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Don.
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La magie avait toujours été la meilleure amie d'Harry.
Même lorsqu'elle avait tué ses parents et toutes les personnes qu'il aimait, il ne l'avait jamais blâmé. Elle avait été celle qui l'avait suivi, pas à pas, dans toutes les étapes importantes de sa vie. Elle l'avait protégé, aidé, soutenu et elle avait été la seule sur laquelle il savait qu'il pouvait entièrement s'appuyer.
Le jour où Hagrid était venu le chercher pour lui montrer toutes les beautés du monde, ce jour-là précisément, Harry était né. Il était sorti de son cocon de peur et avait étendu ses petites ailes fragiles sur un nouvel univers. Et pour rien au monde il ne serait revenu en arrière.
Quand il avait tué, la toute première fois, il avait vomi toutes ses tripes et cru que jamais ça ne s'arrêterait. Il se souvenait encore de l'odeur rance du sang et de l'urine et… et oh merlin, il n'était pas fait pour cela. (Qui l'était ?) Et pourtant, sa magie l'avait réconforté, essuyant ses larmes comme une mère attentionnée.
Peut-être qu'elle y était aussi un peu, sa véritable mère, Lily, cachée quelque part dans la brume éthérée argentée. Quelques fibres d'elle qu'il avait réussi à emporter avec lui.
Ou peut-être pas.
Ce pouvoir, c'était un don qu'on lui avait fait. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi certains l'avaient et d'autre non, mais il ne cessait de se répéter que ceux qui ne possédaient pas de magie devaient se sentir bien seuls.
Malgré cela, certains sorciers ressentaient aussi une solitude viscérale qui les dévoraient de l'intérieur. Ça avait été le cas de Tom, par exemple, qui, né avec un irrésistible besoin d'amour, avait été incapable de le combler. C'était comme si un trou béant en lui absorbait tout, tout autour de lui, sans le satisfaire. Et la magie ne suffisait plus, dans ces moments-là.
Oh, Harry n'avait pas toujours été tendre, avec sa magie. Il l'avait malmenée plus d'une fois. Et pourtant elle était restée, fidèle amie, comme une partie de lui qu'il refusait de trop dévoiler, de peur qu'on la lui enlève.
Aussi, les adieux étaient difficiles.
Presque déchirants.
Elle ne saisissait pas trop pourquoi il ne voulait plus d'elle, pourquoi il cherchait à… s'en débarrasser. Elle tourbillonnait autour de lui, intriguée, un peu perdue, dans l'espoir de comprendre ce qui se passait.
Harry était pâle, épuisé. Un peu de sang avait séché à la commissure de ses lèvres et il sentait ses forces le lâcher, petit à petit, son esprit vagabonder, se perdre ailleurs.
Il ne tenait que parce qu'il avait promis.
Et qu'il lui restait quelqu'un à sauver.
Bien sûr, il savait que placer le diadème sur sa tête aurait des conséquences. Il avait vu l'ours. Il avait vu la forêt. Il ne fallait pas être Merlin pour savoir que le résultat ne serait pas joli à voir.
Mais il l'avait fait pour deux raisons : la première, il l'avait expliquée à Tom. Mais la seconde, il l'avait gardée bien enfuie en lui. La vérité était qu'il avait besoin de ce savoir. Il en avait besoin pour sauver Tom. Il avait beaucoup hésité, mais, quand il avait compris ce dont l'avertissait le corbeau, il avait pris sa décision. Perdu pour perdu, autant jouer jusqu'au bout, non ?
Bon, il n'avait pas prévu que ça serait si douloureux, mais cela valait le coup. Oh oui, putain. Ce qu'il avait vu… ce qui avait déferlé dans son esprit, était de la plus terrifiante des beautés.
C'est pourquoi il n'avait pas peur, alors qu'il s'apprêtait à perdre ce grâce à quoi il avait survécu jusqu'ici.
Ils étaient toujours dans les ténèbres. Harry, assis à même le sol, avait posé la tête de Tom sur ses genoux et il passait une main distraite dans ses cheveux noirs, collés par le sang et la sueur. La seule source de lumière émanait de sa magie qui offrait, par sa lueur argentée, une douceur presque surréaliste à la scène.
Ils étaient là, flottant au milieu de rien. Il n'y avait aucun son, aucune émotion, juste un calme qui semblait s'étendre à l'infini.
Harry désigna le corps immobile de Tom du doigt et sa magie tourbillonna doucement autour de lui : « Il a besoin de toi. »
Il pouvait deviner toutes les questions silencieuses qu'elle lui adressait. Il voulut la flatter, comme on caresserait un chat, mais ses doigts glissèrent à travers le voile argenté et il ne toucha que le vide : « Tu m'as bien aidée. Je te suis infiniment reconnaissant pour tout ce que tu as fait pour moi jusque-là. Mais tu l'as vu aussi, n'est-ce pas ? Il n'y a plus qu'un seul choix possible, si l'on veut qu'il vive. »
La magie ondula, comme une réponse muette et Harry soupira lentement : « Il est enfin… redevenu lui-même. J'aimerai que tu sois là pour le soutenir. Pour calmer sa peine et sa tristesse. Pour apaiser sa colère. Pour lui apporter tout l'amour que je… que… je… »
Le silence retomba.
C'était difficile.
Le voile argenté s'enroula autour d'Harry et il se sentit légèrement mieux : « Il a un tel vide en lui, tu sais. Son cœur est… brisé… depuis longtemps. Est-ce que tu pourrais essayer de le… réparer pour moi ? Il ne sera pas toujours le meilleur humain, mais il fera de son mieux. Guide-le comme tu l'as fait avec moi. Ce n'est pas vraiment un adieu, tu le sais, hein ? Mais tu devras attendre quelques années pour me revoir. Le temps que… que je renaisse. »
La magie scintilla légèrement et Harry vit des reflets irisés naître et mourir en elle. Il avait été déçu, la première fois que Tom lui avait appris sa couleur. Mais finalement, c'était une teinte parfaite pour lui.
Et puis l'argenté allait si bien avec le noir…
Elle allait lui manquer. Sincèrement.
Il plaça une main sur la poitrine de Tom et adressa aux ténèbres qui l'entouraient un petit sourire timide : « Si vous voulez bien, maintenant, j'aimerais le récupérer. »
Aussitôt, sa magie plongea dans le corps de Tom et le néant explosa en une pluie d'éclats brillants.
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