Chapitre 24 : Vigilance constante, encore et toujours

J'aurais dû être soulagé. Le Ministère avait récupéré les trois perles d'Euzebia que Salazar Serpentard avait tenu à emmener avec lui jusque dans sa tombe. Nous avions ensuite, McGonagall, Lupin et moi bouclé à double sort l'accès aux anciennes toilettes des filles du deuxième étage qui abritait l'entrée de la Chambre des Secrets. Mimi Geignarde avait poussé des hauts cris en prétendant que nous voulions l'enfermer, mais Minerva avait été inflexible en lui rappelant, qu'en tant que fantôme, elle pouvait parfaitement passer à travers la porte et n'était donc pas à proprement parler enfermée. J'avais également pris la précaution de faire promettre à Albus de pas chercher de solution pour y entrer malgré tout, car j'avais peu de doute sur le fait qu'il finisse par y parvenir, s'il le voulait vraiment. Il me l'avait promis, en même temps qu'il m'avait remis « pour le moment » la baguette de Salazar Serpentard que je conservais à l'abri dans mes quartiers. J'en avais également profité pour reparler avec lui de ce qu'il avait vu des souvenirs de son père dans la Chambre des Secrets, histoire de dédramatiser un peu les choses.

J'aurais donc dû être rassuré. Pourtant, je ne l'étais pas du tout. A dire vrai, j'étais même plus tendu que jamais, car je ne savais pas quoi redouter exactement. A tout hasard, je m'informais auprès de Lupin et de McGonagall de l'état des recherches des perles d'Euzebia qu'avait dû posséder de son vivant le Fondateur de leur Maison. Ils ne savaient pas grand-chose, si ce n'est que le Ministère poursuivait ses investigations en interrogeant toutes familles historiques de gryffondors, comme les Weasley, sur les éventuelles informations qu'ils pourraient détenir à propos du vrai lieu de sépulture de Godric Gryffondor, sans résultat apparemment.

« Heureusement, cette question-là ne concerne pas l'école. » avait conclu notre Directrice avec soulagement.

« En êtes-vous tout à fait sûre, Minerva ? » avais-je insisté.

« Vous ne suggérez quand même pas que Godric Gryffondor aurait pu lui aussi faire ramener son corps en douce à l'école, Severus ! » s'écria McGonagall. « Enfin, on le saurait ! »

« A part qu'il n'aurait pas eu besoin de faire ramener son corps, puisqu'il me semble qu'il est mort ici même, à Poudlard. » rappelai-je en mobilisant mes souvenirs lointains du cours d'Histoire de la Magie.

« Sans compter qu'après la découverte de la tombe de Salazar Serpentard dans nos murs, je me garderais bien d'affirmer que personne d'autre ne puisse être enterré ici sans qu'on le sache. » ajouta de son côté Lupin.

McGonagall nous pria fermement de bien vouloir lui laisser penser que cette séquence fâcheuse était terminée.

« J'en ai assez de redouter le jour où les élèves vont s'apercevoir des incursions que les Langues-de-Plomb font la nuit dans l'école et vont prévenir leurs parents qui vont à leur tour me demander des explications. » soupira-t-elle.

J'évitai donc de revenir sur le sujet avec elle, tout en mettant en place une surveillance aussi discrète qu'efficace d'Albus et de ses amis, car je voyais mal le défi lancé par Hermione Granger à sa propre fille rester sans conséquences.

J'épiai donc leur première sortie à Pré-au-Lard. Je me trouvai pour cela une connaissance à aller saluer aux Trois Balais à l'heure où j'imaginai que toute la bande s'y trouverait aussi. Je n'y restai que quelques minutes le temps de vérifier qu'ils soient bien attablés devant leur Biereaubeurre. Ils l'étaient et ne m'aperçurent même pas. En revanche, Xenophilius Londubat qui semblait doté d'un véritable sixième sens quand il s'agissait de détecter ma présence, me vit et renversa sur ses vêtements la totalité de sa propre chope. J'allais finir par croire que je faisais réellement peur à ce petit crétin.

Je fis ensuite quelques emplètes dans la Grande-rue de Pré-au-Lard. Je traînai dans les magasins suffisamment longtemps pour guetter leur sortie des Trois Balais et vérifier qu'ils se dirigent ensuite comme la plupart des autres élèves vers la boutique d'Honeyduckes. Même si je déplorais qu'ils aillent s'y bourrer de saletés, j'étais soulagé qu'ils se contentent d'une sortie parfaitement normale pour des élèves de leur âge.

M alheureusement, les week-ends à Pré-au-Lard n'étaient pas les seuls à me tenir en alerte, car je subissais bien indirectement les effets d'un changement dans la vie personnelle de l'un des membres du corps professoral, à savoir Hagrid. Depuis les vacances de Noël, le demi-géant qui enseignait les Soins aux Créatures Magiques quittait l'école aussitôt finis ses cours du vendredi et on ne le revoyait plus avant le lundi matin. « Pour des histoires de famille. » avait-il prétendu quand Minerva l'avait interrogé, mais en rougissant d'une façon qui démentait totalement ses paroles.

N'étant pas directeur de Maison, il avait parfaitement le droit de s'absenter quand il n'avait pas de cours. Mais sa spécialité compliquait évidemment ses déplacements. Car, autour de sa cabane, il élevait un grand nombre d'animaux magiques, dont certains si dangereux que beaucoup élèves effrayés désertaient ses cours. A sa grande surprise, car la dangerosité de ses pensionnaires lui échappait largement. Il ne pouvait donc partir qu'à condition que quelqu'un soit capable de s'occuper de toutes ses bestioles. Or, quelqu'un en était capable. Une seule personne à dire vrai, Delphini Black.

De tous les élèves qui avaient suivi les enseignements d'Hagrid, Miss Black était la seule à nourrir la même passion de lui pour ces animaux bizarres, et elle savait de les apprivoiser ou au moins de s'en faire obéir. La petite licorne qu'Hagrid avait recueilli au printemps précédent, se précipitait à sa rencontre du plus loin qu'elle l'apercevait, alors qu'en grandissant elle était devenue beaucoup trop sauvage pour que qui que ce soit d'autre puisse l'approcher parmi les élèves. D'après Hagrid, Miss Black était même la raison pour laquelle la licorne refusait de regagner la forêt maintenant qu'elle était assez grande pour être autonome. Quant à Hayk, l'hippogriffe d'Hagrid, il sautillait devant l'adolescente comme un poussin devant sa mère et allait cacher sa tête sous son bras. Même les deux stangulots qu'Hagrid gardaient dans un énorme aquarium le temps faire travailler sur eux les élèves et qui menaçaient de leurs dents pointues à tous ceux qui s'approchaient des parois transparentes, allaient se dissimuler sous les algues d'un air coupable, dès qu'elle fronçait les sourcils. C'était un don extraordinaire qui contrastait avec les capacités magiques, assez moyennes à dire vrai, de Miss Black.

Sa vie ayant manifestement prit, comme je le disais, un tour nouveau depuis les fêtes de fin d'année, Hagrid avait supplié McGonagall de laisser Delphini Black s'occuper de nourrir et de soigner tous ses animaux magiques le week-end, et notre Directrice avait cédé en dépit de mes protestations sur le fait que l'adolescente allait perdre un temps dont elle avait bien besoin pour étudier. Hagrid était tellement reconnaissant envers Miss Black pour la liberté qu'elle lui offrait, qu'il la laissait occuper sa cabane à sa guise en son absence. Ainsi, toute la bande s'installait-elle souvent dans sa cabane le samedi ou le dimanche, officiellement pour « prendre le thé » ou pour « travailler », ou plutôt, je le craignais, pour comploter à l'abri des yeux et des oreilles. J'avais inutilement tenté de les espionner de loin, mais Albus maîtrisait parfaitement l'Assurdio, ce qui avait rendu toutes mes tentatives inutiles, mais le fait qu'il éprouve le besoin de lancer un tel sort n'était pas fait pour me rassurer.

Il y en a un au moins auquel mes efforts de surveillance n'échappaient pas et qui finit par venir s'enquérir auprès de moi de leur résultat.

« As-tu appris quelque chose sur ce qu'ils fabriquent ? » me murmura Lupin un dimanche soir où nous étions assis côte à côte pour le dîner.

« Pas grand-chose. » admis-je à mi-voix. « Si ce n'est qu'ils prennent beaucoup trop de précautions pour des gens qui n'auraient rien à cacher. Tu pourrais peut-être interroger ton fils discrètement. »

« J'ai exactement autant de chance d'en obtenir une vraie réponse pour le moment que toi d'Albus. » soupira-t-il.

Ce qui faisait peu de chance en effet.