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Épilogue.
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« Tu invites Malfoy cette année ? »
Harry s'adossa nonchalamment contre le dossier de sa chaise de bureau et croisa les mains derrière sa tête : « Ouais, évidemment. Tout pour que ma mère ne me relance pas avec son éternel : 'Ho, Harry, quand verrais-je mes petits enfants ?'. »
Ron ricana : « C'est beau qu'elle y croie toujours ! J'ai toujours pensé que Drago serait le premier à se marier. Enfin, il n'est jamais trop tard. »
Harry lui lança une bourrade amicale : « Arrête Ron ! Tout le monde savait que tu serais le premier ! Mais on peut dire que tu as tiré le gros lot, Pénélope Deauclaire est vraiment une belle femme. »
Ron sourit avec fierté : « Et elle est intelligente ! »
« Haha ! Je n'aurais jamais pensé qu'un cancre comme toi réussirait à épouser une Serdaigle. »
« Que veux-tu, Potter, j'ai des qualités insoupçonnées. Au fait, je ne veux pas jouer ta mère, mais il ne serait pas temps que tu nous présente ton petit ami ? «
Harry soupira : « Dès que je le trouve, tu en seras le premier informé, Ron. Mais pour l'instant, je me sens plutôt bien seul. Je n'arrive pas à être attiré par qui que ce soit. »
« Plus qu'à tenter chez les tritons. Ou chez les centaures. Il parait qu'ils ont tout ce qu'il faut là où il faut… si tu vois ce que je veux dire. »
« Rooooon ! Fous-moi la paix tu veux. Au fait, Neville viendra pour le noël ? Je lui ai envoyé une invitation mais il n'y a pas encore répondu. »
Ron grimaça : « Ha, je ne crois pas. Il aide ses parents en Afrique, il me semble. Du coup, il n'y aura que Malfoy et moi cette année. »
« Et les amis de mon père… - maugréa Harry – ils sont gentils mais Merlin… ils peuvent vraiment être une sacrée bande d'idiots parfois. J'ai presque envie de proposer à Severus de venir, pour les emmerder. »
Ron ricana à nouveau : » Haha ! Si tu le fais, ne préviens personne. Je voudrais être aux premières loges pour voir la tête de ton père ! »
« Ça finira en pugilat : ma mère et Sev' contre les quatre maraudeurs. »
Ron éclata de rire : « Je parie sur ta mère et Snape. »
Harry sourit : « Évidemment. »
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Harry se recoiffa légèrement, bien que l'exercice semblât inutile. Ses cheveux, indomptables comme toujours, refusaient obstinément de se plier à quelque règle que ce soit. Il enfila rapidement un costume (autant être un peu classe pour noël, non ?) et prit un moment pour s'observer dans la glace, évaluant son apparence avec satisfaction. Pas mal. Pas mal du tout. La coupe impeccable du costume mettait en valeur sa silhouette. Il ne pouvait nier que l'effort en valait la peine. Une légère expression de contentement se dessina sur son visage et il se dit que cette soirée pourrait bien être mémorable.
Les Weasley furent les premiers à arriver, apportant avec eux une bouteille de vin soigneusement choisie. L'excitation se lisait sur le visage de Ron alors qu'il saluait Harry avec une poignée de main amicale. Il s'approcha du sapin de Noël, déposant soigneusement son cadeau sous ses branches décorées.
Peu de temps après, la sonnette retentit à nouveau, annonçant l'arrivée des parents d'Harry, suivie à 21h précise, de celle de Drago. Son entrée dans la pièce ne passa pas inaperçue et il salua chaque personne avec une élégance naturelle, laissant derrière lui une traînée de parfum raffiné. Son regard croisa celui de Harry, échangeant un sourire complice qui présageait d'une soirée intéressante.
Enfin, avec presque trois quarts d'heure de retard, les trois amis de James firent une entrée remarquée. Leur arrivée tardive fut marquée par un mélange de désinvolture et d'excuses rapides. Leur présence apporta à la soirée un regain d'énergie et l'atmosphère devint joyeuse et déjantée.
Puis, alors que tous s'apprêtaient à passer à table, un nouveau coup de sonnette retentit. Les conversations se suspendirent et des regards interrogateurs se tournèrent vers Harry.
Ron, taquin, murmura : « Ne me dis pas que tu as vraiment invité Severus. »
Harry, agacé, répliqua : « Non, je n'attends plus personne. »
Cependant, la sonnette retentit à nouveau, persistante, et Harry, un peu contrarié, s'excusa brièvement pour aller ouvrir la porte.
Il s'éloigna du joyeux brouhaha de la salle à manger, traversa le couloir pour se diriger vers le hall. Lorsqu'il ouvrit la porte, son regard s'accrocha immédiatement à une paire de chaussures en cuir noir parfaitement entretenues. Ses yeux remontèrent ensuite sur un jean de la même couleur, cintré, mettant en valeur des jambes athlétiques. Un trench Coat noir ajoutait une touche d'élégance à la silhouette qui se tenait devant lui.
Harry se demanda brièvement si l'homme en question détenait des parts dans l'industrie de la teinture noire.
Les mains de l'inconnu, aux longs doigts fins, étaient gantées d'un cuir vert sombre et Harry eut une vague impression de Déjà-vu. C'était un sentiment étrange, presque familier, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
Enfin, il atteignit le visage de l'homme. Des cheveux noirs, souples et brillants, encadraient une figure pâle aux traits ciselés avec précision. Quelques mèches tombaient, légèrement en désordre, ajoutant une petite touche rebelle au profil. Un front lisse, des pommettes délicatement sculptées et un nez fin créaient chez lui une remarquable harmonie. Les yeux d'Harry s'attardèrent sur les lèvres entrouvertes de l'inconnu et furent incapables de s'en détacher. Un léger filet de vapeur s'échappait de celles-ci, comme une invitation à... Et bien… Harry ne savait pas vraiment à quoi, mais ce n'était certainement pas de chastes pensées. Alors qu'il observait ces lèvres, une pulsion soudaine le traversa et il tendit la main pour les effleurer.
Une voix grave, vibrante, caressa les airs : « Bonjour, Harry. Cela fait longtemps... »
Harry releva les yeux pour se retrouver engloutit par un regard abyssal. Vide. D'un noir si profond qu'il semblait absorber la lumière elle-même. Une étrange sensation parcourut son corps et il vacilla sur ses jambes comme pris d'un vertige soudain. Il se rattrapa difficilement au chambranle de la porte d'entrée, tandis qu'une vague de nausée menaçait de le terrasser.
C'était comme si un uppercut venait de le cueillir en plein estomac.
L'homme, rapide comme l'éclair, entoura la taille d'Harry de ses bras puissants, l'empêchant de tomber au sol. Harry s'agrippa désespérément à lui, comme s'il avait peur, en le lâchant, de se noyer.
Il se pencha tout contre l'oreille d'Harry : « Je suis désolé d'avoir mis autant de temps. »
Et un frisson envahit Harry, comme il n'en avait pas ressenti depuis plus de 25 ans. Toujours soutenu par l'étreinte ferme, il sentit son cœur se déchaîner dans sa poitrine.
Les lèvres de Tom, toujours aussi proches, semblaient dégager une chaleur enivrante. Il n'avait pas changé… c'était comme si le temps s'était figé pour les réunir à nouveau. Les années écoulées depuis leur dernière rencontre ressurgissaient en Harry comme une tempête, fracassaient sa mémoire.
Sa voix, rauque, presque éteinte par le poids des années qu'il avait oubliées, s'échappa de sa gorge avec une intensité inattendue : « Je t'ai attendu. Tout ce temps, je t'ai attendu. Où étais-tu passé ? - Harry dévisagea longuement Tom, comme pour s'assurer que c'était bien lui qui se tenait devant lui - Tu n'as pas changé... Pourquoi tu n'as pas changé ? Sauf... - Il glissa une main sur le visage de Tom, interrompant sa phrase, explorant les contours familiers qui semblaient à la fois si proches et si lointains - Sauf tes yeux. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Tom resserra son étreinte, enfouissant son nez dans les cheveux d'Harry : « Je leur avais promis une guerre, alors je suis allé les combattre. Je suis allé leur prouver qu'ils ne pouvaient pas s'amuser avec nous sans en subir les conséquences. Cela m'a juste pris... un peu plus longtemps que prévu. »
Harry fit un rapide calcul dans sa tête, réalisant que cela lui avait pris exactement cinquante ans. Cinquante années de guerres pour pouvoir le retrouver. C'était la plus belle déclaration d'amour qu'on aurait pu lui faire. Il sentit les larmes brouiller sa vision : « Espèce d'idiot. Est-ce que tu as réussi à devenir un dieu ? »
Un sourire carnassier étira les lèvres de Tom : « Évidemment. Je ne comprends même pas que tu puisses poser une question aussi évidente. »
Harry passa lentement ses bras autour de son cou, scellant leur étreinte par un baiser passionné. Les lèvres de Tom semblaient voraces, affamées, et Harry sentit ses jambes ployer sous l'intensité de l'assaut.
C'était ça.
C'était la dernière chose qui manquait pour que sa vie soit tout simplement parfaite. Bien sûr, il savait que tout ne pouvait pas être aussi simple : « Qu'est-ce que tu as dû abandonner pour devenir un dieu ? »
Tom se recula légèrement, soupirant : « On doit vraiment en parler maintenant ? »
« Oui - souffla Harry, se laissant engloutir par les deux gouffres noirs qui le fixaient avec avidité - Je veux savoir. »
« Et qu'est-ce que j'y gagne ? » Demanda Tom avec un sourire.
« Tout. Tout ce que tu veux de moi. »
Tom sourit à nouveau : « Parfait. Alors je vais te le dire. Je me suis maudit moi-même. Une malédiction éternelle. Je te verrai vieillir. Je te verrai mourir. Et je continuerai à vivre sans toi, à jamais. Seul. Pour toi, cela sera dans 90 ans ou peut-être 100 ans, mais j'aurai l'impression de n'avoir passé qu'une seule et unique journée avec toi. »
Harry pâlit : « Pourquoi as-tu fait ça... »
Tom sourit à nouveau : « Parce que je le pouvais. Parce que je le voulais. »
Harry sentit sa gorge se serrer : « Mais tu as fait ça pour moi. »
Tom approcha son visage du sien : « Évidemment. Et d'ici là, je trouverai une façon de te faire rester éternellement avec moi. »
« Harry ? » Lily semblait hésiter dans le hall. Harry se dégagea soudainement de l'étreinte de Tom pour se retourner vers elle : « Maman. »
Elle dévisagea longuement, intriguée, l'homme qui se tenait si proche de son fils, puis elle observa son enfant et un doux sourire naquit sur ses lèvres : « Tu ne me présentes pas ton ami ? »
Harry déglutit et jeta un coup d'œil à Tom. Celui-ci, impassible, hocha lentement la tête : « Je passais juste dans le coin, Madame Potter. Je ne reste pas. C'était un plaisir de faire votre connaissance. »
Il s'apprêtait à faire demi-tour lorsqu'il fut retenu par la main ferme d'Harry : « Il reste. Maman. Cela fait longtemps que je voulais te le présenter, mais... je n'en avais pas l'occasion. Voici Tom. Thomas Riddle. C'est... mon petit ami. Enfin, je veux dire... c'est... lui... que... que j'ai choisi. »
Les yeux de Tom s'écarquillèrent alors qu'il observait en silence le visage cramoisi d'Harry. Lily pouffa légèrement : « Oui, bien sûr. Ça crève les yeux. - elle se tourna vers Tom - Monsieur Riddle ? Vous passerez bien Noël avec nous, n'est-ce pas ? »
Tom ne répondit pas. Il leva les yeux au ciel pour observer les premiers flocons de neige tomber lentement. Dans ce silence hivernal, une émotion indescriptible l'étreignit. Une boule noua sa gorge, une sensation qu'il n'avait plus ressentie depuis des décennies. S'il avait encore eu un cœur, il aurait juré qu'il battait plus vite, comme emporté par le galop d'un cheval.
La main d'Harry se resserra dans la sienne et Tom sentit la chaleur de cette étreinte l'envelopper.
Il fit le vœu secret que ce moment ne se termine jamais.
Alors c'était donc cela, le bonheur ?
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