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Trajet pour Herushë.
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Harry savait que Tom n'avait accordé aucun crédit à son histoire. C'était trop inimaginable pour qu'il puisse l'accepter. Il y avait bien un autre moyen de lui faire comprendre, de lui faire admettre la réalité, mais il préférait garder cette carte en dernier recourt.
Une onde douloureuse parcourut son corps. Cela n'avait rien à voir avec la malédiction de sa jambe ou quoi. C'était plutôt comme d'insidieuses courbatures. Il se redressa dans le lit en grimaçant et prit un instant pour émerger de son sommeil. Son esprit était étonnamment clair et vif : il n'était plus noyé dans ce brouillard permanant qui endormait tous ses sens.
Il inspira profondément. Il l'avait fait. Avec Tom il voulait dire. Il avait… enfin… vous voyez. Et ça avait été… heu… bon. Non. Il devait arrêter de se mentir à lui-même. Ça avait été la putain de meilleure expérience de sa vie. S'il n'avait pas été aussi épuisé, il aurait recommencé immédiatement. Il tourna la tête vers tom et se rendit enfin compte que ce dernier l'observait sans pudeur. Harry tira rapidement les couvertures sur son corps nu et ce geste arracha un rire moqueur à son compagnon : « J'ai déjà tout vu tu sais. En profondeur. »
Harry devint cramoisi et balbutia une suite de mot inaudibles dont le seul qui arriva aux oreilles de Tom fut : ferme-la.
« Il faudrait déjà que tu arrives à me faire taire. » sourit Tom.
Bon. Si ce n'était pas une invitation, c'était clairement une provocation et Harry avait toujours adoré répondre aux provocations. D'un geste rapide, il se plaça à califourchon sur Tom (qui, toujours maître de lui-même, accepta la position avec un calme apparent.) et le plaqua contre le matelas. D'un doigt léger, il parcourut la nouvelle cicatrice que sa magie avait gravée dans la peau de Tom : « Je suis désolé pour ça. Et merci. »
Tom haussa un sourcil : « Merci pour quoi ? De t'avoir fait jouir ? »
Harry lui asséna une tape légère sur l'épaule : « Mais non, idiot ! Enfin… oui, merci pour hier soir. Mais merci aussi pour ma jambe et pour… pour le reste. »
« Ho. J'ai surtout fait ça pour moi. J'ai horreur de ne pas être le seul à qui tu penses. »
Harry leva les yeux au ciel avec un rire étouffé : « Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? »
Tom arqua à nouveau un sourcil alors qu'une de ses mains baladeuses courait sur les hanches d'Harry : « Eh bien, la nuit prochaine, j'aimerai bien essayer de te… »
Harry éclata de rire et, d'un geste rapide, plaqua ses mains sur la bouche de Tom pour l'empêcher de proférer d'autres insanités : « Non, non, non ! Pas de détails pour l'instant, merci bien. Je ne parlais pas du tout de ça ! »
La main de Tom retomba sur le matelas et son expression redevint sérieuse : « Nous irons à Herushë immédiatement après avoir quitté l'hôtel. Nous trouverons notre contact et nous essayerons de récolter le plus d'information possible sur l'emplacement du diadème. Une histoire comme ça, même si elle date de centaines d'années n'a pas pu tomber dans l'oubli. Il faudra rester discret. Les Russes nous ont déjà repérés. »
« Les types de l'autre fois ? – demanda Harry avec curiosité – mais comment peuvent-ils savoir ce que l'on cherche ? »
« Ils ne savent pas. Ils supputent. Émettent des hypothèses, menacent, torturent et voient s'ils peuvent en tirer profit. - Harry hocha la tête avec gravité et Tom continua l'air sombre. – C'était du menu fretin, de la chair à canon qu'on nous a envoyé. Je suppose que nous en verrons d'autre, plus puissants. Les Russes ne sont pas réputés pour être cléments. Ils nous traqueront probablement. »
« Mais ils ne feront rien tant qu'on aura pas l'artefact, n'est-ce pas ? »
« Difficile à dire. Ils sont plutôt imprévisibles. Ils pourraient chercher à venger leurs compagnons. »
Harry plaça ses deux mains sur le torse de Tom : « Mais tu as dit que tu les avais laissés en vie ? »
« Oui… en vie... - répéta Tom peu convaincu. – Ils respiraient encore quand je suis parti. »
Harry le scruta en silence. Tom ne les avait pas tués, mais il ne les avait clairement pas laissés en bonne santé. Mais il était excusable, n'est-ce pas ? Après tout, c'était ces types qui avaient agi en premier. Ce n'était que… de la… légitime défense, non ?
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Comme Tom l'avait annoncé, ils étaient partis tout de suite après avoir quitté l'Hôtel et Harry regretta un peu de ne pas pouvoir visiter Tirana plus longtemps. Le trajet fut plus compliqué que prévu car, si la capitale était bien desservie par les transports et les points de transplanage, c'était loin d'être le cas de la campagne Albanaise. Ils durent emprunter, en charrette, les chemins sinueux de montagne qui serpentaient à travers les vallées escarpées.
Assis dans la charrette cahoteuse, Harry se cramponnait aux bords, essayant en vain de trouver une position confortable. Les secousses étaient constantes et chaque bosse du chemin lui arrachait un gémissement de souffrance. Tout semblait interminable.
Au bout de plusieurs heures, le chemin devint si rocailleux que même les ânes refusèrent de s'y engager et Harry et Tom durent, à leur grand désarroi, continuer à pied.
La nature était certes magnifique, mais Harry n'arrivait pas à en profiter pleinement tant ses jambes le faisaient souffrir. « On perd l'habitude. » dit-il à Tom entre deux grandes inspirations saccadées. Le point de côté menaçait de le terrasser et il dut s'arrêter un instant pour reprendre son souffle, espérant que la douleur finirait par s'estomper.
« Vous manquez d'endurance. J'ai déjà pu le remarquer. »
Est-ce que Tom voulait VRAIMENT déclencher une guerre, ici, au milieu de nulle part ?
Déterminé à ne pas céder à la provocation, Harry ravala sa fierté et essaya de maintenir son calme : « J'admire juste le paysage. » souffla-t-il avec difficulté.
« Oui, oui bien sûr. » Répondit l'autre avec sarcasme.
Harry préféra changer de sujet, voyant Tom scruter l'horizon avec attention : « Est-ce qu'ils nous suivent ? »
Tom haussa les épaules : « Je ne sens rien pour l'instant, mais ça ne signifie pas qu'ils ne sont pas là. »
Harry s'accroupit et lança sur ses pieds un rapide sort de guérison. Alors qu'il faisait mine de ranger sa baguette, Tom lui lança un regard en biais : « Vous ne le faites pas pour moi ? »
Harry haussa un sourcil : « Quoi ? Un sort de soin ? »
Tom fronça les sourcils : « Évidemment. »
« Ho, mais c'est inutile – répondit Harry en se relevant – vous vous portez comme un charme et vous ne manquez pas d'endurance, vous. »
Un long silence lui répondit et Tom, sans rien laisser paraître, reprit sa route, crispé et le dos droit.
« Merlin – se dit Harry en lui emboîtant le pas – cet homme a beaucoup trop de fierté mal placée. »
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La nuit tombait et ils durent s'arrêter dans une petite auberge, à mi-chemin de leur destination. Tom, toujours boudeur, se cloîtra dans leur chambre sans dire un mot, laissant Harry se débrouiller avec l'aubergiste.
Harry soupira. Quel sale caractère. Avec une série de gestes maladroits et quelques dessins griffonnés sur un bout de papier, il réussit finalement à se faire comprendre et repartit, pas peu fier, avec un dîner pour deux, une bassine d'eau chaude et quelques herbes médicinales.
Tom était allongé sur le lit, les yeux obstinément rivés au plafond et il ne tourna même pas le regard quand Harry entra dans la pièce.
« Arrêtez donc de me faire la tête et enlevez plutôt vos chaussettes. » lança Harry en déposant la bassine au pied du lit. Tom lui jeta un regard courroucé et se détourna sur le côté de sorte à ne plus pouvoir croiser son regard.
Harry plongea les herbes dans l'eau pour les laisser infuser et une odeur fraîche flotta un instant dans la chambre : « Regardez-vous. Les gens vont finir par croire que je vous ai élevé comme un enfant gâté. »
Tom se retourna brusquement vers lui, l'air offensé : « Je suis loin d'être un enfant ! Et encore moins gâté ! »
« Vraiment ? – fit Harry d'un ton indifférent en s'agenouillant à même le sol – Alors donnez-moi vos pieds et relevez vos bas de pantalon, mon Lord. »
Tom hésita, mais voir Harry à ses pieds sembla finir de le convaincre et il étendit ses jambes, se laissant aller comme un gamin récalcitrant. Harry masqua un sourire victorieux qui fut bientôt remplacé par une grimace d'horreur. Ce n'est qu'en retirant l'une des chaussettes qu'il prit conscience de l'ampleur du désastre : il n'y avait pas une partie de la peau de Tom qui n'était pas contusionnée, sanglante ou boursoufflée.
« Bon sang ! Tom ! Quand est-ce que tu comptais m'en parler ? »
Évidemment. Il aurait dû y penser : Harry n'avait peut-être pas de magnifiques chaussures en cuir italien, mais au moins, ses pieds n'étaient pas écorchés après quelques kilomètres de marche. Tom renifla avec dédain et détourna à nouveau le regard.
« Je ne comprends même pas comment tu as pu marcher dans cet état ! » insista Harry qui commençait à culpabiliser de ne pas avoir lancé ce foutu sort de soin quand Tom le lui avait demandé. Il sortit sa baguette et jeta un 'Episkey ' sur les blessures. Aussitôt, la peau se referma et le pied repris sa taille normale.
« C'est chaud. » commenta Tom d'un ton boudeur.
« C'est que ça fonctionne. » répondit Harry en plongeant les pieds dans la bassine.
« C'est froid maintenant. » insista Tom d'une voix d'outre-tombe.
Harry releva les yeux sur lui pour voir qu'il l'observait discrètement : « Tu n'as jamais utilisé de sort de soin ? »
Tom détourna rapidement le regard : « Ce n'est pas le type de magie que je maîtrise le mieux. »
Harry ne répondit pas, se contentant de masser contentieusement les pieds abîmés et il crut entendre un léger soupir de satisfaction émaner du lit. Il ne devait en effet pas y avoir beaucoup de sortilèges médicaux en magie noire : tuer, torturer, dominer, esclavagiser, mais alors soigner, surtout pas. On ne savait jamais, dès fois que ça soit contagieux : on aidait quelqu'un et hop, on devenait soudain un mage de lumière, incapable de répandre la terreur et la souffrance. Quel enfer !
Harry se releva avec précaution pour se diriger vers le plateau repas qu'il avait réussi à négocier.
« Tu arrêtes déjà ? »
Il se tourna vers Tom qui faisait tout son possible pour ne pas le regarder. Lui qui était si mature et fier d'habitude, se comportait vraiment comme un adolescent en pleine crise, ce soir. Mais après tout, c'était probablement une nouvelle expérience pour lui, d'être pris en charge de cette manière, tel qu'un… parent digne de ce nom l'aurait fait, alors il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir : « Je pense que tu dois avoir faim, n'est-ce pas ? Que dirais-tu d'un bon repas chaud pour récupérer des forces ? »
Tom grogna et Harry interpréta cela comme un accord. Le repas qui suivit était copieux et ils luttèrent pour en venir à bout. Épuisés par leur voyage, ils s'endormirent bientôt, tout habillés, sans même se rendre compte qu'ils ne s'étaient pas lavés.
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