Drago était globalement de bonne humeur depuis que Harry l'avait invité à déjeuner et lui avait donné l'autorisation de voir Edward Lupin. Il considérait cela comme un progrès de plus. Pour le reste, il ne savait pas vraiment quoi penser. Parfois, il avait l'impression que Harry s'intéressait à lui et parfois, que Harry voulait le fuir. Ça n'avait pas vraiment de sens. Il en venait à se dire que Harry était peut-être simplement mal luné certains jours et plus agréable le reste du temps. Harry n'avait-il pas toujours été ainsi de toute façon, imprévisible et plein de sautes d'humeur ? Drago n'en était pas certain, il ne s'en souvenait plus très bien.
Il venait de passer une heure à Azkaban avec Franck et ça avait gâté sa bonne humeur, il fallait l'admettre. Franck dépérissait depuis que Drago était parti, cela crevait les yeux. Il semblait à chaque fois plus fatigué, plus éteint, plus triste. Drago se demandait de toute façon ce que pouvait espérer un homme conscient qu'il ne sortirait jamais d'ici. Franck n'avait rien à quoi se raccrocher. Il n'avait plus que le souvenir de sa femme morte et les visites de ses proches. Drago songeait souvent qu'il donnerait n'importe quoi, tout son argent s'il le fallait, pour faire sortir Franck d'Azkaban. Malheureusement, il savait que c'était impossible. Alors il se contentait d'aller le voir le plus souvent qu'il le pouvait, de lui raconter sa vie, d'écouter les dernières nouvelles de la prison.
Drago n'avait maintenant plus du tout envie de retourner à Azkaban et l'idée qu'il puisse y être enfermé à nouveau l'angoissait terriblement. Malgré cela, il avait parfois envie de retourner dans sa cellule, ne serait-ce que quelques heures, de partager à nouveau les silences de Franck, de faire des pompes à côté de lui, de s'entrainer à parer ses coups de poing, de s'asseoir dans la cour pour regarder la mer. Et parce que tout cela le rendait triste, Drago alla marcher dans la lande pour apaiser les démons en lui qui s'éveillaient encore bien trop souvent. L'Oubliette avait le don de rendre les sentiments moins douloureux et maintenant qu'il en était privé, il était obligé de les affronter sans protection, sans rien. Clia et Meredith diraient que ce n'était pas vrai, qu'il n'était pas sans protection. Il était plus fort et résistant qu'il le croyait, disaient-elles. Peut-être. Pour le moment, il avait envie de drogue et il pensait à Franck, seul à Azkaban. Il pensait à la cellule trop petite dans laquelle il avait vécu pendant onze ans, plus petite que sa chambre actuelle. Il pensait aux douches qui l'avaient tellement terrifié, aux repas dans le réfectoire avec son père qui l'ignorait et Rabastan qui le méprisait. Aux heures vides, remplies d'ennui et de néant, perdues à jamais, qu'il avait passé là-bas. Sa vie était-elle moins vide aujourd'hui ?
Oui, il avait Petronilla et Blaise, qui étaient enfin les véritables amis qu'il avait toujours souhaités. Il avait Cyprian et Clia. Il avait Fitz qui l'aimait et qui avait besoin de lui. Il avait Edward Lupin qui semblait l'aimer et avoir besoin de lui aussi. Il y avait Harry, qui ne l'aimait pas et n'avait de toute évidence pas besoin de lui mais qui était là. Drago inspira profondément. Il se mit à siffloter la dernière chanson de Cyprian et avança sur le sentier avec un peu plus d'entrain. Vérifier et confirmer que sa vie était meilleure hors d'Azkaban était quand même réconfortant.
Cette fois-ci, Drago vit Harry avant le chien. Ils ne s'étaient pas croisés depuis le fameux déjeuner avec Edward et cela remontait déjà à deux ou trois semaines. Drago essaya de se composer un visage avenant, de refouler la déprime qui l'avait envahi depuis quelques heures et de se préparer à supporter l'indifférence de Harry. Il était nerveux quand ils se croisaient de cette façon, il ne savait jamais trop comment se comporter. Harry lui faisait peur en vérité, il en avait bien conscience et il se trouvait pathétique. Il se tendit quand Harry arriva à sa hauteur, Vega trottinant derrière lui.
- Bonjour, dit Drago, ignorant le malaise de la situation.
- Bonjour, répondit Harry de son éternel ton morne.
Pour échapper au silence, Drago s'accroupit devant Vega et lui caressa la tête.
- Il ne court pas aujourd'hui ? demanda-t-il en souriant.
- Je crois qu'il attend que je lui lance un autre bâton mais je fais une pause.
- Ah. Et où est son bâton ?
- Là-bas, dit Harry en tendant le doigt.
- Et si nous allions le chercher ? proposa Drago au chien.
Harry regarda Drago sortir du sentier et marcher à travers la lande pour récupérer un bout de bois à moitié mordillé. Absurde comme vision. Absurde mais étonnamment dérangeante, songea Harry avec agacement. Drago lança le bâton et Vega courut avec enthousiasme. Il le lui ramena en trottinant, la queue frétillante. Drago le lança une nouvelle fois vers Harry et ce dernier regarda le chien courir vers lui, suivi de près par Drago qui – Merlin ! – courut lui aussi. Il n'était pas essoufflé quand il s'arrêta devant Harry.
- Tu es plus motivé que moi, avoua Harry. En général, j'utilise un sortilège d'attraction pour ramener les bâtons qu'il abandonne.
- Je n'ai pas ma baguette, dit Drago d'un ton léger, comme si ce n'était pas important.
- Ah bon ? s'étonna Harry.
- Oui, je la laisse souvent chez moi et je la perds régulièrement. J'ai perdu l'habitude d'avoir une baguette, je n'en ai plus autant besoin qu'avant.
Harry médita la réponse, un peu surpris. Il n'avait pas pensé au fait que Drago avait vécu onze ans sans baguette et donc sans magie. Il se demandait comment il le vivrait, lui. Pas si mal sans doute car Harry faisait beaucoup de choses sans baguette lui aussi.
- Bon, eh bien bonne promenade, commença Drago.
- Comment avancent les travaux ? demanda Harry en même temps.
Drago eut l'air surpris de la question et ignora le regard de Harry pour lui répondre.
- Ils n'ont pas beaucoup avancé dernièrement. J'ai été occupé, je travaille sur l'album d'un chanteur avec qui je collabore, pas Petronilla.
- Tu travailles avec d'autres artistes ?
- Oui. Certains amis de Petronilla apprécient mon travail.
- Tant mieux.
Harry observa la terre du sentier puis leva les yeux vers Drago qui regardait ailleurs. Sans vraiment faire exprès, il fixa ses cheveux blonds, la peau de son visage un peu rosie par le vent frais d'automne.
- Tu aimais beaucoup Petronilla Le Fay à l'époque, je m'en souviens. Ça a dû te faire plaisir d'écrire pour elle.
- Oui, admit Drago. J'ai eu du mal à y croire au début. Ça a commencé par une plaisanterie de Franck et… J'entendais mes chansons passer à la radio, c'était incroyable. Ecrire pour Petronilla a mis un peu de sens dans ma vie. J'en avais besoin.
- J'imagine, oui.
Drago se tourna enfin vers Harry et leurs regards se rencontrèrent. Drago sourit, un peu tristement.
- Tu avais appris par cœur le dernier titre de Petronilla et tu me l'avais chanté lors d'une visite, je m'en souviens.
Harry rougit.
- C'était stupide, marmonna-t-il.
- Non, assura Drago. C'était sans doute la chose la plus gentille que quelqu'un ait faite pour moi.
Harry soutint le regard de Drago. Il se souvenait que Drago avait été heureux qu'il lui chante le titre de Petronilla. Drago avait ri mais Harry ne se souvenait plus à quoi ressemblait son visage alors. Cette fois-ci, Harry n'éprouva pas de rancune envers Drago qui l'avait quitté peu après ce moment. Il ressentit plutôt de l'amertume. Si les choses avaient été différentes, s'il n'y avait pas eu Kyle, Azkaban, si… Harry recula imperceptiblement sur le sentier, effrayé par ce qu'il pensait.
- Est-ce que tu veux venir voir ma maison ? demanda brutalement Drago.
Harry tressaillit.
- Je l'ai déjà vue.
- Oui mais tu n'as pas vraiment visité. Et j'ai fait pas mal de travaux depuis le temps.
Harry hésita. Il voyait que Drago en avait envie, ça crevait les yeux. Lui-même en avait un peu envie aussi, par curiosité. Il pourrait voir de ses propres yeux ce que Teddy avait trafiqué ces derniers mois. Il sentait toutefois que ce n'était pas une bonne idée et il avait peur d'accepter.
- Pas aujourd'hui, répondit la voix de Harry. Je suis avec Vega et ça prendrait trop de temps de faire l'aller-retour.
- Oui, je comp…
- Demain. Je viendrai seul demain.
Drago détourna la tête pour cacher sa satisfaction. Ils se saluèrent et repartirent chacun de leur côté, à peu près aussi chamboulés l'un que l'autre.
OoOoOoO
Drago avait raison, la maison avait changé. En témoignaient le muret de pierre redressé et le portillon remis à neuf. C'était une jolie maison, toujours aussi stricte et austère que la première fois que Harry l'avait vue. Il suivit Drago dans la maison, visita les pièces terminées et put constater ce qu'il y avait encore à faire. Drago montrait à Harry ce qu'il avait fait avec Teddy, racontant quelques anecdotes par-ci par-là. Il parlait beaucoup et Harry se taisait beaucoup. Il y avait une troisième chambre à l'étage qui était encore en décrépitude. Drago voulait abattre le mur inutile qui donnait sur un petit cagibi, faire une grande pièce, peut-être une salle pour la musique, où il pourrait recevoir ses clients et travailler avec eux.
Le jardin était vide, à l'exception d'un arbuste planté près de la terrasse et de quelques arbres plus vieux.
- Je m'occuperai du jardin plus tard, expliqua Drago.
- C'est toi qui as planté ça ? demanda Harry avec perplexité.
- Oui, pourquoi ?
- Je ne sais pas… Tu ne t'es pas occupé de ton jardin à l'exception de cet arbuste.
Il y avait un peu de moquerie dans la voix de Harry et Drago haussa les épaules.
- Cela me plaisait d'avoir un arbre à papillons, c'est tout.
Il faisait frais et ils rentrèrent dans la maison. Drago servit à Harry une bièraubeurre chaude qu'ils burent dans le salon. Harry repensa à ce que Drago lui avait dit dans le jardin et contempla sa chope avec insistance.
- L'homme que j'ai vu l'autre jour, avec des papillons dans le dos…
- Jimmy.
- Tu as planté l'arbuste pour lui.
- Oui, admit Drago.
- Est-ce que vous êtes ensemble ?
- Nous avons été ensemble à Azkaban, pendant plusieurs années. Ce n'est plus pareil aujourd'hui.
Harry grogna une réponse et but une gorgée de bière. Il se demandait à quoi pouvait ressembler une relation en prison mais il ne posa pas la question. Il trouva cela touchant que Drago ait planté l'arbre à papillons pour cet homme, c'était étonnamment tendre et généreux de sa part.
- Et Franck ? demanda Harry. As-tu de ses nouvelles ?
Puisqu'il était là, dans le salon de Drago avec une bière dans les mains, il se disait qu'il pouvait poser certaines des questions qui le démangeaient depuis quelques temps. Les questions les moins compromettantes pour commencer. Drago se redressa sur le canapé, l'air heureux que Harry veuille en savoir plus sur lui.
- Je vais le voir toutes les semaines. J'y étais hier justement.
- Oh, s'étonna Harry. Je ne pensais pas que vous étiez devenus si proches. Autrefois, je crois me souvenir qu'il ne te parlait pas beaucoup.
Drago gratta le canapé avec le bout de son ongle et ignora le regard de Harry.
- Franck m'a sauvé la vie plusieurs fois à Azkaban. Je ne serai pas là sans lui. Il est le meilleur ami que j'ai jamais eu, sans doute. Ça a été dur pour moi de partir et de le laisser là-bas. J'ai passé onze ans dans la même cellule que lui. On peut difficilement être plus proche.
Harry eut l'air un peu surpris par la déclaration de Drago. Cela semblait honnête et fragile en même temps. Exactement comme autrefois quand Drago lui balançait ses souffrances au sujet de Kyle et de tout le reste. Harry retint un frisson.
- Il t'a sauvé la vie, répéta Harry. Ta vie a donc été menacée ?
Harry vit la mâchoire de Drago se contracter légèrement. Ce dernier ébaucha un sourire forcé.
- C'est un peu déprimant comme conversation. Une autre fois peut-être ?
- Comme tu veux, dit Harry d'une voix morne.
Il y eut un silence pendant lequel Harry essaya d'imaginer ce qui avait pu arriver à Drago. Il n'en avait pas la moindre idée mais il n'aimait pas savoir qu'il avait failli mourir à Azkaban. Harry n'aimait surtout pas savoir qu'il n'en avait jamais été averti. C'était étrange de penser à toutes ces années que Drago avait vécues sans lui.
- Tu as épousé Ginny Weasley, commenta Drago de sa voix trainante. Exactement comme je le craignais en fin de compte. Rabastan Lestrange prenait grand soin de me montrer tous les articles vous concernant.
Drago rit, l'air désabusé. Harry ouvrit la bouche mais Drago l'interrompit.
- Je sais ce que tu vas dire, pas la peine de le faire.
Harry referma la bouche.
- Edward m'a dit que tu n'es sorti avec personne depuis ton divorce, en dehors de ce professeur de Poudlard qui est aussi le directeur de sa maison.
- Teddy ne devrait pas te parler de ma vie privée de cette façon.
- Il me parlait surtout de la sienne et du fait qu'il trouvait cela affreusement gênant de savoir que son directeur de maison s'échappait en douce de l'école pour aller s'envoyer en l'air avec son parrain.
Harry ne rougit pas et n'eut aucune réaction particulière. Drago en fut déçu.
- Je sais, admit-il. Mais c'est terminé de toute façon.
Drago sourit, comme s'il se moquait de Harry et de son aventure puérile avec le professeur Bennett. Harry trouvait cela pénible qu'ils se soient mis à parler de leurs relations amoureuses mais il savait qu'il avait commencé et que c'était sa faute. Il y eut un silence qui s'étira, moins paisible qu'autrefois. Harry termina sa bière avec l'idée qu'il devrait s'en aller.
- J'aimais bien les silences avec toi autrefois, dit brutalement Drago.
Harry leva les yeux vers lui sans répondre.
- J'aimais bien parce que lorsque je me taisais, je n'avais pas besoin de te mentir. Je pouvais simplement être moi-même.
- …
- Le plus dur dans tout ça, peut-être, c'était que je ne te mentais pas vraiment. C'était grisant de pouvoir te confier toutes ces choses, je n'avais jamais pu faire ça avec personne.
- C'était il y a longtemps, dit froidement Harry.
- Oui, mais tu es toujours en colère.
- Je ne suis pas en colère.
- Si.
Harry lui lança un regard exaspéré et se crispa. Il n'avait pas envie d'avoir cette conversation.
- Pourquoi es-tu si en colère ? demanda sincèrement Drago. Parce que je t'ai quitté à Azkaban ? Tu sais que je ne pouvais pas faire autrement. Il y avait toute cette souffrance avec Kyle, le scandale dans la presse quand Pansy avait parlé, le meurtre, le procès ignoble que j'ai subi, la prison. C'était trop pour moi, je n'avais pas de place pour toi à ce moment-là, je…
- Je sais, coupa sèchement Harry. Je sais pourquoi tu l'as fait. Ça ne sert à rien d'en reparler, c'est vieux et oublié. Entre temps, je me suis marié, j'ai eu les enfants, j'ai changé.
- Alors pourquoi est-ce que tu as l'air de me détester autant ? Me parler a l'air d'être un calvaire pour toi, me croiser aussi. Tu es venu aujourd'hui, je ne sais même pas pourquoi. Autrefois nous étions… Nous nous sommes vraiment aimés, non ? Alors pourquoi es-tu si froid tout le temps ?
Il y avait un peu de désespoir dans la voix de Drago, comme si les questions lui avaient échappé. Harry se crispa davantage, furieux sans savoir pourquoi.
- Parce que c'était il y a des années ! Maintenant c'est fini, je ne t'aime plus, je ne te connais plus. Pourquoi devrais-je me comporter autrement ? Qu'est-ce que tu veux de toute façon ?
- Nous pourrions simplement avoir une relation amicale ! s'écria Drago. Est-ce que ce serait si dur ?
- Et qu'avons-nous donc d'après toi ? Je t'ai invité à déjeuner et je suis ici, chez toi, à visiter ta maison ! N'est-ce pas suffisant ?
Harry avait crié. Drago ferma les yeux quelques secondes, cherchant visiblement à se calmer et à reprendre possession de lui-même. Il rouvrit enfin les yeux et les posa sur Harry.
- Si, dit-il lentement. C'est suffisant.
La colère de Harry fut coupée dans son élan, fauchée par la reddition aussi rapide qu'inattendue de Drago. Il ne comprenait pas ce que Drago voulait, ça le faisait chier. Il n'aimait pas parler de leur relation d'autrefois, il ne savait pas quoi faire de ce passé et de ces souvenirs. Il se leva du canapé sans regarder Drago.
- Je vais rentrer. Ces conversations sur le passé ne servent à rien.
- Comme tu veux, répondit Drago d'un air absent.
Harry hésita et s'en voulut d'hésiter. Il tourna la tête quand un miaulement retentit dans le salon et il observa le fléreur marcher jusqu'à Drago et se frotter contre ses jambes.
- Ah, te voilà toi, dit doucement Drago.
Il se mit debout à son tour et prit son fléreur dans ses bras pour le montrer à Harry.
- Au moins, tu auras pu rencontrer Fitz avant de partir.
Harry contempla le fléreur, qui ressemblait à un petit chat gris tacheté de noir avec de grandes oreilles. Il contempla la façon dont Drago le tenait, la douceur dans son regard et dans sa voix quand il parlait de son animal. Harry resta planté dans le salon, sans savoir quoi faire, en proie à des émotions qu'il ne comprenait pas. Il finit par faire un pas vers Drago mais le fléreur montra les dents et lui cracha dessus. Harry se figea.
- Les fléreurs sont très méfiants, s'excusa Drago. Il doit sentir que tu es plus hostile qu'amical.
Harry croisa le regard de Drago qui était devenu froid. De toute évidence, le comportement de Harry commençait à le blesser et l'agacer franchement. Harry n'aima pas que Drago le regarde de cette manière, ça le rendait froid aussi.
- Je ne suis pas hostile, c'est simplement que je n'ai aucune raison d'être…
Drago détourna la tête et Harry n'alla pas au bout de sa phrase. La tension autour d'eux pesait sur Harry. Ce n'était plus vraiment de la colère, c'était de la tristesse. C'était lui qui rendait Drago triste et cette idée lui donnait la nausée. Ce n'était pas ce qu'il voulait. Peut-être Drago n'avait-il pas tort, peut-être pourrait-il être plus aimable. Il pourrait sourire à Drago quand ils se croisaient, faire l'effort de discuter avec lui, ne serait-ce que quelques minutes. Serait-ce si difficile ? Oui, ça l'était. Parce que si Harry se mettait à lui sourire et à discuter avec lui, il savait très bien ce qui allait se passer et ça lui faisait peur. Tout comme lui faisait peur le fait que là, maintenant, il avait envie de rejoindre Drago, de virer le fléreur et de le serrer dans ses bras, pour lui dire qu'il ne le détestait pas. Ou encore le fait que Harry crevait d'envie de rester plus longtemps, de parler avec Drago de ces années perdues où ils avaient été séparés. Il voulait savoir de quoi Franck l'avait sauvé, il voulait regarder Drago jouer du piano et même l'aider à abattre le mur du haut. Et c'était ça qui le mettait en colère, parce qu'il avait peur de ressentir ça à nouveau, peur de recommencer les mêmes erreurs qu'autrefois. Il n'avait plus confiance en Drago. Que se passerait-il, là, si Harry le touchait, le prenait dans ses bras puis que Drago s'en allait encore, pour une quelconque raison ?
Harry recula d'un pas et hocha la tête.
- Je m'en vais, merci pour l'invitation.
Drago ne le raccompagna pas jusqu'à la porte et le regarda partir avec autant de déception que de soulagement.
OoOoOoO
Harry avait accepté l'invitation de Ginny et était venu dîner vendredi soir. Il aimait bien Oliver Fudge et il trouvait cela bien qu'Albus voie que ses parents pouvaient passer d'agréables moments ensemble. A l'époque de Mikhaïl, Harry n'était jamais venu dîner avec eux de cette façon mais les choses étaient différentes. Aujourd'hui, il n'y avait plus de tension entre Ginny et lui. Oliver savait que Harry n'était pas une menace pour son couple et il le respectait, pour ce qu'il avait fait durant la guerre et pour la façon dont il s'occupait de Katerina. Oliver n'essayait pas de prendre un rôle de père auprès des enfants, Harry le sentait. Il était gentil avec eux, serviable et attentif mais il gardait ses distances. Pour lui, Albus et Katerina étaient les enfants de Harry et il ne voulait en aucun cas se mettre en eux. Il avait pour Mikhaïl le même mépris que tous les autres et il parlait toujours de lui avec dégoût. Harry devinait, parfois, dans la façon dont Ginny et Oliver lui parlaient, qu'ils oubliaient presque qu'il n'était pas le père de Katerina. Ça ne gênait pas Harry, il avait accepté de prendre cette place bien longtemps auparavant.
Harry aimait bien écouter Oliver parler du journal et de l'actualité du moment. Globalement, Harry s'intéressait peu à ce qui se passait chez les sorciers. Il avait vécu de près les évènements qui s'étaient déroulés à l'époque de Voldemort puis il avait été concerné par l'actualité quand il avait travaillé au Ministère et plus encore au Magenmagot. Depuis qu'il avait démissionné, cependant, il avait arrêté. Son éloignement en Ecosse n'était pas que physique. Il en avait assez de la politique et assez des gens du Ministère. Il en avait assez des opinions fermées et rétrogrades des sorciers. Même s'il y avait des changements, la mentalité des gens restait la même. Et c'étaient ces gens-là qui l'avaient harcelé et dénigré quand il n'était qu'un enfant, ces gens-là qui avaient voulu l'envoyer à Azkaban pour un sortilège de Patronus, ces gens-là qui avaient laissé Voldemort prendre le pouvoir, ces gens-là qui avaient condamné Drago. Harry était fatigué des intrigues du Ministère, des conflits de pouvoir, des questions sur les Moldus et de toutes ces choses qui l'avaient fait souffrir. Il lisait à peine le journal et bien souvent, il se contentait de demander à Nox s'il y avait des nouvelles réellement importantes et dignes d'intérêt.
Il n'y avait donc que quand Harry voyait Leo Black ou Oliver Fudge qu'on lui parlait vraiment d'actualité. L'avantage, avec eux, était leur volonté farouche d'améliorer les choses et de se battre contre les injustices. Au moins, ce n'était pas agaçant de les écouter parler. Harry put néanmoins constater qu'il ne se passait rien de nouveau dans leur monde et que c'étaient toujours les mêmes histoires. L'évènement le plus marquant était que Petronilla Le Fay avait ouvert sa propre boite de production, ce dont Harry n'avait absolument rien à foutre.
Harry rentra chez lui dans la soirée, alors que les enfants étaient déjà couchés. Il les avait embrassés en leur rappelant qu'ils se voyaient bientôt, dans deux jours à vrai dire, quand Ginny les déposerait chez lui dimanche soir. De toute façon, il voyait son fils tous les jours, il n'avait pas l'impression d'être privé de lui. Harry remplaça Nox à la taverne, travailla encore deux heures puis ferma et alla se coucher.
Le lendemain, il alla voir ses ruches, pour vérifier qu'elles étaient prêtes pour l'hiver. Maintenant qu'il était adolescent, Teddy était un peu moins investi dans les travaux de la ferme. Il se levait trop tard, il avait trop de devoirs à faire, il avait froid. Harry se demandait si ce serait pareil avec Albus mais il rejeta au loin cette question déprimante. Il revint lentement vers la maison, s'arrêta au poulailler pour donner quelques graines, caressa la vache puis entra dans l'auberge. La journée s'annonçait grise et pluvieuse mais c'était de saison et Harry s'en fichait. Il y aurait sans doute du monde, c'était un temps à aller boire au chaud près de la cheminée.
Ils eurent des clients toute la journée, comme Harry l'avait prédit. Teddy vint aider au service, ce qui était une bonne excuse pour ne pas faire ses devoirs. Il attendait les vacances de Noël avec une impatience évidente qui amusait un peu Harry. Teddy commençait à dresser la liste de ce qu'il voudrait pour Noël, de nouveaux vêtements, un balai neuf, le dernier album de Cyprian Frost, un scooter.
- Quoi ? s'écria Harry en alignant les chopes propres sur l'étagère.
- On en a parlé en cours d'Etude des Moldus. Ça a l'air génial. Comme le vélo mais plus rapide.
- Je sais ce qu'est un scooter. Si tu as un bon balai, quel intérêt d'avoir un scooter ?
- Pour pouvoir aller dans des villes moldues sans être repéré !
- Pourquoi veux-tu aller dans des villes moldues ? demanda Harry d'un ton blasé.
- C'est vrai, pourquoi ? ironisa Teddy. Quelle perspective enthousiasmante de passer toute ma vie ici, à Pré-au-Lard ! Pourquoi voudrais-je donc aller à Inverness ou Aberdeen de temps en temps ?
Harry se crispa et ne répondit pas. Teddy avait le chic pour le faire se sentir misérable et incompétent en tant que parrain et père. Ce n'était pas la faute de l'enfant, Harry le savait. C'était sa faute à lui. Teddy dut sentir qu'il avait blessé Harry car il ne renchérit pas et alla servir le client qui levait la main, de l'autre côté de la salle. Quand il revint au comptoir, il tourna autour de Harry comme une âme en peine puis s'accouda près de lui.
- J'aime bien vivre ici avec toi, assura Teddy. C'est simplement que pendant les vacances, j'aimerais bien aller me promener un peu plus loin.
- Je sais.
Teddy eut l'air soulagé et Harry hésita un instant.
- Nous pourrions partir cet été, faire un voyage, juste toi et moi. Ça te plairait ?
Teddy le fixa comme s'il était idiot mais avec une tendresse évidente qui venait atténuer le tout.
- Bien sûr que ça me plairait. Ça me plairait même beaucoup.
Harry hocha la tête et Teddy remonta chez eux pour faire ses devoirs. Harry évita le regard condescendant de Nox qui avait l'air de penser qu'il était vraiment stupide, stupide et touchant à la fois. Ça n'aidait pas Harry.
Il faisait nuit depuis longtemps et il n'y avait plus grand monde dans la salle, juste un groupe d'amis qui buvait en discutant joyeusement et quelques vieux villageois qui passaient le temps. Il était neuf heures du soir, Nox aurait dû repartir depuis un moment mais Harry savait que c'était parfois difficile de rentrer dans sa maison vide. Harry se tourna vers la porte quand elle s'ouvrit, parce qu'elle s'ouvrit de manière un peu trop enthousiaste pour que ce soit normal. Il se figea en regardant le groupe rentrer, des gens qui parlaient fort, qui riaient et qui semblaient trop joyeux pour l'endroit. Il se figea encore plus en voyant que la femme qui ouvrait la marche était Petronilla Le Fay. La dernière fois que Harry l'avait vue, elle avait peur pour la vie de Drago, elle était pâle et défaite. Ce soir, elle était rayonnante, belle et pleine de vie. Elle venait fêter l'ouverture de sa boite de production avec ses amis. Ses amis en question, bien sûr, c'était Drago, Blaise Zabini, Cyprian Frost, Iris Morgan, Edith Bones et d'autres gens que Harry ne connaissait pas. Ah si, il y avait même Leo.
Harry resta impassible quand Petronilla se planta devant lui, souriante, les yeux pétillants.
- Bonsoir Mr Potter ! Nous venons passer la soirée dans votre auberge, j'espère que ça vous convient. Promis, nous ne mettrons pas de bazar.
Harry haussa les épaules, l'air de dire qu'il s'en fichait. Il pouvait sentir que les clients de la taverne observaient le groupe avec circonspection et même un peu de froideur. A cause de Blaise, surtout, comprit Harry. Zabini non plus n'était pas comme Harry l'avait vu la dernière fois. Ce soir, il s'était maquillé, il avait mis des bijoux et il parlait de façon bien plus maniérée. Harry n'eut pas de réaction particulière et salua Leo avec cordialité. Nox l'aida à prendre toutes les commandes et à servir au fur et à mesure. Harry essaya de ne pas voir que Drago restait en retrait, l'air un peu mal à l'aise, comme s'il regrettait d'être venu là.
- Salut Potter, dit Zabini quand vint son tour de commander. Tu te souviens de mon nom cette fois ?
- Salut Zabini, répondit Harry d'une voix blasée.
- Un Whisky Pur Feu s'il te plait.
Harry prit la bouteille et remplit le verre, sentant sur lui le regard acéré de l'ancien Serpentard. Il devinait que l'autre allait lui dire quelque chose de déplaisant.
- J'adore ce que tu es devenu, Potter, déclara Blaise. Ce look d'homo refoulé un peu sauvage, j'adore. Ça doit être bestial le sexe avec toi. Ou bien c'est juste la barbe et le regard noir qui font cet effet-là.
Harry entendit nettement Leo rire à côté et jeta un coup d'œil à Drago. Ce dernier fixait Blaise avec une expression d'horreur atterrée. Harry regarda à nouveau Blaise.
- Je ne suis pas refoulé. Tiens, ton Whisky.
Blaise prit son verre avec un sourire moqueur et alla s'asseoir à la grande table qu'ils avaient envahie. Drago le suivit, furieux.
- Pourquoi lui as-tu dit ça ? chuchota-t-il avec exaspération.
- Parce que c'est amusant de l'embêter, je comprends pourquoi tu le faisais autant autrefois.
- Nous étions enfants.
- Oui mais remercie-moi Drago, j'ai vu ce que je voulais voir et c'est à ton avantage.
- C'est-à-dire ? demanda Drago sur la défensive.
- J'ai parlé de sexe bestial et il t'a regardé. Ce qui veut dire qu'il a envie de te baiser, même s'il ne l'assume pas. Voilà, de rien.
- N'importe quoi, dit Drago avec mépris. C'est complètement stupide.
Il ne put toutefois s'empêcher de lancer un coup d'œil à Harry. Il aurait aimé que Blaise ait raison mais il en doutait fortement. Si Harry avait envie de le baiser, en tout cas, il était doué pour ne pas le laisser paraitre.
La présence du groupe d'amis mit un peu d'animation dans la salle, ce que Nox trouvait très bien. Leo resta discuter avec Harry quelques minutes, le temps d'échanger des nouvelles sur leurs familles. Leo savait que Harry était allé dîner chez Ginny, Oliver le lui avait dit. Comment allait Teddy ? Teddy voulait un scooter. Leo sourit et déclara que c'était très bien que les jeunes sorciers s'ouvrent à la culture moldue. Après tout, la leur était très pauvre. Harry ne trouva rien à répondre à cela. Et Olivia, la fille de Leo, comment allait-elle ? Elle grandissait, elle était géniale. Elle passait la soirée chez Serena qui était devenue une grand-mère bien trop gâteuse. Ça n'étonnait pas Harry.
Leo alla s'asseoir avec ses amis et Harry les observa discuter de loin, joyeux et bruyants. Ils trinquèrent au projet de Petronilla, lui souhaitèrent bonne chance. Ils avaient tous l'air heureux pour elle mais Cyprian semblait très emballé par l'idée, Drago aussi. Ça risquait de changer leur vie et en bien. Harry, d'ailleurs, regardait Drago. L'alcool avait dû l'aider à se détendre car il était moins réservé qu'à son arrivée. Il parlait aussi fort que les autres et riaient aux plaisanteries. De toute évidence, il s'entendait très bien avec Blaise et Cyprian, autant qu'avec Petronilla. Avec la femme assise à côté de lui aussi, même si Harry ne savait pas qui elle était.
Ils vidèrent rapidement leurs verres et vinrent en commander un autre. Harry apporta tout cela sur un plateau, sous les regards attentifs des amis qui trouvaient cela un peu étrange, quand même, d'être servis par Harry Potter. Cyprian Frost retourna au comptoir, seul, et s'assit face à Nox. Il lui sourit.
- Bonsoir, personne qui fait le service. Je me souviens de vous.
- Je sais qui vous êtes maintenant, fit remarquer Nox. Vous êtes ce chanteur populaire chez les ados.
- Je ne sais pas très bien comment je dois le prendre. J'aimais mieux quand vous ne saviez pas.
Nox haussa les épaules. Cyprian était un peu saoul.
- C'est quoi votre nom ? Demanda-t-il
- C'est Nox.
- Je veux bien une bière, Nox, s'il vous plait.
Nox regarda Cyprian s'éloigner avec sa bière, toujours aussi beau, toujours aussi perturbant.
Les clients habituels s'en allèrent petit à petit et il ne resta plus que Petronilla et ses amis. Harry se demanda si c'était volontaire et si ce n'était pas simplement le comportement homophobe des sorciers de province qui n'étaient pas habitués à voir des gens un peu différents d'eux. Il se demandait aussi pourquoi ils étaient venus chez lui et pas Aux Trois Balais, où l'ambiance aurait sans doute été moins morose.
Vers onze heures, Petronilla revint se planter devant Harry et lui adressa son plus beau sourire.
- Mr Potter, dit-elle d'une voix joyeusement ivre. Est-ce que cela vous dérangerait que nous fassions un peu de musique ?
- Comment ça ?
- J'ai apporté mon piano magique avec moi. Nous pourrions chanter et danser. Ce n'est pas une fête sinon…
- Euh…
- Vous pouvez, ça ne le dérange pas, coupa Nox.
- Voilà, approuva Harry en haussant les épaules.
Petronilla parut ravie et rejoignit ses amis. Elle sortit quelque chose de son sac et déplia son piano magique sous les yeux surpris de Harry. Il n'avait jamais vu cela mais il fallait dire qu'il n'y connaissait rien en musique. Il s'attendait à ce que Petronilla s'assoie devant le piano mais ce fut Cyprian qui commença. Il joua l'une des dernières chansons à la mode qui passait à la radio, la chanta en même temps. Nox ne put s'empêcher de le regarder tout du long. Iris Morgan se leva et entraina Edith avec elle. Il y avait un espace assez grand pour qu'ils puissent y danser et ils s'y mirent avec enthousiasme. Harry contempla la scène, sidéré, parce que son auberge n'avait jamais ressemblé à cela. Il ne savait pas si ça lui plaisait ou pas.
Il regarda quand même Drago danser avec Blaise, ne sut pas trop ce qu'il en pensait. Il n'avait jamais dansé avec Drago mais il fallait dire qu'il ne dansait pas souvent et surtout pas à cette époque-là. Il avait dansé avec Ginny, plus tard. Harry baissa la tête pour nettoyer le comptoir, déprimé sans trop savoir pourquoi. La chanson changea, Cyprian en joua une autre. Quand Harry releva la tête, Drago dansait avec la femme qu'il ne connaissait pas. Elle osait le toucher beaucoup plus que Blaise l'avait fait, sans doute parce qu'il y avait moins de gêne entre eux. Harry se demanda brutalement si Drago avait couché avec Zabini. Cyprian termina la chanson et cria qu'il voulait danser lui aussi. Harry se crispa quand Drago prit sa place devant le piano. Il ne chantait pas, lui, mais il n'en avait pas besoin. La musique qu'il jouait était suffisante. Harry le fixa, immobile au comptoir. Drago jouait beaucoup mieux qu'il le pensait et il avait l'air d'aimer ça. C'était un aspect de lui que Harry ne connaissait pas, encore un autre. Il trouvait cela agaçant de réaliser qu'il aimait tous les aspects nouveaux qu'il découvrait chez Drago.
Harry sursauta quand la femme inconnue s'assit au comptoir devant lui. De près, il songea qu'elle lui était vaguement familière, comme s'il l'avait déjà vue dans le journal. Il lui servit un verre et elle lui sourit.
- Je suis désolée, dit-elle en parlant fort pour couvrir la musique. C'est ma faute si nous avons envahi votre auberge, c'est moi qui voulais venir.
- Vous êtes des clients, vous ne m'envahissez pas.
Elle sourit encore plus.
- Si, ça se voit sur votre tête. Nous ne repartirons pas trop tard, promis.
- Pas de problème, grogna Harry.
La femme était un peu saoule, comme tous les autres, d'une façon encore agréable. Elle se pencha vers Harry.
- Drago m'a dit que vous aviez rencontré Jimmy. Je me suis dit que j'avais envie de vous rencontrer moi aussi. Je ne suis jamais allée à Poudlard, je suis une Cracmol vous savez. J'ai toujours entendu parler de vous de loin. J'avais envie de vous voir en vrai.
Elle n'aurait sans doute jamais dit cela si elle n'avait pas été saoule, songea Harry.
- Eh bien voilà, c'est fait. Je ne suis pas comme les gens le pensent, vous devez surement être déçue.
- Non, assura la femme en secouant la tête. Vous êtes comme Drago me l'a décrit. Sombre et bourru mais avec beaucoup de gentillesse dans le regard.
Harry la fixa, bouche bée. C'était étrange d'entendre la femme lui parler de cette manière.
- Qui êtes-vous ? demanda Harry avec curiosité. Je ne vous connais pas.
- Je suis Clia Klein.
- Ah, c'est vous. J'ai pas mal entendu parler de vous moi aussi. Vous avez fait quelque chose d'incroyable à Ste Mangouste.
- Merci Mr Potter.
Elle inclina la tête et se leva pour rejoindre les autres. Ils dansèrent encore un moment puis Petronilla rangea son piano et ils se dirigèrent vers la sortie. Il était une heure du matin, Harry allait fermer. Ils se saluèrent tous gentiment et transplanèrent un par un. Clia s'accrocha au bras de Drago, un peu vacillante sur ses jambes. Elle était la plus saoule parce que son corps de Moldue tenait moins bien l'alcool que le leur. Drago lui adressa un sourire tendre et amusé.
- Je te ramène ? dit-il doucement.
- Sur ton balai ? dit Clia en riant. Vas-y, ramène-moi.
Drago attrapa son balai qu'il avait laissé à l'entrée, près des parapluies abandonnés puis sortit avec Clia. Elle ne pouvait pas transplaner et elle monta derrière Drago, l'entoura de ses bras pour ne pas tomber et se laissa emporter jusqu'à Ladystone où un bon lit l'attendait.
OoOoOoO
Drago était heureux que Clia soit venue passer un weekend chez lui. Elle avait dû prendre le train et poser deux jours de congé et elle le vivait comme de petites vacances. C'est parce que Clia était chez Drago que Petronilla avait décidé d'organiser sa fête ici, à Pré-au-Lard. Après la soirée, Drago s'était doucement posé devant chez lui et ils étaient descendus du balai. Il faisait froid et il avait volé bas pour qu'ils ne soient pas complètement gelés. Clia s'était empressée de regagner la chambre d'amis et d'y allumer un bon feu pour se réchauffer.
Drago savait que le lendemain, dimanche, il passerait la journée à bavarder avec Clia. Elle était douée pour écouter, bien sûr, et elle le connaissait bien. Maintenant qu'elle n'était plus sa thérapeute, elle lui parlait d'elle aussi. Drago appréciait cette nouvelle relation équilibrée qu'il avait avec elle. Il savait qu'il pourrait lui dire tout ce qu'il voudrait et il savait qu'elle le respecterait. Il l'écoutait de la même manière, raconter comme elle n'avait été qu'une déception pour ses parents, parce qu'elle était une Cracmol, parce qu'elle était transgenre, parce qu'elle avait choisi des études qu'ils ne comprenaient pas. C'était quelque chose que Drago et Clia avaient en commun, d'avoir déçu leurs parents. Comme quoi, Sang-Pur ou pas, Cracmol ou pas, ça ne les empêchait pas de se sentir seuls, de souffrir, de se faire péter la gueule et d'en vouloir à leurs parents. Alors vraiment, Drago savait bien maintenant à quel point ces choses-là étaient sans importance et sans valeur. C'était grâce à Clia, surtout, qu'il l'avait pleinement compris.
C'était grâce à elle aussi qu'il avait compris que certaines blessures ne partiraient jamais et que le courage n'était pas de s'en débarrasser mais de vivre avec. L'envie d'Oubliette serait toujours là, plus ou moins forte, plus ou moins tapie dans un coin. L'anorexie aussi, vicieuse et toujours menaçante. Et le fait que Clia mène les mêmes combats que lui faisait du bien à Drago, le fait qu'elle soit forte et solide, aussi. Il avait cette pensée absurde que tant qu'elle tenait, il tiendrait lui aussi. Drago se rendait compte à quel point avoir des amis sur qui compter lui changeait la vie.
