Chapitre treize: Tête brûlée

Serena rentra chez elle, outrée et se plaignit longtemps dans l'oreille de sa petite sœur de moins en moins compatissante. On venait de lui refuser l'enquête sur les hommes qu'elle venait pourtant de participer à capturer.

- La prochaine fois, je laisse les comploteurs faire ce qu'ils veulent et je passe mon chemin.. Grommela la jeune femme

- Ça s'appelle pas de la trahison ça ? Ironisa Alicia

Sa sœur aînée fit peu de cas de son commentaire et continua à se plaindre bruyamment. Alicia finit par craquer et lui demanda :

- Mais enfin ! Laisse la police faire son travail de police. T'as pas mieux à faire que d'enquêter là-dessus ? T'es alchimiste d'état ! Fais de l'alchimie !

- C'est juste que... Ça sonne faux ! Y'a un truc qui sonne faux et je veux mettre le doigt dessus !

- De toute façon, on sait toutes les deux que tu finiras par faire ce que tu veux, comme d'habitude. Soupira Alicia

*o*

Le lendemain, l'aînée des sœurs Wolfe arriva dans la Maison des Alchimistes en soupirant bruyamment. Elle avait eu beau tourner le problème dans tous les sens, elle n'y trouvait pas de solution. Elle nota une légère perturbation dans l'ambiance générale de la Maison. Après tout, se disait-elle, des rebelles qui portent allégance à King Bradley, ça avait de quoi paniquer tout le monde. Les souvenirs de l'Ancien Régime étaient encore frais dans la majorité des esprits. Elle ne comprit la nature de l'excitation générale qu'en arrivant au dernier étage de la Maison. Sa respiration se bloqua dans ses poumons. Évidemment. Il était là. Le fils prodigue. Le génie de l'alchimie. En train de s'installer dans son bureau sous le regard attentif de Sayuri. Ce fut uniquement à ce moment là que Serena réalisa à quel point elle allait devoir le voir tout le temps. En permanence. Même ici, même chez elle, même dans son sanctuaire, celui de l'Alchimie. Elle lutta quelques secondes pour retrouver son souffle, vacillante. Puis elle se dirigea comme une balle dans le bureau ouvert du Général Mustang :

- Ah t'es là ma petite ampoule ? Tu envisages de me le donner, ton rapport de mission ou je peux aller me faire...

- Justement. Donne moi une mission ! Interrompit Serena, le souffle court

Roy ne leva pas les yeux immédiatement de son travail et soupira :

- Franchement, Réna j'ai aucun ordre de mission qui puisse justifier de l'envoi d'un Alchimiste Premium sur le terrain. Tu veux pas plutôt reprendre ton travail sur les boucliers ? Au vu de l'efficacité des bracelets personnels, j'ose à peine imaginer à quel point ça serait...

- Roy, je t'en supplie, donne moi une mission de terrain ! S'écria la jeune femme

Le ton de sa voix était urgent et le Général leva des yeux inquiets vers son apprentie et se fut son tour de vaciller. Elle avait le même regard que le jour où il l'avait rencontrée. Un regard de colère, de tristesse, de deuil. Elle insista pour la forme :

- Donne moi n'importe quoi. S'il te plait. N'importe quoi.

*o*

La fin de l'après midi répandait une lumière froide dans le bureau flambant neuf d'Edward Elric. Assis au milieu d'un tas de carton à moitié déballé, le jeune homme fixait sa Montre en Or flambant neuve. Il l'ouvrit pour regarder à l'intérieur et se demanda si il fallait qu'il grave quelque chose à l'intérieur de celle là aussi. L'idée lui plaisait mais il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait bien y mettre. Au coeur de la précédente, il avait gravé le symbole de sa détermination. Mais à présent, il n'était pas certain de ce qui le motivait. Après tout, il y a encore quelques jours, il criait encore sur tous les toits qu'il était hors de question qu'il remette un pied dans l'armée et qu'il avait la ferme intention de passer les semaines suivantes à construire les meubles pour sa maison. Et puis il avait été pris dans une suite d'événements qui l'avaient menés là, dans ce bureau déjà pleins de livres et à la porte gravée du sceau de son maître.

- Qu'est ce qui me motive cette fois ? Grommela-t-il

Difficile à voir. Toujours en mouvement est l'avenir, dit dans le creux de son oreille une voix grinçante. Ed eut un rire amusé. Décidément, en cas de doute, il fallait toujours penser à Maître Yoda. Si il fallait choisir à une citation, ça serait sans doute l'une du vieux maitre Jedi qu'il faudrait graver dans sa Montre en Or. Pourquoi pas Personne par la guerre ne devient grand ? Il en avait toujours été persuadé, même dans la fougue de sa jeunesse, même quand il s'était engagé la première fois. Ça ne l'avait jamais attiré et même quand il avait été victorieux, il était toujours sorti des affrontements avec un goût amer dans la bouche. Mais à l'époque, ça avait été la seule alternative. À présent, il y avait d'autres voies que celle de l'armée si on voulait étudier l'alchimie. C'était d'ailleurs celle qu'il avait suivi les trois dernières années. Alors pourquoi s'engager à nouveau ? Parce qu'il y avait la guerre ? Parce qu'un gouvernement étranger et fasciste qu'il ne connaissait que trop bien voulait importer son idéologie puante dans un pays pour laquelle il avait failli tout perdre ? Parce qu'une population à laquelle il était attachée était victime de persécution ? Parce qu'il était incapable de rester tranquille ? Sans doute un peu de tout ça. Les doutes s'effacèrent très vite. Il avait fait le bon choix en devenant alchimiste d'état à nouveau. Sa seule crainte, c'était de mal vieillir, de finir par aimer la guerre, de perdre ses valeurs de jeunesse. Il ne fallait pas qu'il cherche à devenir grand par la guerre. Ça serait un sacré défi à relever. Une légère agitation remua la salle commune et il leva les yeux pour voir la silhouette de Serena quitter la pièce circulaire vers les escaliers. Il fronça les sourcils et sentit le creux de son estomac le lancer légèrement. En se penchant sur un de ses cartons, il se demanda si la douleur allait finir par se calmer. Sans doute avec le temps. Il faudrait s'habituer à sa présence à elle, surtout qu'elle travaillait ici aussi.

- Je suis surpris par ton choix…

Edward leva les yeux vers le Général Mustang qui le regardait d'un air vaguement curieux. Et il y avait aussi une autre émotion dans le fond de son regard noir. Difficile de dire laquelle mais il avait toujours trouvé que son supérieur était difficile à analyser. C'est sans doute ce qui lui avait permis d'aller si loin dans la hiérarchie.

- À quel propos ? Demanda Edward, poliment

- Le bureau. Je pensais que tu prendrais plus grand… Un bureau à la taille de ton égo…

- C'est vous qui dites ça…

- J'ai pris le plus beau…

- Sans déconner. J'avais besoin des bibliothèques ! Répondit Edward en montrant les murs

- Hum… Ça fait beaucoup de livres. Tu sais qu'on a une des plus belles collections du continent ? Ironisa Mustang

- C'est surtout des ouvrages étrangers. Vu que c'est là-dessus que je vais bosser…

- L'alchimie mixte. Ambitieux mais intéressant… Grommela Mustang

- Si vous le dites.

- Autant mettre à profit toutes ses années de voyages, après tout.

- C'est ça. J'espère juste que je serai à la hauteur.

Edward avait dit sa dernière phrase à voix basse, comme pour lui même, dans le prolongement de ses dernières pensées. Il fut surpris de la réponse de Mustang :

- Fais le ou ne le fais pas. Te contente pas d'espérer.

Edward cligna des yeux et regarda son ancien mentor quitter la pièce sans rien ajouter. Fais le ou ne le fais pas. Il n'y a pas d'essai. Il avait toujours trouvé que Yoda avait été un peu dur avec le jeune Luke Skywalker en lui disant ça. Mais maintenant qu'il y pensait… Quand on l'outrecuidance de vouloir influer sur le cours des choses, on ne peut pas se permettre le luxe de l'hésitation ou de l'atermoiement. On le fait ou on ne le fait pas. Ça ne veut pas dire qu'on est obligé de réussir, mais ça veut au moins dire qu'on se doit de le faire pleinement. Satisfait d'avoir répondu plus ou moins à ses questions internes, il fut à nouveau interrompu dans son rangement. Trois petits coups timides avaient été portées à sa porte ouverte et il eut la surprise de croiser le regard timide de Sayuri Remen, qui se tenait silencieuse sur le pas de la porte. Le silence se prolongea pendant de longues secondes et quand il se rendit compte qu'elle n'avait aucunement l'intention de le briser, il avança un :

- Salut…

- Mon Lieutenant…

Il haussa les sourcils et l'interrompit :

- Je t'en supplie, on peut se passer de ce genre de choses

- Vous êtes mon supérieur hiérarchique donc je dois…

- Je suis pas entré dans l'armée par passion des titres. Appelle moi Ed ou Edward. Fullmetal si tu veux. Mais on peut se passer des titres. J'imagine que t'appelles pas Serena Commandant ?

- C'est différent mais… Effectivement.

Le silence s'imposa à nouveau et fit sourire Edward :

- T'es pas la reine de la conversation hein ?

- Pas vraiment… Sourit Sayuri

- T'es l'Alchimiste de l'Eau toi ?

- C'est ça

- J'ai connu un alchimiste de Glace.

- Ouais, j'en ai entendu parler. Je me contente pas de faire bouillir ou geler l'eau personnellement. Enfin… Je sais le faire mais…

- Sur quoi tu bosses alors ?

Elle rougit et balbutia avant de soupirer :

- Le plus simple, c'est que vous lisiez mon mémoire de fin d'apprentissage. Il est avec les autres à la bibliothèque

- Je ferai ça si tu me tutoies par contre.

- Si vous… Si tu veux…

- Cool. On va peut être finir par être pote toi et moi…

- Euh… Je sais pas si… Enfin…

- T'as pas envie qu'on soit pote ? S'étonna Ed

- C'est pas que j'ai pas envie… Mais euh… Serena est ma meilleure amie donc…

- Ah. Et ben, c'est si incompatible que ça ?

Sayuri n'eut pas l'occasion de répondre. Malo surgit derrière elle, ignorant superbement la présence d'Edward à quelques pas de lui.

- Sayu ? On repart. Dit le grand métisse de sa voix profonde

- En mission ? Déjà ? Mais vous en revenez à peine ? S'étonna la jeune femme

- Ouais ben… On repart. Serena a… réclamé une mission.

- C'est en lien avec les événements de l'intronisation ? Demanda Sayuri en fronçant les sourcils

- Si on veut… Répondit Malo en jetant un regard vaguement haineux à Edward avant de repartir

Sayuri eut l'air perdu et regarda de partout sauf en direction de son nouveau collègue. Concernant ce dernier, il sentait le creux de son estomac le lancer à nouveau. Il en avait entendu et comprit suffisamment pour se rendre compte que Serena comptait visiblement le fuir. Il ne faudrait pas s'étonner si les expatriés lui en veuillent pendant quelques temps. Après tout, ils n'avaient eu que sa version de l'histoire et il n'avait aucunement l'intention de rajouter du contexte. Il avait renoncé à s'expliquer. Serena et Alicia ne semblaient pas vouloir en savoir plus et hors de question qu'elles ne l'apprennent de quelqu'un d'autre que son frère ou lui. Ça serait pour plus tard, peut être.

- Fullmetal ? Demanda alors la voix chantante de Sayuri de retour sur le pas de la porte

- Oui ?

- La tradition veut qu'on mange ensemble tous les midis. On peut inviter qui on veut tant qu'ils sont accrédités. Donc les chercheurs, praticiens et étudiants sont les bienvenus. On met des sous tous les mois dans le pot commun pour commander. Y'a un grammophone dans la pièce commune, on choisit chacun notre tour et on a tous un véto par jour pour changer la musique. Voilà… C'est la tradition mais tu peux rester seul dans ton bureau porte fermée si c'est ce que tu préfères. Pour bosser ou… pour être tranquille…

C'était le plus long discours qu'il lui avait jamais entendu tenir. Elle semblait épuisée et rougissante. Il sourit et dit :

- OK, merci pour les infos. Je mettrais des sous demain dans le pot.

- D'habitude, c'est… enfin c'est vraiment sympa de bosser ici. J'espère que… que tu te sentiras bien…

- J'espère aussi. Merci beaucoup Sayuri.

Elle hocha la tête et s'enfuit dans son bureau. Edward se leva et se dirigea vers le grammophone pour regarder les disques disponibles. Il se rendit compte que la collection était pleine de compilations de morceaux venant de l'Autre Côté. Il en sortit un nommé « Chansons pour les pieds » et écouta les rythmes dansants en rangeant ses livres. Ça allait bien se passer. Pas vrai ?

*o*

Alphonse était affalé dans un des fauteuils du bureau de son frère. Il lisait à son tour le mémoire de fin d'apprentissage de Sayuri et soupira :

- Si c'est ça qu'il faut pour devenir Premium, je ferai bien de me concentrer un peu plus sur mes études…

- Au lieu de passer toutes tes soirées à sortir avec tes nouveaux copains, ça serait bien ouais ! Gronda Edward

Alphonse sourit et ne releva pas le commentaire. Il jeta un oeil vers Edward et dit :

- Si t'as trouvé le mémoire de Sayuri…

- Et ben ?

- J'imagine que t'as aussi pu trouver celui de Serena…

Edward le regarda et soupira à son tour. Sans faire de commentaire, il ouvrit un tiroir de son bureau et sortit une grosse liasse de papiers qui résonna sur le bois. Alphonse s'abstint de faire remarquer qu'il n'était pas obligé de le cacher comme si c'était une sombre revue pour adultes et demanda :

- C'est comment ?

- Absolument brillant. Au point où s'en est agaçant. A croire qu'elle peut pas s'empêcher de réussir tout ce qu'elle entreprend.

- À ce point ?

- Elle a poussé l'étude de l'alchimie énergétique comme personne avant elle. Je te dis, c'est agaçant.

- Console toi en te disant que tu peux aligner un degré de connaissances semblables contrairement à avant où elle te dominait sur tous les champs de recherche possibles.

- On saura jamais, t'as remarqué qu'elle est pas là… Grinça Edward

- Elle finira bien par revenir.

- Ça fait des semaines. Sa dernière mission s'est terminée il y a plusieurs jours mais elle refuse de revenir. Elle et Malo trainent dans l'est au point où j'ai entendu des rumeurs que la directrice de la maison de l'Alchimie de l'Est commence à se fâcher de les savoir dans son district la bride au cou.

- Elle est quand même revenu il y a quelques jours, pour voter à l'élection des Représentants des Expatriés. Nuança Alphonse

- Juste au moment où j'étais en mission moi même. Je commence à me sentir persécuté. Ironisa Edward

Alphonse sourit doucement mais n'ajouta rien. Il savait ce que ressentait son grand frère, partagé entre l'inquiétude que provoquait l'attitude complètement anarchique de Serena et le soulagement de ne pas devoir la voir quotidiennement. Edward commençait juste à se sentir vraiment bien dans son nouvel environnement. Il passait ses journées à travailler dans son bureau. Marcoh l'avait encouragé à commander le plus de livres étrangers possibles, tant que les relations diplomatiques étaient bonnes. Ses dépenses d'argent public était permise tant qu'il rédigeait un résumé des ouvrages qu'il commandait et qu'il en réservait un à la bibliothèque alchimique. Ces rédactions, associées à une correspondance de plus en plus riches avec des savants de l'est et de l'ouest, se complétaient par le travail sur son propre mémoire, qu'il pensait faire en deux parties. Il se concentrait sur la première et attendait que son frère soit intronisé pour travailler sur la seconde, qui tournerait autour des liens avec l'éléxirologie. Il se sentait bien et même la première mission qu'il avait terminé il y a quelques jours, lui avait apporté beaucoup de satisfaction. Rien de bien compliqué, juste une petite intervention pour aider des collègues praticiens qui galéraient à l'ouest avec des mercenaires qui faisaient leur beurre sur les conflits entre Amestris, Creta et Milos. La vision fugace d'un Mustang visiblement contrarié le tira de ses réflexions. Il fronça les sourcils :

- Bizarre

- Quoi ? S'étonna Alphonse

- Je crois pas qu'il y ait grand monde qui puisse mettre une expression pareille sur la gueule du Général… Répondit Edward en se levant

Il rejoignit son supérieur dans son bureau et entreprit de lui tirer les vers du nez.

- Qu'est ce qu'elle a fait ?

- Rien qui te regarde

- Dites moi, je vous lâcherai pas. Dit Edward d'un air buté.

- Pourquoi pas ? En quoi ça t'intéresse ?

- Oh je sais pas, peut être parce que la raison qui la pousse à faire n'importe quoi, c'est moi ! Alors je me sens un peu concerné, curieusement. S'énerva Edward

Il sentait un bouillonnement dans son estomac et Mustang renonça bien vite à lutter contre lui :

- Elle a accepté une mission.

- Encore une ?

- On parle pas de la construction d'un dispensaire ou d'une enquête de routine. On parle d'une mission suicide. Soupira Roy en passant une main dans ses cheveux

- A ce point ? S'inquiéta Ed

- Au point que, malgré le fait que l'ordre de mission soit publié depuis des années, aucun alchimiste d'état ne l'avait encore acceptée. Aucun.

Le creux dans l'estomac d'Edward le pince douloureusement.

*o*

Serena se pencha pour entrer dans la tente, soupirant légèrement de soulagement de quitter la chaleur écrasante du désert de la frontière est. Elle sentait la présence habituelle et rassurante de Malo derrière elle. Ça lui donna un peu de confiance pour avancer sans hésitation vers l'homme qui se tenait assis bien droit au centre de l'attente. Les yeux rouges du vieil homme étaient pleins d'un sentiment qu'elle avait du mal à identifier. Curiosité, mépris, colère ? C'était sans doute un peu des trois. L'assistance autour d'eux était visiblement hostile et le duo d'alchimistes progressaient avec prudence. Ils étaient tous les deux conscients qu'au moindre problème, ils seraient en difficultés. Quand ils s'assirent devant l'homme, ils firent une légère révérence de politesse et attendirent patiemment, dans la lourdeur de l'atmosphère, que le Grand Prêtre s'adresse à eux en premier :

- Vous êtes les alchimistes d'état ?

Serena et Malo hochèrent la tête, sans rien ajouter. Des chuchotements se répandaient dans l'assistance et il ne fallait pas être grand sage pour deviner que ça n'était pas des paroles d'admiration.

- On entend beaucoup parler de vous ces derniers temps. Vous parcourez le sud et l'est du pays en faisant grand bruit. Continua le prêtre

- Se faire remarquer, c'est notre marque de fabrique. Ironisa Malo

Serena garda le silence. Ça faisait effectivement plusieurs semaines qu'elle avait quitté Central et elle n'y avait pas remis les pieds plus de deux jours d'affilés depuis l'intronisation d'Edward. Malo et elle accomplissaient une mission puis trainaient dans les parages en essayant de se rendre utile, quitte à passer pour des redresseurs de tords. La frontière de la légitimité militaire était d'ailleurs bien souvent franchis avec allégresse et il fallait toute la sympathie qu'avaient à leur égard Riza Hawkeye et d'Alex Louis Armstrong pour qu'ils ne se soient déjà pas pris plusieurs blâmes. Les journaux s'amusaient beaucoup des exploits du duo d'alchimistes, notant que l'Alchimiste de Lumière prenait parfois des risques inconsidérées. Une vraie tête brulée, selon le canard le plus populaire de Central. Le choix de cette mission, que tous les alchimistes évitaient avec application depuis des années, n'allait pas améliorer cette réputation toute neuve.

- Que venez vous faire ici ? Demanda le prêtre

- L'intitulé de la mission est de créer des liens avec le peuple Ishbal. Répondit laconiquement Serena

Le vieux prêtre les regarda un instant d'un air circonspect avant d'éclater d'un rire sans joie et de demander :

- Et vous pensez quoi de cette mission ?

- Que c'est la preuve que l'état major ne comprend toujours rien à votre peuple et qu'envoyer le corps largement responsable du génocide de votre peuple pour créer des liens avec vous, c'est soit de la bêtise soit de la malveillance. Répondit Serena avec un quart de sourire

Un rire se répandit dans l'assistance, quoique teinté d'amertume. Malo sourit à son tour mais la tension ne quittait pas sa colonne vertébrale. Le vieux prêtre leva la main et le silence se fit à nouveau

- Alors si vous trouvez cette mission stupide, pourquoi être venu ?

Serena se tourna vers son meilleur ami, qui prit la parole à son tour :

- Vous avez besoin d'un docteur ?

Le prêtre fronça les sourcils et répondit :

- Oui. Mais mon peuple préfère mourir que d'accepter des soins d'une alchimie impie...

- Je suis médecin. Alchimiste certes, mais médecin. Je sais pratiquer la médecine classique, sans recourir à l'alchimie. Si vous ne souhaitez pas que je l'utilise, je ne le ferai pas.

- Vous respecteriez nos croyances ? Demanda le prêtre en haussant un sourcil circonspect

- Dans mon pays, les médecins prêtent un serment qui obligent entre autre à soigner tout le monde dans le respect des croyances et des valeurs. Je ne parjurerai pas. Affirma Malo

Le prêtre hocha la tête et passa une main dans sa barbe en dardant ses yeux rouges sur les visages pleins de jeunesses des deux alchimistes qui le regardaient. Il demanda :

- Savez vous pourquoi j'ai accepté de vous recevoir ?

- Dites nous.

- Je voulais vous délivrer un message. Un message d'avertissement. Vous êtes des expatriés, n'est ce pas ?

Serena et Malo hochèrent la tête et attendirent tranquillement que le vieil homme continua sa phrase.

- Ce pays n'est pas fait pour accueillir la différence. Ce pays a été fondé sur un pêché, sur une erreur. Ceux qui dirigent finiront par vous rejeter, vous exclure comme ils l'ont fait avec nous. Un jour, ils n'auront plus besoin de vous. Il est important que vous en ayez conscience.

Malo fronça les sourcils et allait répondre quand Serena le devança :

- Peut être. C'est possible. C'est probable même. Malheureusement, nous n'avions pas d'autres alternatives.

- Vous devez venir de l'Enfer lui même dans ce cas !

- Nous venons d'un monde capable de beauté, de poésie, de richesse et de douceur. Une terre de lait et de miel. Qui est devenu si rance que nous n'avons pas eu le choix que d'espérer en trouver ailleurs. Merci pour cet avertissement. J'espère vous rassurer en vous disant que nous avons conscience du danger et que nous nous préparons à l'éviter. En essayant de changer Amestris de l'intérieur, peut être.

Le vieux prêtre hocha la tête en souriant. Puis il regarda Malo et ordonna à un de ses moines de guider le médecin vers ceux qui avaient besoin de son aide. Une fois son partenaire parti, il regarda Serena et lui demanda :

- Et vous ? Savez vous faire autre chose que de l'alchimie ?

- Non. Dans ce monde, c'est tout ce que je sais faire d'utile. Sourit la jeune femme

- Quel malheur... Saviez vous faire autre chose dans votre monde ?

- Pas vraiment. J'occupais l'essentiel de mon temps à lire des livres.

- Une saine occupation. Vous êtes une érudite ?

- Je suis trop jeune pour m'attribuer un tel titre mais j'espère le mériter un jour.

- Jeune fille... Pouvez vous satisfaire l'envie d'érudition du vieil homme que je suis ? Demanda le Prêtre en se penchant vers elle

- Je ferai de mon mieux mais que puis-je vous apprendre à vous ?

- Chaque être humain est source d'apprentissage. Dites moi, croyez vous en Dieu ?

- Oui. Mais ça n'est pas le même que vous. Sourit la jeune femme

- C'est un Dieu de votre monde ?

- Non. C'est un Dieu que j'ai pu voir de mes yeux

- J'ignorais qu'il existait des Dieux qui acceptaient de se montrer à leur fidèle...

- Oh je ne me définirais pas comme un de ses fidèles. Je crois que je le déteste trop pour ça. Sourit Serena en posant son menton dans sa main

- Détester celui qu'on appelle Dieu, voilà qui doit être grande source de souffrance et d'amertume...

- Je trouve de la joie et du réconfort ailleurs

- Est ce la raison qui vous fait parcourir les routes comme une poule qui aurait perdu sa tête ?

- Non. C'est mon cœur brisé qui me fait agir ainsi.

Le vieil homme sourit et posa une main compatissante sur le genou de la jeune femme.

- Je pourrais vous dire que la foi est un remède à ce genre de chose mais ça serait bien vain, j'en ai peur...

- Sans doute. Vous aviez des questions pour moi ?

- Parlez moi des religions de votre monde. Parlez moi de la façon dont les vôtres imaginent le Très Haut. Parlez moi de leurs bonheurs et de leurs souffrances. Rassurez moi sur le fait que notre malheur n'est pas unique dans l'univers...

Une rumeur parcouru la tente et la jeune femme sentit les visages qui se penchaient vers elle. Elle regarda le vieil homme et sourit. Elle dit, avec douceur :

- J'en serai ravie mais je dois vous prévenir d'une chose.

- Je vous écoute.

- Il faudra que je revienne si vous voulez que je sois exhaustive.

Le prêtre éclata de rire et leva les mains vers le ciel en disant :

Qu'il en soit ainsi. Nous vous écoutons, jeune fille...

*o*

En sortant de la tente à la nuit tombée, Serena rejoignit Malo en saluant de la main les ishbals rassemblés qui les regardaient partir. Ils gardèrent le silence un long moment et ce n'est qu'une fois arrivés à la petite gare que Serena posa la question :

- Alors ? T'as pu apprendre quelque chose ?

Malo ne répondit pas tout de suite, le regard fixé sur ses pieds. Il finit par dire :

- Je devrais te répondre que les confidences faites par des patients à un médecin sont soumises au secret

- Fais moi un procès. Alors ?

- Alors, t'avais raison. Ils ont bien vu des types semblables à ceux qu'on a croisé dans le sud. Ils les ont vu rassemblés des armes et ils les ont aussi vu discuter avec ce qui semblaient être des agents de l'étranger. Ils s'en sont pas mêlés mais ils ont vu... Soupira Malo

- Donc ça se confirme... on va pouvoir agir...

- Tu veux pas qu'on appelle du renforts ? De Central ?

- Pas la peine...

*o*

Olivia Armstrong renifla, sourit à demi et rangea le rapport qu'elle venait de finir de lire.

- Admirable. Vraiment.

- C'est moi qui l'ai formée, ça t'étonne ? Grinça Mustang

Elle secoua la tête et croisa les mains sur son bureau.

- Puisque tu la connais si bien, tu peux me dire pourquoi elle refuse toujours obstinément de revenir à Central ? Elle et Malo viennent de partir en direction du sud à nouveau. Ça n'a aucun sens

- Ça fait des semaines que ça n'a aucun sens

- Jusqu'à présent, ils rendaient tout un tas de service à la population sur leur chemin. C'est ça qui les a rendu populaire tous les deux et leur popularité rejaillit sur l'ordre et plus largement sur l'armée. Donc, ça m'allait très bien. Mais là, elle flirte avec l'insubordination. J'ai pas très envie que la population commence à se dire qu'ils font bande à part.

- T'inquiète donc pas. C'est pas ça que la population se dit. Soupira Roy

- Éclaire moi de ta sagesse… Après tout, c'est ta ville, t'es bien renseigné… Ironisa Olivia

- Les citoyens de Central se disent que l'Alchimiste de Lumière refuse de revenir dans leur bonne ville car elle n'a pas envie de croiser le Fullmetal.

- Vraiment ? S'étonna Armstrong

- Les gens adorent les histoires d'amour tragiques et celle là particulièrement. Certains ont raconté aux journalistes des détails sur leurs passés. La moitié est fausse mais bon. Comme je te dis, les gens aiment les histoires d'amour

- Ça risque pas de faire baisser la cote du Fullmetal ? On a besoin que celui là reste populaire aussi

- C'est l'un des héros de l'histoire donc ne t'inquiète donc pas de ça

- Les gens sont étonnants. Soupira Olivia

- T'as un coeur de glace, Générale. Sourit Mustang

- Ah ah. Si tu savais… Ironisa Olivia.

- Je me passerai des détails. Tu peux te renseigner auprès d'Alex concernant les mouvements de Serena et Malo dans le sud ?

- Ils se dirigeraient vers Battac. Un bastion plutôt classé à droite politiquement. Mais personne n'y bouge depuis un certain temps, encore moins depuis les émeutes de l'Aube. Je me demande ce qu'elle va y faire…

*o*

Serena heurta un mur de plein fouet et sentit sa bouche se remplir de sang. Elle jura et jeta un oeil vers le centre de la place de Battac, que l'affrontement qu'elle menait avait passablement abimée. Elle cracha et se releva, sa lame de lumière clignotante à son bras droit. Elle contourna les ruines, le regard fixé sur son adversaire. Elle avait peut être un peu sous-estimé les forces en présence.

- Tu t'es mêlée de ce qui te regardait pas, gamine…

L'homme qui s'adressait à elle se tenait bien droit lui. Il n'était pas égratigné. Normal, il avait envoyé ses subalternes l'affaiblir avant. À présent, il semblait tenir à finir le travail lui même et envoyé les hommes qui lui restaient à divers coins de la ville pour prévenir de l'arrivée éventuelle de renfort. Une stratégie qui semblait payante et qui allait lui offrir l'opportunité d'être le premier à tuer une Alchimiste Premium. Serena comprit qu'il lui faudrait gagner encore un peu de temps :

- J'ai compris avant tout le monde ce qu'il se passait

- Tu auras sans doute une médaille sur ton cercueil alors !

L'homme l'attaqua en lançant une grosse pierre dans sa direction. La jeune femme parvint à éviter le projectile habillement et essaya de continuer à le faire parler :

- Vous voulez pas savoir comment j'ai compris ?

- Pourquoi faire ? T'as eu de la chance, c'est tout !

- C'est pas une question de chance. C'est une question de probabilité. On venait juste de mettre à terre les soldats de l'aube et une toute nouvelle sorte d'enfoiré surgit de nulle part ? Improbable. Ça devait forcément être lié…

Elle esquiva une nouvelle attaque et envoya une orbe qui passa largement au dessus de la tête de l'homme pour exploser un bout de bâtiment, ouvrant un peu plus la place.

- C'était un peu gros, vous trouvez pas ? De faire croire à un retour en popularité de King Bradley ?

- Ça a occupé suffisamment les traitres à la tête de cette armée. J'ai pu réunir les derniers soldats sans que personne ne nous arrête… Rigola l'homme

- Vous devez être fier. Vous que Klamar a toujours négligé, vous serez celui qui terminera son travail…

- Exactement. Maintenant, laisse toi tuer !

Il lui lança un autre projectile, que Serena esquiva en transmutant une colonne depuis le sol. Elle envoya une autre orbe, qui explosa un autre bâtiment. L'homme se moqua :

- Tu faiblis, Sorcière ! Tes tours sont de plus en plus basse, tes orbes de moins en moins précises.

- Je veux pas en finir trop vite. Vous devez encore me faire le grand discours du méchant avant de me tuer non ?

- Pourquoi faire ? Ça te permettrait juste de regagner le peu de force qu'il te reste à disposition. Je vais te tuer tout de suite.

- Dommage. Le grand discours du méchant, c'est vraiment mon moment préféré dans les épisodes de Scoubidou.

Elle sauta adroitement de sa tour à un bâtiment et continua de courir. Elle se prit quand même un morceau de projectile qui la fit à nouveau chuter lourdement. Elle allait jurer quand elle entendit un long sifflement au loin. Immédiatement, elle transmuta une tour plus haute et se leva à son sommet. C'était stupide de faire un truc pareil. Elle se transformait en cible facile. L'homme était suffisamment intelligent pour s'en rendre compte et fronça les sourcils en regardant la silhouette de la jeune femme se découper dans la lumière crue du sud.

- Je peux pas vous laisser me tuer.

- Pourquoi pas ? Grinça l'homme, en vérifiant que ses hommes étaient toujours présents aux extrémités de la place.

- Votre nom. Robert Petit. C'est nul. On peut pas laisser ça entrer dans les livres d'histoire. Ça ferait pas sérieux.

Le dit Robert Petit allait agonir la jeune femme d'injure quand il entendit un claquement sec au loin. Un torrent de flamme prit la place du ciel au dessus de sa tête et entoura surprenamment la silhouette de l'Alchimiste de Lumière. Robert Petit aperçut un homme vêtu de bleu à quelques mètres, l'air sérieux.

- Mustang ! S'exclama-t-il

Il n'eut le temps que de voir une autre silhouette vêtue de rouge se jeter sur le Général. Tout disparut pour Robert Petit après ça. Les flammes dans le ciel s'étaient transformées en lumière aveuglante qui était partie dans tous les sens de la place, pour heurter dans la poitrine tout ce qu'il restait des soldats de l'aube péniblement réunis à Battac. Ils perdirent tous connaissance simultanément, littéralement soufflés. Un long silence tomba sur la place en ruine et la silhouette de Serena glissa le long de sa colonne. Le long ruban de cuir qui composait sa tenue ajourée avait été étiré pour couvrir tout son corps, y compris sa tête. Une fois au sol, elle en arracha la cagoule pour révéler un visage rougi par la chaleur. Elle s'assit par terre en fixant le corps inconscient de son adversaire du jour :

- J'espère que ton coeur se portait bien parce que ça me ferait grave chier de pas assister à ton procès… Souffla la jeune femme

Elle vit arriver Roy à ses côtés, qui se tenait le menton et avait un air furibond :

- Ça va ? Demanda-t-il en s'accroupissant à ses côtés

- J'ai chaud, comme d'habitude, ma petite allumette. Et je crois que j'ai deux ou trois côtes cassés. Le plexus sans doute aussi. Ça craque quand je respire. Malo est dans le coin ?

- Évidemment qu'il est dans le coin, vu que c'est lui qui devait nous guider jusqu'ici ! T'étais obligée de les affronter seule ?

- Ils étaient trop discrets. Au moindre mouvement étrange de notre part, ils auraient disparu. J'ai mis le temps à les identifier. C'est pour ça que j'en envoyé Malo. Ça devait ressembler à une dispute entre nous. Efficace ou pas ?

Refusant de reconnaitre quoique ce soit à son agaçante apprentie, qui avait déjà l'air bien trop satisfaite d'elle même, Mustang garda le silence. Elle remarqua la jolie contusion qui naissait sur le visage de son maitre et choisit de se moquer de lui :

- Tu devrais retourner plus souvent sur le terrain Roy. Même pas 10 minutes sur le champ de bataille et tu te prends une mandale ?

- C'est pas un ennemi qui m'a frappé.

- Qui c'est qui va passer en Cour Martial du coup ? S'intéressa la jeune femme en grimaçant

- Personne. C'est Edward qui m'a frappé. Je crois qu'il s'attendait pas à ce que je t'immole

- Que… Attends, tu l'as quand même pas emmené avec toi ? S'énerva Serena

- Ouais parce que, contrairement à toi, je me lance pas seul dans la gueule du loup !

Elle n'eut pas le temps de protester, Edward arriva avec précipitation et lui jeta un regard paniqué puis surpris. Il la regarda d'un air ébahi, s'attendant visiblement à la voir noire et rabougrie au lieu de rouge et blessée. Elle avala sa salive avec difficulté et ironisa :

- Alors, on se contente de me regarder brûlée sans bouger ?

- Mais comment… il t'a… t'es pas…

- T'inquiète, au fond, j'aime bien quand ça fait mal… Grimaça Serena en se relevant.

Elle ignora la main que lui tendit Edward mais attrapa celle de Mustang avec reconnaissance. Elle fit bien car elle tangua pas mal une fois à la verticale et passa une main douloureuse sur ses côtes

- Il est où, Malo ?

- Il arrive.

- C'était quoi ça ? Demanda Ed d'une voix serrée

Serena lui jeta un regard ironique alors que Mustang répondait :

- C'est un souffle

- Personne t'a expliqué les raisons officielles qui nous ont permis d'être promu si vite tout les deux ? Mustang produit des flammes et moi, je les transforme en lumière pure. Je peux soit en augmenter la puissance pour augmenter la capacité de destruction. Soit je peux la disperser dans tous les sens, quitte à en diminuer la puissance. Ça assume des bataillons entiers en tuant très peu de gens.

- La raison officielle de nos promotions ? Souligna Mustang avec un sourire

- La raison officieuse, c'est qu'on est trop stylé mais faut pas le dire trop fort. Rien de politique derrière tout ça évidemment. Ironisa Serena

- Mais… Mais t'es obligé de te prendre les flammes dans la gueule pour que ça marche ? S'énerva Edward

- Malheureusement oui, t'imagines bien qu'on a essayé les alternatives avant d'en passer par là. J'ai du mettre au point cette petite merveille, qui est très utile en plus de me faire une silhouette de déesse…

Elle claqua les mains et les appliqua sur sa combinaison, lui rendant sa forme originelle ajourée. On distinguait sa peau encore rougie par la chaleur entre les lanières. Edward la regardait de bas en haut, partagé entre la vague colère qu'il ressentait à son égard, l'angoisse de la savoir blessée et le soulagement de la savoir en vie. Elle ne le regardait pas, comme si elle avait peur de se brûler en rencontrant son regard. Déjà qu'elle pouvait sentir son odeur… Elle ajouta :

- Ignifugée mais pas encore assez résistante à la chaleur, faut que je bosse ça quand j'aurai le temps

- Et t'auras le temps quand ? Tu viens plus au travail… Souligna Mustang

- Je faisais quoi tu penses ces dernières semaines ? Du tourisme ?

- J'aurai bien aimé savoir ce que tu faisais ces dernières semaines justement !

- J'ai enquêté. Si tu m'avais laissé bossé sur ces faux soutiens à Bradley dès le début, j'aurai pu te tenir au courant. J'ai eu de l'instinct. C'est pas toi qui m'a dit de faire confiance à mon sixième sens. C'était quoi la formule déjà ? Écoute tes sens, tous tes sens, ils t'aideront toujours ? C'était mon quatrième mois d'apprentissage, je crois…

- Oh ferme là un peu Réna ! S'énerva alors Mustang pour de bon.

Edward jeta un oeil surpris à Roy. Non pas parce qu'il criait sur Serena, là dessus il avait plutôt tendance à le rejoindre, mais parce qu'il l'appelait par son surnom. Elle était assez stricte sur la liste de personnes qui pouvaient l'appeler Réna. Lui n'avait pas eu le droit jusqu'à ce qu'ils finissent par sortir ensemble. Après, il avait pu l'appeler comme il voulait.

- Je sais pas ce qu'il t'arrive en ce moment. Je me doute mais je sais pas ! Tu fais n'importe quoi ! Tu prends des risques inconsidérés ! C'est l'armée, c'est pas un camp de vacances ! Il y a des règles et une hiérarchie pour une raison, c'est pas parce que ça nous amuse ! On dirait que… On dirait que t'en a rien à foutre de…

- On dirait que quoi, Roy ? Finit ta phrase ! Soupira Serena

Mustang fronça les sourcils et Edward termina la phrase pour lui :

- On dirait que t'en a rien à foutre de mourir.

Elle le regarda enfin et détourna le regard rapidement. Elle aimait pas ce qu'elle voyait sur son visage. C'était pas bon pour elle.

- Tout de suite, les grands mots. Évidemment que je veux pas mourir. Alicia me tuerait si je venais à mourir sans son autorisation.

Elle repéra Malo qui arrivait au loin et soupira de soulagement. Parce qu'il allait pouvoir encore la réparer et parce que ça lui fournissait une très bonne excuse pour fuir cette conversation.

- Y'a mon chercheur qui arrive. Je vous laisse, j'ai un plexus solaire à réparer. Et sans doute deux trois côtes.

Elle commença à s'éloigner en boitillant. Mustang soupira de frustration et lança un regard dépité à Edward. Ce dernier n'avait toutefois pas l'intention de laisser Serena s'en sortir si facilement.

- Tu sais qu'il y a d'autres manières de gérer ça, Serena ?

Elle s'arrêta mais ne se retourna pas. Alors il insista :

- Tu le sais qu'il y a d'autres moyens de gérer ça qu'en te mettant en danger ? Parce que y'a des gens qui tiennent à toi quand même

- Du genre ? Demanda-t-elle toujours sans se retourner

- Du genre tes soeurs évidemment. Visiblement le Général Mustang, qui s'énerve très fort parce que tu fais des conneries alors qu'il doit y être habitué. Il me semble que t'as des amis aussi. Et puis…

Il laissa sa phrase en suspens et la jeune femme tourna la tête à demi pour demander :

- Et puis ?

- Et puis moi si tu tiens absolument à l'entendre !

Elle se tourna complètement vers lui cette fois. Il sentait son coeur qui battait très fort dans sa poitrine et le creux dans son estomac qui le lançait doucement. Elle avait un drôle d'air sur le visage. On aurait dit de la moquerie.

- Oh, Ed… J'adore la façon que t'as de mentir. Mais ça prend plus.

Elle s'éloigna sans se retourner cette fois et Edward sentit son coeur se briser un peu plus.