Chapitre 29 : Enlèvement

Le lendemain de matin, je trouvai McGonagall d'humeur plutôt clémente, quand elle nous réunit Lupin et moi pour décider des sanctions que nous allions imposer à Albus et ses complices.

« Il ne peut pas être question de leur enlever des points pour leurs manquements répétés et multiples au règlement, car il ne peut pas en être question de leur en attribuer ensuite pour le service qu'ils viennent de rendre au Ministère et même à l'ensemble du monde sorcier, dans la mesure où le Ministère souhaite à toute force garder le secret sur tous les évènements qui se sont produits autour de ces fameuses perles. » commença-t-elle.

« Vous n'allez quand même pas passer l'éponge, Minerva ! » m'étonnai-je.

« Sûrement pas ! » s'exclama-t-elle. « Mais je pense à une sanction d'un tout autre genre. Ils aiment les runes et bien je vais leur en donner. Il y a longtemps que Bathsheda me demande de faire réaliser un relevé complet de toutes les runes qui existent sur les murs de l'école depuis les textes qui ont été officiellement gravés sur les murs à une occasion quelconque jusqu'aux graffitis. Bien qu'elle n'en sache rien, Bathsheda vient elle aussi de rendre un immense service au Ministère et à nous tous, en participant à son insu à éviter un conflit entre les sorciers et les gobelins. Je vais donc accéder à sa demande en lui fournissant la main-d'œuvre nécessaire pour ses relevés des runes. Ils vont s'y atteler tous les six et s'ils n'ont pas fini cette année, ils continueront l'année prochaine. Comme ça, Bathsheda finira peut-être par retenir leurs noms … »

« Vous voulez faire travailler cette bande d'énergumènes sous la supervision de Bathsheda Babbling. Mais, Minerva, ils vont la dévorer toute crue ! » m'inquiétai-je.

« En effet. Et même si j'aimerais beaucoup que Bathsheda ait un peu plus de sens de la réalité qui l'entoure, je ne confonds pas le souhaitable avec le possible. » reconnut notre Directrice. « C'est pour cela que, tous les deux, vous allez surveiller de loin l'opération. »

Je profitai de la forme inédite prise par la sanction décidée par McGonagall pour régler un de mes soucis.

« Si je peux me permettre, Minerva, pour leur donner un peu plus de temps pour travailler à cette tâche, vous pourriez aussi suspendre leur autorisation de sortie à Pré-au-Lard jusqu'à la fin de l'année. » lui suggérai-je.

McGonagall accéda à ma demande, et je pensai dès lors que l'année pourrait se terminer tranquillement. Les ASPIC et les BUSES s'approchaient à grands pas et je mettais comme d'habitude la pression sur mes élèves de cinquième et de septième années, histoire d'éviter qu'ils ne me fassent trop honte devant les sorciers composant les jurys qui allaient venir évaluer leurs potions. Je leur imposai donc force devoirs supplémentaires en espérant imprimer quelques connaissances dans leurs cervelles vides. Mais, cela m'imposait à moi-même d'interminables séances de correction des inepties qu'ils gribouillaient sur leurs parchemins.

Un samedi ensoleillé où j'avais dû sacrifier tout mon après-midi en restant enfermé dans mon bureau pour écluser tous les devoirs en souffrance, je remontai dans le hall à l'heure où Rusard qui allait fermer les portes, s'énervait contre les retardataires. Je m'approchai de la porte pour l'aider à faire accélérer les trainards. Du premier coup d'œil, j'identifiai deux groupes encore dehors. D'un côté, l'équipe de quidditch de Poufsouffle qui rentrait d'une séance d'entraînement. De l'autre, Scorpius Malefoy, Rose Granger-Weasley, Teddy Lupin et Victoire Weasley qui restaient plantés à quelques dizaines de mètre de la porte en regardant en direction de la cabane d'Hagrid. Je fis deux pas vers eux, ce qui me permit de comprendre la raison de leur immobilisme. Ils attendaient Albus qui n'était encore qu'à mi-chemin entre la cabane et la porte de l'école, ainsi que Delphini Black qui n'en finissait pas de faire ses adieux à la licorne devant la porte du jardin d'Hagrid.

Je gonflais mes poumons pour leur exprimer vertement ma façon de penser, quand l'impensable se produisit. Un type sur un balai tomba littéralement du ciel à la manière d'un attrapeur qui aurait aperçu le vif d'or au ras du sol, pile à l'endroit où se trouvait Miss Black, il attrapa celle-ci par la taille et redécolla. L'adolescente avait à peine eu le temps de pousser un cri que déjà le balai de son ravisseur s'élevait. A part Albus et le reste de la bande, personne n'avait rien dû voir de cet enlèvement. A part, moi aussi bien sûr. Je fis trois pas en arrière pour arracher un balai des mains de l'un des joueurs de Poufsouffle et je l'enfourchai sans m'occuper de ses protestations.

Je repoussai la bouffée d'angoisse et toutes les idées qui m'assaillaient, les mille questions que j'avais en tête à propos du responsable et de la raison de ce rapt. Je n'avais jamais été bon sur un balai, je devais rester concentré sur ce que j'étais en train de faire pour avoir une chance de la sauver. J'évaluai rapidement la situation. Sachant voler sans balai, Albus s'était évidemment lancé à la poursuite du kidnappeur, dont l'avance fondait petit à petit avec le double poids sur son balai. Albus avait sorti sa baguette, mais impossible pour lui d'envoyer le moindre sort au risque de blesser Delphini Black. Il en était de même pour moi.

En revanche, le kidnappeur quand il s'aperçut qu'il était poursuivi, essaya de se retourner pour balancer un sort à mon petit-fils. Un instant, la peur me tordit les tripes, mais Delphini Black se mit à s'agiter de telle façon qu'il fut impossible à son ravisseur de viser son poursuivant. Faute de pouvoir attaquer Albus, il abattit son poing de toutes ses forces sur son otage. L'adolescente hurla mais tout en continuant à se débattre au risque de chuter et, à la hauteur à laquelle volait son agresseur, de se blesser gravement ou même de se tuer. Le ravisseur renonça donc à prendre de l'altitude et obliqua vers la gauche pour gagner la sortie de l'école avec sans doute dans l'idée de transplaner avec sa victime. Mais, j'étais en position de lui barrer la route dans cette direction. Il le comprit et fit demi-tour en m'apercevant. Nous l'obligions ainsi Albus et moi à se rabattre vers la Forêt Interdite, puisque manifestement l'homme ne voulait pas survoler le lac sans doute de crainte que Delphini Blake ne lui échappe et ne tombe dans l'eau.

Son d'otage luttait tant et si bien pour lui échapper qu'à l'orée de la forêt, le kidnappeur volait à peine au niveau de la cime des arbres. Albus le talonnait maintenant. J'avais beau tenter d'accélérer, il allait rattraper le ravisseur bien avant que je ne puisse les rejoindre. Je compris qu'Albus cherchait un moyen pour l'obliger à atterrir. Une fois au sol, l'affrontement tournerait forcément au duel, j'étais terrorisé à l'idée qu'Albus se batte avec ce type, qu'il risque de se faire tuer. Mais à cet instant, un acteur que je n'avais pas vu arriver rentra en scène. L'hippogriffe d'Hagrid fondit du haut des cieux sur le balai du ravisseur. Ils s'abattirent tous derrière les premières rangées d'arbres si bien que je les perdis de vue l'espace de quelques dizaines de secondes.

J'atterris à l'orée de la Forêt Interdite et je me précipitai en courant, ma baguette à la main, vers l'endroit où je les avais vu tous tomber. Je ne pouvais même plus à faire le tri entre toutes les peurs qui m'étreignaient. Mais une chose était claire dans mon esprit, j'allais régler son compte à ce salopard quel qu'il soit. De loin, j'aperçus les adolescents debout tous les deux, j'en ressentis un soulagement tellement intense que je n'avais pas de mots pour le décrire. Je fis un dernier effort pour les rejoindre en ouvrant une brèche dans la végétation pour aller plus vite. Une fois sur place, il ne me fallut qu'un coup d'œil pour comprendre que j'arrivais après la bataille, l'hippogriffe s'était chargé du kidnappeur de Miss Black qu'il avait purement et simplement écharpé. À mon entrée dans la clairière, il s'acharnait encore sur le corps sans vie de son adversaire. A quelques pas de là, Albus et Delphini Black côte à côte ne perdez pas une miette de l'horrible spectacle qui se déroulait devant eux. Mon soulagement laissa place à une immense rage impuissante, j'avais envie de hurler de n'avoir pas pu les préserver d'affronter une telle situation.

A cet instant, un centaure, Firenze, apparut de l'autre côté de la clairière. Notre double apparition fit reculer l'hippogriffe qui abandonna sa victime. Je m'obligeai à m'approcher du corps et il me sembla que mon sang se glaçait dans mes veines. Avec le soleil couchant, je n'avais guère aperçu qu'une silhouette, mais, de près, je vis que l'homme portait un masque de mangemort et que sa manche déchirée laissait apparaître la Marque des Ténèbres sur son bras. Je dus faire un effort surhumain pour empêcher ma raison de vaciller, pour obliger mon cerveau à constater que mon propre bras gauche ne me brûlait pas et que rien n'y était apparu. Je me forçai à me pencher sur la dépouille. Il s'agissait d'un vulgaire tatouage. Ce taré s'était fait tatouer la Marque des Ténèbres sur l'avant-bras !

D'un mouvement de baguette, je lui arrachai son masque. Son visage ne me disait rien ou plutôt presque rien. Pourtant au bout de quelques instants, en l'imaginant beaucoup beaucoup plus jeune, un nom me vient à l'esprit, un surnom en fait : « Nox ». Mais c'était impossible, le dénommé Nox était mort depuis bien longtemps. C'était un ou deux mois avant la bataille de Poudlard dans mon souvenir, il était parti en mission avec Voldemort. Et puis, ce dernier était rentré seul en prétendant que Nox avait été tué dans un accrochage avec l'Ordre du Phénix. J'étais bien placé pour savoir que c'était faux, qu'il n'y avait eu aucun accrochage avec les membres de l'Ordre ce jour-là, mais j'en avais simplement conclu que Voldemort l'avait tué lui-même dans un accès de colère, car bien d'autres parmi les mangemorts avaient ainsi disparu.

Mais peut-être que je m'étais complètement trompé, que Voldemort l'avait juste fait passer pour mort dans le but de lui confier une mission bien particulière, une mission secrète, comme par exemple lui confier le soin d'emmener loin de la zone de conflit la fille de Bellatrix. Lorsque cette idée me traversa l'esprit, je levai automatiquement les yeux vers l'adolescente. Delphini Black était dans un triste état. Le visage tuméfié, la lèvre inférieure déchirée, une arcade sourcilière éclatée, elle avait la tête en sang. Mais son propre état ne semblait nullement la préoccuper, elle s'était résolument placée devant l'immense hippogriffe, les bras écartés comme pour le protéger. Quand je levai les yeux vers elle, elle s'écria d'une voix suppliante :

« Vous n'allez pas le tuer, s'il vous plaît Monsieur ! »