Chapitre 28 : Euzebia & Godric (2)
Lorsque Victoire Weasley prit la parole, soi-disant pour expliquer la façon dont ils avaient réussi à localiser les perles, j'eus nettement l'impression qu'elle essayait de noyer le strangulot :
« Pendant un moment, on s'est vraiment demandé, si Godric Gryffondor avait conservé les perles. » commença-t-elle. « En effet, Salazar Serpentard avait raconté à Albus que la femme de Godric Gryffondor était bien consciente des sentiments que celui-ci gardait pour Euzebia et qu'elle ne supportait aucun objet qui rappelle son souvenir. Mais d'un autre côté, le portrait affirmait aussi que jamais Godric Gryffondor ne se serait séparé de ses trois perles, puisqu'il s'agissait de la dernière chose qu'Euzebia lui avait offerte. »
« Et concrètement, vous en avez conclu quoi ? » s'impatienta Hermione Granger.
« Que Godric Gryffondor les avait cachées dans un endroit où ses proches ne risquaient pas de tomber dessus, et donc probablement à Poudlard. » répondit sa nièce.
« Ce qui est aussi une option que nous avions sérieusement envisagée, même si la raison nous en échappait. Au point que nous avons fouillé l'école de fond en comble. » enchaîna Madame la Ministre. « J'en reviens donc à ma question. Qu'est-ce qui a pu vous mettre sur la piste du lieu précis où Godric Gryffondor avait pu dissimuler ses trois perles ? »
A les observer journellement, je finissais par savoir reconnaître la moindre de leurs mimiques, je notai donc que Miss Weasley semblait soudain beaucoup moins à l'aise.
« Eh bien, nous avons pensé que l'inscription en runes sur la tombe de Godric Gryffondor pouvait être une indication de l'endroit où était caché les perles, nous l'avons traduite et nous avons trouvé les perles. » dit-elle très vite.
Mais, Madame la Ministre n'était manifestement pas prête à gober cette version.
« Vous les avez traduites et vous avez trouvé les perles. Sérieusement, Victoire, tu me prends pour un Troll ! » râla-t-elle. « Comme je l'ai déjà dit, nous avions repéré cette tombe même si nous n'avions pas votre certitude que ce soit bien celle de Godric Gryffondor. J'ai donc demandé aux spécialistes en runes du Ministère de traduire l'inscription qu'elle comporte. Or, ils n'ont jamais réussi à la décrypter complètement. Alors n'essaye pas de me faire croire que vous vous avez réussi à la traduire tous seuls ! »
La remarque véhémente de d'Hermione Granger avait provoqué un certain émoi parmi les adolescents. Manifestement, ils n'avaient pas prévu son incrédulité. Victoire Weasley se tut. A voir les coups d'œil qui s'échangeaient, il semblait que ce soit au tour de Miss Granger-Weasley de s'expliquer.
« En fait, c'est le Professeur Babbling qui nous a traduit l'inscription. » lança simplement cette dernière, manifestement peu soucieuse d'entrer dans les détails.
Ce fut au tour de McGonagall de s'étonner. Notre collègue en charge de l'enseignement des runes, Bathsheda Babbling, vivait certes dans un monde rempli de symboles mystérieux que notre réalité quotidienne n'atteignait pas beaucoup, mais de là à croire qu'elle avait répondu à la demande d'une élève sans s'inquiéter de la raison de cette demande, il y avait un pas que notre Directrice n'était pas prête à franchir.
« Vous n'allez pas me faire croire que vous avez simplement demandé au Professeur Babbling de vous donner la traduction de cette inscription et qu'elle l'a faite sans vous demander d'explications. » douta-t-elle.
« Pas exactement. » bredouilla la fille de Madame la Ministre qu'il ne me semblait pas avoir jamais vu aussi gênée.
J'en arrivais à me demander ce qu'elle avait bien pu faire pour perdre ainsi son assurance habituelle. Heureusement, je n'étais pas le seul à vouloir le savoir.
« Explique-toi, Rose. Et tout de suite. » ordonna Madame la Ministre à la première moitié de sa descendance.
Rose Granger-Weasley finit par se résoudre à passer aux aveux.
« Eh bien, j'ai recopié l'inscription sur un parchemin - ᛅᚢᚴᚬᛁᚢᚱᛏᛁᛚᛅᛏᚬᚢᚱᛚᛁᚴᚢᛏᛁᛘᚬᚾᚴᚬᛁᚢᚱᛅᚢᚴᚬᛁᚢᚱᛏᛁᛚᛁᚴᚢᛚᛁᛚᚢᛁᛏᛁᛘᚬᚾᚴᚬᛁᚢᛦ. Je l'ai glissée avec la traduction que nous avions essayé de faire et je l'ai rendue au professeur Babbling. Comme un devoir supplémentaire en quelque sorte… » admit-elle alors que son teint virait au rose.
« Le professeur Babbling n'aurait quand même pas corrigé un devoir qu'elle ne vous avait pas donné ! » s'écria McGonagall.
« En fait, il arrive qu'elle ne se souvienne pas vraiment des devoirs qu'elle nous donne ... » expliqua Miss Granger-Weasley dont le teint était maintenant franchement rouge.
« Et donc, vous lui avez fait croire qu'elle vous l'avait donné et qu'elle l'avait oublié. » s'insurgea notre Directrice dont les joues se coloraient également sous le coup de la colère.
« Non, je n'ai juste rien dit. Elle l'a cru toute seule. Ce n'est pas interdit de rendre un devoir supplémentaire... » plaida son interlocutrice.
Conclusion, il manquait à l'évidence un article dans le règlement de l'école, un article pour protéger les professeurs sans défense des élèves sans scrupule !
« Miss Granger-Weasley, je vous assure qu'il y a des jours où je me demande ce que vous faites dans ma Maison, alors que vous auriez été tellement mieux à votre place chez le Professeur Rogue ! » s'indigna Lupin.
Je protestai pour la forme, elle aussi, mais nous savions parfaitement tous les deux ce qu'il en était. Quant au Choixpeau Magique, il se tassait sur son étagère pour essayer de se faire oublier, après une erreur de casting aussi manifeste.
De son côté, Hermione Granger s'étonnait de tout autre chose :
« Mais comment le Professeur Babbling a-t-elle pu croire un seul instant qu'elle t'avait donné un devoir aussi compliqué ?
« Elle l'a cru, parce qu'elle ne trouvait pas le texte compliqué du tout. » lui répondit sa fille. « J'ai dû insister pour qu'elle me donne la correction, parce que malgré l'absence de séparation des mots et de ponctuation, elle me disait que c'était vraiment très simple. »
Hermione Granger sembla complètement ahurie de la réponse.
« Je veux savoir exactement tout ce qui s'est passé et ce que t'a dit exactement Bathsheda Babbling à propos de cette inscription ? » insista-t-elle.
Rose Granger-Weasley se concentra avant de commencer à raconter :
« Quand j'ai insisté pour avoir la correction pour pouvoir retravailler mon devoir, … »
Lupin avait levé avait levé les yeux vers le plafond en entendant les termes de « correction » et de « devoir ».
« … le Professeur Babbling m'a dit : « Si vous croyez vraiment avoir besoin d'une correction, Miss euh … », il faut dire qu'en général elle ne se souvient pas non plus de nos noms, … »
Ce fut au tour de McGonagall d'avoir l'air franchement atterré.
« … Je lui ai donc rappelé mon nom, et puis elle a continué en me disant : « Eh bien, notez Miss Granger-Weasley, je vais vous lire le texte ou plutôt le poème, puisqu'il s'agit d'un petit quatrain :
Au cœur de la tour,
L'écu de mon cœur.
Au cœur de l'écu,
L'élue de mon cœur. »
J'ai noté les vers sur un parchemin. Et voilà, c'est tout. »
« Elle a traduit l'inscription aussi simplement que ça ! » gronda Madame la Ministre d'un ton exaspéré qui me donna l'impression que les spécialistes en runes du Ministère allaient passer un sale quart d'heure.
Quant à Harry, il avait une interrogation beaucoup plus pragmatique :
« Mais comment ce charabia, enfin je veux dire ce poème, a-t-il pu vous conduire aux perles ? Nous avions la première partie, « Au cœur de la tour », c'est pourquoi nous avons fait fouiller et refouiller la Tour de Gryffondor. Mais, je ne vois pas ce que signifie concrètement le reste. »
« Au début, nous non plus nous n'avions rien compris. » lui assura Scorpius Malefoy. « Et puis, c'est Victoire et Teddy qui ont eu l'idée de la salle des blasons, car ils ont eu l'occasion de la visiter parmi plusieurs pièces habituellement interdites aux élèves, quand ils ont été nommés préfets. »
« Une riche idée que j'ai eue là. » marmonna McGonagall comme si elle se parlait à elle-même, sans préciser si sa remarque concernait le fait de les avoir nommés préfets ou le fait de leur avoir fait visiter la salle des blasons.
En bon serpentard, Scorpius Malefoy poursuivit comme s'il n'avait pas entendu :
« Victoire nous fait remarquer que les blasons en question étaient des armoiries des sorciers de l'époque de Godric Gryffondor qui avaient été gravées sur des sortes de boucliers qu'on appelait des écus … Du coup, cela donnait un sens au poème gravé sur la tombe du cimetière de Pré-au-Lard. Albus a demandé à Salazar Serpentard qu'elles étaient les armoiries d'Euzebia, le portrait lui a fait la description suivante « un blason coupé or et vert à la licorne surmontée de trois boules d'or ». Il ne nous restait plus qu'à monter vérifier dans la salle des blasons. »
« C'est donc là que vous les avez retrouvées. Dissimulées à l'intérieur d'un blason. » soupira Harry avec amertume. « Il était impossible de les localiser à moins de savoir exactement où chercher. »
« Comme quoi nous pouvons faire à quelque chose d'utile, quoi qu'on en dise ! » claironna Miss Granger-Weasley en fixant sa mère, il y avait du défi dans son ton.
Cette gamine avait vraiment un caractère invraisemblable. A côté d'elle, les plus téméraires de mes serpents du moment avaient l'air d'une gentille bande de boursouflets. Je soupçonnais d'ailleurs que ce soit paradoxalement son côté serpentard qui fascine autant Scorpius Malefoy chez elle. Pour ma part, s'il m'arrivait d'être amusé par son effrayant culot, ce que jamais je n'admettrais à voix haute, je n'étais pas fâché de laisser le soin au loup-garou de la gérer au quotidien.
« Mais ce n'est pas un jeu, Rose, ni un concours. » s'énerva immédiatement Madame la Ministre.
« C'est facile de dire ça maintenant, alors que c'est nous qui avons gagné ! » protesta sa fille.
McGonagall décida de mettre un terme à cette explication familiale qui allait immanquablement s'envenimer. Elle enveloppa les six élèves alignés devant elle d'un regard sévère avant d'asséner :
« Il me semble que vous n'avez plus rien d'urgent à nous dire, alors retournez dans vos Maisons respectives. Il est plus que temps que vous alliez vous coucher. Quant à votre « réussite », Miss Granger-Weasley, je vous rappelle quand même que vous l'avez obtenue en faisant fi une fois de plus du règlement de l'école. Un règlement dont vous serez sans doute surpris d'apprendre, tous autant que vous êtes, qu'il s'applique à vous comme aux autres ! Comptez sur moi pour trouver une solution pour que, cette fois-ci, vous ne risquiez plus de l'oublier ! »
