Chapitre 18: "Rivendell"

Les deux hobbits accompagnés de Keren avaient décidé de camper à l'abri des bourrasques sous l'un des nombreux reliefs qu'offrait le Mont Venteux.
Très prévoyants, ceux-ci avaient embarqué couvertures et oreillers et comme avait précisé Merry " Je ne veux plus être pris au dépourvu le long du chemin". Ils avaient ensuite fait frire un lapin autour d'un bon feu de bois et contés leurs aventures à Keren, depuis la formation de la Communauté de l'Anneau jusqu'à la chute de Sauron. La jeune femme avait été suspendue à leur lèvres jusque tard dans la nuit.

– Puisque tu viens d'une terre si reculée, s'enquit soudain Merry, comment cela se fait-il que tu sois si instruite à propos de cette guerre dont ton peuple a probablement été épargné ?

Keren hésita un instant à leur révéler sa vraie provenance, mais une telle vérité bouleverserait sûrement les deux hobbits, elle préféra la taire pour le moment.

– À vrai dire, ma famille fait régulièrement du commerce de la pêche avec le Gondor du sud, tous ces récits m'ont été rapportés par les hommes de la famille à chacun de leurs retours. Ces histoires m'ont toujours fascinées.
– Quel âge pouvais-tu bien avoir lors de cette période ? Dix, onze ans tout au plus ? Comment se fait-il que tu puisses reconnaitre une langue telle que le Noir Parler ? Il n'en existait que quelques écrits, dont l'Unique et tous ont été détruits. Peu de pauvres gens ont eu le malheur de voir à quoi ces écritures ressemblaient, les autres, appartenaient aux armées de Sauron.

Keren se sentit prise au piège. Ces deux hobbits étaient différents de la vision qu'elle s'était faite de ce peuple. Ceux là étaient enhardis et perspicaces.

– Depuis toute petite, je suis passionnée par les écritures. Je collectionne des tas de livres sur toutes les langues de la Terre du Milieu. J'ai appris à lire grâce à mon oncle et je me suis lancée dans les études des langues anciennes. J'ai appris seule le Quenya puis le Sindarin ainsi que leurs bases communes, j'ai des notions de Khuzdul (1) et le Noir Parler était la seule écriture que je n'avais jamais vue en vrai. J'en ai donc conclu qu'il s'agissait de LA fameuse langue maléfique. Quand l'anneau nous a parlé à mon amie et moi juste avant que je me retrouve en Pays de Bouc sans explication, je n'ai plus eu aucun doute sur ce fait.
– Mmmhh, Fit Merry pour lui-même. Tu me parais être une jeune femme très intelligente.
– Par contre, pour ce qui est de l'anneau qui parle, l'interrompit Pippin, je trouve ça louche, seriez vous aussi de grandes consommatrices d'herbe à pipe?
– Pippin ! s'indigna son cousin.
– Non, répondit en riant la jeune femme, je ne fume ni ne bois quoique ce soit qui pourrait entraver mon jugement.
– C'est juste que… je n'ai jamais vu peau aussi matte que la tienne si ce n'est chez les uruk-hai.
– Pippin ! s'exclama Merry encore plus fort.
– Ai-je réellement l'air d'un uruk-hai s'indigna Keren, visiblement vexée.
– Non, non, non ! Tu es très belle, tu ferais fureur par chez nous si tu n'étais pas une géante!

Voyant le regard noir que lui lançaient son cousin et la jeune femme, le hobbit comprit qu'il ne faisait que s'enfoncer d'avantage.

– Et si l'on essayait de dormir ? suggéra t'il en toussotant. La route est longue demain, il nous faudra partir tôt !
– Enfin une parole censée, constata Merry.

Il s'enroula dans sa couverture

– Bonne nuit tout le monde.
– Bonne nuit, répondit Keren

Pippin ronflait déjà.

Malheureusement le repos ne gagna pas tout de suite la jeune femme. le sol était dur et inconfortable malgré les couvertures installées sous elle. Elle se sentait sale, ses cheveux lui collaient au visage et le paysage et les alentours noyés sous les rafales de vent ne la rassuraient guère. Plus les minutes s'écoulaient et les bruits de la nuit les enveloppaient, plus son inquiétude grandissait. Retrouverait-elle Lyna et reverrait-elle Léo un jour ? Sa gorge se serra. C'est d'exhaustion et en pensant à son fiancé qu'elle finit à son tour par sombrer dans le sommeil.

...

Partis à l'aube et après avoir suivi pendant toute la journée la Grande Route de l'Est, après avoir chevauché à travers le Mont Venteux et finalement traversé le pont de Nitheithel, lieu où les Nazgul avaient failli s'emparer de Frodo si Arwen n'était pas intervenue des années auparavant, le trio arriva enfin à Rivendell

Jusqu'au dernier instant, la cité elfique était restée dissimulée par les monts et les vallées des Monts Brumeux. C'est en débouchant sur le dernier virage qu'offrait la route sinueuse que la compagnie eu totale visibilité sur la cité.
Pour Keren, ce fut au-delà de tout ce qu'elle avait pu imaginer, malgré les nombreux croquis et peintures qu'elle avait étudiés et qui dépeignaient l'endroit.
La cité était un véritable chef-d'œuvre qui se fondait parfaitement avec la nature environnante. Des ponts sculptés se croisaient, des arches magnifiquement ornées de plantes grimpantes traversaient la ville de part en part. Des cascades surgissaient de certaines demeures, des fontaines sculptées parsemaient les jardins. La cité était façonnée à même la montagne et ses habitations se juxtaposaient sur la hauteur. Des escaliers découpés dans la pierre s'entrecroisaient et de nombreux arbres et plantes en jalonnaient le tout harmonieusement.
Merry et Pippin étant déjà venus sur les lieux ne furent pas surpris mais un sourire orna leur visage quand ils constatèrent l'expression d'admiration de leur compagne humaine. Eux aussi avaient été ébahis lors de leur première venue et ils savaient que la vision lointaine de la cité n'était qu'un aperçu des joyaux que celle-ci refermait. Par exemple: ces tables gigantesques fourmillant des mets les plus exquis. Les elfes savaient apprécier les bonnes choses de la nature.
Les trois compagnons progressèrent vers la cité elfique, franchissant le grand pont qui menait jusqu'aux portes de la ville. Mais là où, durant la Guerre de l'Anneau, de nombreux elfes montaient la garde, il n'y avait plus personne.

Les chevaux pénétrèrent dans l'enceinte de la ville, toute aussi magnifique que la vision qu'ils en avaient eu de loin. Keren remarqua que la végétation semblait s'infiltrer dans des endroits qui auraient dû être exempts de verdure. Le lierre recouvrait de façon désordonnée plusieurs statues, ce qui semblait ne pas cadrer avec la rigueur des elfes malgré leur merveilleuse osmose avec la nature.
Merry porta ses mains en coupe et héla de toutes ses forces.

– Héhoooo ?!

Seul son écho lui répondit. Le hobbit se tourna vers ses deux compagnons.

– Je savais que la plupart des elfes avaient quitté le territoire mais je n'imaginais pas Rivendell laissée à l'abandon.

Et pourtant, c'est bien ce que la cité semblait être: abandonnée. C'est alors que du haut des marches de la demeure principale qui avait autrefois abrité Elrond, surgit une silhouette immense et élancée, bientôt suivie par trois nouvelles ombres. Les silhouettes se mouvaient avec grâce, elles semblaient presque flotter au dessus du sol.

– Des elfes ! souffla Keren.

Son cœur battait la chamade, ses joues et son front la brûlaient. Elle allait enfin rencontrer ce peuple, enfant des dieux qu'elle vénérait. La première silhouette entra dans le soleil. C'était un mâle, il portait une longue robe blanche et ses longs cheveux d'argent étaient lisses et parfaitement coiffés. Il paraissait sans âge mais ses yeux reflétaient bien des années. L'être éthéré s'approcha d'eux.

– Bienvenus dans notre cité, petit amis hobbits. Mon nom est Cundo. Je suis l'un des derniers habitants de Rivendell.

Les autres citoyens l'avaient rejoint, rendant leur entrée aussi spectrale que celle de Cundo. Le temps semblait ne pas avoir eu de prise sur eux non plus, ils étaient si beaux et si lisses qu'il semblaient irréels, comme les sculptures qui ornaient la cité.

– Je suis Eressëa, se présenta une femme d'apparence jeune au profil effilé.
– Tarwa, fit un autre en inclinant la tête.
– Mon nom est Albeth, parla un quatrième elfe dont les yeux et le visage paraissaient plus âgés.
– Nous sommes les derniers habitants de Rivendell, la plupart est partie pour Valinor, les autres ont commencé leur migration vers l'Ilithien.
– Vous voulez dire que cette splendeur d'architecture est à l'abandon ? s'exclama Keren.

Les elfes se retournèrent vers l'humaine qu'ils avaient ignorée jusque là.

– Ceci est bien triste et nous faisons de notre mieux pour conserver la cité en état, mais comme vous pouvez le constater, nous sommes bien peu. Notre règne est terminé mais nous avons choisi de rester ici pour l'éternité.
– C'est bien beau l'éternité, objecta Keren, mais cette éternité, vous ne l'avez pas devant vous comme vous semblez le penser, sinon jamais telle beauté n'aurait disparu de la surface de cette terre !

Les elfes parurent surpris et se dévisagèrent en silence. Les hobbits quand à eux étaient perplexes. Que racontait donc l'humaine ? La cité était bien là sous leurs yeux, elle n'avait pas disparu. Cundo inspira longuement en fermant les yeux.

– Je sens chez toi quelque chose de différent, quelque chose… hors du temps, reprit-il. Tu n'es pas à ta place ici jeune fille, je ne connais point d'humain comme toi.

Merry et Pippin s'agitèrent, de plus en plus sceptiques . La jeune femme se sentit scrutée de toute part. Sentant son embarras, L'elfe au cheveux d'argent lui apporta son secours.

– Venez, suivez-nous. Rivendell a peut-être été désertée par la majorité mais ceux qui sont restés savent toujours recevoir leurs invités.

La jeune femme soupira de soulagement tandis qu'ils entamaient l'escalade en direction du palais. Cundo parvint à sa hauteur.

– J'aimerais te faire visiter notre havre, jeune humaine. Les monts Brumeux m'ont murmuré la venue d'un être qui pourrait changer un grand destin, il se pourrait bien que ce soit toi.

Sur ces paroles, il dépassa la jeune femme ainsi que ses deux compagnons hobbits et prit la tête de la procession, laissant Keren stupéfaite par sa déclaration et encore bouleversée par la découverte de la cité.


à suivre...

1. La langue des nains

Rivendell est la Vo pour Fondcombe