Chapitre 21 : La magie de Noël (2)

« Non, je crois que le problème de Papa, c'est surtout qu'il n'a pas envie de se dire qu'il est Fourchelang. » supposa Albus avec une intéressante lucidité.

« Qu'est-ce qu'il faut faire à ton avis ? » demandai-je.

« Je pense que la seule solution, c'est de l'obliger à s'en rendre compte. » avança-t-il.

Le lendemain, lorsqu'Harry transplana au Manoir pour venir s'entraîner avec son fils, celui lui tendit résolument sa propre baguette.

« Tu vas essayer ma baguette. » affirma-t-il avec détermination.

« Tu crois vraiment que ça va changer quelque chose. » interrogea Harry sans s'emparer de la baguette.

« Ça vaut le coup d'essayer, non ? » répliqua Albus.

Harry n'en avait clairement pas envie, mais il ne trouvait rien de rationnel à objecter. Il se força finalement à allonger le bras pour attraper la baguette en bois d'ébène avec mue de serpent du cap de son fils. Le gamin fit taire son impatience habituelle pour laisser à son père le temps d'analyser ses sensations. L'esprit mal fermé d'Harry me révéla la surprise qui était la sienne de trouver agréablement confortable le contact avec cette baguette étrangère. Albus l'avez perçu tout comme moi, car il ne prit pas la peine de lui poser de question.

« Parfait. » enchaîna-t-il en lui désignant un coffre en bois rangé dans un coin la bibliothèque. « Tu vas pouvoir réessayer, mais avec ma baguette cette fois. »

Il avait décrété que ce coffre constituait l'objet idéal pour expérimenter les sorts d'ouverture et de fermeture. Harry lui repassa cependant sa baguette en lui réclamant quelques démonstrations supplémentaires. Je m'étais enfoncé dans l'un des vieux fauteuils de la bibliothèque pour surveiller, l'air de rien, leurs essais par-dessus le dernier numéro de la Revue du Potionniste.

Dès le départ, les essais furent plus prometteurs. Harry admit rapidement qu'il avait des sensations qu'il n'avait pas eu avec sa propre baguette et, à la fin de l'après-midi, il arrivait à fermer le coffre avec un sort en Fourchelang. Même si le sort d'ouverture nécessaire pour récupérer les perles lui échappait encore, c'était un pas de géant.

Le soir même, il m'envoyait par hibou un petit message énigmatique dont je n'eus pourtant aucun mal à saisir le sens :

« Si je retournais chez Ollivander aujourd'hui, nul doute que j'en sortirais avec une baguette « de serpent ». Un comble pour un gryffondor … »

Albus avait atteint son but, malgré lui Harry commençait à se « rendre compte » du Fourchelang qu'il était.

Il ne fallut que deux après-midis supplémentaires d'entraînement à Harry pour maîtriser le sort d'ouverture … avec la baguette d'Albus. Avec la sienne, Harry n'obtenait pas le moindre résultat. Après avoir essayé lui-même la baguette à plume de phénix, Albus dut admettre la difficulté à réaliser avec des sorts en Fourchelang, il y arrivait parfois mais ses sorts manquaient de puissance.

« Je vais aller récupérer sa baguette. Il m'avait demandé de le faire de toutes façons. » expliqua-t-il songeur alors que nous raccompagnions son père jusqu'à la cheminée du salon.

Faute du début de son raisonnement, le propos était parfaitement incompréhensible.

« Récupérer une baguette pourquoi ? » demanda Harry.

« Parce qu'il va falloir que je te laisse la mienne, quand on ira ouvrir la tombe. Il faut donc que j'en récupère une qui me convienne. » expliqua Albus brièvement.

Il avait donc besoin de la baguette d'un Fourchelang.

« Quelle baguette envisages-tu de récupérer ? Celle de Spiritus ? » demandai-je à mon tour.

« Non, celle de Salazar Serpentard. » expliqua-t-il aussi tranquillement que s'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde. « Comme je le disais, il m'a déjà demandé plusieurs fois d'aller la récupérer. »

« Pourquoi le Grand Salazar Serpentard voudrait-il que vous récupériez sa baguette ? » s'écria mon grand-père depuis son portrait.

« Si vous pouviez continuer à faire la tête, ça vous éviterait de vous mêler de ce qui ne vous regarde pas. » grondai-je en guise d'avertissement.

« Mais tout ce qui se passe dans cette maison me regarde. » assura-t-il d'une voix pointue.

« De toutes façons, ça n'a rien de compliqué. » intervient Albus d'une voix apaisante. « Il veut que je récupère sa baguette, car il dit que c'est mon héritage. »

Je croisai le regard inquiet d'Harry, pendant que l'autre vieux crétin s'indignait dans son cadre :

« Vous son héritier ? Mais encore faudrait-il le prouver ! »

« Le prouver ? C'est bien simple. Son portrait m'a dit où était sa baguette et comment la récupérer. Si ça, ce n'est pas une preuve ! » lui rétorqua Albus avant d'ajouter « Et puis, il dit que c'est normal qu'elle revienne à la Maison des Prince. »

Instantanément, Ferrucius Prince passa de l'indignation stupide à l'autosatisfaction grotesque.

« Tout à fait normal, en effet. » se gobergea-t-il d'un ton suffisant depuis son portrait, comme s'il était pour quoi que ce soit dans la proposition que faisait Salazar Serpentard à Albus.

Il était clair qu'à ses yeux inexpressifs de veracrasse, Albus n'était plus le petit-fils du voyou, mais l'héritier préféré de la Maison des Prince. D'agacement, je lui balançai sans sommation un sortilège brulant qui lui arracha un glapissement indigné. Le geste n'était sans doute pas très élégant, mais je dois admettre que j'en tirais néanmoins une intense satisfaction.

Je profitai du calme revenu après sa fuite pour me retourner vers Albus :

« La baguette de Salazar Serpentard, elle est à Poudlard ? »

Il acquiesça d'un signe de tête.

« Autant profiter du fait que l'école soit quasiment vide pour aller la chercher dans ce cas. Je vais envoyer un hibou à notre Directrice pour la prévenir que nous y retournerons brièvement tous les deux. »

Le lendemain matin, j'avais un bref message de McGonagall qui me demandait avec insistance d'arriver à Poudlard par sa cheminée. Elle nous attendait dans son bureau, flanquée de Lupin. Ayant compris où nous nous rendions Albus et moi, elle insista pour nous fourrer le loup-garou dans les pattes ou plutôt pour nous fourrer dans les siennes, puisque d'entre nous il était le seul à avoir régulièrement des pattes.

A peine étions-nous parvenus dans le couloir du deuxième étage qui menait aux anciennes toilettes des filles que nous parvinrent des bruits de cris et de coups comme si de nombreuses personnes s'y s'affrontaient. D'un geste, Lupin demanda à Albus de rester en arrière. L'eau coulait sous la porte jusqu'au milieu du couloir, le loup-garou étouffa un juron en mettant les pieds dans l'eau. Il me fit un signe et j'ouvris la porte d'un coup de baguette. Il fonça le premier, j'entrai sur ses talons. Mimi Geignarde complètement échevelée se battait toute seule au milieu de toilettes trempées du sol au plafond.

« Mimi, mais qu'est-ce que c'est que cette pagaille ? » brailla Lupin.

« Je me fais agressée et ça va encore être de ma faute. C'est comme d'habitude ! Tout est toujours de la faute de Mimi ! » cria le fantôme dont la voix monta immédiatement dans les aigus.

« A part que je ne vois personne d'autre que toi ici ! » gronda le loup-garou. « J'en conclus donc que c'est toi qui es à l'origine de désastre. »

« C'est une honte de prétendre que c'est de ma faute. Alors que c'est moi qui me suis faite attaquée par ce bon à rien de Peeves ! » protesta Mimi Geignarde qui avait fondu en larmes.

Mais lorsque le loup-garou eut la bêtise de faire un pas vers elle dans un mouvement compatissant, elle plongea dans les toilettes les plus proches. Les éclaboussures le trempèrent de la tête aux pieds et, bien plus grave, mouillèrent aussi une partie de ma robe. Remus hurla, pendant que Mimi Geignarde éclatait de rire. Je contins mon propre énervement, j'étais résolu à remettre de l'ordre, car il n'était pas question de tenter ce qui ressemblait fort à un saut dans l'inconnu en laissant derrière nous une pagaille pareille. Mais Albus s'avança avant que j'aie eu le temps d'ouvrir la bouche.

« Miss Warren, je présume ? » dit-il tranquillement sans paraître s'apercevoir que l'eau qui gouttait du plafond lui tombait dessus.

Mimi Geignarde s'arrêta rire tout net. D'une main, elle essaya d'arranger ses cheveux.

« C'est bien moi. » minauda-t-elle. « Mais je crois que nous n'avons pas été présentés. »

« C'est vrai, mais le Baron m'a beaucoup parlé de vous. » expliqua-t-il.

« Le Baron vous a vraiment parlé de moi. » répéta-t-elle avec un petit rire de gorge en se recoiffant encore un peu, elle avait cessé d'avoir le moindre intérêt pour Lupin et moi, comme si nous étions devenus totalement transparents.

« Oui, Miss Warren. » répondit Albus.

« Je vous en prie appeler moi Myrtle. » proposa-t-elle en battant des cils. « Mais je me rends compte que je ne connais pas votre prénom. »

« Je m'appelle Albus. » répondit-il avec un sourire charmeur.

« Albus. Albus, vous voulez dire, comme Dumbeldore. » gazouilla-t-elle. « Vous devez être un grand sorcier. Vous vous sauriez empêcher cet horrible esprit frappeur de venir m'embêter. »

« Oh, vous savez le prénom ne fait pas tout. » assura-t-il d'un ton faussement modeste « Je vous promets de demander au Baron de veiller à ce que Peeves vous laisse tranquille. Mais pour le moment, c'est moi qui ai besoin de votre aide. »

Lupin qui séchait discrètement sa robe, me jetait des coups d'œil en biais. Est-ce qu'il croyait vraiment que c'était moi qui lui apprenais à embobiner ainsi les gens ? J'aurais été bien incapable d'en faire autant. J'avais du mal aussi à y voir l'influence de Salazar Serpentard ou celle du Baron, en revanche Spiritus Prince me paraissait un bon candidat.

« Bien sûr, si vous pensez que je puisse vous être utile. » s'empressa le fantôme de la Serdaigle.

Albus lui expliqua son projet. Après que Mimi Geignarde lui ait solennellement promis qu'elle surveillerait ses arrières, il se dirigea vers les lavabos.