Chapitre 32 : "Révélations"

Lyna se sentit oppressée par les deux yeux fous qui se tenaient terrés dans l'obscurité de la cellule vers laquelle l'avait conduite Vanysilla.

– Je ne comprends pas, fit la jeune femme.

La chose dans le cachot bougea. Les mains de la créature semblaient humaines et vieilles. Leur peau était fripée et tâchée et les ongles de chaque main étaient si longs qu'ils se recourbaient plusieurs fois sur eux-mêmes. Le prisonnier s'adressa alors à Vanysilla dans une langue différente de celles des monstres et du Sindarin qu'elle avait entendu de la bouche des les elfes Sylvains.

– Pourquoi voulais-tu m'amener ici ? bégaya Lyna.

La frêle jeune fille se rapprocha de la cellule et leva la main lentement, frôlant les barreaux, le regard triste. La créature emprisonnée avança alors son visage contre sa cage de métal et Lyna en découvrit les traits. C'était un très vieil homme dont les cheveux et la barbe agglutinés par la saleté descendaient jusqu'au sol. Il était vêtu d'une toile de jute beige trouée qui laissait apparaître ses membres décharnés. Il était si sale que son aspect faisait peine à voir.

– Qui est-ce ? demanda Lyna, loin d'être rassurée.
– Un homme valeureux, répondit Vanysilla. Non ! Pas un homme, corrigea-t-elle, il est bien plus que cela.

Elle sourit tristement au vieillard qui la regardait avec tendresse. Vanysilla fit signe à Lyna d'avancer. Le jeune femme fit un pas en avant, le prisonnier ne semblait pas agressif.

– Plus près, lui demanda Vanysilla. Il veut te voir.

Lyna s'exécuta et s'approcha à une cinquantaine de centimètres de la cellule. L'odeur de salissure qui s'en dégageait était telle qu'elle se fit violence pour ne pas reculer. Le vieil homme parla de nouveau dans sa langue. Vanysilla sourit.

– Il dit que tu as l'air d'une bonne personne, il peut le ressentir et il en est soulagé. Il me fait savoir que je peux te parler en toute confiance.

Sa voix s'était assourdie et ses yeux observaient à présent l'obscurité du couloir, comme si la jeune fille craignait de voir quelque chose ou quelqu'un en surgir.

– Qu'a t-il fait pour se retrouver dans un tel état ? demanda Lyna.
– Il s'est opposé à mon père… chuchota Vanysilla.
– Ton père ? fit Lyna, perdue.
– Vois-tu, reprit la jeune fille à voix basse en regardant le vieillard avec bienveillance, cet homme est un grand mage, l'un des plus grand mages que notre monde ait connu. Un être dont le principal combat fut dédié aux créatures de la nature.
- Mais ? la coupa Lyna, n'est-ce pas cet homme là qui a créé l'anneau que je porte ainsi que celui de Daerachas ?

Les mains du vieil homme se crispèrent sur les barreaux.

– Ce n'est pas lui qui a forgé cet anneau multicolore Lyna, au contraire, il à tout fait pour l'en empêcher.
– Mais empêcher qui ? demanda Lyna qui ne comprenait plus rien.

Le vieil homme approcha son visage au plus près des barreaux et de ses grands yeux d'où semblaient émaner la folie il murmura:

– Sa - ru - man…
– Saruman ? répéta Lyna qui avait reculé devant l'air accusateur du vieillard. N'était-ce pas le mage traitre allié de Sauron pendant la Guerre de l'Anneau ? Il me vient quelques bribes de souvenirs à ce propos.

Vanysilla avait baissé les yeux.

– Mais ? Si ce n'est pas ce mage là qui a forgé l'anneau mais Saruman, qui est-il alors ?
– Radagast est le nom que j'ai jadis porté en Terre du Milieu, résonna la voix du prisonnier.

Lyna surprise, recula, trébucha et tomba lourdement au sol.

– Vanysilla ! C'est l'homme que mes amis et moi cherchions depuis tout ce temps ! Pourquoi est-il ici ?

La rouquine dévisagea le vieillard puis la jeune fille. Son regard passa plusieurs fois de l'un à l'autre en silence puis elle répondit à la question d'elle-même.

– Parce qu'il a contrarié ton père…

Vanysilla avait détourné les yeux.

–… qui était Saruman, termina Lyna.

La jeune fille se tourna subitement vers elle.

– Lyna ! Il faut faire vite ! Tu dois partir d'ici. Daerachas ne veut pas ton anneau pour sauver notre monde, c'est tout son contraire !

Elle saisit la rouquine par les épaules.

– Daerachas est mon frère jumeau ! Il est le fils de Saruman ! Saruman était notre maître ET notre père. L'enfant dont il t'a parlé, celui dont la descendance détient le code d'accès à l'anneau du futur dans son sang… n'est pas un enfant mais deux enfants. C'est nous ! Ses propres enfants !

Lyna recula. Trop d'informations l'assaillaient en même temps.

– Mon frère est malade Lyna, il est malade là - elle désigna sa tempe de sa main- Il est aussi mauvais que l'était mon père, si ce n'est plus. Il te faut fuir et je vais t'aider.

Lyna resta ébahie quelques instants.

– Si toi et ton frère êtes les porteurs du code et que je le suis aussi, ça veut dire que tu es ma… que vous êtes mes… ancêtres !?

Lyna avait les larmes aux yeux. La jeune fille qui lui faisait face serra les poings.

– Non Lyna ! Daerachas n'est pas ton ancêtre, moi seule le suis ! Tu es ma descendante !
– Comment peux tu le savoir, s'écria la jeune femme, révulsée à l'idée que le garçon puisse avoir un lien de parenté avec elle.

Vanysilla avait serré les dents, elle regardait à présent ses pieds.

– Mon frère est… comment dire… infertile.
– Comment peux-tu en être sûre? répéta Lyna en secouant la jeune fille par les épaules. Parle !
– Parce qu'il a essayé avec moi tant de fois que je ne saurais plus les compter ! s'exclama Vanysilla en sanglots. Il voulait que le code soit plus fort ainsi! Quand il a compris qu'aucune de ses tentatives ne porteraient ses fruits auprès de moi, il s'est exercé sur beaucoup d'autres ! Aucune d'elle ne lui a jamais donné progéniture !
– Oh mon dieu ! s'écria Lyna, écœurée.

Elle serra la jeune fille qui pleurait dans ses bras.

– Pourquoi ne t'es tu pas enfuie Vanysilla ? lui demanda la jeune femme, pourquoi ?
– Parce que c'est mon frère, répondit celle-ci dans un hoquet, et que malgré ce mal qui le ronge, il est ma seule famille. Et qui ce serait occupé de lui ? reprit la jeune fille en désignant tendrement le vieux mage qui croupissait dans sa cellule.
– Ahh ma chère sœur jumelle ! Un cœur d'ange n'est-ce pas? résonna une voix sèche au bout du couloir.

les torches éteintes qui bordaient le cachot s'enflammèrent subitement, éblouissant le tunnel de leur lumière soudaine. Daerachas se tenait au centre, un sourire aux lèvres. Les doigts de sa main droite refermés sur le sceptre en métal noir que Lyna avait aperçu dans le bureau au sommet de la montagne, quelques temps plus tôt.

– Le problème avec les cœurs d'anges, reprit le jeune homme, c'est qu'ils sont toujours là pour torturer ceux qui n'en ont pas.

Il se tourna alors vers Lyna.

– Je suppose qu'il n'est plus utile de faire usage de diplomatie, n'est-ce pas ?

...

Le nouveau couloir que le groupe avait emprunté grimpait plus encore que les premiers conduits. Les elfes escaladaient les parois comme des alpinistes aguerris et Gimli qui supportait le poids des deux hobbits suspendus à sa ceinture, éventrait la roche à coups de hache pour continuer son ascension. Lenwë soutenait Keren par la taille, encore bouleversée par la disparition de Cundo, et escaladait aussi facilement que s'il n'avait pas eu la jeune femme à porter. Legolas se tourna soudainement vers eux.

– Lyna ! C'est la voix de Lyna que j'entends !

Il s'interrompit quelques secondes, Keren avait redressé la tête.

– C'est elle? Tu es sûr ? questionna la jeune femme, les yeux emplis d'espoir.

L'elfe hocha positivement le menton puis inclina la tête sur le côté.

– Elle n'est pas seule, je ne reconnais pas les autres. Dépêchons nous.

Le groupe accéléra son escalade et déboucha sur une vieille porte en bois. Legolas en poussa le battant dont les gons rouillés grincèrent. Un par un, la compagnie se retrouva dans un couloir exempt d'eau où régnait une faible luminosité. Lenwë franchit en dernier la petite ouverture et en referma le plus discrètement possible le vieux battant de bois. Le couloir était large et seules quelques torches qui le parsemaient en illuminaient une partie. Le reste était dissimulé dans la pénombre. Keren recula d'un pas et heurta une chaîne qui cliqueta. Legolas se tourna vers elle comme un chien aux abois. La chaîne en question se terminait par un bracelet d'acier et le reste du mur était recouvert des mêmes instruments.

– Les cachots, murmura Gimli.

Keren frissonna.

– Lyna se trouve dans un cachot ? questionna-t-elle à voix basse, visiblement très inquiète.
– Par là, suivez-moi, reprit le prince elfe.

Il s'engagea sur la droite. Plus ils avançaient et plus l'éclairage se faisait vigoureux. Keren discerna alors à son tour une voix féminine qu'elle reconnut immédiatement.

– C'est bien Lyna ! s'exclama-t-elle tout bas.

Une autre voix plus faible et féminine elle aussi, lui donnait le change. Toujours en marchant le plus discrètement possible, les elfes s'alignèrent le long des parois, laissant Keren se placer derrière Legolas. Le couloir terminait sur un virage qui bifurquait sur la droite. Le prince avança lentement la tête. La deuxième partie du tunnel était bordée de vieilles cellules dignes de tout cachot de ce nom. À quelques mètres de lui, il aperçut Lyna qui lui tournait le dos, en grande conversation avec une jeune fille aux cheveux très longs et rouges cuivrés. Les deux jeunes femmes chuchotaient mais ils pouvait discerner le contenu de leurs échanges depuis quelques mètres déjà. Lyna était vêtue d'une magnifique robe blanche sertie de pierres et de dentelles et arborait une coiffure détaillée, le tout contrastant intégralement avec les salissures qui remontaient le long de sa tunique et le sang séché qui avait pris la forme d'une grosse auréole le long du tissu qui couvrait son bras. C'est alors qu'il remarqua les mains crochues qui dépassaient des barreaux de la cellule devant laquelle se tenaient les jeunes femmes. Le ton que Lyna employait était celui de l'effroi. Il l'entendit alors prononcer un nom qu'il ne pensait jamais entendre à nouveau.

– Saruman !

Les mains autour des barreaux s'étaient resserrées.

– Par les Dieux, s'exclama Legolas en chuchotant.

Il s'était rabattu derrière le pan de mur qui les séparaient du reste du couloir. Les hobbits le tiraient par la manche.

– Qu'est ce qui se passe ? Qu'as-tu vu, qu'as-tu entendu? questionnèrent ceux-ci d'une voix la plus sourde possible.
– Radagast ! fit le prince.
– Radagast ? interrogèrent les semis-hommes, et bien quoi?
– Nous l'avons retrouvé…
– Pardon !? s'exclamèrent les deux cousins, Gimli et Keren en étouffant leur stupéfaction de leurs mains.

Keren voulut passer au devant de Legolas pour regarder dans le couloir mais Lenwë la retint par le bras, lui signifiant d'attendre.

– Il est là ? chuchota Gimli.
– Prisonnier d'un cachot, précisa le fils de Thranduil
– Mais ! Ce n'est point un simple cachot qui peut retenir un mage de son ampleur, enfin ! s'exclama le nain légèrement trop fort.

Ils retinrent leur souffle. Mais les deux jeunes femmes continuaient à converser, personne ne semblait l'avoir entendu.

– Gimli, ce n'est pas une cellule construite pour un humain, répondit Legolas.

Les elfes avaient tous hoché la tête.

– Vous l'avez ressenti vous aussi, constata le prince, cette aura de magie noire dans laquelle nous pataugeons depuis que nous avons posé le pied dans cette montagne.

Soudain une voix forte et masculine leur parvint à l'autre bout du tunnel et les torches s'enflammèrent d'un seul coup. Keren étouffa un cri de stupeur. Elle dégagea son bras de l'étreinte de Lenwë et passa le visage au delà du mur. Elle reconnut instantanément son amie qui lui tournait le dos. Celle-ci se trouvait accompagnée d'une autre jeune femme et un homme vêtu d'une toge similaire à celle que portait Cundo se tenait devant elles, l'air menaçant. Il regardait les jeunes femmes en souriant avec mépris.

– Je suppose qu'il n'est plus utile de faire usage de diplomatie, n'est-ce pas ? fit-il en direction de Lyna.

Legolas tira Keren en arrière en lui plaquant la paume sur la bouche. Il lui intima de faire silence complet puis retira lentement sa main.

– Elle est en danger Legolas, supplia Keren.
– Je sais, murmura l'elfe, mais ce n'est pas le bon moment.

Il se tourna vers ses hommes. Ceux-ci s'armèrent en silence, Legolas les imita.

– Nous n'avons pas à faire à des uruk hai cette fois, murmura le fils de Thranduil en direction des hobbits et de Gimli.
– Comment ? Mais à quoi donc alors ? demandèrent les concernés.
– Un mage, répondit l'elfe.
– Un mage ? Mais, tu viens de nous dire que Radagast était emprisonné.
– Pas Radagast, précisa Lenwë, un autre mage…
– Un de la pire espèce, ajouta Legolas.

Les deux hobbits se regardèrent dubitatifs.

– Cette fois, surtout vous deux, reprit le jeune prince en désignant les hobbits, nous intervenons les premiers, ne risquez pas vos vie sottement. Gimli, tiens-toi prêt.

Le nain hocha la tête en saisissant sa hache. les guerriers Sylvains se tournèrent vers le couloir lumineux.

...

Le garçon brandissant son sceptre avança d'un pas, Lyna recula et Vanysilla vint se placer devant.

– Allons, Vany ? Que tentes-tu de faire là ? tu sais très bien que tu n'es pas de taille face à moi !
– Comment peux-tu la traiter de la sorte, rugit Lyna, c'est ta sœur bon sang ! C'est ta famille !
– Ma famille ? fit Daerachas en relevant les sourcils. Veux-tu que je t'en parle de cette famille ?

Il avança encore, traînant et ricochant son sceptre le long des barreaux de la cellule qui se trouvait sur sa droite

– Mon père… était un incapable !
– Saruman ! brama le vieil homme dans sa cage.
– C'est exact, mais ne t'avises plus de prononcer ce nom, vieux débris ! hurla le jeune homme en levant son sceptre, déchaînant sa magie sur le vieillard qui se retrouva projeté au fond de sa cellule.
– Non ! supplia Vanysilla en s'agenouillant près des barreaux de la cellule.
– Regarde la, fit Daerachas méprisant en désignant sa sœur. Toujours à se préoccuper des faibles et des handicapés !
– Effectivement, il me semble qu'elle s'occupe aussi de toi ! rétorqua Lyna.

Un sourire machiavélique étira les lèvres du garçon..

– Tu joues là à un jeu dangereux.

Et il pointa son sceptre sur la jeune femme. Celle-ci ne bougea pas, mais tout son être intérieur se liquéfiaitde peur. Le mage reposa son bâton.

– Vois-tu, reprit-il posément, mon père était un imbécile, lui qui se croyait si fort, si intelligent et si puissant ! Tué par un simple domestique et mis à terre par une bande d'arbres sur pattes. N'est-ce pas risible ?

Et il se mit à rire de façon malsaine.

– J'aurais tout donné pour être là à cet instant tu sais, dit-il sérieusement en regardant Lyna. Le voir rendre son dernier souffle en me suppliant des yeux.

La fureur avait envahit le jeune homme. Lyna redoutant le pire comprit qu'elle devait apaiser le garçon et le faire parler pour gagner du temps et peut-être même, trouver un maigre espoir de s'échapper.

– Que t'est-il arrivé Daerachas ? demanda-t-elle.

le garçon se calma et la regarda, indolent

– Ah ? Parce que cela t'intéresse ?

La jeune femme ne répondit pas, se contentant de fixer le jeune magicien du regard. Comme nombre de sociopathes , elle était sûr que celui-ci prendrait un plaisir certain à ne parler que de lui.

– Bien! Puisque tu insistes! reprit le garçon. Mon père, ce "grand" mage, a toujours été un adepte de l'esclavagisme, mais ça, je pense que ça ne t'étonne pas, je crains malheureusement avoir hérité de ce trait.

Il rit.

– Longtemps avant la Guerre de l'Anneau, ce mage qu'était mon père se servit de son talent de mensonges et de manipulation pour... Oh? il s'interrompit. Mais ça aussi je crois bien en avoir hérité ! Bref, passons. Il se servit donc de ce talent pour séduire une jeune elfe Sindar, à l'insu de tous bien entendu. Elle était si jeune, si crédule et tant éblouie par sa puissance et sa prestance qu'elle tomba sous son charme instantanément. Il n'aura pas fallut plus d'une centaine d'années à mon père pour la briser. Elle était si peu combative. Ce n'est pas sans me rappeler quelqu'un, tiens ! fit-il en jetant un œil à sa sœur.

Lyna aurait voulut hurler et sauter à la gorge de cet insolent, mais elle était impuissante. Elle avait cependant l'intuition que le jeune homme ne lui ferait pas de mal tant qu'il ne l'aurait pas utilisée à ses desseins. Le tout était donc de retarder cette échéance. Le garçon continua sur sa lancée.

– Bien sûr, tu comprendras que tout cela s'est fait dans le secret le plus total ! Si les Valars l'avaient appris ! Oh mais, sais-tu au moins ce qu'est un Valar ?
– Un envoyé de Dieu ou quelque chose comme ça je crois, répondit Lyna, bien que pour elle tout cela fut très abstrait.
– Bien, bonne fille ! Daerachas reprit son récit, une fois ma pauvre mère rendue incapable du moindre jugement ni dotée du moindre soupçon de révolte, mon père put l'utiliser à ses fins. Selon son ego, tout se déroulerait tel que planifié. Seulement, il souhaitait bien plus que la place de second sur le podium. Alors dans un moment de lucidité, il forgea son anneau en cachette de Sauron et engrossa ma mère afin qu'elle lui donne un enfant. Un enfant né d'une elfe Sindar et d'un Maia ? Te rends-tu comptes de la puissance d'un tel être ?

Lyna ne répondit pas, mâchoires serrées.

– Malheureusement le sort ne fut pas de son côté, au lieu d'un enfant, il en obtint deux. Un pouvoir divisé en deux, quelle infortune ! Il ne renonça pas pour autant à son plan secret. Il nous confia, moi-même, ma sœur et ma mère aux esclaves dont il avait le contrôle. Nous n'étions que des objets à la réalisation de ses desseins. Son anneau ne lui servant à rien car pas assez puissant, il nous relégua dans la fange parmi tout un tas de créatures immondes jusqu'à ce que le moment soit venu de nous utiliser. Ayant remarqué la faiblesse de ma sœur, c'est sur moi qu'il apprit à se reposer. Me sortant de la boue selon ses désirs pour me plier à sa volonté et tenter de me briser comme il l'avait fait avec ma mère. Pendant des années j'ai feint d'être le reflet de ce qu'il recherchait tout en acquérant progressivement son savoir et sa magie à mesure qu'il me laissait pénétrer dans ses secrets les mieux gardés, allant jusqu'à me révéler l'existence du code. Je m'instruisais seul dès lors qu'il avait le dos tourné et retournait pourrir avec les porcs quand qu'il n'avait plus besoin de moi.

Vanysilla s'était mise à pleurer, toujours agenouillée sur le sol. Le garçon la dévisagea à nouveau avec mépris.

– Que veux tu donc ? répliqua Lyna, que l'on te plaigne ? Pauvre petite victime qui a tant combattu pour en fin de compte se comporter comme son bourreau ?!

Le jeune homme ne répondit pas, se contentant de la toiser, mais sa lèvre supérieure tressautait légèrement.

– Ma mère et ma sœur, trop faibles pour quoique ce soit, restèrent dans la souillure à servir comme les bonnes petites esclaves qu'elles avaient toujours été. Pendant que la Guerre de l'Anneau faisait rage et que nous n'étions encore que des enfants, je ne sais pas d'où lui vint cette pensée, mais ma génitrice commença à se rebeller, l'instinct maternel je suppose ? Elle risquait de faire échouer tous mes efforts fournis durant ces années ou j'avais acquis la confiance de mon père !

Vanysilla le regardait, suppliante.

– Je t'en prie Daerachas, arrête !

Le garçon fit la sourde oreille.

– Alors dans un élan de gratitude, je tuais ma mère, la libérant de toutes ses souffrances. Tandis que son dernier souffle franchissait ses lèvres, elle me regardait, incrédule, j'étais pourtant si bon avec elle. Cependant, mon cœur éprouva un élan de compassion envers ma sœur bien aimée et je décidais de la garder à mes côtés. Après tout, n'étions nous pas issus de la même galère ?
– Avoue plutôt que sans elle, tu n'aurais jamais eu la chance d'avoir un héritier qui puisse t'apporter l'anneau sur un plateau aujourd'hui ! lui cracha Lyna.

Les yeux du garçon brillèrent de colère et de son sceptre il fit voler la jeune femme en arrière. Celle-ci heurta le fond du couloir et s'écroula le long de la paroi, sonnée. Le mage se tourna vers Vanysilla.

– Tu lui as dit ?! Traînée !

Il envoya un coup de pied magistral dans la tête de sa sœur qui s'effondra en se tenant le visage.

– J'ai peut-être besoin de ton ventre, hurla le garçon, mais ton visage ne m'est pas nécessaire !

Il se recomposa une façade plus calme.

– Où en étais-je déjà?

Lyna reprenait ses esprit alors que le garçon avançait lentement vers elle. Elle se hissa sur ses coudes en gémissant et c'est alors qu'elle aperçut avec stupeur tous ses amis qui se tenaient dans l'obscurité sur sa droite. Legolas et Keren la regardaient avec peine. En silence, le prince mima des mots et des gestes que Lyna comprit instantanément. Elle se redressa misérablement et rampa le plus loin possible de ses amis, se dirigeant vers le mage qui venait à sa rencontre. Celui-ci s'agenouilla auprès d'elle et saisit le menton de la jeune femme entre ses doigts.

– Tu es plus coriace que je ne l'aurais imaginé. Qui aurait pu croire qu'une créature aussi insignifiante que ma sœur puisse engendrer une petite, petite, petite, petite fille si courageuse.

Il se releva et se détourna de Lyna.

– Enfin, pour ce que cela va te servir ! Je disais donc… ah oui ! c'est vrai ! Quand mon père eut finit empalé aux pieds de sa tour et que l'Isengard fut prise par les Ents, je n'eus qu'à me cacher et attendre le moment propice. Je récupérais alors l'anneau sur le cadavre pourrissant de mon père et emportait avec moi la plupart de ses secrets. Je récupérais ensuite les troupes en déroute de mon père et les conduisais accompagné de ma sœur, dans cette montagne, attendant la venue du porteur du code et de l'anneau du futur.

Toujours tournant le dos à Lyna qui continuait à lutter pour se relever, il souriait, se glorifiant bien plus que son père ne l'aurait fait. La jeune femme scruta en arrière et vit les elfes se glisser comme des ombres le long des murs. Legolas lui fait signe de continuer à faire parler le magicien.

– Que comptes-tu faire de moi ? reprit la rouquine en se redressant.

Daerachas pivota légèrement le visage vers elle.

– Lyna, ma jolie Lyna, je t'aurais crue plus futée quand même. Ne t'ai-je pas dit avoir besoin de toi ?
– Si ! tonna la jeune femme, le catalyseur, tout ça ! Je ne suis pas idiote ! Mais que comptes-tu faire de moi "après" ça ?

Vanysilla se tourna vers elle, le visage en sang et noyé de larmes.

– Lyna, il ne compte jamais revenir. Une fois qu'il aura utilisé ta particularité et le pouvoir des anneaux avant la création de Sauron, il te tuera, s'emparera de tous les pouvoirs et le monde tel que nous le connaissons actuellement n'existera plus. Il ne restera que chaos et mon frère pour gouverner une terre servile en décrépitude forgée à son image.
- Hu ? Sœurette, finalement tu es plus éveillée que ce que tu as toujours voulu faire croire.

Lyna frappa du pied sur le sol pour attirer l'attention du garçon sur elle.

– Et tu crois que je vais me laisser faire sans rien dire ?
– Sans rien dire peut-être pas, répondit le jeune mage, mais sans rien faire assurément ! acheva-t-il avec un sourire malfaisant.

D'un geste rapide il projeta son sceptre en direction de Lyna. La jeune femme fut arrachée du sol par une force invisible et attirée vers Daerachas qui l'attendait la main ouverte. Elle battit des pieds dans le sol poussiéreux mais l'attraction qu'exerçait le magicien était bien trop puissante. La main du jeune homme se referma sur sa gorge.

Ce fut l'instant que choisirent les elfes pour lancer l'offensive.


A suivre...

Les Maiar ( Maia au singulier) sont aussi des Istari (Istar au singulier)