Chapitre 31: "Les eaux destructrices"

Le temps que Lyna aide Vanysilla à remonter les escaliers, la joue de la jeune fille avait commencer à enfler mais celle-ci avait prestement séché avait séché ses larmes.

– Il te traite toujours ainsi ? demanda la rouquine.

La jeune fille détourna le sujet.

– Ma chambre se trouve à cet étage, la renseigna-t-elle. La tienne est à celui du dessus. Tu n'as qu'à suivre le couloir que nous avons emprunté en descendant et tu la retrouveras facilement. Pardonne-moi ne de pas t'accompagner, j'ai besoin d'être seule.

Elle se dégagea des bras de Lyna et écarta le rideau qui donnait sur le deuxième niveau de la montagne. Celui-ci était plutôt austère, les couloirs n'étaient ornés d'aucune tapisserie, à la différence de l'hébergement de Lyna, et seules quelques torches en éclairaient les couloirs sombres et froids.

– Ça ira, insista la jeune fille devant l'air inquiet de la rouquine.

Lyna la laissa s'éloigner à contrecœur. Il lui semblait voir une innocente biche blessée regagner son terrier. Quand Vanysilla eut disparu, Lyna regagna son étage, elle trouva très facilement sa chambre qui se trouvait être la première porte à gauche le long du couloir. Une fois à l'intérieur, elle s'y enferma à double tours. Elle se sentait épuisée. Elle aurait bien profité de cet instant seule pour explorer les lieux mais ses bâillements intempestifs et ses paupières lourdes l'en dissuadèrent. Elle ôta simplement la parure de pierres précieuses qui ornait sa chevelure et s'affala sur le lit. À peine dix minutes plus tard, elle plongeait dans le sommeil.

...

Avant que l'aube ne fut levée, les elfes éveillèrent Keren et les hobbits. Ceux-ci avaient à proprement parler: la tête dans le sac, sans jeux de mots ni rapport avec le nom bien connu d'un village de leur contrée d'origine.
Keren s'assit sur son séant. La caverne où le feu avait été entretenu toute la nuit sentait le vieux fauve et le rat mort. Elle se rendit compte que les projections sanglantes dont ils avaient tous été plus où moins éclaboussés pendant le combat de la veille était à l'origine de cette odeur nauséabonde. Mais visiblement, cela ne semblait ne déranger personne d'autre qu'elle. Elle se demanda un instant comment faisaient les elfes pour supporter cette odeur avec leurs sens olfactifs surdéveloppés, peut-être respiraient-ils par la bouche ? En tout cas, c'est ce qu'elle, décida de faire.
Les semi-hommes remballèrent les couvertures qu'ils avaient apportées et fourrèrent leurs broches dans leurs sacs. Keren, elle, avait dû se contenter de sa cape et de la galanterie de Legolas qui lui avait proposé la sienne en supplément. Selon Cundo qui avait veillé toute la nuit, le repère de celui qui était à l'origine de leurs mésaventures ne pouvait se trouver qu'à quelques heures de là. Lenwë avait détecté les traces de sabots d'un cheval ainsi que des empreintes de pas humains qui semblaient progresser côte à côte. Les fameuses empreintes se dirigeaient vers le nord.

La troupe reprit la route alors que Merry et Pippin baillaient encore.

...

Ce furent les cris funestes de corneilles planant autour du sommet de la montagne qui tirèrent Lyna de son sommeil. Elle se leva chancelante et se dirigea vers la meurtrière qui se découpait dans le mur, seule ouverture sur l'extérieur dont elle disposait dans sa chambre. Sans le feu qui brûlait dans sa cheminée depuis la veille et entretenu par quelque mystérieuse magie, la jeune femme se serait réveillée congelée. Elle se rendit compte qu'il faisait jour, le temps était maussade et brumeux comme il paraissait en être de coutume dans ces montagnes. L'un des oiseaux vint se poser dans le petit renfoncement par lequel elle regardait avec un croassement sinistre, ce qui fit reculer brusquement la jeune fille, surprise et effrayée à la fois.

Elle passa dans la salle d'eau où cette fois, la cheminée éteinte et l'eau du seau qui était restée dans l'âtre étaient glaciales. La rouquine se mira un instant dans le grand miroir en métal forgé. Le maquillage de la veille avait légèrement coulé autour de ses yeux, elle rectifia le tir avec un peu d'eau froide, tout en frissonnant. En approchant son visage plus près du miroir, Lyna constata que ses blessures de la veille avait pratiquement disparu. Elle passa les doigts le long des cicatrices presque invisibles, subjuguée par un tel prodige. Elle n'eut pas non plus besoin de se recoiffer, le travail qu'avait effectué Vanysilla sur sa chevelure avait survécu à la nuit et seules quelques mèches rebelles témoignaient de la fraîcheur passée de la coiffure. Lyna prit ensuite son courage à deux mains pour se débarbouiller le plus possible avec l'eau glaciale et les produits lavants de la veille. C'est en claquant des dents à s'en rompre la mâchoire qu'elle se vêtit de sa robe blanche lourde et sertie de joyaux, seul vêtement qu'il restait encore à sa disposition. Elle se trouvait légèrement ridicule ainsi affublée et coiffée. Le miroir lui renvoyait l'image d'un personne habillée comme une princesse mais qui était loin d'en être une. Elle qui avait pourtant été si coquette quelques mois auparavant, commençait à regretter ses vieux vêtements en lin qu'elle avait porté dans la forêt. Quelle bonheur d'être née femme dans les âges modernes et de pas avoir à se soucier de porter de grandes robes et des corsets étouffants, pensa la jeune femme.

À pas de loup, elle s'extirpa enfin de la chambre. Le couloir était désert. Que lui avait dit Daerachas la veille ? Qu'elle était libre d'aller et venir comme bon lui semblait dans la montagne et ses extérieurs ? Cela lui semblait être une bonne idée. Elle descendit donc trois étages plus bas et se retrouva au niveau où elle avait dîné la veille au soir. Le lieu semblait lui aussi exempt de présence quelconque. La rouquine parcourut la salle à manger. Les dégâts de la veille avaient été nettoyés, mais par qui ? Ne trouvant personne, elle explora à nouveau le couloirs vides. Où diable pouvait donc bien se cacher le personnel ? Elle termina sa visite par les cuisines où les deux vieilles femmes du jour précédent s'affairaient. Celles-ci l'aperçurent mais ne lui accordèrent pas la moindre attention. L'ambiance était définitivement étrange en ces lieux.

– Excusez-moi? osa Lyna

Une des femmes, la plus maigre, se tourna vers elle sans dire un mot.

– Puis-je avoir quelque chose pour déjeuner ?

La vieille femme lui désigna un buffet sur lequel reposait de vieux pains et retourna à sa tache.

– Heu… merci, fit Lyna refroidie par la manque d'amabilité de ses deux interlocutrices.

Elle se saisit du pain le moins sec qu'elle put trouver et en arracha une bouchée tout en s'éloignant le plus rapidement possible. N'ayant pas réellement pu profiter du repas de la veille, son estomac criait famine. Elle emprunta de nouveaux les escaliers en colimaçon et s'arrêta au deuxième niveau, là où elle avait laissé Vanysilla le soir d'avant. Il n'y avait toujours pas âme qui vive. Elle retrouva la porte par laquelle elle avait vu la jeune fille disparaître et poussa le loquet. A sa surprise, la porte s'ouvrit. Elle vérifia à droite et à gauche puis pénétra discrètement dans la pièce. Encore une fois l'endroit était désert et seul un lit rudimentaire et une commode en ornaient le centre. Il y régnait un froid glacial. Lyna fit le tour rapide de la chambre et s'arrêta devant la commode. Sur celle-ci était posé le dessin au charbon d'une belle jeune femme. Ses cheveux étaient tirés en arrière et descendaient a- delà du dessin, ses oreilles étaient longues et effilées.

– Une elfe, murmura Lyna.

Mais ce qui choqua particulièrement la rouquine fut l'habit que revêtait la femme du portrait: une simple robe de bonne qui ne seyait pas à sa beauté, et de ses beaux yeux, il ne restait qu'un regard éteint. L'auteur avait signé de son nom : "Vanysilla". Tenait-elle donc entre les mains un dessin représentant une proche de la jeune fille et exécuté par celle-ci ? Quelles souffrances avaient bien pu vivre cette femme pour que sa flamme intérieure se soit ainsi consumée?

Un craquement résonna dans son dos. Lyna reposa le portrait et sorti prudemment de la chambre, sans oublier de bien tirer le loquet derrière elle. La jeune femme rejoignit ensuite le couloir où se trouvait sa chambre et s'appuyant contre la porte, expira un bref instant. Une des deux vieilles femmes qui se trouvaient aux cuisines précédemment, sortit d'une autre pièce avec une pile de linge. Elle s'arrêta devant Lyna et celle-ci remarqua que les yeux de la femme étaient eux aussi vides de toute étincelle, comme le portrait qui trônait dans la chambre de Vanysilla. La vieille femme reprit sa progression.

– Excusez moi encore, l'interrompit Lyna.

La femme s'arrêta et tourna lentement son visage vers elle.

– Où se trouve Da… le Maître ?
– Le Maître est absent pour la journée, répondit la femme avant de reprendre son chemin à la manière d'un mort-vivant.

Lyna frissonna, cet endroit lui donnait de plus en plus la chair de poule. C'est alors qu'elle aperçut au fond du couloir, un autre rideau qu'elle n'avait pas remarqué avant. Celui-ci dissimulait un nouvel escalier, plus étroit encore, qui menait aux étages supérieurs de la montagne. Lyna s'y engagea et déboucha sur une nouvelle pièce, spacieuse et chaude: une bibliothèque ainsi qu'un laboratoire à ce qu'il semblait paraître. Elle fit le tour des lieux et inspecta plusieurs pots qui contenaient toutes sortes d'herbes et de liquides inconnus. Plus loin, sur une grande table se trouvaient des récipients de verre et une dizaine d'artefacts dont elle ne compris pas l'utilité. Plus loin encore, près de l'escalier qui continuait sa progression vers le haut, elle découvrit une bibliothèque protégée par une porte en verre où étaient exposés de nombreux parchemins proposant des schémas et des dessins. La plupart représentaient des armes manuelles rudimentaires, un autre révélait toute une collection de sphères colorées dont certaines semblaient posséder une flamme à l'intérieur. Tous les parchemins contenaient des inscriptions en runes si bien que Lyna fut incapable d'en déchiffrer le moindre mot. Elle parcourut ensuite quelques livres, toujours en écritures runique et laissa tomber l'exploration de la pièce.

Elle entreprit de monter à l'étage suivant par l'escalier le plus exigu qu'elle avait emprunté jusque là. Celui-ci donnait sur une pièce irrégulière ornée d'une fenêtre voutée. Lyna se rendit compte qu'elle était au sommet de la montagne et qu'on ne distinguait plus que la brume de là où elle se trouvait. Un bureau trônait au milieu de la pièce et de nombreux parchemins roulés envahissaient le lieu de toutes parts.

Sur les murs étaient exposées différentes armes et ce qu'elle prit pour un vieux bâton biscornu en bois décoratif d'environ deux mètres de long qui se terminait par une jolie pierre verte. Sur le bureau, d'autres livres et parchemins étaient entreposés de manière assez désordonnée. C'est alors qu'un des dessins attira son attention. Il représentait son anneau, extrêmement bien détaillé. À côté de celui-ci se trouvait représentée une silhouette humaine grossière et de nouveau un croquis de l'anneau. La jeune femme releva la tête. Elle se trouvait dans le bureau de Daerachas. Elle se précipita vers la sortie et heurta un autre bâton qui reposait le long du mur, celui-ci était en métal noir, orné de pointes qui se refermaient sur une pierre en forme de sphère à la manière des serres d'un aigle. Elle rattrapa l'objet de justesse avant que celui-ci n'heurte le sol et le reposa délicatement tel qu'il était avant qu'elle ne le fasse tomber. Elle redescendit alors à tout allure, n'oubliant pas de retirer les rideaux derrière elle à chaque passage et réintégra sa chambre. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Mais mis à part les vieilles femmes fantômes, elle n'avait croisé personne. Et si Daerachas était effectivement sorti ?

Lyna se décida à trouver une issue et redescendit quatre étages pour se retrouver dans le hall recouvert d'or qui l'avait émerveillée la veille. Cette fois cependant, elle ne prit pas le temps de l'admirer. La jeune femme fit le tour de l'immense pièce et parvint jusqu'à une grande porte qu'elle poussa lourdement. Celle-ci donnait sur un imposant sas d'entrée où se trouvait une gigantesque porte toute de métal forgée. Devant, se tenaient plusieurs gardes armés. Elle s'en approcha pour leur parler. Les gardiens tournèrent la tête vers elle quand ils entendirent ses pas. Lyna recula et retint un cri. Les gardes s'avéraient être de la même espèce que ceux qui l'avaient kidnappée et conduite dans cet endroit maudit.

"Ils ne sont points méchants si on leur accorde un peu d'attention", résonna la voix de Daerachas dans son esprit.

La jeune femme tenta alors la politesse

– Excusez-moi Messieurs… j'aimerais pouvoir me promener à l'extérieur.

Les créatures la dévisagèrent comme s'ils avaient une mouche posée sur le bras.

– Sortie, pas par cette porte !
– Mais c'est une grande porte que vous gardez là, elle doit bien mener vers l'extérieur, non?
– Oui, mais sortie, pas par cette porte, répétèrent les créatures, le regard plus féroce.

N'étant pas de stature à s'opposer à la décision de ses geôliers, Lyna rebroussa chemin rapidement et retrouva l'escalier qui menaient aux écuries et à l'entrée cachée dans la montagne qu'elle avait emprunté avec Daerachas.

L'odeur de pourriture la saisit encore plus que la veille. Elle pouvait entendre les chevaux piaffer dans leur boxes et plus loin, vers le fond du sous sol, elle discerna des voix et des rires qui n'avaient rien d'humains. La jeune femme avança précautionneusement, soulevant sa robe blanche afin que celle-ci ne traîne pas dans le purin et les déjections qui parsemaient le sol. Elle se trouva soudain nez à nez avec deux horribles petites créatures maigrelettes à l'œil mauvais, semblables à celle qui s'était occupée de sa monture quand elle était arrivée.

– Je suis l'invitée du Maître, bégaya-t-elle très rapidement. Il m'a dit que je pouvais visiter la montagne à mon gré !

Les deux créatures retroussèrent leur lèvres sur leurs dents pointues en un sourire diabolique et la poussèrent sans ménagement avant de continuer leur chemin. Lyna souffla de soulagement. Du regard, elle reconnut enfin le passage que Daerachas lui avait fait emprunter en venant. Seulement, celui-ci aussi était gardé par groupe de créatures encore plus laides que les précédentes. Avant même qu'on ne réponde à sa question, elle connaissait déjà la réponse.

– Pas la bonne porte ! Tu pars d'ici sinon le Maître pas content !
–" Libre d'aller et venir à ta guise" mes fesses ! s'exclama Lyna. Il faut que je trouve un moyen de sortir d'ici.

La jeune femme fit demi-tour sous le regard malveillant des gardes et fit mine de retourner vers l'escalier. Quand elle fut hors de leur vue, elle bifurqua à nouveau et emprunta un couloir sombre qui semblait descendre sous terre. Il lui fallait sortir d'ici coûte que coûte et elle allait trouver une solution.

...

Pippin revenait discrètement sous les yeux attentifs de ses camarades. On l'avait envoyé se faufiler au-delà d'une faille dans une barrière rocheuse où seul lui et Merry pouvaient passer. Le hobbit s'extirpa de la roche avec difficulté, sa cape se coinça entre deux pierres. Il tira dessus plusieurs fois, en vain.

– Mais aidez moi au lieu de rester à me regarder comme ça ! grogna le semi-homme.

Gimli le tira fortement par le bras et le par-desssus du hobbit se déchira. Pippin s'étala au sol.

– Ma belle cape ! gémit-il.
– Faut savoir ! rétorqua Gimli.

Tous étaient penchés sur le semi-homme, le fixant avec insistance. Pippin s'assit et s'épousseta lentement en s'offrant un monologue.

– Comment ça va Pippin ? Oh moi ? Bien merci ! J'ai juste failli me faire dévorer par deux wargs affamés et ma cape a perdu sa dignité ! Non Vraiment ? Pauvre Pippin ! Mais je vais bien, je vous assure ! s'énerva le hobbit.

Voyant le regard désolé que lui envoyait Legolas, Pippin se releva.

– Ok ! Ok! Il y a bien une entrée la derrière, enfin je dirais plutôt, une sortie. Une évacuation… enfin des égouts ! Vous voyez ?
– Je m'en doutais, murmura Legolas pour lui-même.
– On non, pas des égouts, grimaça Merry.
– Tout ce qui sort d'ici doit pouvoir y entrer, fit Legolas après un temps de réflexion.
– Mais pas forcément par le même endroit ! remarqua Merry ! Un peu comme la tourte au fromage !

Keren pouffa de rire et le hobbit sourit à sa propre blague, mais les elfes et le nain restèrent de marbre.

– D'après nos balayages de la zone, reprit Legolas en traçant un plan sur le sol poussiéreux avec une pierre, il y a une entrée principale gardée par des uruk hai, à l'extérieur comme à l'intérieur je suppose. Il y a forcément des entrées cachées comme dans toute demeure construite par les seigneur nains.
– Mais nous auront du mal à les trouver sans lune*, lança Gimli en pointant le ciel recouvert d'une épaisse brume dont même les rayons du soleil ne filtraient pas.
– C'est pour cela que les seules entrées qu'ils nous restent sont celles qui ne sont que des sorties.
– Il ya des wargs enchaînés de l'autre côté, leur rappela Pippin.
– Ils ne poseront pas problème, répondit le prince de Mirkwood en saisissant deux flèches de son carquois.

Il se tourna vers deux de ses hommes .
– Vous resterez ici pour surveiller nos arrières et vous assurer que notre intrusion ne soit pas découverte.

Les guerriers approuvèrent.

– Mais, si ce sont des égouts, chuchota Keren, ça veut dire qu'on va patauger dans…
– Bienvenue dans notre monde merveilleux, sourit Pippin en haussant les sourcils.
– Rien ne t'oblige à nous accompagner, répéta Legolas. Une fois Lyna et l'anneau récupérés, nous pourrions te retrouver à l'extérieur.
– Et rester ici par ce froid lugubre sans rien faire ? Non merci, je préfère encore patauger dans les excréments, s'indigna Keren avant de se retourner sur les deux elfes dont la mission consistait à attendre à l'extérieur. Sans rancune hein?
– Espérons que le courant ne soit pas trop fort et ne nous emporte pas, grimaça Merry, inquiet.
– Accrochez-vous à moi si c'est le cas, leur répondit Gimli en souriant fièrement.
– Allons-y ! fit Legolas.

Silencieusement, le groupe contourna le mur de roches pour arriver non loin du trou au pied de la montagne d'où s'échappait un sillon d'eaux putrides. Aux parois étaient effectivement enchaînés plusieurs wargs, ce qui impliquait sûrement des tours de garde réguliers.

– Il nous faut remplir notre mission avant que les prochaines sentinelles ne s'aperçoivent de la disparition de leurs toutous, informa Gimli.

Les autres acquiescèrent. Se débarrasser des loups monstrueux fut l'affaire de quelques minutes et d'une vingtaine de flèches. Les elfes récupérèrent ensuite leurs munitions et s'approchèrent de l'ouverture dans la roche.

– Oooh, fit Keren en se pinçant le nez.
– Égouts ! lui répéta Merry.
– Ça me rappelle mon premier coup de foudre, lâcha Gimli.

Keren le regarda, écœurée. La troupe pénétra dos courbé à l'intérieur de l'étroit tunnel qui empestait la carcasse. Cundo qui était de loin le plus grand, peinait pour la première fois à avancer depuis leur rencontre. Sa toge déjà entachée des viscères de ses ennemis prenait peu à peu la couleur de l'eau dans laquelle ils piétinaient. Seuls les hobbits se félicitaient de pouvoir rester debout. Le groupe parvint non sans mal au pied d'une nouvelle jonction qui donnait sur deux tunnels grimpant dans la montagne et d'où s'écoulait un filet d'eau crasseux dégoulinant sans interruption.

– Par où allons-nous ? demanda Gimli.

Les elfes se concertèrent mais aucun des six immortels présents ne semblaient réellement savoir quel tunnel escalader.

– Tirons au sort ! proposa subitement Merry.

Il ouvrit la main et leur présenta onze petits os fragmentés dont l'un était beaucoup plus court que tous les autres.

– D'où sors-tu ça ? s'étonna encore Gimli.
– Du poulet de la veille ? répondit innocemment le hobbit.

Le nain secoua la tête.

– Chacun tire un os, celui qui tombe sur le plus court choisit la destination: droite ou gauche. Simple, non ?
– Nous n'avons pas le temps de jouer à ce genre de jeu stupide, grommela Gimli discrètement.
– Ça fait au moins dix minutes que vous débattez pour rien, rétorqua Pippin. Un tirage au sort n'en prendra qu'une !

Gimli ne put qu'admettre la logique des deux cousins. Chaque membre du groupe tira alors un os qui dépassait de la main de Merry.

– Alors? fit celui-ci en découvrant le sien qui était long.

Keren releva la tête vers les tunnels.

– Bon et bien, allons-y pour la gauche, fit-elle en rendant le plus petit os à Merry.

Les elfes haussèrent les épaules et passèrent en premier dans le conduit ascendant, escaladant les parois comme des chats, sans même toucher l'eau qui dégoulinait. Gimli planta sa hache dans la roche et se hissa dans le tunnel à la force de ses bras. Il aida ensuite Keren et les hobbits à se hisser dans le conduit suivis de Cundo qui fermait la marche comme à l'accoutumée et l'ascension se poursuivit vers une destination qui leur était inconnue.

...

À quelques tunnels au dessus de leurs têtes, Lyna longeait les murs le plus discrètement possible pour éviter de se faire repérer par les grossières créatures qui fourmillaient dans le sous sol de la montagne. Ça-et-là, de nombreux gobelins ou orques, elle n'aurait su dire, mangeaient, jouaient à toutes sortes de jeux violents entre eux. D'autres se battaient férocement pour une broutille, encouragés par leurs camarades qui hurlaient comme des déments au moindre coup donné. Elle avait l'impression de se retrouver dans une arène clandestine de combats de chiens, non qu'elle y ait déjà mis les pieds. Tout en continuant à raser les murs, restant dans la pénombre, elle contourna une dizaine de créatures repoussantes en train de secouer des os qui avaient l'air… humains ! La rouquine frissonna. Et soudain son cœur s'arrêta. Dans son cou elle sentit une chose humide et chaude souffler fortement. Elle tourna le visage très lentement, les yeux mi-clos.
Un cheval ! Ce n'était qu'un cheval qui avait passé son museau par l'ouverture de son box. La jeune femme soupira de soulagement.

– Tout va bien, tout doux mon beau, fit elle en caressant les naseaux de l'animal.

En reculant, son pied se prit dans une crevasse semblable à toutes celles qui parsemaient le sol, tentant de garder son équilibre, elle balaya l'air des bras en un geste brusque qui effraya l'animal. Celui-ci se mit à piaffer et hennir.

– Chut ! Chut ! le supplia la jeune femme.

Mais il était déjà trop tard, le groupe d'affreuses créatures s'était interrompu et la regardait comme un chat regarde une souris avant de jouer avec elle et de l'achever. Lyna hésita quelques secondes puis se précipita au pas de course dans un tunnel qui s'ouvrait sur sa gauche. Les gobelins se lancèrent à sa poursuite. La jeune femme accéléra sa course, l'adrénaline faisant cogner son cœur dans sa poitrine et l'air lui brûler la gorge. Plusieurs fois elle trébucha sur le sol irrégulier. Elle attrapa sa robe dans ses mains afin de ne plus se prendre les pieds dedans et reprit sa course de plus belle. Elle pouvait entendre ses poursuivants se rapprocher. Débouchant à un carrefour où quatre nouveaux tunnels s'offraient à ses yeux, elle se cacha dans le creux qu'abritait l'une des roches quand soudain une petite voix retentit sur sa droite.

– Psst ! Par là !

Lyna avança le visage hors de sa cachette et aperçut les créatures à quelques mètres d'elle qui la cherchaient en jurant dans un jargon incompréhensible.

– Dépêche-toi, sur ta droite ! reprit la petite voix dans un murmure.

Lyna sortit lentement de sa cachette et se faufila à pas de loup dans le dos des monstres. Elle continuait sa progression quand deux mains la saisirent par les épaules et la firent basculer en arrière dans un conduit qu'elle n'avait pas distingué jusque là. Elle ne put retenir un cri de surprise alors qu'elle disparaissait dans le tunnel dissimulé dans la roche.

Les gobelins se retournèrent hâtivement mais seul le vide leur fit face.

...

La jeune femme dégringola et roula en arrière sur plusieurs mètres avant d'achever sa chute contre une nouvelle paroi.

– Aoutch ! s'exclama-t-elle, la tête et les coudes endoloris. Mais qui est ce…?
– Chut ! Ils peuvent encore nous entendre.

Lyna tourna la tête vers l'endroit d'où la petite voix semblait provenir. Une silhouette accroupie se tenait plus haut dans le conduit, guettant par un minuscule interstice, les gobelins qui fouinaient juste au-dessus. Elle attendit un long moment puis redescendit vers Lyna.

– C'est bon ! Ils sont partis !
– Vanysilla ! s'écria Lyna !
– Pas trop fort quand même, fit la jeune fille en souriant, posant un doigt sur ses lèvres.

Lyna plaça ses deux mains sur sa bouche. La jeune fille se rapprocha de Lyna dans le tunnel faiblement éclairé par quelques torches allumées, les autres ne semblaient pas avoir servi depuis des lustres.

– Merci, souffla Lyna.
– Il n'y a pas de quoi, répondit la jeune fille aux oreilles d'elfe.

Lyna se frotta le coude en grimaçant.

– Laisse-moi voir ça, fit doucement Vanysilla.

Le tissu de la robe était déchiré et le coude de la jeune femme saignait abondement.

– Ce n'est pas grave, fit Lyna en pinçant son coude, ce qui eut pour effet de le faire saigner encore plus.
– Arrête ça, lui ordonna calmement Vanysilla, et d'un coup sec elle arracha un pan de sa manche pour en envelopper avec grande attention, le coude meurtris de la jeune femme.

Lyna regarda le petit être fébrile qui s'attelait à l'aider. Sa joue avait dégonflé mais était légèrement bleuie suite au coup que lui avait asséné Daerachas. Comment une personne si gentille et si frêle avait bien pu se retrouver dans un tel endroit ? Elle l'avait ressenti dès le début, la gentillesse de la jeune fille, contrairement à celle de Daerachas, n'éteint ni feinte, ni intéressée.

– Où sommes nous ? demanda-t-elle.
– Dans les cachots, répondit la jeune fille en terminant le bandage.
– Les cachots ! s'indigna Lyna.
– Toutes les montagnes et tous les châteaux ont des cachots, reprit Vanysilla, amusée.
– Je savais que cet endroit était louche depuis le début, continua la rouquine.
– Je dois te montrer quelque chose, lui chuchota Vanysilla. Suis-moi le plus discrètement possible, ne marche que quand je te le dis, ne parle que si je te le permets, et si tu as peur, n'hésite pas à te tenir à moi.

Lyna se sentie honteuse d'être traitée comme une enfant par une jeune fille qui semblait à peine sortie de l'adolescence. Elle suivit alors Vanysilla dans chacun de ses pas, respectant scrupuleusement ses consignes, jusqu'à ce que les deux jeunes femmes débouchent dans un couloir plus large bordé de cellules sombres et malodorantes fermées par des barreaux de métal. Des mains pendaient entre les barreaux, des silhouettes squelettiques tendaient les bras, essayant d'attraper les jeunes filles sur leur passage, leurs yeux suppliaient et leurs corps entiers criaient la douleur.

– Pourquoi ces gens sont-ils enfermés de cette façon ? Qu'ont-ils fait ?
– Rien qui ne justifie un tel traitement malheureusement, répondit Vanysilla en baissant les yeux. Ils… Ils se sont juste opposés au Maître.
– Daerachas ! cette ordure ! Ne l'appelle pas Maître, il n'a rien d'un maître ! Il cache bien son jeu avec son joli minois, j'ai failli me faire avoir.

Les prisonniers avaient reculé, effrayés par les protestations de la jeune femme. Seules deux mains saisirent les barreaux du cachot devant lequel Vanysilla venait de s'arrêter.

– Là, dit-elle en faisant signe à Lyna d'approcher.

À part les deux vieilles mains abîmées accrochées au métal, Lyna ne discerna absolument rien dans l'obscurité de la cellule. Pourtant Vanysilla insista pour qu'elle regarde à nouveau. À vrai dire, Lyna n'en avait guère envie. Elle approcha d'un pas supplémentaire et c'est alors qu'elle les vit: deux yeux fous qui brillaient dans le noir, puis une voix rocailleuse entamant le refrain d'une chanson dans un langage qui lui était inconnu, s'éleva.

...

Parvenus en haut du tunnel d'où s'écoulait sans interruption, une mêlasse épouvantable, les six elfes qui se tenaient en avant du groupe débouchèrent dans un couloir en contrebas , plus large et sans dénivelé dans lequel les eaux se rejoignaient en un courant bien plus important. N'ayant pas le choix, tous sautèrent et y posèrent le pied pour continuer leur progression.

– J'entends des voix par là, les informa Legolas en désignant l'extrémité opposée du couloir qui bifurquait à droite sur un virage dominé par une sorte de petite falaise s'élevant à une dizaine de mètres de haut.

Keren tendit l'oreille mais ne discerna que le clapotis de l'eau. Là où le liquide froid ne montait qu'aux genoux et cuisses des elfes et de l'humaine, il en était tout autre pour Gimli et les hobbits. Ces derniers pataugeaient dans l'eau jusqu'à la ceinture tandis que Gimli qui n'était pas épargné non plus du fait de sa petite taille, avançait tel un bœuf tirant dix charrues. Alors qu'ils progressaient à bonne allure, Cundo les fit sursauter en criant.

– Dépêchez-vous ! Gagnez les hauteurs le plus vite possible !

Il désigna le bout du du couloir loin derrière eux et duquel débouchait un énorme tunnel en surplomb à cinq ou six mètres du sol. Les elfes ouvrirent grands les yeux.

– Dépêchez-vous ! Bougez ! cria Legolas
– Que se passe-t-il ? s'écria Merry paniqué.
– Ne demande pas, avance ! lui ordonna le nain.

La troupe se mit à courir dans l'eau répugnante, du moins tous ceux qui dépassaient le mètre cinquante. Quelques minutes plus tard, un grondement sourd fit trembler les voûtes.

– Qu'est ce que c'est que ça ? hurla Pippin totalement épouvanté et empêtré dans les flots crasseux.
– Plus vite, leur cria Legolas.

Keren effrayée augmenta son rythme de course, chose qui n'était pas si aisée avec les bottes et une jupe prises dans cette eau semblable à des sables mouvants. Elle trébucha et s'y étala. Gimli la dépassa et la releva par le bras, l'obligeant malgré elle à remonter à ses côtés. Les deux cousins tenaient de plus en plus difficilement la cadence malgré les efforts de Cundo qui tentait de les pousser. La petite falaise n'était plus très loin de leur portée quand les non-elfes réalisèrent l'origine du bruit sourd qui se faisait de plus en plus menaçant. Une gigantesque vague d'eau avait surgit dans le tunnel derrière eux et s'engouffrait dans le couloir et tous les conduits adjacents qui traversaient la montagne.

– Oh bon sang ! Lâcha Merry.
– Ils ont dû ouvrir les valves d'épurations, lança Legolas, hâtez-vous !

Les premiers elfes avaient atteint le pic rocheux et avaient déjà bondi à l'abri.

- Vite! Vite ! Hurla Gimli en dépassant tout le reste à une vitesse hallucinante pour un nain.

Legolas qui était parvenu au pied de la falaise fit office de marche pied tandis que Lenwë et les autres attrapaient le nain par les bras. En un instant Gimli fut hissé sur la plateforme salutaire avec les elfes Sylvains. Keren avait presque atteint le mur alors que la vague monstrueuse qui emplissait tout le couloir déboulait sur eux à la vitesse d'une cavalerie au galop. Legolas l'attrapa par la main et la projeta sur la falaise avec une facilité déconcertante, elle fut rattrapée au vol par les hommes de Thranduil se tenait agrippés aux bords de la falaise pour la réceptionner. Legolas hurla aux hobbits de se hâter une fois de plus, mais les deux pauvres créatures paniquaient tellement qu'elles nageaient sur place comme des chiots prenant un bain pour la première fois. Cundo qui se trouvait derrière eux les saisit alors, un sous chaque bras, et courut vers la falaise malgré son handicapante longue toge qui le ralentissait.

La vague n'était plus qu'à quelques secondes d'eux. Legolas bondit contre la paroi et s'accrocha de la main gauche au rebord du pic rocheux et tendit la droite pour réceptionner les deux hobbits. Cundo lança d'abord Pippin qui vola comme une feuille, Legolas l'accrocha par le bras et le fit passer par dessus le mur où les elfes le recueillir. Keren s'était agenouillée au bord du vide pour les encourager. Cundo en contrebas se préparait à hisser Merry.

– Vite! Vite ! Vite ! Pria-t-elle mentalement.

Le grand gardien lança le deuxième hobbit qui fut renvoyé de la même façon que Pippin par Legolas alors que la déferlante d'eau s'apprêtait à engouffrer les deux elfes restés plus bas.

- Cundo! Cria Legolas, À ton tour !

Le gardien recula pour bondir mais sa cheville se coinça alors entre deux roches qui se trouvaient sous l'eau. En une fraction de seconde, la vague monstrueuse fut sur lui.

- Noooooon ! hurla Keren, les bras tendus alors que Legolas qui s'était projeté de son bras gauche, passait au-dessus de la falaise, entraînant la jeune femme en arrière avec lui.

La dernière chose que vit Keren fut l'elfe aux cheveux d'argent lui souriant chaleureusement tandis qu'il disparaissait emporté par le rouleau compresseur. L'eau heurta la falaise avec fracas, propulsant son écume avec furie sur plusieurs mètres jusque sur les rescapés qui reculèrent plus loin encore pour se protéger. Keren se débattait dans les bras de Legolas.

– Cundo ! Il faut faire faire quelque chose !

Mais le prince ne répondit pas, le visage fermé, il maintint la jeune femme contre lui. Quand la vague baissa après avoir tout emporté sur son passage, le petit groupe se rapprocha du bord de la falaise, Keren la première. Les flots avait repris un cours normal et seules les retombées d'eau en provenance des murs et des plafonds témoignaient du passage de la vague destructrice. Là où s'était tenu le gardien de Rivendell, il n'y avait plus personne.

– Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, répéta Keren, Cundo était le plus grand et le plus fort.

Legolas posa ses mains sur ses épaules.

– Keren, Cundo est un haut elfe très ancien et très puissant comme tu l'as remarqué. Je doute qu'une simple vague suffise à en venir à bout.
– Une simple vague ! rugit Merry , un raz-de-marée oui !

Keren redressa le visage. Gimli s'approcha et parla à son tour.

– Tu as raison Legolas, Cundo est de loin l'elfe le plus habile que j'aie jamais rencontré , ça ne veut pas dire que je vous trouve mauvais les gars hein ? fit-il gêné en direction des autres et de son ami, mais je suis sûr qu'il nous attend déjà à l'étage supérieur !
– Vous avez raison, sourit Keren.

Legolas relâcha son étreinte et réajusta son arc. Un instant plus tard il reprenait la tête de la file.

– Ce tunnel monte encore, j'entends des voix de plus en plus distinctes ! À partir de maintenant, avancez très prudemment en silence, restez sur vos gardes !

Les deux hobbits étreignaient avec difficulté leurs capes pour en éliminer la plus grosse partie d'eau tandis qu'ils claquaient des dents.

– Plus vite vous vous bougerez, plus vite vous vous réchaufferez, lança Gimli en leur passant devant.

Lenwë vint au secours des semi-hommes. En quelques secondes il leur rendit une cape humide certes, mais portable. Ceux-ci emboitèrent donc le pas au nain. Keren jeta un dernier coup d'œil vers la rivière redevenue paisible en contrebas.

– Va, passe devant, je surveillerai les arrières, lui assura gentiment Lenwë.

Et il invita la jeune femme à prendre la suite de ses camarades.


À suivre...