Chapitre 20 : La magie de Noël (1)
J'allais me souvenir de ces vacances de Noël comme d'une succession d'événements bizarres et pour certains absurdes.
Cela commença dès mon retour au Manoir des Prince. J'arrivai le premier ayant transplané juste après le départ du train qui ramenait les élèves chez eux pour les vacances. Quand je passai brièvement dans le salon pour vérifier que tout était en ordre, je ne m'inquiétai pas spécialement du fait que mon grand-père dans son portrait me tourne le dos. Je me félicitai plutôt de ne pas me faire houspiller par ce vieux crétin pour une fois. Mais en montant l'escalier, je fus interpellé par Spiritus Prince :
« Non mais vous avez vu dans quel état est Ferrucius. Il faut faire quelque chose de toute urgence ! »
« Qu'est-ce qui vous arrive ? » m'agaçai-je immédiatement. « Vous vous moquez bien de son état d'habitude. »
« Mais pas du tout ! Je me sens très concerné par son état, au contraire, vu qu'il est beaucoup moins drôle comme ça ! » protesta Spiritus.
« Je m'étonnais aussi de votre inquiétude à son égard. C'est juste qu'il ne peut plus vous servir de souffre-douleur. » observai-je. « Si on a cassé votre jouet, débrouillez-vous avec qui l'a cassé. Ça ne me concerne pas »
« Mais, bien sûr que si ! C'est vous qui l'avez cassé, en demandant à Publius de nous parler des origines de notre famille ! » râla-t-il. « Depuis qu'il sait que le premier des Prince était un né-moldu, Ferrucius nous fait une dépression. »
« Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je ne vais quand même pas brasser une potion et la jeter sur son portrait ! » n'énervai-je.
« Évidemment que non ! Quoi qu'à bien y réfléchir, ça pourrait être amusant. » répliqua-t-il. « En fait, je pensais plutôt à des recherches généalogiques. Si vous lui prouvez que les autres maisons des supposés sang-purs ne sont pas plus anciennes que la nôtre et même beaucoup plus récentes, il pourrait aller mieux. »
Je l'envoyai promener. J'avais d'autres choses à faire et de plus utiles que de me lancer dans des recherches généalogiques pour soigner la dépression du portrait de mon grand-père ! C'est peu de dire que j'en avais marre d'être confronté aux dingueries de tous ces tableaux à peine passé le seuil de ma propre porte. Je n'en fus que plus horrifié quand, ayant demandé à Albus ce qu'il voulait pour Noël, je l'entendis me répondre qu'il voulait que je fasse faire mon portrait.
« Mais si je fais faire mon portrait, je vais être obligé de continuer à les supporter même après ma mort. C'est vraiment ce que tu veux ? » m'exclamai-je en désignant d'un geste de la main tous les portraits qui nous entouraient.
« Mais si vous ne le faites pas faire, un jour, vous allez me laisser seul avec eux. C'est vraiment ce que vous voulez ? » rétorqua-t-il en écho d'une voix inhabituellement émue.
Je réalisai alors qu'il n'avait toujours pas digéré ma petite mésaventure du cimetière, je lui ai promis d'y réfléchir en espérant qu'il finisse par oublier cette idée. Pour le moment, j'allais lui offrir un livre ancien que j'avais dégoté dans une petite boutique du Chemin de Traverse, intitulé « les Fourchelang dans l'histoire de la magie ». Avec un peu de chance, cela l'aiderait à s'intéresser au cours d'histoire de la magie qui était loin d'être son préféré.
En arrivant au Manoir Malefoy, j'avais cependant bien autre chose en tête que le prochain échange des cadeaux de Noël. J'avais en effet été chargé par Madame la Ministre en personne d'informer, en toute discrétion, Narcissa et Lucius de l'ouverture à venir la tombe de Salazar Serpentard. Etant donné le rôle que Delphini Black devrait jouer dans l'opération, Hermione Granger avait fini par admettre que ses tuteurs ne pouvaient pas être tenus à l'écart. Mais en arrivant au Manoir Malefoy, je trouvai une situation plus que confuse. Face aux tirs croisés de Drago et de Narcissa, Lucius avait abdiqué. Il avait admis que tous les amis de Scorpius puissent venir au Manoir Malefoy.
Pour le moment, Rose Granger-Weasley était la seule à avoir le cran de le faire. Moins d'une heure après notre arrivée, elle débarquait d'ailleurs par la cheminée pour passer l'après-midi avec Scorpius, Delphini et Albus. Avec son fichu caractère, j'étais persuadé qu'elle plairait très probablement à Lucius si celui-ci acceptait de faire sa connaissance. Mais Lucius avait résolu de se barricader dans son bureau dès que l'arrivée de la sang-mêlée de Gryffondor était annoncée, histoire d'exprimer clairement sa désapprobation. C'est donc là qu'il m'entraina avant que j'aie pu réussir à leur parler à Narcissa et lui. Je songeai finalement que ce serait une bonne occasion de l'informer lui de ce que le Ministère attendait de Delphini Black, et que je verrai Narcissa ensuite, mais Lucius de son côté avait aussi quelque chose d'important à me confier :
« Il y a deux jours, la nuit suivant le retour au Manoir de Scorpius et de Delphini, il s'est passé ici la même chose que chez toi, il y a eu une tentative d'intrusion sur le domaine. Heureusement, grâce aux protections magiques que nous avions installées l'été dernier, ils n'ont pas réussi à rentrer. »
Je tiquai. Certes, Hermione Granger n'avait pas voulu prévenir les gobelins de la localisation de la tombe de Salazar Serpentard et de trois des perles d'Euzebia. Elle préférait attendre d'avoir effectivement récupéré les perles en question avant de leur dire quoi que ce soit. Les gobelins et leurs mercenaires devaient donc continuer à chercher la tombe de Salazar Serpentard. Mais le Manoir des Malefoy datait de la fin du 14ème siècle. Lucius s'en vantait bien trop souvent pour qu'il me soit possible de l'ignorer. Il était donc beaucoup trop récent pour que les gobelins aient pu espérer y trouver la tombe du Fondateur de la Maison Serpentard.
« Impossible que soit la même bande que celle qui s'est introduite dans le cimetière du Manoir des Prince. » lui assurai-je
« Et pourquoi donc ? » s'étonna-t-il.
« Sans vouloir te vexer Lucius, parce que le Manoir Malefoy est trop récent. » expliquai-je prudemment tant je le savais susceptible sur cette question.
« Trop récent ! » se braqua-t-il en dépit de mes précautions. « Mais mon Manoir est du 14ème siècle et celui de ta famille du 16ème seulement ! »
Il savait mieux que moi de quand datait mon Manoir familial ! Je me lançai alors dans une longue narration pour lui raconter le Manoir d'avant et les tombes du 11ème siècle qu'abritait le cimetière des Prince.
« Le petit-fils de Salazar Senpentard est enterré chez toi, et c'est ton ancêtre ! » s'émeut-il à la fin de mon récit.
« Le tien aussi que je sache. Il me semble qu'un Malefoy, dont tu dois descendre, a épousé une Prince au 18ème siècle. » remarquai-je.
« Au 17ème. » me corrigea-t-il avant d'ajouter. « Il n'empêche que c'est chez toi qu'est enterré le petit-fils de Salazar Serpentard ... »
« Nous n'allons pas faire une compétition de tombes, n'est-ce pas ? » ironisai-je « Mais je profite que nous abordions ce sujet pour te parler d'une chose importante. Je ne veux pas te demander de Serment Inviolable, mais tu dois me donner ta parole de n'en parler à personne. »
Je lui racontai alors les évènements des dernières semaines et ceux qui allaient suivre dès qu'Harry et Delphini seraient en mesure de produire les sorts en Fourchelang nécessaires à l'ouverture de la tombe du Fondateur de notre Maison.
« Salazar Serpentard enterré à Poudlard, c'est une nouvelle extraordinaire ! » s'enthousiasma-t-il. « Et c'est à Albus qu'il a accepté de confier ce secret. »
Je décidai de profiter de l'émotion que provoquait chez lui ce scoop incroyable pour le moquer quelque peu.
« Albus qui n'est pourtant qu'un vulgaire sang-mêlé tout comme moi. » soulignai-je d'un ton provocateur.
« Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Jamais je n'ai fait ce reproche à Albus. Je suis content qu'il soit l'ami de Scorpius, tout comme j'apprécie que tu sois le mien. » se défendit-il véhémentement.
« Ne monte pas sur tes grands hyppogriffes, Lucius, je suggérai simplement que tu pourrais étendre ta tolérance jusqu'à accepter de rencontrer la fille de Madame la Ministre. Tu découvrirais qu'en termes d'orgueil et d'aplomb, elle n'a vraiment rien à envier à une sang-pur de la meilleure lignée. » raillai-je, puis j'enchaînai avant qu'il ait le temps de protester. « Il n'empêche que tout cela ne nous dit ni qui et ni pourquoi, on a essayé de s'introduire chez toi. »
« Puisque, contrairement à chez toi, ça ne pouvait en effet pas être dans l'espoir d'y trouver la tombe de Salazar Serpentard. » conclut-il logiquement de lui-même d'une voix dépitée. « Tu as une autre idée ? »
« Pas clairement. » admis-je. « Mais je me permets de te suggérer de renforcer encore les protections magiques de ton domaine. »
Je m'en chargeai avec lui le jour même. Mais j'oubliais rapidement, trop rapidement peut-être, cet incident pour me concentrer sur la réalisation de l'objectif que Madame la Ministre avait assigné à Albus d'apprendre aussi vite que possible à son père et à Delphini Black, les sorts en Fourchelang nécessaires pour pouvoir rouvrir la tombe de Salazar Serpentard. Toutes les vacances se déroulèrent donc entre le Manoir Malefoy et notre propre Manoir. D'un côté comme de l'autre, l'absence de la Trace négociée par nos ancêtres permettait aux sorciers mineurs de pratiquer la magie en toute tranquillité, si leur famille les y autorisait.
Les premiers essais furent décevants tant du côté d'Harry que de Delphini Black. En en dressant le bilan avec Albus, j'osai une question de curiosité :
« Mais tu n'avais donc jamais tenté d'apprendre la magie en Fourchelang à Miss Black ? Je te pose la question, car je vous ai aperçu souvent en train de travailler ensemble les Sortilèges ou les Métamorphoses, alors pourquoi pas la magie en Fourchelang. »
« Si. J'avais essayé de lui apprendre le sort de Désorientation qui est très pratique. » commença Albus.
Il s'arrêta brutalement et rougit quelque peu en prenant conscience que je devais repenser à toutes les bêtises que ce sort lui avait permis de faire.
« Et alors ? » l'encourageai-je.
« On a arrêté tout de suite, parce que Delphini trouvait que ça compliquait son apprentissage des sortilèges normaux. » m'expliqua-t-il.
Ma curiosité s'était réveillée :
« Et toi, ça ne te gêne pas de passer d'une magie en Fourchelang à une magie normale ? »
Il fit non de la tête. Je poursuivis :
« Et ton père, tu crois qu'il a dû mal aussi à passer de la magie normale à la magie en Fourchelang. »
« Non, je crois que le problème de Papa, c'est surtout qu'il n'a pas envie de se dire qu'il est Fourchelang. » supposa Albus avec une intéressante lucidité.
« Qu'est-ce qu'il faut faire à ton avis ? » demandai-je.
« Je pense que la seule solution, c'est de l'obliger à s'en rendre compte. » avança-t-il.
