Chapitre Onze : Le sourire de la Joconde

Une fois la séance levée, Edward et Alphonse traînèrent encore un peu au sein du Parlement avant de décider d'aller se trouver quelque chose à manger pour Winry et eux. Ils discutaient avec inquiétude de la situation, tentant des hypothèses à la limite du farfelu. Arrivant dans une boulangerie près de la Caserne, ils furent surpris d'y trouver encore du grabuge. Deux jeunes hommes affrontaient celui qui, au vu de sa tenue et de son très gros rouleau à pâtisserie, devait être le boulanger.

- Je ne sers pas les racistes ! Cassez vous ! Criait ce dernier

- Fais gaffe à toi, le vieux ! Bientôt, on gagnera ! Klamar va faire le grand ménage dans cette ville. On va virer tous ces parasites qui infestent notre armée et notre gouvernement ! On détruira toutes les constructions dégueulasses qui sont inspirées de leur monde pourri. On brûlera tous leurs livres !

Ce fut trop pour Edward, qui se trouvait d'une patience infinie depuis le début de son séjour à Central. Qu'on s'en prenne aux plus faibles l'avait toujours ulcéré et cette fois-ci ne faisait pas exception. Ayant en plus un souvenir très vif de l'état de l'Autre Côté et une idée assez précise de ce qu'ils avaient dû endurer pendant et après la Fuite, il décida d'intervenir. Il claqua dans ses mains et transmuta une arme à partir d'une chaise. Se plaçant à côté du boulanger, il clama :

- Hey ! Dégagez avec que je m'énerve !

Les deux autres le regardèrent d'abord avec une franche animosité, rapidement remplacée par une vague curiosité. Le visage d'Edward n'était inconnu de personne, encore moins de ceux qui habitaient Central.

- C'est toi le Fullmetal ?

- Ouais c'est moi. Cassez vous. Vous êtes dans un établissement de qualité qui n'accepte pas les connards dans votre genre…

- Ah non mais pas toi aussi ! S'exclama le deuxième, l'air dégoûté

- Comment un héros comme toi, qui a lutté pour ce pays, peut soutenir les gens qui essaient de nous le voler ? Cracha le premier

- Je vais te dire, mon pote. T'as l'air sûr de toi et de ton bon droit. Tu veux savoir qui était aussi très sûr d'avoir raison ?

Un silence froid lui répondit. Il fit tourner sa petite arme dans la main droite et répondit à sa propre question :

- C'était le type qui avait l'intention de tous vous sacrifier pour son petit bénéfice. Il était sûr qu'ils avait raison, qu'il était du bon côté de l'histoire. Et moi, mon pote, je me mets toujours du côté de ceux qu'on opprime, du côté de ceux qui sont vraiment du bon côté de l'histoire. De mon point de vue, les méchants c'est vous. Et je vous conseille vivement de vous casser…

- Ah ouais ? Et qu'est ce que tu vas faire ? Rugit l'un des hommes tandis que l'autre essayait de le retenir

- Ça fait longtemps que je me suis pas battu. Je crois que ça commence à me manquer. Je me tiens tranquille par respect pour ces honnêtes commerçants, qui ne méritent pas de voir leur établissement ravagé. Mais ça me chatouille, vraiment.

- Espèce de petit…

- Mais enfin, arrête toi ! Tu sais bien que c'est le Fullmetal ! Clama le second, en tirant son ami vers l'arrière.

Edward eut un sourire féroce et satisfait. Il y avait effectivement longtemps qu'il n'avait pas participé à une vraie bagarre et il se surprenait lui même à aimer les sensations qu'il retrouvait. L'adrénaline pulsait à nouveau dans ses veines, élargissait son champ de vision, accélérait son coeur, augmentait ses réflexes. C'était plaisant, c'était grisant, c'était comme retrouver un vieux copain qu'on a beaucoup aimé. Il vit avec plaisir, bien que teinté d'une légère déception, les deux types fuir la boulangerie prudemment. Le boulanger le remercia chaudement et, l'ayant reconnu aussi, tint à lui offrir la belle quiche qu'ils avaient pourtant bien l'intention de payer. D'un ton un peu ému, il lui dit :

- On se souvient de comment c'était à l'époque et on se souvient aussi que c'est grâce à vous qu'on en est là aujourd'hui. Donc, on va pas vous faire payer. Vous nous avez offert la liberté, Messieurs. Et en plus, vous mettez dehors les soldats de l'aube. Ça vous rend encore plus sympathique !

Se rependant en remerciements, les frères Elric quittèrent l'établissement et se rendirent à la Caserne. Maintenant qu'ils étaient un peu plus attentifs, ils remarquèrent en effet qu'un certain nombre d'habitants de la capitale les reconnaissaient et les saluaient. Pensifs, Ed et Al rentrèrent enfin dans la Caserne et alors qu'ils montaient les escaliers, Alphonse dit, à voix basse :

- J'avais déjà envie de revenir mais… je me rends compte que les gens mettent beaucoup d'espoir en nous. Ça me met une drôle de pression.

- Il parait qu'il y a une fresque de nous quelque part en ville… Marmonna Ed

- J'ai un peu peur d'aller la voir

- Dis toi qu'au moins, c'est la tête de l'armure qu'ils ont sans doute représentée.

- Hey, ça a été ma tête pendant des années… Oh, j'espère qu'ils ont représenté mes cheveux longs et pas la petite mèche toute nulle que j'ai eu après Briggs ! S'inquiéta d'un coup Alphonse

- TES cheveux ? Ironisa Ed

- Mes cheveux, les cheveux de l'armure, écoute c'est compliqué hein !

Edward ricanait encore quand il rentra dans l'appartement pour y retrouver une Winry passablement inquiète à la caserne des Alchimistes, où ils lui firent un résumé de ce qui s'était dit. Elle aussi fut optimiste.

Ça va bien se passer ! On va gagner !

Ils mangèrent ensemble et Winry annonça qu'elle allait faire un tour dans le quartier des fabricants d'Automail.

Ce type Malo, il m'a donné l'adresse du gars qui lui a fabriqué son automail. J'ai très envie de lui rendre une petite visite !

Fanatique de la mécanique… Grommela Ed, en la regardant partir

Tu dis ça parce que t'aimes pas Malo, pas vrai ?

Tu l'as entendu chanter tout à l'heure ?

- Ouais, c'était pas hyper gentil.

La raison qui avait motivé cette chanson lui revint brusquement en tête et fit naitre une douleur intense et sourde dans son ventre. Il se leva immédiatement et dit :

- Quelle heure déjà ?

- Ils ont dit 14 heures mais il peut y avoir du retard. Répondit Alphonse en fronçant les sourcils

- OK. Ça te dit qu'on aille voir Mustang en attendant ? On pourrait essayer de voir avec lui quel est le plan au cas où le parlement se tourne du côté de Bradoc…

- Si tu veux. Consentit Alphonse, qui comprit qu'Ed avait absolument besoin de rester en mouvement pour ne pas s'effondrer

Ils quittèrent l'appartement et cherchèrent un peu le Général dans la Caserne. Le planton de l'entrée leur apprit que le commandant de Central n'avait pas mis un pied dans la Caserne mais qu'il était sûrement au Premier Refuge. Il prit le temps d'expliquer aux natifs de Resembool ce qu'était devenu l'ancien Troisième Laboratoire. Les deux frères prirent donc le chemin de l'institution refuge des expatriés et furent agréablement surpris de la trouver déjà bien protégée par une série de policiers en uniforme. Le bâtiment n'était pas bien différent de leur souvenir, à l'exception d'une statue qui trônait dans la Cour à présent ombragée. Ils prirent le temps d'admirer l'allégorie. C'était une femme en tunique, qui se tenait bien droite et dont les cheveux de pierres semblaient voler au vent. Elle tenait une épée dans sa main droite, plantée dans le socle de la statue. Dans sa main droite, elle tenait trois livres qui portaient les titres de Liberté, Beauté, Vérité. La statue n'avait pas le visage fier et triomphant. Elle avait une expression sérieuse, les sourcils froncés et le regard au loin. Sur le socle, on pouvait lire la devise que c'était choisi les expatriés : VIVRE LIBRE OU MOURIR.

- C'est le genre de truc que pouvait dire Gabrielle... Dit alors Edward

Pour la première fois depuis longtemps, le souvenir de la meilleure amie des sœurs Wolfe surgit dans sa mémoire et le mit mal à l'aise. Son absence était flamboyante maintenant qu'il y pensait. Sans doute qu'elle n'avait pas voulu quitter le monde pour lequel elle se battait avec férocité. Il commença à s'étonner que Serena et Alicia soient si seules dans ce monde, sans aucun de leurs amis. Puis il se rappela que les deux sœurs avaient une excellente raison de fuir leur monde et la pensée de cette petite fille remplit à nouveau son esprit, lui donnant une vague nausée. Son frère le détourna de ses pensées bien sombres en disant :

- Ils auraient pu choisir des titres ronflants pour les livres. Ou même des concepts comme la démocratie, la justice ou l'égalité. Ils ont choisi de représenter ce qu'ils pouvaient nous apporter. Y'a une vraie humilité dans ce choix je trouve

Edward hocha la tête. La somme des progrès que les expatriés avait apporté à leur monde leur était parvenu dans leur campagne et il continuait à s'en rendre compte. Le hall du Premier Refuge lui en apporta encore la preuve.

Pour n'importe qui, les œuvres rassemblées auraient été fascinantes. Mais pour les frères Elric qui avaient séjourné de l'Autre Côté, l'émotion était tout autre. Au centre de la grande salle trônait ce qui était visiblement des reproductions des Droits de l'Homme et du Citoyen et de la Magna Carta. Une grande travée circulaire était ornée d'oeuvres qu'ils admirèrent en silence : La jeune fille à la Perle, la Pierre de Rosette, La Liberté Guidant le Peuple, la Déclaration d'Indépendance des États Unis d'Amérique, Les Tournesols, l'Édit de Nantes... Edward s'arrêta devant un tableau et le regarda longtemps, oubliant presque la présence de son frère à ses côtés. Il finit par murmurer :

- Je crois qu'elle avait raison

- De quoi tu parles ? S'étonna Alphonse en regardant la peinture

- Serena avait raison à propos de ce tableau. Elle a l'air décevante mais elle te reste en tête longtemps. Je me demande pourquoi elle me sourit comme ça...

Mona Lisa le regardait, immobile et éternelle. Edward se souvenait de leur première rencontre, lors d'un week end organisé à Paris par les deux sœurs, il y a une éternité. Il eut un sentiment d'amertume quand il se rappela qu'elle n'était sans doute qu'une reproduction. La vraie était dans les mains du Gouvernement Unique des États d'Europe Unis. Il avait l'impression qu'elle aussi, il aurait dû l'emmener ici avec lui, qu'elle aussi méritait d'être admirée par un peuple en liberté. Mais malgré tout, il y avait quelque chose qui émanait de cette peinture.

- Qu'est ce qu'elle peut bien savoir que je ne sais pas ? Murmura Ed

- Tu crois que elle, elle sait comment cette journée va se terminer ? Ironisa Alphonse

- Sans doute. Elle a l'air de tout savoir.

- Monsieur ? Demanda alors une petite voix derrière eux.

Les deux frères se retournèrent d'un coup et baissèrent les yeux. Ils se figèrent instantanément. Edward sentit ses tripes se glacer et Alphonse son cœur se serrer. Une petite fille les regardait d'un air sérieux. Elle avait des cheveux noirs si bruns qu'ils avaient des reflets bleus, des lèvres pleines et charnues et de grands yeux dorés. Elle les regardait très sérieusement et pointa Edward du doigt :

- Comment tu t'appelles ?

- Euh…

- Moi je m'appelle Léna Wolfe. Dit elle avec un bel aplomb

- Euh… je m'appelle Edward et lui c'est mon frère Alphonse. Répondit le jeune homme avec une voix enfin un peu ferme

- Vous êtes frères ? La chance. Moi j'aimerai trop avoir un frère ! S'exclama la petite, les yeux brillants

Alphonse hésita un peu entre rire et pleurer tandis qu'Edward balbutia une réponse indistincte.

- C'est vrai que vous avez des bonbons à la pomme ? Demanda la petite fille, ignorant visiblement qu'elle créait une tempête dans les esprits de ses deux interlocuteurs

- Euh… Ben oui mais comment tu sais ?

- Mon copain Grimes vous a vu avec. J'aime bien les bonbons à la pomme

- Oh tu veux qu'on t'en donne ? Dit Edward en sortant les bonbons de sa poche

« On peut donner des bonbons à des enfants ? C'est censé être important cette histoire de bonbon, pour les dents et tout… qu'est ce que je suis censé faire si je suis son… » pensa Edward avec angoisse

- Ah non, on donne pas ! On échange ! S'exclama la petite en interrompant les pensées anxieuses d'Ed

- On échange ? Demanda Alphonse

- Oui. C'est l'échange équivalent. C'est de l'alchimie. Vous connaissez ? Demanda la petite avec un joli sourire

- Un peu… Murmura Ed

Quand on se rappelait de qui éduquait cette enfant, il n'était pas si surprenant qu'elle soit déjà familière avec un concept comme celui de l'échange équivalent. Mais ça créa quand même une émotion difficile à gérer chez Edward. Elle continua sa démonstration avec un bel aplomb :

- J'ai trois bonbons à la menthe. Je te les donne si tu me donnes 3 bonbons à la pomme. Ça roule ? Poursuivit Léna en montrant son offre dans sa petite main encore potelée

- Ça me semble équivalent ! Dit-il en se mettant sur un genou

- Tu t'y connais en alchimie Monsieur Edward ? Demanda la petite en procédant à l'échange

- Je m'y connais pas mal ouais…

- Moi quand je serai grande comme toi, je serai alchimiste ! S'exclama la petite fille

Cette phrase provoqua une émotion si forte chez les deux garçons qu'ils eurent l'impression d'étouffer. Soudain ils entendirent une voix familière, qui criait dans les couloirs du Premier Refuge :

- Léna ! Elle est passée où cette gosse ? C'est pas possible cette habilité à disparaître comme ça, c'est bien la fille de son père… oh !

Serena se figea en observant la scène qui se déroulait devant ses yeux. Et merde ! La petite phrase ironique qu'elle venait de lâcher résonnait encore dans le hall et elle vit bien l'étincelle douloureuse dans les yeux dorés d'Edward. Elle fut rapidement détournée par la petite fille qui courrait à toute vitesse dans sa direction avec un grand sourire.

- Réééééna !

Réna ? se répétèrent alors les frères Elric avec surprise tandis qu'Edward se redressait en fronçant les sourcils. Dans un mouvement inversé, Serena se mettait à genoux pour accueillir la petite fille avec un grand sourire :

- Regarde ! Des bonbons à la pomme !

- Où est ce que t'as dégoté ça ? Demanda la jeune femme, surprise

- J'ai échangé ! Avec le Monsieur Edward ! Répondit Léna en montrant Ed du doigt derrière elle

- T'as échangé ? Contre quoi ?

- J'ai fait de l'échange équivalent comme en alchimie. J'ai échangé trois bonbons à la menthe contre trois bonbons à la pomme !

- Mmmh. Ça marche pas. C'est pas de l'échange équivalent ça, Dit Serena très sérieusement

- SI ! Pour chaque chose obtenue, il faut en sacrifier une autre. J'ai sacrifié trois bonbons a la menthe contre trois bonbons à la pomme. Ça marche ! Récita la petite fille avec un air sérieux et une voix outrée

- Non, mon ange c'est pas tout à fait ça l'échange équivalent. La règle dit que pour chaque chose obtenue, il faut en sacrifier une autre d'une même valeur. D'accord ?

- Oui !

- Sauf que toi, t'adores les bonbons à la pomme et tu détestes les bonbons à la menthe. Donc ces deux choses n'ont pas la même valeur ! Pour que l'échange soit équivalent, il aurait fallut que tu échanges trois bonbons à la menthe contre un seul bonbon à la pomme

- Mais c'est pas juste ! Cria Léna

- Ah ben si ! C'est de l'alchimie. C'est ce qu'il y a de plus juste. Si tu veux être alchimiste, il faut respecter les règles…

- Mais… mais… mais le monsieur Edward a dit que c'était équivalent ! Et il connaît l'alchimie, Se récria la petite fille

Elle défendait son petit trésor bec et ongle et Serena eut un sourire plein de tendresse. Elle mit une main dans les cheveux de la petite et dit, avec patience :

- C'est vrai, Edward connaît très bien l'alchimie mais il te connaît pas encore bien toi. Il pouvait pas savoir que t'aimais pas les bonbons à la menthe. Ça aussi c'est quelque chose d'important à retenir si tu veux être alchimiste, il faut toujours avoir toutes les informations. C'est pour ça qu'il faut travailler très dur

- Mais… mais…

- Tu sais ce qu'il te reste à faire ?

- Oui…. dit la petite, en baissant la tête

En trainant les pieds, elle se retourna et fit le chemin inverse jusqu'aux deux frères Elric. Elle prit deux des bonbons et les tendit à Edward. Elle avait la lèvre inférieure qui tremblait mais un air très sérieux et très déterminé. Ed récupéra ses deux bonbons en murmurant :

- Merci…

- C'est pas facile, de faire de l'alchimie. Affirma la petite fille avec un air triste

- Je sais.

- Mais moi, quand je serai grande, je serai trop forte comme alchimiste. Je connaitrais tout super bien et les gens seront très impro.. impréssi... im-pré-ssio-nés quand on dira comment je m'appelle ! Comme avec Réna ! Ça sera trop cool !

La tristesse de devoir abandonner deux des bonbons était partie, remplacé par son rêve d'enfant de devenir la plus grande alchimiste du monde et sa conviction innocente et absolue qu'elle allait y arriver. Ed et Al ne purent s'empêcher de sourire.

- En attendant, ma puce, si tu veux y arriver, faut quand même aller à l'école. Rappela Serena, quelques mètres plus loin.

- Oh oui ! L'école !

Elle fit un grand sourire et un petit signe de la main aux deux frères, avant de courir en direction de la jeune femme, qui la serra rapidement dans ses bras avec un grand sourire avant de la regarder partir par là où elle était arrivée. Serena se releva en disant :

- Elle veut être l'alchimiste licorne. Je sais pas encore tout à fait à quoi ça correspond en terme d'alchimie mais ça reste le truc le plus mignon du monde.

Elle s'épousseta les jambes et soupira, laissant le silence s'étirer dans le hall. Alphonse finit par demander, doucement :

- Serena, c'est..

- Ma petite soeur. Léna, c'est ma petite soeur. Affirma la jeune femme, d'une voix forte.

Elle tourna son regard vers eux, sans les regarder. Ses yeux s'attardèrent sur le tableau derrière eux et c'est bizarrement à Mona Lisa qu'elle semblait s'adresser :

- J'avais vaguement entendu des rumeurs qui circulaient. Je suis désolée qu'elles vous soient parvenues. Les gens ont tendance à sauter aux conclusions et à se mêler de ce qui les regardent pas.

Elle se savait doucement hypocrite, aussi essaya-t-elle d'être un peu plus honnête :

- J'aurai peut être due être plus claire hier soir. Mais bon… J'étais un peu perturbée par… et ben sans doute par tout ce qui était en train d'arriver. Vous avez pas dû passer une bonne nuit. J'en suis désolée.

Edward était partagé entre un vague sentiment de colère et un soulagement absolu. Il ne réfléchit même pas à comment cette enfant pouvait être la petite soeur de Serena et Alicia, mais son frère ne laissa pas l'information lui échapper :

- Comment c'est possible ?

- Que j'ai une petite soeur de plus ? Il se trouve que mon père a prouvé qu'il pouvait être un plus gros enfoiré qu'on semblait déjà le penser. La mère de la petite s'appelait Sarah. Elle est morte en la mettant au monde. Elle avait de jolis yeux verts, presque dorés. Magnifique. Léna en a hérité.

- Oh… Et ben… Désolé de… Enfin… Balbutia Alphonse tandis qu'Edward luttait entre ses différentes émotions, surtout qu'une certaine amertume bien incongrus s'était invitée à la fête qui se déroulait dans sa tête.

- Oh, vous excusez pas. Vous y êtes pas pour grand chose. Contrairement à ce que certains peuvent raconter.

Elle saisit alors sa Montre en Or et regarda l'heure. Sans en détourner le regard et avec un froncement de sourcils, elle dit :

- Il reste une petite demi heure avant la réouverture du Parlement. Ça vous laisse un peu de temps pour finir le tour du Hall des Arts. Je vous laisse devinez lesquels sont des originaux…

- Y'a des orignaux ? S'étonna alors Edward, ouvrant la bouche pour la première fois.

Serena sourit et regarda à nouveau derrière eux. La Joconde continuait de sourire, mystérieusement.

- Des rebelles ont fait un tour dans certains musées avant de passer par la Porte. Ils nous ont ramenés certaines de nos merveilles.

Edward se tourna alors vers le tableau et dit :

- Bordel, je le savais que c'était la vraie.

- Ça, je te dis pas. Mais je croyais que tu l'aimais pas tant que ça.

- Oh si…

Dans son dos, il entendit la jeune femme rire doucement et ce son résonna à l'intérieur de lui, faisant vibrer le coffre dans le coin de sa tête. Il l'entendit partir et ne se retourna pas pour l'observer. Il était fixé sur la Joconde, soulagé à bien des égards.