Je viens d'apprendre que dans le monde inventé par Tolkien il y a eu cinq Istari envoyés en Terre du Milieu sauf que comme je me suis basée sur les films, et bien je ne le savais pas et pour moi le dernier était bien Radagast. Je ne sais pas ce que sont devenus les deux autres, sont-ils retournés en Aman ? Bref ça ne changera pas grand chose à cette histoire. On va faire comme s'ils n'existaient pas .
Chapitre 30: sur le champ de bataille
Le groupe avait progressé, péniblement pour les uns, facilement pour les autres, parmi le dédale qu'offraient les roches des Mont Brumeux. Le brouillard s'était épaissi à mesure que la nuit avançait. Malgré leurs capes elfiques, les deux hobbits claquaient des dents et frissonnaient de froid. Les elfes et Gimli ne semblaient nullement dérangés par les températures et l'humidité. Seule la goutte d'eau qui tremblotait au bout du nez rougit du nain, témoignait à sa place de sa souffrance vis à vis des conditions atmosphériques. Keren coinça à maintes reprises le bas de sa robe de velours entre les rochers et décida d'en déchirer les bords jusqu'à ce que la robe lui atteigne le dessous des genoux, ainsi elle put progresser plus aisément. Elle se tourna vers Cundo. Malgré sa longue traîne rougeâtre, l'elfe ne rencontrait aucune difficulté pour se mouvoir, il paraissait même par moments, flotter au-dessus du sol irrégulier. La jeune femme réajusta sur son épaule, sa besace et celle de Lyna qu'elle avait tenue à emporter avec elle.
Legolas qui était toujours devant en éclaireur s'arrêta net une nouvelle fois. Keren fronça les sourcils.
– Il pourrait prévenir, pensa la jeune femme en évitant tout juste une nouvelle collision avec l'elfe qui marchait devant elle.
Seulement cette fois, personne ne se cogna, Merry et Pippin étant trop occupés à escalader les rochers, qui, si pour les elfes, ne consistaient qu'en de simples marches, prenaient une toute autre ampleur pour un hobbit.
– Nous approchons, les informa Legolas.
– Il y a un des campement par là! affirma l'un des elfes de son père.
Keren avait appris sur le chemin que cet elfe qui semblait être le plus jeune d'entre eux mais aussi le plus éveillé se nommait Lenwë. Il était le benjamin de la troupe et n'avait pas encore atteint les trois cent ans, ce qui faisait à proprement parler de lui, presque un enfant. Son impétuosité et ses réactions à vif étaient par ailleurs très contrastées avec le calme impénétrable d'un être comme Cundo. Keren se demanda quel âge pouvait bien avoir le gardien aux allures majestueuses. Quant à Legolas, ce qu'elle avait lu de lui le décrivait comme un jeune prince elfe en quête de découverte de la Terre du Milieu et dont les compétences en commandement manquaient encore cruellement d'assurance pendant la guerre de l'anneau. Sur ce point, le prince semblait avoir mûri. Celui-ci leur fit d'ailleurs signe de se baisser et de garder profil bas. Les elfes s'exécutèrent ainsi que Keren et Gimli. Le nain se tourna ensuite vers les hobbits en souriant.
– Ah ah ! Profil bas ! Très drôle, bougonna Pippin.
Ils avancèrent alors à pas de loup vers un haut sommet rocheux, les hobbits escaladant toujours tant bien que mal les énormes rocailles qui leur barraient le passage.
Quand il en atteignirent le point culminant, des voix, ou plutôt des grognements leurs parvinrent à tous.
– Restez baissés, leur intima Legolas en passant un doigt devant ses lèvres.
Le petit groupe osa jeter un œil au delà des derniers rochers de son perchoir. Un grand campement d'uruk Hai s'étendait en contrebas, comprenant huttes d'infortunes et cavernes sales et mal éclairées, le tout pataugeant dans la poussière et la boue. Certains se délectaient de gros quartiers de viande à peine cuits tandis que d'autres se battaient tels des chiens enragés pour obtenir la ration du voisin.
– Quelle bande d'attardés, laissa échapper Merry.
Plus à l'est du campement, sous une voûte rocheuse, était attachée par de nombreuses et solides chaines d'acier, une douzaine de créatures monstrueuses à quatre pattes, broyant leur festin à coup de dents acérées. Quand l'une approchait trop près d'une autre, une querelle éclatait, et les bêtes n'hésitaient pas un instant à se mordre jusqu'à l'os, voir à s'estropier entre elles.
– Des Wargs *, murmura Gimli, je hais ces sales bêtes !
– Nous n'en avons pas très bon souvenir non plus, répliqua Merry.
Pippin qui se trouvait sous son cousin en le soutenant par les jambes pour que celui-ci puisse voir au-delà des rochers, le héla.
– Et moi? Je veux voir !
– Chut ! On va se faire repérer, gronda Merry.
Les créatures qui ressemblaient à de grands loups que l'on aurait pensés accouplés avec des ours et les pires cauchemars humains avaient cessé de se disputer leurs carcasses de viande et grognaient à présent férocement en direction de la crête rocheuse où était dissimulée la petite compagnie.
– Je crains que ce ne soit déjà le cas, soupira Legolas en saisissant son arc.
Ses compagnons en firent de même, Cundo qui avait récupéré l'arc d'un des elfes de Thranduil tombé eu combat en fit de même.
– Les bêtes sont attachées et tant qu'elles le restent, nous n'avons rien à en craindre, visez d'abord leurs maîtres, conseilla le jeune prince.
Les Uruk Hai avaient également interrompu leurs activités et regardaient à présent dans la direction que les Wargs désignaient de leurs grognements.
– Tirez ! ordonna Legolas.
La première salve de flèches, aussitôt suivit d'une deuxième tua du premier coup une douzaine de monstres. Leurs carquois bien fournis, les elfes continuaient à décocher leurs munitions à une vitesse irréelle, protégés par le rempart naturel que leur offrait la crête rocheuse et abattant les Uruk Hai par dizaines sans que ceux-ci n'aient le temps de réagir.
– S'ils continuent comme ça, sourit Pippin, Il n'y aura même pas besoin de combattre.
Le hobbit avait dit cela sans compter le plus robuste des monstres, le chef sans aucun doute. Celui-ci se dirigea vers les Wargs et d'un gigantesque coup de machette, libéra les monstres des chaînes qui les maintenaient prisonniers. Ceux-ci, pris d'une rage frénétique, se ruèrent à l'escalade des roches escarpées.
– Glups ! J'ai parlé trop vite fit Pippin en redescendant des épaules de Merry où il s'était perché.
– Qu'est-ce que tu as encore fait ?! grinça son cousin.
Les elfes visèrent les loups qui approchaient dangereusement, malgré la difficulté de l'escalade, leur cuir épais résistait à des dizaines de flèches. Au même instant, Cundo remarqua le chef des Uruk Hai se déplaçant vers l'ouest, entraînant une bonne partie de ses hommes avec lui.
– Ils vont nous prendre à revers et nous attaquer par le bas, fit-il simplement. Je me charge d'eux ! Gimli ? Un coup de main ?
– Avec plaisir, rugit le nain qui venait de retirer sa hache du crâne enfoncé du premier Warg qui avait franchi la barrière rocheuse.
– Pippin, Merry, Keren ! Regroupez-vous derrière nous, ordonna Legolas. Lenwë, tu es un de nos meilleurs archers et meilleure lame, je te laisse assurer leur protection !
Le jeune elfe accepta la mission et prit position devant le trio, dégainant deux magnifiques sabres à lames longues qu'il portait dans son dos.
Les monstrueuses montures à quatre pattes avaient maintenant toutes franchi la crête et leurs crocs claquaient avidement pour arracher le moindre morceau de chair à leur portée. Legolas prit appui sur son arc et décocha un énorme coup de pied dans la gueule d'un des monstres, lui faisant sauter plusieurs dents au passage. L'animal secoua la tête sonné mais eut le temps d'attraper dans sa gueule, la botte de l'elfe qui revenait à la charge. Celui-ci tira sur sa chausse, attira le monstre non loin de son visage, lâcha son arc, et avant même que le loup ait pu resserrer ses crocs sur sa prise, lui trancha la tête de ses deux lames.
– Attention! lui cria un autre Elfe.
Le prince de Mirkwood se retourna mais la bête était déjà sur lui. Néanmoins, au lieu de l'attaquer, la bête s'écroula à ses pieds. Lenwë adressa un sourire à son chef, le jeune guerrier avait projeté ses deux sabres, traversant le monstre de part en part.
– Joli coup ! Lui cria Legolas en récupérant les deux lames et les renvoyant avec dextérité à son propriétaire. À toi de faire attention maintenant !
En effet , les uruk hai qui avaient contourné les rocheuses arrivaient sur eux par le bas de la crête. Gimli, Cundo et les autres guerriers de Thranduil restants, s'attelaient déjà dignement à la réception des premiers arrivants. Les hobbits et Keren se tenaient en formation triangulaire, épées levées, prêts à frapper le museau des wargs qui s'élançaient maintenant sur eux, Lenwë les protégeant essentiellement des attaques uruk hai surgissant par le bas. Une des bêtes avait percé le mur de défense composé de Legolas et de deux autres guerriers Sylvains et galopait à présent avec furie sur eux. Pippin se mit à crier.
– Approche sale bête ! Viens faire un câlin à tes tontons !
– Tu provoques cette horreur et tu as peur des araignées! s'exclama Keren choquée, les mains tremblotantes serrées sur sa dague.
– Pas de n'importe quelle araignée ! précisa Merry en s'alignant aux côté de son cousin.
Le monstre les chargea et les deux hobbits s'écartèrent en même temps, laissant passer la bête entre eux qui dérapa sur plusieurs mètres et entra en collision avec Keren qui fut projetée en arrière. La bête secoua la tête, langue pendante et remarqua la jeune femme étalée au sol à quelques pas de là. Le fauve retroussa les babines et s'approcha d'elle, tel un tigre prêt à bondir.
– Bouge ! Mais bouge ! lui crièrent les hobbits.
Les jambes de Keren dérapèrent sur les rocailles et elle ne parvint à s'éloigner que de quelques centimètres. L'animal chargea et la jeune femme hurla alors que le monstre s'abattait sur elle. Les deux cousins fermèrent les yeux en voyant le corps de leur amie disparaître sous celui du fauve. Quand Merry rouvrit les paupières et décrispa les poings, l'animal n'avait pas bougé. En fait, il ne remuait plus du tout. Le hobbit s'élança vers la créature suivit de son cousin. Ils perçurent des gémissements provenant de l'animal inerte. Les semi-hommes saisirent le Warg à pleines mains et le poussèrent de toutes leurs forces. Keren réapparut au dessous du fauve, couverte de sang et suffoquant.
– Comment as-tu fais ça ? s'écria Merry tandis que Pippin tirait la main de la jeune femme pour la dégager du poids mort qui l'étouffait.
– Je n'ai rien fait du tout, chevrota Keren les yeux terrorisés.
Lenwë arriva alors sur eux en courant, il retourna le monstre d'un simple coup de pied et récupéra un de ses sabres qui avait littéralement ouvert l'animal en deux sur toute la longueur.
– Si ça continue comme ça, ce sont des boomerangs que je vais devoir faire forger ! s'écria-t-il avant de repartir à tout hâte juste à temps pour contrer l'attaque d'un uruk hai qui avait escaladé un peu plus haut que ses confrères et échappé à la vigilance de Gimli et de Cundo.
Keren frappa l'animal mort de sa dague avec fureur.
– C'est bon il est mort ! tenta de l'en empêcher Merry. Prends t'en plutôt à ceux-là, ajouta-t-il en désignant les derniers Wargs toujours en prise avec Legolas et les guerriers elfes qui le soutenaient.
Sur ses mots, les deux cousins se jetèrent en hurlant sur les monstres à quatre pattes qui harcelaient leur ami. Keren lâcha son arme. Elle posa les yeux sur sa robe couverte de fluides et de résidus d'entrailles du Warg. Après un long moment qui lui parût une éternité, elle se baissa à nouveau et ramassa la dague. Lyna avait disparu, elle ne pourrait sûrement jamais rentrer à son époque, pourquoi ne pas tenter le tout pour le tout ? Elle ôta son sac et celui de son amie et courut se placer aux côtés de Lenwë et l'interpella.
– Dis moi ce que je peux faire, lui demanda-t-elle. Je ne suis pas une guerrière mais si je peux aider, je le ferai.
Le jeune elfe lui adressa un rapide coup d'œil tout en esquivant une attaque latérale, et trancha la gorge de la créature qui s'était jetée sur lui.
– Tu vois ceux dans son genre ? Quand je te les envoie, vérifie qu'ils sont bien morts, et si ce n'est pas le cas, assure toi que ce le soit. Tu peux faire ça ? C'est eux ou nous !
– Je peux faire ça ! Fit la jeune femme en regardant le monstre qui convulsait à ses pieds. Je le ferai... je… je vais le faire… je peux le faire !
Et elle enfonça sa lame de part en part dans la gorge du monstre.
- Pardonnez-moi mon Dieu, fit-elle en fermant les yeux.
- Dieu n'a que peu d'intérêt dans nos modestes conflits, lui envoya l'elfe.
Une trentaine de nouveaux uruk hai venait de débarquer, escaladant les rochers en hurlant sous les ordres du monstre le plus imposant. Les elfes, Gimli et Cundo les attendaient de pied ferme. Quand l'impact eut lieu, les monstres formèrent une pyramide sur eux, telle une équipe de rugby fondant sur un ballon dans une mêlée indissociable. Un énorme rugissement traversa la masse mouvante et les monstres volèrent en tous sens, décapités, embrochés par un Gimli en furie dont le sourire carnassier dévorait le visage entier. Devant Cundo, dont la lame se déplaçait si vite qu'un œil humain pouvait à peine en en capturer les mouvements, s'amoncelait un amas de cadavres répugnants au fur et à mesure que la toge déjà rouge de l'Elfe virait presque au noir.
Krurkhôlt, le meneur de la troupe d'uruk hai, hurla d'une colère sans pareille et se précipita vers le grand elfe aux cheveux argentés. Il faisait deux fois la taille et le poids de ses confrères et la peur semblait lui être un sentiment inconnu. Il chargea très rapidement de son énorme machette. Gimli avait serré les dents en l'apercevant et avait ancré solidement ses jambes épaisses au sol pour le réceptionner. Au moment où la créature infernale bondissait sur eux et à la plus grande surprise du nain, l'elfe qui se tenait à ses côtés passa au devant en levant simplement la main. Keren qui avait vu l'attaque de loin et qui s'attendait au choc avait fermé les yeux et s'était repliée sur elle-même. Mais aucun cri ne se fit entendre. Elle rouvrit alors les yeux. L'uruk hai qui dépassait Cundo d'une bonne tête, se tenait debout devant l'elfe. Ses yeux étaient écarquillés et ses lèvres retroussées sur ses crocs comme pour hurler, son bras était toujours levé, la machette serrée à la main. Cependant, il ne bougeait plus. Il resta ainsi quelques secondes et son corps entier se sépara lentement en deux. Le monstre s'effondra aux pieds du gardien devant les uruk hai mortifiés. Cundo se tourna alors vers eux et d'un signe de main, leur fit signe d'approcher tout en essuyant la lame de son long sabre contre les pans ensanglantés de sa toge. Les monstres se regardèrent, hésitèrent puis reculèrent lentement. Et soudain, d'un commun accord, il se retournèrent et dévalèrent la crête dans le sens inverse, battant en retraite. Lenwë et ses collègues qui saisissaient leurs armes pour les poursuivre furent stoppés par le gardien de Rivendell.
– Laissez les aller, fit celui-ci.
– Mais ! Ils vont aller prévenir leur maître s'écria Lenwë.
Gimli approuva les dires du jeune elfe. Cundo se tourna vers ce dernier.
– Malgré ton jeune âge, j'ai cru comprendre que tu étais l'un des éléments les plus prometteurs de la garde de Thranduil.
– Ce… ce n'est pas à moi d'en juger, balbutia le jeune guerrier, humblement.
– Saisis-toi de ton arc, lui ordonne le gardien.
Le jeune elfe obéit, ne sachant pas trop à quoi s'attendre. Cundo arracha une flèche plantée dans un des cadavres qui gisait à leurs pieds et la tendit au guerrier.
– Comme si une simple flèche allait suffire à tout les tuer, tonna Gimli. Laissez-moi m'en occuper !
– Gimli ! l'interpela Cundo d'une voix impérieuse et grave, ne fais pas un pas de plus !
Le nain s'arrêta, surpris par l'autorité du gardien de Rivendell.
– Que vois-tu en face de toi ? demanda le grand elfe au jeune guerrier qui avait bandé son arc.
– Un flanc de montagne, répondit celui-ci.
– Que vois-tu d'autre, insista Cundo.
– Cette montagne fait le tour de tout ce campement monstrueux.
– Bien, fit le grand elfe, maintenant regarde mieux. Que vois-tu ?
Lenwë se concentra sur le point que désignait Cundo en face de lui et soudain ses yeux s'écarquillèrent. Il avait saisit. Il se tourna vers le gardien et hocha le menton. Ni Gimli, ni Keren qui les observaient ne distinguaient rien de spécial dans ce gigantesque morceau de montagne. Legolas et ses guerriers accompagnés des hobbits qui venaient d'en terminer avec les Wargs accouraient vers eux tandis que Lenwë levait son arc avec concentration et décochait une flèche qui déchira le ciel à une vitesse prodigieuse. Legolas dérapa à ses côtés tandis que le projectile atteignait sa cible. Keren ne put distinguer l'endroit où celui-ci s'était fichée mais les elfes, eux, le purent. Et c'est avec stupéfaction qu'ils virent la roche se craqueler lentement, puis de plus en plus rapidement à partir du point où la munition s'était encastrée. La fissure s'étira en prenant de la vitesse le long de la paroi, les elfes se tournèrent en même temps qu'ils suivaient son trajet du regard.
Les uruk hai qui détalaient semblait inconscients du danger qui les guettait et continuaient leur retraite. Ils avaient presque atteint le bas de l'éminence rocheuse quand les premiers comprirent que quelque chose ne se déroulait pas convenablement dans leur fuite. La terre se mit à gronder tout autour d'eux. Stupéfaits, la plupart stoppèrent dans leur course. Quelques secondes plus tard, le gigantesque pan de montagne qui les surplombait se détacha en un fracas assourdissant, entraînant une avalanche mortelle composée de centaines de rochers de toutes tailles. Seconde après seconde, le reste de la montage s'écroula en suivant la brèche créée par l'impact de la flèche, s'abattant sur les fuyards qui avaient pris de l'avance. Quand ceux-ci réalisèrent la catastrophe qui fondait sur eux, il était déjà trop tard. Un monstrueux souffle de poussière et de morceaux de roches remonta du sillon dans lequel s'étaient trouvés les fuyards, jusqu'au sommet de la crête où se tenait la compagnie. Tous se protégèrent les yeux, les pieds bien arrimés au sol, mais Keren et les deux hobbits furent balayés en arrière avec les cadavres, par l'onde de choc provoquée par l'avalanche.
Quand les derniers rochers furent retombés et que la terre cessa de gronder, il ne resta plus qu'un silence tonitruant flottant en contrebas, là où s'étaient trouvés quelques minutes auparavant, des dizaines d'uruk hai armés jusqu'aux dents.
Keren porta son regard tout autour d'elle. La moitié haute de la montage s'était effondrée sur toute sa périphérie, il ne restait plus qu'un gigantesque amas de gravas au pied de celle-ci et seule la crête rocheuse sur laquelle ils se trouvaient avait été épargnée.
Gimli siffla d'admiration. Les deux hobbits qui s'étaient redressés, époussetaient leurs capes. Leurs cheveux étaient couverts de débris. Merry ôta avec horreur une main aux serres crochues qui s'était emmêlée dans sa tignasse. La jeune femme se releva, meurtrie. Elle chercha parmi la poussière et les rochers l'endroit où elle avait déposé son sac et celui de son amie et s'aperçut avec soulagement que ceux-ci s'étaient retrouvés coincés par leur anse à un gros roc, ce qui les avaient protégés du souffle de l'avalanche. Les elfes qui étaient restés sans voix se tournèrent tous vers Lenwë.
– C'est un coup de maître que tu as fait là ! s'exclama Legolas.
– Ce n'est pas moi qui ait eu cette idée, balbutia la garçon.
Mais le prince l'avait déjà saisi par les épaules et lui tenait le bras haut tandis que ses collègues le félicitaient.
– Il n'y a nulle gloire à retirer d'avoir ôté le souffle à des dizaines de vies, aussi misérables furent-elles, les coupa Cundo en dissimulant son sabre dans les plis de sa toge.
Puis il s'éloigna pour entrer en contemplation de la montagne brisée.
– Peu importe, fit Legolas, mettant fin à l'atmosphère pesante que venait d'instaurer le gardien de Rivendell. Quand tes exploits seront rapportés à mon père, sois sûr que tu seras récompensé dignement !
Keren observait Cundo discrètement. Lenwë avait très bien visé, certes, mais c'était l'elfe aux cheveux d'argent qui avait décelé le point faible de la montagne, alors pourquoi ne l'avait-il pas fait lui même ? Elle remarqua que Legolas examinait aussi le gardien du coin de l'œil. Finalement, lui non plus n'avait pas été dupe.
– Bien ! déclara soudainement le prince de Mirkwood. La nuit est bien avancée, trouvons refuge pour nos compagnons hobbits et humains ainsi que pour nous-même, il nous faut reprendre des forces, nous ne sommes plus très loin.
Tous acquiescèrent.
...
Après avoir parcouru quelques kilomètres supplémentaires et être sortis de la montagne éboulée, la troupe trouva refuge dans une ancienne caverne inoccupée.
Les hobbits initièrent un feu de bois et à la surprise de tous, extirpèrent un énorme poulet déplumé de la besace de Pippin.
– Comment avez- vous réussi à traîner ça jusqu'ici ! s'exclama Gimli.
– Ne jamais prendre la route sans casse-croûte, répondirent les hobbits en cœur.
Le nain explosa d'un rire tonitruant.
– Néanmoins, un poulet pour douze, ça risque de nous poser problème ajouta-t-il.
Cundo vint vers eux et jeta plusieurs morceaux de viande dépecés au coin du feu. Tous sursautèrent, n'ayant pas entendu le gardien approcher.
– Grillez donc cela et mangez. Cela a aussi goût de poulet quand on s'en persuade, dit-il avant de se retourner et de regagner l'entrée de la caverne où il s'assit.
– Qu'est-ce que c'est que ça ? fit Gimli en roulant des yeux.
Les autres qui s'étaient approchés du feu regardaient la viande avec interrogation.
– Des jarrets de wargs, répondit Legolas après avoir examiné la viande avec attention.
Gimli se tourna vers l'elfe aux cheveux d'argent.
– Sérieusement ? !
Merry et Pippin se regardèrent un instant et embrochèrent les pattes de wargs à l'aide de pics qu'ils avaient aussi enfournés dans leurs besaces. Ils les plantèrent dans le sol au-dessus du feu.
– Après tout, ça ne peut pas être pire que le ragoût de pigeon de Bree ! s'exclamèrent-ils.
– Ni aussi pollué que les rats de Star City, ajouta Keren. Au moins, ceux- là ont été élevés au grand air avec des produits naturels !
Les autres la regardèrent médusés. La jeune fille éclata alors de rire et la plupart en fit de même. Un guerrier Sylvain vint les rationner en eau et tous passèrent la soirée autour du feu, hormis Cundo qui resta à veiller à l'entrée du refuge. Quand les deux hobbits s'effondrèrent de fatigue, Legolas rejoignit le gardien de Rivendell.
Cette nuit là, bien enveloppée dans sa cape, Keren dormit du sommeil du juste. La journée avait été éprouvante, et pourtant elle ne s'était jamais sentie autant en sécurité.
A suivre...
* ouargues en français, en gros c'est la même chose...
