Chapitre 15 :" Une boulette, deux boulettes, trois boulettes…"

Voyager à trois sur un cheval n'était pas de tout confort. Voilà à peine quelques heures que Lyna et ses deux nouveaux compagnons avaient pris la route qu'elle n'avait déjà plus qu'une idée en tête: sauter de ce cheval et courir en hurlant sur plus de cent mètres.
Monter sans selle lui était un véritable calvaire, son postérieur l'élançait furieusement mais bloquée par l'elfe, elle ne pouvait pas faire le moindre mouvement. Elle regretta soudain qu'ils ne l'aient pas laissée là où les deux hommes l'avaient trouvée. N'y tenant plus, la jeune femme s'écria:

– J'ai besoin d'une pause ! Par pitié !
– Comment ? s'indigna Legolas, nous venons à peine de chevaucher quelques heures, le soleil n'en est même pas à son sommet et tu veux déjà descendre ?
– Une pause ! Une halte ! Un arrêt , une escale ! fit la jeune femme en débitant à toute vitesse tous les synonymes qui lui venaient à l'esprit.
– J'ai bien compris cela, répondit l'elfe avec un air piqué.

Cette humaine le croyait donc stupide?

– Allons Legolas, intervint Gimli, arrêtons nous le temps d'une courte halte, je crois bien avoir abusé de la bonne bière ce matin.

Lyna tourna le visage vers lui et lui adressa un sourire de remerciement. L'elfe tira à contrecœur sur les brides de son destrier et le stoppa dans sa course.

– Si nous nous arrêtons comme cela tout le temps, nous n'aurons même pas atteint Pelargir avant la fin de la nuit.

Mais Lyna avait déjà sauté du cheval et s'était éloignée au pas de course. Elle s'était mise à sauter en tous sens pour se débarrasser des fourmillements qui avaient envahi ses membres.

– Crois-tu vraiment qu'elle soit de notre lointain futur ? questionna le nain.

Son ami ne répondit pas, se contentant de fixer la jeune fille qui s'était à présent allongée de tout son long dans l'herbe verte.

– Je croyais ton envie de te soulager plus pressante, finit par rétorquer Legolas.
– Oui ! oui… heu… effectivement ! fit le nain en sautant de la monture pour cheminer vers un gros rocher.

Le jeune homme aux cheveux dorés observa le ciel qui avait pris une teinte rosée puis dirigea son regard vers les roches lointaines. Depuis qu'ils avaient quittés Linihr, il avait la constante impression d'être épié. Son odorat développé capta soudain quelque chose. Il pivota dans la direction que lui indiquaient ses sens. Cette odeur, il la connaissait, elle lui rappelait de biens mauvais souvenirs. Comment cela se pouvait-il ? Mais le relent avait à présent disparu. Legolas se tourna de nouveau vers le ciel. Les oiseaux se dirigeaient tous vers le nord, passant haut au-dessus de leurs têtes, comme s'ils fuyaient un désastre à venir. L'elfe rappela ses compagnons.

– Gimli ! Lyna ! Nous devons repartir !

Lyna grommela quelque chose au loin le concernant, se redressa et se dirigea d'un pas lourd vers le cheval. Gimli qui attendait déjà aux côtés de Niphredil remarqua l'air inquiet de son ami.

– Quelque chose ne va pas ? s'enquit-il.
– Non, répondit simplement Legolas, il tarde, nous avons un très long chemin à parcourir avant la nuit, il nous faut nous remettre en route.

Lyna arrivait à présent à la hauteur du cheval. Gimli l'y fit monter une fois de plus. Le trio reprit ainsi son chemin, serré comme des sardines. Se retournant tant bien que mal pour éviter de se retrouver nez à nez avec la face de l'elfe, Lyna demanda avec l'air de chiot battu qu'elle maîtrisait admirablement:

– À la prochaine ville, serait-il possible de louer un deuxième cheval ? Avec une selle ? S'il vous plaît ?

Legolas soupira et abaissa les épaules. Vivement la prochaine ville.

...

En fin d'après midi, le trio finit par atteindre la cité portuaire de Pelargir. Il leur fallait à présent traverser l'Anduin afin de se retrouver en Ilithien du sud. L'elfe et le nain avaient acheté au comptant un cheval de couleur crème plus petit que Niphredil et l'avait équipé d'une assise rudimentaire en peau retournée. Il s'agissait d'une femelle nommée Patte d'Ours. Nom qui lui avait été attribué d'après la tâche de naissance en forme de patte qui ornait sa croupe.

Durant la transaction, Lyna s'était éloignée et regardait avec émerveillement les voiliers décharger leur cargaison. Elle avait l'impression de se trouver au cœur d'un jeu vidéo d'une définition mille fois supérieure à la réalité augmentée et aux hologrammes qu'elle connaissait. Des chevaliers passaient au trot non loin d'elle; des Elfes, des Hommes, des Nains… Elle extirpa subitement le portable éteint qui gisait dans sa sacoche depuis son arrivée et l'alluma. Elle voulait prendre une photo en trois dimensions de la scène, car, si un jour elle rentrait, ses amis n'en reviendraient pas. Elle saisissait ainsi plusieurs clichés quand une grosse voix tonna dans son dos.

– Quelle est cette chose lumineuse et étrange ?!

La jeune femme se retourna en sursaut. Son cœur avait manqué quelques battements. Mais ce n'était que Gimli qui la regardait avec des yeux grands comme des soucoupes. Elle dirigea l'appareil vers lui et le flasha par surprise. Le nain bondit comme un beau diable.

– Diantre !

Lyna pianota quelques secondes et afficha sur l'écran translucide de son appareil, la photo du nain prise à la volée et explosa de rire. Elle tourna l'appareil et montra le résultat au petit homme râblé. Celui-ci recula brusquement et saisit le manche de sa hache.

– Qu'est ce que… Sorcellerie !

La jeune femme rit de plus belle.

– Ce n'est pas de la sorcellerie Gimli, c'est un smartphone! C'est de la science, la magie du futur si tu préfères.

le nain s'approcha précautionneusement du petit objet translucide ou apparaissait son visage grimaçant.

– Fichtre ! s'exclama-t-il à nouveau.
– Me crois-tu à présent ? lui demanda la jeune femme
– Ce que je crois ? Ce que je crois, répéta le petit homme, c'est que tu es une personne très étrange et pleine de surprises. Mais voilà Legolas, range donc ta magie pour ne point le contrarier d'avantage!

L'elfe se dirigeait vers eux, tenant les chevaux par leur bride.

– Que doit-elle point me montrer ? s'enquit-il prestement.
– Tu as une ouïe incroyable, s'écria Lyna ! Mon chien Rufus, paix à son âme, n'aurait pas fait mieux !
– Je suis un elfe, se contenta de répondre le jeune homme, un brin vexé d'être comparé à simple canidé.
– Elle te montrera cela plus tard, intervint Gimli, traversons d'abord le fleuve et trouvons nous un endroit où passer la nuit.

Sur ces dires, le nain sauta à l'arrière de Niphredil. Lyna resta sur place à les regarder.

– Et bien, qu'attends-tu donc encore ? reprit l'elfe dubitatif. Je t'ai acheté un cheval avec une selle comme tu le souhaitais.
– C'est gentil mais… répondit Lyna d'une petite voix, je ne suis jamais montée à cheval, je ne sais même pas comment l'on doit s'y prendre pour le diriger…

S'il n'avait pas été assis fermement sur la croupe de Niphredil, Gimli serait tombé à la renverse. Legolas resta de marbre.

– Je suis désolée, continua Lyna sincèrement gênée, dans mon futur, nous ne voyageons jamais sur des chevaux, peu de personnes savent encore monter.
– Comment vous déplacez-vous donc alors ?! rugit Gimli.
– Et bien nous avons, des voitures, des modules magnétiques, des trains, des jets, des skylines, on se contente de se faire transporter d'un point à l'autre et très rapidement.
– Qu'est ce que c'est que tout cela ?! reprit Gimli en colère, je n'y comprends rien !
– Très bien, les coupa Legolas, le visage résolu. Gimli ?

Le petit homme avait déjà anticipé la demande de son ami et descendit de Niphredil en maugréant. Il débarrassa Patte d' Ours de la selle qui consistait en une épaisse couche de cuir repliée en deux sans arçon et la lâcha lourdement dans les bras de Lyna. Il enjamba ensuite l'autre monture et attendit, bras croisés sur la poitrine.

La rouquine n'osait plus regarder ni l'un, ni l'autre. L'elfe lui prit la protection de cuir des mains et en recouvrit la croupe de son propre destrier. Il lui fit signe d'approcher. Celle-ci obéit sans un mot et quelques secondes plus tard, elle se retrouva propulsée à l'arrière de Niphredil tandis que le jeune homme s'installait au devant. Quand les animaux entamèrent leur trot, la jeune femme faillit basculer en arrière et se retint fermement aux vêtements de l'elfe.

– Désolée, fit-elle d'une toute voix faible.
– Tiens-toi mieux que cela si tu ne veux pas tomber, répondit simplement Legolas.

Lyna posa ses mains sur les flancs de l'elfe, n'osant s'accrocher trop fort malgré la peur de tomber. Ils traversèrent ensuite le fleuve sur un bateau ponton et reprirent leur route vers l'Ilithien du Nord. Lyna honteuse ne bougea ni ne prononça un mot jusqu'à leur dernière halte de la journée, une fois la nuit bien avancée.


À suivre...