Chapitre 25 : Deux alertes
Un nouveau week-end de sortie à Pré-au-Lard était prévu à la mi-février. Je fus malheureusement dans l'incapacité de surveiller de loin les déplacements d'Albus et de ses habituels complices, car, dans la semaine, j'avais pris un vrai coup de sang contre les cinquièmes années de Poufsouffle et de Serdaigle. Pas un seul de tous ces nuls n'avait réussi à brasser une Potion Revigorante convenable. A quatre mois des Buses ! Ce qu'ils avaient revigoré le mieux, c'était ma colère.
En dépit de leurs gémissements de protestation, j'avais donc collé la classe entière pour leur donner tout le temps nécessaire pour retravailler sur cette potion, ce qui leur serait bien plus utile que d'aller se bourrer de sucreries à Pré-au-Lard, mais ce qui avait l'inconvénient de me bloquer à Poudlard moi aussi.
De toute la bande, je ne pus donc surveiller que Victoire Weasley qui passa l'après-midi à soupirer devant son chaudron, de même que le reste de sa classe. Je sortis harassé de mon cachot de cours. C'est à peine si ces andouilles avaient progressé d'un cours sur l'autre, et leur Potion Revigorante n'aurait toujours pas revigoré grand-chose. Malgré leurs cris et leurs supplications, je leur avais donc donné un devoir supplémentaire à ce sujet, histoire d'occuper utilement leur soirée. Ils se croyaient à plaindre, mais c'est moi qui l'étais après toute cette salive dépensée inutilement.
En retournant exaspéré dans mon bureau où m'attendait un nombre incalculable de rouleaux de parchemin gribouillés que j'allais avoir la tâche ingrate de corriger dans la soirée, je calculais l'heure à laquelle Albus et les autres devraient être revenus de leur sortie. Je trouverais forcément une bonne raison pour aller faire un tour dans la salle commune et vérifier qu'ils étaient bien rentrés. Mais avant que j'aie eu le temps de mettre ce plan à exécution, j'entendis frapper à la porte de mon bureau. Le ton de mon "entrez" devait refléter une certaine irritation après un après-midi gaspillé en vain, mais la porte s'ouvrit néanmoins découvrant Albus et, un pas en retrait, Delphini Black. Rien qu'à leur mine grave, je compris que leur venue avait un motif sérieux.
Je les fis donc entrer et s'assoir pour qu'ils prennent le temps de s'expliquer.
« Il nous est arrivé quelque chose pendant que nous étions à Pré-au-Lard. » prononça Albus lentement comme s'il cherchait ses mots ou une manière de présenter les choses. Il finit par choisir d'aller droit au but. « Quelqu'un nous a interpelé Rose, Teddy, Scorpius et moi, en nous disant que nous devrions nous éloigner de « cette fille aux cheveux bleus qui porte malheur ». »
Je jetais un coup d'œil en biais à la fille aux cheveux bleus en question qui palissait à l'évocation de cette scène.
« Mais qui vous a dit ça. » m'inquiétai-je.
« Impossible de le savoir. » commença Albus en secouant la tête.
« Il avait mis la capuche de sa cape sur sa tête et remonté son écharpe au-dessus de son nez, on ne voyait rien de lui. » précisa Miss Black l'air dépitée.
« Êtes-vous certains qu'il s'agissait d'un homme ? » demandai-je.
Ils s'entre-regardèrent comme pour confronter leurs souvenirs.
« Oui. Un homme à coup sûr. » affirma Albus. « Très grand avec une voix grave. »
« Vous ne le connaissiez pas. » interrogeai-je en les fixant l'un après l'autre.
Tous deux secouèrent la tête en signe de dénégation.
« Sa voix, Miss Black, êtes-vous certaine que vous ne l'aviez jamais entendue ? » insistai-je.
Elle resta assez longtemps silencieuse avant de finalement répondre :
« Je ne crois pas, Monsieur. »
Je notai son hésitation.
« Et alors qu'avez-vous fait quoi ? » repris-je.
« Eh bien, j'avais mon serpent de glace ... » commença Albus d'une voix embarrassée.
Je l'interrompis, craignant qu'il ne se soit permis de faire de la magie hors de l'école :
« Tu as sorti ta baguette pour conjurer un serpent de glace hors de Poudlard ! »
« Non, non, rassurez-vous, je l'avais créé avant de partir. » précisa-t-il.
Je n'étais pas sûr d'être tellement plus satisfait :
« Donc tu te promènes à Pré-au-Lard avec un serpent de glace de trois mètres de long derrière toi ! Effectivement, je suis pleinement rassuré ! »
« Avec la neige qu'il tombait aujourd'hui, on ne le voyait presque pas. Et puis par ce temps, il n'y avait personne dehors là où nous sommes allés. » se justifia-t-il.
« Mais où étiez-vous exactement ? » demandai-je d'un ton suspicieux.
Ils échangèrent un nouveau coup d'œil.
« Du côté du cimetière. » répondis Miss Black d'un air faussement candide. « Mon cousin Teddy nous faisait visiter. »
« Il vous faisait visiter le cimetière ? » m'enquis-je d'un air tout aussi innocent.
« Il nous faisait visiter le village et nous étions près du cimetière. » expliqua l'adolescente dont les joues se colorèrent d'une certaine rougeur.
« C'est ça, prends-moi pour un poufsouffle. », songeai-je en moi-même. Mais j'avais plus urgent à régler. Je me retournai donc vers Albus :
« Et alors ? Qu'est-ce que tu as fait avec ton serpent de glace ? »
« Je l'ai envoyé contre le type. Pas pour l'attaquer, juste pour lui faire peur. » précisa-t-il. « D'ailleurs, ça a marché, puisqu'il a transplané immédiatement. »
Que ne pouvaient-ils comme les autres se contenter d'aller se gaver de bièraubeurre et de chocogrenouilles quand ils allaient à Pré-au-Lard, au lieu de se lancer dans des expéditions hasardeuses. Je ravalai mon agacement, ma principale crainte étant qu'ils ne viennent pas m'avertir au prochain problème qui leur arriverait.
« Miss Black, je veux que vous vous absteniez pour le moment de sortir de l'enceinte de l'école. Je suspend donc votre autorisation de sortie à Pré-au-Lard. » ordonnai-je avant d'ajouter devant son air déconfit. « Ne le prenez pas comme une punition. Il s'agit d'une précaution. »
Puis, je les congédiai tous les deux, histoire de pouvoir réfléchir tranquillement à ce que je venais d'apprendre. Mais je n'avais même pas eu le temps de commencer à faire les cent pas dans mon bureau que l'on frappa à nouveau à ma porte.
« Je suis occupé. » braillai-je d'un ton menaçant.
« Tu ne serais pas plutôt préoccupé ? » ironisa le loup-garou en rentrant malgré mon avertissement et en s'asseyant dans un de mes fauteuils sans y avoir été invité.
« Qu'est-ce que tu en sais ? » grondai-je d'un ton agressif en pensant au bon vieux temps, pas si ancien que ça, où je faisais encore peur à tout le monde dans cette école.
« J'ai vu ton petit-fils et Miss Black sortir de ton bureau. J'imagine qu'ils sont venus te raconter ce qui leur est arrivé à Pré-au-Lard. Je suis content qu'ils soient venus t'en parler spontanément, avant que je sois venu t'en parler moi-même. »
« Tu les as suivis. » m'écriai-je sidéré.
« Suivis, non. » se défendit-il. « Disons que je les ai observés. »
Il les avait donc bel et bien suivis. Comme quoi même un gryffondor pouvait faire preuve d'initiative et même d'une initiative intelligente.
« Qu'est-ce qu'ils t'ont raconté ? » ajouta-t-il
Je résumai rapidement leurs propos, pressé que j'étais d'avoir sa version.
« Comme tu t'en doutes, » soupira-t-il. « ils n'étaient pas « à proximité » du cimetière, mais bien « dans » le cimetière. »
Ça, j'en aurais mis la main dans un Feudeymon.
« Et manifestement, ils étaient très satisfaits de ce qu'ils y avaient trouvé. » poursuivit-il. « J'étais assez loin et un muret me cachait partiellement ce qu'ils regardaient et ce qu'ils faisaient, mais grâce à mon ouïe de loup-garou j'entendais des exclamations du genre « c'est bien celle-là », « aucun doute », « tout concorde ». »
« La tombe de Godric Gryffondor, tu crois ? » m'exclamai-je.
« C'est à ça que j'ai pensé sur le coup. » me confirma-t-il avant d'ajouter. « Mais avec l'intervention de ce type, j'ai complètement oublié cet aspect de la question. »
« Mais que s'est-il passé avec ce type, comme tu dis ? » l'interrogeai-je.
« Il leur a dit exactement ce qu'ils t'ont raconté. De s'éloigner de cette fille aux cheveux bleus qui portait malheur. » me répondit-il. « Tout au contraire, les quatre autres ont serré les rangs autour de Delphini Black et Albus prononcé quelques mots en Fourchelang qui ont fait se lever face au type un énorme serpent de glace la gueule grande ouverte. J'étais presque aussi surpris que lui, car je n'avais pas aperçu ce truc qui se confondait avec la couleur du sol. »
« C'était vraiment si impressionnant que ça ? » doutai-je. « Albus ne voulait pas le blesser, juste le menacer un peu. »
« Le menacer un peu ? » s'écria Lupin d'un ton effaré. « On voit que tu ne l'as jamais vu se mettre en position d'attaque son serpent de glace. Je crois que si le type avait eu le choix, il aurait préféré me croiser un soir de pleine lune, c'est te dire ! »
Je tiquai :
« Et Albus le lui a envoyé directement dessus ? »
« Sans sommation, je te le garantis. » me confirma-t-il.
« Le type a forcément reconnu qu'il s'agissait d'élèves de Poudlard, il va aller se plaindre auprès de Minerva et ça va faire tout un cirque. » déplorai-je.
« Ou alors il ne vient pas se plaindre du tout ... » murmura-t-il.
« Et c'est beaucoup plus bizarre, voire beaucoup plus inquiétant. » complétai-je sur le même ton.
Trois jours plus tard, il ne s'était toujours rien passé. Mais quand Lupin m'envoya son Patronus de loup longtemps après l'heure du couvre-feu me priant de le rejoindre dans le bureau de notre Directrice, j'imaginai que McGonagall venait de recevoir un hibou vengeur de la part du sorcier qu'Albus avait menacé avec son serpent de glace et qu'elle allait me demander des explications. Il s'avéra que je me trompais complètement. Le bureau de McGonagall était plein, une fois de plus de membres du Ministère, Madame la Ministre en tête. Je notai que cette fois-ci Harry n'était pas là.
« Ils sont revenus pour fouiller la Tour de Gryffondor. Minerva a obtenu que je puisse y assister. J'aimerais que tu restes avec elle pendant ce temps-là. » m'informa en deux mots le loup-garou avant de s'en aller avec les Langues-de-Plomb.
Après avoir convaincu McGonagall de s'étende sur son canapé pour se reposer, j'eus tout loisir de gamberger. D'un coup de baguette, j'avais amené l'un des fauteuils du bureau directorial devant la cheminée rougeoyante, pour m'installer dans le halo de chaleur du foyer. Je me demandais si cette nouvelle visite du Ministère était en lien avec le hibou que j'avais envoyé à Harry pour lui suggérer de s'intéresser au cimetière de Pré-au-Lard. Sans rien lui dire de plus, c'est-à-dire sans lui parler de la visite dans le cimetière d'Albus et de ses petits camarades. Cependant, ça n'avait peut-être rien à voir avec mon hibou, puisqu'Harry m'avait répondu que Pré-au-Lard faisait déjà partie des pistes étudiées pour retrouver la vraie tombe de Godric Gryffodor.
Il me sembla que Lupin et les représentants du Ministère mettaient des heures à réapparaître. A réapparaître très déçus au demeurant. Ils n'avaient donc toujours pas retrouvé les trois perles manquantes. En revanche, deux des Langues-de-Plomb étaient porteurs de brassées de parchemins.
« D'où ça vient ? » s'inquiéta McGonagall qui s'était relevée.
« D'une cache que nos hôtes ont découvert dans le mur de la Tour. » expliqua Lupin.
« Mais vous ne pouvez pas les emmener ! » protesta notre Directrice. « Ces documents appartiennent à l'école et doivent rejoindre nos archives ! »
« Minerva, je vous promets de vous rendre tous ces parchemins, dès que nous saurons certains qu'il ne nous donne pas de piste pour retrouver ce que vous savez. » assura Madame la Ministre.
« Je veux les voir avant que vous les emmeniez. » insista McGonagall.
Sur un signe d'Hermione Granger, les deux porteurs des parchemins les déposèrent de mauvaise grâce sur le bureau de Minerva. Je m'approchais, ainsi que Lupin. Au hasard, nous ouvrîmes quelques rouleaux. Certains étaient en vieil anglais, d'autres en runes. J'en trouvais même plusieurs en latin et un en grec. S'il n'était pas possible en quelques instants de se faire une idée de leur contenu, ma conviction fut vite faire qu'il n'y avait rien là qui puisse intéresser le Ministère, car tous les documents sur lesquels j'avais aperçu une date étaient de la fin du 12ème ou du début du 13ème siècle. Ecrits plus d'un siècle et demi après la mort de Godric Gryffondor, ils étaient bien trop récents pour apporter la moindre information sur l'endroit où pouvait se trouver les fameuses perles d'Euzebia.
D'ailleurs, Madame la Ministre n'avait pas l'air d'y croire plus que moi. J'aurais même juré qu'elle ne faisait ça que pour être certaine de n'avoir négligé aucune piste si minime soit-elle, ou même simplement pour se donner l'impression de faire quelque chose. D'habitude si sûre d'elle-même, Hermione Granger avait l'air particulièrement défaite ce soir. Si je ne m'inquiétais pas spécialement pour elle, car cette lionne suffisante avait toujours eu le don de m'agacer, ce qui était d'ailleurs parfaitement réciproque. Je m'inquiétai en revanche pour la paix du monde sorcier.
« D'accord, emportez tout ça pour le moment si vous le souhaitez, mais j'exige de tout récupérer aussi vite que possible. » La voix de McGonagall m'avait tiré de ma rêverie.
Aussitôt parti le dernier membre du Ministère, McGonagall conjura du thé, et nous en servit d'autorité, sans même nous demander si en en voulions malgré l'heure tardive. Après avoir récupérer sa propre tasse, McGonagall soupira en la faisant tourner entre ces doigts :
« Je vais finir par boucher ma cheminée, j'en ai assez de toutes ces allers et venues, on se croirait bientôt dans l'arrière-salle du Chaudron Baveur. En tout cas, je dois reconnaître que vous aviez malheureusement raison tous les deux, nous n'en avons toujours pas fini avec cette histoire. Tant que le Ministère ou les gobelins n'auront pas retrouvés ces maudites « perles d'Euzebia », ils continueront à se demander si la dépouille de Godric Gryffondor n'est pas dissimulée quelque part à Poudlard. A force, les élèves finiront par comprendre qu'il se passe quelque chose et nous aurons du mal à maintenir le calme au sein de l'école au milieu de toutes les rumeurs qui ne manqueront pas de naître. »
Par-dessus la tête de notre Directrice, j'échangeai un coup d'œil inquiet avec le loup-garou, plus que les rumeurs chez les élèves mal informés, je craignais avant tout les initiatives des quelques élèves très bien informés. Car, malheureusement, le Ministère et les gobelins n'étaient pas les seuls à rechercher les « maudites perles » en question.
