur nauséabonde, Lyna commença à trouver la compagnie du nain plus agréable.
– Je ne peux déchiffrer le Noir Parler, reprit l'elfe. Et les seules personnes que je savais en être capables ont quitté le continent pour toujours, vers un lieu dont on ne revient pas.
– Oh je suis désolée, compatit Lyna. Je ne savais pas.
Le nain éclata de rire.
– Ils ne sont pas morts, bougre d'ignorante ! Ils sont juste partis rejoindre nos dieux sur les Terres Immortelles.
– Heu… ce n'est pas la même chose ?
– N'as-tu jamais rien appris dans les livres de ton soi-disant "futur", ironisa Gimli.
– Ce n'est pas un "soi-disant futur "! Je ne mens pas ! C'est la vérité ! Enfin bref, vous n'y comprendriez rien de toute façon, vous êtes trop primitifs! cingla la jeune fille, vexée.
Finalement elle trouvait le nain tout aussi désagréable que l'elfe. Legolas avait toujours les yeux rivés sur la bourse que tenait Lyna. Il semblait ne pas avoir entendu l'insulte.
– Je ne puis le lire ni même le regarder, dit-il avec amertume, son essence maléfique m'affecte.
– Je croyais que tous les anneaux de pouvoir forgés par Sauron déclinaient et avaient disparu depuis sa destruction, intervint Gimli.
– Je le pensais aussi, répondit l'elfe.
– Moi il me donne envie de vomir mais il à l'air de bien m'aimer ! déclara fièrement Lyna.
Les deux compagnons l'ignorèrent.
– C'est pourquoi nous devons le faire traduire et trouver son origine, reprit Legolas d'une voix décidée. Je sens cet objet prémisse de grands troubles.
Il eut l'air désœuvré. Le grand mage Gandalf et les hauts elfes Galadriel et Elrond partis… qui restait-il en Terre du Milieu pour traduire ces écritures… à moins que… peut-être…
– Mon père ! s'écria t'il soudain.
– Ton père ? questionna Lyna.
Mais nul ne lui répondit. La jeune fille sentit l'agacement monter en elle.
– Il y avait aussi ce vieux mage fou vivant dans la vallée d'Anduin, non loin de la forêt de ton père, ajouta Gimli. Mon paternel m'en a conté sa rencontre; un homme complètement tourneboulé et couvert de déjections d'oiseaux. Il était du même rang que Gandalf et probablement apte à traduire l'anneau. Il est possible que le roi Thranduil puisse en avoir eu vent et nous renseigner?
– Des déjections d'oiseaux! les interrompit vainement Lyna. Un roi?
Legolas se tourna vers son ami et lui adressa une franche accolade.
- Gimli tu es un génie ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ! Je me souviens maintenant! Radagast, un Istar tout comme Gandalf. Seulement j'ai ouïe dire que personne ne l'avait croisé depuis de nombreuses années. Je n'ai pas vu mon père non plus depuis bien longtemps… il marqua une pause, son visage arborant une expression insondable, mais s'il ne parvient pas à déchiffrer l'anneau, seul Radagast le pourra. Il nous faut partir sans tarder !
Lyna qui s'était assise au sol, lassée d'être ignorée releva la tête.
– Ah, ça y est ?!
Elle sauta sur ses pieds.
– Et pour mon amie?
– Si vous êtes arrivées ensemble avec l'anneau, alors vous y êtes toutes les deux liées. Rien n'est hasard absolu. Nous la retrouverons en temps voulu. Le vent me confirme cette impression, lui répondit l'elfe, solennellement.
La jeune femme releva un sourcil. N'était-il pas lui non plus légèrement secoué du citron?
– Mais tout d'abord, c'est l'anneau qui nous préoccupe.
Legolas avait une lueur nouvelle dans le regard que Lyna interpréta comme de l'excitation.
– Allons ! adressa l'elfe à son ami et à la jeune femme.
Les trois nouveaux compagnons se dirigèrent alors vers les écuries de l'auberge.
– Voici Niphredil, fit l'elfe en dévoilant sa monture qui attendait paisiblement dans son box.
Il s'agissait d'un gigantesque et magnifique étalon revêtu d'une toison d'un blanc immaculé.
– Cela veut dire "Perce-neige" dans ma langue natale précisa t-il à la jeune femme.
– Ah, répondit simplement celle-ci, feignant d'avoir compris le charabia elfique qui servait de nom au cheval.
Legolas libéra sa monture et l'enjamba avec la légèreté et la grâce d'une danseuse étoile comme si l'apesanteur s'était soudainement trouvée modifiée. Du haut de Niphredil, le jeune homme invita le nain et l'humaine à monter.
– Où sont les autres chevaux ? interrogea Lyna.
Aucun des deux hommes ne répondit, se contentant de la fixer bêtement.
– Ne me dites pas que vous montez tous les deux le même cheval ! s'esclaffa la jeune femme.
Gimli eut l'air vexé. Lyna les observa tout à tour en riant.
– Après tout, tous les goûts sont dans la nature !
Legolas et Gimli bégayèrent à l'unisson.
– Non ! Ce… ce n'est pas comme ça !
– C'est bon, fit la jeune femme d'un ton désinvolte. Ce n'est plus un tabou d'où je viens. Chacun fait ce qu'il veut avec qui il veut, enfin… dans la limite de la légalité, bien entendu.
Les pommettes de Legolas avaient pour la première fois depuis leur rencontre, revêtu une belle teinte rosé.
– Non, vraiment, ça n'a rien avoir avec…
– Où est mon cheval? l'interrompit la jeune fille sans convention.
Une fois encore, les deux hommes se turent.
– Vous plaisantez ?! Trois sur le même canasson ?!
– Voyons plutôt cela comme une personne et deux moitiés d'une autre, rétorqua l'elfe, narquois.
Sans sommation, Gimli attrapa Lyna par la taille et avant qu'un son ait pu sortir de sa bouche, il la propulsa sur le devant de l'animal. La jeune femme poussa enfin un cri de surprise, se retrouvant à califourchon sur le cheval.
– Je m'installe derrière, informa Gimli.
Et il escalada Niphredil. Lyna se trouvait à présent au devant de la monture, coincée entre la tête de l'animal et le torse de l'elfe. L'épais pantalon de lin que lui avaient trouvé les deux hommes l'embarrassait fortement à l'entrejambe, pénétrant sa chair.
– Veux tu bien arrêtez de gigoter comme cela, lui demanda Legolas.
– C'est ce pantalon, répondit la jeune femme, il m'indispose !
– Un pantalon tu voulais, un pantalon tu as obtenu, répliqua brièvement l'elfe.
– Et il n'y a même pas de selle ! objecta Lyna scandalisée en gesticulant de plus belle.
– Maintenant, tiens-toi tranquille que nous puissions nous mettre en route, lui ordonna le jeune homme.
Saisissant les brides de Niphredil, il bloqua les épaules de la jeune femme de ses bras. Celle-ci soupira et se résolu à ne plus bouger malgré l'inconfort.
Nul n'avait remarqué la paire d'yeux inquisitrice qui les observait depuis le début de la conversation, dissimulée dans la pénombre d'une ruelle sombre bordant l'auberge. Les yeux jaunâtres étrangement cernés d'arcades sourcilières proéminentes, suivirent le cheval et ses cavaliers jusqu'à ce qu'ils fussent trop loin pour être discernés.
L'instant suivant, ils s'évanouissaient dans l'ombre.
Fin de la première partie .
à suivre...
