Chapitre Vingt-Six

Un an plus tôt

Sansa marchait dans les jardins de Winterfell. Roose Bolton était mort. Ramsay était presque sympathique avec elle. Et tandis que le soleil brillait haut dans le ciel, Elle avait décidé de remercier les Dieux de lui offrir un peu de répit dans sa vie tumultueuse. S'approchant du petit septuaire que son père avait construit pour sa mère, elle s'agenouilla devant le soleil à sept branches.

Le Père, la Mère, l'Aïeule, le Guerrier, le Ferrant, la Jouvencelle et enfin, l'Étranger.

Ils étaient tous là, chacun trônant à une extrémité d'une branche du soleil, symbole de la Foi des Sept. Elle avait toujours préféré prier les dieux de sa mère que ceux de son père. Elle n'avait jamais su pourquoi. Peut-être parce que les Sept étaient plus ancrés dans le réel que ces enfants de la forêt que lui comptait son père. Et tandis qu'elle repensait à ses parents, sa voix s'éleva dans l'air tel une mélodie tendre :

« Le visage du Père est sévère et fort,
Il s'assied et juge le bien du mal.
Il pèse nos vies, la courte et la longue,
Et aime les petits enfants.

La Mère donne le don de la vie,
Et veille sur chaque épouse.
Son doux sourire met fin à tous les conflits,
Et elle aime les petits enfants.

L'Aïeule est très sage et veille,
Et voit nos destins se dérouler.
Elle lève sa lampe d'or brillant,
Pour conduire les petits enfants.

Le Ferrant travaille jour et nuit,
Pour redresser le monde des Hommes.
Avec un marteau, une charrue et un feu brillant,
Il construit pour les petits enfants.

La Jouvencelle danse dans le ciel,
Elle vit dans le soupir de chaque amant,
Ses sourires apprennent aux oiseaux à voler,
Et donne des rêves aux petits enfants.

Les Sept Dieux qui nous ont tous créés,
Sont à l'écoute si nous devons les appeler.
Alors fermez les yeux, vous ne sombrerez pas,
Ils vous voient, petits enfants.

Ferme juste les yeux, tu ne sombreras pas.
Il te voit, petit enfant.

À peine cessa-t-elle de chanter que des applaudissements résonnèrent derrière elle. Sansa sursauta, dérangée dans sa prière. Mais elle n'eut pas le temps de se retourner que Ramsay était déjà assis à ses côtés.

« Une Stark priant les nouveaux Dieux. Je ne pensais pas cela possible.

- Ma mère nous a élevé dans la Foi des Sept.

- Je ne suis pas réellement quelqu'un de tatillon. Mais il me semble que tu as oublié un dieu.

- L'Étranger n'a pas de couplet. »

Ramsay haussa un sourcil, l'air perplexe. Mais un sourire vint soudainement étirer ses lèvres.

« J'aime ce fait.

- Pardon ?

- J'aime qu'il n'y ait pas de couplet pour l'Étranger… Le dieu que personne ne prie, mais dont la main atteint tous les Hommes. »

Sansa écarquilla les yeux face à cette pensée si philosophique de la part de son époux.

« Tu pries donc les anciens Dieux ?

- Je ne prie pas. »

Cette fois, la jeune femme sembla terrifiée, comme si une malédiction allait s'abattre sur eux devant l'aveu de son époux.

« A quoi cela me servirait-il ? Mon âme est damnée depuis ma conception.

- Ramsay…

- … Je ne me confie pas à toi Sansa. Je relate simplement des faits. Ma mère fut violée. Un enfant issu d'un viol…

- … Aura le mal coulant dans ses veines jusqu'à la mort.

- Tu vois.

- C'est faux. »

Ramsay fixa la jeune femme avec intensité. Ils étaient si proches, elle était à genoux, ceux-ci reposant sur une stèle de pierre, Ramsay à ses côtés, assis dans l'herbe. Il était obligé de relever la tête pour la regarder dans les yeux. Ils parlaient si naturellement, comme si jamais auparavant, il ne lui avait fait de mal. L'espace d'un instant, elle eut la sensation d'avoir un ami à ses côtés et non son geôlier.

« J'ai tué mon père.

- Tu m'as sauvé. »

Il ne détournait pas le regard, celui-ci était composé d'une lueur que la jeune femme ne savait pas décrire. À quoi pensait-il donc ?

« J'aime t'entendre chanter, veux-tu bien chanter à nouveau ?

- Que veux-tu entendre ?

- Prie pour moi. »

Il avait dit cela en détournant le regard, étendant ses jambes dans l'herbe fraîche et appuyant sa tête contre la pierre du septuaire. La jeune femme ne répondit rien, elle se mit simplement à chanter, priant pour l'âme de l'homme qui était à ses côtés.

1 Traduction de la chanson « The Song of the Seven » de Karliene.