Chapitre Vingt-Sept
Marchant encore et encore dans ce bois qu'elle connaissait tant, le cœur de Sansa se serra un peu plus fort dans sa poitrine. Elle avait tant parcouru ces lieux avec Ramsay. Et tandis que ses pas s'enfonçaient dans la neige, les ténèbres de la nuit venaient envelopper son corps. Les flocons commençaient à tomber à nouveau, donnant ainsi à la forêt un côté enchanté qui fit soupirer Sansa de bien-être. Elle ne se sentait nullement menacée, elle se sentait même presque bien, au milieu de la végétation. Elle se sentait comme protégée par les Anciens Dieux. La rivière la berçait de son doux murmure et alors qu'elle réfléchissait, ses mains glissèrent le long de l'écorce des arbres vieillissant.
Où s'étaient-ils perdus ?
Où s'étaient-ils retrouvés ?
S'étaient-ils seulement trouvé l'espace d'un instant ?
Durant tant de temps ils s'étaient tous deux apprivoisés mettant de côté leur rancœur.
Mais qui avait gagné ?
Il ne savait plus.
Qui était réellement cet homme qu'elle aimait à en perdre toute morale ? Qui était réellement Ramsay Bolton ? Une créature sans pitié ? Ou un homme torturé par son propre passé ?
Il chassait et tuait ses ennemis tels des gibiers quelconques. Lui ferait-il subir pareil supplice s'ils perdaient cette bataille ? Non. Ramsay voulait un héritier. Peut-être y avait-il une chance qu'elle s'immisce à nouveau dans son cœur.
Non, plus jamais il ne lui ferait confiance. Elle avait tout brisé.
Fixant le plafond dans sa chambre, là où l'odeur de citron et de rose hivernale n'étaient jamais partis, Ramsay se réveillait encore. Le sommeil n'était plus son refuge, les insomnies prenant petit à petit plus de terrain encore qu'avant. Depuis qu'elle était partie, il n'arrivait plus à trouver le sommeil. Mais rien n'était comparable aux premiers jours où elle l'avait quitté. Au début, lorsque son odeur régnait encore dans les draps. Il pouvait alors passer des heures à la respirer sur l'oreiller. Et tandis que son regard se perdait dans la contemplation des pierres formant le plafond, il se sentait totalement sombrer dans la folie. Il avait parfois la sensation de sentir encore son poids contre son corps, son visage reposant dans le creux de son épaule et son souffle se répercutant dans sa nuque.
Oui, il devenait fou.
Ce n'était qu'un jeu pour lui, un jeu où tu as perdu Sansa.
À sa propre pensée, Sansa se crispa. Elle voulait s'échapper, disparaître, loin de tout cela. Loin de Winterfell, loin de Westeros. Elle voulait enfin quitter cette toile qu'elle-même avait tissée. Mais elle n'y arrivait pas. Elle ne pouvait pas. Elle était dans perdue, enfermée, dans ce labyrinthe dont elle ne connaissait l'issue. Luttant contre elle-même pour sa propre survie. Mais Ramsay était là. Et il serait toujours là. Logé au fond de son esprit. Jamais il ne la quitterait.
Elle le savait.
Une tasse de thé au citron, sale et légèrement moisie traînait encore sur une table à côté de la cheminée. Il avait interdit à quiconque de la prendre. Elle était trop précieuse à ses yeux. Il y avait encore la marque de ses lèvres dessus. Discrète, mais présente. Tout devait être comme elle l'eut laissé jusqu'à son retour. Son regard se tourna vers les éclats du miroir au sol. Elle devait voir aussi l'état de folie dans lequel elle l'avait plongée.
Elle avait quitté son enveloppe de jeune fille polie et sans saveur pour gagner la nuit qui enveloppait Ramsay depuis l'enfance. Elle avait abandonné la lumière pour gagner l'ombre. Pour le gagner lui.
Était-ce réellement pour sa survie ? Ou juste par profit ?
Avait-elle réellement voulu jouer avec lui pour se sauver elle ?
Ou bien… Avait-elle voulu le sauver également lui ?
Elle ne savait plus, elle était perdue.
Devenait-il définitivement fou ? Il n'en avait plus aucun doute. La folie rongeait son cœur avec autant de ferveur que lors de la mort de celle qui fut sa mère. Était-ce dû à la mort de Myranda ? En partie, il ne pouvait se voiler la face. Une partie de sa vie s'en était allé avec elle, pas la meilleure, il le savait. Mais le peu d'âme qui lui restait, quant à elle, avait pris la fuite avec Sansa.
Que lui restait-il désormais ? Si ce n'était qu'une vie hantée par les nombreux fantômes que renfermait Winterfell.
Elle se souvenait encore. La torture qui régnait dans son regard à chaque instant, tel un chien fou qui vacillait constamment entre rage et amour. Elle avait vu un simple filament du vrai visage de Ramsay, de cet enfant torturé qui n'avait pas eu l'éducation qu'il méritait, bercé par la rancœur d'une mère et la folie d'un serviteur. Mais plus encore, le rejet de son propre père. Aurait-elle pu un jour panser ses plaies ? Non, bien sûr que non.
Mais elle, saurait-elle un jour effacer de son cœur… De sa mémoire, le visage si doux et apaisé de son époux en train de dormir ? Jamais elle ne le pourrait.
Parfois, il s'imaginait qu'elle revenait, s'allongeant à ses côtés dans leur lit. Et à chaque fois, elle se mettait à rire de ce cauchemar atroce qu'il venait de faire. Puis, elle se mettait à l'implorer de s'occuper de Rickard, leur fils. Puis il reprenait conscience, souvent dû à un serviteur qui l'avait dérangé, et son fantasme disparaissait sous ses yeux. Le laissant seul dans sa souffrance. Il lui ferait payer cette souffrance qu'elle lui imposait depuis trop longtemps déjà. Elle aussi deviendrait folle de douleur.
Ramsay n'était ni le mal à l'état pur, ni le bien du tout. Était-ce réellement sa faute ?
Doucement, Sansa se laissa tomber sur un rocher dans une petite clairière où la rivière s'écoulait. Les souvenirs s'imprégnant dans son cœur tandis qu'elle fixait l'eau qui coulait dans son lit. Elle se souvenait des mots de son époux à son propos.
« Toute mon enfance, j'ai été bercé dans des illusions de pouvoirs et des mensonges sur mes origines. Mon père était Lord Bolton. Ma mère me berçait dans cette idée, cette idée que c'était moi le prochain dirigeant de Fort Terreur. Lorsque j'ai rencontré Domeric, il n'y avait que la jalousie. La jalousie et la haine. Il me volait ce qui me revenait de droit. Alors je l'ai tué. J'ai commis mon premier meurtre par pure jalousie. Mon père n'a eu d'autre choix que de me prendre à Fort-Terreur. Il craignait de ne pas avoir d'autres héritiers. Et lorsque ma belle-mère me vit, elle ne m'accepta jamais. J'ai essayé d'être un bon gamin. Mais elle n'a jamais voulu de moi. Mon père non plus, il n'y avait qu'à voir la façon dont il me regardait. Je n'étais pour lui qu'une erreur dont il ne voulait pas. »
Elle se souvint comme ce discours l'avait frappée, déchirée de douleur. Ramsay était devenu tel qu'il ait dû à la folie et au rejet des uns et des autres. Peut-être que s'il avait grandi dans une famille aimante comme la sienne… Il ne serait jamais devenu l'être abominable qu'il était désormais. Et cet être obscur était désormais Lord, Roi du Nord, grâce à sa cruauté, et non à son courage. Les gens du peuple ne l'aimaient pas, ils le craignaient. Et elle l'avait aidé.
« Tout ira bien. »
Il l'entendait encore prononcer ces mots tandis qu'il s'inquiétait sur leur avenir. Aujourd'hui, tout cela résonnait faux à son oreille. Rien n'allait bien désormais. Depuis son départ, il enchaînait les erreurs et les coups bas. Il n'était plus maître de lui-même et son impatience lui faisait commettre des erreurs stupides. Il avait établi un plan d'attaque bancal qui ne reposait que sur le nombre de soldats qu'il avait.
Il avait tué cette sauvageonne, fait qui avait conduit le jeune Stark à complètement se renfermer et à ne rien révéler.
Il avait provoqué les Stark avec la tête du loup du petit, ce qui avait poussé Sansa à le haïr plus encore.
Rickon Stark était un danger pour lui et son statut de Roi. Mais il aurait pu le retourner, tel un allié pour récupérer Sansa. Ils étaient manipulables à cet âge. Mais par pur sadisme et colère, il avait fait bien trop d'erreurs.
Ramsay avait grandi dans une enfance bercée de mensonges et de faux souvenirs. On lui avait volé son innocence dès son plus jeune âge, crachant à la figure de l'enfant qu'il était pour le transformer, le plus vite possible, en une créature assoiffée de sang et de pouvoir. Sa mère ne l'avait qu'ensevelit dans sa propre rancœur, dans sa haine et son mépris. Sa mère lui avait mis des œillères et l'avait conforté dans le fait que seulement, elle, désirait le bonheur de son fils. Et son bonheur était Fort-Terreur. Et il devait se battre pour gagner sa place de « Lord Bolton ». Sans sentiment, sans amour, elle l'avait élevé en lui faisant croire que la haine qu'elle ressentait à l'égard de Roose Bolton était de l'amour pour son fils. Mais en lui, elle n'avait vu qu'un instrument de vengeance et rien d'autre.
Et le cœur de Sansa se fit plus douloureux encore.
Ramsay se leva, titubant. Il prit une bouteille de vin encore à moitié pleine qui traînait sur le bureau déjà tâché de vinasse. Sans plus de cérémonie, il la porta à sa bouche et avala trois ou quatre gorgées avant de reposer la bouteille en titubant. Il allait noyer tout cela, comme il le faisait depuis un mois. Oui. Il allait noyer sa peine, son désespoir. Il allait laisser la haine prendre le pas sur le reste. Il ne voulait plus rien ressentir d'autres que de la haine. Plus d'amour, plus de chagrin. Seulement la haine.
Il valsa légèrement avec le fantôme de son épouse avant de tomber lourdement assis sur le fauteuil qu'elle eut occupé inlassablement. Il la revit à travers un songe en train de se déshabiller avant de s'asseoir sur lui, liant ses lèvres aux siennes avec désir.
Il aurait tout donné aux dieux pour retrouver cette relation unique. Pour la retrouver elle.
Ses mains caressèrent ses courbes. Elle l'embrassa une nouvelle fois, du bout des lèvres avant de se lever. Sur son corps nu, elle passa une fourrure noire et elle disparue vers la porte, quittant la chambre.
Elle restait perdue dans ses songes, pensant au fait que celui qui fut son époux eût grandi sans connaître amour ou innocence. Il n'avait grandi que dans un monde bien trop sombre pour un enfant. Ramsay avait toujours été seul, bien trop seul. Et il n'avait connu personne à qui partager son mal-être. Personne, sauf elle.
Jetant la bouteille à travers la pièce, la laissant se briser contre la cheminée en mille morceaux, Ramsay suivit la jeune femme. Courant après cette illusion qui lui paraissait pourtant si vraie.
« Reviens ! »
Longeant les couloirs, il voyait au détour de certains sa chevelure rousse lâchée et dansante dans le vent, lui indiquant la direction qu'elle prenait. Son cœur battait si vite qu'il était prêt à s'en sentir mal. Il était à moitié ivre et seule cette envie irrépressible de la voir le guidait. Il finit par débouler dehors par la porte des cuisines. Les soldats se tenaient devant lui, assis, debout, ils partageaient un dernier repas, une dernière boisson avant leur mort prochaine pour la victoire de leur Seigneur.
C'est là qu'il la vit, entrant dans l'écurie.
Était-ce réellement sa faute ?
Ses parents avaient fait de lui ce qu'il était. Pas elle. Il n'était qu'une simple arme de vengeance de sa mère et il lui avait obéit sans même s'en rendre compte toute sa vie. Alys... Était-elle vraiment la femme bien que décrivît Ramsay ? Sansa n'en était plus réellement convaincue. Il était le fils de leur violence. Et désormais, il n'avait plus le choix que d'affirmer sa naissance et sa légitimité aux yeux de tous.
Une larme roula alors sur sa joue tandis que son cœur se serrait avec violence dans sa poitrine.
À peine Ramsay rentra-t-il dans l'écurie qu'il trouva la cape de la jeune femme. Une cape de fourrure blanche qu'elle mettait si souvent avant de partie à cheval. Que faisait-elle là ? Qui l'avait mis là ? Il la frôla du bout des doigts, comme si ce simple contact risquait de salir la fourrure à jamais. Son cœur se serra alors violemment, une douleur vive qui lui arracha un râle plaintif.
Était-il réellement capable de ressentir une douleur autre que physique ?
Tout ce qui se passait en cet instant prouvait bel et bien qu'il était humain et non une créature.
Elle était devenue quelqu'un d'autre à ses côtés, une personne plus forte et indépendante.
S'agenouillant dans la neige poudreuse, Sansa sentit le froid lui geler le corps tandis qu'elle joignait ses mains en symbole de prière. Et tandis qu'elle commençait à prier, son esprit lui ne quittait pas celui qu'elle aimait malgré elle.
« Douce mère, source de miséricorde,
Sauvez nos fils de la guerre,
Nous prions1 »
Frappant une porte d'écurie, Ramsay laissa sa rage s'extérioriser. Il avait été trop naïf, trop insouciant avec elle. Il l'avait laissé le manipuler alors qu'elle était au départ son jouet à lui, et non l'inverse. Elle était sa chose. Et désormais, il courrait après son fantôme.
Il se tourna et prit la direction de sa chambre, dépité et en colère, mais c'est là qu'elle lui réapparut, plus vraie encore qu'avant. Elle était là, dans l'encadrement de la porte Ouest, la porte du veneur. Celle menant directement dans le Bois-aux-Loups. Elle avait un sourire espiègle aux lèvres. Ses cheveux se balançant sur ses hanches, elle semblait rire de lui. Mais à peine commença-t-il à marcher en sa direction qu'elle se mit à courir. Alors il courra à son tour.
Elle priait avec force pour les âmes de ceux qui allaient mourir demain. Elle priait pour ses frères, pour elle. Mais elle priait aussi pour lui. Comme si la Mère pouvait changer le cours de l'histoire qui se dessinait à l'horizon.
« Retiens les épées et retiens les flèches,
Faites-leur savoir un jour meilleur
Douce mère, force des femmes,
Aidez nos filles,
A travers cette mêlée. »
Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'il se sentait pousser des ailes. Ses pieds s'enfonçaient dans la neige et gelaient presque. Il n'était pas assez habillé, il avait froid. Mais il s'en fichait. Ses poumons le brûlaient, son cœur s'emballait, mais il s'en fichait aussi. Il devait la rattraper, la capturer, l'empêcher de le fuir à nouveau. Il lui ferait confiance à nouveau. Il ne lui ferait aucun mal. Il voulait simplement savoir à nouveau ce qu'était la sensation de s'endormir avec elle.
Et avant qu'il ne réalise, il était au niveau de la rivière, là où il avait retrouvé la jeune femme un an plus tôt, la main en sang et l'air apeuré. Oui, il se souvenait de cet endroit. Mais cette fois, Sansa n'était pas là.
« Par les Dieux, je deviens fou. »
« Apaiser la colère et apprivoiser la fureur,
Apprends-nous, à tous une manière plus gentille.
Douce mère, source de miséricorde,
Sauvez nos fils de la guerre. »
Sa voix se brisait quelque peu. Elle se sentait au bord des larmes tandis qu'elle priait avec plus de force encore, espérant un signe de la Mère, signe qu'elle l'entendait.
Ramsay marchait tout en se souvenant de ce jour où Sansa et lui s'étaient apprivoisés la première fois. Déjà à l'époque, elle s'était montrée téméraire, devenant cette louve qu'il admirait en secret désormais. Rien que de l'admettre dans ses pensées l'écœurait. Mais c'était la réalité. Elle était une femme avec un caractère et une douceur incroyable. Une poigne de fer dans un gant de velours.
Elle avait tout d'une Reine.
Et elle était sa femme.
Ramsay continua de marcher sur un chemin légèrement moins enneigé du Bois-aux-Loups. Et tandis qu'il arrivait à une intersection, un doux murmure l'attira. Cela lui parvenu tel un mirage, ou le chant lointain d'un oiseau. Marchant alors, avec le plus de lenteur possible, il s'approcha de cette voix mélodieuse.
« Nous prions… »
Lorsqu'il la vit, son cœur se stoppa.
Était-ce encore un mirage ?
Le fruit de son imagination ?
… Ou bien était-elle bien là ? Avec lui ?
« Retenez les épées et retenez les flèches. »
Elle semblait prier, mais sa voix cassée prouvait qu'elle retenait avec difficulté de lourd sanglot. Elle était totalement plongée dans sa prière. Il avait toujours apprécié l'entendre prier. Plus par amour de sa voix mélodieuse que pour la prière en elle-même.
« Faites-leur voir des jours meilleurs. »
Sa voix ne s'éleva plus, seul le bruit de l'eau chantante dans son lit les berçaient tous les deux désormais. Elle semblait ailleurs, plongée dans ses pensées. Il n'avait qu'à prendre son poignard et…
La main de Ramsay tentait inlassablement d'attraper quelque chose dans le vide. L'idiot qu'il était avait complètement oublié de prendre une arme. Il se trouvait donc en territoire ennemi sans arme pour se protéger ou ne serait-ce qu'intimider quelqu'un.
Que devait-il faire ?
L'observer indéfiniment ? Jusqu'à ce qu'elle reparte ?
Ou bien avait-il une chance de la kidnapper sans risquer de mourir … ?
La voir d'aussi loin était une torture des plus douloureuses. Alors, il commença à sortir des fourrés, poussé par une force qu'il ne comprenait pas, guidé par un sentiment terriblement douloureux.
S'il ne pouvait l'avoir par la force, peut-être l'aurait-il par les sentiments ?
Elle avait terminé sa prière, mais elle ne voulait pas rentrer. Elle se sentait si bien ici, loin de la haine du monde. La lune éclairait la clairière, promettant de garder tous ses secrets. La rivière chantait à nouveau pour elle. Et alors qu'elle allait se remettre à prier, un craquement derrière elle la fit sursauter. Se retournant précipitamment, Sansa se retrouva alors nez à nez avec ce regard d'acier.
Un regard gelé, empli d'un infini désespoir. Ample regard, qui menace et qui adore.
« Sansa. »
Son cœur ne fit qu'un bond dans sa poitrine avant de frôler l'arrêt éternel. Instinctivement, elle se leva, reculant vivement. Elle était prête à courir dans l'immensité boisée, ses mouvements plus aisés dans sa tenue de cavalière. Oui, elle était prête à partir et il savait qu'il ne pourrait la suivre.
La douleur s'insinua en eux. Un lourd poison sourd. Avant d'être remplacé par la toxicité de la haine. Sansa ressentait une haine douloureuse contre lui, envers tout ce qu'elle avait subi par sa faute. Mais tandis qu'il esquissait un pas vers elle, la haine vint à s'évanouir, laissant sa place au doute, au manque. Les questions sans réponses lui revinrent, ces questions qu'elle s'était posée inlassablement depuis qu'elle était partie de Winterfell. Ces questions auxquelles il était incapable de répondre, elle le savait. Le doute la martelait et elle n'était pas de taille à combattre. Son cœur se gangrénait tandis que Ramsay avançait vers elle, les mains en l'air, signe qu'il n'était pas armé, et l'air doux. Pas de sourire goguenard, pas d'éclat de folie. Il avait l'air tout aussi paniqué qu'elle. Mais à chaque pas qu'il faisait en sa direction, elle reculait, les larmes montant peu à peu dans son regard saphir.
Ramsay n'osait parler, la peur qu'elle le fuit encore lui martelant l'estomac avec violence. Comment faire ? Comment pouvait-il la convaincre ? La haine qu'il avait tant ressentie s'était écoulée de son corps, ne laissant place qu'au manque et au désespoir. Il ne voulait plus la briser, ni lui faire du mal. Il voulait simplement la retrouver. La serrer dans ses bras.
Et tandis qu'elle faisait un nouveau pas en arrière, la voix brisée de Ramsay vint enfin éclater la bulle d'angoisse qui avait grandi autour d'eux.
« Je ne suis pas armé. »
Lentement, les yeux de Sansa fouillèrent son corps à la recherche d'une épée, d'un poignard, d'un couteau ou toute autre arme à l'acier brillant. Mais rien n'apparut. Il était tout comme elle, nu de toute arme.
Il perçut une légère détente de la jeune femme et s'avança à nouveau d'un pas. Mais Sansa n'était pas idiote et recula à nouveau. Bientôt, elle serait à l'orée du bois et disparaîtrait. Il fallait qu'il l'en empêche.
« C'est un hasard de te voir ce soir… »
Elle était partagée, déchirée. Elle devait fuir, elle le savait. Sa raison lui hurlait de déguerpir. Mais son cœur, lui, la suppliait de rester encore quelques instants. Il paraissait si honnête, si sûr de lui. Il fit un nouveau pas vers elle, mais elle ne recula pas cette fois. Un désir ardent brûlait en son corps, celui de pouvoir sentir une fois encore ses bras autour d'elle. Mais s'il la touchait, elle ne pourrait plus fuir. Ramsay était bien plus fort qu'elle. Et elle était bien trop loin du camp pour qu'un quelconque hurlement n'alerte quelqu'un.
« Sansa… Je t'en prie, reviens. »
C'est aveu, ce chuchotement empli de douleur… Jamais elle n'aurait cru que Ramsay puisse ainsi la supplier. Mais tandis qu'elle le fixait, elle ne voyait nullement son époux torturé au regard empli de malices et de tendresse. Non, elle ne voyait plus qu'un tueur, une créature faite de sadisme et de folie. Elle n'arrivait plus à le voir différemment depuis qu'il avait jeté à ses pieds la tête de Broussaille. Il avait tué son amour à cet instant. Le savait-il seulement ?
« Rien ne peut être sauvé Ramsay, nous sommes tous deux voués à la haine. »
Sa voix se voulait sûre et froide, mais l'éclat dans ses yeux était des plus anéantis et Ramsay le vit. Il le vit et s'y accrocha comme l'ultime espoir qu'au fond d'elle, Sansa l'aimait encore.
Alors, il fit un pas supplémentaire en la direction de Sansa, mais celle-ci ne bougea toujours pas, comme si une force supérieure l'en empêchait. Elle devait l'affronter, elle en avait la certitude, elle n'avait pas le droit de fuir cet instant.
« Comment es-tu arrivé ici, Ramsay ? »
Sa voix tremblait légèrement, elle était terrifiée et cela ne l'amusa pas. Il voulait retrouver son épouse si sûre d'elle et tendre. Cette femme qui n'avait nul doute sur le fait que Ramsay était humain, au fond de lui. Il voulait qu'on croie encore lui, juste une fois.
« Peu importe où tu iras. Peu importe où tu te cacheras. Je te retrouverai toujours, Sansa. »
Ses paroles étaient aussi oppressantes que douloureuse pour la jeune femme. Elle ferma les yeux de douleurs et Ramsay en profita pour faire un pas de plus. Il était désormais devant le rocher où il l'avait trouvé et elle était à quelques mètres seulement. Bientôt, il pourrait la toucher.
« Tu es ma femme. Les anciens Dieux nous ont liés, par la force de l'air et du feu. »
Une larme roula sur sa joue et Ramsay sut qu'elle repensait à leur nuit de noces. Il savait qu'il avait été horrible avec elle, les cicatrices jonchant son corps témoignant de sa cruauté. Il devait la rassurer, lui montrer qu'il avait changé. Il était devenu un autre, grâce à elle.
« Tu es à moi, je suis à toi. »
Sa voix s'était légèrement brisée, comme si le monde était en train de s'écrouler autour de lui. Et Sansa se sentit brisée également. Comment pouvait-elle faire pour lui résister ?
« Comment cela a-t-il commencé ? Comment as-tu pu penser un instant pouvoir me fuir ? »
Elle tremblait de tous ses membres, comme si devant elle se tenait le pire démon que les Dieux n'aient jamais créé. Et cela le brisa un peu plus encore. Elle le regardait désormais comme tous les autres. Tel un monstre.
Tout s'entrechoquait en son esprit à elle. Elle était là, fixant l'homme en face d'elle avec terreur. Mais elle était incapable de bouger. Non pas paralysée par la peur, mais subjuguée par cette scène qui semblait hors du temps. Ramsay semblait anéanti et elle se sentait peu à peu sombrer à son tour. Tous deux étaient désarmés. Et celui qui pouvait tuer l'autre à mains nues n'était certainement pas elle.
Alors qu'attendait-elle ? Ici, seule, sans aucune option de fuite, si ce n'était hurler et courir jusqu'au camp.
Le cœur battant, elle recula encore d'un pas. Ramsay se stoppa alors, les mains toujours en l'air, il la fixait de son regard grisâtre. S'il avait tendu la main, il aurait pu toucher sa joue. Mais il ne le fit pas. Il la regardait simplement, se préparant à ce qu'elle disparaisse dans la forêt sans même se retourner. Mais elle ne le fit pas. Elle avait trouvé. Au fond de ses prunelles acier, elle avait trouvé la raison qu'elle cherchait désespérément depuis tout ce temps. Elle la frappa en pleine figure. Au fond de ce regard où se battaient souffrance et douleur, il y avait une fine lumière, une lumière qu'elle avait tant voulu voir, connaître et apprivoiser. Alors doucement, Sansa fit à son tour un pas en avant, puis un autre, surprenant Ramsay qui écarquilla légèrement les bras pour l'accueillir dans ceux-ci.
Ramsay n'était qu'un enfant innocent auquel on avait planté une épine empoisonnée dans le cœur. Il n'était en rien fautif, c'était ceux qui l'avait élevé les fautifs.
Elle arriva dans ses bras, caressant sa joue avec tendresse, elle murmura d'une voix brisée que seul Ramsay entendit :
« Pauvre créature de la nuit, ta vie n'est que malheur. Que les Dieux me permette de te montrer que tu n'es pas seul. »2
Elle vint poser ses lèvres sur les siennes, à peine esquissa-t-elle ce geste que Ramsay referma ses bras autour de sa taille, accueillant son baiser avec envie et désespoir mêlé. Il avait un arrière-goût de peine et d'adieu. Les mains de Sansa se plaquèrent contre ses joues tandis que celles de Ramsay ramenaient un peu le corps de la jeune femme contre le sien. Il reprenait possession de son corps et de son âme. Leurs cœurs se dégelaient peu à peu et recommençaient à battre. Elle ne pouvait lutter, elle n'arrivait plus à lutter.
Dans quel genre de monde vivait-elle ? Où son seul point d'ancrage dans cette vie abominable était un homme qui ne vivait que pour la souffrance et le sang. Et tandis que Ramsay caressait sa nuque de sa main gantée de cuir, elle se souvint des paroles d'un homme qu'elle avait aimé un jour :
« Stannis est un tueur. Les Lannister sont des tueurs. Votre père était un tueur. Votre frère est un tueur. Vos fils, un jour, seront des tueurs. Votre monde a été bâti un jour par des tueurs. Vous feriez mieux de vous habituez à en avoir un en face de vous. »
Devait-elle réellement s'habituer à un monde de tueur ? Peut-être pouvait-elle inverser cela ? Pouvait-on réellement changer un homme ?
Les lèvres de Ramsay quittèrent sa bouche et descendirent le long de sa joue, puis de sa mâchoire, avant de conquérir sa gorge qu'il mordilla avec douceur. Sansa se tendit alors et Ramsay le sentit, il revint alors gagner ses lèvres avec plus de tendresse encore, plaquant les mains de la jeune femme contre son torse.
Elle l'aimait autant qu'elle le haïssait. Pourquoi devait-elle l'aimer autant ? Un amour qui la culpabilisait. Et tandis que leur baiser devenait plus intense encore, elle se sentit définitivement perdre pied dans cette clairière au beau milieu de la forêt. Elle voulait rêver une dernière fois dans ses bras, d'une vie loin de Westeros, d'une vie loin dans les cités libres, à juste l'aimer et le faire oublier son passé si douloureux. Peut-être que dans une autre vie, ils auraient pu être heureux ?
Leurs fronts se collèrent avec tendresse, la respiration de Ramsay était haletante tandis que Sansa ne cessait de réfléchir. Peut-être que les Dieux leur offraient une seconde chance ? Une chance de tout recommencer ?
« Sansa… »
Il murmurait son prénom, encore et encore, et l'idée devint peu à peu plus clair en son esprit. Et tandis que Ramsay reprenait possession de ses lèvres, elle devint plus entreprenante, répondant à son baiser avec plus de hargne. Elle voulait tout recommencer. Loin du Nord. Loin de Westeros. Là où le nom de Stark et celui de Bolton ne voulait rien dire. Là où la vie serait plus douce. L'espace d'un instant, elle se surprit à rêver de ce monde meilleur. Était-elle saine d'esprit ? Non, plus depuis longtemps.
Et alors que les mains de Ramsay saisissaient sa chevelure avec tendresse, Sansa comprit qu'il était trop tard. Elle ne pouvait plus reculer. Elle avait déjà sauté dans l'immensité qu'était son regard d'acier et elle ne le regrettait pas le moins du monde. Liant ses bras autour de sa nuque, elle glissa à son tour ses mains dans ses cheveux laissant les bras de son époux enfermer sa taille contre lui.
Et tandis qu'ils se séparaient, à bout de souffle, et que leurs regards se lièrent avec fièvre, la jeune Lady se sentit vide. Vide de tout sentiment. Ni amour, ni haine ne venait emplir son cœur, simplement de la peine.
À qui la faute si désormais, ils en étaient réduits cela ?
À quel moment leur relation avait-elle commencé à s'effondrer ?
Bien avant la mort de Rickard, elle le savait au fond d'elle.
Y avait-il un remède pour les cœurs brisés ? Les cœurs endeuillés ?
Y avait-il quelque chose qu'elle pouvait faire pour oublier la douleur d'une mère sans enfant ?
Et tandis qu'elle le fixait, Ramsay ne put que voir cette souffrance qui régnait dans ses yeux océans. Cette souffrance qu'il avait vu naître dans ses yeux bleus le jour où il avait quitté leur chambre. Et qui grandissait de jour en jour depuis qu'elle avait vu le corps inerte de Rickard dans son berceau. Jamais son cœur ne serait en paix. La souffrance serait toujours présente et il ne pourrait jamais rien y changer. Alors dans un ultime effort, il murmura avec douleur :
« Je t'aime, Sansa. »
Ces mots foudroyèrent le cœur de la jeune femme qui en versa une larme. Aussitôt, Ramsay la recueillit de son pouce, fixant celle qu'il aimait avec tendresse.
Avait-elle vendu son âme à l'Étranger ? Avait-elle perdu l'esprit ?
Elle se sentait plus malade encore qu'un homme qui avait trop bu. Et tandis que celui qui avait été son époux la fixait, elle se sentit défaillir dans ses bras, comme si le monde autour d'elle s'effondrait. Ramsay la retint avec force tandis que Sansa continuait à le fixer.
Pensait-il ses paroles ? Ou bien n'était-ce qu'un nouveau stratagème pour l'attirer jusqu'à lui ?
Elle ne savait plus quel chemin prendre, elle était à la croisée de deux destinées dont elle ne connaissait l'issu. Et tandis que Ramsay lui caressait les cheveux avec douceur, après lui avoir dit ces paroles qu'elle avait attendu durant tant de mois, Sansa se rendit compte qu'elle n'avait jamais été aussi vide de l'intérieur. Lentement, ils s'écartèrent l'un de l'autre, le froid rongeant leurs corps échauffés. Ramsay lui tenait la main avec force et sa voix s'éleva dans l'air, brisant le silence lourd qui s'était installé.
« Rentrons chez nous, Sansa.
- Je ne rentrerai pas à Winterfell, Ramsay. »
Il la fixa, les sourcils froncés et sa voix devint plus froide encore que la neige autour d'eux.
« Combien de fois dois-je me mettre à genoux pour que tu me pardonnes ?
- Est-ce réellement mon pardon que tu cherches ? »
Il ne répondit rien, continuant de la fixer de son regard redevenu aussi froid et impénétrable qu'avant. L'avait-elle réellement entendu un « je t'aime » sortir de sa bouche ? Elle n'en était plus réellement sûre désormais. Ramsay lâcha sa main et Sansa comprit qu'elle n'aurait que cet instant d'inattention pour fuir. Alors elle se retourna et prit la fuite, courant à travers bois comme si sa vie en dépendait, mais la pauvre enfant n'était pas assez rapide et à peine quelques mètres plus loin, elle sentit les bras de Ramsay enserrés sa taille avec puissance. Comme au début de leur relation, quand elle avait tenté de fuir Winterfell, il l'avait rattrapé et emprisonné dans ses bras. Elle hurla, mais elle était bien trop loin du camp pour être entendu. Lentement, Ramsay commença à revenir en arrière tandis que Sansa se débattait avec hargne. Elle n'était plus ce petit oiseau prisonnier d'autres fois, alors, avec une violence inouïe, elle mordit l'avant-bras de Ramsay qui la jeta au sol avec brutalité. Malheureusement pour elle, elle n'eut pas le temps de se relever que déjà son bourreau se mettait à cheval sur elle, plaquant ses mains au-dessus de son crâne. Elle était incapable de bouger, incapable de se débattre, elle était perdue.
« Tu es à moi. »
Leurs yeux se lièrent et des larmes roulèrent sur les joues de Sansa tandis que le regard mauvais de Ramsay la détaillait. Alors, avec haine, elle cracha son venin :
« Plus jamais je ne veux revenir avec toi. Je ne veux plus connaître cette souffrance qui règne avec toi ! Je ne veux plus être avec toi ! »
Il la maintenait au sol, dans la neige, son regard était empli d'une souffrance indescriptible couplée à une haine sans précédent. Elle avait franchi la limite. Elle était perdue. Il la maintenait de tel façon qu'un simple mouvement lui aurait brisé le poignet. Elle était terrifiée et horriblement consciente de sa faute, elle avait cru un instant de trop en lui. En eux.
Ramsay ne serait jamais bon, il n'était qu'un monstre de cruauté qui attendait le meilleur moment pour dévorer sa proie le plus cruellement possible. Qu'avait-elle crue ? Dans quel monde vivait-elle ? Même son seul point d'ancrage pouvait la tuer et elle luttait encore pour se convaincre du contraire. Comme si tout cela n'était aucunement sa faute et qu'il n'était qu'un enfant torturé dont les parents étaient les bourreaux. Elle était bête. Terriblement bête et naïve tel un oiseau qu'il fallait mettre dans sa cage.
Non.
Plus de petit oiseau.
Jamais…
Jamais.
Jamais !
JAMAIS !
« Lâche-moi !
- Si tu ne rentres pas avec moi de ton propre chef, alors tu rentreras avec moi par la force ! Et ce qui t'attend à Winterfell ne sont nullement des roses ! »
Elle voulut se débattre avec force, elle voulut le frapper de toutes ses forces en hurlant, mais rien ne sortit de sa gorge. Seulement des larmes roulèrent sur ses joues tandis que la main de Ramsay glissait le long de sa joue. Comment cet instant hors du temps avait-il pu virer au pareil drame ?
« J'écorcherai ton petit frère devant toi. Puis ton bâtard de frère. Puis tous ces autres fils de pute qui t'ont soutenu. Et je finirai par Cley. Ton putain d'amant. »
Ce fut quand il se leva et agrippa sa chevelure pour la traîner dans la neige que son instinct se réveilla enfin. Elle ne le laisserait faire de mal à personne. Ni à Jon, ni à Cley, ni à Rickon. Elles les sauveraient tous les trois. Elle en faisait la promesse. À sa mère, à son père, à Robb. À tous.
Alors, elle prit une grande inspiration avant de hurler. Un hurlement si féroce que jusqu'au-delà du mur, on avait dû l'entendre. Elle hurla de rage, un cri de loup demandant à sa meute de l'aider. D'abord surpris, Ramsay vint ensuite plaquer sa main contre sa bouche avec force.
« Ferme-la ! Personne ne t'entend ici ! »
La jeune femme ne se laissa pas abattre et vint mordre la main de Ramsay avec violence ce qui le força à se dégager. Elle n'était pas libre pour autant, son autre main emprisonnant toujours sa chevelure. Il enleva son gant de cuir et écarquilla les yeux face au liquide vermillon qui se mettait à couler le long de ses doigts pour venir ensuite se répandre sur la neige.
Il ne la frappa pas. À vrai dire, c'était la vision la plus excitante que Ramsay n'avait jamais vue. Mais son cœur, en cet instant, n'était nullement à l'amour. Non. Son cœur était à la haine.
« Tu n'aurais peut-être pas dû faire cela, mon amour. »
Son ton suave, son sourire goguenard. Non, elle ne voulait plus voir ce visage qui lui créait ces crises d'angoisse si violentes que seuls les bras de Jon réussissaient à l'apaiser. Elle se débattit avec violence, mais Ramsay la tenait bien trop fermement par les cheveux. En un instant, il la plaqua au sol. La froideur de la neige brûlant chaque parcelle de sa peau.
« Ne me force pas à devenir mauvais, Sansa. »
Sa voix était cassée, brisée. Ses yeux ne reflétaient aucunement l'envie de lui faire mal, mais simplement une grande souffrance. Elle le rejetait, encore.
« Lâche-moi ! »
Ses cris étaient perçants, ses jambes bougeaient avec force sous lui tandis qu'il se mettait à nouveau à cheval sur elle. Il lâcha ses cheveux et maintenu ses mains avec force au-dessus de sa tête. Ses yeux d'acier cherchaient les siens, mais elles les fermaient avec force tout en se débattant. Elle ne voulait pas voir sa haine, elle ne voulait pas voir son sadisme. Elle voulait qu'il la lâche et fuir aussi vite qu'elle le pouvait. Mais soudain, la main gelée du Lord vint saisir sa mâchoire, la forçant ainsi à le regarder dans les yeux, mais elle garda les siens fermés. Elle ne voulait pas voir.
« Regarde-moi. »
Elle n'ouvrit pas les yeux, terrorisée par cette voix cassée.
« Putain, regarde-moi ! »
Cette fois, elle s'exécuta, plantant son regard azur dans les siens si durs. C'est là qu'elle vit ses yeux aciers emplis de peine, de rage. Doucement, elle se calma, reprenant peu à peu contenance, comme hypnotisée par l'homme qui se trouvait au-dessus d'elle. Lentement, il vint caresser sa bouche du bout de ses doigts fins. Une larme quitta ses yeux et vint s'écraser avec douleur sur la joue de Sansa. Celle-ci resta interdite devant ce phénomène impensable.
« Qu'as-tu fait de nous ? »
Elle ne releva pas l'accusation de Ramsay, trop absorbée par cette nouvelle face que lui offrait celui qu'elle avait aimé. Qui était cet homme capable de pleurer pour elle ? Qui était-il ? Qu'avait-il fait de Ramsay ?
« Qu'ai-je fait de nous ? »
Elle se crispa un peu plus tandis que les yeux de Ramsay se liaient à nouveau aux siens.
« Je sais que pour toi, je ne serai jamais l'élu. »
Son front se colla au sien et ses mains lâchèrent peu à peu ses poignets. Mais elle ne pouvait bouger, elle ne pouvait le pousser. Elle était bien moins forte que lui et il la surpassait de toute sa stature en cet instant.
« J'ai essayé de ne pas être tenté, j'ai essayé de te haïr de tout mon être. »
Les battements de son cœur s'accélérèrent tandis que Ramsay venait encadrer son visage de ses mains, il caressait avec tendresse sa peau.
« Mais je n'y arrive pas, Sansa. Je n'y arrive pas. »
Lentement, elle vint poser ses mains sur les siennes, poussant un soupir de douleur tandis qu'elle les écartait de sa peau.
« Si tu m'aimes, laisse-moi partir. »
Ses yeux se brisèrent un peu plus encore tandis qu'il la fixait avec douleur.
« Je t'en prie, je ramperai à tes pieds, je ferai ce que tu voudras. Mais ne me rejette pas Sansa. Cesse de me fuir. »
Elle ferma les yeux un instant, son cœur lui hurlait de fuir avec lui, loin de Westeros tandis que sa raison lui murmurait de fuir loin de lui. Tremblante, elle posa sa main sur sa joue avant de rouvrir ses yeux azur rougis de larmes.
« Laisse-moi partir, Ramsay. »
Son visage changea du tout au tout. D'amoureux transits, il redevint cet être vide d'émotion. Et alors qu'elle tenta de le pousser, Ramsay se releva, lui saisissant le bras, il n'attendit pas un seul instant. Le bruit sourd qui suivit et le hurlement de Sansa résonnant dans toute la forêt lui procurèrent plus de plaisir encore que lorsqu'il eut poignardé son père.
1 Traduction de « Sansa's Hymn » de Karliene
2 Phrase tirée du film (et comédie musicale) « Le Fantôme de l'Opéra » d'Andrew Lloyd Weber [Inspiré du livre de Gaston Leroux du même nom].
