Chapitre Dix : Ordre 66
- Elle a fait un bébé toute seule ! Elle a fait un bébé toute seule ! C'était dans ses années un peu folles où les papas n'étaient plus à la mode. Elle a fait un bébé toute seule ! Chantait Malo devant le Parlement
- T'es sérieux ? Demanda alors Serena, pantoise
- Ben quoi ? J'aime bien cette chanson ! Dit Malo, ironique
- Plus jamais je te confie quoi que ce soit. Grimaça la jeune alchimiste
- Non mais c'est drôle quand même. J'ai jamais compris ces rumeurs. Tout le monde connaît l'âge de Léna, tous ses anniversaires ont pratiquement été des événements nationaux jusqu'à maintenant. Si ça avait été être ta fille, t'aurais été enceinte de combien quand ils sont partis ? 6 mois ? Normalement, à ce stade, ça se voit et il serait pas parti. Ou alors, les gens partent du principe que c'est un très gros connard…
- Qu'est ce que tu veux que je te dise… Après tu dis ça mais eux sont pas au courant de l'âge exact de Léna… Précisa Serena, en grimpant les marches du Parlement
- C'est pas faux.
Ils entrèrent dans le Parlement. Une petite foule s'y trouvait. Dans un coin se trouvaient déjà les frères Elric, manifestement fatigués mais sur leur garde. Malo eut un grand sourire et reprit sa chanson, avec sa voix qui portait loin :
- Elle a fait un bébé toute seule ! Elle a fait un bébé toute seule ! Elle a choisi le père en scientifique, pour ses gènes, son signe astrologique...
- Mais ta gueule ! S'exclama Serena en le frappant dans son bon bras
- Mais quoi ? Je t'ai dit, j'aime bien cette chanson.
Serena eut du mal à retenir un sourire, tout en se dirigeant vers Alicia. Qui les regardait, les sourcils froncés :
- Ils ont entendu je pense…
- J'y peux rien si il est con ! Se défendit sa sœur, en jouant avec le collier qui portait sa Montre en Or, au dessus de ses vêtements civils
- Je suis d'accord avec Serena, Dit alors Malo
- Sur le fait que tu sois con ?
- Nan. Sur le fait qu'ils méritent bien de regretter pendant deux trois jours.
- Peut être mais Léna y est pour rien dans cette histoire ! Répéta Alicia, l'oeil sévère
- Elle a 3 ans et demi, elle se rend pas compte !
- Que tu crois !
- Des nouvelles de Clavier ? Demanda alors Serena, en regardant du coin de l'oeil l'endroit où étaient Alphonse et Edward.
- Non. Mais je pense qu'il va venir
- T'es sûre ?
Comme pour répondre à sa question, Francis Clavier pénétra à ce moment dans la salle du Parlement. Il se dirigea vers Alicia, sous les rumeurs de la foule.
- Bonjour…
- Monsieur le Représentant… Vous avez pas 300 cenz ? Dans la poche d'un de vos costumes peut être... Demanda Serena, ironique
- Alicia, je dois te parler seul à seule de toute urgence. S'il te plait. Dit Clavier en ignorant superbement l'ironie de Serena et le regard plein de reproche de Malo
- Si vous voulez, Francis… Soupira Alicia
- Ça va commencer ! Avertit Serena, en regardant sa soeur
- Je sais. Rejoins les balcons du public. N'interviens qu'en cas d'extrême urgence. C'est le Temple de la Démocratie. Il faut pas que ça soit nous qui soyons accusés d'y faire entrer la violence
- Définis extrême urgence, Grimaça Serena
- Genre je suis à 5 secondes de mourir. Mais pas 10. Pas 15. 5 secondes
- C'est précis.
- Je te fais confiance. À tout à l'heure !
Alicia tourna les talons pour rejoindre Clavier. Serena se tourna vers Malo, qui avait perdu sa bonne humeur. Il dit :
- J'ai l'impression d'être revenu sur le champ de bataille
- Je vois ce que tu veux dire. On y va. Ça va le faire. On peut pas perdre.
- On doit pas perdre, Corrigea Malo
- Si tu veux.
Ils entrèrent dans la salle réservée aux militaires. Edward et Alphonse y étaient aussi. Malo leur fit un sourire ironique. Serena se dirigea immédiatement vers le balcon, retrouvant Roy.
- Salut, ma petite allumette
- Salut, ma petite ampoule…
Edward retint un rire sarcastique. Il n'aurait jamais cru que Mustang puisse tolérer un surnom pareil. Conservant une concentration qui l'empêchait de sombrer dans la détresse à nouveau, il écouta attentivement la conversation du maître et de son élève. Roy expliqua que le Président Ross devait ouvrir la session extraordinaire pour demander et justifier de son vote de confiance. Bradoc devait ensuite tenter de se défendre. Selon toute probabilité, ce sera sans doute à ce moment là qu'il devrait mettre à jour ses intentions réelles et potentiellement, tenter un coup d'état contre le Président en effrayant le Parlement.
- Avec quelle force ? On a mis tous les soldats de l'Aube en prison… S'étonna Serena, mortellement sérieuse
Elle jouait avec sa Montre en Or, l'ouvrant et la fermant compulsivement.
- C'est toute la question… Répondit Mustang en fronçant les sourcils
- Toi et la Générale avez pu apprendre quelque chose pendant les interrogatoires ? Demanda la jeune femme
- La plupart ont affirmé que Klamar n'a jamais donné l'ordre d'attaquer la Caserne. Que c'était une sorte d'initiative de quelques lieutenants. Olivia et moi sommes persuadés qu'ils veulent le protéger mais à la réflexion, c'est peut être bel et bien le cas. Ça expliquerait le timing. Je suis parti un peu plus tôt pour mettre de l'ordre dans les effectifs de Central, protéger les entrées de la ville au cas où des forces qu'on soupçonne pas veuillent entrer pendant qu'on regarde ailleurs. On a déjà pu capter quelques hommes mais rien de bien déterminant. De toute façon, j'ai peur qu'il y ait déjà quelques hommes disséminés dans la ville sans qu'on sache où…
- Bon, et une fois que Bradoc arrête de parler, on fait quoi ?
- Déjà, si il y a du grabuge, on essaie d'intervenir pour protéger les parlementaires. Mais uniquement en cas de violence caractérisée…
- Ouais, Alicia m'en a déjà parlé. Il faut pas qu'on soit ceux qui faisions entrer la violence au sein du temple de la démocratie. Grinça Serena
- Comme toujours, la Sous Représentante fait preuve d'une sagesse remarquable… Dit Mustang
Serena le regarda d'un drôle d'air, comme doucement ironique.
- Armstrong doit parler à la fin, c'est ça ?
- Ouais. Elle a fait une demande officielle auprès du speaker du parlement. Tant mieux qu'elle parle en dernier, ça aura plus de poids.
- Ça ressemble à un plan tout ça. Soupira Serena en tournant le dos à la foule.
Elle croisa le regard des deux frères, qu'elle détourna rapidement, comme gênée. Mustang marmonna :
- Un plan avec des variables. Regarde, en voilà une !
Serena se retourna et de leur côté, les frères Elric tendirent la nuque. Un homme d'une cinquantaine d'années montait à la tribune d'un air concentré. Un vague murmure de réprobation s'empara du Parlement et ils virent Serena pester :
- De quoi il se mêle celui là ! C'est pas le moment de parler !
- Il veut sans doute se défendre des accusations de corruption… Marmonna Mustang
- Quelles accusations ? Il a accepté des cadeaux de la part des lobbys ! S'énerva Serena
- Je pense très honnêtement que son coeur était au bon endroit et qu'il est sincère quand il dit qu'il n'aurait pas laissé ces cadeaux influer sur ses décisions...
- Peu importe ! C'était stupide, dans sa position ! C'est pas le moment de souligner que les expatriés sont pas tous digne de confiance ! S'énerva Serena
Le syndicaliste avait l'air usé mais il agrippa fermement la tribune et attendit patiemment le silence avant de se mettre à parler.
- Messieurs et mesdames les parlementaires. J'ai demandé une faveur à Monsieur le Président Ross, celle d'ouvrir cette séance parlementaire exceptionnelle. J'aurais voulu répondre devant vous des accusations qui ont été portées à mon ne m'étendrais pas sur le détail. Mon honneur est attaqué. Je ne me servirai pas de cette tribune pour le défendre. Mais je veux vous dire ceci : j'aime d'un amour profond la démocratie. Là où je suis né, au moment où je suis né, dans mon pays, la démocratie existait encore. C'était une vieille démocratie, glorieuse, qui se tenait bien droite, appuyée sur une histoire ancienne. C'est de mon pays que vient notre devise, à nous les expatriés : Vivre Libre ou Mourir. Je l'ai vu vivre, j'y ai participé avec toute la fougue de ma jeunesse. J'ai été martyrisé de la voir mourir, cette vieille amie, cette belle démocratie. Je l'ai vu mourir sous les coups répétés des fascistes. Des piqûres discrètes, suivies de grands coups haineux. Ma haine est immense quand je pense à ceux qui ont tué ma belle démocratie. J'ai souffert dans ma chair, dans mon âme. J'ai essayé de la défendre, de la sauver. Je n'ai pas pu. Je pensais ne pas survivre à cet échec. Et je vous ai trouvé, vous tous. J'ai retrouvé cette belle maîtresse qu'est la démocratie. Je vous admire tous. Vous me donnez de l'espoir. Vous avez aussi connu le pire. Et vous vous êtes relevés, fiers et prêts à donner corps à la République.
Un silence régnait dans le Parlement, les députés regardaient, stoïques et attentifs, le vieux loup de mer parler avec sincérité de ces concepts complexes et subtils que tous partageaient à présent. Même dans les rangs des députés extrémistes, on sentait une forme de respect pour cet homme prématurément vieux qui avait consacré sa vie à la chose publique et qui en avait payé le prix, encore aujourd'hui. Francis Clavier prit une grande inspiration et déclara :
- Je ne suis plus en capacité de remplir le rôle que les gens comme moi m'ont confié. Je ne peux plus représenter les expatriés car, à cause des accusations de certains ici, je ne suis plus audible. Je suis devenu, à ma grande horreur, le représentant de la corruption, de la crapule. Cette image risque de déteindre sur ceux que je dois représenter. Mon âme et mon honneur m'interdisent d'accepter cette conséquence. Aussi, je vous annonce que je me retire. Je rends mon poste.
Une exclamation courut dans les travées du Parlement. Personne ne s'attendait à ça. Il était relativement rare qu'un politique de métier décide de reconnaitre sa défaite par droiture et honnêteté. Serena se redressa, comprenant avant tout le monde ce que cette décision impliquait :
- Oh, le con…
- Par voie de conséquence, mon poste sera occupée par la Première Sous Représentante. Vous la connaissez. Elle n'a jamais cherché le pouvoir. Quand elle apprit le nombre des nôtres qui avaient inscrit son nom sur un bulletin, elle en a été surprise. Ma conviction est que les plus grands leaders sont ceux qui n'ont jamais désiré le pouvoir et qui, quand on leur en passe le manteau, se rendent compte avec surprise qu'ils le portent à merveille. Merci de lui faire un bon accueil. Mes chers amis, je vous donne la Représentante Alicia Wolfe.
Une large partie des députés se leva pour accueillir l'entrée d'Alicia dans l'hémicycle. Elle montait à la tribune et croisa son mentor qui en descendait. D'un air paternel, il enlaça la jeune femme et lui murmura :
- Je te laisse dans une situation bien dangereuse, ma grande mais si tu t'en sors, dans quelques années, personne ne se souviendra de moi…
- Merci pour tout, Francis. Pour votre courage, surtout… Murmura la jeune femme
- Quel courage ? Je fuis au pire des moments. Mais j'ai confiance en toi. Tu y arriveras. Maintenant, éblouis les, Madame la Représentante des Expatriés
- Vivre Libre ou Mourir… Murmura-t-elle en se détachant de l'étreinte paternelle de son mentor
- Vivre Libre ou Mourir, Confirma-t-il avec tristesse
Il continua de descendre les marches, le coeur lourd mais l'esprit léger. Enfin, il allait pouvoir planter ses choux, se disait-il avec une certaine tristesse. Alicia, de son côté, avait atteint la tribune. Elle semblait bien jeune mais elle avait la voix claire et forte quand elle prit la parole :
- Le Représentant Clavier m'honore. Je prends ce poste avec une lourde conscience de ce qui pèse sur mes épaules, à un âge si tendre. Je n'ajouterai rien à ce qu'il a pu dire sur la Démocratie, sur ce que vous représentez. Je serai de tous les combats pour la préserver. J'ai trop conscience de ce à quoi ressemble un pays qui a perdu sa liberté. J'ai encore les visions des gens que j'ai aimés qui sont morts de l'Autre Côté. J'ai l'intention de vous aider de toutes mes forces, comme chacun des expatriés que je représente à présent. De vous aider à gagner cette guerre, contre le Monde d'où je viens. De prouver que la Démocratie et toutes les forces vives qui la composent n'ont rien envier, rien à craindre d'un régime à bout de souffle qui attaque comme un animal malade attaque une bête saine. Parce que comme un animal malade, il finira par mourir.
Une acclamation unanime éclata dans le Parlement. Tous se levèrent et applaudirent la jeune femme. Serena soupira et dit :
- Putain, qu'est ce qu'elle est bonne…
- Tu m'ôtes les mots de la bouche, Dit Mustang en regardant Alicia
- T'es dégueulasse
Alicia laissa la slave d'applaudissement se terminer et laissa gracieusement la place au Président Ross. Ce dernier monta alors à la Tribune, en souriant à Alicia. Il dégageait toujours une force tranquille et sa voix était forte quand il prit la parole :
- Mes chers amis. C'est le coeur lourd que j'ai réclamé cette réunion exceptionnelle. Je porte la confiance du Peuple qui m'a élu pour le représenter. Vous connaissez la teneur de mon rôle. Je suis là pour nommer les ministres qui vont proposer des lois à vos votes. Je suis là pour arbitrer les débats. Je suis là pour veiller, pour être attentif. Pour signaler à votre attention ce qui échappe à votre conscience travailleuse. C'est le coeur lourd que je remplis ce rôle aujourd'hui.
Il jeta un regard sur Bradoc et sur Klamar à ses côtés. Il continua :
- Le Premier Ministre Bradoc est mon ami. J'ai eu beaucoup d'estime pour lui. Je pense qu'il est bien plus fin politique que moi. J'ai été ravi quand vous avez fait le choix de le nommer au poste de Premier Ministre. Je pensais pouvoir travailler avec lui. Je pensais qu'il en avait la capacité. Mais voilà que ces derniers mois, Monsieur Bradoc s'est mis à dos certains d'entre vous et s'est tourné vers d'autres soutiens. Sa volonté était de se maintenir à sa position actuelle. Ça n'est pas comme ça que le système est censé fonctionner. Un homme politique est choisi par un bord politique dominant. Quand les membres de ce bord politique rejettent le leader, un bon politique n'est pas censé se tourner vers d'autres bords pour survivre. Il est censé reconnaitre que sa mission s'arrête là. Monsieur Bradoc n'a pas eu cette dignité. Il s'est tourné vers d'autres idées. Peut être les avait-il déjà. J'en doute. Je ne pense pas, qu'au fond de lui, Monsieur Bradoc pense qu'il faille expulser les expatriés vers l'Autre Côté, vers la mort. Je ne pense pas que Monsieur Bradoc soit incapable de reconnaitre tout ce que les expatriés nous ont déjà apporté et qu'il dédaigne ce qu'ils vont continuer à nous apporter. Pourtant, c'est l'agenda politique qu'il suit actuellement.
Un brouhaha commença à apparaitre dans les rangs de certains députés. Ross leva la main, pour demander le silence avant de continuer :
- Hier, nous avions convoqué un Conseil des Ministres, pour discuter d'une question somme toute classique en ces temps de guerre. Celle de l'intégration des Anciens Alchimistes d'État au Nouvel Ordre des Alchimistes. Une question qui ne concerne pas les expatriés. Il a insisté pour ajouter un autre ordre du jour. Celle de la présence dans les institutions publiques des expatriés. Il l'a fait à la dernière minute et a fait en sorte que leur représentant ne soit pas présent. Quand l'une d'entre elle, que nous venons d'entendre, s'est présenté à ce Conseil, où elle aurait du être présente dès le début, un de ses ministres a commis l'impardonnable. Il a attaqué physiquement le Représentante Wolfe.
Un soupir ulcéré s'éleva alors des rangs des députés, suivi de cris de certains autres. Ross leva la voix et clama :
- J'ai renvoyé le ministre Klamar immédiatement. Je ne supporte pas que la violence s'invite au sein de la République qui représente la patrie, le Peuple. Pourtant, je constate que ce même ministre est toujours présent. A mon grand déplaisir et à ma parfaite irritation, je constate que Monsieur Klamar n'a aucune volonté d'obéir à mon ordre. A l'Ordre du Président élu par le Peuple !
Des cris retentirent à nouveau dans toute la salle, au point que le Président du crier pour se faire entendre :
- Je demande un vote de confiance au Parlement. Je demande un vote de confiance envers le gouvernement. Dès aujourd'hui !
Des longues minutes furent nécessaires pour ramener le calme au sein de l'hémicycle. Klamar s'agitait comme un fou pour répondre à certaines imprécations. Bradoc semblait figé. Ross descendit de la Tribune pour rejoindre son siège, juste en dessous, au centre de l'hémicycle. Au bout d'un moment, Bradoc se leva et rejoint, raide, la Tribune. Serena se tendit et dit :
- C'est maintenant
Quand il arriva à la place du tribun, Bradoc sembla se métamorphoser. Si Ross en imposait naturellement, c'était un homme calme, un homme de paix, idéal pour le rôle de Président. Ça n'était pas un parlementaire, il n'avait pas la passion du débat, la fougue nécessaire pour emporter des foules. Bradoc, lui, était visiblement de ces hommes là. Ces tribuns un peu fous, qui écrasent de leur conviction les hommes les plus sages. Attentifs, presque à fleur de peau, les quatre alchimistes dans le balcon se redressèrent et écoutèrent avec toute l'attention du monde la première déclaration très étrange du Premier Ministre du Gouvernement d'Amestris :
- Mes amis… Avez vous déjà été trompé par celle ou celui que vous aimez ?
Un silence pantois s'empara de l'assemblée. Avec un sourire amusé, Bradoc continua, de sa voix forte :
- Je dois avouer que personnellement, j'ai eu ce malheur par le passé. Il n'y a rien de pire comme sensation. Celle d'être trahi, dans votre chair et dans votre âme, par la personne que vous aimez le plus au monde. La pire des trahisons. Des années d'efforts, de travail, d'abnégation pour une personne pour qui vous étiez prêt à tous. Tout ça jeté au rebut. Pour quoi ? Une tentation. Une idée nouvelle. L'impression que l'herbe est plus verte ailleurs. Un goût nouveau dans la bouche.
Il secoua la tête et continua :
- Je vais continuer ma petite confession. Ma femme a voulu goûter à l'épaule d'un autre. Il n'a pas été fiable. Il l'a trahie à son tour, comme il était prévisible. Elle s'est trouvée bien démunie. Et moi, j'étais toujours là. Toujours debout. Toujours fiable. Toujours là, pour elle. Je l'ai accueillie à nouveau dans mon foyer. Je lui ai pardonné car c'est la chose à faire avec les gens qu'on aime. L'erreur est humaine. En revanche… J'ai été clément avec ma femme. Mais j'ai été terrible avec son amant. Il l'a trahie. Il m'a volé ce qui était mien. J'ai dû jouer mon rôle. Je l'ai détruit. Sans aucune pitié.
Il eut un sourire terrible et leva les bras :
- C'est la même chose qui est en train d'arriver avec ce pays. Notre Président est marié avec la Nation. Il lui doit amour, respect et fidélité. Et pourtant, devant nos yeux à tous, il s'ébat avec une autre. Avec les expatriés ! Avec l'Autre Côté ! Avec ceux qui veulent tous nous tuer et importer leur culture, leur dictature, leur population sur nos terres ! Ce sont les mêmes ! Le Président s'oublie dans les draps de cette prostituée ! Il entraine la Nation avec lui. Je ne laisserai pas une chose pareille arriver !
Une clameur sauvage s'éleva des rangs des députés extrémistes.
- Nous avons assisté trop longtemps à cet ébat contre nature ! Il nous met en danger. Il faut récupérer notre épouse dans notre foyer et surtout, surtout, mettre à genou son amant !
Répondant à un ordre invisible, quelques hommes masqués en armes pénétraient dans le Parlement. Des cris effrayés et outrés parcoururent les rangs des députés. Certains se cachèrent mais la plupart se leva. Une grande majorité des députés s'étaient redressés courageusement, montrant à grands renforts de cris et de gestes à quel point ils étaient outrés, choqués que le Premier Ministre fasse entrer des gens en armes au sein d'une institution démocratique. Edward et Alphonse se sentirent une redoutable admiration, presque une affection, pour les parlementaires. De leur côté, Mustang et Serena tentaient de quitter le balcon mais quelqu'un semblait avoir bloquer la Porte. Alors que le Général claquait dans les mains pour forcer l'ouverture, Serena sembla perdre un peu la tête et se dirigea vers le balcon. Elle allait l'enjamber quand elle fut attrapée et tirée en arrière. Edward la regardait d'un drôle d'air et lui dit, froidement :
- Fais pas l'idiote !
- Je t'interdis de…
Un claquement retentit derrière eux et Mustang recula. Visiblement, celui qui bloquait la porte était alchimiste aussi.
- Merde…
- Il faut qu'on… Commença Serena, pressante.
Bradoc reprit alors la parole, de sa voix forte, comme possédée.
- Ces hommes ne sont ici que pour vous montrer ma détermination. Ils ne sont pas là pour vous menacer ! Qu'ils quittent la salle immédiatement ! Ils ne sont qu'un échantillon de nos troupes ! Ne vous inquiétez pas et écoutez moi plutôt ! Le Président réclame un vote de confiance envers moi ! J'en demande également un contre lui ! Votez juste mes amis ! Constatez la puissance qui est la mienne. Je suis un époux clément et aimant envers mon épouse. Je serai terrible contre son amant. Terrible contre les expatriés et contre l'Autre Côté. Écoutez votre bon sens ! Votez pour moi ! Maintenez moi votre confiance !
Une clameur retentit encore. Serena observa les Soldats de l'Aube qui quittaient docilement l'hémicycle. Elle regarda Roy et dit :
- Il bluffe. Ils ont personne d'autres. C'est des types des factions du Sud. Les autres sont dans les prisons militaires...
- Encore faut-il que les députés y croient… Dit Mustang, d'un air sombre
- C'est à Armstrong de parler ?
- Elle a intérêt à être convaincante… Marmonna Edward, tenant toujours Serena par le bras
Elle se dégagea de l'étreinte d'Edward et se pencha vers le balcon, observant la Générale des Armées monter à la Tribune à son tour. Elle se disait qu'elle aurait aimé avoir quelqu'un à prier. Vêtue de son uniforme complet, Olivier Mira Armstrong embrassait du regard la foule de parlementaires. Elle se campa sur ses deux pieds, mit les bras derrière son dos. Elle était Générale, elle était militaire et c'était en tant que telle qu'elle s'adressât à la foule de politiques qu'elle ne pouvait s'empêcher de mépriser un peu.
- Messieurs Dames les députés. Laissez moi vous parler de l'ordre 66…
Serena et Edward lâchèrent une exclamation confuse. L'image de Palpatine ordonnant la mort de tous les chevaliers Jedi s'imposa dans leurs esprits.
- Mais enfin, c'est pas le moment de parler de Star Wars
- J'arrive pas à croire que c'est toi qui dise ça… Grommela Edward
- Oh, ta gueule…
Attentifs, ils se rassirent tous les deux côte à côte.
- L'Ordre 66 existe depuis le début de la formation des Soldats de l'Aube. Il ne peut être enclenché que par leur chef Klamar, ici présent, en toute illégalité. C'est un ordre qui exige que chacun des Soldats de l'Aube s'arme, autant qu'il lui est possible. Et chacun d'eux à pour ordre de tuer, à vue, les représentants de l'État. Les politiques. Les militaires. Les fonctionnaires. Les Alchimistes. Tous.
Un murmure effrayé parcourut alors l'assemblée.
- J'ai découvert l'existence de l'Ordre 66 ce matin. Quand j'ai interrogé un des lieutenants des soldats de l'Aube
- Mensonge ! Cria alors Klamar, qui semblait enfin sortir de la torpeur dans lequel le début de l'intervention de la Générale des Armées l'avait plongée
- Quel interrogatoire ? Il est tout à fait illégal d'interroger des membres d'une association légale à la veille d'un vote important ! S'indigna Bradoc
- J'ai pu interroger cet homme car il se trouve que nous l'avons capturé ce matin alors qu'il ordonnait l'attaque de la Caserne des Alchimistes de Central. Là où, vous ne l'ignorez pas, vivent les Alchimistes d'États issues des expatriés ainsi que leur Représentante…
- Impossible, Dit alors Klamar, en semblant s'effondrer sur lui même, alors même que les députés enrageaient à nouveau
- Manifestement, ce lieutenant a pris cette initiative seul, sans attendre d'ordre de son chef, le ministre Klamar. Il a voulu faire du zèle j'imagine, venger son chef humilié par une expatriée en Conseil des Ministres. C'était fort mal joué. Nos Alchimistes d'État ont su les capturer en toute sécurité. Si Monsieur Klamar, alors qu'il convoquait ses miliciens, s'est demandé pourquoi il recevait si peu de réponses pour sa petite démonstration de force de tout à l'heure… et bien, c'est parce que c'est moi qui les retiens, Monsieur le Ministre. Je les ai arrêtés ce matin, alors qu'ils étaient en pleine tentatives d'insurrection armée. La troupe que vous avez vue, Messieurs et Mesdames les députés, n'est pas un échantillon. C'était l'intégralité de la troupe de Klamar.
Elle sourit, telle une louve.
- Ils ne seront pas une menace face à l'armée régulière que je dirige. Votez tranquille, Députés de la Nation. Votez en votre âme et conscience, soit pour un Président démocratiquement élu soit pour un tordu qui mène une petite bande de mercenaire qui échoue lamentablement à la première initiative qu'ils prennent. Souvenez vous simplement de ce qu'il s'est passé il y a quelques années. Nous avons vécu si longtemps sous la coupe d'un fou, sous la coupe d'un égoïste. La liberté est un mets que nous ne goutons pas depuis longtemps. Conservons le à notre table.
Elle leva la voix et fixa Bradoc :
- Le Premier Ministre a fait une drôle de métaphore. Laissez moi me l'approprier. Si je constate qu'une épouse cherche à fuir un mari violent, défaillant et manifestement fou… je me servirai de toute la puissance qui est la mienne pour la protéger alors qu'elle se réfugie dans les bras d'un amant qui l'aime et saura lui apporter de grandes choses. Les expatriés nous apportent continuellement de grandes choses. Cette guerre, nous la gagnons. Parce que notre armée est puissante et déterminée. Parce que notre gouvernement est fort et juste. Parce que notre Peuple est courageux et intrépide. Les expatriés font partie des trois : de l'armée, du gouvernement, du peuple. Soutenez l'Homme qui sait en tirer le meilleur.
La Générale Armstrong quitta alors le perchoir sous les applaudissements et les cris des députés, qui commencèrent alors à s'affronter entre eux. Le speaker de l'assemblée monta alors à la Tribune et tenta alors d'annoncer la levée de la séance et de préciser que la prochaine serait en début d'après midi. Alors que les députés s'affrontaient verbalement, Serena se jeta vers la sortie, enfin débloquée. Elle dévala les escaliers pour aller retrouver sa soeur, qui avait eu la même idée et elles se retrouvèrent pour se sauter dans les bras.
- Ça va ?
- Je vais pas te cacher que j'ai flippé ma race…
Elle rit et regarda alors sa soeur, la tenant par les épaules :
- Je vais t'appeler Madame la Représentante au quotidien maintenant
- Par pitié, fais pas ça
- Je vais demander à Léna de t'appeler que comme ça aussi
- Elle sait pas encore bien dire Représentante, ça va être ridicule !
- Je sais, c'est ça qu'est drôle, Madame la Repétatante
- Plus sérieusement, Réna… Ça c'est pas trop mal passé !
- Tu trouves ? Le plan s'est pas déroulé sans accro pourtant… Dit Serena en fronçant les sourcils
- Je sais. Mais c'est ce qu'on pouvait espérer de mieux. Armstrong a été géniale…
- Toi aussi t'as été géniale ! Dit alors Mustang en l'enlaçant à son tour, bien que très rapidement
- Merci… J'ai bon espoir que les députés prennent la bonne décision. Ils sont en majorité pro intégration et ceux qui auraient pu être effrayés par les soldats de l'aube vont être rassurés par le discours de la Générale. Et le Président a la confiance du Peuple, il n'est pas censé être destitué. Ils ont tous conscience que c'est une tentative de coup d'état. Ils iront pas dans ce sens. J'y crois pas
- T'as toujours été optimiste… Le discours de Bradoc était très puissants dans son style chelou. Objecta Serena
- On y peut plus rien maintenant. Je te suggère qu'on aille chercher Léna à l'école et qu'on mange ensemble… Vous en pensez quoi ? Demanda-t-elle à Serena, ainsi qu'à Roy et Malo qui la suivait
- Excellente idée. Cette gamine est un divertissement de premier choix. C'est toujours rigolo d'écouter ce qu'elle raconte. Dit Mustang en continuant de descendre l'escalier.
